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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:00
Bangladesh. Les forçats du textile contraints par les grandes marques de retourner à l’usine (L'Humanité, Lina Sankari, Mercredi, 29 Avril, 2020)
Mercredi, 29 Avril, 2020
Bangladesh. Les forçats du textile contraints par les grandes marques de retourner à l’usine

Un quart des petites mains du textile s’étaient vues licenciées à la suite de l’annulation des commandes par les grandes marques. Sous pression des donneurs d’ordres et du patronat, les ouvriers retournent à l’atelier. A leurs risques et périls.

 

Parfois sans salaire depuis la fermeture des ateliers il y a un mois, des centaines de milliers de forçats du textile bangladais n’ont eu d’autre choix que de retourner à l’usine. Même sans respect des conditions minimales de sécurité sanitaire. Au Bangladesh, les pressions des donneurs d’ordres internationaux – les grandes marques de prêt-à-porter – ont eu raison des mesures de confinement. Pour voir repartir les profits, ils peuvent s’appuyer sur la peur de la faim ou des loyers impayés et la menace de la concurrence vietnamienne ou chinoise.

Les maillons faibles de la Fast fashion

502 fabriques ont ainsi rouvert, dimanche, pour compenser l’annulation d’au moins 3,1 milliards de dollars de commandes (2,85 milliards d’euros), alors que le textile représente 84 % des exportations nationales et 4,1 millions d’emplois, soit le deuxième producteur après la Chine. Ce modèle de développement entièrement tourné vers les exportations révèle ses fragilités à l’aune de la crise. Un quart des salariés – majoritairement des femmes – auraient été licenciés sans indemnités ou mis au chômage partiel du fait de l’arrêt de l’activité. Ils sont les maillons faibles d’un secteur qui « repose sur une production à flux tendus et à profits immédiats. C’est en réalité toute une réflexion autour de ce modèle économique qui devrait être engagée », insiste Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette. Le schéma de la fast fashion, le prêt-à-porter bon marché de masse, repose sur un renouvellement de l’offre de vêtements toutes les deux à six semaines dans le circuit mondial de distribution.

L’imbrication entre le pouvoir politique et économique est totale

En temps normal, le salaire minimum mensuel de 87 euros représente déjà cinq fois moins que le minimum vital. « Les grandes marques, qui profitent d’États défaillants en termes de protection sociale, fonctionnent à court terme. Face à la chute des ventes de vêtements, elles ont tout simplement annulé les commandes qui avaient pourtant été honorées. Elles se sont appuyées sur une clause de force majeure, alors que les contrats leur sont déjà extrêmement favorables », observe en outre Nayla Ajaltouni dont le collectif demande aux grandes marques de rééchelonner leurs commandes, d’accompagner leurs sous-traitants dans le versement des salaires et des éventuelles indemnités, d’assurer la protection ou le droit à un arrêt maladie pour les travailleurs présentant les symptômes du Covid-19. Or, un tiers des députés sont propriétaire d’usines. « L’imbrication entre le pouvoir politique et économique est totale. Les députés sont juges et parties, et contribuent à faire en sorte que les lois sur la protection sociale n’évoluent pas pour ne pas perdre des parts de marché », note Nayla Ajaltouni.

« Les députés sont juges et parties, et contribuent à faire en sorte que les lois sur la protection sociale n’évoluent pas pour ne pas perdre des parts de marché », note Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette.

Une pression maximale a ainsi été exercée par le patronat national. Les syndicats redoutent toutefois une hausse des contaminations alors que Mohammad Hatem, vice-président de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA), également à la tête d’un atelier qui sous-traite les commandes du britannique Primark, enjoint à la reprise, quel qu’en soit le coût sanitaire : « Nous devons accepter le coronavirus comme une réalité de la vie. Si nous n’ouvrons pas nos usines, il y aura une crise économique. »

Manifestation et blocage à Dacca, N’ganj, Savar et Gazipur

En plus d’usines souvent mal ventilées où les postes de travail sont contigus, 76 % des directions versent toujours les salaires en espèces. Pour y prétendre, les ouvriers doivent faire le pied de grue dans de longues files d’attente ou descendre en masse dans la rue pour exiger les arriérés. Selon la BGMEA, 87 % du personnel de l’habillement auraient touché leur salaire de mars après plusieurs jours de manifestation et de blocage à Dacca, N’ganj, Savar et Gazipur. La BGMEA aurait demandé aux fabricants de ne réintégrer que les travailleurs vivant à proximité des petites usines afin d’éviter la contagion dans les transports et sur les lieux de production plus importants mais, selon les syndicats, de nombreux employés, confinés dans leur village natal, ont été joints par téléphone afin de regagner leur poste à Dacca ou ses environs. À leurs risques et périls.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:00
Philippe Martinez :  Le gouvernement met les salariés face à des choix cornéliens - Patrice MOYON (Ouest-France, 2 mai 2020)
ENTRETIEN. Philippe Martinez : « Le gouvernement met les salariés face à des choix cornéliens »

Le secrétaire général de la CGT, deuxième organisation syndicale après la CFDT demande au gouvernement de renoncer aux réformes des retraites et de l’assurance chômage. Il dénonce l’insuffisance de moyens de protection pour les salariés.

 

Alors que le gouvernement vient d’annoncer les modalités générales d’un déconfinement progressif, le pays s’apprête à fêter un 1er mai confiné, sans manifestations ni meetings. Dans ce contexte de pandémie et de crise économique, Philippe Martinez, secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) réclame des moyens pour protéger les salariés du Covid-19. Et face à la crise économique qui s’annonce, il demande au gouvernement de renoncer aux réformes des retraites et de l’assurance chômage. Entretien

C’est un 1er mai confiné pour les organisations syndicales. Que vous évoque cette situation ?

C’est un 1er mai tout à fait exceptionnel qui a cette année une dimension internationaliste. Ce n’était pas le cas ces dernières années. J’ai par exemple une interview en direct avec le Japon. Cette crise fait émerger une vraie conscience mondiale sur l’importance du jour d’après et rappelle l’urgence des questions sociales, économiques et environnementales. L’heure n’est pas au repli sur soi. Les débats ne se limitent pas à la France.

Le gouvernement veut restreindre la reconnaissance de maladie professionnelle du covid-19 au seul personnel soignant. Vous êtes d’accord ?

 

Cette reconnaissance de maladie professionnelle doit s’appliquer à tous ceux qui ont été au travail. Le personnel soignant est évidemment en première ligne mêmesi je n’aime pas parler de ligne de front. Il y a eu des décès parmi les salariés du commerce, les agents de sécurité. Et souvent, ils étaient moins protégés que d’autres. Il a fallu beaucoup insister, alerter pour qu’il y ait des précautions. Dans le cas d’Amazon, il y a eu des images et des photos de faites sur ce manque de protection. Tous ces salariés exposés au covid-19 doivent pouvoir bénéficier de cette reconnaissance de maladie professionnelle.

Est-ce qu’il faut un fonds dédié pour assurer cette prise en charge ?

Il y a un système qui existe dans notre pays pour la reconnaissance des accidents et des maladies professionnelles. C’est ce fonds qui doit être mobilisé. Si je reviens par ailleurs sur le cas d’Amazon, il a fallu aller en justice pour que le problème soit reconnu. Dans ce cas précis, la décision de justice doit faire foi pour la reconnaissance de maladie professionnelle.

Bruno Le Maire plaide pour une reprise du travail rapide. Vous le comprenez ?

Quand on défend les intérêts du monde du travail on est forcément sensible aux conséquences économiques de cette crise. Mais la priorité, c’est la santé. Il ne peut y avoir de reprise du travail le 11 mai si les salariés ne sont pas protégés. Or, il y a une pénurie de protection. Pendant cette période de confinement, en remettant au travail des personnes dont l’activité n’était pas essentielle, on a privé de protection ceux qui étaient au front pour reprendre un terme du Président de la République.

Vous le regrettez ?

Ces choix ont eu des conséquences pour la santé. Dans le cadre de cette reprise prévue le 11 mai, la priorité devrait aller à la protection. Ce n’est pas la CGT qui le dit mais les scientifiques. Et se protéger, c’est rester à la maison.

Le préavis de grève déposé dans la fonction publique en avril a parfois été perçu comme une provocation. Vous comprenez ?

Le préavis, c’est une alerte après des réunions avec les directions. Ce n’est pas la grève générale dans tout le pays. C’était pour protéger tous les salariés qui, dans les collectivités territoriales ne bénéficiaient pas de protection suffisante. Les salariés de la fonction publique, ce sont ceux qu’on applaudit à 20 h : ceux qui ramassent les poubelles, nettoient la voirie…. Mais il y a aussi eu des grèves dans les entreprises privées. Et ça, on en parle moins.

Vous pensez à quelles entreprises ?

Heureusement que les salariés ont fait grève à Amazon par exemple. Les ministres en ont fait moins l’écho. Dans l’Ouest, aux Chantiers de Saint-Nazaire, il y a eu des débrayages pour avoir des protections. Et ça n’a pas provoqué de tollé général. Je trouve que cette polémique sur ce préavis de grève dans la fonction publique est très malsaine.

Donc, pas de regrets ?

Non aucun regret.

Qu’est-ce que vous attendez du gouvernement ?

On parle beaucoup du déconfinement. On salue tous ceux qui ont été rebaptisés les premiers de corvée. Maintenant, il faut des mesures concrètes et ne pas attendre le mois de septembre ou le mois d’octobre pour par exemple augmenter les salaires. Les hôpitaux vous le savez ont été mobilisés pendant des mois. Est-ce qu’une prime de 1500 euros ça suffit face aux fermetures de lits ou d’hôpitaux ? Nous demandons aussi, non pas la suspension, mais l’arrêt définitif des réformes de l’assurance chômage et des retraites.

La reprise de l’école sur la base du volontariat, c’est un bon choix ?

C’est tout de même un choix cornélien. Qu’est ce qui va passer quand un employeur va dire à un salarié qu’il doit reprendre le boulot puisque ses enfants peuvent aller à l’école.

Cette prime de 1500 euros pour le personnel soignant vous convient ?

Ces 1500 euros vont mettre du beurre dans les épinards. Mais c’est à long terme qu’il faut reconnaître le personnel soignant. Les hôpitaux sont en flux tendu toute l’année Il faut une augmentation du point d’indice pour ceux qui sont dans la fonction publique. Et au-delà, une augmentation du Smic. Je comprends la colère des salariés du commerce qui ne vont pas tous toucher cette prime.

Le jour d’après que vous appelez de vos vœux est porteur de quel message ?

Il faut remettre à l’endroit un certain nombre de sujets. Prenez les États-Unis, jusqu’à présent ce pays était considéré comme un modèle. Souvenez-vous de ce qu’on disait sur le modèle social français et ses privilégiés. C’est quand même pas mal d’aller à l’hôpital avec une carte vitale plutôt qu’avec une carte bleue. Avec 25 associations et ONG dont Greenpeace, la CGT travaille à des propositions concrètes pour ce jour d’après, notamment dans le domaine environnemental.

Bruno Le Maire veut protéger les entreprises stratégiques. Vous partagez sa préoccupation ?

Il faut avoir une réflexion plus globale. Il y a urgence à relancer l’industrie dans ce pays. Depuis dix ans, nous nous battons pour recréer une filière industrielle d’imagerie médicale en France. C’était pas complètement idiot.

De la même façon, en Normandie, l’usine de La Chapelle-Darblay menacée de fermeture recycle du vieux papier, le sujet est dans l’actualité avec les enjeux environnementaux. Et puis, on ne peut plus avoir un monde où la seule valeur d’ajustement c’est le travail. Le fameux coût du travail !

Renault peut se plaindre de la chute du nombre de voitures vendues mais il ne fabrique que 25 % de sa production en France. Il faut un contrôle des investissements étrangers avec des règles identiques pour tous.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:57

 

Les librairies sont loin des yeux et de l’attention du pouvoir, mais le groupe Fnac-Darty bénéficie en un temps record d’un prêt d’un demi-milliard garanti par l’État. Air France, dont l’État est descendu à 14 % du capital, va bénéficier d’un prêt garanti de la colossale somme de 4 milliards, suivi de trois autres sous forme « d’avance d’actionnaire » sans condition sociale ou environnementale. Au contraire, le ministre de l’Économie demande à l’entreprise d’améliorer sa compétitivité. En clair d’y réduire encore l’emploi et certaines activités. Une telle somme aurait dû et pu être conditionnée à la sécurisation des parcours professionnels, à l’augmentation des bas salaires, à une stratégie nouvelle en coopération avec Airbus pour faire respecter l’accord de Paris sur le climat, comme au maintien des aéroports sous propriété publique.

Les petites et moyennes entreprises sous-traitantes de groupes automobiles souffrent, les salariés angoissent, mais l’État garantit au groupe Renault, dont il s’est quasiment retiré, un prêt de 5 milliards alors que la trésorerie du groupe est plutôt florissante. Là encore, l’argent est avancé sans aucun nouveau projet social et environnemental structurant.

Si l’on comprend la nécessité d’apporter un soutien public aux entreprises, encore faudrait-il que les banques alliées à l’État cessent de mépriser la multitude des petites entreprises qui agonisent en ce moment même. Il est de surcroît insupportable que les pertes des grandes entreprises soient toujours socialisées quand leurs profits sont privatisés. Surtout quand leurs dirigeants s’octroient des salaires et des retraites mirobolants, et leurs propriétaires des dividendes qu’ils placent dans des paradis fiscaux, se soustrayant ainsi du financement des biens communs pour la santé ou l’école.

Tant d’argent ne devrait pouvoir être affecté sans contrôle des élus et des salariés, sans obligation de garantir l’emploi, la formation et la vie territoriale, sans inscrire les entreprises dans un nouveau projet de transformation économique, social, environnemental et démocratique. Ceci implique des critères de gestion qui ne fassent plus la part belle à la rentabilité à tout prix, mais au progrès social, écologique et au développement territorial.

Jusqu’à ce jour, les sommes affectées au plan de soutien de l’économie coïncident exactement avec le manque à gagner généré par la crise sanitaire, soit aux alentours de 120 milliards d’euros. Ce plan massif n’a aucune vision d’avenir, sauf celle de sauver le capital en le renforçant pour que tout redevienne comme avant, alors que le ministre de l’Économie ne cesse de disserter sur « le nouveau capitalisme ».

En refusant de légiférer sur l’interdiction de distribuer des dividendes et des aides publiques aux entreprises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux, en refusant de débattre de la fiscalité du capital et des grandes fortunes, en considérant que la propriété du capital est un sujet tabou, et en refusant des pouvoirs nouveaux aux salariés dans les entreprises, c’est bien le passé qui demeure la référence du pouvoir et non « la rupture » vantée par le président de la République.

La concurrence sociale et fiscale vise à attirer les capitaux : les investisseurs, dit-on dans ces milieux. Nous sommes loin des besoins de relocalisation, de la garantie du travail, de la préservation de la biodiversité et du climat, d’une Sécurité sociale élargie au travail et à la prise en charge des personnes âgées, et d’une sécurité alimentaire en qualité et quantité.

Progresser en ce sens appelle à engager un processus d’appropriation sociale et démocratique de pans importants de l’économie et de la banque, des nationalisations d’un type nouveau, mais aussi à développer des coopératives autogérées soutenues par l’État et les collectivités. La question du pouvoir des travailleurs, de celles et ceux dont on célèbre les mérites et qui démontrent de quelles prouesses ils sont capables, se pose comme jamais. Que les « premiers de corvée » puissent gouverner est inséparable d’une ambition « post-capitaliste ».

Patrick Le Hyaric

 

 

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:54

Annie Levi-Cyferman, membre du CEN, responsable nationale Droits humains et Libertés.

La crise du Covid-19 nous plonge dans une situation exceptionnelle qui nécessite que des mesures sanitaires exceptionnelles soient édictées. Néanmoins, comme nous le rappelions dans la note sur l’analyse de la loi du 23 mars 2020 sur l’état d’urgence sanitaire, il convient de rester très vigilant pour s’assurer que les règles dérogatoires à un État de droit, mises en place dans le cadre d’un régime d’exception, soient effectivement temporaires et strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus.

 

 

Or les dispositions prises sont considérablement liberticides (atteintes à la liberté de se réunir, d’aller et venir, de travailler...) et accordent des pouvoirs exorbitants à l’exécutif, avec une insuffisance de contrôle parlementaire.

Cette loi autorise par ailleurs le gouvernement à prendre des ordonnances. Celles concernant la justice comportent des atteintes graves et manifestement illégales aux libertés fondamentales. Constitue une liberté fondamentale la possibilité donnée à un justiciable d’assurer de manière effective sa défense devant un juge, conformément à l’article 6 de la sauvegarde des droits de l’homme et libertés fondamentales.

Les mesures affectant cette liberté doivent, là encore, être adaptées aux buts poursuivis et nécessaires, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible d’y substituer d’autres moyens moins attentatoires à la liberté.

Or, à de nombreux égards ces ordonnances ne satisfont pas à ces conditions et portent atteinte aux droits de la défense. Ainsi, par exemple, les audiences peuvent se tenir en utilisant des moyens de télécommunication audiovisuelle, sans l’accord des parties, sans limitation tenant à la nature du contentieux, sans respect de la confidentialité. Dans d’autres cas, il peut être statué sans audience, sans juge et sans avocat. Tel est le cas pour prolonger une mesure de détention provisoire, alors que dans le même temps le gouvernement prétend limiter le nombre de détenus en prison !

Il apparaît que de nombreuses mesures sont inadaptées et dénuées de toute nécessité, notamment en droit pénal et droit des étrangers.

Dans ce contexte particulier, on aurait pu espérer qu’il y est plus que jamais un contre-pouvoir permettant un contrôle effectif de l’action gouvernementale. Force est de déplorer qu’à la défaillance du contrôle parlementaire s’est ajoutée celle du Conseil d’État, censé être l’ultime recours administratif et garant des libertés fondamentales.

Pourtant, la juridiction a été saisie de nombreuses requêtes à l’initiative de diverses organisations (SAF, SM, OIP, LDH, Ordre des avocats, syndicats de médecins...). Elles avaient pour objet de mettre en cause la légalité de certaines ordonnances, mais également les conditions sanitaires dans les prisons, les Ehpad, les centres de rétentions devenus sans objet dont la fermeture a été demandée, protéger les sans-abri ou les mineurs isolés, demander une extension du confinement, des moyens de protection supplémentaires pour certains professionnels, la fourniture de masques, de tests, de nouveaux traitements...

Toutes ces demandes ont fait l’objet de rejet en masse, parfois sans audience, fragilisant l’effectivité du contrôle juridictionnel opéré par le Conseil d’État et mettant même en doute son impartialité. Dans leur tribune parue dans Le Monde, les avocats William Boudon et Vincent Brengarth s’insurgent : « Dans quel régime se réclamant de la démocratie peut-on se satisfaire de décisions qui balayent toutes les requêtes comme s’il était hérétique de critiquer le gouvernement ? »

Dans bon nombre d’actions le Conseil s’est contenté des promesses du gouvernement en retenant une présomption d’efficacité de la politique publique menée. Une question a émergé, celle de savoir si le Conseil d’État pouvait juger en toute indépendance une loi qu’il a lui-même validée ou s’il n’y avait pas trop de proximité entre ses membres, issus de l’ENA et le monde politique.

Dans une contre-tribune, Bruno Lasserre affirme que malgré les décisions de rejet, le Conseil d’État a fait des invitations, à l’issue d’une audience, qui ont été prises en compte par l’administration. Mais pour plusieurs avocats, au contraire, de telles décisions se confondraient avec des « conseils » au gouvernement qui avaliseraient l’action étatique.

Outre les atteintes aux droits déjà mentionnées, il convient de s’interroger sur la validité du nouveau délit de non-respect du confinement, contre lequel des questions prioritaires de constitutionnalité ont été déposées.

Alors que les tribunaux sont pratiquement à l’arrêt, on ne peut qu’être étonnés de la multiplication des audiences de comparutions immédiates pour ce délit et des demandes de mise en détention, encombrant encore davantage les prisons à l’issue de contrôles souvent arbitraires. Surveillance par des drones ou trackings qui va être débattue à l’Assemblée nationale, avec finalement un vote des parlementaires, sont encore là de nouvelles mesures dont l’efficacité est contestée, qui en revanche complète l’arsenal de mesures privatives de libertés individuelles.

La question reste donc d’actualité : « Sommes-nous encore dans un État de droit ? »

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:53

 

Tous les grands rendez-vous sur le climat et la biodiversité ont été annulés. Alors que les plans de relance, eux, se décident et s’apprêtent à lâcher des milliards pour relancer la machine, comment penser l’ambition climatique ?

2020 devait être l’année de l’ambition climatique et de la biodiversité… Sera-t-elle celle des plans de relance qui lâchent des milliards sur les secteurs les plus polluants ? Partout, les plans de sorties de crise commencent à être annoncés. Avec ou sans contreparties.

Mais « on ne doit pas sortir de cette crise, comme on y est entrés », prévient Laurence Tubiana, la présidente de la Fondation européenne pour le climat, qui fut la négociatrice de l’accord de Paris de la COP21 en 2015. Lors d’un séminaire organisé par l’Iddri (l’institut du développement durable et des relations internationales) le 30 avril, la question de l’ambition pour le climat a été longuement débattue. Quelle stratégie adopter ? Quel agenda ? Quels risques ? Dans quelle mesure parvenir à imposer la question dans la sortie de crise ?

 

Le virus a tout chamboulé

Il faut dire que la COP 25 à Madrid en décembre dernier avait déjà été un échec. « Elle s’est mal passée, il y a eu beaucoup de dysfonctionnement dans le multilatéralisme. On n’a pas réussi à dépasser les divergences », reconnaît Paul Watkinson, l’ancien président de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique, en charge de faire l’interface entre les décideurs politiques et la communauté scientifique lors des COP.

Et le Covid-19 est venu chambouler l’agenda du climat et de la biodiversité. Tous les grands rendez internationaux ont été annulés : la COP 26 sur le climat, prévue en novembre à Glasgow au Royaume-Uni, mais aussi la COP 15 sur la biodiversité, prévue en octobre à Kunming, en Chine.

« Sans oublier le sommet des Nations unies sur l’Océan, tout comme le Congrès mondial pour la nature, le lancement de la décennie pour la restauration des écosystèmes… ça devait être l’année de la nature et de nouveaux engagements politiques », détaille Jeanne N’tain, négociatrice à la Convention sur la diversité biologique (CDB) pour la Côte d’Ivoire. Tous reportés à 2021. Tout comme les ambitions qu’ils portent ?

 

Trente pays appellent à ne pas occulter la crise climatique

Pour l’instant, seuls huit pays (Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège, Chili, Singapour, îles Marshall, Surinam, Moldavie) ont déposé auprès de l’ONU de nouveaux engagements climatiques, comme le prévoit l’accord de Paris. 106 pays se sont également engagés à accroître leurs plans climat avant fin décembre, selon Climate Watch… Mais ils ne représentent que 15 % des émissions mondiales.

Du côté des signaux positifs : lors du « dialogue de Petersberg », une conférence annuelle organisée par l’Allemagne et maintenue en visioconférence les 27 et 28 avril, un front commun d’une trentaine de pays a appelé à « ne pas occulter la crise climatique » et intégrer dans les plans de relance de l’économie « des objectifs environnementaux et climatiques afin de rendre les sociétés et les économies plus résilientes aux prochains chocs ». Parmi ceux-là : la France, mais aussi l’Allemagne et l’Italie, ainsi que la Chine, des pays parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre.

 

Green Deal ou Greenwashing ?

En Europe, la France, tout comme la Finlande, veulent faire du « Green Deal », le projet de transition écologique portée par la commission européenne, le cadre des plans de relance. Mais le Green Deal va-t-il survivre ou seulement glisser vers le greenwashing ? Dès la fin mars, il a été mis sous pression par les gouvernements et lobbies. « Tous les jours, il y a des hauts et des bas », reconnaît Laurence Tubiana. Et avec quel financement ? « Le risque, c’est que les pays fassent d’abord les pompiers, sur l’urgence. Et puis, ils verront après pour le climat, les océans, la biodiversité… Mais après, il sera trop tard », souligne-t-elle.

Car la crise du coronavirus est bien celle du système.  « Elle appelle à tout revoir, nos modes de vies, de consommations, nos rapports aux écosystèmes animaux », argumente Jeanne N’Tain, la négociatrice de la Côte d’Ivoire. D’autant plus que ce n’est peut-être que le début. « La communauté scientifique a identifié depuis longtemps les liens entre santé humaine et biodiversité. On ne peut pas limiter cette crise à un événement unique qui n’arriverait plus à cette génération. Il est fort probable qu’une crise du même type se reproduise », défend pour sa part le canadien Basile van Havre, Coprésident du Groupe de négociation sur le cadre post-2020 de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

 

La crise sociale oblige à adopter une approche intégrée

Mettre la nature au centre, c’est le sens de l’appel de 4 experts de l’IPBES (la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) - le « Giec de la biodiversité » - publié le 27 avril (en anglais) : il faut choisir des politiques et des actions qui protègent la nature, afin que celle-ci puisse nous aider à nous protéger. « La réponse à la crise du Covid-19 exige que nous affrontions tous les intérêts qui s’opposent à un changement transformateur et que nous mettions fin au business as usual. »

Mais comment intégrer toutes ces dimensions ? Laurence Tubiana, celle qui a négocié les accords de Paris, connue plutôt pour sa modération, « ne croit plus à une approche trop spécifique, le climat d’un côté, la biodiversité ou l’océan de l’autre. La crise sociale nous oblige à adopter une approche intégrée. Il faut un autre agenda, une diplomatie de la reconstruction vers la transition écologique qui donne une place essentielle à la question sociale et à la réduction des inégalités ». Enfin… ONG et syndicats le construisent déjà ensemble. (Voir aussi notre émission spéciale 1er Mai)

 

Pia de Quatrebarbes

 

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 16:00
Soutien à l'insertion sociale et professionnelle de la jeunesse: le rôle essentiel de la mission locale!

On en parle peu mais ils font un travail essentiel et indispensable auprès des jeunes...

En ce jour du 1er mai, journée internationale de lutte des travailleurs, et durant cette période de confinement qui tend à accentuer les effets des inégalités, nous voudrions rendre hommage au travail des employés des missions locales et notamment celle de Morlaix.

La Mission locale du pays de Morlaix a un champ d'action qui recouvre les 3 communautés de communes de Morlaix-Co, de St Pol-de-Léon (Haut-Léon communauté) et de Landivisiau. 2600 jeunes de 16 à 26 ans y sont inscrits, avec environ 1000 à 1300 jeunes suivis effectivement ces trois derniers mois, avec des besoins, des attentes et des parcours qui peuvent être fort différents. 

La Mission locale oriente les jeunes qui ont quitté le système scolaire vers la formation, l'emploi, les aides dont ils peuvent bénéficier pour accéder à l'autonomie, s'insérer professionnellement et socialement. C'est une association dont le CA et le bureau sont constitués de politiques et de professionnels des associations sociales.

Certains des jeunes qui ont recours au suivi individualisé des salariés de la Mission locale sont en grande difficulté, il y a des femmes isolées avec des enfants, des gamins sans parents, ou qui ont rompu avec eux, des jeunes qui n'ont pas un toit assuré, qui ont des problèmes de logement, de mobilité et d'accès au permis de conduire, de formation, de qualification, et bien sûr d'accès à l'emploi et au RSA. D'autres sont dans des emplois qui ne leur conviennent pas et veulent changer de travail en gardant des droits, trouver d'autres formations. D'autres encore sont diplômés mais ont besoin de conseils...

Morlaix et sa région sont particulièrement exposés aux problèmes d'insertion et d'accès à l'emploi des jeunes. Plus de 20% de chômeurs à Morlaix, une situation de l'emploi peu reluisante, mais aussi beaucoup de jeunes qui ont quitté précocement le système scolaire et qui ont besoin qu'on les guide un peu et construise avec eux un projet professionnel et de formation, qu'on les remette en confiance.

La Mission locale de Morlaix travaille avec neuf conseillers insertion référents, trois conseillers emplois en lien avec Pôle Emploi, un travailleur social, des administratifs, agent d'accueil, etc. Une vingtaine d'employés en tout pour cette association indispensable pour prévenir la précarité des jeunes et lutter pour en sortir.

Des aides sont attribuées pour le permis de conduire (300€ pour le code et 400€ pour les leçons de conduite ensuite), mais aussi parfois des aides pour suivre des formations non rémunérées, acheter du matériel indispensable aux formations, des aides alimentaires, relatives au logement à la santé.

La mission locale gère des contrats d’État comme le Pacea, ou encore un dispositif important financé à hauteur de 100 000€ qui profite à 150 jeunes qui peuvent sur un an peuvent toucher 480€ par mois, et qui bénéficient surtout d'un accompagnement renforcé avec des employés et formateurs ayant moins de jeunes à suivre, et donc plus de temps à leur consacrer,  pour accéder progressivement à l'autonomie: c'est le dispositif "Garantie Jeunes", mis en place avant 2017 sous la présidence de F.Hollande et qui a été testé et prolongé par le département du Finistère.

Il faut dire que les financeurs de la Mission locale et de ses dispositifs spécifiques pour les jeunes sont multiples: Département, Région, Etat, EPCI...

Depuis le début du confinement, la mission locale a continué à suivre les jeunes avec des salariés bossant en télétravail. On ressent beaucoup de fraternité, d'échanges humains, de mots gentils entre les employés et les jeunes accompagnés.  Cet accompagnement est fondamental. Le métier des salariés de la mission locale n'est ni celui d'assistant social, ni celui de formateur pôle emploi, ni celui d'éducateur, mais à mi-chemin entre tout ça. 

Depuis quelques années, la Mission locale se relève doucement mais sûrement d'une grave crise de direction et ses salariés, aujourd'hui comme hier, travaillent avec abnégation, empathie et sens de l'adaptation pour trouver des voies de réussite et d'inclusion (qui peuvent prendre différentes formes en fonction des projets et aspirations individuels) pour tous les jeunes.

En ce 1er mai, nous voulons tirer notre chapeau à ces salariés et à leur travail social essentiel!!!      

Ismaël Dupont, 1er mai 2020

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 15:54

Allocution de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

A l’occasion de la fête internationale des droits des travailleuses et des travailleurs

 le 1er mai 2020

 

Permettez-moi de souhaiter une belle et grande journée de solidarité et de mobilisation aux travailleuses et aux travailleurs de France, à ceux du monde entier, à l’occasion de ce 1er Mai inédit.

Un 1er Mai exceptionnel où nous disons avec force que ce n’est pas aux peuples de payer le prix fort de la pandémie et de la crise économique !

Et je pense d’abord à ces peuples du monde privés de droits, exposés à des guerres, ou à des blocus inqualifiables alors que le virus sévit. A l’échelle du monde, unissons nos forces dans la Paix pour faire reculer la pandémie.

 

En France, je voudrais saluer ces millions de salarié·es mobilisé·es face à la crise sanitaire, parfois au risque de leur propre vie.

Soignants, enseignants, pompiers, agriculteurs, salariés du privé comme du public, vous êtes des millions d’hommes et de femmes à tenir la France à bout de bras pour faire tourner notre pays et permettre à toutes et tous de disposer du nécessaire pour vivre.

Les vrais premiers de cordées de notre pays, c'est vous.

L’année dernière, beaucoup d’entre vous étaient encore sur les ronds-points pour demander plus de justice sociale, plus de justice fiscale. D’autres se rassemblaient devant les ministères pour exiger de meilleurs salaires, une vie digne, des conditions de travail décentes.

Vous n’avez pas été entendus, ou si peu. Mais quand il a fallu répondre à l'appel, vous n’avez pas hésité une seconde pour retrousser vos manches et vous mettre au service du pays.

Ce 1er Mai vous est spécialement dédié.

Je pense aussi à ces millions de salariés privés d’emplois ou en chômage partiel, inquiets de leurs fins de mois et impatients de retrouver leur activité ou un emploi stable.

Ou encore à ces retraités, souvent aux petites pensions, à ces étudiants et à ces parents isolés, aux faibles ressources.

Face à la hausse des prix, le confinement coûte cher.

Heureusement, là encore, la solidarité s’organise, partout, dans les villes et les villages, grâce aux élu·es locaux et à de nombreuses associations. Amplifions là.

Sans oublier le monde des arts et de la culture, qui nous fait tellement de bien, et qui nous rappelle oh combien leur rôle est précieux.

Je pense aussi à ces commerçants, ces artisans, ces indépendants dont la vie a complètement basculé, et qui se retrouve sans activité ou alors très réduite.

Toutes et tous, vous faites face à cette pandémie avec tellement de dignité, tellement de force et de courage. La vraie richesse de la Nation est là, en vous. Et nous pouvons être fiers de cette France, cette France fraternelle et solidaire.

C’est pourquoi nous le disons avec force : ce n’est pas à vous de payer les conséquences de cette crise. Ce n’est pas au monde du travail de payer la facture comme ce fut le cas après la crise de 2008.

Déjà, la courbe du chômage repart fortement à la hausse. Et celles et ceux qui sont en chômage partiel touchent un salaire partiel. La pauvreté explose.

 

C’est pourquoi nous avons besoin de nous rassembler et d’agir ensemble pour que demain ne soit pas comme hier.

Nous proposons que l’État garantisse pour chaque citoyen·ne l’accès à des masques gratuits et aux normes lui permettant de sortir et de se protéger.

Nous proposons de repousser la réouverture des écoles tant que toutes les conditions de sécurité ne sont pas garanties, dans toutes les communes, par les services de santé et de l’Éducation nationale.

Nous proposons l’interdiction des licenciements durant cette période et la prise en charge du chômage partiel à 100% tant que le travail n’a pas pu reprendre.

Nous voulons des salaires qui augmentent plutôt que des primes qui divisent. Nous proposons une aide de 300 euros pour les plus démunis, pour les étudiants et le blocage des prix pour les produits de première nécessité.

Dans chaque entreprise, il faut ouvrir de véritables négociations pour imaginer de nouvelles conditions de travail, avec des horaires adaptés pour ne pas surcharger les transports collectifs.

 

Nous proposons de mettre à contribution le capital, les grandes fortunes, les assurances et les banques, tous ceux qui ont bénéficié de nombreux cadeaux ces dernières années.

Tout comme la Banque centrale européenne qui doit être là, aux cotés des États et des peuples pour financer la dette mais aussi les investissements à venir.

 

Tout le monde doit être protégé, c’est aussi simple que ça et l’État doit être là pour garantir cette protection, partout, dans les Outre-mer comme en métropole, dans nos villes comme à la campagne.

 

Ce 1er Mai 2020 est historique en ce sens.

 

Face à cette pandémie, soyons unis, solidaires pour porter ces exigences mais aussi pour s’ouvrir des perspectives, celles de bâtir une société nouvelle, enfin respectueuse des Hommes et de la nature, en France comme à l'échelle de la planète.

 

Le monde de demain commence dès aujourd'hui !

Dans l'épreuve que nous traversons, c'est ce bel objectif qui nous anime, celui de vivre dans une société portée par ses plus nobles valeurs, la bienveillance, l'entraide, la solidarité.

 

Le moment est venu de tourner définitivement le dos à cette course folle vers le profit et la surconsommation. Mettons l’argent au service du développement humain et de la planète.

C’est un magnifique défi à relever, la promesse de nouveaux Jours heureux à écrire ensemble.

 

Parti communiste Français

https://www.pcf.fr/

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 14:42
Du 1er au 11 mai, soutenez les batailles du Parti communiste en participant à la grande souscription du muguet virtuel

Cher-e-s toutes et tous,
 
Même confiné.e.s, nous pouvons être actifs et actives, utiles à nos idées de justice sociale. Le 1er mai, faisons-nous entendre sur les réseaux sociaux et à nos fenêtres avec nos revendications, nos coups de gueule, nos propositions.


Le covid-19 n’est pas, comme beaucoup voudrait nous le faire croire, le déclencheur de tous les maux auxquels nous sommes confrontés actuellement et que nous devrions subir demain, il n’en est que le révélateur, il ne fait que mettre en exergue les inégalités et  l’importance des professions très féminisées : infirmières (87 % de femmes) et aides-soignantes (91 % de femmes), mais aussi des aides à domicile et des aides ménagères (97 % de femmes), des agentes d’entretien (73 % de femmes), des caissières et des vendeuses (76 % de femmes), ce sont aussi des enseignantes (71 % de femmes) . Il s’agit de tous ceux et celles qui servent le bien commun, ceux et celles qui ont été méprisé.e.s par les néo-libéraux au pouvoir.
 
Or on le voit bien les champions du capitalisme ultra libéral qui  dirigent actuellement le monde (dont beaucoup sont adeptes du repli nationaliste) sont à la manœuvre pour revenir au plus vite à la situation d’avant.
 
Pour ce faire, ils engagent des politiques visant à obtenir des consensus pour faire accepter (au nom de la lutte contre « l’ennemi commun le covid-19 » et pour sauver l’économie) toujours plus de sacrifices (même au prix de vies humaines) allant même jusqu’aux privations de certaines libertés et à la remise en cause des droits sociaux.

Ils veulent faire payer l'ardoise aux travailleurs et aux travailleuses , à ceux et celles là-même qui ont été en première ligne pendant la crise du Covid-19 et qui ont été fragilisé.e.s par des décennies de casse des services publics, de la Sécu, des droits sociaux.


Les communistes le savent bien pour l’avoir toujours dénoncé, la situation d’avant était déjà de plus en plus intenable tant pour la planète que pour l’humanité toute entière. 9 milliardaires qui détiennent autant de patrimoine que 3,7 milliards de femmes et d'hommes, des millions de pauvres dans des pays riches, des milliards de dividendes versés aux actionnaires en échange de la pression sur les salarié.e.s, les salaires, les emplois, des démocraties muselées, la toute puissance des milliardaires, des multinationales cotées en bourse, des banques et des sociétés d'assurance, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes?
 
Non, évidemment, la Sociale, la lutte des classes, le combat international et internationaliste pour la défense des travailleurs sont toujours à l'ordre du jour!

D’où notre responsabilité en tant que communiste pour d’une part endiguer ce scénario mortifère et d’autre part montrer que nos idées telles que Marx et d'autres les ont conçues sont toujours d'actualité.
 
Il est possible de faire en sorte que dans ces conditions inédites le premier mai continue à porter des luttes et de revendications: lutte pour lutter contre la pauvreté, l'approfondissement des inégalités, défendre les droits des salariés, les libertés démocratiques, les services publics, l'hôpital, pour des conditions de vie décentes dans les EHPAD, pour les étudiants, etc.

Le PCF porte de nombreuses propositions pour protéger les travailleur·euse·s et leur rémunération parmi lesquelles la mise à disposition d'équipements de protection, l'indemnisation à 100 % du chômage partiel, l'augmentation du smic de 20 % et des plus bas salaires, augmentation des minima sociaux et pensions en conséquence, le retrait de la réforme inique de l'assurance chômage, la relance de notre souveraineté alimentaire et d'une agriculture de qualité relocalisée garantissant une alimentation saine pour tous.

Covid-19 : Nombre de nos concitoyens subissent les lourdes conséquences de la crise, nous proposons des mesures économiques d'urgence pour les protéger.

Pour lire nos 75 propositions ➡️ https://bit.ly/3clrZDY

 
Le plan de déconfinement  annoncé le 28 avril par le premier ministre, sans consultation et construction collective préalable, et voté dans la foulée avec les seules voix du groupe de la LREM est à la fois flou et dangereux. Il ne comporte aucune mesure forte sur les moyens financiers à mobiliser: lutte contre l'évasion fiscale, rétablissement de l'ISF, taxation des revenus financiers.
 
Alors que selon Henriette Steinberg du Secours Populaire, le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays pourrait augmenter de 9 millions à 12 ou 13 millions dans ce contexte de crise du Covid-19, et le retour intolérable de la faim, le plan du gouvernement ne comprend aucun plan de lutte contre la pauvreté ambitieux (aide pour les loyers et les charges, soutiens aux organismes HLM, contrôle des prix dans la grande distribution, aides directes aux familles, suspension de la réforme de l'assurance chômage, aide aux artisans, commerçants, auto-entrepreneurs, intermittents du spectacle, étudiants salariés précaires lourdement impactés par le confinement).
 
L’État se défausse sur les mairies, les collectivités, les entreprises, les associations, les écoles, d'une grande partie des responsabilités qu'il n'assume plus, en terme de santé publique et de normes et de moyens d'une reprise d'activité dans des conditions minimales de sécurité. C'est le grand flou sur l'accès aux tests, aux masques, sur les conditions effectives de la reprise de la scolarité. L'école "facultative" met les parents devant des responsabilités difficiles à assumer sur le retour ou non de leurs enfants à l'école, alors qu'ils ne connaissent pas les conditions effectives qui seront celles de la reprise après le 11 mai.
 
On ne sait pas non plus si les salariés du public et du privé seront sanctionnés s'ils continuent à vouloir rester à la maison pour garder leurs enfants. Alors que le fond de capitalisation pour les grands groupes ne parait pas devoir être utilisés avec des vraies conditionnalités sur l'emploi, le gel des licenciements, la lutte conte l'évasion fiscale, les fonds d'aides aux PME, artisans, commerçants, restaurateurs, ne semblent pas suffisants, ni s'accompagner de pressions suffisantes sur les banques et les assurances pour l'accès au crédit et aux indemnisations. L'exécutif étale ses défaillances dans tous les domaines tout en continuant à avancer sur son agenda de restriction des libertés publiques (prolongation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'à mi-juillet) et de maintien dans le temps des dispositifs dérogatoires au droit social.
 
Les Français sont nombreux à ne pas faire confiance à ce gouvernement pour gérer la crise et ils ont raison. Les ARS et les préfectures ont beaucoup de mal à apporter des réponses aux collectivités, en première ligne pour compenser les carences de l’État, et à qui on n'a pas encore débloqué de moyens supplémentaires pour faire face à leurs dépenses nouvelles pour assurer la solidarité et la protection des citoyens. 

 
La crise sanitaire, marquée par les mesures de confinement et de distanciation physique, conduit comme vous le savez à l'interdiction de la vente du muguet, des manifestations syndicales dans la rue le 1er mai, et des fêtes du Parti communiste de Morlaix et Brest qui permettent, en plus d'être de beaux moments festifs de fraternité, de débats politiques, de financer une partie de l'activité politique. 
 
Pour tenter de compenser au mieux la perte financière que la vente représente pour les fédérations et les sections, le Parti communiste a donc réalisé un visuel symbolique, un brin de muguet virtuel, associé à une souscription. Cela permet aux adhérent·e·s, aux sympathisant·e·s, à toutes celles et ceux qui sont attaché·e·s à soutenir les combats sociaux, démocratiques et humains de notre parti le 1er mai de le faire à nouveau cette année, malgré le confinement.
Nous appelons tous ceux qui le souhaitent à participer à cette souscription mais bien sûr aussi à la partager auprès d'ami·e·s, de contacts, de collègues, de voisin·e·s, afin de permettre à toutes et tous celles et ceux qui nous sont proches de contribuer financièrement à nos actions pour défendre les droits des travailleur·euse·s.
 
Cette souscription est ouverte entre le 1er mai et le 11 mai.

https://www.pcf.fr/le_muguet_du_1er_mai.

Le paiement se fera par carte bancaire.
 
Pour une participation à la souscription et un paiement par chèque, libellez le chèque à l'ordre de l'ADF PCF 29, et indiquez l'adresse de la fédération: PCF Finistère - 5 rue Henri Moreau - 29 200 Brest.
 
L'identification de l'adresse postale lors des dons en ligne permettra de reverser tout l'argent récolté de Finistériens à la fédération du PCF Finistère.

Bien fraternellement,

PCF Finistère, 29 avril 2020

Du 1er au 11 mai, soutenez les batailles du Parti communiste en participant à la grande souscription du muguet virtuel
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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 07:41
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
Supplément à l'Huma - Notre Finistère, 1965

Supplément à l'Huma - Notre Finistère, 1965

La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur

A partir de l'expo préparée par Jean-Luc Le Calvez pour la 50ème fête du Viaduc en 2014 et du dépouillement de quelques exemplaires du Journal du PCF, Le Viaduc, on pouvait restituer quelques moments forts de l'histoire de la section PCF de Morlaix ces 50 dernières années, tour à tour dirigée par Michel Derrien, Alain David, Jean-Yvon Ollivier, Stephane Mayer, François Bourven, Daniel Ravasio.

La Fête du Viaduc est née non pas le 1er Mai mais en septembre 1964.

Elle avait lieu d'abord au Stade de Kernéguès et était déjà une grande fête populaire. L'entrée était payante (2 francs). Il n'y avait pas encore de partie musicale et artistique mais on pouvait y entendre l'allocution d'un membre du comité fédéral du PCF (Gabriel Paul en 1965), y participer ou y assister à des tournois de foot (entre des équipes coporatives: Ameublement, Renault, Hôpital...), des concours de Palais, de Luttes Bretonnes.

Plus tard, à la fin des années 1960 et jusqu'en 1978, la Fête du Viaduc s'est déplacée au Terrain de la Madeleine. La Musique s'est invitée, comme le Radio-Crochet, la Course à l'Oeuf, la Course Humoristique, les Floralies, les Concours de Dominos.

Dans les années 1980 et jusqu'en 2004, la Fête du Viaduc avait lieu dans la Vallée du Ty-Dour. Puis à Ploujean en 2005 et 2006, place Allende de 2007 à 2009, place de la Commune en 2010 à La Boissière, puis à nouveau place Allende.

 

La naissance de cette fête du Viaduc témoigne d'un renforcement et d'une ambition nouvelle du PCF dans le Pays de Morlaix et coïncide avec la création du journal Le Viaduc, organe de la section du Parti Communiste de Morlaix.

Ce journal naît fin 1963 avec pour directeur de publication Louis Ollivier. On y lit aussi des articles de Michel Derrien, le secrétaire de section du PCF Morlaix, qui sera adjoint au maire pendant plusieurs mandats, et de François Paugam, le très estimé dirigeant de la CGT des Cheminots, responsable à l'organisation du PCF.

Alain David, qui sera secrétaire de section du PCF Morlaix de 1968 à 1976, devient à la fin des années 1960 et pour plusieurs décennies le directeur de publication et la plus brillante plume du Viaduc.

 

Le premier éditorial du Viaduc commence ainsi, donnant le ton à la fois populaire, impertinent et bien senti du journal :

 

"Travailleurs morlaisiens, vivez-vous au dessus de vos moyens? C'est du moins l'avis de notre Ministre des finances qui entend ajouter un cran à votre ceinture. Toute la propagande gaulliste de la presse, de la radio et de la télévision, est insuffisante pour démontrer que les vessies sont des lanternes. En effet, depuis 1958, les prix ont augmenté de 42,50%, les taxes de vie chère de 78% et les profits des grosses sociétés de 85%. Mais depuis 5 ans, bien des yeux se sont ouverts sur la nature du pouvoir des financiers dont les méfaits pèsent de plus en plus sur la population laborieuse de notre ville.

- Les salaires et traitements sont en retard sur les prix

- Les vieux vivent dans la misère

- Les logements neufs sont inabordables

- Notre zone n'a d'industriel que le nom. Pourquoi?

La main d'oeuvre qualifiée manque, mais le pouvoir et la municipalité laissent dormir dans les cartons le projet de collège technique...

Nous voulons combattre avec vous sur tous les plans la politique néfaste du gaullisme, du patronat et de leurs représentants à la municipalité".

 

Au delà de ces déclarations politiques générales, le 1er Viaduc fait aussi la part belle aux revendications locales: mieux équiper pour les besoins des sportifs la salle du Poulliet, datant d'un an, et que l'on détruit cette année, 50 ans après, prévoir une école pour le quartier Saint Augustin, dont la population a cru avec les nouveaux immeubles de la Rape Saint Augustin.

 

L'édito du Viaduc n°2, publié en janvier 1964, a un titre et des propositions que l'on ne renierait pas aujourd'hui:

 

" Pour une démocratie véritable.

Le remplacement du pouvoir gaulliste par une république démocratique est à l'ordre du jour. De part, la constitution actuelle, le pouvoir sert les banquiers, les marchands de pétrole, les trusts: il faut que ça cesse. Il faut remplacer le pouvoir d'un seul homme par celui de tout le peuple et non par celui d'un autre homme. Le PCF propose à tous les démocrates comme base d'un programme commun:

- élection à la proportionnelle d'une assemblée constituante qui dotera le pays d'une constitution démocratique.

- par l'intermédiaire de l'Assemblée Nationale, le gouvernement doit être l'émanation de la volonté populaire.

- transfert du pouvoir des Préfets aux conseils généraux élus à la proportionnelle

- laïcité de l'Etat et de l'Ecole et réforme démocratique de l'enseignement

- réforme de la fiscalité permettant de faire payer les grosses sociétés

- nationalisation des monopoles pour permettre une véritable politique sociale

- abandon de la force de frappe, signature des accords de Moscou et politique de désarmement"

 

Suite une présentation de François Paugam, "sympathiquement connu de notre population", candidat du Parti aux Cantonales.

 

Au verso du journal qui ne compte que feuille A4 recto verso jusqu'en 1970, on trouve des articles locaux truculents sur la nécessité de nettoyer les abords de l'école du Calvaire - en l'occurence la promenade ombragée par les peupliers qui offre un magnifique panorama sur la ville mais où s'entassent les boîtes de conserve qui servent aux jeux de "foot boîtes" des enfants. On demande à brancher les eaux de ruissellement de future école Corentin Caer au tout-à-l'égoût et à installer des bancs en contrebas sur la promenade. On apprend que les crédits pédagogiques dont bénéficient les écoles publiques morlaisiennes sont insuffisants, comme leurs systèmes de chauffage sont défaillants. A l'inverse, on nous présente une école maternelle et primaire modèle de Moscou où le taux d'encadrement et les conditions pédagogiques sont optimales: "dans l'Etat socialiste, l'ENFANT EST ROI".

 

Viaduc n°3 - Mars 1964 - sous le titre ironique "Les arguments frappants des patrons", une charge contre Tilly qui fait tabasser les militants de la CGT à Guerlesquin: "La direction "TILLY" à GUERLESQUIN, n'aime pas les défenseurs des ouvriers. F. PAUGAM, responsable CGT en a fait l'expérience. Aux tracts qu'il distribuait à GUERLESQUIN pour dénoncer l'exploitation dont sont victimes les ouvriers de cette entreprise, le beau-frère de Mr Tilly a opposé les coups de poing. La classe ouvrière ne peut tolérer de telles méthodes. Pour parer cette méthode fasciste dont notre camarade F.PAUGAM a déjà été victime, tous les travailleurs doivent faire preuve d'une vigilante solidarité à l'égard de leurs responsables, prévoir et assurer leur défense dans tous leurs déplacements intéressant leur travail de militant".

 

Sur le plan local, diatribe contre les voitures qui encombrent l'allée du Poan Ben, jadis "réservée aux jeunes enfants et aux vieillards qui y trouvaient une paisible retraite, loin de l'agitation de la ville": "leur gaz d'échappement n'a rien de comparable avec l'air pur des sommets" et la mairie ne finance pas de classe de neige pour les enfants, "la pétarade des moteurs crée dans les classes une ambiance défavorable aux études et sensibilise des organismes déjà fortement éprouvés par les trépidations de la vie moderne".

Cette attaque contre l'invasion de l'allée du Poan Ben par la voiture ne s'arrête pas là: "Le moins dangereux n'est pas le gymkana des voitures parmi les enfants aux heures d'entrée et de sortie des écoles. Attend-on un accident grave pour remédier à cet état de chose? Qu'a cela ne tienne des mesures sont envisagées: un agrandissement du parking par la couverture de la rivière! pas moins...

Ce qui, parait-il coûterait plus cher que la couverture du bassin. Ce serait, avouez-le, porter beaucoup d'estime aux quatres roues et bien peu à nos enfants qui n'ont, il est vrai, que deux jambes à garer. Pourquoi ne pas transformer les cours d'écoles en parking? ..."

 

Toujours dans ce Viaduc n°3, le PCF, dans son programme pour les cantonales, plaide pour le rattachement de Morlaix à St Martin des Champs, précise sa conception du soutien public au développement économique du territoire: "l'expansion économique ne signifie pas pour nous, des cadeaux aux capitalistes sous forme de terrains et d'installations gratuites (zone de Kerivin aménagée aux frais du contribuable)".

 

En fin, au bas de la page 2, ce qui deviendra une tradition dans le journal des communistes morlaisiens, on peut lire une mise en cause du Télégramme:

 

"LES SILENCES ... DU TELEGRAMME"

Le télégramme a omis d'informer ses lecteurs des raisons pour lesquelles il n'a pu paraitre vendredi 21 février:

Les linotypistes ont fait grève pour soutenir un de leur camarade mis à pied injustement. Bravo pour cet exemple

LOUABLE DE SOLIDARITE OUVRIERE!".

 

Dans le Viaduc N°4 (juin 1964), les rédacteurs qui militent pour l'installation d'un centre médico-pédagogique à Morlaix s'offusquent que la Salle Omnisports de Morlaix soit retenue pour la célébration du messe à l'occasion de la fête Diau tandis que le 7 juin, le stade de Kernéguez est également retenu pour la célébration d'une messe: "Décidément le pouvoir encourage au maximum le clergé et celui-ci en profite. Après la radio et la télé, la réaction monopolise les installations sportives".

 

Dans Le Viaduc n°6 (novembre 1964), le PCFMorlaix justifie la constitution d'une liste indépendante au 1er tour des élections Municipales tout en se montrant partisan d'une union avec les socialistes au second tour sur la base d'un programme commun. "Une liste d'union au 1er tour consisterait à passer sous silence les grandes réalisations des élus communistes, notamment à SCAER, LEUHAN, SCRIGNAC, HUELGOAT etc... où ils détiennent la municipalité depuis 20 ans... En présentant une liste d'union au 1er tour comme en 1959 nous créerons la confusion et faciliterons ainsi l'élection des représentants du pouvoir... Notre Parti, qui arrive en tête des partis de gauche à MORLAIX, ne peut accepter d'être une force d'appoint. Pour avoir la confiance des travailleurs, il faut que chaque Parti détermine le niveau de ses forces...

Quand nous aurons mis en échec les défenseurs du Pouvoir Gaulliste, au soir du 1er tour, les Communistes feront tout, à Morlaix, pour former une liste d'union pour le 2e tour; sur la base d'un programme commun et compte-tenu des forces de chaque organisation.

Les Communistes ont prouvé leur discipline républicaine en votant en masse pour élire les camarades PRAT et TANGUY PRIGENT. Il est temps de cesser la polémique et de passer au travail de masse, c'est à dire à l'explication aux électeurs des malfaisances du régime gaulliste et de l'équipe du docteur Le Duc".

 

Lors des Municipales de 1965, les communistes affirment le caractère politique des élections locales:

"Nous proclamons que les élections municipales ont un caractère politique.

Pour qui réalise t-on?

Qui paie?

Répondre à ces deux questions, c'est faire un choix politique.

Nous, Communistes, avons choisi. Nous voulons réaliser pour les travailleurs, pour les classes les plus deshéritées; nous voulons faire payer les riches et avant tout les gros patrons.

Toutes les municipalités communistes ont toujours appliqué ces deux principes.

Le rôle d'une municipalité ouvrière est de réaliser avant tout pour alléger la peine des travailleurs, de défendre l'enfance, d'organiser les loisirs de la jeunesse, d'aider les vieux".

Pour les enfants, le PCF de Morlaix propose la création de trois nouveaux patronages laïques (Madeleine, centre-ville, Rampe Saint Augustin) et le soutien au départ en vacances en colonies des enfants de famille modeste. Pour les mères qui travaillent à la Manufacture, à l'hôpital, aux PTT, il propose une crèche municipale. Pour les vieux, la création d'un Foyer, la création d'une aide aux travailleurs. La création aussi d'un office municipal d'HLM et l'achat par la ville des terrains nécessaires à la construction de logements accessibles aux bourses modestes. Le gros chantier du mandat parait-être celui de l'aissinissement: "le docteur Le Duc, maire de Morlaix depuis 18 années, écrit: "il convient d'améliorer les conditions d'hygiène et de ne plus utiliser la rivière comme exutoire naturel". Bravo, Monsieur le Maire, il eut fallu penser plus tôt et commencer par construire un épurateur et un collecteur central et ensuite étendre à toute la ville le tout-à-l'égout".

 

Dans le Viaduc de juin 1965, c'est une pétition pour demander l'implantation d'un STOP à l'intersection de la Bellevue de la Madeleine et de la Venelle de la Madeleine à cause des collisions de voitures à répétition. "Attend t-on un autre accident, peut-être mortel, celui-là? La vie d'un homme vaut-elle moins qu'un panneau? Les habitants du quartier de la Madeleine, lorsqu'ils entendront un crissement strident et si un malheur arrivait sauront accuser les responsables de cette négligence que l'on pourra qualifier de criminelle".

 

Après une interruption, en 1970, Le Viaduc, qui a a désormais comme directeur de publication Alain David, secrétaire de section du PCF Morlaix depuis quelques mois, s'étoffe, gagne en quantité d'articles, à qualité de mise en page, et en ambition: notamment celle d'établir un dialogue avec les lecteurs. Il parait toujours tous les deux mois.

En novembre 70, le journal qui coûte 30 centimes, auquel on s'abonne, a pour éditorial:

 

Pourquoi ce journal?

 

AMIS LECTEURS,

 

En France, l'écrasante majorité des journaux appartient à un petit nombre de groupes financiers. Quant à la radio-télévision, elle demeure un instrument de propagande au service du gouvernement. Et ce n'est pas parce qu'un dirigeant communiste ou syndical peut faire de temps à autre une apparition sur le petit écran que cela change quelque chose à l'essentiel. L'information est unilatérale, dirigée, partiale.

C'est pourquoi la section de Morlaix du PCF a décidé de publier un journal local afin de faire connaître à la population de Morlaix et de ses environs le point de vue des communistes sur quelques questions internationales, nationales et locales.

Il est évident que, dans une publication modeste comme la nôtre, il nous sera impossible d'aborder ou de développer tous les problèmes de l'actualité. D'autre part, les auteurs des différents articles de ce journal sont des militants de base de la section de Morlaix du Parti Communiste, ce sont des ouvriers, des paysans, des artisans, des enseignants et ils n'ont pas, pour rédiger, la facilité des journalistes professionnels.

Nous espérons cependant que vous lirez avec intérêt ce journal que vous recevrez tous les deux mois.

C'est avec plaisir que nous accepterions de dialoguer avec vous en répondant, dans nos prochains numéros, aux questions que vous nous auriez posées en écrivant au siège de notre parti, situé 5, rue Haute à Morlaix.

Le Comité de rédaction".

 

Signent leurs articles dans ce journal Renée Deroux (la place de l'EPS dans l'éducation nationale), François Paugam (luttes sociales aux Combustibles Morlaisiens), Daniel Crassin (Regards sur la RDA: réaction argumentée à un article du Télégramme), Janine Tardivel qui fait le compte rendu d'une conférence où Alain David et Louis Le Roux, membre du Comité Cental du PCF, ont parlé de la situation prometteuse du Chili.

 

En juin 1971, Le Viaduc relate une conférence débat avec le grand résistant communiste ROL-Tanguy, né en gare de Morlaix, ouvrier metallurgiste, ancien des Brigades Internationales et libérateur de Paris. "150 personnes étaient venues assister à la conférence-débat que donnait Rol-Tanguy dans la salle des conférences de la mairie de Morlaix. Aux côtés de Rol-Tanguy avaient pris place au bureau les camarades Alain David, secrétaire de section, Louis Aminot, membre du comité fédéral et Le Nagar de Plougonven".

 

En mai-juin 1972, il est question de la 8e fête du Viaduc. Louis Ollivier commente: "Le 1er mai 1972, malgré son temps incertain, a apporté sur le terrain de la Madeleine, un millier de personnes. Notre "Fête du Viaduc" devient la kermesse la plus importante de notre ville. En effet, le grand nombre de stands, leur décoration, leur qualité et surtout le match de football ont contribué à son succès en créant une ambiance gaie, joyeuse et sportive". Alain David écrit un article anti-colonialiste de circonstance:

Halte à l'agression américaine au Vietnam:

"Depuis plus d'un quart de siècle, les peuples d'Indochine sont contraints à défendre leur existence et leur dignité, leur indépendance et leur liberté. En minant les ports de la République Démocratique du Vietnam, en reprenant les bombardements intensifs sur les objectifs civils, le gouvernement américain fait un pas de plus dans l'escalade de la guerre. Il faut en finir avec cette "sale guerre". Comme tous les peuples du monde, les peuples indochinois ont un droit imprescriptible: le droit à la paix. Cette paix ne pourra voir le jour tant que l'envahisseur américain occupera l'Indochine"...

Comme d'habitude François Paugam se fait écho des luttes sociales dans la région de Morlaix, aux PTT et aux Imprimeries. Michel Derrien écrit sur les implantations d'école à La Vierge Noire et à La Boissière, et sur le manque d'espaces de vie collective dans le nouveau quartier HLM de La Vierge Noire. Son texte, toujours d'actualité, mérite d'être cité:

"Le vendredi 19 mai, la première chaîne de télévision présentait une dramatique: "Un dimanche volé". C'est le drame réel d'un ouvrier vaincu par la fatigue du travail, les bruits de la rue et de l'immeuble filtrant à travers les cloisons et les fenêtres de l'appartement, le manque de sommeil accumulé. Au-delà de cette existence, on peut trouver une condamnation des logements construits au rabais, véritables usines à névroses, des cadences de travail, de l'absence de terrains de jeux pour les enfants des HLM, condamnés à jouer au milieu des voitures ou dans les escaliers. Allez vous promener dans la rue de La Vierge Noire à Morlaix. Voyez ces clapiers humains qui montent, les espaces libres sont chichement mesurés. Dans quelques années, des centaines d'enfants y habiteront. Ce décor de béton vous fera immanquablement penser au film de Gérard Chouchan. Existe t-il une solution? Certes oui. Les constructions de ce quartier sont en place, on n'y peut plus rien. Mais il existe encore, tout à côté, du terrain. Il faut d'urgence que la ville de Morlaix achète, si ce n'est déjà fait, le "petit bois de Coat Serho", ainsi que les prés et les terrains qui bordent la route de Lanmeur. A cet endroit, il est possible, sans de trop grandes dépenses, d'aménager une part de promenade et de loisir. L'aménagement d'un bassin ne pose aucune difficulté. En outre, il faut des terrains de jeux pour les enfants. Ne serait-il pas possible de prévoir un tel espace entre la Boissière et la Vierge Noire? L'erreur serait d'attendre que les constructions soient terminées pour penser à un tel problème..."

 

En décembre 1972, Le Viaduc s'ouvre sur un article d'Alain David sur le Programme Commun:

 

"Le programme... c'est le vôtre.

Le programme commun signé par le Parti Communiste, le Parti Socialiste, et les Radicaux de Gauche ouvre au peuple des perspectives nouvelles.

Ce programme n'est pas un simple accord électoral conclu entre les dirigeants des trois partis; ce programme commun que les travailleurs ont attendu si longtemps c'est une arme que nous mettons entre leurs mains pour qu'ils puissent se libérer des quelques monopoles parasites qui sucent le fruit du travail de tout un pays.

Le programme commun est le programme de tous ceux qui ont intérêt à l'avènement d'une démocratie véritable. C'est le programme des ouvriers dont l'exploitation est sans cesse accrue, des employés et des fonctionnaires dont le pouvoir d'achat est sans cesse menacé par la hausse des prix, des artisans et des commerçants de plus en plus victimes du secteur monopoliste, des paysans que l'on force à quitter la terre pour grossir les rangs des chômeurs ou des O.S, des femmes surexploitées qui bouclent de plus en plus difficilement leur budget, des jeunes à qui ce régime n'offre aucun espoir et des personnes âgées qu'il oblige à vivre dans la misère.

En un mot le programme commun que nous vous appelons à acheter, à étudier, à populariser et à soutenir, c'est le VOTRE.

A.DAVID"

La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 05:37
Quelques photos souvenirs de Rodolphe Thirard des fêtes du Viaduc 2012 et 2015
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