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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 08:35

 

Dans la lutte contre l’épidémie, les « héros » sont bien fatigués. Déjà malmenés avant la crise, les soignants s’exposent aujourd’hui à un risque de stress post-traumatique. Beaucoup craignent de ne pas tenir le coup face à un rebond du Covid.

Elle n’en doute pas une seconde : s’il le faut, vaille que vaille, elle y retournera. Pourtant Huguette Mayeko, auxiliaire de puériculture à l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), le précise immédiatement : elle préférerait ne plus avoir à revivre l’effervescence d’un hôpital métamorphosé en accueil de malades Covid. À trois ans de la retraite, en mars dernier, elle s’était retrouvée propulsée au service neurologie, puis en réa, après deux petits jours de formation. « Douze heures debout, à retourner des patients intubés, les laver », racontait-elle dans nos colonnes le 15 avril. Avec toujours au ventre la peur d’attraper le virus, et celle de ne pas assez bien faire. « Aujourd’hui, j’aurai les bons gestes. Mais je saurai aussi ce qui m’attend. Et ça, c’est très angoissant », souffle-t-elle. Pour rien au monde elle ne voudrait revivre la toilette mortuaire, un souvenir « très violent » pour celle qui jusqu’alors ne s’était jamais occupée que des tout-petits.

« On est tous sur les rotules, toujours en sous-effectif »

Tous les soignants vous le diront : personne ne s’habitue à la mort d’un être humain qui vous confie son sort. Les mois de mars et avril ont été particulièrement éprouvants. Un véritable cataclysme, avec des dizaines de morts par jour dans les services et un contexte déshumanisé, où les familles ne pouvaient pas rendre visite à leurs proches mourants. À cela s’ajoutait la crainte d’attraper le virus (10 % des soignants ont été malades). « On a pas mal trinqué ! », rappelle Diane Languille, infirmière depuis douze ans au service pédiatrie de Delafontaine : « On manquait de tout : des masques, des surblouses, mais aussi des perfusions, en neurologie où j’avais été affectée. »

Quatre mois après la crise épidémique, la lutte contre le Covid a laissé des traces parmi les soignants. Malgré des vacances bien méritées, Diane Languille avoue se sentir encore très fatiguée : « J’ai eu le Covid comme pas mal de mes collègues. On est tous sur les rotules, épuisés, et toujours en sous-effectif. » Alors imaginer un rebond de l’épidémie cet automne lui est très difficile. « On ne va pas pouvoir tenir le coup, physiquement et moralement. Personne n’a envie de refaire de tels efforts alors que la reconnaissance, nous l’attendons toujours. ». Elle soupire : « On n’aura pourtant pas le choix. »

Un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement

Fin mai, une étude de l’Intersyndicale des internes (Isni) dévoilait que 47,1 % des jeunes praticiens interrogés montraient des symptômes d’anxiété, soit 15 points de plus qu’en 2017. Ils étaient 29,8 % à présenter des symptômes de stress post-traumatique, et 18,4 % des syndromes dépressifs. Une autre étude publiée dans la revue l’Encéphale révèle que les soignants, en première ou en deuxième ligne, ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement, d’addiction. Ainsi, trois ans après l’épidémie de Sras en 2003, chez les personnels hospitaliers de Pékin, on détectait une hausse significative de l’usage d’alcool et des conduites suicidaires. « Les répercussions psychologiques sont extrêmement importantes », constate Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis) et du Samu 93. « Les mois de mars et avril, les personnels tenaient le coup car ils étaient sous adrénaline. Aux services des urgences et en réanimation, ils étaient en première ligne. La situation était à la fois nouvelle et très stressante, avec le risque de se mettre en danger. »

Chaque soir, à 20 heures, la société a fait endosser aux soignants des habits de super-héros. Les ministres, le président procédaient à la tournée des popotes, tels des généraux qui remonteraient le moral des troupes. Du haut de ses trente ans d’expérience aux urgences, jamais Frédéric Adnet n’avait connu un tel hommage. « Sauf que quand on vous hisse sur un cheval blanc, il est très difficile de redescendre », observe-t-il. La décrue de l’épidémie se montre aussi rapide que la montée en charge : « Au Samu et aux urgences, du jour au lendemain, nous n’avions pratiquement plus de patients. » Tous les services transformés en services Covid retrouvent alors leur fonction d’origine. « Le personnel avait besoin de souffler, il n’acceptait plus d’être balancé d’un point à un autre. Ce qui a créé des tensions, des conflits, des arrêts maladie et aussi des décompensations post-traumatiques, suite à un stress intense », note Frédéric Adnet.

Surtout, l’après-Covid devait signer l’arrêt de mort de l’ancien monde. Et là, le chef du Samu 93 avoue sa plus grande déception. Une vraie claque psychologique : « Malheureusement, nous sommes retournés vers l’hôpital d’avant à très grande vitesse, avec toutes ses contraintes budgétaires… » Même constat amer pour Roland Amathieu. Médecin anesthésiste réanimateur dans un établissement à but non lucratif parisien, il déplore une absence de reconnaissance des soignants après la crise. « Tout est redevenu comme avant. Ceux qui applaudissaient aux fenêtres insultent de nouveau les soignants aux urgences, lassés par des heures d’attente. Nous travaillons toujours avec des personnels soignants sous-payés, qui s’épuisent parce qu’ils ne sont pas assez nombreux. »

« Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent »

Et ne leur parlez surtout pas du Ségur de la santé, où pourtant 8,2 milliards d’euros de revalorisations salariales, 6 milliards pour l’investissement et 15 000 recrutements ont été annoncés par le gouvernement. « Les 4 000 lits supplémentaires ne remplacent pas tous ceux qui ont disparu », tempête Roland Amathieu. À titre de rappel, en six ans, 17 500 lits de nuit ont été fermés dans les hôpitaux et cliniques. Diane Languille préfère en rire : « Les postes supplémentaires accordés par l’État ? Ils représenteront deux ou trois personnes par hôpital, pas plus. » Elle décrit son quotidien : une seule infirmière pour dix à quinze enfants, des statuts de contractuel qui sont monnaie courante. Quant à la revalorisation salariale, il faudra s’armer de patience. Une partie sera versée en janvier, l’autre en mars. Mais « cela ne fera toujours pas le compte », assure-t-elle avant de lâcher, écœurée : « La période Covid nous a achevés. » Roland Amathieu rappelle que depuis quinze ans, les infirmiers en réanimation réclament en vain leur reconnaissance. Il assiste, impuissant, à des démissions en cascade, des départs à l’étranger, en Suisse, en Belgique ou au Canada. Partout où l’herbe est plus verte. Pourtant, il en est convaincu : tout le monde s’y était mis et tout le monde s’y remettra : « S’il y a besoin de soigner, on doublera encore nos heures. » Frédéric Adent se veut raisonnablement optimiste : « Le virus va se déplacer avec les mesures de contact tracing, la distanciation et une immunité collective de 10 %. Il se diffusera beaucoup plus lentement, de manière plus contrôlée. Nous ne connaîtrons pas l’engorgement des mois de mars et avril dans les hôpitaux. » Il s’interroge néanmoins : « Le personnel hospitalier sera-t-il présent ? Ce sera sûrement très tendu. » Roland Amathieu le sait : « Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent depuis des années dans les hôpitaux. La cocotte finira par exploser. Et nul n’en connaît les conséquences. »

Nadège Dubessay

 

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:28
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation
 
Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Haim Bresheeth est le fils de rescapés de la Shoah. Juifs de Pologne, ils avaient refusé l’appel sioniste, lui préférant le Parti travailliste juif socialiste. À la sortie des camps, faute de trouver un pays d’accueil, ils se sont rendus en Israël. L’auteur, né en 1946 à Rome, y a grandi et fait son service militaire, avant de quitter le pays.

Ce livre survient bien à propos pour mieux comprendre les rouages de la société israélienne. Une société militarisée à outrance, une armée qui a créé la nation israélienne et dont la force politique est sans égale. Et surtout, elle est la garante de l’occupation. C’est une « armée comme aucune autre » pour reprendre le titre de cet ouvrage magistral divisé en trois parties : les guerres d’Israël, l’armée et son État, et enfin le dépérissement d’Israël, où il demande si Israël est une démocratie. Bresheeth estime que le projet sioniste, hier, aujourd’hui et demain, ne peut inclure la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Il faut espérer qu’un éditeur français saura s’en saisir.

Haim Bresheeth retrace dans un livre l’évolution de l’armée israélienne, de la Nakba aux guerres en Égypte, au Liban, en Irak, aux assauts continus sur Gaza. Le chercheur montre que l’État d’Israël a été formé à partir de ses guerres. Entretien. (A retrouver en version anglaise ici). 
 

Haim Bresheeth, chercheur à l’École d’études orientales et africaines (Soas) de Londres (1).

Haim Bresheeth
Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez concentré votre travail sur les forces de défense israéliennes (FDI) ?

Haim Bresheeth Les FDI représente l’institution sociale la plus cruciale de l’État israélien depuis 1948. C’est la plus grande, la mieux financée, et la plus importante en nombre, comprenant la plupart des hommes d’Israël et énormément de femmes. Cela a de graves répercussions – Tsahal est pleinement représentatif de la population juive en Israël. En ce sens, l’armée est l’organe le plus représentatif de la société israélienne. Comprendre cela, c’est commencer à comprendre Israël, et la difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsqu’il s’agit de résoudre le conflit en Palestine, un conflit de type colonial. Parce que la seule solution que les FDI accepteront est celle dans laquelle elles détiennent toutes les cartes.

Vous dites que les FDI ont fait une nation. Pourquoi ?

Haim Bresheeth Dans le livre, je traite du fait que ce qui existait en 1948 était une armée, et cette armée a construit un État, mais il n’y avait pas de nation ! Ce n’est pas mon point de vue, mais celui de David Ben Gourion, qui a compris qu’une collection de personnes venues de toutes les parties du monde, sans rien qui les relie, n’est pas une nation. La nation devait être formée par une organisation sociale large afin de créer une culture nationale, un sentiment d’appartenance, l’identité d’une nouvelle nation israélo-juive. Le seul corps qui était capable de cette tâche complexe, qui prend des centaines d’années dans la plupart des cas, était les FDI, et Ben Gourion l’a choisi parce qu’en 1948, il comprenait pratiquement tous les adultes juifs – tous les hommes et la plupart des femmes. Il s’agissait d’une armée qui combattait les Palestiniens et les armées arabes. Mais elle exerce aussi toutes les tâches civiques normalement exécutées par la société civile. La plupart d’entre elles restent encore effectuées par les FDI. Dans la dernière crise du coronavirus, les FDI et les services secrets (Shabak) ont ainsi pris le relais d’une grande partie du pays pour l’opération de suivi et de traçage, par exemple. Le revers de la médaille est que la plupart des Israéliens ne perçoivent leur identité que dans les termes de l’armée et ne voient le conflit qu’à travers le filtre de la force militaire.

Quel est le rôle des militaires dans la vie politique et économique ?

Haim Bresheeth Les FDI et les entreprises qui y sont liées forment le plus grand secteur d’Israël et sont responsables de la plus grande partie des revenus provenant des exportations, entre 12 et 18 milliards de dollars par an. Vendant dans plus de 135 pays, Israël est l’un des principaux marchands d’armes de la planète. Israël a transformé le conflit en une entreprise florissante – il a fait de l’adversité un succès commercial, en s’appuyant sur le slogan « testé dans l’action ». Le modèle d’affaires comprend également des milliers d’entreprises high-tech créées par des officiers retraités, qui, avec les entreprises d’armement et de sécurité nationalisées, sont le plus grand employeur du pays. Tous les établissements universitaires bénéficient d’un financement substantiel de la recherche déboursé par les FDI, le ministère de la Défense et les diverses organisations de sécurité ; certaines universités et des collèges ont également organisé des programmes de formation pour les FDI et les organismes connexes.

Dans le livre, vous vous interrogez sur « Israël est une démocratie » et s’« il aurait pu y avoir un autre Israël ». Pouvez-vous nous donner quelques éléments de réponse ?

Haim Bresheeth Il n’y a jamais eu de société colonisatrice qui était démocratique ou libre. Israël ne fait pas exception. Un projet de colonisation est une question de contrôle – de la terre, des ressources et de la main-d’œuvre. En tant que tel, il dépend de l’anarchie et de l’injustice, toujours défendu par la violation du système juridique. C’était vrai pour l’Algérie, l’Australie, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique du Sud, le Congo, et c’est vrai en Palestine. Une société militaire dans l’occupation illégale ne peut pas être démocratique, et, comme Marx l’a souligné, ne peut pas, en soi, être libre. Par conséquent, l’Israël sioniste ne peut jamais être démocratique. Dans le passé, certains sionistes de gauche ont soutenu que l’idée sioniste était pure et juste, mais en quelque sorte souillée par la pratique. Il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Comme je l’ai souligné, le but ultime du projet sioniste, à partir du moment où il apparaît dans l’œuvre de Herzl jusqu’à notre époque, était et reste la dépossession et l’expulsion des Palestiniens, et la mise en place d’une société juive exclusive sur des principes racistes. C’est la raison pour laquelle, avec le temps, Israël devient plus raciste et plus agressif. Le rêve sioniste est essentiellement un cauchemar colonial. Même si l’on est assez brutal pour ignorer la souffrance palestinienne, la vie des juifs en Israël ne peut, par définition, être sûre ou normale. Les Israéliens vivent une vie spartiate de soldats en vacances. Israël a eu de nombreuses chances d’instaurer la paix et l’a toujours évitée. C’est un État militarisé, préférant l’état de guerre – avec son empire qui s’accroche illégalement aux territoires de quatre États arabes –, qui impose une oppression raciste à près de cinq millions de Palestiniens sans aucun droit. Près de deux millions de ses propres citoyens palestiniens perdent maintenant les quelques droits qu’ils avaient. Nous pouvons affirmer sans risque qu’Israël est un État militarisé par choix, en raison de sa nécessité de protéger son empire par un butin militaire et une occupation illégale. Personne n’a imposé ce régime d’occupation aux Israéliens. C’est leur décision. Le reste du monde est toutefois responsable de l’autoriser et de le financer, en particulier les États-Unis et l’Union européenne.

Depuis le 1er juillet, Israël est censé annexer 30 % de la Cisjordanie. Comment les FDI se comportent-elles dans ce cadre ?

Haim Bresheeth L’évolution vers l’annexion illégale de la majeure partie de la Cisjordanie est l’exemple ultime de l’anarchie soutenue par les États-Unis – une action illégale unilatérale et non négociable contre les droits des Palestiniens. Le fait que le premier ministre, Benyamin Netanyahou, n’ait pas respecté l’échéance de son annexion d’ici le 1er juillet est un signe clair que même l’armée israélienne s’oppose à cette mesure. Avant les années 1990, les Forces de défense israéliennes (FDI) contrôlaient la Cisjordanie et devaient investir d’énormes ressources humaines et matérielles dans le maintien de l’ordre dans toute la Palestine. Cette situation désastreuse, qui s’était développée à la suite de la première Intifada, a poussé Israël à organiser les accords d’Oslo, établissant une Autorité nationale palestinienne (APN). Depuis lors, l’APN – formée et armée par Israël, et partiellement financée par l’UE et les États-Unis – a sécurisé les territoires occupés au nom d’Israël, exonérant les FDI de leurs devoirs et de tout coût financier.

Mais l’annexion peut conduire l’ANP vers l’effondrement. En fin de compte, elle pourrait perdre le contrôle des organisations de sécurité palestiniennes, détestées et méprisées par le peuple palestinien. Les FDI ne souhaitent pas perdre cet important assouplissement de ses fonctions et s’inquiètent grandement de sa capacité à contrôler les territoires occupés si un tel scénario se produit. Les FDI ont opposé leur veto au programme d’annexion tel que Netanyahou l’a présenté, et il semble donc avoir dû l’abandonner discrètement pour le moment. En revanche, Israël n’a pas abandonné son véritable programme, qui se poursuit à un rythme soutenu. L’incapacité de la communauté internationale, telle qu’elle est, à s’opposer à une telle illégalité atroce est un danger pour l’État de droit partout dans le monde, à une époque de grande fragilité internationale. Le droit international doit être appliqué avant que d’autres dommages irréparables ne soient causés aux Palestiniens, et qu’un dangereux précédent soit établi.

Tous les pays occidentaux, mais aussi l’OLP, parlent encore de la solution des deux États. Avec l’annexion, cette idée est morte. Mais quand l’État sioniste refuse un État palestinien, est-il possible d’établir un seul État, même binational et plein droit pour tous les citoyens ?

Haim Bresheeth Il doit être clair pour les lecteurs de l’Humanité qu’Israël n’a jamais eu l’intention de mettre fin à son occupation militaire, et a fait tout ce qui est humainement possible pour bloquer toute forme d’État palestinien depuis 1948, et plus spécialement depuis 1967. Il ne pouvait pas le faire seul, bien sûr. Sans le soutien fort et indéfectible des « démocraties » occidentales, cela n’aurait jamais été possible. En ce sens, Israël a toujours été contre la solution dite des deux États. Le débat à l’ONU comprenait en réalité deux options : celle de la partition, qui a été votée, a conduit à la Nakba et à l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leurs foyers. Mais aussi, on s’en souvient moins, la proposition d’un État unique laïque et démocratique sur l’ensemble de la Palestine : un État de tous ses citoyens, sans lois racistes spéciales. Jusqu’en 1988, cette option, rejetée par l’ONU en 1947, était la position officielle de l’OLP. En faisant valoir qu’une telle issue démocratique ne peut pas avoir lieu à cause de l’opposition israélienne, rappelons-nous que c’est aussi la raison pour laquelle il ne peut y avoir d’accord sur une autre solution. Israël a rejeté toute solution qui offrirait aux Palestiniens une certaine autonomie même sur une partie minuscule de leur terre. Donc, nous, le reste du monde, devons forcer Israël à l’accepter. Le monde l’avait fait dans le cas de l’autre État de l’apartheid – l’Afrique du Sud. Seule une campagne engagée de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) coordonnée au niveau international peut déloger Israël de son projet colonial. Une telle campagne, en faveur de l’égalité, des droits de l’homme, du droit international, des résolutions des Nations unies, des conventions de Genève, et de la Cour pénale internationale, peut apporter l’espoir d’établir une paix juste et durable au Moyen-Orient à toutes les personnes résidant en Palestine, ainsi qu’aux réfugiés palestiniens.

La campagne BDS, qui s’oppose aux actions militaires illégales et agressives d’Israël, est une campagne civile. Une action civique menée par tous les citoyens du monde, en évitant la violence et la brutalité, en essayant de changer la situation par des méthodes non violentes. Je pense que le moment est clairement venu d’une telle approche, si l’on veut éviter davantage d’effusions de sang et de souffrances.

(1) Auteur de An Army Like No Other. How the Israel Defense Force Made a Nation. Verso Books Edition. (2) Lire l’entretien intégral sur www.humanite.fr
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:15
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002

Les pays arabes avaient proposé une normalisation avec Israël en échange de la fin de l’occupation. Abou Dhabi tue cet accord.

 

Les Émirats arabes unis (EAU) ont beau expliquer depuis jeudi que la normalisation annoncée avec Israël mettait fin aux récents projets d’annexion en Cisjordanie occupée, le premier ministre israélien s’est empressé de le nier : « J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », a-t-il dit. En réalité, il semble plutôt que Benyamin Netanyahou était plutôt confronté au refus de l’armée israélienne de reprendre en charge directement le contrôle des Palestiniens, tâche dévolue à l’Autorité palestinienne depuis sa mise en place après les accords d’Oslo. Ce qui permet à Israël d’économiser des centaines de millions de dollars par an et d’engager moins de soldats dans ces territoires.

But ultime des États-Unis et d’Israël : endiguer l’Iran.

Depuis le 1er juillet, date annoncée de l’annexion, rien n’avait vraiment bougé. L’opportunité était donc bonne pour commencer à mettre en place ce qui reste le but ultime des États-Unis et d’Israël, cette fameuse normalisation permettant un endiguement de l’Iran. Depuis jeudi, les rumeurs vont bon train quant aux suivants sur la liste. On parle du Bahreïn, du sultanat d’Oman et même du Soudan. Si, comme les Palestiniens choqués le demandent, la Ligue arabe se réunit, les débats risquent d’être houleux. Mais, comme à l’habitude, ils ne seront suivis d’aucun effet. Si les Émirats arabes unis deviennent le premier pays du Golfe à passer un accord avec Israël et le troisième pays arabe après l’Égypte et la Jordanie, la signification est toute autre. D’abord, il est évident que cet acte politique ne peut être isolé et qu’Abou Dhabi a reçu l’aval des principaux États constituant le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans un tweet, le ministre saoudien de la Culture et de l’Information, Adel Al. Toraifi, a ainsi exhorté les autres pays de la région « à dépasser les discours dévastateurs du nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes ». Il dévoile ainsi une partie du plan final qui voudrait que le nouveau Moyen-Orient ne soit plus constitué d’États-nations mais d’entités confessionnelles, chacune sous l’égide d’un parrain (d’où les tensions entre l’Arabie saoudite et la Turquie s’agissant du monde sunnite), ce qui devrait faire dresser l’oreille au Liban. La normalisation des relations des Occidentaux avec l’Iran pourrait d’ailleurs s’appuyer sur un tel schéma.

Un accord sur le dos des Palestiniens

Plus directement, pour les Palestiniens, l’accord entre les EAU et Israël signifie que ce qu’on a appelé « l’initiative arabe » est morte et enterrée, même si la Ligue arabe n’a jamais vraiment essayé de la faire vivre, alors qu’elle en est l’initiatrice. Formulée en 2002, elle proposait à Israël une normalisation avec l’ensemble des pays arabes en échange de la fin de la colonisation, d’un retrait sur les frontières de 1967 et d’accepter que Jérusalem-Est soit la capitale du futur État de Palestine.

Les EAU viennent donc de passer un accord sur le dos des Palestiniens, puisqu’il n’y a aucune contrepartie politique. Pour mieux faire passer la pilule, les annonces se multiplient maintenant de coopération entre sociétés israéliennes et Émirats, concernant les recherches sur le Covid-19 ! Le 3 juillet, avant même l’annonce de la normalisation, la plus importante entreprise israélienne aéronautique et de défense, Israel Aerospace Industries, détenue par l’État, et Rafael Advanced Defense Systems, société également publique, avaient signé un protocole d’entente avec Group 42, une firme de technologie privée basée à Abou Dhabi. Et, pour faire bonne mesure, l’armée israélienne a fermé dimanche la zone maritime de la bande de Gaza, empêchant ainsi les pêcheurs palestiniens de sortir en mer.

Pierre Barbancey
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020
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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 05:47

Il y a 76 ans aujourd’hui ; le 15 août 1944 commençait le débarquement allié en Provence ayant pour nom « Anvil-Dragon. Il a mobilisé 900 000 hommes dont 250 000 sont sous l’uniforme français. Parmi ces derniers la moitié est issue de troupes issues des colonies (tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, marsouins du Pacifique et des Antilles, etc.). Les villes de Marseille, Toulon, Fréjus, etc., et plus largement tout le Sud de l’hexagone sont libérées par ces soldats.

Ce n’était pas la première fois que des troupes « coloniales » étaient engagées dans des guerres menées par les puissances européennes.

On en trouve ainsi trace dans la guerre franco-prussienne de 1870 avec la participation de troupes algériennes puis lors de la première guerre mondiale où ils sont 180 000 soldats avec comme bilan 72 000 morts.

A partir de 1919 la conscription devient obligatoire dans les colonies. Il est donc erroné de présenter la participation à cette guerre comme issus d’un attachement à la France et du volontariat. En témoigne de multiples révoltes contre la conscription tant en Afrique subsaharienne qu’en Afrique du Nord. Ils sont ainsi près de 300 000 à être engagés dans le conflit (Ainsi, dès mars 1940, 10 000 soldats indochinois, 10 000 Malgaches, 68 500 soldats d’Afrique noire et plus de 200 000 d’Afrique du Nord participent à la « drôle de guerre »). Ces troupes indigènes jouèrent un rôle décisif dans la campagne d’Italie en mai 1944 puis dans la libération de la métropole en 1944-1945.

Dès l’automne 1944, une fois que la victoire est assurée, les tirailleurs coloniaux sont démobilisés. Le général De Gaulle évoque explicitement la nécessité du « blanchiment des forces françaises ». Les alliés états-uniens sont également de cet avis. Les troupes coloniales qui ont tant payées la libération de l’hexagone sont de ce fait absentes du défilé de la victoire à Paris. De surcroît les démobilisés ne reçoivent pas leurs arriérés de soldes et leurs primes de démobilisation. C’est ce qui conduira à la mutinerie de Thiaroye en novembre 1944. La répression fut sanglante avec un bilan de 35 morts et de nombreux blessés.

Comble de l’injustice, la loi dite de « cristallisation » adopté en 1959 gèle le montant des pensions de guerre pour les seuls soldats coloniaux (Cette cristallisation a consisté à figer à la fois la valeur du point, l’indice et les règles juridiques permettant de calculer le montant de la pension). Il faudra un combat de plus de plus de quatre décennies pour que la cristallisation soit abrogée en 2007. Entre temps la majorité d’entre eux étaient décédés.

 

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Une plaque commémorative a été posée sur la façade du bar associatif Aux Deux Rivières à Morlaix. C'est dans cet immeuble (ancienne corderie) que plus de cent tirailleurs sénégalais ont été hébergé, refusant d'embarquer pour leur retour au Sénégal dans l'attente de la solde qui leur était due.

Claude Bonnard

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:33

 

Cette nouvelle période de sécheresse ravive les débats sur le partage de l’eau en France. Marion Veber, responsable des programmes de la Fondation Danielle-Mitterrand, pointe du doigt les politiques nationales et les opérateurs privés, tout en préconisant plus de démocratie. Entretien.

Marion Veber

Responsable des programmes à la Fondation Danielle-Mitterrand

 

La France semblait épargnée par les crises hydriques jusque-là. Ce temps est-il révolu ?

Marion Veber Il suffit d’observer ce qu’il se passe : le nombre de sécheresses augmente, c’est presque devenu normal. Chaque année, des territoires sont placés en zone de crise hydrique. Je pense notamment au Massif central qui subit des sécheresses depuis quatre ans. Celles-ci sont la conséquence des activités humaines et de nos choix de développement qui ont bouleversé le cycle de l’eau. Nous avons priorisé une agriculture intensive et chimique, surtout après la Seconde Guerre mondiale, pour en tirer un maximum de bénéfices. Ce qui nous a menés à des monocultures à grande échelle, perdant tout lien raisonné et raisonnable à la terre. Nous ne pointons pas du doigt les agriculteurs, mais le modèle agricole décidé au niveau national et européen avec la PAC. Il existe aussi une fracture importante entre la métropole et les Outre-mer. C’est un problème qui ne touche pas que l’agriculture, mais également les besoins vitaux des populations (boisson, hygiène, etc.).

 

Comment expliquer que la situation n’évolue pas ?

Marion Veber Ce système agricole va à l’inverse des préconisations des experts du climat et des hydrologues. Ils nous invitent à revenir à des systèmes liés à la permaculture, à l’agroécologie, et à travailler sur des parcelles plus petites. Toutes les pistes nous sont données. Mais elles ne sont pas retenues, car il existe un lobbying du secteur privé de l’eau. La France accueille parmi les plus importantes multinationales du secteur (Veolia, Suez, Saur). La tendance mondiale qui consiste à marchandiser, privatiser et financiariser l’eau, mais aussi à promouvoir des solutions basées sur la technologie, renforce les problèmes. Ces idées sont portées par les multinationales et les autres acteurs de l’eau. Ils se réunissent, notamment lors des forums mondiaux de l’eau, tous les trois ans, et influent sur les décisions des organes de l’ONU et des États. L’eau ne devrait pas être pensée comme une ressource à gérer, mais bien comme un élément soutenant la vie.

Comment éviter la répétition de ces crises hydriques ?

Marion Veber Après les élections de mars dernier, on va voir si les remunicipalisations promises vont être engagées. C’est un enjeu clé pour penser l’eau sur le long terme, en apportant davantage de démocratie et de transparence. Il faut privilégier une approche par les droits humains, et non par le marché. L’eau est un droit, elle ne se mérite pas. La place des usagers est aussi très faible sur les décisions autour de l’eau. Il faudrait redonner davantage de poids à certains usagers dans les comités de bassin (instances de concertation locale sur la gestion de l’eau – NDLR). Malheureusement, le gouvernement ne semble pas conscient de la situation et ne prend pas de décision en ce sens. Certaines avancées ne sont pas retenues, alors qu’elles constituent un consensus dans la communauté scientifique et sont mises en place dans certains territoires en France. Les agriculteurs sont nombreux à se considérer paysans avant tout, et non pas exploitants. Il faut surtout montrer les réussites et les modèles vertueux, à la fois pour les écosystèmes, mais aussi pour les agriculteurs.

Entretien réalisé par

Mathieu Lorrriaux

 

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 06:00
Quand le couple fait révolution 5/5. Laura Marx et Paul Lafargue, commun, commune (Jérôme Skalski, L'Humanité, 14 août 2020)
Quand le couple fait révolution 5/5. Laura Marx et Paul Lafargue, commun, commune

L’auteur du Droit à la paresse et la deuxième fille de Karl Marx et de Jenny von Westphalen formèrent un couple fusionnel, unissant leur énergie pour le triomphe du mouvement d’émancipation de la classe laborieuse.

 

Le massacre de Fourmies du 1 er mai 1891 avait fait neuf morts. Les manifestants, armés de bouquets de fleurs d’aubépines et tombés sous les balles de la troupe venue pacifier à coups de fusil Lebel la ville ouvrière du Nord, découvraient le sens de « l’ordre républicain » du jeune et avenant progrès en marche, les bottes encore tachées du sang de la Commune et des expéditions du Tonkin.

Paul Lafargue fut un propagateur ardent du socialisme scientifique.

« En présence de l’anxiété du monde des affaires, se demandant si la première ville industrielle de France va briser l’écluse qui contient la marée rouge et encourager tous les désordres et toutes les violences… vous renverrez à l’Allemagne, sa digne patrie, le candidat Lafargue, gendre du Prussien Karl Marx », déclare, dans le placard qu’il fait afficher sur les murs de Lille, le candidat gouvernemental Hector Depasse, au lendemain du premier tour des élections législatives de 1891. Lafargue, incarcéré à Sainte-Pélagie pour un « appel au meurtre » aussi imaginaire que le sens du « droit démocratique » et des « valeurs chrétiennes » du patronat et de la bourgeoisie du pays de P’tit Quinquin, sera élu le 8 novembre et, libéré à contrecœur, siégera comme député de Lille pendant deux ans. Laura, pour une fois, emportée par l’enthousiasme de la victoire de la cause ouvrière et communiste, l’accompagnera dans son déplacement à Lille.

Anglaise par son éducation, née en 1845 à Bruxelles, elle était une Tamise, discrète et mélancolique mais aussi indomptable. De tempérament méridional et quelquefois tropical dans ses indignations et ses emportements, né à Santiago de Cuba en 1842, il avait passé son adolescence à Bordeaux et engagé ses études à Paris. Développant la critique marxienne du système de l’exploitation salariale dans le sens d’une radicalité souvent méconnue, l’auteur du Droit à la paresse (1) fut un propagateur ardent du socialisme scientifique. Traduisant en français de nombreux ouvrages de son père dans des versions devenues classiques (2), Laura Marx-Lafargue fut et reste, secrètement, l’initiatrice de la lecture qu’en firent, en font et en feront, à leur insu le plus souvent, de nombreux militants politiques et syndicaux révolutionnaires dans la langue du Contrat social.

Laura sera de tous les combats et de de toutes les réflexions de Paul

Paul et Laura, la deuxième fille de l’auteur du Capital, se rencontrent à Londres dans la maison des Marx en 1865. Pour le jeune étudiant en médecine et militant républicain et socialiste de 24 ans, c’est le coup de foudre. Ils se marient en 1868. Après la mort de Friedrich Engels en 1895, ils s’installeront à Draveil pour passer les dernières années de leur vie. Laura sera de tous les combats de Paul. Elle sera aussi de toutes les réflexions de l’écrivain, du polémiste et du journaliste, l’un et l’autre attachés à défendre de ses corruptions la pensée du Maure (3). Elle fut aussi de son dernier vœu, décidant avec lui de mettre fin volontairement à ses jours au seuil de la vieillesse.

Effacée, elle sera toujours réticente à participer à ses nombreuses actions publiques. À une exception près, au moins, le 18 novembre 1891 à Lille, événement qu’elle racontera dans une lettre au « Général », Engels : « Une multitude de citoyennes se sont saisies de moi. Une femme me tenait de chaque côté et je ne sais combien d’autres suivaient et me soulevaient presque de terre. La salle était bondée à s’étouffer. Des bancs se sont effondrés sous le poids des masses. Deux fenêtres ont volé en éclats… Cela a été un spectacle grandiose et j’aurais voulu que tu sois là pour le voir. »

Face au mur des fusillés de la Commune, à jamais indisociables, volcan des Antilles aux pentes brunes enlacé par un fleuve remontant aux blanches brumes automnales, il et elle reposent au Père-Lachaise. 

(1) Le Droit à la paresse, de Paul Lafargue. Éditions Mille et Une Nuits, Paris, 2000. (2) Le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels, traduit par Laura Lafargue. Éditions le Temps des cerises, Paris, 1998. (3) Surnom de Karl Marx.
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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 05:59
Manifestation de défense de l'emploi chez Hop! à Morlaix en juillet 2020

Manifestation de défense de l'emploi chez Hop! à Morlaix en juillet 2020

Vendredi, 14 Août, 2020 - L'Humanité
Compagnies aériennes. Hop ! largue ses travailleurs

La direction de la filiale d’Air France a présenté mercredi un plan social à ses salariés. Les syndicats dénoncent une manœuvre financière sur le dos des contribuables.

 

Le crash social avait été annoncé début juillet. Ses contours se sont profilés cette semaine, au désespoir des salariés. La direction nantaise de Hop !, filiale d’Air France en charge des vols domestiques, a confirmé mercredi à ses employés qu’elle taillerait massivement dans ses effectifs, au cours d’un CSE extraordinaire. En tout, 1 007 postes en équivalent temps plein seraient supprimés, sur 2 400 emplois. « C’est un plan inadmissible, catastrophique pour les salariés », s’insurge le secrétaire du CSE et élu CGT Hop !, Joël Rondel. Trois sites de maintenance de la compagnie devraient par ailleurs définitivement fermer leurs portes : ceux de Morlaix (Finistère), d’Orly (Val-de-Marne) et de Lille. Seuls les sites de Roissy-Charles-de-Gaulle et Lyon seraient épargnés.

La pilule du PSE a d’autant plus de mal à passer que les raisons avancées par la direction de Hop ! ne convainquent en rien les syndicats. Le Covid-19 aurait trop mis à mal le groupe, déjà déficitaire sur son réseau de court-courriers, en clouant au sol toute sa flotte, et le forcerait à accélérer une restructuration. Air France a pourtant bénéficié d’une aide de l’état de 7 milliards d’euros pour rester à flot, dont 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % et 3 milliards de prêts directs. « C’est scandaleux, ils se servent de l’argent des Français, de nos impôts, pour saborder la compagnie », fustige un pilote présent au CSE. Environ 350 pilotes (317 postes en équivalent temps plein) devraient perdre leur emploi. Tandis que les patrons garantissent qu’aucun départ contraint n’aura lieu, les syndicats dénoncent un écran de fumée. Des licenciements secs sont à attendre, craignent-ils.

L’argument écologique brandi par la direction de la compagnie française ne convainc pas plus. La suppression des lignes de court-courriers prise en charge par Hop !, trop polluantes, ne serait en fait qu’un leurre. C’est en effet la filiale low-cost d’Air France, Transavia, qui prendra la relève. Une stratégie de rationalisation des coûts aux airs de greenwashing et de sabordage des conditions de travail. « Air France et Hop ! s’assoient sur la loi. Ils ont besoin de pilotes pour le développement de Transavia, mais ils nous mettent à la porte. Nos conditions de reclassement sont extrêmement sévères, on nous impose une sélection très difficile. Et si on est retenu, on repart à zéro en termes d’ancienneté », déplore le pilote. « Ce n’est pas un problème écologique, c’est un problème de rentabilité », abonde Joël Rondel. Avec Transavia, Air France mise sur des travailleurs employés par des sous-traitants en contrats précaires pour réduire ses coûts d’exploitation. Selon le pilote présent au CSE, le groupe compte retrouver l’équilibre financier dans trois à quatre ans avec cette stratégie. Mais, chez les syndicats, ce double sacrifice social des salariés de Hop ! et des futurs précaires de la compagnie low-cost ne passe pas.

Débutent à présent quatre mois de discussions et de négociations autour du PSE présenté par la direction de Hop !. Et les travailleurs ne comptent pas arrêter le combat. « On va amplifier la lutte, et on sera dans la rue le 17 septembre pour la rentrée sociale », assure le cégétiste. En plus des travailleurs de Hop !, 6 500 salariés d’Air France pourraient être licenciés.

Marie Toulgoat, L'Humanité
Compagnies aériennes. Hop ! largue ses travailleurs - Marie Toulgoat, L'Humanité, 14 août 2020
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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 06:04

 

Tandis que des restrictions sont imposées désormais dans quelque 75 départements métropolitains concernant l’usage de l’eau, les conséquences de la sécheresse sont encore plus difficiles à gérer au quotidien dans les exploitations agricoles. Depuis des semaines plus rien ne pousse dans les prairies et la récolte céréalière est en baisse de 20 % en 2020 par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Notons enfin que l’Ile-de-France est la région la moins soumise aux restrictions d’eau bien qu’étant la plus peuplée du pays. Elle doit cette situation aux grands barrages qui stockent de l’eau en Champagne et dans le Morvan en hiver pour soutenir le débit de la Seine en été.

Dans « l’Humanité » de ce jeudi 13 août, un dossier de trois pages informe sur le risque de pénurie d’eau potable au robinet dans l’immense majorité des départements métropolitains. Cela est d’abord imputable un déficit de pluviométrie qui s’aggrave au fil des ans, en lien avec le changement climatique en cours. Disposer de l’eau potable est vital pour chaque individu. Assurer sa souveraineté alimentaire l’est aussi pour un pays agricole comme la France. Or, la sécheresse de cette année 2020 après celle de l’an dernier soumet les paysans à des doubles peines à répétition. Le manque d’eau diminue le rendement fourrager des prairies tout comme les rendements des céréales, des fruits et des légumes. À titre d’exemple, le rendement des petits pois pour les boîtes de conserve est inférieur de 30 % par rapport à la moyenne annuelle en 2020. Ce légume « tendre et fragile, cultivé en saison et en plein champ, ne supporte pas les conditions climatiques toujours plus imprévisibles et extrêmes » faites savoir l’association nationale des producteurs.

Coûts de production en hausse pour le lait et la viande

Nous savons par ailleurs que les prairies ne produisent plus d’herbe depuis des semaines et que les éleveurs en sont à acheter de la paille de d’autres fourrages pour nourrir le bétail dès à présent, comme en prévision de l’hiver. Le maïs destiné à l’ensilage dans les zones d’élevage est en train de griller sur pied. Il ne donnera souvent que de faibles rendements, faiblement nutritifs de surcroît. Toutes les conditions sont donc réunies pour que le prix de revient de chaque litre de lait et de chaque kilo de viande d’animaux herbivores soit en augmentation sensible. Cette hausse des coûts de production durera au moins jusqu’au milieu du printemps 2021. À condition que le climat du début de printemps soit favorable à la poussée de l’herbe dans les prés.

Il faut avoir ces éléments en tête au moment de prendre connaissance de la décision annoncée hier par Julien Denormandie, le quatrième homme à occuper la fonction de ministre l’Agriculture. Ses prédécesseurs dans la fonction furent par ordre d’arrivée Jacques Mézard, Stéphane Travert, et Didier Guillaume, tous récompensés pour avoir appelé à voter Macron lors de la présidentielle de 2017, puis débarqués à la faveur d’un remaniement ministériel.

Toujours pas d’annonce de calamités agricoles

Le communiqué du nouveau ministre débute par ces phrases : « La poursuite de la sécheresse en ce début du mois d’août a continué à dégrader les ressources fourragères disponibles pour les troupeaux dans plusieurs départements. Le ministre de l’Agriculture et de l‘Alimentation, Julien Denormandie, permet à de nouveaux départements de bénéficier de dérogations sur les jachères et les cultures dérobées, c’est-à-dire intercalées entre deux cultures principales annuelles ». Le communique du ministère précise que 15 nouveaux départements ont le droit de déroger aux jachères et que 29 peuvent retarder la mise en place des cultures dérobées.

Mais de quoi s’agit-il au juste ? En principe, les jachères sont des parcelles dont on ne récolte pas les fourrages dans le but de favoriser la biodiversité. Les fleurs restent à la disposition des abeilles et les graines nourrissent les oiseaux et certains rongeurs. Mais comme les fermes manquent cruellement de fourrages, on les autorise cette année à récolter tardivement ceux des jachères qui ont déjà perdu l’essentiel de leur valeur nutritive après avoir séché sur pied. Pour avoir un foin de bonne valeur nutritive, il faut faucher l’herbe quand elle est encore verte et la faire sécher trois ou quatre jours sur le pré. La décision ministérielle arrive donc bien trop tard. C’est ce que relève la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) qui estime que « les pouvoirs publics français doivent immédiatement mettre en œuvre le régime des calamités agricoles ainsi que toute aide qui évitera une décapitalisation du cheptel français, faute de trésorerie pour acheter des fourrages nécessaires au bien-être des animaux présents sur les exploitations »

Avec une liste supplémentaire de 29, ce sont désormais 54 départements dans lesquels les céréaliers n’ont pas l’obligation de semer une culture dérobée après avoir récolté le colza, le blé ou l’orge qu’ils viennent de moissonner. L’utilité d’une culture dérobée, comme la moutarde ou le trèfle, est de verdir la parcelle. Cela permet de capter du carbone et d’avoir plus tard des débris de végétaux qui serviront de fertilisants pour une nouvelle culture annuelle. Mais tant que la terre est trop sèche pour permettre aux graines de germer, rien de sert de semer une culture dérobée, d’où la décision de reporter au 1 er septembre l’obligation d’implanter ces cultures. Quelqu’un de sensé a probablement expliqué cela au ministre de l’Agriculture qui en a tenu compte.

Quand les grands lacs protègent doublement les Franciliens

Les restrictions d’accès à l’eau potable concernent désormais 75 départements métropolitains. La région la moins concernée demeure l’Ile-de-France, alors qu’elle concentre sur son territoire la plus grande densité de population avec près de 12 millions d’habitants sur sept départements. Seules quelques villes du Val-de-Marne sont incitées à la prudence car elles sont en partie alimentées par le débit en baisse sensible du Réveillon, un affluent de la Yerres. Pour le reste, l’Ile-de-France bénéficie, pour moins de 45 % de sa consommation, d’eaux de nappes souterraines débordant sur d’autres régions. Pour plus de 55 %, il s’agit d’eau directement prélevée dans la Seine et dans la Marne en amont de Paris par les unités de traitement imbriquées dans le tissu urbain qui nous fournissent l’eau du robinet. Ce traitement est rendu possible en été parce que le débit de la Seine est soutenu en permanence et à plus de 60 % par les eaux stockées en amont derrière les grands barrages dont le lac de Pannecière dans le Morvan sur le cours de l’Yonne, par celles du lac d’Orient et du Der Chantecoq en Champagne sur l’Aube et la Marne.

Ces ouvrages ont été édifiés voilà plus de 60 ans et ils évitent aux Franciliens de subir des inondations quand les pluies sont trop abondantes. Ils leur permettent aussi d’avoir de l’eau potable au robinet quand d’autres régions en manquent cruellement. Leur existence nous montre aussi que le plus sûr moyen de lutter contre les conséquences du réchauffement climatique n’est pas de refuser toute modification du milieu naturel, alors que certains voudraient mettre la nature sous cloque en se réclamant de l’écologie.


 

Gérard Le Puill

 

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 05:54

 

Loin de constituer la source du colonialisme ou du racisme contemporain, la pensée des Lumières, malgré ses contradictions, constitue au contraire un immense progrès dans l’affirmation des droits humains et la lutte contre l’esclavage.

Il est désormais admis, dans certains milieux antiracistes, d’accuser la philosophie du XVIIIe siècle d’être la principale source du racisme contemporain : « La race, telle que nous la concevons aujourd’hui – une taxinomie biologique transformant la différence physique en relations de domination – est un produit des Lumières » (Jamelle Bouie, « Les idées des Lumières ont façonné les questions de race et de suprématie blanche », Slate, 25 juin 2018). Cette affirmation est fausse : la première législation raciste stricto sensu, c’est-à-dire discriminatoire pour les uns sur la base de la « pureté du sang » fantasmée des autres, est apparue dans l’Espagne très chrétienne de la Reconquista au XVe siècle. On n’examinera pas ici les raisons profondes de tels réquisitoires expéditifs et peu rigoureux ; on montrera plutôt en quoi ces accusations relèvent d’une lecture déformée du passé selon les critères, les exigences et les enjeux du présent.

« Il a fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que les progrès de la génétique permettent définitivement de retirer toute valeur objective à l’idée qu’on pourrait diviser l’humanité en races. »

Est-il légitime de juger les opinions d’une époque à l’aune exclusive de connaissances et de convictions ultérieures ? Il a fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que les progrès de la génétique permettent définitivement de retirer toute valeur objective à l’idée qu’on pourrait diviser l’humanité en races. Mais au XVIIIe siècle, nul peuple ne possédait encore les connaissances scientifiques sur lesquelles fonder une théorie indiscutable de l’unicité de l’espèce et de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains. Au contraire, depuis des temps immémoriaux, la quasi-totalité des cultures était ethnocentriste : chaque société, européenne comme non européenne, se concevait comme supérieure à toutes les autres, la plupart du temps sur le plan culturel.

 

La capacité critique des Lumières

Dans un tel contexte, toute prise de position, toute argumentation, même timide ou incomplète, visant à mettre en doute la prétendue supériorité de sa propre civilisation, à réhabiliter des cultures étrangères à la sienne, ou à condamner l’oppression et la domination d’un peuple sur un autre doivent être jugées pour ce qu’elles étaient objectivement : des progrès. Or personne ne peut nier qu’à l’époque de tels progrès vinrent massivement des Lumières européennes, et particulièrement des Lumières françaises. C’est dans les ouvrages de Montesquieu (De l’esprit des lois), puis dans certains contes philosophiques de Voltaire (Candide) que l’on trouve des dénonciations mordantes de la manière dont les Blancs « supérieurs » traitent leurs esclaves noirs ; c’est chez Diderot (Histoire des deux Indes) que l’on découvre le premier appel de l’histoire à l’insurrection anticoloniale ; c’est chez Rousseau (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes) que l’on peut lire les mises en garde les plus sévères contre les présomptueuses tentatives des sciences européennes de « juger le genre humain ». La radicalité, le caractère collectif et public de ces dénonciations sont inédits dans l’histoire mondiale. Nul autre courant d’idées jusqu’alors n’avait fait preuve d’une capacité critique aussi hardie, d’une telle prise en considération des prérogatives fondamentales de tout être humain.

« Première proclamation politique des prérogatives inaliénables de tout individu, la déclaration allait échapper à ses rédacteurs pour devenir l’étendard d’innombrables insurrections à travers le monde, de Saint-Domingue au Vietnam en passant par le Ghana ou le Congo. »

On pourra objecter que, sous la plume des mêmes auteurs, on relève des passages condescendants à l’égard des peuples non européens, convaincus de la supériorité des Blancs sur les Noirs, ou agressifs envers les Juifs. Ces propos ethnocentristes, voire racistes, n’annulent pas  ceux précédemment évoqués. En revanche, ils révèlent les limites de penseurs qui demeurent, malgré tout, fils de leur temps. Ils trahissent aussi d’évidentes contradictions, qu’il convient d’élucider avant de voir en eux l’origine des conquêtes coloniales du XIXe siècle, voire des génocides du XXe siècle.

 

Le contexte historique

En effet, le « racisme » des Lumières doit être replacé dans son contexte historique, celui des efforts des intellectuels du siècle pour poser les bases des sciences naturelles et d’une conception laïque de l’homme contre les dogmes du catholicisme. Or, dans le cadre de ces combats théorico-politiques, la thèse monogéniste, qui veut que tous les hommes descendent d’un même ancêtre, était encore inséparable de son origine biblique et de ses connotations religieuses. Dans cette perspective, la mise en question de l’unité du genre humain apparaît, chez Voltaire notamment, avant tout comme l’expression de son anticléricalisme viscéral. De même, ses propos parfois très durs contre les Juifs constituent autant d’attaques indirectes contre le christianisme : en s’en prenant aux premiers zélotes de l’Ancien Testament, celui qui s’était fixé pour objectif prioritaire d’« écraser l’infâme » cherchait à atteindre tous les autres, catholiques en tête. Voilà pourquoi le même homme put, ailleurs, prôner la tolérance à l’égard des Juifs de son époque ou condamner la traite négrière. D’autres auteurs des Lumières, comme Montesquieu ou Buffon, penchaient en faveur de la thèse monogéniste ; ce qui ne les empêchait pas de nourrir un indéniable sentiment de supériorité culturelle, mais pas non plus, concernant Montesquieu, de porter un jugement assez informé et nuancé sur « l’esprit des lois » des différentes civilisations. Juger de tous ces écrits avec les critères de l’anthropologie, de la science politique ou de la philosophie contemporaines, c’est se condamner à ne rien comprendre ni aux projets de leurs auteurs, ni à leur véritable portée historique.

 

La Déclaration des droits de l’Homme

Car il convient, enfin, d’évoquer les effets politiques tout à fait concrets des progrès des Lumières en matière de critique antiesclavagiste, d’affirmation des droits naturels de l’humanité, de dénonciation des traditions religieuses oppressives. Certains aiment à rappeler que la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 fut promulguée par une assemblée de mâles blancs, dont la plupart n’avaient nulle intention d’abolir l’esclavage, ce qui est exact. Il n’en demeure pas moins que, malgré les efforts du « lobby » des colons pour filtrer les informations, la nouvelle des événements de France et de la proclamation de droits de l’humanité se propagea jusqu’à Saint-Domingue : elle joua un rôle essentiel dans le déclenchement de la première insurrection antiesclavagiste et anticoloniale victorieuse de la modernité. Encouragés par les bouleversements survenus en métropole, galvanisés par les idées neuves qui leur étaient finalement parvenues, les Noirs emmenés par Toussaint Louverture arrachèrent de haute lutte à la France révolutionnaire la reconnaissance officielle de leur dignité d’êtres humains, le 4 février 1794. Pressée par les circonstances, mais également par une minorité courageuse d’abolitionnistes en son propre sein, la Convention fit table rase de l’esclavage, reconnaissant tardivement qu’il convenait de s’élever « à la hauteur des principes de la liberté et de l’égalité » qu’elle avait elle-même affirmés.

« La mise en question de l’unité du genre humain apparaît, chez Voltaire notamment, avant tout comme l’expression de son anticléricalisme viscéral. »

Malgré leurs contradictions, leurs limites et leurs préjugés, les représentants de la première assemblée, héritiers des philosophes des Lumières, avaient créé un formidable précédent : première proclamation politique des prérogatives inaliénables de tout individu, la déclaration allait échapper à ses rédacteurs pour devenir l’étendard d’innombrables insurrections à travers le monde, de Saint-Domingue au Vietnam en passant par le Ghana ou le Congo. En ce sens, en ne voyant dans l’héritage des Lumières que la matrice des discriminations ultérieures, ses détracteurs ne commettent pas seulement un contresens historique ; ils manifestent aussi tout ce qui sépare leur état d’esprit de celui qui dominait parmi les combattants antiracistes et anticolonialistes d’un passé pas si lointain.

 

Stéphanie Roza est philosophe. Elle est chargée de recherches au CNRS.

 

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 05:52

*Jean-Claude Cheinet est géographe et ancien adjoint au maire de Martigues

Les cosmonautes vous le diront, confirmant le poète : « La Terre est bleue comme une orange », une couleur due notamment à la masse des océans. Ce dossier aborde un sujet immense et complexe, sans prétendre être exhaustif pour autant. Il le fait modestement, par quelques unes de ses facettes : incidences du dérèglement climatique, activités humaines à l’heure de la mondialisation, évolution des milieux, irruption d’espèces invasives et protection du milieu avec des parcs marins…

Les océans enregistrent le réchauffement, l’amortissent mais se dilatent. Leur niveau augmente aussi par la fonte des glaciers terrestres, et cela se mesure. La majorité de la population du globe vit non loin des côtes, tire de la mer des ressources essentielles et l’utilise pour commercer, aussi aborderons-nous la pêche et les conditions d’une pratique durable ainsi que la construction navale, la plaisance, les hydroliennes et l’offshore.


Mais à travers les routes maritimes, nouvelles pour celles qui profitent du réchauffement de l’océan Arctique, ainsi qu’à travers les choix de l’Union européenne en matière de pêches, nous verrons quelques-uns des enjeux politiques et stratégiques qui se jouent dans les espaces maritimes. Nous avons réservé pour plus tard des thèmes comme les pollutions marines plastiques, marées noires ou macrodéchets, ou comme la conchyliculture ou les erreurs d’aménagements côtiers… de même pour la question des métiers maritimes : marins, armateurs, aconiers, dockers, qui dans leur unité et leurs diversités expriment l’originalité des « gens de mer ». En l’état, sans chercher à être évidemment une encyclopédie de la mer, ce dossier croise les points de vue de chercheurs reconnus et de militants agissant sur le terrain, dans le concret des luttes qui s’y mènent. Cette diversité des expériences et des approches lui donne sa richesse, passant du global au local et inversement.

Pour en revenir à une échelle nationale, la France a un linéaire côtier considérable de plusieurs milliers de kilomètres ; en tenant compte des territoires d’outre-mer, notre pays a des espaces économiques exclusifs parmi les plus importants de la planète. Cela nous confère une responsabilité particulière et demande une politique de la mer ambitieuse, à la mesure du rôle passé de notre pays comme du fait que nous sommes présents sur les cinq continents. Or force est de constater à travers les articles qui suivent que ces atouts ne sont pas valorisés : malgré la présence de quelques armements phares, notre marine s’efface, les industries de construction navale qui la soutiennent sont fragiles et peu soutenues, la filière pêche est dans le flou consécutivement au Brexit. Hormis un immobilier de bord de mer, fragile du fait de la hausse du niveau des mers et de l’érosion, peu de choses sont faites dans la perspective d’un développement durable du littoral.

Quant à se préparer et à s’adapter à la hausse prévisible du niveau des mers et aux investissements considérables que cela nécessitera, notre société, dont les décideurs sont guidés par la recherche du profit immédiat, n’y pense guère ! Il est vraiment temps d’élaborer une vraie politique de la mer avec la population côtière notamment. Un autre poète écrivit « Homme libre, toujours tu chériras la mer ». Il ne suffit pas d’aimer pour agir, valoriser, protéger et gérer de façon durable les deux tiers de la surface de la Terre; pour ce faire, tenons compte de ce monde particulier.

 

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