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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 07:21
Fabien Roussel à la fête de l'Humanité Bretagne fin novembre 2019 avait annoncé en primeur la poursuite judiciaire contre Bernard Arnault pour evasion et dissimulation fiscale

Fabien Roussel à la fête de l'Humanité Bretagne fin novembre 2019 avait annoncé en primeur la poursuite judiciaire contre Bernard Arnault pour evasion et dissimulation fiscale

Optimisation fiscale / Bernard Arnault : des pratiques qui doivent être pourchassées et condamnées (Fabien Roussel - PCF)

 

Alors que 121 super riches, essentiellement américains, lancent un appel pour payer plus d'impôts, la première fortune du monde, Bernard Arnault, délocalise une partie de son patrimoine en Belgique, paradis fiscal pour les plus-values boursières.

Cet appel de 121 riches de la planète devrait interpeller le gouvernement français et les plus riches de notre pays dont le premier d'entre eux. En effet, le PCF et des économistes ont pu découvrir qu'il avait transféré dans deux entreprises belges – PILINVEST Investissement et PILINVEST Participation - une partie du capital de la maison mère ARNAULT SE.

La plus-value potentielle sur les deux séries de titres transférés pourraient dépasser plusieurs milliards d’euros. En Belgique, l’impôt sur la plus-value est quasi nul. Voilà comment une partie de la richesse produites par le monde du travail échappe aux radars du fisc.

Cette enquête a été rendue possible après que le PCF, les lanceurs d’alerte Maxime Renahy et Le Media, ont assigné Bernard Arnault en justice pour qu’il publie ses comptes comme la loi l’y oblige. C’est au Ministre de l’Économie de faire ce travail normalement !

Ces pratiques bien connues d'optimisation fiscale devraient être condamnées et pourchassées par le gouvernement.

Or ce dernier fait tout l'inverse. Non seulement l'évasion fiscale coûte toujours 80 à 100 milliards d'euros, mais en plus, Bernard Arnault comme les 1% les plus riches de notre pays a bénéficié de plus grandes largesses fiscales : suppression de l'ISF, suppression de la taxe sur les dividendes, flat tax, baisse d'impôts sur les sociétés pour les multinationales...

En France, les salaires et les pensions d’une grande majorité de nos concitoyens stagnent mais les richesses des plus grandes fortunes progressent.

Pour le PCF, la justice fiscale et la lutte contre les inégalités sont une priorité. Il serait temps de faire en sorte « que les gros paient gros et que les petits paient petit » !

 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, le 31 janvier 2020.

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 07:19
Macron, Philippe et LREM veulent poursuivre leur politique de destruction sociale au Havre et en France (PCF)

Macron, Philippe et LREM veulent poursuivre leur politique de destruction sociale au Havre et en France (PCF)

Depuis sa nomination par le Président Macron, le Premier ministre met en œuvre une politique de destruction sociale et d’asphyxie des classes populaires et moyennes. De manifestations contre la casse du code du travail ou la crise des urgences dans les hôpitaux, au mouvement des gilets jaunes en passant par le refus d’une majorité de Français de voir le système de retraite démantelé, Edouard Philippe reste sourd aux attentes populaires et câline ses amis de la grande finance.

Aujourd’hui, en plein conflit social sur les retraites, il entend utiliser l’élection municipale du Havre comme un prétexte pour continuer d’être Premier ministre jusqu’à la fin du quinquennat et ainsi poursuivre sa mauvaise politique. Quant au Havre, il y aurait donc un troisième intéri-Maire depuis 2017.

Les Havraises et les Havrais, comme une majorité des Français, sont victimes de cette politique et ne sont pas dupes de la manœuvre orchestrée par la République en Marche, le Président Macron et son Premier ministre Philippe.

Les citoyennes et les citoyens de France et du Havre combattent et combattront dans la rue et dans les urnes cette politique gouvernementale exclusivement tourné vers le bien-être des plus riches et travaillent à construire une politique alternative. L'élargissement du rassemblement avec les citoyens du Havre et les forces politiques de gauche et écologistes autour de Jean-Paul Lecoq est un impératif auquel nous travaillons.
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 31 janvier 2020.
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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 07:14
Violences policières - le cri de colère des familles de victimes - Laissez nous respirer (L'Humanité, 31 janvier 2020)
Appel. Violences policières : le cri de colère des familles de victimes
Vendredi, 31 Janvier, 2020

L’Humanité publie, en exclusivité, un appel inédit de collectifs et leurs soutiens. Ils dénoncent l’impunité des brutalités policières, qui auraient causé 26 morts en 2019. Tous invitent à une marche, à Paris, le 14 mars.

 

Un appel inédit pour dénoncer l’impunité dont jouissent des policiers. Tel est le sens, en substance, de ce texte diffusé dans nos colonnes (ci-contre), dont l’exigence de « vérité et de justice » soude les initiateurs et les nombreux soutiens. Du collectif Justice et vérité pour Adama Traoré au rappeur Rocé, en passant par des personnalités politiques, tous portent une série de revendications parmi lesquelles figure le bannissement des techniques d’immobilisations mortelles et des armes militaires. « Dans les quartiers, nos frères sont les premiers à avoir subi les grenades, les LBD, les plaquages ventraux, etc. Ce débat sur les violences policières ne peut pas se faire sans nous », rappelle Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré, mort en 2016 dans la cour de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise.

Cet appel intervient près d’un mois après la mort de Cédric Chouviat, interpellé lors d’un contrôle de police lors duquel trois policiers emploient la méthode du plaquage ventral. « Sa mort a ému la France. Grâce aux vidéos, nous avons vu son décès ! s’indigne Fatou Dieng, sœur de Lamine Dieng, 25 ans, décédé en 2007 à la suite d’un plaquage ventral et une clé d’étranglement. La société commence à prendre conscience du danger de ces techniques d’immobilisation qui ont causé la mort de mon frère. C’est important de ne jamais l’oublier. »

Au fil des années, la liste des décès ne cesse de s’allonger. Pour la seule année 2019, pas moins de 26 personnes ont perdu la vie après une intervention policière, selon le recensement du média en ligne Bastamag. Un autre chiffre donne le tournis : entre 15 et 20 personnes par an sont mortes de 2005 à 2015 dans les quartiers populaires, selon plusieurs collectifs. Ce qui fait dire à Fatou Dieng : « Les violences policières n’ont pas commencé avec les gilets jaunes. »

Ne jamais reculer devant les dénis de justice

C’est une auto-organisation qui a rallié autant de personnalités issues d’horizons variés, comme l’actrice Aïssa Maïga, Elsa Faucillon (PCF) ou encore le footballeur Samir Nasri. Se tisse un discours commun dont la revendication de justice égale, de droits égaux, est le trait d’union. Car les familles se battent sans relâche pour mener la longue bataille judiciaire. « C’est toujours pareil : nos frères tués ou les proches sont criminalisés, les dossiers sont classés sans suite ou la justice prononce un non-lieu comme dans l’affaire de mon frère, dénonce Fatou Dieng. C’est une violence judiciaire inouïe. »

Tous ces collectifs et soutiens appellent à une marche dans les rues parisiennes, le 14 mars. Une mobilisation qui vise à dénoncer la stigmatisation des personnes décédées et des proches, souvent traînés dans la boue, les violences contre des habitants des quartiers populaires, le déni de justice. « C’est tout un système répressif et judiciaire à abattre. Nous ne lâcherons jamais, le peuple se lève ! » lance Assa Traoré.

Lola Ruscio
Laissez-nous respirer !
Vendredi, 31 Janvier, 2020

Appel des familles contre l’impunité des violences policières. Pour l’interdiction des techniques d’immobilisation mortelles et des armes de guerre en maintien de l’ordre.

 

Cédric Chouviat est le premier mort de l’année à cause de violences policières. Sera-t-il le dernier de la longue liste des personnes tuées par les forces de l’ordre ? Les statistiques des années précédentes nous font craindre que ce ne soit pas le cas.

Vingt-six décès en 2019, combien en 2020 ?

Nous apportons tout notre soutien et notre entière solidarité à la famille de Cédric pour qu’elle obtienne la paix et la justice qu’elle demande.

Car c’est aussi notre histoire. La vérité, la justice et la paix, c’est aussi ce que nous demandons pour Lamine Dieng, 25 ans, décédé à la suite d’une clé d’étranglement et d’un plaquage ventral, tout comme Adama Traoré, 24 ans, Aboubacar Abdou, 31 ans, Abdelhakim Ajimi, 22 ans, Abou Bakari Tandia, 38 ans, Ricardo Barrientos, 52 ans, Mohamed Boukrourou, 41 ans, Massar Diaw, 24 ans, Philippe Ferrières, 36 ans, Mariame Getu Hagos, 24 ans, Serge Partouche, 28 ans, Wissam El Yamni, 30 ans, Abdelilah El Jabri, 25 ans, Amadou Koumé, 33 ans, Mamadou Marega, 38 ans, Mohamed Saoud, 26 ans, Ali Ziri, 69 ans, mort après un « pliage » , Abdelhak Goradia, 51 ans, décédé par asphyxie dans un véhicule de police… et des dizaines d’autres : « malaise cardiaque », « asphyxie », « mort naturelle », sans autre détail communiqué aux familles. Ce 3 janvier 2020, c’est Cédric Chouviat qui est décédé par asphyxie, après une clé d’étranglement et un plaquage ventral.

Les témoins de cette interpellation ont confirmé ce que nous dénonçons depuis toujours : l’utilisation délibérée par les agents des forces de police de techniques extrêmement violentes et « potentiellement létales », selon la dénomination officielle. Clé d’étranglement, plaquage ventral et pliage, ces trois pratiques ont pour but d’immobiliser une personne en lui comprimant le thorax et le cou pour entraver la respiration. Mais, plus la compression dure, plus l’interpellé manque d’oxygène et plus il se débat. Et plus les agents renforcent leur pression. Et plus cette violence tue.

Malgré les condamnations répétées de la France par la Cour européenne des droits de l’homme et par l’ONU, ces techniques continuent d’être pratiquées et de causer la mort. Malgré la condamnation de ces usages par la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International et Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, l’État se contente de justifier le « travail » de ses agents.

Comme la femme, les enfants et le père de Cédric, nous avons fait confiance à la justice de notre pays. Mais notre expérience pour que la vérité soit faite sur les violences qui ont tué nos proches nous a fait découvrir la réalité d’un déni de justice systématique pour les victimes. Un déni entretenu par une véritable culture du mensonge qui entraîne une culture du non-lieu.

La famille Chouviat a déjà subi le même traitement de la part des autorités que celui que nous avons connu : non-information des proches, puis mensonge sur les causes de la mort, mépris de toute compassion élémentaire, tentative de criminaliser la victime pour la déshumaniser et maintien en activité des responsables de la mort d’un homme. Autant de souffrances, d’insultes, de calomnies qui s’ajoutent à la douleur des familles.

Ces contre-vérités des premières heures justifient des années de procédures interminables, d’enquêtes administratives et d’instructions bâclées, voire conduites à charge contre les victimes et leur entourage. Et bien sûr des frais de justice considérables. C’est tout un système auquel sont confrontées les victimes et leurs familles, qui révèle une impunité permanente des membres de forces de police qui blessent, mutilent et tuent. C’est une violence judiciaire qui excuse, absout et prolonge les violences policières.

Ces brutalités permanentes étaient auparavant « réservées » aux habitants des quartiers populaires, comme le Mouvement de l’immigration et des banlieues le dénonçait il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, elles débordent dans les centres-villes. Et tous les témoins du déchaînement furieux de la force publique contre les mouvements sociaux peuvent désormais comprendre la violence d’État qui nous est imposée.

Cette violence assermentée, à présent visible jusque dans les quartiers bourgeois, est également celle des armes classées armes de guerre, là aussi d’abord utilisées dans nos quartiers. Le Flash-Ball est apparu en 1999. Et il a aussitôt éborgné Ali Alexis, à Villiers-sur-Marne. Cette arme a été remplacée par le LBD, qui a été « inauguré » en 2007, à Villiers-le-Bel, pour mater la révolte des habitants après la mort de Moushin et Laramy, percutés par un véhicule de police. Et les grenades comme celle qui a tué Rémi Fraisse, en 2014, ou celle qui a tué Zineb Redouane en 2018, comme celles qui ont mutilé des dizaines de personnes et grièvement blessé des centaines d’autres lors des dernières manifestations, sont les mêmes qui explosent dans nos quartiers depuis presque dix ans.

Ce ne sont pas des « bavures » ni des « dérapages », mais des pratiques régulières autorisées par un État qui assume de pouvoir blesser grièvement, mutiler ou tuer un homme pour un contrôle d’identité.

C’est pourquoi nous exigeons :

– L’interdiction totale de l’usage par les forces de l’ordre de toutes les techniques d’immobilisation susceptibles d’entraver les voies respiratoires.

– L’interdiction totale des armes de guerre en maintien de l’ordre (LBD, grenades GMD, GM2L et similaires).

– La création d’un organe public indépendant de la police et de la gendarmerie pour enquêter sur les plaintes déposées contre les agents des forces de l’ordre.

– La mise en place d’une réglementation qui associe la famille dès le constat de décès (autopsie autorisée seulement après un entretien de la famille avec les services de la médecine légale).

– La publication chaque année par le ministère de l’Intérieur :

• du nombre de personnes blessées ou tuées par l’action des forces de l’ordre,

• du nombre de plaintes déposées pour violence par les forces de l’ordre,

• du nombre de condamnations prononcées.

Et nous vous appelons toutes et tous à nous rejoindre le 14 mars à Paris, pour la marche de la Journée internationale contre les violences policières.

Pour nous soutenir, signez l'appel sur change.org/LaissezNousRespirer
Appelants :
 
Collectif Vies Volées (Paris, 20e)
Comité Adama (Beaumont-sur-Oise, 95, et Ivry, 94)
Famille Dieng et le comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng (Paris, 20e)
Famille d’Angelo Garand et le collectif Justice pour Angelo (Blois, 41)
Awa Gueye et le collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye (Rennes, 35)
Comité Justice et Vérité pour Wissam El Yamni (Clermont-Ferrand, 63)
Comité Vérité et Justice pour Gaye Camara (Champs-sur-Marne, 77)
Collectif Selom et Matisse (Lille, 59)
Comité Justice pour Ibrahima Bah (Villiers-le-Bel, 95)
Comité Vérité pour Curtis (Massy, 91)
Comité Vérité et Justice pour Morad Touat (Marseille, 13)
Comité Justice pour Liu Shaoyao (Paris, 19e)
Comité Vérité et Justice pour Ali Ziri (Argenteuil, 95)
Haby Koumé sœur d’Amadou Koumé (Saint-Quentin, 02)
Les parents et la sœur de Rémi Fraisse
Collectif Vérité et Justice pour Mehdi (Vaux-en-Velin, 69)
Florica Floarea et le comité Vérité et Justice pour Dorel (Vigneux-sur-Seine, 91)
Salah Zaouiya et l’association Mémoire Jawad Zaouiya (Mantes-la-Jolie, 78)    
Justice pour Mehdi Bouhouta (Vaux-en-Velin, 69)
Famille Touré et le comité Vérité et Justice pour Zakaria (Troyes, 10)
Syakha Traoré, frère de Bouna (Clichy-sous-Bois, 93)
Geneviève Legay (Nice, 06)
Franck Lambin, père d’Allan (Saint-Hilaire-des-Landes, 35)
Assemblée des Blessés 
Les Mutilés pour l’exemple
 
Avec le soutien de :
 
Collectifs :
Ligue des Droits de l’Homme, Union syndicale Solidaires, CGT, Union nationale des étudiants de France, SNJ-CGT, Union nationale lycéenne, revue Mouvements, Attac Isère, Cases Rebelles, Désarmons-Les, Collectif Faty Koumba, Association Libre Lucha, collectif Dar Harraga, LeMurJaune.fr. Et les médias indépendant : Reporters En Colère, Collectif Œil, LaMeute Photo, Le Petit ZPL, Source Média, Infoline Médias Indépendants, Militant.e.s
 
Personnalités :
Abd-Al Malik (auteur, réalisateur), Mouloud Achour (journaliste, animateur télé), Arié Alimi (avocat), Guillaume Arnaud (avocat), Manon Aubry (députée européenne FI), Clémentine Autain (députée FI), Hady Ba (philosophe EHESS, Université Cheikh Anta Diop de Dakar), Samir Baaloudj (ex-MIB), Bally Bagayoko (FI, adjoint au maire de Saint-Denis), Guillaume Balas (Génération.s), Julien Bayou (EELV), Ramzy Bedia (comédien et réalisateur), Alice Belaidi (comédienne), Akram Belkaïd (journaliste, écrivain), Esther Benbassa (sénatrice écologiste de Paris), Malik Bentalha (comédien), Eric Beynel (porte-parole de Solidaires), Jacques Bidet (philosophe, Université Paris 10), Black M (rappeur), Philippe Blanchet (linguiste, université Rennes II), Matteo Bonaglia (avocat), Saïd Bouamama (sociologue, FUIQP), Martine Boudet (conseil scientifique Attac France), Philippe Boursier (économiste, Fondation Copernic), Rachida Brakni (actrice et metteuse en scène), Youcef Brakni (comité Adama), Taha Bouhafs (journaliste), Cindy Bruna (mannequin), Marion Carrel (sociologue, Université de Lille), Leïla Chaïbi (député européenne FI), Souleymane Cissokho (boxeur), Vanessa Codaccioni (historienne et politologue, Université Paris 8), Eric Coquerel (député FI), David Cormand (député européen EELV), Robert Crémieux (ancien président du Mouvement national des chômeurs et précaires), Olivier Cyran (journaliste), Valérie Damidot (animatrice télé, actrice), Laurence De Cock (professeure), Christiane Dedryver (Ensemble !), Geoffroy de Lagasnerie (philosophe), Christian Delarue (syndicaliste DGFIP), Gilles Deloustal (retraité), Vincent Denorme (Ensemble! 80), Vikash Dhorasoo (footballeur professionnel et militant associatif), Waly Dia (humoriste, comédien), Rokhaya Diallo (journaliste et réalisatrice), Noom Diawara (comédien), Sadia Diawara (militant associatif), DJ Lord Issa (artiste, producteur), Djigui Diarra (acteur, réalisateur, journaliste), Eva Doumbia (metteuse en scène, autrice), Franck Dubosc (acteur), Alain Dru (membre de la CNCDH, conseiller au CESE), Mireille Fanon-Mendès-France (Fondation Frantz Fanon), Nadia Fares (comédienne), Eric Fassin (sociologue, Université Paris 8), Elsa Faucillon (députée PCF), Bruno Gaccio (auteur), Isabelle Garo (philosophe, Fondation Copernic), Franck Gaudichaud (historien, Université Jean-Jaurès, Toulouse), Pierre Gayral (Ensemble !, Droits devant !!), David Guiraud (porte-parole jeunesse FI), Abdellali Hajat (sociologue, Université libre de Bruxelles), Anis Harabi (avocat), Kaoutar Harchi (écrivaine et sociologue), Samuel Hayat (politologue, CNRS), Hollysiz/Cécile Cassel (chanteuse, comédienne), IAM (musiciens), Imany (auteure-compositeure-interprète), Nordine Iznasni (MIB-ien), Adélaïde Jacquin (avocate), Jok’Air (chanteur), Norma Jullien Cravotta (avocate), Kamel Le Magicien, Almamy Kanouté (activiste, comédien), Anasse Kazib (cheminot, délégué Sud-Rail), Jean-Riad Kechaou (professeur), Raphael Kempf (avocat), Pierre Khalfa (économiste, Fondation Copernic), Fahima Laidoudi (militante politique), Elise Languin (militante des droits humains), Mathilde Larrere (historienne), Yvan Le Bolloch (comédien), Olivier Le Cour Grandmaison, (politologue, Université d’Evry-Val d’Essonne), Les Réfractaires du 80 (gilets jaunes de la Somme), Edouard Louis (écrivain), Benjamin Lucas (Génération.s), Priscillia Ludosky (gilet jaune), Alain Mabanckou (écrivain, professeur à UCLA), Aïssa Maïga (actrice et réalisatrice), Jean Malifaud (syndicaliste SNESup-FSU), Adrien Mamere (avocat), Sofia Manseri (conseillère municipale, Gennevilliers), Vincent Maraval (producteur de cinéma), Eduardo Mariotti (avocat), Philippe Martinez ( secrétaire général de la CGT ), Blaise Matuidi (footballeur), Margaret Mechin (retraitée), Didier Mehl (Ensemble ! sud-Vienne), Madjid Messaoudène (élu de Saint-Denis), Mokobe (rappeur, acteur), Claire Monod (Génération.s), Bénédicte Monville (conseillère régionale Île-de-France), Héloïse Moreau (présidente de l'UNL), Corinne Morel Darleux (conseillère régionale, Auvergne-Rhône-Alpes), Charlotte Namura Guizione (journaliste, animatrice télé), Samir Nasri (footballeur), Thomas Ngijol (comédien, réalisateur), Nnoman (photographe), Josette Noyau, Danièle Obono (députée FI), Younous Omarjee (député européen FI), Anne-Sophie Pelletier (député européenne FI), Irène Pereira (philosophe), Jhon Rachid (vidéaste, comédien), Maurice Rajsfus (connu des services de police depuis le 16 juillet 1942), Kevin Razy (humoriste, comédien), Riadh (influenceur, comédien), Rocé (rappeur), Karole Rocher (comédienne, réalisatrice), Boris Rosenthal (avocat), Mamadou Sakho (footballeur), Eros Sana (photographe), Bayou Sarr (humoriste), Patrick Silberstein (éditions Syllepse), Lucie Simon (avocate), Laura Slimani (Génération.s), Maboula Soumahoro (présidente de Black History Month), Stomy Bugsy (artiste), Hapsatou Sy (entrepreneuse, animatrice télé), Hélène Sy (présidente de CeKeDuBonheur/militante humaniste), Omar Sy (acteur), Farid Taalba (ex-MIB, président de l’Echo des cités), Audrey Tcheuméo (championne de judo), Laurent Thines (neurochirurgien, auteur de la pétition pour un moratoire sur les armes “sub-létales”), Camille Vannier (avocate), Marie-Christine Vergiat (vice-présidente LDH), Emmanuel Vire (secrétaire général SNJ-CGT), Youssoupha (rappeur).
 
Maintien de l’ordre : des pistes pour rectifier le tir
Vendredi, 31 Janvier, 2020

Interdiction des lanceurs de balles de défense, du plaquage ventral, mise en place d’un véritable contrôle du travail de la police… des voix s’élèvent pour exiger une meilleure gestion des manifestations. Décryptage.

 

La scène a fait le tour de Twitter. Le 27 janvier, juste avant le début du meeting parisien de Benjamin Griveaux au Théâtre Bobino, une femme harangue les soutiens du candidat LaREM à la Mairie de Paris. « Vous êtes des mutileurs ! Assassins ! », lance-t-elle, brandissant l’affiche d’une jeune fille qui a perdu un œil lors d’une manifestation de gilets jaunes. « Voilà comment la police de Macron traite son peuple ! » Ambiance de colère et de défiance. En un an et demi, le nombre de violences policières s’est envolé et la répression des manifestants est devenue l’un des symboles insupportables de ce quinquennat à la dérive. Depuis novembre  2018, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie plus de 330 fois, dont 218 à Paris ! Du jamais-vu. Coups de matraque, de poing, de pied, tirs illégaux de LBD et autres joujoux « non létaux »… les victimes se comptent en milliers. Tandis que l’image des fonctionnaires censés assurer la sécurité des citoyens n’a jamais été aussi désastreuse. Comment sortir de cet engrenage ? Après des mois de déni, le chef de l’État a fini, début janvier, par demander à son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, de lui présenter des « propositions pour améliorer la déontologie des policiers et des gendarmes ». Les résultats de ses cogitations sont encore attendus. Ils seront scrutés de près par les associations et collectifs qui réclament depuis des années plusieurs mesures précises. Des idées indispensables qui permettraient, au minimum, d’enclencher une désescalade de la violence.

1. Bannir les armes violentes

Pas de pluies de grenades mutilantes, ni de tirs massifs de lanceurs de balles de défense (LBD 40) : telle est la première mesure cruciale à mettre en œuvre pour sortir de cette spirale de la violence. « Pourquoi utilise-t-on ces armes de guerre sur le peuple ? » interroge David Dufresne, journaliste et spécialiste des questions de maintien de l’ordre. L’usage du LBD 40 en caoutchouc semi-rigide fait l’unanimité contre lui. Sa dangerosité est établie. Des études le montrent et nombreux sont ceux, parmi les habitants des quartiers populaires et les manifestants, à en subir les conséquences : perte d’un œil, fracture des os de la tête… À plusieurs reprises, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a préconisé son abandon en manifestation. Même demande de la Ligue des droits de l’homme et de la CGT, qui ont estimé qu’en utilisant cette arme dite « non létale » mais à l’origine de blessures irréversibles, l’État « porte atteinte aux libertés fondamentales telles que le droit de manifester et le droit à la protection de la vie ».Même chose pour les grenades lacrymogènes et de désencerclement. Mi-janvier, Christophe Castaner rappelait aux policiers leur devoir « d’exemplarité » et « d’éthique ». Raté. Lors de la manifestation de pompiers du 28 janvier, beaucoup de blessés ont subi l’introduction en grande pompe de la grenade militaire GM2L, petite sœur de la GLI-F4, la grenade arracheuse de main dont Christophe Castaner a annoncé le retrait anticipé. Même si elle ne contient pas le TNT de la GLI-F4, la GM2L est aussi dangereuse. Composée d’une charge lacrymogène, elle tutoie les 165 décibels lorsqu’elle explose. Son effet de souffle peut avoir des effets irréversibles sur l’audition, tandis que les multiples résidus risquent de blesser gravement. « La GM2L est différente de la GLI-F4 uniquement par son composé explosif. Les effets des deux grenades sont les mêmes. Il faut l’interdire », estime Ian, un des fondateurs de Désarmons-les !, collectif contre les violences policières.

2. Une doctrine respectueuse des droits humains

Depuis la contestation de la loi travail en 2016, et plus encore depuis l’intrusion de gilets jaunes dans l’Arc de triomphe en décembre 2018, le ministère de l’Intérieur a fait le choix de la confrontation et de l’interpellation directement dans les cortèges, parfois avec la participation des brigades anticriminalité. Cette évolution de la doctrine rompt avec un principe fondateur : l’encadrement à distance des manifestants. Le Défenseur des droits recommande un retour en arrière. Et préconise « la conduite d’une étude sur la mise en œuvre en France de la doctrine dite de “désescalade de la violence” ». L’ONG Amnesty France prône, elle, l’intégration des « droits humains » dans cette doctrine pour mettre un terme « aux cas d’usage disproportionné et donc illégal de la force et aux entraves au droit de manifester pacifiquement ».

3. En finir avec les techniques dangereuses

Les techniques d’interpellation sont également sur la sellette. De la mort de Cédric Chouviat à celle d’Ali Ziri, les pratiques d’immobilisation par plaquage ventral, pliage et clé d’étranglement sont mises en cause. Aux yeux de Ramata Dieng, sœur de Lamine Dieng, décédé après un plaquage ventral, il est urgent de les bannir : « Les personnes qui subissent l’une de ces trois techniques risquent la mort. » Opposée à l’emploi du plaquage ventral et du pliage, l’ONG  Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) précise que « les forces de police ajoutent parfois à cette position d’autres moyens de contention tels que le menottage des poignets derrière le dos et l’immobilisation des chevilles (avec parfois les genoux relevés), et peuvent aller jusqu’à exercer un poids sur le dos de la personne ainsi maintenue à terre ». Une accumulation qui peut conduire à l’asphyxie. Condamnée à deux reprises par la Cour européenne des droits de l’homme, la France continue néanmoins d’autoriser le plaquage ventral. En Belgique, en Suisse et à New York, il est banni.

4. Une police des polices (vraiment) indépendante

Il n’y a pas qu’en matière de technique d’arrestation que la France se distingue. L’IGPN, l’instance administrative chargée d’enquêter sur la police, est composée uniquement… de policiers. De quoi saper la confiance des citoyens dans une autorité dont l’objectivité, à tort ou à raison, sera toujours interrogée. Pour les associations, il est indispensable de créer un organe indépendant vis-à-vis du pouvoir politique. Il s’agirait « d’une autorité administrative indépendante dans laquelle travailleraient des magistrats, des membres de la société civile, mais également des policiers », suggère Marion Guémas, chargée des questions police-justice à l’Acat. La cofondatrice du collectif Urgence notre police assassine, Amal Bentounsi, sœur d’Amine Bentounsi, mort d’une balle dans le dos, propose un renforcement de la « surveillance citoyenne, avec des personnes de la société civile, des associations, des collectifs ». Autre défi de taille pour l’institution policière : la transparence. « Des efforts ont déjà été faits, mais ce n’est pas suffisant, selon Marion Guémas. Nous ne savons rien du nombre de policiers sanctionnés par la hiérarchie ou condamnés pour des faits de violence, les conclusions des enquêtes IGPN ne sont pas rendues publiques, des chiffres officiels sur le nombre de blessés ou de morts n’existent pas. » Contrairement à d’autres pays, la liste détaillée des tirs de la police et de la gendarmerie n’est pas rendue publique. « Le ministère ne donne pas d’informations sur la composition des armes de force intermédiaire alors qu’elles sont dangereuses, poursuit Marion Guémas. Toutes ces informations sont importantes pour rétablir la confiance entre la population et les institutions. »

Face à ce défi, le gouvernement brille pour l’instant par son inaction. En juin 2019, un séminaire d’experts réunis par le ministère de l’Intérieur était censé faire des recommandations pour élaborer un nouveau « schéma national pour le maintien de l’ordre ». Huit mois plus tard, ses conclusions sont toujours au fond d’un tiroir. Peut-être « d’ici quelques semaines », indique la Place Beauvau. Le fossé entre policiers et citoyens ne cesse de se creuser. Mais pour le gouvernement, il semble toujours urgent d’attendre.

Lola Ruscio
La cncdh et la « rhétorique de la riposte »

« Le matraquage de personnes au sol ou l’usage de LBD pointés sur le visage des manifestants sont inadmissibles. » Dans un avis rendu cette semaine sur les violences policières, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) n’y va pas avec le dos de la cuillère. L’institution évoque de « fortes préoccupations » liées à « l’usage disproportionné de la force et des armes dites non létales ». La CNCDH « ne peut admettre la rhétorique de la “riposte” à laquelle ont eu recours les pouvoirs publics ». L’institution appelle à « une remise en question fondamentale » et enjoint aux pouvoirs publics d’« engager une réflexion plus globale sur l’usage de la force publique ».

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 06:00
Sebastian Roché : En Europe, une exigence morale plus élevée
Vendredi, 31 Janvier, 2020

Sebastian Roché estime que l’Hexagone devrait s’inspirer des pratiques des pays nordiques.
 

Notre gestion des foules diffère-t-elle des autres pays européens ?

Sebastian Roché Dans les pays nordiques, en Allemagne et en Angleterre, la doctrine du maintien de l’ordre repose sur les concepts de « confiance » et de « désescalade », de diminution de la conflictualité. Au Danemark, la formation de la police est centrée autour de l’idée : « Tu devras gagner la confiance des citoyens »  ; ­l’Allemagne met en avant le slogan : « La police, ton ami ». En France, la philosophie est très différente : « Force doit rester au policier » est ce qu’on apprend à l’école. Les grandes villes allemandes et britanniques ont connu des contestations radicales. Mais ces gouvernements sont plus soucieux de ne pas mutiler les citoyens. Même en situation d’émeute, la police britannique se refuse à utiliser le LBD dans le maintien de l’ordre. C’est un choix politique. Leur niveau d’exigence morale et de respect des droits fondamentaux est plus élevé que le nôtre. Et leur organe de contrôle de la police est indépendant, géré par un magistrat ou une personnalité de la société civile.

La France autorise ses forces de police à user d’armes de guerre, contrairement à d’autres pays européens. Qu’en pensez-vous ?

Sebastian Roché Ces pratiques, on les voit dans des démocraties jeunes comme en Pologne et dans des pays aux traditions autoritaires. En France, il y a une démocratisation politique, mais la police reste dure. Il ne faut pas confondre les deux, comme le fait le président. La raison est un peu mystérieuse. La police a connu une série de glissements successifs : à l’origine, le lanceur de balles de défense est une arme du GIGN, puis, au fur et à mesure, elle est utilisée en sécurité publique. Personne n’a dit : on les introduit pour tirer sur les manifestants ! Problème : les chefs locaux de la police et les préfets n’ont pas, en France, de comptes à rendre aux citoyens visés par ces armes, ils ne souffriront pas des conséquences. Ils pilotent le maintien de l’ordre mais la déconnexion est totale avec le public : ils ne lui sont pas redevables. Les valeurs de défense des droits de l’homme ne sont pas suffisamment fortes. Des dirigeants étrangers se disent : je n’ai pas le droit de tirer sur les manifestants ! Le gouvernement français, lui, se dit qu’il a le droit.

Sebastian Roché Chercheur au CNRS Auteur de De la police en démocratie (Grasset).
Entretien réalisé par L. R.
Sébastien Roché - entretien avec Lola Roscio sur le maintien de l'ordre à la française et les violences policières
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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 06:00

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

29/ Angèle Le Nedellec (1910-2006) :

Repris au site internet:  https://www.resistance-brest.net

Angèle Kerlirzin est née le 08 juin 1910 à Scrignac. Fille de cultivateurs, elle est mariée à Jean Le Nédellec et a deux enfants. Elle adhère au Parti Communiste Français (P.C.F) en 1938 et y fait adhérer son mari, cas unique alors à Brest où l’adhésion du mari avait toujours précédé celle de sa femme. À la fin de 1939, elle participe au passage à la clandestinité du P.C.F, interdit par le gouvernement Daladier. Angèle est ménagère quand le conflit éclate.

Elle entre en résistance le 17 juin 1940, en cachant des armes et munitions anglaises que son mari, Jean Le Nédellec récupère avec l’aide de quelques camarades résistants dont Pierre Corre et Jules Lesven, du côté du fort du Bouguen. Avec son mari, elle entrepose ce stock d’armes (bombes, matières explosives et munitions) dans la cabane de leur jardin située sur la plateau du Bouguen tout près de l’arsenal. Sans cela, ces armes seraient tombées aux mains des Allemands qui avançaient rapidement sur Brest. Une partie du stock est acheminée vers Trédudon-le-Moine par Jean Le Nédellec, Jules Lesven et Pierre Corre.

À partir du 1er juillet 1940, elle colle fréquemment des affiches anti-nazis. Elle diffuse également des journaux de propagande résistante, tracts du P.C.F et du Front National. Son frère, Pierre Kerlirzin est aussi dans la Résistance.

Le 28 avril 1942, elle participe à l’organisation et à la manifestation de femmes contre l’occupant . Avec ses compatriotes, elles se rassemblent devant l’annexe de la mairie située rue Danton à Brest. Elles veulent obtenir un meilleur ravitaillement alimentaire. Ce groupe de femmes agit clandestinement sous le nom de Comité des Femmes Patriotes. Parmi ces militantes se trouvent Jeanne Goasguen-Cariou, Marie Salou, Raymonde Vadaime, Angèle Le Nédellec, Yvette Richard-Castel, Aline de Bortoli, Simone Moreau. La police intervient pour disperser ce rassemblement mais à 14h30, le mouvement des ménagères prend de l’ampleur : ce sont 200 femmes qui se retrouvent place Guérin. Angèle est Interpellée par la police française mais elle est relâchée faute de preuves et d’aveux.

Le 14 juillet de la même année, elle participe à la tentative de manifestation patriotique qu’un exceptionnel quadrillage policier empêchera de se développer dans la ville.

Lors de la tentative d’interpellation de son mari le 1er octobre 1942, elle fait preuve d’un sang froid admirable, notamment lors de la perquisition de leur domicile où elle réussit à camoufler un important stock d’armes , de bombes et d’explosifs que détenait son mari ce qui lui sauva la vie ainsi qu’à plusieurs résistants.

Le lundi 5 octobre 1942, en compagnie de Jean-Louis Primas et Roland Le Nédellec , elle sauve ces armes, bombes et explosifs, dont une partie a probablement été transporté dans les Côtes-du-Nord dans la dépendances de la Famille Le Nédellec à Plusquellec par le biais de Roland Le Nédellec, en les mettant en sécurité et cela malgré une garde vigilante des lieux par les troupes allemandes et la police française.

Agent de liaison entre les principaux responsables de la Résistance de Brest, elle héberge avec son mari, des résistants traqués par l’occupant.

Le 27 octobre 1942, elle est arrêté à Brest au plateau du Bouguen par la police française. Elle est internée à la prison du château de Brest, puis elle est transférée à Jacques Cartier à Rennes et enfin à Vitré. Elle est jugée par le tribunal spécial de Rennes le 11 décembre 1942 qui la condamne à un an de réclusion pour faits de résistance.

Elle est libérée le 2 novembre 1943, puis gagne les Côtes-du-Nord et reprends aussitôt contact avec les Francs-Tireurs et Partisans Français. A partir du 6 juin 1944, elle est incorporée dans le Bataillon Giloux sous les ordres d’Albert Yvinec, dit Capitaine Callac. Elle participe aux luttes de la libération de son secteur (jusqu’au 10.08.1944) en servant d’agent de liaison entre Brest et le maquis des environs de Scrignac où se trouvait son bataillon. Angèle est est démobilisée le 1er octobre 1944. Elle obtient de par son son certificat de la Résistance intérieure française en 1950 le grade de sergent.

Aussitôt après, elle retourne habiter rue Danton à Brest et y continue longtemps une vie militante auprès de son mari. Elle possède la C.V.R n°2076, la carte d’interné et déporté de la Résistance n°220401910, le certificat d’appartenance à la Résistance Intérieure Française n°19648 (grade fictif de sergent).

Angèle Kerlirizin-Le Nédellec s’éteint à Brest le 5 juin 2006 à l’âge de 96 ans.

Publiée le , par Yoann Le Nedellec, mise à jour

Le 27 avril 1975, au château de Brest, une plaque est inaugurée en mémoire des résistants et otages arrêtés et incarcérés en ce lieu avant d'être déportés ou fusillés: Angèle Le Nedellec est la femme la plus sur la droite

Le 27 avril 1975, au château de Brest, une plaque est inaugurée en mémoire des résistants et otages arrêtés et incarcérés en ce lieu avant d'être déportés ou fusillés: Angèle Le Nedellec est la femme la plus sur la droite

 Lu sur la Page Facebook Brest 44 à l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, la légende de cette photo

Le 27 avril 1975, au château de Brest, une plaque est inaugurée en mémoire des résistants et otages arrêtés et incarcérés en ce lieu avant d'être déportés ou fusillés.

Sur la photo, trois résistantes que nous avons décidé de mettre à l'honneur en cette journée.

De gauche à droite:
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Yvette Castel-Richard, née en 1913 à Brest, membre du P.C.F clandestin, intègre les F.T.P en 1942 comme agente de liaison. Organise la manifestation des brestois du 28 avril 1942 pour demander plus de nourritures aux autorités civiles. Arrêtée en octobre 1942, internée à Brest, Vitré et Rennes. Sera libérée en Novembre 1943. Mais la prison ne l'a pas démoralisé, elle reprend ses activités de résistante jusqu'à la libération.
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Marie Le Cam-Salou, née en 1914 à Saint-Marc. Membre du P.C.F clandestin, elle héberge les résistants recherchés par la police ou les allemands. Début 1942 elle aide plusieurs prisonniers républicains espagnols à fuir la ville. Elle participe à la manifestation du 28 avril 1942. En Août 1942 elle saccage avec une amie la vitrine de la L.V.F rue de Siam. Arrêtée en octobre 1942 par des policiers français, elle est brutalisée. Internée, elle est finalement remise aux allemands qui la juge à Fresnes en 1943. Déportée, elle revient en 1945 très affaiblie.
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Angèle Kerlirzin-Le Nédelec, née en 1910 à Scrignac. Membre du P.C.F clandestin. A la débâcle elle cache des armes récupérés par son mari. Participe à la diffusion des tracts du P.C.F et F.N. Elle participe à la manifestation du 28 avril 1942 et à la tentative de manifestation patriotique du 14 juillet 1942. Arrêtée en octobre, elle est également internée à Brest, Vitré et Rennes. Libérée en Novembre 1943, elle gagne les Côtes-du-Nord et intègre les F.T.P. A la fin de la guerre elle revient à Brest.
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Hommage à ces résistantes de "L'Union des Femmes Patriotiques" pour leurs luttes et courage à celles d'aujourd'hui dans leur combat du quotidien.

Respectueusement,
Brest44
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Crédit photo: Archives de Brest - 1NUM1515
 
 

Lire aussi nos autres publications pour l'année du centenaire du Parti communiste dans la série "100 ans d'engagements communistes en Finistère":

Lire aussi:

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 19:48
Béthléem 2015

Béthléem 2015

« Deal » / Trump : l'expression d'un mépris du peuple palestinien et du droit international (PCF)
 
Trump vient d’annoncer son « deal du siècle ». Comment Trump et son gouvernement peuvent-ils être aussi irresponsables en qualifiant de plan de « paix » un projet dont la seule issue présentée aux Palestiniens est
la création de « bantoustans » sans aucune continuité territoriale et sans souveraineté – une reproduction sinistre de l’apartheid aboli par le peuple sud-africain il y a près de trois décennies.
Le gouvernement de M. Macron ose affirmer qu’il « salue les efforts du président américain Donald Trump et étudiera avec attention ce plan de paix ». Ces propos, outre leur allégeance à l’hégémonie de la Maison
Blanche, sont une négation de la Charte des Nations unies. Ils sont indignes de la France et de sa vision de la paix au Moyen-Orient Devant cette proposition d’annexion de la vallée du Jourdain, d’annexion
des colonies qui deviennent des terres d'Israël, d’annexion des routes y conduisant depuis l'Ouest, c’est-à-dire une coupure de fait en au moins trois parties de la Cisjordanie, et, bien sûr, de maintien du "statut"
carcéral actuel de la Bande de Gaza, sans liaison avec l'autre partie de la Palestine, la France s’honorerait de proclamer fermement qu’aucune paix ne peut se faire si le droit international et les résolutions de
l’ONU ne sont pas respectés. Seule la reconnaissance de l’État de Palestine – que le Parlement français a exigée  - dans ses frontières de 1967 et avec Jérusalem Est comme capitale, peut permettre la construction d’un avenir pour les deux peuples, israélien et palestinien.
Le PCF apporte tout son soutien et sa solidarité au peuple palestinien méprisé (dans son intégrité) et aux progressistes israéliens qui luttent pour la paix, la démocratie et la justice en véritables 7h acteurs de
l’avenir de leur pays.
 
Parti communiste français,
 
Paris le 29 janvier 2020
 
 
Deal / Trump : l'expression d'un mépris du peuple palestinien et du droit international (PCF)
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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 15:41
Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
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Photo Pierre-Yvon Boisnard

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Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
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Photo Pierre-Yvon Boisnard

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Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
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Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
Mardi 29 janvier à Morlaix: Nouvelle manifestation contre la contre-réforme des retraites Macron: 400 manifestants (Photos Jean-Luc Le Calvez et Pierre-Yvon Boisnard)
Photo Pierre-Yvon Boisnard

Photo Pierre-Yvon Boisnard

Photo Pierre-Yvon Boisnard

Photo Pierre-Yvon Boisnard

Photo Pierre-Yvon Boisnard

Photo Pierre-Yvon Boisnard

Mercredi 29 janvier 2020 -

400 personnes à la manif contre la réforme des retraites de Macron à Morlaix ce mercredi matin, avec un parcours original et sportif Kiosque - Théâtre - Gare - Aller/ retour par la rue Gambetta. Une mobilisation intacte et une belle mobilisation tout de même pour un mercredi.

Photos Jean-Luc Le Calvez

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 08:47
L'Humanité - 27 janvier : dossier sur les 75 ans de la libération d'Auschwitz avec une interview de Beate et Serge Klarsfeld
Histoire. Il y a 75 ans, la libération des camps révèle le système génocidaire nazi
Lundi, 27 Janvier, 2020

Le 27 janvier 1945, le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau est libéré par les troupes de l’Armée rouge. Jusqu’en avril et la libération des autres camps, ce sera une course contre la mort pour sauver les déportés rescapés.

 

La date du 27 janvier choisie pour la commémoration internationale du génocide des populations juives d’Europe n’est pas celle retenue de longue date pour évoquer la déportation en France, le dernier dimanche d’avril. Elles sont pourtant liées et ne méritent pas d’être mises en concurrence. Même si ces choix ont chacun une histoire sur laquelle il ne s’agit pas ici de revenir, rappelons que la première correspond à l’arrivée des troupes soviétiques devant le camp d’Auschwitz évacué précipitamment par les SS, qui ont entraîné des dizaines de milliers de déportés juifs dans des marches de la mort vers d’autres camps et n’ont laissé derrière eux que quelques milliers de malades qu’ils n’ont pas eu le temps d’éliminer. La deuxième date en avril correspond à l’effondrement général du système concentrationnaire nazi et à l’ouverture des camps par les différentes armées alliées, qui découvrent l’ampleur de l’hécatombe et l’état physique déplorable des survivants.

Deux objectifs : une déportation de répression et une déportation de persécution

En France, il est d’autant plus important d’envisager dans leur globalité la persécution et le génocide avec la répression et la déportation qu’ils ont bien souvent eu partie liée à travers l’action résistante d’un côté et la mise en place du système répressif associant l’Allemagne et l’État français de l’autre. Les travaux historiques qui ont permis aujourd’hui d’avancer dans la connaissance de la déportation depuis la France mettent en évidence l’importance de la déportation de répression  – environ 90 000  – à côté de la déportation de persécution – environ 80 000 avec seulement 3 % de survivants.

La politique génocidaire menée par le régime nazi avec ses idéologues, ses tortionnaires mais aussi ses élites intellectuelles et économiques à l’égard des populations juives et tziganes a procédé d’une entreprise délibérée d’extermination associée à des projets de colonisation, mais aussi d’asservissement de populations entières (par exemple, le sort réservé aux prisonniers de guerre slaves, soviétiques notamment dont 60 %, soit 2 millions, meurent dans les camps). La discrimination antisémite est indissociable chez les nazis de l’idéologie raciste qui légitime l’inégalité au sein même de l’humanité. Le projet nazi, avec les moyens de l’économie la plus moderne d’Europe, s’est développé en exacerbant le racisme et l’antisémitisme existant dans les pays occupés et en suscitant des collaborations qui ont dramatiquement concouru à la politique génocidaire. Songeons à la rafle du Vél’d’Hiv en France ou aux massacres par balles perpétrés dans les territoires de l’URSS, dans les pays Baltes ou en Ukraine, avec l’aide des populations locales, et qui se sont soldés par plus d’un million de morts.

La brutalisation de l’armée allemande ne s’est pas exercée de la même manière selon les pays

Le génocide a partie liée avec le système concentrationnaire de répression et de déportation conçu d’abord en Allemagne puis étendu à l’ensemble des pays contrôlés ou alliés du Reich allemand. L’ingénierie scientifique et technique mise en œuvre par les grands offices du Reich placés sous l’autorité de Himmler avec le concours de l’armée allemande et de tout l’appareil d’État confère une efficacité redoutable à la répression des populations civiles récalcitrantes à l’ordre nouveau. La brutalisation opérée par l’armée allemande et tous ses supplétifs ne s’est pas exercée de la même manière selon les pays en fonction des différents projets stratégiques du Reich, mais aussi de la Résistance des populations (1).

Ce n’est pas parce que l’entreprise génocidaire n’a pu être arrêtée avant que tout le système nazi soit écrasé qu’il faut ignorer les actes de résistance au sein même des lieux d’extermination, que ce soit l’insurrection victorieuse des détenus du camp de Sobibor en 1943, le soulèvement désespéré du Sonderkommando d’Auschwitz en octobre 1944 ou la lutte armée héroïque des jeunes du ghetto de Varsovie.

La connaissance de ce qui s’est passé est une préoccupation non seulement des survivants, comme en témoignent les serments prêtés envers les morts au moment de l’ouverture des camps comme à Buchenwald ou à Mauthausen, mais de ceux qui savaient leur mort proche comme Gradowski, de Grodno, qui, appartenant au Sonderkommando d’Auschwitz, enterre son témoignage exhumé quarante ans plus tard : « Cher découvreur de ce récit ! J’ai une prière à te faire, c’est en vérité mon essentielle raison d’écrire, que ma vie condamnée à mort trouve au moins un sens. Que mes jours infernaux, que mon lendemain sans issue atteignent leur but dans l’avenir. »

Aujourd’hui le témoignage – alors que les derniers survivants disparaissent – emprunte nécessairement des voies nouvelles, mais cela ne saurait faire oublier la diversité de la déportation et l’histoire de l’occupation nazie, comme celle de ses collaborateurs dans les pays occupés.

La Fondation pour la mémoire de la déportation, créée en 1990 à l’initiative de déportés regroupés en fédération, a la mission de défendre, pérenniser et transmettre la mémoire des déportations en s’appuyant sur l’activité des Amis de la fondation dans plus de 70 départements. Elle met au premier plan le travail de recherche et d’historiographie en lien avec les universités, avec les archives publiques, mais aussi les institutions représentatives de la République. C’est dans ce cadre qu’a été noué avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese) un partenariat autour de la thématique « Mémoire et vigilance ». C’est dans ce contexte qu’est préparée une exposition sur le retour des déportés qui se tiendra à la fin du mois d’avril. En somme, la mémoire de la déportation, dans sa globalité et sa diversité, reste, en France notamment, d’une grande actualité.

(1) Voir la revue En jeu, histoire et mémoires vivantes, Transmettre la criminalité de masse du nazisme, des mémoires à inscrire dans l’histoire. Juin 2018, Presses universitaires du septentrion.
Serge Wolikow Historien
L'Humanité - 27 janvier : dossier sur les 75 ans de la libération d'Auschwitz avec une interview de Beate et Serge Klarsfeld
Beate et Serge Klarsfeld, lanceurs d’alerte contre l’oubli

Elle gifla un chancelier ancien nazi. Il dressa le mémorial des 76 000 juifs déportés de France, dont 11 000 enfants. Depuis plus d’un demi-siècle, ce couple franco-allemand n’a jamais laissé vieillir en paix les criminels nazis impunis.

 

Il y a soixante-quinze ans, Auschwitz-Birkenau était libéré par l’Armée rouge. Le monde découvrait la réalité de la Shoah et l’extermination de 6 millions de juifs. Toutes les leçons ont-elles été tirées, ou bien la bête immonde peut-elle encore renaître de ses cendres ?

 

Serge Klarsfeld

Aujourd’hui, il y a une extraordinaire connaissance de la Shoah, des dizaines de milliers de livres, de thèses, des centres de documentation puissants et des mémoriaux dans de nombreux pays. De ce point de vue, je ne suis pas inquiet. Le problème est plutôt l’environnement politique, qui fait que dans certains pays la transmission de la Shoah peut être gommée ou sabotée si l’extrême droite vient au pouvoir. Elle était à 2 % il y a cinquante ans et est aujourd’hui entre 30 % et 40 % dans certains pays, ce qui constitue une menace. Il y a ce risque en France, avec celui de voir la réhabilitation de Pétain et la négation de ce qu’il s’est passé. C’est un danger immense : il ne faut surtout pas oublier qu’il y a eu faillite de l’homme avec la Shoah.

 

La transmission de la mémoire du crime le plus effroyable du XXe siècle se pose donc en termes nouveaux. Comment faire vivre ce devoir de mémoire une fois que les derniers survivants auront disparu ?

Serge Klarsfeld Bien que 3 millions de personnes viennent chaque année à Auschwitz, nous avons une inquiétude quant à l’état d’esprit des nouvelles générations, puisqu’elles n’ont pas connu la guerre et considèrent comme acquis ce que nous considérons comme un miracle : les libertés, la justice, la protection sociale, les droits de l’homme. Les Européens sont face à un choix : soit conserver les valeurs de l’Union européenne, soit devenir une sorte de forteresse d’extrême droite, avec chaque pays qui se replie et une situation qui nous rappelle les années 1930. La transmission de la mémoire de la Shoah doit ici aller au-delà des dates et des faits. Il faut tirer les conséquences et s’engager. Si l’on reste passif, cela ne sert à rien d’emmagasiner des connaissances. C’est une question d’éducation. Les enfants vont au Mémorial de la Shoah, les policiers y vont, les juges y vont, mais qu’en retirent-ils ? Est-ce que cela retient le bras du policier lors d’une manifestation ? Dans des pays comme la France et l’Allemagne, beaucoup a été fait : des films, des livres, des documentaires, des manuels scolaires… Mais dans ces deux pays beaucoup votent pour le RN et l’AfD.

Comment expliquer qu’après la Shoah l’antisémitisme et le racisme n’aient pas disparu ? Des réécritures de l’Histoire se font également : après la Pologne, la Lituanie a adopté une loi exonérant les dirigeants de ce pays d’une quelconque responsabilité dans la Shoah, et Horthy est réhabilité en Hongrie…

Serge Klarsfeld Quand vous avez une vie bouleversée, sans ressources, sans éducation, vous êtes une proie facile pour les démagogues. Certains, en difficulté, se laissent aller à la haine antijuive et à la haine de l’autre. Et à des votes nationalistes. Près de 95 % des juifs de Lituanie ont été assassinés et 90 % des juifs de Pologne, parce que l’antisémitisme y était très vivace : il y avait des pogroms, des populations hostiles qui considéraient les juifs comme des éléments tout à fait étrangers. Il ne faut pas masquer cette histoire et les responsabilités des gouvernements. En France, la loi Gayssot protège heureusement les juifs contre la contestation des crimes contre l’humanité. Mais les réseaux sociaux font que cela est contourné : auparavant les négationnistes et les révisionnistes pouvaient envoyer dix ou vingt lettres anonymes. Sur les réseaux sociaux, il leur est aujourd’hui possible d’en envoyer des milliers d’un seul coup. Ils y trouvent un espace immense où s’exprimer.

Vous avez œuvré à la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, ce qui a mené au discours du 16 juillet 1995 par le président de la République Jacques Chirac. Est-il primordial à vos yeux ?

Serge Klarsfeld Oui. Chirac était un enfant pendant la guerre. Il a vu deux France s’affronter durant le conflit : celle du maréchal Pétain et celle du général de Gaulle et de la Résistance intérieure. Il était pour lui normal de le reconnaître. De Gaulle considérait qu’il n’y avait qu’une seule France, la France résistante qui s’incarnait en lui. Mais ce n’était pas vrai : il y a eu la bataille de Bir-Hakeim au mois de juin, c’était la France libre, et il y a eu la rafle du Vél’d’Hiv un mois plus tard, c’était la France de Pétain. Deux France s’opposaient. C’est la France chevaleresque qui a gagné mais les actes commis par le Pétain et par Pierre Laval l’étaient aussi au nom de la France. C’est ce qu’a reconnu Chirac, qui, enfant, voyait accroché en classe le portrait de Pétain. Mais demain Le Pen serait élue qu’elle dirait le contraire. Elle reprendrait les mensonges éhontés de Zemmour, selon lequel, devant la menace d’arrêter les Français juifs, Pétain aurait eu le « courage » d’assumer l’arrestation par la police française des familles juives étrangères et de leurs enfants français.

Serge Klarsfeld, l’immense travail que vous avez accompli en établissant la liste des 76 000 juifs déportés depuis la France a contribué à l’établissement de la vérité sur la Shoah. Un combat opiniâtre auquel vous avez consacré votre vie…

Serge Klarsfeld J’ai commencé cette liste quand nous menions campagne pour faire juger les criminels nazis qui avaient organisé la déportation en France. Je me suis dit qu’il fallait que tout le monde soit au procès, et tout le monde y était à travers le livre le Mémorial de la déportation des juifs de France. On avait des centaines de parties civiles vivantes, et avec ce livre, tous les assassinés, avec le nom, la date et le lieu de naissance de chaque déporté, convoi par convoi, ce qui n’avait pas été fait jusque-là. J’ai également réalisé le Mémorial des enfants. Nous avons retrouvé plus de 5 000 photos des 11 400 enfants qui ont été déportés, avec un dossier pour chacun, pour expliquer où il a été arrêté, dans quelle commune, à quelle rue, son état civil, son acte de naissance pour 8 000 d’entre eux. C’était indispensable. Ce sont trente à quarante années de recherches pour établir cette liste et rétablir les arbres généalogiques et l’unité des familles, souvent séparées dans différents convois. Dans Vichy-Auschwitz, j’ai enfin mis en lumière d’un côté le rôle essentiel de Vichy dans la déportation et de l’autre le rôle celui de la population française, qui a dans sa majorité réagi tout à fait positivement et aidé les trois quarts des juifs français à survivre.

Parallèlement, vous avez tous deux sans cesse dénoncé que d’anciens nazis et d’anciens collaborateurs soient protégés et continuent dans certains cas à exercer les plus hautes fonctions. Que Maurice Papon soit préfet de police, que Kurt Waldheim soit secrétaire général des Nations unies, cela apparaît impensable aujourd’hui…

Serge Klarsfeld Pendant les années 1950 et 1960, nombre d’anciens nazis sont restés ou revenus dans les sphères du pouvoir. En France, une grande partie de l’administration préfectorale a été relancée par de Gaulle. On a fermé les yeux sur l’action antijuive. Beaucoup moins sur l’action antirésistante, parce que les résistants qui revenaient étaient en mesure de protester. Les familles juives étaient décimées, abattues, et elles n’ont pas pu obtenir le jugement de tous les préfets en poste en 1942, qui ont tous arrêté les juifs sauf celui de Corse. C’est pourquoi le procès Papon était important, parce que c’est le procès de l’obéissance aux instructions reçues du gouvernement de Vichy.

Beate Klarsfeld, la gifle que vous avez administrée au chancelier Konrad Kiesinger en 1968 en lui lançant « Nazi ! Démissionne ! » a été retentissante. Ce fut une gifle à tous les nazis qui campaient dans l’appareil d’État de la République fédérale. Aviez-vous alors conscience de la portée historique de ce geste ? Vous êtes restée une conscience pour les antifascistes, au point qu’en 2012 le parti de la gauche allemande Die Linke vous a soutenue comme candidate pour la présidence fédérale…

 

Beate Klarsfeld

Cette gifle, c’était un acte symbolique, c’était la jeunesse allemande qui giflait la génération des parents qui étaient des nazis. On m’a reproché la violence du geste mais imposer aux jeunes un propagandiste nazi comme chancelier, c’était cela la vraie violence. J’ai eu comme condamnation un an de prison ferme, sans sursis. Étant donné que j’étais française, cela a été révisé. Mais le retentissement a été international. L’écrivain allemand Heinrich Böll m’a envoyé cinquante roses pour me remercier. On a compris immédiatement que c’était un acte historique. D’ailleurs Serge m’a dit : « Jamais plus tu ne feras quelque chose d’aussi historique ! »

 

Vous avez milité sans relâche pour l’extradition de tous les criminels nazis protégés par des dictateurs dans le monde entier…

Beate Klarsfeld Alois Brunner était protégé en Syrie par Assad, Klaus Barbie en Bolivie par le dictateur Hugo Banzer, au Chili Pinochet faisait de même, tout comme Peron en Argentine. J’ai manifesté partout, et j’ai recherché Joseph Mengele au Paraguay. Les dictatures protégeaient les criminels nazis. Mais, en Allemagne aussi, des cadres qui prenaient les décisions ont été protégés. Aujourd’hui, l’Allemagne juge encore des subalternes qui étaient tout jeunes à l’époque alors qu’elle n’a pas jugé dans les années 1960-1970 des grands criminels qui auraient dû l’être… Mais nous avons œuvré aux condamnations d’Herbert Hagen et de Kurt Lischka. Nous n’avons jamais accusé personne sans preuve. Et nous nous sommes mobilisés, sans nous résigner, pour obliger la société politique allemande à faire ce qu’elle devait faire, c’est-à-dire mettre un terme aux conventions qui pouvaient protéger des criminels et mener à bien des procès.

Entretien réalisé par Jean-Paul Piérot et Aurélien Soucheyre

Une gifle à tous les nazis

Exposée au-dessus de la vaste table de travail de Beate et Serge Klarsfeld, la première page du Berliner Morgenpost du 8 novembre 1968 annonçant la gifle la plus célèbre de l’histoire allemande. Une jeune femme de 30 ans a souffleté en public le chancelier fédéral Konrad Kiesinger, ancien nazi, lors du congrès de son parti, la CDU. La jeune militante est née à Berlin en 1939, dans une famille ordinaire, son père a fait la guerre dans la Wehrmacht comme comptable de son régiment. Depuis 1960 elle vit en France, a épousé en 1963 un Français juif, Serge Klarsfeld. Jeune avocat, né à Bucarest en 1935, il a échappé, enfant, à la déportation en 1943, lors de l’arrestation de son père qui mourra à Auschwitz. Après Kiesinger, ils s’attaquent à Ernst Aschenbach, qui fut l’adjoint d’Otto Abetz pendant l’occupation en France et qui pose sa candidature en 1970, au nom du FDP, à un poste de commissaire européen. Le couple milite contre l’impunité des criminels nazis, Lischka, Hagen, Heinrichson, Barbie. Ils font campagne contre Kurt Waldheim, qui sévit contre la Résistance yougoslave pendant la guerre, ce qui ne l’empêcha pas d’être nommé secrétaire général de l’ONU, puis président de l’Autriche. Beate et Serge Klarsfeld sont à l’origine des poursuites contre René Bousquet, Maurice Papon, Jean Leguay et Paul Touvier. En 1979, Serge Klarsfeld fonde l’association Fils et filles de déportés juifs de France. Il a réalisé le Mémorial de la déportation des juifs de France à partir de la liste des 76 000 déportés. Il rédige le Mémorial des enfants et tente de retrouver photo et identité des quelque 11 000 enfants envoyés à la mort.

En Pologne, parler de collaboration est passible de poursuites
Lundi, 27 Janvier, 2020

L’État polonais entend garder son récit national. Aucune collaboration n’a été commise, les crimes de la Shoah ne sont l’œuvre que des forces nazies. Celui qui dit le contraire peut faire l’objet de poursuites.

 

Des survivants de l’Holocauste et une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement seront ce lundi à Auschwitz pour célébrer le 75e anniversaire de la libération du camp de concentration et d’extermination nazi. À la veille de ces célébrations, le président polonais s’est fendu d’une pleine page dans le Figaro du 23 janvier au nom d’« une mémoire qui ne doit pas mourir ». Il ose affirmer qu’il est « défendu de dénaturer » et « d’instrumentaliser » la mémoire de la Shoah pour quelque motif que ce soit. Des déclarations surprenantes de la part d’Andrzej Duda, candidat à un second mandat pour le parti Droit et Justice (PiS, extrême droite), et fervent défenseur d’une loi négationniste adoptée en 2018. Ce texte condamne l’usage du terme « camps de la mort polonais » et tout propos accusant « publiquement et contrairement aux faits, la nation ou l’État polonais de responsabilité ou de complicité dans les crimes nazis commis par le IIIe Reich, ou de tout autre crime de guerre, crime contre l’humanité ou crime contre la paix ».

Cette loi mémorielle prévoit des poursuites civiles qui visent aujourd’hui principalement des enseignants, chercheurs ou journalistes qui porteraient atteinte à la réputation de leur pays.

La Pologne a le plus grand nombre de justes parmi les nations

Pourquoi ce révisionnisme ? Depuis les victoires du PiS en 2005 et 2015, la droite et l’extrême droite insistent sur le roman national polonais, qui met essentiellement en avant le rôle de son mouvement de résistance et les souffrances immenses vécues par la population entre 1939 et 1945. Une réalité avec 6 millions de citoyens tués lors de la Seconde Guerre mondiale, dont 3 millions étaient juifs. La Pologne a également le plus grand nombre de justes parmi les nations : 6 863 Polonais, selon Yad Vashem, qui ont pu sauver 1 % des juifs polonais (30 000).

Mais ce récit est largement contesté par les travaux de nombreux historiens, notamment polonais, dans le sillage de Jan Tomasz Gross (les Voisins, la Peur, la Moisson) qui a travaillé sur l’assassinat des habitants juifs de la bourgade de Jedwabne, en juillet 1941, par leurs voisins polonais. Ces chercheurs ont démontré que les crimes allemands se sont déroulés dans la relative indifférence d’une partie des Polonais, gangrenés par un antisémitisme virulent, et grâce à des formes de participation, directe ou indirecte, des Polonais non juifs. 200 000 à 300 000 juifs ont été tués, non par la Wehrmacht et les Einsatzgruppen, mais par des collaborateurs, avancent-ils.

Cette historiographie suscite l’ire de la droite polonaise qui va jusqu’à menacer directement ces chercheurs. « Leurs visages apparaissent en une des hebdomadaires les plus radicaux comme des visages de criminels ; on réclame du gouvernement qu’il revoie la politique de financement de leurs instituts de recherche », explique Judith Lyon-Caen en avril 2019 dans « la Vie des idées ».

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 08:00

Anicet Le Pors : « Le Conseil d’État dénonce une maltraitance de l’État de droit par l’exécutif »
 
Mardi, 28 Janvier, 2020
La haute juridiction a torpillé le projet de réforme des retraites, l’estimant lacunaire et insincère. Entretien avec un membre honoraire de cette instance.
 
L’avis rendu par le Conseil d’État sur la réforme des retraites est très négatif. Est-ce surprenant ?

Anicet Le Pors Le Conseil d’État est une institution pour laquelle j’ai la plus grande estime, qui a joué au cours de l’histoire de France un rôle essentiel dans la fabrication des concepts qui constituent notre identité politique républicaine. Il a, cela dit, vis-à-vis des autorités en général, une attitude de critique bienveillante qui se traduit par une grande prudence dans la formulation de ses avis. C’est sur cet arrière-plan qu’il faut juger celui qu’il vient de rendre sur la réforme des retraites, qui est très sévère. Je n’ai pas connu en trente années d’avis aussi ferme. Il s’agit, me semble-t-il, d’une manière de s’opposer à ce que j’appellerais une maltraitance de l’État de droit par le président de la République et le gouvernement.

Le Conseil d’État estime que l’étude d’impact du gouvernement est lacunaire et insincère…

Anicet Le Pors Il y a deux types de réaction lorsqu’un gouvernement ne veut pas soigner une étude d’impact : soit il en fournit une absolument vide, par pure formalité, avec le risque de la voir rejetée d’emblée ; soit il en fait réaliser une d’un volume tel qu’elle en devient inabordable. Celle sur la réforme des retraites présente les deux défauts ! Elle fait d’une part 1 000 pages, impossibles à lire dans les délais impartis, et en même temps elle ne répond pas aux questions qui sont posées. La situation me rappelle celle du projet de loi de la transformation de la fonction publique, en 2019. La critique du Conseil d’État était très sévère aussi, car l’étude d’impact avait été envoyée quatre jours après le projet de loi, sur protestation du Conseil d’État. C’est pourtant une grossière erreur puisque l’étude d’impact est faite pour éclairer l’élaboration juridique, pas pour la compléter en cours de route ! C’est elle qui garantit le sérieux du contenu de la loi et dit quelles en seront les conséquences.

Entre notre système de retraite et la transformation de notre fonction publique, l’exécutif s’attaque donc à des piliers de notre modèle de façon très cavalière…

Anicet Le Pors Le contraste est ahurissant. Le gouvernement bouleverse des pans fondamentaux de notre contrat social sans avoir analysé les conséquences de l’action qu’il propose. C’est pourquoi je parle de maltraitance de l’État de droit. Cela traduit une manière d’être de l’exécutif et de Macron qui leur sont tout à fait spécifiques. Tel un démiurge, ce dernier n’admet aucune autorité morale ou spirituelle au-dessus de lui, sans prendre conscience qu’il outrepasse ses compétences. Ce qui se fait sur la réforme des retraites n’est pas acceptable. C’est tout à l’honneur du Conseil d’État de l’avoir signalé et au déshonneur du gouvernement de procéder ainsi. Ce qu’il y a d’étonnant dans cette affaire, c’est qu’Édouard Philippe est lui-même conseiller d’État. Il sait tout cela. Je me demande s’il ne s’est pas radicalisé. Il devient cassant et brutal.

Le Conseil d’État s’alarme d’un recours massif aux ordonnances pour rédiger la réforme. Qu’en pensez-vous ?

Anicet Le Pors C’est très problématique car pour les ordonnances, il n’y a pas d’étude d’impact. Et là, il y a 29 ordonnances ! D’un point de vue juridique, elles ont rang de lois. Et l’exécutif décide qu’il n’y aura pas d’études d’impact sur 29 équivalents lois. C’est massif et inquiétant. Pour la réforme de la transformation publique, les nombreuses imperfections et le recours à 7 ordonnances avaient conduit le gouvernement à prévoir 60 décrets en Conseil d’État pour définir le contenu de la loi. C’était déjà ahurissant et cela s’aggrave. Ce qui est critiqué sur la réforme des retraites par le Conseil d’État était donc déjà en germe. Ce comportement qui tend à devenir systématique de la part du gouvernement se traduit par une bureaucratie considérable : on soumet au Conseil d’État, puis au Parlement un texte dont on ne peut pas évaluer la portée, ce qui est très grave.

Emmanuel Macron balaye les critiques qui peuvent lui être faites en lançant : « Essayez la dictature et vous verrez ! »

Anicet Le Pors Emmanuel Macron est un homme dangereux. Ce qui se passe en ce moment le montre. Il est intéressant de voir, après les gilets jaunes et les mobilisations syndicales, que le Conseil d’État ouvre un autre terrain, qui touche directement au pouvoir d’État. Et la Cour de cassation appelle Macron à respecter la séparation des pouvoirs. L’éditorialiste Thomas Legrand s’est évertué, lundi, sur France Inter, à dire que l’on était quand même en démocratie. Mais, être obligé de le faire montre déjà qu’il y a un doute quelque part. Évidemment, il est aujourd’hui excessif de parler de dictature, ce serait passer une limite qualitative. Mais il ne faut pas pour autant jouer avec la démocratie comme Macron le fait. Il ouvre la voie aux forfaitures et risque à un moment d’être dépassé par plus violent que lui, dans une société complètement décomposée et désorganisée.

Sur le fond, que pensez-vous de la réforme des retraites ?

Anicet Le Pors Aujourd’hui, le produit intérieur brut par tête en France est le plus élevé que l’on ait jamais connu. En tenant compte de la démographie et des prix, chaque Français s’est potentiellement enrichi par rapport à il y a vingt ans. Comment se fait-il, dès lors, qu’il ne puisse pas bénéficier de cet effort de productivité global ? La réponse se trouve en analysant le partage de la valeur ajoutée nationale, qui est de plus en plus défavorable à la rémunération du travail et de plus en plus favorable à la rente. La France est pourtant un pays riche, qui a largement les moyens d’un modèle social de haut niveau. À mes yeux, il faudrait faire l’inverse de ce que veut imposer l’exécutif. La retraite des fonctionnaires est, par exemple, une référence sociale majeure, car elle porte sur les six derniers mois de façon définie et transparente : un fonctionnaire qui rentre dans l’administration sait immédiatement quel sera le montant de sa retraite. Voilà quelque chose à défendre.

Anicet Le Pors Conseiller d’État honoraire et ancien ministre communiste de la Fonction publique

https://www.humanite.fr/anicet-le-pors-le-conseil-detat-denonce-une-maltraitance-de-letat-de-droit-par-lexecutif-683746

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 07:14
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven  (1904-1943)
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:
 
29/ Jules Lesven  (1904-1943)
 
Un bon article biographique sur le site du lycée technologique et professionnel brestois qui porte le nom de Jules Lesven, réalisé avec le concours de l'ANACR
 
Jules LESVEN est né le 25 avril 1904 à Saint-Thégonnec. Orphelin à 4 ans, il est élevé par une tante. En 1929, il épouse Monique Kerrien, née à Plouescat en 1908, couturière. Le couple aura 4 enfants, dont 3 d'entre eux, toujours vivants, résident à Brest ou dans les alentours.
 
Forgeron, Jules Lesven a travaillé à Plouescat, Landivisiau, Plounévez-Lochrist chez un réparateur de machines agricoles. Dès 1929, il est forgeron à l'arsenal de Brest.
Militant syndical - membre du Conseil d'Administration de la CGT (Confédération Générale du Travail) à l'arsenal - et militant politique - il adhère au Parti Communiste en 1935 - il doit faire face à une situation délicate en 1939 lorque le gouvernement Daladier interdit le Parti Communiste. Il participe à sa restructuration clandestine à l'arsenal.
Au sein de son syndicat, il s'oppose aux dirigeants réformistes de la CGT qui sont devenus majoritaires et qui lui demandent de renier son Parti et de condamner la politique de l'Union Soviétique.
Il est alors déchu de son mandat syndical mais s'oppose à cette mesure de déchéance qu'il juge arbitraire, tout comme les ouvriers de l'arsenal.
En novembre 1939, il est coopté au "triangle" de direction de l'organisation communiste clandestine brestoise. Ce triangle est composé de Jeanne Goasguen-Cariou, Eugène Kerbaul et Jules Lesven.
Ce triangle est une unité d'organisation du Parti communiste ; ce mode d'organisation sera ensuite utilisé au sein de la Résistance pour protéger ses membres. Chaque adhérent se situe à une des extrémités d'un triangle et ne connait que les deux autres camarades des deux autres sommets du triangle, ce qui permet d'assurer une certaine sécurité du réseau.

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste

 

En 1940, lors du départ des Anglais, Jules Lesven, avec quelques camarades, récupèrent des armes et des munitions. Le groupe organise des sabotages, dès janvier 1941, sur les chantiers et à l'arsenal. Fin juin 1941, un triangle militaire est mis en place et comprendre Jules LESVEN, Pierre CORRE et Lucien KEROUANTON. Le Triangle militaire a pour but de coordonner l'action des groupes O.S. (Organisation Spéciale de Protection des membres du P.C. distributeurs de tracts et écrivains ruraux et des militants et de leurs familles) de la région brestoise.
Fin 1941, les réserves d'eau distillée destinées à alimenter les batteries des sous-marins allemands sont sabotées à l'arsenal de Brest.
 
Le 27 mars 1942, des sous-stations électriques de l'arsenal sont sabotées.
Fin avril - mai 1942, les groupes O.S. disparaissent : ils sont versés dans les formations de combat mises en place par "Le Front National de lutte pour la libération et l'Indépendance de la France" : ce sont les F.T.P.F (Francs-Tireurs et Partisans Français) pour lesquels compte avant tout l'action directe (propagande, lutte armée, sabotages).
Jules LESVEN devient responsable départemental des "F.T.P." puis interrégional de Bretagne.
 
"Grillés", recherchés par la police française et par les Allemands, les responsables brestois quittent la région de Brest.
Mais les actions continuent : sabotage à la gare de tirage du Mans (09.01.1943) et de la voie ferrée Le Mans - Rennes (26.01.1943), attentats à la bombe à l'arsenal de Brest.

Jules LESVEN, recherché, a quitté l'arsenal de Brest.
Devenu responsable politique de la SARTHE, il est arreté par des policiers français le 7 mars 1943 (jour du 1er anniversaire de son fils Pierre) au domicile d'un chef de train.
Livré au Allemands, torturé, jugé et condamné à mort, il sera fusillé au camp d'AUVOUR (à 15 km du Mans - Commune de CHAMPAGNE), le 1er juin 1943.

 

 

Avertissement: Une photocopie de mauvaise qualité de cette lettre manuscrite se trouvait dans la liasse confiée par Jacques Guivarch de Pleyber-Christ à Alain David et Ismaël Dupont, appartenant d'abord à son père, Jean Guivarch, patron d'une marbrerie funéraire à St Martin des Champs, militant communiste de la section de Morlaix, ancien résistant.

***

Lettre de Jules Lesven, fusillé à Champagné (dans la Sarthe) le 1er juin 1943

Ma chère Monique bien aimée,

Dans quelques heures, je vais être fusillé. Ma dernière pensée va vers toi ma chère Monique car demain toutes ces responsabilités vont peser sur tes épaules, la lourde charge d'assurer le pain pour nos trois petits chéris. Le moment est (illisible) mais je sais que tu es courageuse et que tu ne manqueras pas d'assumer la tâche qui t'incombe en ces heures tragiques et qui vont me séparer de tous ceux qui me sont les plus chers. Du fond de ma noire cellule où j'écris ces derniers mots, je pense à tous ceux que je ne reverrai plus et que j'aimerais saluer, embrasser de tout mon cœur une dernière fois. Je meurs en patriote pour que vive la France, pour avoir la tête haute, pour la libération de mon pays.

Je vais devant le peloton d'exécution la tête froide conscient d'avoir rempli mon devoir de Français.

Je suis resté fidèle à mon passé et à la classe ouvrière et à notre grand parti Communiste auquel j'appartiens qui mène une lutte vigoureuse pour unir toutes les forces vives du pays pour sa libération.

J'adresse aussi à mes camarades de travail mon dernier salut ainsi qu'à tous mes Amis. Je termine cette dernière lettre en te disant Adieu ma chère Monique, Adieu mon cher fils Gilbert, Adieu ma chère fille Mathilde, Adieu mon petit Pierrot.

 

VIVE LA FRANCE

 

***

 

Qui était Jules LESVEN?
 
Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

Dernière lettre à sa femme de Jules Lesven, résistant communiste brestois fusillé le 1er juin 1943 (deuxième page)

Lire aussi nos publications pour l'année du centenaire du Parti communiste dans la série "100 ans d'engagements communistes en Finistère":

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