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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:46
Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel au gouvernement à l'Assemblée Nationale-PCF)

Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel-PCF)

Vous trouverez ci-dessous la Question Au Gouvernement de Fabien Roussel, posée ce matin à l’Assemblée nationale.

Monsieur ministre,

Le monde du travail est en 1ere ligne.

Il y a d’abord toutes celles et ceux qui assument des activités essentielles au bon fonctionnement de notre pays. Nous pensons bien sûr à tous les soignants, auxquels la nation doit exprimer une infinie reconnaissance.

Mais il y a aussi tous les autres : les auxiliaires de vie auprès des personnes âgées, ceux qui vivent au quotidien auprès des personnes handicapées, les policiers, les gendarmes, les pompiers ou encore les personnels pénitentiaires... Ils sont ainsi des dizaines de milliers, forcément au contact d’autres personnes, qui font un travail admirable mais qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas faire garder leurs enfants, pourquoi n'ont-ils pas de masque, de gel et de gants ?

Il y a aussi toutes celles et ceux qui, dans le privé comme dans le public, nous permettent de continuer à vivre du mieux possible : que ce soient les enseignant-es, les fonctionnaires, les caissièr-es, les livreur-ses ou les postier-es, tous sont indispensables, mais eux aussi se sentent oubliés car ils n’ont pas de protection et ils doivent faire valoir leur droit de retrait quand leur direction les met en danger, comme chez Amazon ou GE Belfort.

Il y a tous ces travailleurs et toutes ces travailleuses qui ont peur d’être licencié-es. Interdisez les licenciements dans cette période au moins.

Et puis il y a ceux qui se demandent pourquoi ils doivent aller travailler, au péril de leur santé, dans des secteurs non essentiels, dans le bâtiment, pour produire des rétroviseurs dans le Grand Est, des paquebots à St Nazaire ou encore des trains à Valenciennes. Il y a ceux comme les travailleurs des ports qui demandent à ce que leur activité se concentre sur le strict nécessaire. Sans règle claire, des entreprises non indispensables continuent de tourner. Il ne peut pas y avoir d’un coté un confinement total et de l’autre des salariés qui prennent les transports pour aller au travail et se regroupent dans leur entreprise.

Monsieur le Ministre
Celles et ceux qui sont au front sont toujours les mêmes. Que comptez vous faire pour les protéger ?

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, 10h30, le 19 mars 2020.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:42
Jeudi, 19 Mars, 2020
Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité

Dans un pays où jeudi, le nouveau coronavirus avait fait six morts et contaminé 464 personnes sur une population de 10,7 millions, c'est la crainte de l'effondrement du système de santé qui plane. Avec les memoranda, le système public de santé a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Les médecins ont pris en masse le chemin de l’exil.

 

Les politiques d’ajustement structurel imposées à la Grèce depuis 2010 ont laissé tout un pays exsangue ; c’est dans les secteurs de l’éducation et de la santé que les coupes budgétaires furent les plus brutales et c’est l’hôpital public qui en a payé le prix le plus lourd. Jeudi, Athènes annonçait déjà six décès dus au coronavirus et les personnels soignants sont terrorisés à l’idée de devoir affronter la pandémie avec des infrastructures de santé en ruine.

Au total, 25 % à 30 % des unités de soins ont disparu

Le tableau est sombre : entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par tête ont chuté, en valeur réelle, de 37,7 % et, avec les deux premiers memoranda, le système de santé public a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Dès 2010, le système national de santé ESY a réduit de 60 % ses dépenses. Au nom de la « rentabilité » du système hospitalier, les 137 établissements répartis sur le territoire se sont trouvés contraints de fusionner, pour laisser place à un réseau de 83 hôpitaux seulement, avec, au passage, des milliers de suppressions de postes et la fermeture de 4 500 lits. Au total, 25 % à 30 % des unités de soins intensifs et des unités de soins spécialisés ont disparu et, fait absurde, des hôpitaux flambant neufs, financés par des crédits européens, n’ont jamais ouvert leurs portes, faute de personnels.

Autre effet désastreux de la compression budgétaire : les hôpitaux ont accumulé les dettes auprès de leurs fournisseurs, ce qui complique leur approvisionnement en médicaments, fournitures de base et matériel médical. L’amputation des salaires des médecins hospitaliers, enfin, a conduit à l’exode de milliers d’entre eux, partis travailler à l’étranger. Pour la seule année 2013, en Crète, 55 % des médecins fraîchement diplômés ont pris le chemin de l’exil, selon l’ordre des médecins. Dans la même période, la région d’Athènes perdait, pour les mêmes raisons, 600 praticiens. Cette entreprise de démolition, combinée à la privation de couverture sociale des chômeurs, a provoqué dans le pays une véritable crise humanitaire, difficilement atténuée par la création de centres de santé solidaires par des soignants bénévoles. Au pouvoir, Syriza a rétabli la gratuité des soins hospitaliers pour les populations précaires. Sans parvenir à guérir, faute de marge de manœuvre politique et de moyens financiers, un système public de santé poussé à l’asphyxie.

Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité (L'Humanité, 19 mars 2020 - Rosa Moussaoui)
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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 11:54
Communiqué des communistes de Plouigneau - après quarante ans de direction municipale par la droite, Plouigneau retrouve enfin les couleurs de gauche qui la caractérisent.

PCF

Communiqué des communistes de Plouigneau - 19 mars 2020

En votant à 53,17 % pour la liste #ChangeonsPlouigneau, les électeurs de la commune ont exprimé sans ambiguïté leur choix en faveur de la liste de large rassemblement à gauche. Ils lui ont accordé leur confiance pour construire avec eux une commune ouverte, sociale et écologique. Nous les en remercions vivement.

Nombreux étaient celles et ceux qui attendaient cela depuis fort longtemps. Aujourd’hui, après quarante ans de direction municipale par la droite, Plouigneau retrouve enfin les couleurs de gauche qui la caractérisent.

Cela a été permis par un large rassemblement des organisations politiques et de citoyens autour de valeurs de gauche. Pour sa part, le PCF a travaillé sans relâche au sein d’une équipe unie, déterminée et enthousiaste et a activement participé à cette réalisation.

Les règles du scrutin n’ont pas permis à tous d’être élus, et certains n’étaient même pas candidats. Il n’empêche que leur engagement n’a jamais faibli, que leur nom ait figuré ou non sur la liste. C’est bien l’ensemble de cette force militante qui a forgé le succès de la liste.

Notons que ce succès a été obtenu nonobstant une campagne agressive menée par la majorité de droite sortante, dont trois tracts injurieux et calomnieux qui visaient la tête de liste, les militants communistes et le PCF lui-même. Cependant, en définitive cela n’a pas eu pour effet de troubler les électeurs, dont beaucoup nous ont dit avoir été choqués voire révoltés par ces agissements, mais plutôt de révéler au grand jour certaines postures politiques.

Les communistes de Plouigneau se félicitent et s’honorent grandement du large succès pour lequel ils se sont pleinement investis et mobilisés avec toute l’équipe de campagne.

Durant le mandat qui s’amorce, ils ne ménageront ni leurs efforts ni leur engagement, avec l’ensemble de l’équipe municipale pour répondre aux attentes et aspirations des habitants et construire avec eux une commune où l’expression vivre ensemble aura du sens.

Pour l’heure, les moments que nous vivons sont préoccupants. Dans cette situation particulière les personnels soignants sont mobilisés comme jamais, et ce malgré les difficultés qu’ils éprouvent au quotidien dans l’exercice de leurs missions en raison de l’insuffisance des moyens mis à leur disposition. Qu’ils reçoivent ici l’hommage qu’ils méritent pour leur sens de l’intérêt général au service de toute la population.

Gageons que lorsque ce moment difficile sera passé, nous pourrons librement déployer toute notre énergie au service des habitants de Plouigneau, et avec eux.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 08:52
Le coronavirus montre, plus que jamais, la nécessité de dépasser le capitalisme (Pierre Dharréville, député communiste, interviewé par Regards, 20 mars 2020)

REGARDS.FR

http://www.regards.fr/…/le-liberalisme-a-une-part-de-respon…

Pierre Dharréville est député communiste.

Ce jeudi 19 mars, les députés siègent pour une séance de questions au gouvernement ainsi que pour voter l’état d’urgence sanitaire. L’occasion pour les élus de faire entendre une autre voix dans une crise où l’exécutif est tout-puissant. On en a causé avec le député PCF Pierre Dharréville.

Regards. Avant toute chose, était-ce bien raisonnable de réunir les parlementaires, fussent-ils seulement une petite trentaine, quand on sait que déjà 18 d’entre vous ont le coronavirus ?

Pierre Dharréville. Il est nécessaire, en prenant toutes les précautions, de faire vivre le débat démocratique. C’est aussi la meilleure manière de faire face et d’apporter les meilleures réponses à la situation. De la même façon qu’un certain nombre de gens sont à la tâche – dans les supermarchés, etc. –, il faut assurer la vie démocratique, nous en avons besoin dans ces moments-là.

Vous avez demandé au gouvernement d’investir massivement dans la santé, en matériel comme en personnel. Que pensez-vous des annonces faites par l’exécutif depuis le début de la crise ? La France va-t-elle payer « quoi qu’il en coûte » ?

Il faut placer la santé au-dessus de toute préoccupation, ça doit être une priorité première. Nous avons, ces derniers mois, ces dernières années, beaucoup alerté sur l’état de l’hôpital public et sur le sous-investissement dont il était victime, sur l’assèchement des dépenses de protection sociale et donc des dépenses de santé. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation qui est impactée par les décisions politiques prises par le passé. Il faut qu’on gèle toutes les démarches de restriction et de suppression prises dans l’hôpital. Il faut leur donner les moyens de s’organiser correctement, pour affronter le risque qui surgit, mais aussi continuer à faire face aux problèmes de santé qui ne sont pas liés au coronavirus. Il faut arrêter de leur serrer la vis comme c’est le cas depuis trop longtemps. Concrètement, les hôpitaux pourraient se retrouver rapidement avec des problèmes de trésorerie. Il faut s’en occuper pour qu’ils puissent passer les commandes de matériels dont ils ont besoin. Il y a aussi la question du personnel, y compris du personnel de service afin d’assurer un haut niveau d’hygiène. Il faut leur donner les moyens et la confiance pour qu’il gère au mieux la crise. Tout ça, le gouvernement peut le décider. Je vois un gouvernement qui essaye de faire face, ce qui n’empêche ni le débat, ni de faire des propositions.

« Le libéralisme a une part de responsabilité dans les difficultés que nous avons à faire face à la crise. »

Autre question de votre part, celle de « pouvoir mobiliser des industries capables de produire des respirateurs, des médicaments ». Cette pandémie a bien démontré notre dépendance en la matière, notamment vis-à-vis de la Chine. Que faudrait-il faire ? Vous avez notamment évoqué l’idée de « réquisitionner des outils essentiels à produire les médicaments dont nous avons besoin »...

Il y a une entreprise qui fabrique des respirateurs en France. Le ministre de la Santé m’a répondu ce matin, elle va être mobilisée, l’État a passé des commandes, c’est une bonne chose. C’est une question essentielle, on va en avoir grandement besoin. Je suggère qu’on interroge nos industriels pour modifier un certain nombre de productions afin qu’elle participe à cet effort si elles le peuvent. Plus généralement, la conception et la fabrication du médicament et des dispositifs médicaux ont été de plus en plus délocalisées. Nous proposons un pôle public du médicament, ce qui suppose une volonté politique qui n’existe pas aujourd’hui. Un exemple : il y a un laboratoire dans le Rhône qui est dans une situation de liquidation judiciaire, sans repreneur. La puissance publique devrait intervenir, se doter d’une force de frappe pour peser sur le marché et l’orienter et non pas pour que le marché se voit confier le soin de gérer notre souveraineté en termes de médicaments, et donc en termes de santé.

Pensez-vous que, une fois la crise passée, les politiques néolibérales vont reprendre une activité normale, comme si de rien n’était ?

J’ose espérer que la crise peut ouvrir quelques yeux et nous obliger à prendre quelques décisions qui vont contrecarrer les plans néolibéraux. Pour l’instant, je me garderais de tout pronostic. Je pense que le libéralisme a une part de responsabilité dans les difficultés que nous avons à faire face à la crise. Le virus passe notre société au révélateur et montre, plus que jamais, la nécessité de dépasser le capitalisme. Même si le capitalisme n’a pas créé le virus et il ne suffira pas de prendre des mesures progressistes pour que les virus n’existe plus. En tout cas, la période montre notre besoin de services publics forts, efficaces, capables de réagir. On les a affaiblis ces dernières années. Il faudra regarder la réalité en face.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:53
Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues: le Virus, révélateur de décivilisation

 

Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues.

par Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues.

L’irruption du coronavirus et sa diffusion partout dans le monde viennent rappeler l’humanité à sa condition. Il s’agit d’un événement majeur qui suscite l’inquiétude, provoque des incompréhensions et déclenche des mesures inédites. Il vient aussi mettre au jour les graves dangers provoqués par les politiques néolibérales et l’urgence de profonds changements. Inutile de préciser que l’accélération macroniste n’a pas arrangé les choses. C’est l’état de civilisation de nos sociétés qui est révélé par le virus. Nous sommes devant neuf chantiers et bien d’autres.

Considérer la santé comme un bien commun mondial. Les humains ont partie liée tout autour de la planète. Nous sommes interdépendants, et ce n’est qu’ensemble que nous pourrons relever les défis communs. Nous savons que les fragilités sanitaires des uns mettent en danger la sécurité de tous les autres. Nous savons que les pollutions, la malproduction, le maltravail et la malbouffe nous abîment. C’est pourquoi le droit à la santé doit être ardemment promu au rang de priorité première de l’échelle nationale à l’échelle internationale. Cela suppose une solidarité dont les obsédés de la frontière ne veulent pas et que les obsédés du libéralisme veulent réduire à sa plus simple expression. Cela suppose aussi que rien ne puisse passer avant, pas même l’orthodoxie budgétaire.

Développer les outils de santé publique. Former des professionnels de santé est une exigence qui appelle un plan d’action rapide. Dans tous les domaines, nous manquons de professionnels du soin justement formés, justement reconnus et justement rémunérés. Le droit à la santé appelle des services publics de santé développés permettant l’égal accès de toutes et de tous aux soins. L’hôpital public est en crise depuis des années maintenant, avec un personnel en grande souffrance. Les gouvernements n’en ont toujours pas pris la mesure. Ces services publics doivent être accompagnés de systèmes solidaires de protection sociale étendus en termes d’assurance-maladie. Il y a encore beaucoup à faire en la matière. Il faut arrêter d’assécher les ressources de la sécurité sociale. Plusieurs chercheurs ont dénoncé le manque de moyens pour la recherche sur les virus de type corona, témoignage d’un défaut beaucoup plus global. Comment agir sans savoir ? La recherche en général – notamment fondamentale et médicale en particulier – est un secteur crucial qui ne doit pas être soumis aux exigences de rentabilité. Vecteur décisif du progrès humain, elle doit être inscrite dans des logiques d’ordre public. La politique du médicament elle-même, déjà en question, est désormais clairement en cause, tant le secteur est affaibli. Notre pays a besoin de prendre toute sa part dans la conception et la fabrication, ce qui renforce la nécessité de construire un pôle public du médicament.

Être capable de réactions adaptées. La situation actuelle appelle à revoir les règles habituelles pour protéger les plus fragiles. Cela veut dire a minima repousser la trêve hivernale pour les expulsions, débloquer des moyens pour les EHPAD, renoncer à appliquer la réforme de l’assurance-chômage, créer un fonds de soutien aux TPE… Elle appelle également une régulation plus forte de la finance et de l’économie. Les grandes manœuvres spéculatives doivent être bloquées et les appels au boursicotage doivent cesser avec les bonifications sociales et fiscales qui les encouragent. Elle appelle encore l’investissement public. L’hôpital public, notamment, doit recruter et former massivement et de façon accélérée du personnel. Et nous devons accepter qu’un certain nombre de dépenses indispensables occasionnées par la crise sanitaire et ses effets devront être amorties sur un temps long.

Augmenter la protection sociale solidaire. Il ne peut y avoir de droit à la santé sans assurance-maladie. La Sécurité sociale, affaiblie par certaines mesures au cours des dernières années, peut encore progresser en la matière. Mais c’est toute la protection sociale qui doit gagner du terrain. La récente réforme de l’assurance-chômage, dont les dégâts étaient annoncés, va voir ses effets négatifs décuplés avec la crise qui s’annonce. Et la réforme des retraites, dont l’un des objectifs affichés est de laisser les seniors plus longtemps dans l’emploi ou le chômage, va se révéler encore plus inadaptée à nos existences. De tout temps, les forces de l’argent et les forcenés du libéralisme ont voulu réduire la part des richesses produites socialisée pour faire face ensemble aux risques. La crise du coronavirus montre la dangerosité de cette obsession. C’est ensemble, en développant des moyens de sécurité sociale, par la solidarité, que nous nous protégeons le mieux.

Lutter contre les inégalités, fléau pour toute l’humanité. L’aspiration à l’égalité est forte, à commencer par l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous savons combien la santé est sensible aux conditions sociales. Nous savons combien la misère et la faiblesse des ressources impactent toute l’existence. Toute une part de l’économie européenne et mondiale prospère sur ces réalités qui précarisent la vie d’une part importante de la population. Et le capitalisme fonde son développement sur la permanence et l’accroissement de ces inégalités, qui provoquent le malheur d’un si grand nombre pour le profit de quelques-uns et qui attisent les tensions destructrices. Cela rend d’autant plus urgent de garantir un travail justement rémunéré et des conditions de vie décentes à chacune et chacun, comme une condition du contrat social.

Mettre en cause la croissance capitaliste, accélératrice de fragilités. La crainte d’un ralentissement de l’économie n’a pas été le moindre des freins à la prise en compte du risque. Or, il était impossible d’agir efficacement sans affecter la vitesse, l’ampleur et la nature des échanges marchands qui structurent l’organisation de nos sociétés et de leurs relations ; et donc sans toucher aux profits des puissants (l’économie du sport en a été la partie la plus visible). Les événements viennent donc interroger la structure de l’économie mondiale. La nécessité de relocaliser un certain nombre de productions était déjà établie pour des raisons environnementales et sociales. Au passage puissent les multinationales du commerce en ligne ne pas tirer encore bénéfice de la situation… Il ne s’agit pas de prôner des modèles autarciques, protectionnistes, nationalistes, mais une organisation raisonnée de la production et des échanges, le respect de celles et ceux qui travaillent, un autre rapport aux ressources de la planète, des modèles de coopération plutôt que de concurrence, la préservation de secteurs essentiels en gestion publique. Oui, il y a besoin de services publics. Tout cela ne va pas de soi, nécessite des débats de fond et appelle de la politique.

Développer la démocratie citoyenne. Être informé et faire des choix. Ne pas subir le cours des choses imposé par les plus forts. C’est là les exigences qui émergent devant cette crise. C’est lorsqu’ils sont informés, lorsqu’ils disposent de la connaissance que les femmes et les hommes sont le mieux à même de réagir face au danger. Et c’est dans des choix élaborés collectivement que les réactions sont les plus efficaces. D’où la nécessité de recréer de la confiance dans les outils publics et de revitaliser la démocratie. Ce qui est vrai pour l’urgence l’est d’autant plus en temps ordinaire. Cette crise a mis en exergue le besoin de voir la puissance publique prendre ou reprendre la main sur des champs qu’elle avait abandonnés. Nous devons partout faire grandir la démocratie pour que les orientations économiques ne s’imposent pas à la volonté démocratique, à l’intérêt général, au bien commun. La démocratie sanitaire, la démocratie sociale sont des dimensions incontournables de cette dynamique cruciale.

Relancer la solidarité internationale. Peut-on imaginer une réponse solide qui ne naisse pas d’une solidarité et d’une coopération internationales décuplées, alors que les institutions internationales sont profondément affaiblies? Nous sommes liés. Liés face au défi de la planète, liés face au défi de la santé, comme nous le sommes aussi dans un autre registre face au défi du terrorisme : liés face à notre destin d’humanité. Il faut donc réinvestir dans les institutions pour les transformer et redéfinir leurs ambitions avec l’objectif de leur permettre de jouer un rôle accru face aux défis communs en cherchant les voies d’une solidarité concrète à la hauteur des enjeux.

Retrouver du sens pour une nouvelle dynamique de civilisation. L’épidémie peut avoir des effets contraires sur les relations sociales. Elle peut attiser le repli, la méfiance, la peur, la dépression. Elle peut aussi décupler la solidarité, l’attention, la combativité, la prise de conscience. Dans l’immédiat, elle modifie nos relations sociales et nos activités humaines. Les précautions sont salutaires pour peu qu’elles ne tournent pas à la névrose. Nous devons être vigilants à ce qu’elles ne viennent pas neutraliser tout ce qui nous rapproche et nous lie. Cette occasion dramatique, qui met en lumière les transformations sociales indispensables, doit provoquer un sursaut d’humanité : prendre soin de l’humain. Elle doit nourrir nos rêves d’un monde meilleur, nous donner de la force pour affronter le défi de l’humain et de la planète. Pour le communiste que je suis, elle renforce la conviction que l’organisation capitaliste du monde est inadaptée, contraire au bien humain. Elle renforce l’urgence de construire une dynamique de gauche pour engager une nouvelle étape de progrès de civilisation, en France, en Europe et dans le monde. Rien de tout cela n’évitera le surgissement de virus, mais c’est ainsi que nous serons plus forts pour leur faire face, ensemble, aujourd’hui et demain.


 

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:32
Les idées et les livres - Enzo Traverso - Mélancolie de gauche: la force d'une tradition cachée - Morceaux choisis

Enzo Traverso, né en 1957 dans le Piémont en Italie, a fait des études d'histoire à Gênes puis à Paris. Il a enseigné à Paris, en Picardie, il a été membre du collectif éditorial de "La Fabrique" de 1998 à 2008 (maison d'édition de la gauche critique dirigée par Eric Hazan ) et désormais il assure un cours sur l'histoire intellectuelle à l'université Cornell d'Ithaca à New-York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages mêlant la philosophie, la réflexion politique et l'histoire, parmi lesquels A feu et à sang (Stock), L'Histoire comme champ de bataille ou La Fin de la modernité juive (La Découverte).

Mélancolie de gauche - La force d’une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle) (La Découverte 2016, 20€)

Ce livre très cultivé, un brin désenchanté, pessimiste et mélancolique, est une promenade historique, philosophique et littéraire passionnante, où l'on suit les évolutions du rapport à la défaite, au temps, passé et avenir, du mouvement révolutionnaire, dans le lien avec l'évènement et les incidences sur la conscience commune et la réalité historique présente.

Note de l'éditeur:
Depuis le XIXe siècle, les révolutions ont toujours affiché une prescription mémorielle : conserver le souvenir des expériences passées pour les léguer au futur. C’était une mémoire « stratégique », nourrie d’espérance. En ce début de XXIe siècle, cette dialectique entre passé et futur s’est brisée et le monde s’est enfermé dans le présent. La chute du communisme n’a pas seulement enterré, une fois pour toutes, la téléologie naïve des « lendemains qui chantent », elle a aussi enseveli, pour un long moment, les promesses d’émancipation qu’il avait incarnées.
Mais ce nouveau rapport entre histoire et mémoire nous offre la possibilité de redécouvrir une « tradition cachée », celle de la mélancolie de gauche qui, comme un fil rouge, traverse l’histoire révolutionnaire, d’Auguste Blanqui à Walter Benjamin, en passant par Louise Michel ou Rosa Luxemburg. Elle n’est ni un frein ni une résignation, mais une voie d’accès à la mémoire des vaincus qui renoue avec les espérances du passé restées inachevées et en attente d’être réactivées.
Aux antipodes du manifeste nostalgique, ce livre – nourri d’une riche iconographie : des tableaux de Courbet aux affiches soviétiques des années 1920, des films d’Eisenstein à ceux de Théo Angelopoulos, Chris Marker ou Ken Loach – établit un dialogue fructueux avec les courants de la pensée critique et les mouvements politiques alternatifs actuels. Il révèle avec vigueur et de manière contre-intuitive toute la charge subversive et libératrice du deuil révolutionnaire.

 

Introduction

"Cet ouvrage se propose d'explorer la dimension mélancolique de la culture de gauche, du XIXe au XXI e siècle... La gauche dont il sera ici question sera définie en termes ontologiques : les mouvements qui, dans l'histoire, se sont battus pour changer la société en plaçant le principe d'égalité au centre de leurs projets et de leurs luttes.

(...) La conception marxiste de l'histoire impliquait une prescription mémorielle: il fallait inscrire les évènements du passé dans la conscience historique afin de se projeter vers l'avenir. Il s'agissait d'une mémoire "stratégique" des luttes du passé, une mémoire orientée vers le futur. La fin du communisme a brisé cette dialectique entre passé et futur, et l'éclipse des utopies qui accompagne notre époque "présentiste" a conduit a une quasi extinction de la mémoire marxiste... Ce contexte a favorisé la redécouverte d'une vision mélancolique de l'histoire comme remémoration (Eingedenken) des vaincus - Walter Benjamin en fut l'interprète le plus significatif - qui appartient à une tradition cachée du marxisme.  

(...) Le passage d'un âge de feu et de sang, qui, en dépit de ses innombrables défaites, demeurait intelligible, à une époque nouvelle de menaces globales sans issue prévisible s'est teinté d'une coloration mélancolique. Cela ne signifie pas nécessairement le repli dans un univers clos de chagrin et de souvenirs; il s'agit plutôt d'un ensemble d'émotions et de sentiments qui enveloppent la transition vers une ère nouvelle. C'est la seule manière de faire coexister la recherche d'idées et de projets pour demain avec le deuil et la tristesse qui accompagnent la disparition des expériences révolutionnaires du passé. C'est la mélancolie d'une gauche, ni archaïque ni impuissante, qui ne veut pas se délester du fardeau du passé bien qu'il soit souvent lourd à porter. C'est la mélancolie d'une gauche qui, tout en s'engageant dans les luttes du présent, ne se soustrait pas au bilan des défaites accumulées. Une gauche qui ne se résigne pas à l'ordre global dessiné par le néolibéralisme mais ne peut aiguiser ses armes critiques qu'en procédant par identification empathique avec les vaincus de l'histoire, cette large multitude qui a été rejointe, à la fin du XXe siècle, par la dernière génération des révolutions défaites.

(...) A la différence du discours humanitaire dominant qui sacralise les victimes tout en ignorant sinon en rejetant leurs engagements, la mélancolie révolutionnaire porte son regard sur les vaincus.  Elle voit les tragédies liées aux batailles perdues du passé comme un fardeau et une dette qui contiennent aussi une promesse de rachat. 

(...) Ce livre essaie de restituer un visage à cette tradition cachée, d'en saisir quelques moments marquants et d'en indiquer les principaux interprètes, dans la théorie comme dans la peinture et le cinéma. La tristesse et le deuil, le sentiment écrasant de l'échec, des amis et des camarades perdus, des occasions ratées, des acquis détruits, du bonheur volé ont accompagné l'histoire du socialisme depuis ses débuts, comme la doublure dialectique de l'extase révolutionnaire où tout devient possible, lorsqu'on éprouve le plaisir d'agir ensemble et de s'épanouir dans l'action collective, lorsqu'on a l'impression de flotter dans le ciel, délesté de tout poids, et d'être capable de donner un sens à l'histoire. Cette mélancolie de gauche a été occultée, refoulée ou sublimée par des représentations qui la surmontaient en dessinant l'image d'un futur libéré. Ainsi, elle irrigue l'histoire des mouvements révolutionnaires comme un fleuve souterrain, comme un flux puissant mais invisible, exorcisé ou neutralisé par des récits édifiants, réconfortants.

(...) Le philosophe marxiste Ernst Bloch distinguait entre les rêves chimériques, prométhéens qui hantent une société historiquement incapable de les réaliser (les utopies abstraites, visionnaires, comme les objets volants fantasmés à la Renaissance) et les espérances anticipatrices qui inspirent les transformations révolutionnaires dans le présent (les utopies concrètes, telles que le socialisme au XIXe siècle et XXe siècles). Aujourd'hui, nous pouvons aisément observer l'extinction des unes et la métamorphose des autres. D'une part, sous des formes variées allant de la science-fiction à l'écologie, les visions dystopiques d'un avenir cauchemardesque ont remplacé le rêve d'une humanité libérée et confiné l'imaginaire social à l'intérieur de frontières étriquées. D'autre part, les utopies concrètes de l'émancipation collective se sont majoritairement muées en pulsions individuelles alimentant l'inépuisable processus de consommation marchande. Après avoir congédié les "courants chauds" de l'action de masse libératrice, le néolibéralisme a introduit le "courant froid" de la raison économique. Les utopies ont été détruites par leur privatisation dans un monde réifié.  Aujourd'hui... il n'y a plus d'"horizon d'attente" visible. L'utopie semble devenue une catégorie du passé - le futur imaginé dans un temps révolu - car elle a déserté le présent... Il y a vingt-cinq ans, la fin du socialisme réel a paralysé et en quelque sorte interdit l'imagination utopique, en suscitant le succès éphémère d'une vision eschatologique du capitalisme comme "horizon indépassable" des sociétés humaines. Le capitalisme était censé assurer le meilleur des avenirs. Il est devenu, selon la définition donnée par Walter Benjamin, une "religion", la religion de l'argent, la principale croyance séculière de notre époque... Aujourd'hui, cette religion est entrée en crise et ne crée plus l'illusion: confier aux banques le destin de l'humanité ne rassure pas, au contraire, cela effraie. Depuis la crise de 2008, le néo-libéralisme a certes montré son visage hideux, mais il ne s'est pas effondré. Il s'est même radicalisé: aucune utopie libératrice nouvelle n'a encore vu le jour. 

(...) Pendant ces street fighting years (1960-1975) comme les a définies Tariq Ali, qui en fut l'un des protagonistes en Grande-Bretagne, la mémoire n'était pas un objet de culte; elle était plutôt intégrée dans les luttes. En France, le souvenir d'Auschwitz a joué un rôle significatif dans l'engagement anticolonial de nombre d'intellectuels et d'activistes. Pendant la guerre du Vietnam, le procès de Nuremberg fut une sorte de paradigme pour le Tribunal Russel, qui réunit un très grand nombre d'intellectuels à Stockholm, en 1967, pour dénoncer les crimes de guerre américains. Jean-Paul Sartre, Noam Chomsky, Isaac Deutscher, Herbert Marcuse et Peter Weiss inscrivaient leur combat dans le sillage de la lutte antifasciste des années 1930 et 1940. Pour le mouvement contre la guerre, la comparaison entre la violence nazie et celle de l'impérialisme américain fut un lieu commun. La mémoire des crimes nazis ne servait pas à commémorer les victimes du passé mais à combattre les injustices du présent. Lors de la rencontre internationale de Stockholm sous l'égide du Tribunal Russel, Sartre qualifia les opérations antiguérilla de "génocide total"... En Occident comme dans le tiers monde, la mémoire n'était entretenue qu'en rapport à un engagement politique dans le présent. Comme l'a rappelé Michael Rothberg en citant Aimé Césaire, elle devait produire un "choc en retour". En Europe, les luttes anti-impérialistes se sont inscrites dans la continuité des mouvements de résistance contre le nazisme; dans le Sud, ce dernier était perçu comme une forme d'impérialisme radical - c'est ainsi par exemple qu'Aimé Césaire le présente dans Discours sur le colonialisme

Cette vague puissante s'est épuisée dans les années 1980. Son épilogue fut la révolution nicaraguayenne en juillet 1979, qui coïncida avec la découverte traumatique des charniers cambodgiens. En Europe, l'Holocauste a peu à peu occupé le centre de la mémoire collective. L'antifascisme a commencé à être marginalisé dans les commémorations officielles, désormais réservées au souvenir des victimes. La mémoire des luttes a cédé la place aux témoignages et aux commémorations visant à célébrer les droits de l'homme. En France, Mai 68 fut de plus en plus interprété sous l'angle de la "mutation culturelle" comme un carnaval dans lequel, en jouant une comédie révolutionnaire, la jeunesse avait fait basculer la société du gaullisme vers le libéralisme. En Italie et en Allemagne, les années 1970 sont devenues les "années de plomb" au cours desquelles la révolte d'une génération s'est trouvée ramenée au seul terrorisme".

 

Chapitre 1 - La mélancolie des vaincus       

(...) "L'histoire du socialisme  forme une constellation de défaites qui l'ont façonné pendant près de deux siècles. Au lieu de détruire les idées et les aspirations, ces débâcles tragiques et souvent sanglantes les ont consolidées et légitimées. Tomber après s'être battu donne au vaincu un sentiment de dignité et peut même renforcer ses convictions. Les révolutionnaires exilés et bannis ont souvent connu la misère et les privations, la douleur de la perte, mais rarement l'isolement au sein de leur entourage. De Heinrich Heine, Karl Marx et Alexandre Herzen dans le Paris du XIXe siècle aux antifascistes émigrés à New-York au siècle suivant, les exilés furent toujours accueillis par la gauche et le mouvement socialiste qui leur accordèrent une place d'honneur.

La défaire de 1989, cependant, est d'une autre nature: elle ne survint pas après une bataille acharnée et n'engendra aucune fierté; elle mit fin au XXe siècle et, bien au-delà de l'effondrement du socialisme réel, clôtura le cycle de révolution qui s'était ouvert en 1917. Cette défaite fut si lourde que beaucoup préfèrent la fuit plutôt que d'y faire face. Ce qui restait d'un siècle de soulèvements n'était plus qu'une montagne de ruines et l'on ne savait pas comment déblayer les décombres ni où commencer à reconstruire, ni même si l'on en serait capables ou si cela en valait la peine. La mélancolie qui surgit d'une telle défaite historique - elle dura une génération  - était probablement la prémisse nécessaire pour réagir, faire son deuil et préparer un nouveau commencement. La réaction la plus répandue fut d'abord l'évitement, avec une "incapacité à faire son deuil"... le communisme fut refoulé de différentes façons: en changeant de nom ou bien en "oubliant", en se reniant ou en choisissant entre les innombrables exutoires offerts par la réification universelle du capitalisme néolibéral... 

Héritée d'un siècle et résultant d'un cycle historique dans lesquels la révolution prit la forme du communisme, cette mélancolie crépusculaire pourrait se comparer à d'autres qui l'ont précédée et qui, avec elle, composent une inépuisable collection de figures du chagrin.

(...) En 1872, une année après la répression sanglante de la Commune de Paris, un évènement qu'il avait observé depuis sa prison dans le château du Taureau, (Blanqui) écrivit son texte le plus énigmatique, L’Éternité par les astres. Au bout d'une méditation parfois naïve sur la finitude de l'univers malgré son immensité apparente, il décrivait le cosmos et l'histoire comme les résultats d'une répétition perpétuelle, d'un mouvement immuable; c'était la même structure qui emprisonnait les êtres humains dans une sorte d'enfer inéluctable. Après avoir présenté le progrès comme une idée fausse, chimérique, et affirmé sa méfiance à l'égard des êtres humains, il évoquait implicitement la répétition éternelle de la défaite. Ce caractère inaltérable de la nature et de la vie n'avait d'autre effet qu'une reproduction ininterrompue de la barbarie. L'émancipation était illusoire et sa propre vie semblait engloutie dans le naufrage des révolutions dans lesquelles il s'était inlassablement impliqué. Adoptant alors une conception cyclique de l'histoire, Blanqui trouva refuge dans la mélancolie et abandonna tout espoir dans l'avenir. Les derniers mots de son texte sonnent comme l'aveu désespéré d'un échec: "Toujours et partout, dans le camp terrestre, le même drame, le même décor, sur la même scène étroite, une humanité bruyante, infatuée de sa grandeur, se croyant l'univers et vivant dans sa prison comme dans une immensité, pour sombrer bientôt avec le globe qui a porté dans le plus profond dédain, le fardeau de son orgueil. Même monotonie, même immobilisme dans les astres étrangers. L'univers se répète sans fin et piaffe sur place. L'éternité joue imperturbablement dans l'infini les mêmes représentations".  

Ce texte obscur fascinait Walter Benjamin, qui le lut dans une conjoncture historique tragique, après le pacte germano-soviétique de 1939, le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale et la capitulation de la France, le pays où il vivait en exil. Écrit dix ans avant  Ainsi parlait Zarathoustra le livre de Blanqui lui apparut comme une vision puissante de l'"éternel retour", d'un effondrement fatal tout à fait frappant par ses accents nietzschéens. "Cette résignation sans espoir c'est le dernier mot du grand révolutionnaire", observait Benjamin, en concluant que le leader charismatique des révolutions françaises du XIXe siècle avait finalement renoncé à contester l'ordre établi. Formulé avec "une extrême puissance d'hallucination", son réquisitoire contre la société prenait la forme d'"une soumission sans réserve à ses résultats". La révolte contre la domination avait été vaine."      

 

(...) "Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, écrit en 1852 juste après le putsch de Napoléon III, Marx soulignait une différence cruciale entre les révolutions bourgeoises et les révolutions prolétariennes. Alors que les premières passaient "rapidement de succès en succès", écrivait-il, les secondes se "soumettent elles-mêmes à une critique permanente, ne cessent d'interrompre leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà avoir été acquis, pour le recommencer une fois de plus, raillent sans complaisance les velléités, faiblesses et misères de leurs premières tentatives". Elles apprennent de leurs propres défaites et cela leur permet de mieux connaître leurs ennemis, de sélectionner leurs alliés, de choisir leurs armes et de définir leurs projets. En même temps, elles ne peuvent être anéanties par ces défaites puisque l'avenir leur appartient: "La révolution sociale ne peut puiser sa poésie dans le temps passé, mais seulement dans l'avenir". Marx n'avait ni ignoré ni banalisé la défaite de juin 1848 qui, dans ses termes, paralysa les travailleurs de Paris et les rendit, "pour les années, impropres à la lutte". Le résultat fut l'impuissance et la passivité - "le processus historique devait de nouveau se poursuivre par-dessus leurs têtes" - mais un tel effondrement ne pouvait être définitif. 

En mai 1871, immédiatement après la répression sanglante de la Commune de Paris, Marx écrivit La Guerre civile en France, un rapport dans lequel cette dialectique de la défaite était encore plus clairement et fortement réaffirmée: "Le sol sur lequel (le socialisme) pousse est la société moderne même. Il ne peut en être extirpé, fût-ce au prix de la plus énorme effusion de sang. (...). Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les en libérer" ("La guerre civile en France"). La Commune de Paris se solda par un massacre. Durant la "semaine sanglante", 35 000 personnes furent exécutées dans les rues de la capitale française. Plus tard, 10 000 combattants furent envoyés au bagne en Nouvelle-Calédonie. Presque un Parisien sur trente fut tué ou déporté. Une campagne visant à criminaliser les travailleurs insurgés suivit la répression. Dans le sillage de Zola et Lombroso, plusieurs écrivains et intellectuels décrivirent la Commune comme une éruption criminelle ou une résurgence atavique de barbarie au milieu de la société civilisée. L'ampleur d'une telle défaite fut accablante mais n'ébranla pas la foi de Marx dans le développement historique du socialisme. Trois décennies plus tard, des partis socialistes de masse existaient dans tous les pays d'Europe".  

(...) "Dans le sillage des communards, Rosa Luxemburg esquissa un bilan similaire à celui de Vallès et Louise Michel dans un article célèbre écrit en janvier 1919, à la fin du soulèvement spartakiste, peu avant de devenir elle-même une martyre et un symbole de la révolution écrasée. Son dernier message - écrit la veille de son assassinat par les Freikorps - célébrait la défaite des ouvriers de Berlin avec des mots qui annonçaient une victoire à venir. Elle était consciente que le soulèvement de janvier était condamné à l'échec: la capitale allemande était isolée et la social-démocratie avait abandonné les travailleurs insurgés (Gustav Noske devint le symbole de leur répression sanglante). Rosa Luxemburg s'était opposée à cette insurrection prématurée, désespérée, mais en reprit la direction lorsqu'elle comprit qu'elle ne pouvait être stoppée. Dans son article, elle rappelait les échecs cuisants de tous les mouvements révolutionnaires du XIXe siècle - des tisserands de Lyon en 1831 aux chartistes britanniques; des révolutions de 1848 à la Commune de Paris - afin de souligner que le socialisme ressuscitait toujours sur des bases plus fortes et plus larges. La débâcle des spartakistes appartenait à cette longue lignée de défaites  et, comme celles qui l'avaient précédée, elle promettait une renaissance inéluctable. Sa dernière phrase est révélatrice de cette vision consolatoire et pédagogique à la fois: "La route du socialisme - à considérer les luttes révolutionnaires - est pavée de défaites. Et pourtant cette histoire mène irrésistiblement, pas à pas, à la victoire finale! Où en serions-nous aujourd'hui sans toutes ces "défaites", où nous avons puisé notre expérience, nos connaissances, la force et l'idéalisme qui nous animent? Aujourd'hui que nous sommes tout justes parvenus à la veille du combat final de la lutte prolétarienne, nous sommes campés sur ces défaites et nous ne pouvons renoncer à une seule d'entre elles, car de chacune nous tirons une portion de notre force, une partie de notre lucidité".

(...)    

 

 

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:13
Le numérique carbure au charbon - Technologies de demain, énergie d'hier - par Sébastien Broca (Le Monde Diplomatique, mars 2020)

Le numérique carbure au charbon

Par Sébastien Broca

Article du Monde Diplomatique, mars 2020 

 

Partenariats des géants de la Silicon Valley avec l’industrie pétrolière, consommation massive d’énergie et de ressources : contrairement à ce qu’on a longtemps affirmé, l’économie numérique n’est ni « immatérielle » ni « verte ». Elle produit des dommages écologiques importants, dont les conséquences sont très inégalement réparties à la surface du globe.

C’est l’histoire d’un ingénieur de Microsoft que son employeur envoie à Atyraou, sur le plus grand site pétrolier du Kazakhstan, exploité par Chevron en partenariat avec l’État kazakh. Là, il participe à un séminaire sur la manière dont l’intelligence artificielle et l’informatique en nuage (cloud computing)[1] peuvent rendre l’industrie pétrolière plus efficace. Devant des cadres dirigeants qui ne comprennent pas grand-chose au jargon dont il les abreuve, il joue, en se forçant un peu, la partition que Microsoft lui a demandé d’interpréter. Les enjeux sont importants. En 2017, Chevron a signé avec l’entreprise fondée par M. Bill Gates un partenariat de sept ans, afin d’en faire son fournisseur de services à distance. Depuis cette date, Microsoft stocke et analyse les téraoctets de données que recrachent chaque jour les puits de pétrole couverts de capteurs. À Atyraou, le séminaire prend toutefois un tour un peu inattendu. Les cadres de Chevron questionnent l’ingénieur sur la possibilité d’installer des outils de surveillance sophistiqués, qui permettraient de détecter algorithmiquement les comportements suspects parmi les travailleurs du site ou d’analyser leurs courriers électroniques personnels ! À son retour aux États-Unis, il a le sentiment d’avoir vécu une « expérience surréaliste », où « toutes les personnes présentes discutaient, l’air de rien, de la mise en place d’un dispositif panoptique de surveillance au travail ». Il décide alors de raconter son séjour dans un long article[2].

Depuis quelques années, les rapprochements entre les principaux acteurs du capitalisme numérique et les grandes compagnies pétrolières se multiplient. Amazon a créé le service d’informatique en nuage AWS Oil and Gas Solutions, financé des conférences de l’industrie pétrolière et recruté de nombreux experts en intelligence artificielle spécialisés dans les applications au secteur de l’énergie. Google a de son côté signé des accords avec Total, Anadarko et Nine Energy Service, tout en lançant sa division Oil, Gas and Energy au sein de Google Cloud. Quant à Microsoft, il a conclu des partenariats non seulement avec Chevron, mais également avec BP, Equinor et Exxon.

Ces alliances sont dues aux perspectives ouvertes par les données de masse (big data) et par l’intelligence artificielle. L’industrie pétrolière compte sur ces technologies pour localiser plus précisément les réserves et réduire ses coûts grâce à l’automatisation. Les géants du numérique y voient de leur côté un marché juteux pour leurs services de stockage et de traitement de données, mais aussi pour leurs solutions d’apprentissage automatique (machine learning). Seule ombre au tableau : ces partenariats font tache alors que les services de communication rabâchent l’engagement sans faille de la Silicon Valley en faveur des énergies renouvelables. Sommé par certains de ses salariés de renoncer à toute collaboration avec l’industrie pétrolière, le fondateur d’Amazon, M. Jeff Bezos, expliquait en septembre 2019 qu’il ambitionnait d’apporter à l’industrie pétrolière les « meilleurs outils possibles » pour effectuer sa « transition »[3]. Stopper la dépendance aux combustibles fossiles en aidant les principaux fournisseurs à rendre leurs affaires plus profitables : il fallait effectivement y songer.

Ravages de l’« Internet des objets »

Si l’extraction du pétrole et celle des données constituent les deux faces d’une même pièce, c’est en réalité toute l’opposition entre le capitalisme thermo-industriel né au XIXe siècle et un capitalisme numérique prétendument « immatériel », « postindustriel » ou « vert » qu’il faut remettre en question. « L’informatique en nuage commence avec le charbon », affirmait en 2013 un rapport du consultant Mark P. Mills, financé par… l’industrie minière[4]. Nos sociétés numériques poursuivent en effet une trajectoire historique entamée il y a deux siècles au Royaume-Uni avec l’exploitation à grande échelle du charbon. Depuis, la consommation mondiale de ce combustible n’a cessé d’augmenter, malgré l’addition progressive d’autres sources d’énergie primaire : gaz naturel, pétrole, nucléaire, solaire, etc.[5]. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’utilisation du charbon, tirée par la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, ne devrait pas décliner ces prochaines années[6].

De manière générale, la consommation énergétique mondiale croît toujours (+ 2,3 % en 2018), et elle découle encore à plus de 80 % des énergies fossiles[7]. La quantité d’énergie nécessaire pour produire de l’énergie croît également, à mesure que sont exploités des gisements de plus faible qualité ou des hydrocarbures dits « non conventionnels », comme les sables bitumineux. Ainsi, ce que les spécialistes appellent le « taux de retour énergétique » ne cesse de décliner. Alors que, « il y a un siècle, il fallait en moyenne un baril de pétrole pour en extraire cent, aujourd’hui, le même baril n’en produit, dans certaines zones de forage, que trente-cinq [8]».

Certes, l’économie numérique n’est pas seule en cause, mais elle participe grandement au maintien de cette trajectoire funeste. Selon deux rapports récents, elle représente plus de 4 % de la consommation d’énergie primaire au niveau mondial, et cette consommation augmente de 9 % par an, à mesure que les pays émergents s’équipent et que les usages se diversifient[9]. C’est la fabrication des terminaux et des infrastructures de réseaux qui pèse le plus lourd dans ce bilan, suivie par la consommation des équipements, du réseau et des fermes de serveurs (data centers). La construction d’un ordinateur portable émet ainsi environ 330 kilogrammes d’équivalent CO2, tout en nécessitant énormément d’eau et de matières premières, notamment des métaux comme le palladium, le cobalt ou les terres rares. Le fonctionnement des data centers génère à lui seul 19 % de l’empreinte énergétique totale du numérique.

Le simple visionnage en ligne de vidéos, qui sont stockées au sein de ces gigantesques infrastructures matérielles, aurait engendré en 2018 autant de gaz à effet de serre qu’un pays comme l’Espagne. En effet, si Apple et Google se targuent d’opérer avec 100 % d’énergies renouvelables, c’est loin d’être le cas du principal acteur de l’informatique en nuage, Amazon. Selon un rapport de Greenpeace, son gigantesque centre de traitement en Virginie, où transite environ 70 % du trafic Internet mondial, en intègre seulement 12 %. Il bénéficie notamment de l’électricité bon marché produite grâce au charbon des Appalaches, extrait en écrêtant à l’explosif le sommet des montagnes avoisinantes… En Chine, c’est 73 % de l’énergie consommée par les data centers qui provient toujours du charbon[10]. Ces chiffres peuvent inquiéter lorsqu’on sait l’explosion prévisible de la quantité de données dans les années à venir, conséquence de la prolifération attendue des objets connectés.

Plus fondamentalement, les technologies sur lesquelles repose le capitalisme numérique ont été conçues sans tenir compte de l’impératif écologique. Le champ de l’intelligence artificielle en offre un exemple édifiant. Une étude de l’université d’Amherst (Massachusetts) a montré qu’un projet standard d’apprentissage automatique émet aujourd’hui, pendant l’ensemble de son cycle de développement, environ 284 tonnes d’équivalent CO2, soit cinq fois les émissions d’une voiture de sa fabrication jusqu’à la casse[11]. Comme le relève le chercheur Carlos Gómez-Rodríguez, « la majorité des recherches récentes en intelligence artificielle négligent l’efficacité énergétique, parce qu’on s’est aperçu que de très grands réseaux de neurones [plus énergivores] sont utiles pour accomplir une diversité de tâches, et que les entreprises et les institutions qui ont accès à d’abondantes ressources informatiques en tirent un avantage concurrentiel[12] ». Autrement dit, les géants de la technologie n’ont guère intérêt à mettre au point des méthodes plus sobres.

Ils n’ont pas davantage intérêt à ce que leurs utilisateurs adoptent des comportements écologiques. Leur prospérité future nécessite que chacun s’habitue à allumer la lumière en parlant à une enceinte connectée, plutôt qu’en appuyant sur un bête interrupteur. Or le coût écologique de ces deux opérations est loin d’être équivalent. La première nécessite un appareil électronique sophistiqué muni d’un assistant vocal dont le développement a consommé énormément de matières premières, d’énergie et de travail[13]. Prôner simultanément l’« Internet des objets » et la lutte contre la crise climatique est un non-sens : l’augmentation du nombre d’objets connectés accélère tout simplement la destruction de l’environnement. Et les réseaux 5G devraient doubler ou tripler la consommation énergétique des opérateurs de téléphonie mobile dans les cinq prochaines années.

Considéré sous l’angle écologique, le capitalisme numérique ne se réduit ni aux mastodontes de la Silicon Valley ni au milieu des start-up. Il constitue plutôt une « économie-monde », au sens que l’historien Fernand Braudel donnait à ce terme : un ensemble cohérent d’acteurs économiques dont les relations sont structurées par une division entre centres et périphéries. La baie de San Francisco en est le cœur, et sa prospérité découle largement des relations asymétriques qu’elle entretient avec des espaces dominés, des mines de coltan africaines aux usines d’assemblage asiatiques en passant par les dépotoirs électroniques ghanéens. Dans ce système, les processus industriels engendrent des coûts écologiques inégalement répartis. Ainsi les injustices environnementales prennent-elles la forme d’un échange écologiquement inégal, déclinaison de l’« échange inégal » théorisé notamment par l’économiste marxiste Arghiri Emmanuel dans les années 1960 : derrière l’apparente équité de l’échange monétaire, l’économie-monde capitaliste repose sur des transferts asymétriques de ressources naturelles entre centres et périphéries[14]. Quand une entreprise du Nord achète pour 1 000 dollars de matières premières et lorsqu’une entreprise du Sud paye 1 000 dollars de droits de propriété intellectuelle, les valeurs monétaires sont identiques, mais les impacts sur la nature ne le sont pas, car les centres externalisent les conséquences environnementales de leur développement.

Le capitalisme numérique illustre parfaitement cette logique. La fabrication des ordinateurs et des téléphones portables absorbe à elle seule 23 % de la production mondiale de cobalt et 19 % des métaux rares[15]. Or le cobalt provient majoritairement de la République démocratique du Congo, où il est souvent extrait par des enfants dans des zones de conflit, au mépris des droits humains et de l’environnement[16]. Quant aux terres rares, la Chine domine leur production mondiale, mais au prix de pluies acides et d’une contamination aux métaux lourds de ses terres arables et de ses réserves en eau. Le journaliste Guillaume Pitron résume la situation : « Les Chinois et les Occidentaux se sont tout bonnement réparti les tâches de la future transition énergétique et numérique : les premiers se saliraient les mains pour produire les composants de la green tech, tandis que les seconds, en les leur achetant, pourraient se targuer de bonnes pratiques écologiques[17]. » Le fonctionnement de l’économie-monde numérique n’abolit pas les limites écologiques : il les déplace.

[1] Stockage et traitement des données d’un client sur les serveurs distants d’un prestataire spécialisé.

[2] Zero Cool, « Oil is the new data », Logic, n° 9, San Francisco, 7 décembre 2019.

[3] Cité par David McCabe et Karen Weise, « Amazon accelerates efforts to fight climate change », The New York Times, 19 septembre 2019.

[4] Mark P. Mills, « The cloud begins with coal » (PDF), Digital Power Group, New York – Washington, DC, août 2013.

[5] Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement anthropocène, Seuil, coll. « Anthropocène », Paris, 2013.

[6] « Coal 2019. Analysis and forecasts to 2024 », IEA, Paris, 2019.

[7] Christopher J. Rhodes, « Endangered elements, critical raw materials and conflict minerals », Science Progress, vol. 102, n° 4, Thousand Oaks (Californie), 2019.

[8] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Les Liens qui libèrent, Paris, 2018.

[9] Frédéric Bordage (sous la dir. de), « Empreinte environnementale du numérique mondial » (PDF), GreenIT.fr, octobre 2019 ; Maxime Efoui-Hess (sous la dir. de), « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne », The Shift Project, Paris, juillet 2019.

[10] Naomi Xu Elegant, « The Internet cloud has a dirty secret », Fortune, New York, 18 septembre 2019.

[11] Cité dans Karen Hao, « Training a single AI model can emit as much carbon as five cars in their lifetimes », MIT Technology Review, Cambridge (Massachusetts), 6 juin 2019.

[12] Emma Strubell, Ananya Ganesh et Andrew McCallum, « Energy and policy considerations for deep learning in NLP » (PDF), 57es rencontres de l’Association for Computational Linguistics, Florence, juillet 2019.

[13] Kate Crawford et Vladan Joler, « Anatomy of an AI System », AI Now Institute & Share Lab, université de New York, 7 septembre 2018.

[14] Alf Hornborg, Nature, Society, and Justice in the Anthropocene : Unraveling the Money-Energy-Technology Complex, Cambridge University Press, 2019.

[15] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, op. cit.

[16] Annie Kelly, « Apple and Google named in US lawsuit over Congolese child cobalt mining deaths », The Guardian, Londres, 16 décembre 2019.

[17] Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, op. cit.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 05:45
Fabien Roussel: Nous demandons que les salariés qui doivent être confinés bénéficient tous des mêmes règles et soient tous pris en charge à 100% pour ne pas connaître de perte de revenus.

Dans une interview au Journal du Dimanche, le député communiste du Nord a précisé les propositions de son groupe politique dans la lutte contre la pandémie:

Voir son entretien au JDD  

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 13:46
Mercredi, 18 Mars, 2020
Coronavirus. Ces 37 milliards d’euros qui ont manqué à l’Italie

Une étude, publiée en septembre dernier montre l’étendue des coupes budgétaires dans le secteur de la santé à partir de 2011, sous couvert de faire baisser la dette italienne.

 

La crise financière de 2007-2008 a coûté cher à la santé des Italiens. Une étude de la Fondation Gimbe, publiée en septembre 2019, et remise au jour par la presse transalpine ces derniers jours, montre que depuis dix ans, le Service sanitaire national a été sous-doté de 37 milliards d’euros. Le président du Conseil Mario Monti, ancien commissaire européen appelé à la rescousse en 2011 pour succéder à Silvio Berlusconi et faire baisser les taux d’intérêt sur la dette italienne, a coupé de 25 milliards dans le budget prévisionnel de la période 2010-2015 ; cette politique a été poursuivie entre 2016 et 2019, avec 12 milliards d’économisés sur la santé des Italiens.

Un budget qui ne tient pas compte du vieillissement de la population

Techniquement, le budget alloué n’est pas, souligne la fondation, à proprement parler en baisse. Sur cette période, il a bien augmenté de 8,8 milliards d’euros, soit une hausse de 0,9 % par an. Mais cela représente moins que l’inflation, et ne tient pas compte des nécessaires besoins nouveaux dus au vieillissement de la population. Les plus de 65 ans sont passés de 10,6 millions à 13,7 millions en vingt ans.

Le pays a perdu plus de 600 hôpitaux et 30 000 lits depuis dix ans. L’essentiel des 37 milliards est représenté, selon la Fondation, par une réduction du personnel sanitaire. En conséquence, la pyramide des âges des médecins est problématique : les praticiens ont 50,7 ans en moyenne aujourd’hui, contre 43,5 en 2001. Conséquence de cette austérité, la dépense sanitaire italienne est passée de 7 % du PIB en 2001 à 6,6 % en 2019, laissant un pays mal préparé pour faire face à l’épidémie de coronavirus.

Gaël De Santis
Coronavirus. Ces 37 milliards d’euros qui ont manqué à l’Italie (L'Humanité, 18 mars 2020)
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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 13:42
Mercredi, 18 Mars, 2020 - L'Humanité: Coronavirus. Les oubliés du confinement
Mercredi, 18 Mars, 2020 - L'Humanité
Coronavirus. Les oubliés du confinement

La pandémie actuelle met en lumière les inégalités sociales. Sans-abri, réfugiés, mal-logés, personnes âgées… dans notre société, les plus précaires, faute de ressources suffisantes, sont en première ligne, révélant l’insuffisance des moyens mis en place par l’État pour les protéger.

 

Certes, le gouvernement a suspendu les expulsions jusqu’au 31 mai prochain. Mais ça ne suffira pas, loin de là. Alors que le confinement est désormais devenu la règle pour éviter la propagation de l’épidémie, que vont faire les familles qui s’entassent dans des taudis ou des bidonvilles ? Quelles solutions pour les habitants menacés de coupures d’énergie ? Comment les plus modestes, qui consacrent une large part de leur budget au loyer, vont-ils faire face quand leurs revenus baisseront ? Comment confiner toutes celles et tous ceux qui dorment dans la rue ? Qu’en est-il de ces femmes, ces hommes et ces enfants privés de liberté dans des centres de rétention administrative ? Sans oublier les plus âgés, qui vont se retrouver coupés du monde ? Pour résumer, comment cela va-t-il se passer pour toutes les personnes à faibles ressources ?
Cette crise sanitaire sans précédent révèle l’insuffisance des moyens mis en place jusqu’à aujourd’hui par l’État pour protéger les plus vulnérables. Emmanuel Macron appelle à faire preuve « d’esprit solidaire et de sens des responsabilités ». Prenons-le au mot. Il ne suffit pas de prendre des mesures à caractère économique, il va falloir des mesures sociales. Des mesures pour protéger et prendre soin des plus fragiles socialement, qui sont aussi ceux parmi les plus exposés au virus. Car confrontés au manque de ressources pour se préparer et se protéger du Covid-19, beaucoup font face à un risque plus élevé d’être contaminé et donc de répandre le virus.

Mal-logement Une violence sociale renforcée par l’épidémie

À l’heure où chacun doit rester chez lui pour une durée indéterminée, les familles mal logées sont exposées à des problèmes de santé physiques et mentaux.
«Les effets du mal-logement sont démultipliés en période de confinement », souligne Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre (FAP). Pour les familles qui vivent en situation de surpeuplement ou en habitat indigne, rester des semaines enfermé est lourd de conséquences. « Habiter dans ces conditions a des conséquences directes sur la santé », rappelle Manuel Domergue. Le surpeuplement a des effets avérés sur le développement des petits enfants et sur la réussite scolaire des plus grands. Dans l’habitat insalubre, sans même parler des cas de saturnisme, le manque d’aération et l’humidité entraînent des maladies respiratoires. C’est déjà vrai en temps normal. Ce le sera d’autant plus en étant bloqué 24 heures sur 24. Les risques domestiques, déjà nombreux dans ces logements, sont eux aussi amenés à se démultiplier.
Le mal-logement prolongé met aussi à rude épreuve l’équilibre psychologique des habitants. « Pour l’instant, ça tient encore, mais dans quelque temps certaines familles vont exploser », prévient Jean-Baptiste Eyraud, de Droit au logement (DAL). Source de tensions entre voisins, la surexposition au bruit, inévitable dans les appartements mal isolés phoniquement, va s’accroître avec le confinement. Dans les logements surpeuplés, les relations intrafamiliales, déjà difficiles, vont être mises à rude épreuve. Le risque d’accroissement de la violence est réel. « Non, le foyer n’est pas pour tout le monde l’endroit du confort ou du réconfort. Le foyer, déjà évité par les femmes victimes de violences conjugales en temps normal, devient une prison en période de confinement », a prévenu hier le collectif Collages féminicides.

Réquisition d’hôtels vides et moratoire sur les loyers

Le mal-logement est aussi un vecteur de contamination. « Les habitats indignes, surpeuplés, précaires et les gens à la rue sont des lieux de propagation de l’épidémie. Nous allons payer des années d’incuries de politique du logement », prévient Jean-Baptiste Eyraud. Comment, par exemple, respecter les gestes barrières dans des bidonvilles où les familles vivent entassées et où il n’y a même pas l’eau courante ? « Ce sont aussi des publics où l’information est compliquée à diffuser », s’inquiète Manuel Domergue. Pour pouvoir loger et isoler ces publics, les associations appellent à une réquisition d’urgence des hôtels vides. Des négociations dans ce sens entre le gouvernement et les hôteliers auraient démarré.
Les inquiétudes concernent aussi l’après-crise. Le 12 mars, la trêve hivernale, qui interdit les expulsions locatives, a été prolongée jusqu’au 31 mai. Ce répit devrait, selon le ministère du Logement, protéger 4 000 à 5 000 familles. Mais la mesure ne répond pas à ceux que la crise sanitaire appauvrit. « Si tout ça dure, les familles qui ont déjà du mal à payer leur loyer ne vont plus y arriver. Elles vont accumuler les impayés », prévient Eddie Jacquemart, de la CNL (Confédération nationale du logement). Redoutant une vague d’expulsions locatives après la crise, les associations appellent le gouvernement à prendre des mesures, dont l’arrêt de la suspension de l’APL (aide personnalisée au logement) en cas d’impayés. Certaines, comme la CNL, veulent un moratoire sur les loyers. La FAP propose la création d’un fonds d’indemnisation ciblant les locataires dont les revenus vont s’effondrer. Un effort financier, chiffré à 200 millions d’euros, pour empêcher quelques centaines de milliers de personnes de perdre leur toit.

Précarité « On n’a plus rien à manger »

Ahou (1) fait partie de ces milliers de familles monoparentales qui vivent dans la capitale. Depuis hier, elle panique. « Je n’ai pas un sou pour acheter à manger. D’habitude, je me débrouille avec les Restos du cœur ou d’autres associations, mais là, comment je vais faire ? » D’autant plus que le confinement n’est pas propice au système D et à la solidarité concrète. « Hier, j’ai anticipé, je suis allée voir une amie qui a accepté de me prêter 5 euros. J’ai cru que j’étais sauvée pour quelques jours. Mais quand je suis allée au supermarché, il n’y avait plus de pâtes, plus de riz… » Sa voix s’étrangle. Elle a 36 ans, « mais j’en parais 50 », lâche-t-elle, épuisée par les épreuves. Avec une carte de séjour de deux ans obtenue de haute lutte, cette Ivoirienne se bat seule depuis son arrivée en France pour offrir un avenir à son fils de 9 ans, scolarisé dans une école parisienne. Brahima, un grand gaillard de 1,60 m qui aime le foot et les copains, pendant trois semaines confiné dans un studio d’hébergement d’urgence d’à peine 20 mètres carrés ? « Et encore, on a de la chance, si on était encore dans l’hôtel… » « L’hôtel », c’est celui du Samu social, avec une chambre de 8 mètres carrés dans laquelle elle et son fils ont vécu pendant huit ans, sans cuisine, sanitaires sur le palier. « Aujourd’hui, dans le studio, je peux cuisiner, mais on n’a rien à manger ! » Quant à « l’école à la maison », là encore, cela va relever du parcours du combattant. « Je n’ai pas d’ordinateur. Mais les maîtresses ont donné des consignes dans les cahiers, alors je vais le faire travailler comme je peux », explique celle qui était institutrice en Côte d’Ivoire. Ahou est loin d’être la seule dans cette situation : « Je ne suis pas la plus à plaindre. Je connais certaines femmes qui ont encore moins que moi, et doivent gérer 4 enfants dans des appartements minuscules. » Animatrice vacataire à la mairie de Paris, avec seulement quelques heures de travail au compteur, son « salaire » oscille chaque mois entre 100 et 300 euros. Alors, elle s’inquiète aussi pour le « jour d’après ». « J’ai cru comprendre que les vacataires ne seraient pas payés. Il faut pourtant qu’on trouve des solutions de solidarité, sinon on ne va ne pas s’en sortir… Il ne faut pas que l’État nous laisse tomber. »

(1) Le prénom a été changé

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