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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 06:50
Peinture. Une œuvre hantée par la guerre et la torture
Mardi, 21 Janvier, 2020

Disparu l’été dernier, Vladimir Velickovic, né en Yougoslavie et médaillé à Paris dès 1965, a vécu les atrocités nazies puis la fin de son pays. Exposition à Landerneau d’un maître du paroxysme.

 

Landerneau (Finistère), envoyé spécial.

On commence ou presque par un Paysage aux oiseaux morts de modestes dimensions, peint en 1962. Un paysage désolé et nu, tout de noir et de gris. On termine avec une toile de cinq mètres par deux mètres cinquante. Deux piquets et des barbelés devant les sombres nuages de fumée d’incendies que l’on devine. Des oiseaux noirs. C’est une toile de 2019 intitulée Danger. Dans cette même dernière salle de l’exposition du Fonds Hélène-et-Édouard-Leclerc de Landerneau sont accrochées trois autres toiles de semblables dimensions, réalisées au cours des quinze dernières années. Elles renvoient avec des feux dans les lointains, sous de grands ciels de cendres, à des incendies, des bombardements, des villages rasés que l’on devine.

Plus de cinquante ans de peinture depuis que Vladimir Velickovic, né à Belgrade en 1935, est remarqué à la Biennale de Paris par le critique d’art Georges Boudaille. Ce dernier attire encore l’attention sur le jeune peintre, dans les Lettres françaises, quand il obtient sa première exposition personnelle, rue du Dragon. Il l’avait déjà repéré deux ans avant, dans son pays. Il peignait déjà « des corps torturés, empalés, martyrisés qui témoignaient des souffrances de ses compatriotes lors de la dernière guerre, alors qu’il n’était qu’un enfant ». Un début de reconnaissance internationale va suivre avec quelques articles au même moment dans la presse américaine.

Il est l’un des rares artistes reconnus en France aussi bien qu’à l’Est

En 1970, le conservateur très éclairé Pierre Gaudibert lui consacre une première grande expo au musée d’Art moderne de la ville de Paris. En 1972, il représente la Yougoslavie à la Biennale de Venise. On le rattache au courant de la figuration narrative. À Paris, il travaille dans l’atelier d’Antonio Segui avec Gérard Titus-Carmel, repéré lui aussi dans les Lettres françaises. Velickovic est alors l’un des rares artistes reconnus en France aussi bien qu’à l’Est où il n’a jamais obéi en quoi que ce soit au réalisme socialiste. Dès cette période, il va exposer dans de nombreuses villes du monde.

Les terribles exactions des nazis contre les partisans et la population vont le marquer à jamais. Mais c’est au Louvre qu’avec son père il découvre la peinture devant la célèbre Pietà d’Avignon d’Enguerrand Quarton avec le corps pantelant du Christ mort sur les genoux de la Vierge, un bras pendant. Le peintre est athée et le restera toujours. Mais il comprend à quel point la figure du Christ dans l’imaginaire occidental exprime le tragique de la condition humaine. Il est donné au monde pour y vivre la souffrance et en être repris. C’est à cette figure que le peintre va s’attacher dans une série d’une puissance expressive que l’on ne connaît nulle part ailleurs, autour du Retable d’Issenheim exposé au musée de Colmar et de son auteur Matthias Grünewald. Le Christ du retable témoigne d’une rupture fondamentale en cours dans la représentation de la crucifixion. Ce n’est plus la sérénité de celui qui va rejoindre son père qui est représentée, mais la souffrance de celui qui meurt en ayant éprouvé jusqu’au bout l’humaine condition.

La puissance expressive du peintre vient au premier plan

Velickovic, dans une série de toiles de grandes dimensions, va décliner la passion en motifs tragiques avec le corps du supplicié, des ciels d’un gris profond, de sombres oiseaux prêts à becqueter les chairs. On pense à Prométhée, à la Ballade des pendus de Villon « pies, corbeaux nous ont les yeux cavés »… Mais on le comprend. Le peintre ne nous raconte pas des histoires. Il peint cette série dans les années 2000. Dans les vingt années qui précèdent, son pays a disparu, s’est déchiré dans des affrontements ethniques absurdes et parfois fratricides, avec des déchaînements inouïs de haine et de violence entre celles et ceux qui vivaient jusqu’alors en paix. Velickovic, pour reprendre les mots de Picasso ou ceux de Malraux à propos de Goya, n’est pas un peintre décorateur d’appartements, mais un artiste qui crie.

Il n’en est pas moins utile de préciser, tant sa puissance expressive vient au premier plan, qu’elle ne pourrait avoir cette force si ses moyens plastiques n’étaient pas au plus haut niveau. C’est un dessinateur hors pair, on le voit dès ses débuts ( Animal, 1962), c’est un coloriste exceptionnel quand bien même il a concentré sa palette sur les gris, les rouges, des touches de jaune. Il en joue en virtuose ( Lieu. Figure XXII, 1986).

Il faut saluer ici cette exposition pour ce qu’elle nous donne et pour ce qu’elle signifie. Il y eut une période où il était de bon ton de faire la moue devant les artistes de ces années et particulièrement ceux de la figuration narrative. Peut-être parce qu’à leur manière ils exprimaient un rejet de l’ordre ou plutôt du désordre du monde.

Jusqu’au 26 avril. Catalogue, 220 pages, 41 euros.
Maurice Ulrich
Le peintre serbe Vladimir Velickovic aux Capucins à Landerneau: une oeuvre hantée par la guerre et la torture (Maurice Ulrich, L'Humanité, 21 janvier 2020)
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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 06:00

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

21/ Joseph Ropars (1912-1943)

Né le 8 décembre 1912 à Guisseny (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier à l’Arsenal de Brest ; militant communiste ; résistant au sein des FTPF.

Marié, sans enfant, Joseph Ropars entra aux pupilles de la Marine à l’âge de quatorze ans, puis poursuivit dans la Marine nationale avant d’intégrer l’Arsenal de Brest (Finistère). Il était membre du Parti communiste français (PCF) clandestin.
Au mois de mai 1942, il rejoignit les groupes de combattants d’Yves Giloux et participa au sabotage de la station électrique de l’Arsenal de Brest le 26 mars 1942, puis à la destruction du central téléphonique allemand de Brest.
Arrêté le 1er octobre 1942 avec Charles Cadiou à son domicile de Saint-Marc (Finistère) par la police française et le Service de police anticommuniste (SPAC) pour « activité de franc-tireur », il fut incarcéré à la citadelle de Brest puis à la prison Jacques-Cartier à Rennes (Ille-et-Vilaine), enfin remis aux autorités allemandes et transféré le 28 juillet à Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Il fut condamné à mort par le tribunal militaire du Gross Paris le 28 août 1943 et fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien.
http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/
(notice rédigée par Jean-Pierre Besse et Delphine Le Neveu) 
Fonds ANACR 29 - Lettre de Joseph Ropars à sa mère et à sa soeur (le 17 septembre 1943)

Fonds ANACR 29 - Lettre de Joseph Ropars à sa mère et à sa soeur (le 17 septembre 1943)

Fonds ANACR 29 - Lettre de Joseph Ropars à sa mère et à sa soeur (le 17 septembre 1943)

Fonds ANACR 29 - Lettre de Joseph Ropars à sa mère et à sa soeur (le 17 septembre 1943)

Joseph Ropars, au centre en haut, était le bon compagnon de détention d'Albert Rannou, en bas à gauche

Joseph Ropars, au centre en haut, était le bon compagnon de détention d'Albert Rannou, en bas à gauche

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 06:32

 

 

Ainsi donc, ce serait la CGT qui, par son « entêtement idéologique », ruinerait la France ! Le voilà, donc, le coupable tout désigné à la « chienlit » actuelle. Et sans doute avec lui, toutes les autres organisations syndicales, les mouvements populaires et les forces politiques qui se dressent contre un projet largement repoussé par les Français. Soyons sérieux. Si quelqu'un aujourd'hui menace la prospérité de notre pays et celle de nos concitoyens, ce n'est sûrement pas de côté-là qu'il faut chercher. Le responsable, c'est plutôt celui qui cherche à imposer à tout prix une réforme des retraites synonyme de régression sociale. Comment qualifier autrement un texte qui fera une grande majorité de perdants parmi les quelque 20 millions d'actifs assujettis au régime général ? Égrener les exemples serait fastidieux. En faisant du blocage des ressources financières la clé de voûte de sa réforme, le président de la République ferme en réalité la porte à tout débat. Pour garantir l'équilibre, en l'absence de toute alternative, les ajustements se feront ainsi immanquablement par la baisse des droits : recul de l'âge d'équilibre, modalités d'indexation des retraites défavorables, baisse des pensions en jouant sur la valeur d'acquisition du point ou sa valeur de service... En d'autres termes, conférence de financement ou pas, les syndicats auront à choisir entre l'augmentation de l'âge de départ à la retraite et le gel des pensions. De quoi provoquer la colère, non ?


Il est possible pourtant de faire autrement, comme les communistes le proposent. Mais cela suppose de faire sauter quelques carcans. Comme augmenter les salaires, d'abord : nous demandons une hausse du SMIC de 20% et de l'ensemble des salaires, dans le public comme dans le privé. De faire respecter sans attendre l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, cela rapporterait 6 milliards d'euros de cotisations supplémentaires. Il faut mettre fin également au régime spécial de la finance : les revenus financiers perçus par les entreprises sont exonérés de cotisation pour notre système de retraite. Nous proposons de les mettre à contribution comme les autres revenus, à hauteur de 10,45 %. Cela rapporterait 30 milliards à notre système de retraites. Moduler enfin les cotisations sociales des entreprises favorisant l'emploi, la formation, les salaires, le climat. Voilà les propositions que nous mettons sur la table, pour garantir à tous une retraite digne, dès l'âge de 60 ans. Et cela sans aucun risque de ruiner la France, bien entendu. 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 06:00
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

Né le 1er juin 1921 à Brest (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; électricien à l’Arsenal de Brest ; syndicaliste CGT.

Paul Monot adhéra au Parti communiste français en 1938, à dix-sept ans. Mobilisé en 1939, et démobilisé en fin 1940, il reprit aussitôt le contact avec le Parti communiste. Il diffusa alors les tracts clandestins du PCF, des Jeunesses communistes (JC), puis du Front national à sa création. Il fit des inscriptions sur les murs, et fut aussi collecteur du Secours populaire clandestin.
D’après Eugène Kerbaul, au début de 1941, il commença de premiers sabotages, avec son groupe communiste dirigé par Pierre Corre. On pense qu’il faisait partie du premier groupe Organisation spéciale (OS) du PCF, qui organisa en mars 1941 une embuscade, au cours de laquelle plusieurs militaires allemands furent tués et leurs corps dénudés, immergés en rade.
Paul Monot participa à la préparation et au déroulement de grèves organisées à l’Arsenal de Brest par le PCF clandestin en octobre et décembre 1941, dont l’un des aspects était la protestation contre les exécutions des otages de Chateaubriand et des condamnés du groupe Élie par les Allemands.
Il prit part à des actions de sabotage de sous-stations électriques à l’Arsenal de Brest le 27 mars 1942. De même il pratiqua des sabotages destinés à marquer, le 14 juillet 1942, la fête nationale dont la célébration avait été interdite par les autorités allemandes avec l’accord de Pétain.
Parmi les attentats attribués avec certitude à Paul Monot, citons celui à la dynamite contre le Gasthaus de la rue Jean-Jaurès, lieu de rendez-vous et de débauche pour les officiers allemands, qui fut perpétré avec Lucien Argouarc’h et quelques autres Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Autre attentat, celui de la « Maison de Hitler » située au bas de la rue Jean-Jaurès, appelée comme telle par les Brestois parce qu’il s’y trouvait en permanence dans la vitrine des portraits des principaux dirigeants du IIIe Reich. Passé aux FTP dès leur création fin avril 1942, il participa à plusieurs de leurs actions, y compris à des missions de sabotage et coups de main, à Lorient et dans divers secteurs du Morbihan. Il fabriquait des bombes chez lui.
Le 1er octobre 1942, Paul Monot fut arrêté à Brest par des policiers français du Service de police anticommuniste (SPAC) et abominablement torturé. Le 11 novembre 1942, il fit une tentative d’évasion qui échoua en raison de l’intervention d’un policier français. En représailles, du 13 novembre 1942 au 28 janvier 1943, Paul Monot et ses camarades de cellule, dans le château de Brest, eurent les fers aux mains et aux pieds. Il fut transféré à Rennes le 28 janvier 1943, où il fut à nouveau torturé, mais il supporta ces supplices avec un courage admirable. Il fut transféré à la prison de Fresnes le 28 juillet, jugé le 28 août 1943 par le tribunal allemand du Gross Paris, 11 rue Boissy-d’Anglas à Paris, et condamné à mort pour sabotages et actes de franc-tireur.
Il a été fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, en même temps que dix-huit autres résistants communistes brestois. Il fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Il reçut la mention « Mort pour la France » attribuée par le ministère des Anciens Combattants en date du 16 juin 1949 et fut cité à l’ordre du régiment no 419, Rennes, 30 août 1946, comportant Croix de guerre avec étoile de bronze.

SOURCES :DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Fichier des fusillés, FNDIRP du Finistère Nord à Brest. – Eugène Kerbaul, 1918-1945, 1640 militants du Finistère, Presses de l’imprimerie commerciale de Rennes, 1988. – Eugène Kerbaul, Chronique d’une section communiste de province, Brest, janvier 1935 - janvier 1943, Presses de l’imprimerie commerciale de Rennes, 1992. – Site Mémoire des Hommes.

Gilles Pichavant

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

Lettre copiée après qu'elle ait été transmise par Jacques Guivarch et Annie sa femme, de Pleyber-Christ. Lettre accompagnant celles beaucoup plus nombreuses, d'Albert Rannou, tué avec Paul Monot.

 

Paul Monot était  né le 1er juin 1921 à Brest,  il a été fusillé à 22 ans, il était ouvrier à l'arsenal de Brest, membre du Parti communiste français (PCF) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) dans la région de Brest

 

(Sur le coin de la page à grand carreau du cahier d'écolier ou est écrit cette dernière lettre de Paul Monot, le marteau et la faucille).  

 

Fresnes, le 17 septembre 1943

Chers Grand-mère, oncle, tante et cousine !

Je vous envoie un mot pour vous donner une bien triste nouvelle : il est près de 11h et on vient de me prévenir que mon recours en grâce a été rejeté et que je serai fusillé cette après-midi à 16h. Mais je saurai mourir en vrai Français.

Je demande pardon à Grand-mère et à vous tous car je n'ai pas toujours été chic et je ne savais pas ce que je faisais. Mais depuis le temps que je suis ramassé j'ai eu le temps de réfléchir à tout cela et de me mordre les doigts bien des fois.

N'oubliez pas surtout les policiers français et il faut qu'ils payent ce qu'ils ont fait, car je les déteste bien plus que l'occupant et ceux-là oui sont les vrais traîtres à la patrie.

Pour moi, je suis (difficile à lire), je pars et c'est la loi, je trouve cela régulier. Il y en a qui meurent dans leur lit, d'autres au champ d'honneur, moi je meurs au poteau. Qu'est-ce que vous voulez, c'est la destinée, je ne suis pas jaloux de ceux qui restent et comme il y a déjà des monceaux de cadavres avant moi, j'espère que je serai dans les derniers à payer de la vie la joie de voir enfin la victoire qui approche à grand pas.

L'unité communiste réalisée pour un monde sans guerre. Car n'oubliez jamais que vous n'aurez cela qu'avec un régime où tous les prolétaires seront unis.

 

Dernière lettre de Paul Monot, résistant brestois fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 avec Albert Rannou et 17 autres résistants brestois dont André Berger et Henri Moreau
Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Dernière lettre à sa famille de Paul Monot- résistant communiste brestois de l'Arsenal condamné à mort et exécuté au Mont Valérien le 17 septembre 1943

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

Suite de la dernière lettre de Paul Monot

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 05:52

 

En dépit des 5 000 milliards d’euros perdus dans la crise de 2008, les réformes en cours visent à permettre aux Bourses de siphonner davantage l’épargne populaire.

« J ’ai vu l’essentiel de ma retraite partir en fumée en quelques jours. » Technicien dans l’informatique, Anthony Smith habite à Londres. Comme des millions de salariés britanniques, il comptait se garantir un maintien de son niveau de vie après passage à la retraite en versant 10 % de son salaire tous les mois sur le fonds de pension de son entreprise. Il pensait pouvoir bénéficier d’une rente d’environ 15 000 livres (17 620 euros) par an, qui aurait complété la très maigre retraite de base forfaitaire de 560 livres (660 euros) par mois versée à tous par l’État britannique. Ses économies ne se remettront pas du krach financier de 2008. Un tiers du capital qu’il a épargné va disparaître.

Jane McGovern habite à San Francisco, elle travaillait comme cadre dans une entreprise pharmaceutique. Pour compléter les maigres revenus garantis par la sécurité sociale états-unienne et arrondir sa retraite, elle a opté pour le fonds de pension privé de son entreprise. En octobre 2008, elle déplore l’écroulement de la valeur de son placement : « Depuis cet été, ça n’arrête pas. En l’espace de quelques mois, mon capital a fondu de 40 %. »

Les témoignages comme ceux-là ont pris la forme d’une sinistre rengaine, il y a moins de douze ans, au lendemain du krach financier, tant ils correspondaient au sort commun dans les pays anglo-saxons, où prévaut un système par capitalisation. Des dizaines de millions de petits épargnants salariés ont été ruinés. Nombreux sont ceux qui ont sombré dans la grande pauvreté, contraints de survivre avec le maigre filet de garantie public ou de différer, quand ils n’ont pas perdu leur emploi, leur départ jusqu’à… 75 ans, voire au-delà. Le choc fut d’une telle ampleur qu’il ne s’est plus trouvé grand monde à l’époque pour défendre la capitalisation, y compris parmi les « experts » qui l’avaient déjà promue, en Europe, comme un complément indispensable aux revenus tirés des systèmes publics par répartition. Le « fiasco des fonds de pension anglo-saxons » faisait la une de divers titres peu suspects d’esprit critique à l’égard du libéralisme. Le diagnostic, il est vrai, était bien trop accablant. Les pertes desdits fonds ont culminé à 5 400 milliards de dollars (environ 5 000 milliards d’euros), soit plus de deux fois la valeur du PIB (l’ensemble des richesses produites) d’un pays comme la France en un an.

« Lorsque la Bourse montait, on a porté trop d’attention aux systèmes par capitalisation, les systèmes de retraite ont été individualisés. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi, et les salariés risquent de se retrouver avec des retraites minables », concluait en octobre 2008 Pierre Habbard, de la Tuac, la commission syndicale consultative de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) regroupant les pays les plus développés, organisme qui appuyait pourtant déjà fortement l’extension de régimes « complémentaires » par capitalisation.

Douze ans plus tard, tous ces constats sans appel, ces témoignages terrifiants ont totalement disparu de l’analyse des gouvernants des grandes puissances occidentales. Dans son « Panorama des pensions 2019 », l’OCDE n’y fait plus aucune allusion et appuie au contraire ostensiblement, en France, les réformes d’Emmanuel Macron, en plaidant l’instauration d’un meilleur « mix » entre régimes public et privé. Soit, traduit du sabir technocratique, un appel pressant à accorder une part croissante aux fonds de pension ou aux assurances-vie dans la gestion de la couverture vieillesse.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, il s’agit de siphonner l’épargne populaire vers les marchés financiers, toujours plus voraces, pour tenter de doper vaille que vaille un système à bout de souffle, malade de cette financiarisation. Ce qui ne manque pas de faire surgir, au passage, l’émergence du besoin d’une tout autre mondialisation.

Aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les fonds de pension des entreprises ont pu évoluer vers un recours quasi systématique à des plans d’épargne à « cotisations définies » en lieu et place des garanties offertes par les anciens modèles à « prestations définies », soit le versement de pensions-rentes garantissant un maintien du pouvoir d’achat des retraités. Un vrai changement de paradigme qui a permis de drainer l’épargne des salariés, futurs retraités, vers la Bourse tout en transférant sur leurs épaules l’intégralité du risque induit par ces placements.

En Europe, des sociétés comme le géant états-unien BlackRock ou l’assureur français Axa sont aux avant-postes de ces efforts de captation de l’épargne populaire par les marchés financiers. À l’heure de la très faible rentabilité des emprunts d’État, pour cause de taux d’intérêt de la BCE voisin de zéro, ils font le forcing pour banaliser les placements en actions. Axa invite ainsi à souscrire des contrats d’assurance-vie dits Excelium, un placement en partie constitué d’actions avec, donc, risque avéré de perte en capital. L’un des produits d’épargne phares de BlackRock, l’ETF (Exchange Traded Fund), est, lui, carrément indexé sur l’évolution des cours du Dow Jones ou du CAC 40.

Ce serait à ces dizaines de millions de salariés « ordinaires » d’affronter seuls, comme de vulgaires petits boursicoteurs, le risque d’une rapide dévalorisation de leurs « actifs ». Soit un véritable cataclysme en cas d’éclatement de la gigantesque bulle spéculative qui s’est accumulée sur les Bourses ces derniers mois. Un déchaînement d’une intensité inégalée qui ferait passer l’ouragan financier de 2008 pour un aimable zéphyr.

Bruno Odent

 

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 18:10
photo I Dupont

photo I Dupont

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Pors ar Bayec 18 janvier 2020

Samedi 18 janvier: Morlaix Ensemble était à la rencontre des habitants à Pors-ar-Bayec et dans le quartier de la Madeleine (Photos JL Le Calvez)
Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Pors ar Bayec

Samedi 18 janvier: Morlaix Ensemble était à la rencontre des habitants à Pors-ar-Bayec et dans le quartier de la Madeleine (Photos JL Le Calvez)

Une trentaine de colistiers et soutiens de la liste de gauche "Morlaix Ensemble" étaient sur le pont samedi 18 janvier au matin pour rencontrer les habitants de Pors ar Bayec et du quartier de la Madeleine afin de recueillir leur parole sur leur quartier, ses points faibles, les améliorations à prévoir, aller se rendre compte de visu des problèmes et des choses à régler et à inscrire dans notre projet municipal.

La démocratie participative en acte, ça commence par la consultation des habitants sur leur quartier.

Plusieurs nouveaux soutiens aussi ont été enregistrés pour le comité de soutien de la liste "Morlaix Ensemble" (soutenue par Génération.s, le PS, le PCF, avec 50 % de citoyens engagés de gauche sans affiliation politique partisane et conduite par Jean-Paul Vermot). 

Jeudi prochain, 23 janvier, à 18h30, à l'Auberge de Jeunesse, Morlaix Ensemble organise un forum participatif sur la place des habitants de Morlaix dans la gestion de leur ville. Venez nombreux!!!

 

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo Ismaël Dupont Rue de La Madeleine 18 janvier 2020

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

Photo JL Le Calvez 18 janvier 2020 Rue de la Madeleine

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 18:06
 Photo Le Télégramme Quimper, 18 janvier 2020

Photo Le Télégramme Quimper, 18 janvier 2020

Le Cian 29, Collectif pour l’interdiction des armes nucléaires dans le Finistère et qui rassemble une quinzaine d’associations et organisations syndicales et politiques, a organisé ce samedi matin une marche pacifiste dans les rues du centre-ville de Quimper. Le cortège, composé d’une trentaine de personnes, a défilé derrière une fausse bombe nucléaire.

Cette arme que les militants dénoncent et veulent voir disparaître. « Avec le prolongement de la surenchère entre les États-Unis et l’Iran, on s’est demandé si cela n’allait pas déclencher une guerre nucléaire, assure Roland de Penanros, de l’Université européenne de la paix. Ce rassemblement, c’est pour dire non à la surenchère. Il faut désarmer cette région, en faire une zone d’exclusion du nucléaire, comme en Arctique ou en Amérique du Sud. Le but est de faire pression sur le gouvernement français pour qu’il signe le traité d’interdiction des armes nucléaires, que la France n’a toujours pas signé, contrairement à 122 États ».

Dans le sillage Paris, qui est devenue en mai la première ville française à souscrire à ce désengagement, les militants souhaiteraient que les villes bretonnes suivent ce mouvement. « Après tout, les maires sont les premiers responsables de la sécurité de leurs citoyens, il est normal qu’ils s’engagent, reprend le représentant du Cian 29. Berrien est la première commune bretonne à avoir dit non aux armes nucléaires ».

 

Un courrier aux listes candidates

Le collectif va adresser un courrier aux listes candidates aux élections municipales dans une quinzaine de villes finistériennes (Quimper, Brest, Concarneau, Douarnenez…), leur demandant de s’engager sur ce dossier en cas d’élection. « La concentration à l’île Longue de l’essentiel de notre force nucléaire fait des villes du département les premières victimes potentielles en cas d’attaque nucléaire », estime Yvonne Rainero (PC).

 Photo Le Télégramme Quimper, 18 janvier 2020

Photo Le Télégramme Quimper, 18 janvier 2020

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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 17:50
[Espagne, une qualité d’engagement salué par la presse. Ouest-France 15 janvier 2020 ]

[Espagne, une qualité d’engagement salué par la presse. Ouest-France 15 janvier 2020 ]

L’homme du jour. Alberto Garzon
Mardi, 14 Janvier, 2020 - L'Humanité

Le ministre des humbles

Alberto Garzon assistera ce mardi à son premier Conseil des ministres. Le coordinateur d’Izquierda Unida, élu pour la première fois député en 2011 après avoir participé au mouvement des Indignés, siégera ainsi aux côtés d’une autre communiste, la Galicienne Yolanda Diaz, et de ses partenaires de Podemos, dont Pablo Iglesias et Irene Montero, au sein d’un gouvernement de coalition de gauche dirigé par le socialiste Pedro Sanchez. Un événement politique majeur en Espagne. Aucun communiste n’avait intégré une telle instance depuis la Seconde République, à la suite de la victoire du Front populaire en 1936, lorsque Vicente Uribe et Jesus Hernandez étaient respectivement chargés de l’agriculture et de l’instruction publique. Alberto Garzon, qui s’est vu confier le portefeuille de la consommation, a prêté serment lundi, avec, épinglé sur le revers de sa veste, le triangle rouge, symbole des prisonniers politiques durant la Seconde Guerre mondiale. « Le gouvernement de coalition va défendre la paix, la cohabitation et l’amélioration de la vie des familles travailleuses (…) c’est le début d’un moment historique », a déclaré le jeune homme de 34 ans, qui défend l’idée d’un « nouveau pays des humbles, avec les humbles et pour les humbles ». La présence de communistes à l’exécutif a réveillé des fantasmes rances. L’Église catholique, qui fut l’un des piliers du franquisme, a appelé à « prier pour l’Espagne », tandis qu’un obscur eurodéputé de Vox (extrême droite) s’est tourné vers l’armée pour qu’elle remette de l’ordre dans les affaires du pays. La peur du rouge a encore de beaux restes.

Cathy Dos Santos
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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 17:47
Shoah : la Lituanie réécrit l’histoire et ses crimes
Vendredi, 17 Janvier, 2020

La Lituanie entend présenter une loi qui exonère la participation du pays et de ses dirigeants dans la Shoah. Au moins 200 000 juifs ont été tués.

 

Le révisionnisme est-il en train de s’imposer en Europe de l’Est ? Des gouvernements de plus en plus nombreux réécrivent totalement l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la participation de leur pays à l’extermination des juifs. C’est au tour de la Lituanie de rejoindre ce mouvement négationniste. Ce pays de 2,7 millions d’habitants, frontalier de la Pologne, a vu son gouvernement déposer la semaine passée un projet de loi qui a pour intitulé : « L’État lituanien, qui a été occupé de 1940 à 1990, n’a pas participé à la Shoah ». Le texte stipule que « ni la Lituanie ni ses dirigeants n’ont participé au génocide ».

 

Une démarche révisionniste inspirée de la Pologne

Cette initiative a profondément choqué les survivants de la Shoah et les historiens qui travaillent sur le sujet. Entre 1940 et 1945, les juifs de Lituanie ont été quasiment tous exterminés. « Plus de 95 % sur les 250 000 qui y vivaient », rappellent de nombreux centres de recherche sur la Shoah et mémoriaux. La Lituanie apparaît comme le cas le plus caricatural, avec la Pologne. « Bien évidemment, les forces nazies ont commis l’essentiel de ces crimes mais elles ont reçu le soutien de collaborationnistes. Une série de pogroms ont été perpétrés uniquement par les fascistes lituaniens avant l’arrivée d’Einsatzgruppen allemands. Cet antisémitisme s’appuyait à l’époque sur l’accusation que les juifs étaient le pilier du système soviétique, les complices du pacte germano-sovié tique », explique le journaliste et historien Dominique Vidal.

Comment un gouvernement intervient directement pour réécrire l’histoire ? La paternité de ce projet revient au député Arunas Gumuliauskas, qui préside pour le Parlement lituanien la commission de la mémoire des luttes pour la liberté et de l’État. Ce proche du premier ministre Saulius Skvernelis a annoncé, le mois dernier, que sa commission supervisait l’écriture du texte. Une démarche révisionniste qui s’inspire directement de la Pologne. Il y a deux ans, le pays dirigé par un gouvernement ultranationaliste et xénophobe (parti Droit et Justice) avait adopté une loi similaire, déjà combattue par l’ensemble des historiens, des partis progressistes et de nombreux intellectuels. Le Parlement a encore voté une nouvelle législation qui prévoit d’attaquer en justice « ceux qui imputent au peuple polonais une complicité dans les crimes de l’Holocauste ». Elle interdit désormais d’évoquer l’implication des Polonais dans les crimes nazis, le pays étant sous occupation, selon ses dirigeants. En 1945, 3 millions de juifs polonais – c’est-à-dire 90 % de la plus grande communauté juive au monde avant la guerre – ont été exterminés.

L’histoire sous la tutelle du pouvoir

En septembre, Arunas Gumuliauskas a donc organisé une rencontre avec des députés polonais sur la mémoire historique. Ce rendez-vous fut l’occasion pour lui d’exposer son projet. Le parlementaire, évoqua « un défi commun » pour les deux pays menacés, selon lui, par des forces prêtes à les renverser par « le prisme de la mémoire historique ». Il afficha clairement son soutien à la loi polonaise et affirma vouloir « promouvoir la coopération entre les historiens des deux pays, à la poursuite de buts communs ». Quelques semaines plus tard, dans un entretien dans la presse, Arunas Gumuliauskas précisait encore sa vision : « L’État lituanien n’a pas participé à l’Holocauste parce qu’il était occupé, tout comme la nation lituanienne n’a pas participé à l’Holocauste parce qu’elle était asservie. »

La rhétorique utilisée est exactement la même qu’en Pologne. Le gouvernement lituanien, dominé par des forces nationalistes et conservatrices, veut mettre l’Histoire sous la tutelle du pouvoir et blanchir le pays de ses crimes. « En Europe, l’amplitude de l’extermination des juifs en Pologne et en Lituanie ne se retrouve nulle part ailleurs. Les travaux du mémorial de la Shoah, Yad Vashem, démontrent de manière documentée une collaboration active. Elle n’est pas l’œuvre d’une majorité. En comparaison, la France, où l’État a collaboré et où vivaient 330 000 juifs, dont 75 000 d’entre eux ont été exterminés. La solidarité, le rôle de la Résistance, des justes, des communistes ont permis d’éviter le pire », rappelle Dominique Vidal. Le mémorial Yad Vashem (institut international pour la mémoire de la Shoah) décrit la Lituanie comme un cas à part, notant « l’enthousiasme » de son peuple pour la collaboration avec l’Allemagne. Lorsque cet enthousiasme « s’est apaisé… l’hostilité envers les juifs et la dénonciation ont persisté », indique le musée.

Une montée inquiétante du nationalisme

Le plus inquiétant dans ce type de loi reste l’impact éducatif. Des voix critiques s’élèvent contre cette réécriture, qui ne touchera pas forcément les historiens dont les travaux pourront être publiés ailleurs, mais bien l’enseignement de cette période dans les cursus scolaires. Il s’agit d’une tentative de blanchir les Lituaniens quant à leur participation dans le meurtre des juifs du pays par les nazis, condamne le Centre Simon Wiesenthal.

Ce négationnisme en Pologne et en Lituanie traduit une montée inquiétante du nationalisme en Europe de l’Est, où des forces obscurantistes tentent de faire passer la collaboration avec l’Allemagne nazie comme le moyen d’ « obtenir l’indépendance de l’Union soviétique ». L’occasion de faire passer des forces fascistes impliquées dans la Shoah pour des courants patriotiques mus par une volonté de « décommunisation ».

Vadim Kamenka
Shoah: après la Pologne... La Lituanie réécrit l'histoire et ses crimes - Vadim Kamenka, L'Humanité, 17 janvier 2020
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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 17:43
Dossier de l'Humanité: la volonté de développer les fonds de pension et les lobbys financiers, au coeur de la réforme des Retraites et de la baisse du Taux du livret A
Finances. Les fonds de pension bien au cœur du projet de réforme
Vendredi, 17 Janvier, 2020- L'Humanité

Trois articles du texte de loi, actuellement devant le Conseil d’État, favorisent directement les plans de retraite par capitalisation, donc profitent aux organismes de gestion d’actifs et aux assureurs comme BlackRock, Axa ou Amundi.

 

L’article 64 du projet de réforme des retraites est très clair sur le sujet. Il entend « renforcer l’attractivité de l’épargne retraite », en ratifiant les ordonnances prises du fait de la loi Pacte, qui promettaient la libéralisation de ce type de produits ­financiers. Le but est donné : « Le développement de cette épargne de long terme procurera aux entreprises davantage de financements en fonds propres pour accompagner leur croissance et financer l’innovation. » Il s’agit donc bien de placer l’épargne retraite sur les marchés d’actions. Le gouvernement promet d’ailleurs, toujours dans l’article 64, «  l’assouplissement des modalités de sortie en rente ou en capital et l’ouverture de tous les produits d’épargne retraite aux assureurs, aux gestionnaires d’actifs et aux fonds de retraite professionnelle supplémentaire ». Ce qui fait dire à l’économiste atterré Henri Sterdyniak que « les bénéficiaires du méfait (la dégradation du système public de retraite) sont ainsi clairement désignés ».

AG2R, la BNP, le Crédit agricole… Un cercle fermé

Il s’agit des fonds de gestion d’actifs, à savoir, en France, Amundi, qui détient 1 400 milliards d’euros, filiale du Crédit agricole. Il y a aussi Axa IM, qui gère environ 700 milliards d’euros, et la BNP Paribas Asset (500 milliards). Ces structures, comme leur nom l’indique, gèrent notamment l’argent des fonds de pension et des assureurs. Ce sont eux qui proposent les solutions d’épargne retraite, à savoir, en France, Axa, AG2R, la BNP, le Crédit agricole… Un cercle fermé. Et puis, il y a les géants états-uniens : BlackRock (7 000 milliards d’actifs, dont les deux tiers constitués d’épargne retraite) et Vanguard (près de 6 000 milliards). Ces sommes donnent le vertige. Il faut réaliser que la moitié de l’argent en circulation sur les marchés financiers dans le monde provient de la retraite par capitalisation, donc des fonds de pension. Cela les rend particulièrement vulnérables aux crises financières, mais aussi susceptibles de provoquer de terribles krachs boursiers.

« Cela fait des semaines que le gouvernement prétend que son projet vise à “sauver le régime de retraite par répartition” et qu’il n’est pas question de développer la retraite par capitalisation, ou encore que le lien entre les retraites et Blackrock relève du “fantasme”. Pourtant, le projet de loi rendu public montre précisément le contraire », affirme Attac dans une note publiée ce jeudi. Le Figaro jugeait d’ailleurs que l’Humanité alimentait ce « récit de suspicion », précisant que « la polémique BlackRock n’est que le dernier avatar en date de l’association poisseuse Macron-­Rothschild », « un amalgame à l’odeur nidoreuse ».

L’heure n’est pourtant pas à la suspicion. Le ministre de l’Économie le dit bien, s’il y a une polémique autour des fonds de pension, « c’est surtout parce qu’il n’y a pas de BlackRock français ou européen, il faut en construire un », assure-t-il dans le Parisien de ce jeudi. Son appel a été entendu, voire anticipé. Depuis la publication du rapport Delevoye, Predictis, MeilleurPlacement, Groupama, SwissLife, Axa, Generali, Amundi, Société générale, LCL, Crédit agricole, Aviva, BNP Paribas et bien d’autres ont tous mis sur le marché leur nouvelle offre de plan épargne retraite (PER). « L’assureur Axa, dans une de ses documentations, évoque très clairement “la baisse programmée des futures pensions”, à la suite de la mise en œuvre de ce qu’Axa appelle encore la “réforme Delevoye sur les retraites”, pour inciter ses clients à épargner pour leur retraite à travers un PER », a repéré Attac.

 

3,8 à 4 milliards d’euros de cotisations en moins à compenser

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, les sommes versées annuellement en France dans le cadre de ces produits d’épargne-­retraite s’élèvent à 6,6 milliards d’euros, une paille rapportée au total des 325 milliards d’euros de pensions de retraite versés. Et un énorme marché à conquérir. « C’est une explosion, un développement exponentiel de la capitalisation en France », note ainsi Maxime Combes, porte-parole d’Attac. Il ajoute : « C’est très important pour un assureur ou un gestionnaire d’actifs de voir son marché gagner 15 ou 20 % par an. Il y a très peu de marchés comme ça. »

Maintenant que les bénéficiaires sont clairement identifiés, reste à constituer le gâteau qu’ils vont se partager. L’article 13 du projet de loi limite le calcul des cotisations et des droits à la retraite aux salaires jusqu’à 10 000 euros par mois (contre 27 000 euros dans le système actuel). Au-delà de ce plafond, les cotisations baissent de 28 % à 2,8 %, et le montant des pensions n’augmente plus. C’est 3,8 à 4 milliards d’euros de cotisations en moins, qu’il faudra compenser. Ces milliards seront en revanche immédiatement disponibles pour les produits par capitalisation, à usage des plus riches.

L’article 15 se charge de renforcer l’attractivité des plans d’épargne retraite. « Il s’agit de favoriser fiscalement la capitalisation sur la partie des salaires qui ne serait plus couverte par la répartition », résume Henri Sterdyniak. Autrement dit, les versements effectués sur un plan d’épargne retraite seront déductibles des impôts sur le revenu, toujours en favorisant les plus aisés. « Pour 1 000 euros versés, un contribuable payant l’impôt sur le revenu obtiendra 300 euros de déduction d’impôt s’il se trouve dans la tranche à 30 %, 410 euros s’il est dans la tranche à 41 %, 140 euros s’il est dans la tranche à 14 % », a calculé Attac. Une réforme inégalitaire jusqu’au bout.

Pierric Marissal

 

Les retraités des fonds de pension en première ligne du krach qui vient
Vendredi, 17 Janvier, 2020

En dépit des 5 000 milliards d’euros perdus dans la crise de 2008, les réformes en cours visent à permettre aux Bourses de siphonner davantage l’épargne populaire.

 

« J ’ai vu l’essentiel de ma retraite partir en fumée en quelques jours. » Technicien dans l’informatique, Anthony Smith habite à Londres. Comme des millions de salariés britanniques, il comptait se garantir un maintien de son niveau de vie après passage à la retraite en versant 10 % de son salaire tous les mois sur le fonds de pension de son entreprise. Il pensait pouvoir bénéficier d’une rente d’environ 15 000 livres (17 620 euros) par an, qui aurait complété la très maigre retraite de base forfaitaire de 560 livres (660 euros) par mois versée à tous par l’État britannique. Ses économies ne se remettront pas du krach financier de 2008. Un tiers du capital qu’il a épargné va disparaître.

Jane McGovern habite à San Francisco, elle travaillait comme cadre dans une entreprise pharmaceutique. Pour compléter les maigres revenus garantis par la sécurité sociale états-unienne et arrondir sa retraite, elle a opté pour le fonds de pension privé de son entreprise. En octobre 2008, elle déplore l’écroulement de la valeur de son placement : « Depuis cet été, ça n’arrête pas. En l’espace de quelques mois, mon capital a fondu de 40 %. »

Les témoignages comme ceux-là ont pris la forme d’une sinistre rengaine, il y a moins de douze ans, au lendemain du krach financier, tant ils correspondaient au sort commun dans les pays anglo-saxons, où prévaut un système par capitalisation. Des dizaines de millions de petits épargnants salariés ont été ruinés. Nombreux sont ceux qui ont sombré dans la grande pauvreté, contraints de survivre avec le maigre filet de garantie public ou de différer, quand ils n’ont pas perdu leur emploi, leur départ jusqu’à… 75 ans, voire au-delà. Le choc fut d’une telle ampleur qu’il ne s’est plus trouvé grand monde à l’époque pour défendre la capitalisation, y compris parmi les « experts » qui l’avaient déjà promue, en Europe, comme un complément indispensable aux revenus tirés des systèmes publics par répartition. Le « fiasco des fonds de pension anglo-saxons » faisait la une de divers titres peu suspects d’esprit critique à l’égard du libéralisme. Le diagnostic, il est vrai, était bien trop accablant. Les pertes desdits fonds ont culminé à 5 400 milliards de dollars (environ 5 000 milliards d’euros), soit plus de deux fois la valeur du PIB (l’ensemble des richesses produites) d’un pays comme la France en un an.

« Lorsque la Bourse montait, on a porté trop d’attention aux systèmes par capitalisation, les systèmes de retraite ont été individualisés. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi, et les salariés risquent de se retrouver avec des retraites minables », concluait en octobre 2008 Pierre Habbard, de la Tuac, la commission syndicale consultative de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) regroupant les pays les plus développés, organisme qui appuyait pourtant déjà fortement l’extension de régimes « complémentaires » par capitalisation.

Douze ans plus tard, tous ces constats sans appel, ces témoignages terrifiants ont totalement disparu de l’analyse des gouvernants des grandes puissances occidentales. Dans son « Panorama des pensions 2019 », l’OCDE n’y fait plus aucune allusion et appuie au contraire ostensiblement, en France, les réformes d’Emmanuel Macron, en plaidant l’instauration d’un meilleur « mix » entre régimes public et privé. Soit, traduit du sabir technocratique, un appel pressant à accorder une part croissante aux fonds de pension ou aux assurances-vie dans la gestion de la couverture vieillesse.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, il s’agit de siphonner l’épargne populaire vers les marchés financiers, toujours plus voraces, pour tenter de doper vaille que vaille un système à bout de souffle, malade de cette financiarisation. Ce qui ne manque pas de faire surgir, au passage, l’émergence du besoin d’une tout autre mondialisation.

Aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les fonds de pension des entreprises ont pu évoluer vers un recours quasi systématique à des plans d’épargne à « cotisations définies » en lieu et place des garanties offertes par les anciens modèles à « prestations définies », soit le versement de pensions-rentes garantissant un maintien du pouvoir d’achat des retraités. Un vrai changement de paradigme qui a permis de drainer l’épargne des salariés, futurs retraités, vers la Bourse tout en transférant sur leurs épaules l’intégralité du risque induit par ces placements.

En Europe, des sociétés comme le géant états-unien BlackRock ou l’assureur français Axa sont aux avant-postes de ces efforts de captation de l’épargne populaire par les marchés financiers. À l’heure de la très faible rentabilité des emprunts d’État, pour cause de taux d’intérêt de la BCE voisin de zéro, ils font le forcing pour banaliser les placements en actions. Axa invite ainsi à souscrire des contrats d’assurance-vie dits Excelium, un placement en partie constitué d’actions avec, donc, risque avéré de perte en capital. L’un des produits d’épargne phares de BlackRock, l’ETF (Exchange Traded Fund), est, lui, carrément indexé sur l’évolution des cours du Dow Jones ou du CAC 40.

Ce serait à ces dizaines de millions de salariés « ordinaires » d’affronter seuls, comme de vulgaires petits boursicoteurs, le risque d’une rapide dévalorisation de leurs « actifs ». Soit un véritable cataclysme en cas d’éclatement de la gigantesque bulle spéculative qui s’est accumulée sur les Bourses ces derniers mois. Un déchaînement d’une intensité inégalée qui ferait passer l’ouragan financier de 2008 pour un aimable zéphyr.

Bruno Odent
Le Livret A à son taux le plus bas
Vendredi, 17 Janvier, 2020 - L'Humanité

Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé, mercredi, la baisse de la rémunération de « l’épargne préférée des Français ». Un appel à la capitalisation.

 

Le gouvernement n’a que faire des classes populaires. Même pas effrayé par l’énormité du message politique à quelques mois des élections municipales, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a confirmé, mercredi, la baisse du ­Livret A. À partir du 1er février, son taux de rémunération va passer de 0,75 % à 0,5 %, son niveau le plus bas depuis sa création en 1818. Le gouvernement, qui avait déjà décidé en 2018 un gel du taux à 0,75 %, applique ainsi la formule de calcul qu’il avait introduite à l’époque. Les 55 millions de titulaires du Livret A, et les 300 milliards d’euros que représentent leur placement, ainsi que les détenteurs de Livrets de développement durable sont concernés. Déjà négatif, le rendement du Livret A devrait encore se réduire, alors que l’inflation repart à la hausse. En janvier 2019, déjà, l’association nationale de défense des consommateurs calculait que l’écart d’un point entre inflation et la rémunération de l’épargne « se traduisait par une perte de 3,6 milliards d’euros de pouvoir d’achat pour les Français ».

Maintenir le taux du Livret A aurait été « incohérent par rapport à notre politique de diversification des placements », a expliqué Bruno Le Maire dans un entretien au Parisien, ce jeudi. « Je veux dire aux ménages : diversifiez votre épargne ! » La baisse de rendement, à l’image de la réforme des ­retraites, est un moyen de pousser les Français vers la capitalisation. L’idée est de faire sortir cet argent de ces comptes réglementés par l’État et gérés par les banques, pour des placements plus risqués sur les marchés financiers, en particulier les actions.

Un manque à gagner pour le logement social

« Quand on met en perspective la baisse du taux du Livret A avec la réforme de la fiscalité du capital (mise en place du prélèvement forfaitaire unique et transformation du l’ISF en impôt sur les placements immobiliers), on voit bien la volonté du gouvernement de réorienter l’épargne vers des actifs financiers », analyse Pierre Madec, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques. Le ministre a d’ailleurs saisi cette occasion pour faire la promotion des produits financiers créés par le gouvernement comme « notre plan d’épargne retraite, extrêmement attractif ». Il a aussi annoncé un accès facilité au Livret d’épargne populaire (LEP), un placement réglementé par l’État comme le Livret A mais en partie destiné à financer les entreprises et PME françaises. Reste qu’en ces temps d’incertitudes, convaincre les Français de lâcher leur Livret A pour un produit plus risqué ne sera pas si simple. Malgré un rendement négatif, ils ont continué à y investir massivement : 14 milliards d’euros en 2010, contre 9,5 milliards en 2018.

La baisse du Livret A serait bénéfique pour les « milliers de Français qui attendent un logement social », a justifié le ministre de l’Économie. De fait, 60 % de l’argent placé dans le Livret A est géré par la Caisse des dépôts et sert à financer à taux préférentiel la construction de HLM. En se répercutant sur les 180 milliards d’euros empruntés par les bailleurs sociaux, la baisse du taux du Livret A va leur faire économiser quelque 300 millions d’euros. Une somme bienvenue, mais loin de compenser les coupes d’argent public dans le logement social : plus de 3 milliards en trois ans. « Pour les HLM, c’est une bonne nouvelle à court terme, observe Pierre Madec. Mais à long terme, si les Français arrêtent de placer dans le Livret A pour réinvestir ailleurs, cela va entraîner un manque à gagner pour le logement social, Il y a une incohérence dans le discours du ministre. »

Camille Bauer
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