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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 06:32

 

À peine terminées, les inondations qui ont causé de nombreux dégâts dans plusieurs régions du pays semblent oubliées par les grands médias audiovisuels. De son côté, le gouvernement s’est contenté de faire jouer « l’état de catastrophe naturelle » pour les départements les plus touchés, sans chercher à tirer les leçons de ce qui vient de se passer. Pourtant, le réchauffement climatique nous montre déjà que stocker de l’eau en hiver, afin d’en disposer en été, sera vital dans les prochaines décennies.

Par Gérard le Puill

 

La première semaine du mois de février 2021 a été marquée par des inondations qui ont provoqué d’importants dégâts dans plusieurs régions de notre pays. La seconde semaine nous a fait subir une vague de froid et des chutes de neige que beaucoup d’enfants, nés au début de ce XXIe siècle, découvraient pour la première fois de leur vie. La troisième semaine nous offre déjà un temps ensoleillé et parfois très chaud pour la saison. Il doit s’amplifier au cours de la quatrième semaine. Du coup, la végétation prend de l’avance et les fleurs jaunes des jonquilles s’ouvrent déjà dans les parcs en Ile-de-France et ailleurs. Mais gare aux conséquences économiques si des gelées tardives viennent perturber la formation des grappes dans les vignes et la floraison des arbres fruitiers dans plusieurs régions du pays.

En attendant, le niveau de la Charente ne baisse que très lentement et des sinistrés ont encore les pieds dans l’eau. Mais l’actualité liée à la pandémie du coronavirus, avec la multiplication de ses « variants », a vite fait oublier les dégâts des eaux, sauf pour ceux et celles qui en furent les victimes. Il y a pourtant des leçons à tirer de ces crues hivernales de plus en plus fréquentes, tout comme des sécheresses estivales de plus en plus nombreuses en ce début de XXIe siècle. En mars 2015, quelques mois avant la conférence de Paris sur le climat, la revue « Pour La Science » et l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) publiaient une dizaine de textes sur la nécessité d’améliorer la résilience du pays face au réchauffement climatique.

Quand le Doubs cesse de couler en été

L’une de ces études était centrée sur la préservation de la richesse des milieux aquatiques face au réchauffement climatique. On pouvait y lire que dans notre pays « la baisse des débits des cours d’eau sera de l’ordre de 20 à 25 % d’ici la fin du siècle, ce qui devrait s’accompagner d’un allongement des périodes d’étiage. Les évènements de pluviométrie extrême devraient multiplier les crues ou les périodes de hautes eaux. En réduisant les quantités d’eau circulant dans les hydrosystèmes, le changement climatique conduirait aussi à diminuer la connexion hydrologique entre les différentes parties d’un fleuve (amont, aval, estuaire et affluents). L’habitat aquatique en serait d’autant plus fracturé ».

Dis autrement, il y aura dans les prochaines décennies, de plus en plus de portions de ruisseaux et de rivières à sec durant la belle saison en France. C’est déjà le cas pour une rivière comme le Doubs. Sachant cela, on peut aussi considérer que construire des barrages de taille modeste, très en amont sur les affluents des fleuves qui débordent de plus en plus souvent en cas de fortes pluies, pourrait permettre de limiter les crues et contribuerait aussi à maintenir un débit suffisant dans une multitude de cours d’eau durant à la belle saison afin de préserver la faune aquatique. Mais, en France, chaque projet de barrage voit se lever des oppositions provenant souvent d’organisations de réclamant de l’écologie, sans jamais prendre à compte les avantages d’une retenue d’eau à mettre en balance avec ses inconvénients.

Entre deux maux, il faut choisir le moindre

La revue déjà citée publiait en mars 2015 un autre texte intitulé : « Anticiper une diminution de la ressource en eau », accompagné du sous-titre suivant : « La ressource en eau subira de plein fouet le changement climatique. Il sera indispensable de réduire les consommations et de mettre en place une gestion raisonnée de cette ressource fragile et limitée ». En conclusion de cet article on pouvait lire ceci :

« Le bassin-versant une région où toutes les eaux convergent vers e même exutoire est l’unité territoriale la mieux adaptée à cette réflexion collective (pour la gestion de l’eau, N.D.L.R.). Dans ce cadre, il s’agit de privilégier l’usage des sols qui présentent les meilleures capacités d’adaptation et de résilience. Cette approche conduira au développement d’outils de gestion capables d’intégrer les considérations agronomiques et hydrologiques à différentes échelles. La ressource en eau étant source de conflits, ces adaptations devront intégrer la notion d’équité entre les acteurs concernés. La gestion par bassin-versant devra s’attacher à une gestion solidaire entre bassins voisins, sans oublier que les aménagements ont d’impacts locaux, mais aussi à grande échelle sur les écosystèmes fluviaux, côtiers et marins ».

Si le langage est un peu technocratique, il dit néanmoins qu’on ne peut pas avoir tous les avantages en même temps. Mais entre deux maux, il faut choisir le moindre, surtout quand on a besoin d’eau pour produire de la nourriture, tout comme au robinet dans sa maison et son appartement. En 2019 et 2020 les Français ont connu des restrictions d’eau en été dans presque toutes les régions de France métropolitaine. Ce ne fut pas le cas en Ile-de-France qui concentre pourtant la plus grande densité de population.

Le rôle des grands lacs en amont de Paris

Car durant ces deux étés, les débits de la Seine et de la Marne ont été soutenus à plus de 60 % par l’eau stockée en hiver dans les lacs d’Orient et du Der Chantecop en Champagne, dans le lac de Pannecière dans le Morvan. Du coup, l’eau de la Seine pouvait être captée par les unités de traitement pour nous fournir une eau potable au robinet. Ce sont aussi ces lacs qui permettent de limiter les crues hivernales en Ile-de-France. Sans eux, les inondations dans l’agglomération parisienne seraient bien plus importantes que celles qui ont frappé de nombreux départements de la Région Nouvelle Aquitaine au début de mois de février.

En France presque tous les cours d’eau prennent leur source à l’intérieur du pays. De même, presque tous les bassins-versants font cheminer l’eau vers la mer dans un pays qui compte près de 3 500 kilomètres de côtes. La France peut donc réguler les cours d’eau et réduire les risques d’inondation sans porter préjudice aux pays frontaliers. Elle peut aussi produire davantage d’électricité sans émettre ce CO2 dans l’hydraulique en alternance avec l’éolien et le solaire.

Quand on aspire à devenir un écologiste conséquent, on doit aussi être en capacité de comprendre cela. Mais c’est encore loin d’être le cas en ce début de XXIe siècle à en juger par les nombreuses prises de position contre la régulation du débit des grands fleuves.

 

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 07:20
Conférence régionale du Parti communiste en Bretagne ce samedi 20 février - La délégation finistérienne réunie à Morlaix
Conférence régionale du Parti communiste en Bretagne ce samedi 20 février - La délégation finistérienne réunie à Morlaix
Conférence régionale du Parti communiste en Bretagne ce samedi 20 février - La délégation finistérienne réunie à Morlaix
Conférence régionale du Parti communiste en Bretagne ce samedi 20 février - La délégation finistérienne réunie à Morlaix

11 camarades étaient réunis à Morlaix 2, petite rue de Callac ce samedi 20 février - délégués finistériens à la Conférence Régionale du PCF Bretagne - Marion Francès, Yvonne Rainero, Gladys Grelaud, Christian Gagou, Jean-Luc Le Calvez, Corentin Derrien, Enzo de Gregorio, Gilbert Sinquin, Pierre-Yves Thomas, Dominique Gontier, Ismaël Dupont - auquel il faut ajouter Erwan Rivoalan qui suivait depuis Brest la viséo-conférence qui nous reliait avec les délégués des trois autres fédérations bretonnes réunies pour l'essentiel des camarades dans les locaux de fédérations à Lanester, Saint-Brieuc, Rennes.

Les 12 délégués du PCF Finistère ont participé avec beaucoup d'intérêt et d'implication à des discussions constructives sur le projet porté par les communistes bretons pour les régionales "En Bretagne, l'Humain et la Planète d'abord!", projet d'une dizaine de pages encore modifiable et susceptible d'être enrichi qui a été approuvé dans ses grandes lignes par 38 voix pour, 2 abstentions, 1 refus de vote, après qu'une vingtaine de camarades ait pu proposer des amendements. 

Puis, lors de l'après-midi, nous avons débattu de trois options possibles pour les élections régionales:

Choix 1 - Travailler à la construction d'une liste commune avec le Parti socialiste menée par Loïg Chesnais-Girard, ouverte à d'autres formations politiques de gauche. Elle participera au rassemblement de second tour des forces de gauche et écologistes pour battre la droite et l'extrême-droite.

Choix 2 - Travailler à la construction d'une liste avec la France Insoumise ouverte à d'autres formations politiques de gauche, au mouvement social.

Choix 3 - Présenter une liste de rassemblement conduite par un-e communiste, ouverte au mouvement social. Elle participera au rassemblement de l'ensemble des forces de gauche et écologistes au second tour pour battre la droite et l'extrême-droite.

Ou- Abstention (choix 4)

Le bulletin de vote qui sera proposé à l'ensemble des adhérents communistes des 4 départements de la Bretagne administrative à jour de cotisation a été approuvé par 37 voix pour, 2 voix contre, 2 abstentions.

Et les 41 délégués de la conférence régionale, représentant les fédérations du Morbihan, du Finistère, de l'Ille-et-Vilaine, et des Côtes-d'Armor, ont aussi exprimé un avis majoritaire de la conférence régionale, compte tenu de l'ensemble des discussions, des éléments à disposition, et du contexte politique et de nos objectifs, sur nos choix pour les Régionales en terme d'alliance: 

31 voix / 41 pour Choix 1 - Travailler à la construction d'une liste commune avec le Parti socialiste menée par Loïg Chesnais-Girard, ouverte à d'autres formations politiques de gauche. Elle participera au rassemblement de second tour des forces de gauche et écologistes pour battre la droite et l'extrême-droite.

3 voix sur 41 pour Choix 2 - Travailler à la construction d'une liste avec la France Insoumise ouverte à d'autres formations politiques de gauche, au mouvement social.

2 voix sur 41 pour Choix 3 - Présenter une liste de rassemblement conduite par un-e communiste, ouverte au mouvement social. Elle participera au rassemblement de l'ensemble des forces de gauche et écologistes au second tour pour battre la droite et l'extrême-droite.

5 abstentions

Désormais, c'est à l'ensemble des adhérents à jour de cotisation du PCF Bretagne de s'exprimer lors d'un vote sur le programme et la stratégie d'alliance au cours d'une consultation qui aura lieu entre le 4 et le 6 mars 2021.

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 07:01
Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

Manif du 19 janvier à Morlaix pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

 

Soutien à Désiré Chicorée, Vijayen Poonisamy et leurs familles - Exploitation de travailleurs d'origine mauricienne dans la ramasse de volaille

Après l'OQTF reçu le mois dernier par Désire Chicorée

(voir la pétition pour demander sa régularisation)

Signez la pétition pour la régularisation de Désiré Chicorée, travailleur sans-papier du pays de Morlaix menacé par une OQTF

Désiré Chicorée qui était assisté par la CGT pour faire reconnaître son exploitation dans le cadre d'un trafic d'êtres humains par un patron ramasseur de volailles voyou, c'est au tour d'un autre travailleur finistérien d'origine mauricienne, Vijayen Poonisamy, marié et père d'une petite fille, habitant Landivisiau, entré légalement en France, de recevoir de la préfecture du Finistère une OQTF (notification d'obligation de reconduite à la frontière) assorti d'un IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) alors même qu'il fait partie des 26 salariées du ramasseur de volailles Aviland que la CGT accompagne localement et nationalement pour faire reconnaître les entorses aux droits du travail patentes qu'ils ont subis, CGT qui essaie aussi avec les associations de défense des droits des migrants d'obtenir la régularisation des sans-papiers victimes de patrons voyous de l'agro-alimentaire.

Quel signe envoie l'Etat et la préfecture par rapport au respect du droit du travail, à la défense des salariés?

S'agit-il de protéger des patrons voyous de l'agro en expulsant les plaignants qui ont déjà été victimes de leur avidité?

Le Parti communiste demande la régularisation de Vijayen Poonisamy et de Désire Chicorée et de leurs familles installées dans la région de Landivisiau ainsi que de tous les travailleurs sans papiers victimes d'exploitation et d'esclavage moderne dans l'agroalimentaire, à Aviland et Prestavic qui sont aujourd'hui défendus par la CGT.

Nous serons au côté de ces travailleurs sans-papiers, de la CGT et des associations pour interpeller l'état, empêcher toute expulsion qui reviendrait à une forme de complicité avec les patrons qui ne respectent pas le droit du travail et profitent de la précarité matérielle et administrative des migrants, et nous battre pour qu'ils obtiennent des papiers avec leur famille comme nous l'avons demande le 19 janvier dernier à Morlaix dans une grande manifestation départementale avec et pour ces travailleurs sans papiers.

11 titres de séjour provisoires ont déjà été accordés par la préfecture dans le cadre du trafic d'êtres humains reconnu par l'inspection du travail qui avait fait fermer l'entreprise Prestavic. Pourquoi s'arrêter au milieu du chemin?  Sélectionner de manière aléatoire entre les victimes de l'esclavage moderne. Il faut aller plus loin et régulariser tous les travailleurs sans papiers qui témoignent devant l'inspection du travail et l'organisation syndicale. Avec Marc Corbel et les camarades de la CGT, nous ne laisserons pas l’État débarrasser la région des témoins gênants d'une exploitation d'un autre âge dans quelques entreprises de l'agroalimentaire breton qui, en ne respectant pas les règles du droit du travail et la santé des salariés, font une concurrence déloyale à la majorité d'entre elles, qui respectent le droit et les ouvriers. 

Ismaël Dupont, secrétaire départemental du Parti Communiste Finistère

Élu PCF à Morlaix

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:47

 

 

Les contrats signés par la Commission européenne, que nous publions, montrent comment cette dernière s’est pliée aux demandes des firmes pharmaceutiques. Dans les trois contrats rendus publics, tous les passages cruciaux pour les bénéfices et la protection du monopole des laboratoires ont été censurés. Une clause est très claire en revanche : tout effet indésirable des vaccins relève de la seule responsabilité des Etats membres... DÉCRYPTAGE.

Dans toute sa carrière, lui, il en a vu des vertes et des pas mûres. Cette fois, pourtant, il n’en revient pas. « Plus j’avance dans ma lecture des contrats entre les industries pharmaceutiques et la Commission européenne, plus je comprends pourquoi les entreprises se sont senties très à l’aise au moment de les signer  », confie ce bon connaisseur du secteur à Bruxelles, bien introduit également à l’Agence européenne du médicament (AEM). À l’examen, c’est évident, et le caviardage vient souligner encore le parfum global, entremêlant la privatisation des profits, camouflée sous les traits noirs, et la socialisation des pertes qui, elle, apparaît en clair (voir en fac-similé le contrat signé entre Sanofi-GSK et l'UE).

À ce jour, après avoir renâclé pendant des mois, campées sur l’argument du « secret des affaires », puis permis aux eurodéputés d’en consulter des versions tronquées dans une pièce surveillée, avec interdiction d’enregistrer, photographier ou prendre des notes, les institutions européennes ont fini par se résoudre, ces dernières semaines, à publier officiellement quelques-uns des contrats, avec l’aval des groupes pharmaceutiques eux-mêmes. Pour l’heure, seuls trois contrats de préachat de vaccins, sur huit au total, signés par l’UE avec des multinationales engagées dans la course aux vaccins, sont officiellement accessibles au grand public : CureVac, AstraZeneca et Sanofi-GSK. Un quatrième, celui conclu avec le groupe américain Johnson & Johnson, ne circule pas encore, mais ça ne devrait pas tarder, promet-on à Bruxelles. En revanche, Moderna et Pfizer-BioNTech, les deux producteurs des premiers vaccins arrivés sur le marché – largement plus chers que les autres – refusent toujours de lever le moindre coin du voile sur leurs arrangements avec l’UE.

 

Les États tenus d’indemniser en cas d’effets secondaires indésirables

Prix des matières premières et du sérum dans sa globalité, organisation des chaînes de production, délais de livraison… Dans les trois contrats rendus publics, tous les passages cruciaux pour les bénéfices et la protection du monopole de Big Pharma ont été censurés. Dans l’accord avec CureVac, par exemple, tout le circuit de fabrication qui doit compter un bon paquet de sous-traitants est totalement dissimulé sur plus de trois pages. Dans celui avec Sanofi et GSK, l’UE s’engage à participer, pour un montant passé sous silence, à l’augmentation des capacités de production d’un éventuel vaccin et des dispositions sont prévues en cas d’abandon du projet, mais elles sont également placées sous le sceau de la confidentialité, alors que le retard important dans la mise au point du sérum rend plus concrète aujourd’hui cette éventualité… Dans le contrat avec AstraZeneca, outre les tarifs, c’est le circuit de distribution qui demeure opaque et on a pu voir combien, avec la pénurie qui dure depuis la fin janvier dans l’Union européenne, mais pas du tout au Royaume-Uni, la question est importante. Dans le contrat, la multinationale anglo-suédoise s’engage à «  faire tous les efforts possibles  » pour fournir son vaccin aux pays européens. Une clause dont la portée est pour le moins douteuse puisque, d’après Reuters, pour ne pas piocher dans la production de ses fournisseurs britanniques, l’industriel envisage – comble du cynisme – de réconcilier Union européenne et Royaume-Uni en allant chercher les stocks promis aux pays les plus riches chez son fabricant indien, le Serum Institute of India, qui devait plutôt participer à la distribution dans les pays du Sud.

Sur le maintien des privilèges liés à la propriété intellectuelle (lire aussi cet article sur le sujet) comme sur le transfert aux États de toute responsabilité en cas d’effets indésirables suite à la vaccination, les contrats signés par les multinationales et Bruxelles sont, là, bien plus transparents. Alors que l’université d’Oxford, dont les chercheurs ont mis au point le vaccin, souhaitait dans un premier temps, avant une intervention de Bill Gates, l’offrir au monde entier (lire notre édition du 3 février), l’UE «  reconnaît » AstraZeneca comme «  seul détenteur des droits de propriété intellectuelle générés pendant le développement, la fabrication et la distribution » du produit. La même approche vaut pour CureVac et Sanofi-GSK. Sur le deuxième point, la Commission a strictement respecté la consigne donnée par le lobby Vaccines Europe qui, au nom des «  risques si élevés pris par les fabricants  », exigeait une protection juridique de l’UE en cas d’incident après l’injection d’un vaccin (lire notre article du 1er décembre).

Dans les trois contrats publics, Bruxelles s’engage à prendre en charge les frais éventuels. «  La Commission et chaque État membre reconnaissent que l’utilisation des produits va intervenir dans des conditions épidémiques qui requièrent cette utilisation et que l’administration du produit va, en conséquence, être conduite sous la seule responsabilité de chaque État membre  », précise par exemple le contrat avec CureVac. C’est encore plus exhaustif pour AstraZeneca : les États seront tenus de prendre en charge les éventuelles indemnisations «  dans tous les cas  », lit-on, «  que le défaut provienne de la distribution, de l’utilisation, des essais cliniques, de la production, de l’emballage, de la prescription et autres dans sa juridiction  ». «  Tout ça va beaucoup plus loin que tout ce qui avait été dit ces derniers mois  », déplore, accablé, un animateur de la campagne pour l’accès aux médicaments de Médecins sans frontières.

 

Demande d’enquête sur le manque de transparence

L’opacité meurt, la transparence tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur, surgissent les ennuis pour la Commission européenne. Après la fronde ouverte au Parlement européen, l’étau se resserre, car, avec la faible lumière commençant à balayer certains contrats, ce sont les conditions de leurs signatures qui sont de plus en plus interrogées. Alors que les autres participants sont restés anonymes, l’UE a intégré, dans son équipe de négociation avec les multinationales, Richard Bergström, ex-patron du principal lobby pharmaceutique européen, l’European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations (Efpia). Un acteur qui, en l’occurrence, a été extrêmement présent dans toute la phase puisque, d’après un décompte réalisé par l ’Humanité à partir du registre des rendez-vous officiels des commissaires européens ou de membres de leurs cabinets, ses représentants ont été auditionnés 34 fois au plus haut niveau – dont 15 fois par la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, et 8 fois par le commissaire à l’Industrie, Thierry Breton –, à Bruxelles, depuis le début de la pandémie au printemps 2020.

C’est dans ce contexte très marqué par les intérêts privés que le Corporate Europe Observatory (CEO), la vaillante ONG spécialisée notamment dans la traque des conflits d’intérêts au sein des institutions européennes, réclame, via les plateformes censées assurer la transparence des décisions publiques de l’UE, la publication des procès-verbaux des discussions entre la Commission et l’industrie pharmaceutique. En janvier, le groupe a réussi à convaincre la médiatrice européenne Emily O’Reilly, chargée de contrôler les institutions à Bruxelles, d’ouvrir une enquête sur le « manque de transparence » en matière de contrats avec les producteurs de vaccins.

La Commission devait répondre à son interpellation en fin de semaine dernière, mais, d’après les services de la médiatrice, elle a loupé le coche. «  La transparence autour des négociations aurait permis un débat public et un contrôle parlementaire, plaide le CEO. Les faiblesses dans l’approche de l’UE auraient ainsi été mises en évidence avant qu’il ne soit trop tard pour les corriger. La transparence, qui plus est, aurait également considérablement renforcé les négociateurs de l’UE face à Big Pharma, avec une opinion publique qui, sans aucun doute, aurait soutenu les tentatives de contraindre les entreprises pharmaceutiques à faire des vaccins un bien public mondial, en contrepartie des fonds publics qui leur ont été généreusement accordés. »

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:41

Après son vote, le 21 juin 1936, par le Front populaire, sa remise en question sous la pression patronale et son retrait par le régime vichyste, la durée hebdomadaire du travail est rétablie le 25 février 1946.

Le 2 mars 1946, un court article publié dans le Peuple, l’organe de la CGT, annonce le « retour à la loi de 40 heures ». Le rétablissement de l’une des principales conquêtes du Front populaire aurait mérité plus d’éclat. Mais s’agit-il bien de cela ?

À y regarder de plus près, la loi du 25 février 1946 se réfère, certes, aux 40 heures, mais restaure, d’abord, la majoration des heures supplémentaires : 25 % jusqu’à la 48e heure et 50 % au-delà. Elle limite, par ailleurs, leur nombre à 20 heures par semaine et les subordonne à l’autorisation de l’inspection du travail après consultation des syndicats.

Là s’arrête la similitude avec 1936. À cette date, les 40 heures visaient à lutter contre le chômage. Dix ans plus tard, le pays, exsangue, manque de bras pour se reconstruire. Dans un contexte de « réaccumulation primitive » du capital, la réduction de la durée du travail n’est pas à l’ordre du jour. En mars 1944, déjà, le programme du CNR n’en disait rien. En juillet 1945, les états généraux de la renaissance française, censés en prolonger les ambitions, déclarent bien leur « attachement à la semaine de 40 heures », mais s’empressent de lier « la diminution progressive de la durée du travail » aux « progrès techniques et (aux) nécessités nationales ». Dans l’immédiat, elle préconise un retour aux majorations de 1936. La CGT, elle-même, ne demande pas autre chose.

Ministre du Travail, Ambroise Croizat se tient sur cette ligne, convaincu que son projet « favorisera le redressement du pays en stimulant l’effort des producteurs ». Les travailleurs ont-ils vraiment d’autre choix que de se « retrousser les manches », alors que le pouvoir d’achat des salaires horaires est inférieur d’un tiers à son niveau de 1938 ? Sur-le-champ, la nouvelle loi entraîne une hausse de 15 à 20 % des rémunérations. En cela, elle permet à Croizat de contourner le choix gouvernemental de la rigueur salariale.

La France penche pourtant à gauche. Plus nettement qu’en 1936. Après les élections d’octobre 1945, les deux « partis ouvriers » disposent d’une majorité absolue, avec un avantage au PCF – 159 députés –, qui devance la SFIO. Le tripartisme prévaut, cependant, en compagnie du MRP, centriste, au nom de l’union sacrée qu’exige la reconstruction, surtout après le départ du général de Gaulle, en janvier. L’ancrage à gauche se retrouve néanmoins dans la réalisation, en sept mois, de l’essentiel des réformes économiques et sociales de la Libération. Elles sont la contrepartie durable d’un quotidien de privations et d’efforts. Au risque de déceptions qu’attise maintenant la critique gaulliste et qu’enregistrent, en mai, le rejet du projet de Constitution, et, en juin, le recul de la gauche aux élections suivantes.

Partie prenante de la « bataille de la production », la CGT peine à contenir la montée du mécontentement ouvrier. Résolue à « peser sans casser », elle écarte le recours à la grève. En 1946, le rapport des forces sociopolitiques ne s’évalue plus sur le mode rugueux de la conflictualité ouverte, mais sur les terrains plus balisés, ordonnés et indirects de l’audience électorale, des effectifs organisés, des responsabilités exercées dans les entreprises et les institutions.

Texte de circonstance autant que de compromis, la loi du 25 février 1946 n’a donc pas le caractère de franche conquête que revêtent les 40 heures érigées en norme, le 21 juin 1936, à l’issue d’une mobilisation sociale inédite. La question de la durée du travail, domaine par excellence des contre-offensives patronales, est de celles où l’affrontement de classes a toujours été rude. Les 40 heures n’y dérogeront pas. D’emblée, les employeurs ciblèrent alors les heures supplémentaires, réclamant l’« assouplissement » simultané de leur autorisation, de leur nombre et de leur majoration. Au printemps 1938, Daladier ouvrit les premières brèches dans les usines d’armement avant de prétendre « remettre la France au travail ». Le 12 novembre 1938, tandis que son ministre des Finances déclarait la fin de « la semaine des deux dimanches », trois décrets permirent de travailler 50 heures par semaine, interdisant le refus d’heures supplémentaires, dont la majoration, limitée à 10 %, ne commençait qu’à partir de la 49e heure. Après de nouvelles dégradations allant jusqu’à la taxation d’heures supplémentaires obligatoires, la loi vichyste du 25 mars 1941 fixa la durée légale à 48 heures, avec un maximum de 54 heures. En dépit de situations très contrastées d’une entreprise ou d’une branche à l’autre, la durée moyenne du travail s’accrut. Sur ce plan, la loi du 25 février 1946 n’inversa pas la tendance, mais renchérit les heures supplémentaires calculées en référence aux 40 heures, dont le retour effectif attendra encore longtemps. 

Repères

1906 Adoption de la loi instituant la semaine de 6 jours en établissant un jour de repos hebdomadaire.

1919 Adoption de la loi instituant la semaine de 48 heures et la journée de 8 heures.

1982 Instauration par ordonnance des 39 heures hebdomadaires et de la 5e semaine de congés payés.

1998-2000 Les lois de réduction du temps de travail établissent la durée hebdomadaire à 35 heures.

Et les salariés agricoles ?

À l’instar des fonctionnaires, mais avec des conséquences plus dommageables, les salariés agricoles échappent, en 1946, au droit commun. En 1936, déjà, leur durée légale de travail avait été annualisée, à raison de 2 400 heures pour 300 jours, soit une moyenne discriminatoire de 48 heures par semaine. Deux ans seront nécessaires avant que la loi du 10 mars 1948 rétablisse les majorations antérieures, calculées sur une base mensuelle ou saisonnière, nettement moins favorable.

 

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:35

Plusieurs organisations non gouvernementales demandent l’arrêt des livraisons d’armes de Paris à Riyad. Elles se heurtent à une fin de non-recevoir malgré les crimes de guerre documentés. ENTRETIEN.

BENOÎT MURACCIOLE

Président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines

 

 

Au mois de décembre, vous avez publié un rapport dans lequel vous parlez de crimes contre l’humanité au Yémen. Qu’en est-il ?

BENOÎT MURACCIOLE Nous avons fait un travail de recoupement avec les rapports des experts des Nations unies (c’est-à-dire adoubés par l’ONU et les membres permanents du Conseil de sécurité, dont la France). Ces rapports évoquaient de possibles crimes de guerre au Yémen. Et lorsque nous avons étudié les descriptions de ces crimes de guerre, nous nous sommes aperçus qu’elles avaient un caractère systématique et répété et qu’on rentrait, de ce point de vue, dans la qualification de crimes contre l’humanité. Cela n’arrivait pas de façon fortuite mais après deux, trois ans de guerre et malgré toutes les demandes et interventions des experts des Nations unies aussi bien que du Conseil de sécurité auprès des parties pour respecter le droit international.

 

En quoi la France serait-elle complice ?

BENOÎT MURACCIOLE La France est engagée dans plus d’une centaine de traités liés aux droits de l’homme, à commencer par la charte des Nations unies. Et parce que la France est partie du traité sur le commerce des armes (TCA). L’article 6 du TCA précise que lorsque des États ont connaissance de graves violations du droit international, de la convention de Genève de 1949, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, ils doivent stopper les exportations d’armes. On n’est pas dans une évaluation du risque mais dans une potentialité du risque. Le paragraphe 2 de ce même article précise que si le transfert lui-même représente une violation des engagements internationaux du pays, ce transfert doit cesser.

Votre association, Aser, ainsi que d’autres organisations non gouvernementales (ONG) ont interpellé le gouvernement français. Quelles ont été les réponses ?

BENOÎT MURACCIOLE Je travaille sur ces questions depuis plus de vingt ans avec les différents ministères. Nous les avons interpellés sur ce dossier précis des armes utilisées au Yémen. Nous n’avions pas de réponses mais des discussions. À partir du moment où nous avons saisi le tribunal administratif, en 2018, les ministères et l’Élysée ont cessé tout dialogue avec nous. C’est une immense preuve de faiblesse. Aujourd’hui, nous sommes devant le Conseil d’État. Nous avons gagné en première instance devant le tribunal administratif puis un renvoi en appel. Mais l’essentiel est que nous soyons devant le Conseil d’État avec Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Action contre la faim, Médecins du monde, Salam for Yemen, Stop Fuelling War et Sherpa.

 

L’attitude de la France répond-elle à des préoccupations politiques ? Économiques ? Les deux à la fois ?

BENOÎT MURACCIOLE Les sommes engagées sont à la fois importantes et dérisoires. Depuis le début de l’intervention militaire de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les exportations et les transferts d’armes de la France vers l’Arabie saoudite ont augmenté et se montent à un peu plus de 6 milliards d’euros. Mais en termes de nuisance dans un pays c’est épouvantable. 400 000 enfants yéménites vont mourir si la situation ne change pas. Les programmes humanitaires sont sous-­financés. On est dans une situation terrifiante pour le peuple yéménite mais, malgré cela, la France continue et a même augmenté ses exportations. Il faut d’ailleurs dire un mot sur l’Égypte, partie prenante de la coalition militaire. Elle est aussi à un peu plus de 6 milliards d’euros de commandes de matériel militaire. Mais l’Égypte ne paie pas. Il n’y a aucune preuve que la commande de missiles Mistral a été payée, pas plus que celle des avions Rafale, malgré nos demandes. Et pourtant, ça continue. On voit donc bien que ce n’est pas uniquement une question financière. En tout cas en apparence.

 

On a l’impression que les Français n’ont aucun moyen de contrôle et de décision. Est-ce une réalité ?

BENOÎT MURACCIOLE Un rapport d’information avait été présenté par deux députés, en 2018, sur le contrôle des exportations d’armement. Si ce rapport parle de la nécessité d’un contrôle parlementaire, ce n’est pas pour un rendu public mais pour préserver le secret. On balade les parlementaires et les citoyens français. Au nom du peuple français, se font des choses qui sont à l’inverse des valeurs de la France… Les États-Unis, l’Italie et l’Australie ont annoncé leur intention de suspendre l’acheminement d’armes au Yémen. Si Biden agit ainsi, c’est parce que Bernie Sanders et la gauche américaine se sont battus, sous Trump, et ont obtenu à trois reprises qu’un vote soit organisé sur la suspension de ces exportations d’armes à cause des crimes de guerre perpétrés au Yémen. Aujourd’hui, le gouvernement français ne peut pas dire qu’il ne sait pas. De fait, la question de sa complicité se pose.

 

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 06:49

 

La crise économique et éducative touche de plein fouet les jeunes. Les médias nous appellent la “génération sacrifiée du Covid”, pourtant ce n’est pas la pandémie qui nous a amenés à cette situation, mais bien l’inaction et les choix politiques du gouvernement et des précédents.

 

 

La nécessité de sécuriser la formation

Les étudiants et les étudiantes paient le prix de décennies de politiques austéritaires dans l’enseignement supérieur et la recherche. Depuis le début de la crise sanitaire qui a renforcé une crise éducative, déjà existante, un sixième des étudiant·e·s ont abandonné leurs études. La difficulté à suivre une formation à distance ainsi que la précarité des revenus a suscité une détresse psychologique pour des milliers d’étudiants et d’étudiantes renforçant ce phénomène de “décrochage”.

Face à ce contexte inédit pour les étudiant·e·s, l’UEC a impulsé une mobilisation le 20 janvier dernier qui a rassemblé des milliers d’étudiants partout sur le territoire. Dès le lendemain de cette mobilisation, Emmanuel Macron a annoncé des mesures concernant la précarité étudiante et la reprise des cours en présentiel.

Si ces avancées constituent des premières victoires, ces mesures restent insuffisantes. La mobilisation, poursuivie le 26 janvier et le 4 février, a montré une réelle volonté politique d’une partie des étudiant·e·s de lutter pour de bonnes conditions de vie et d’étude. Pour répondre à cette exigence, l’UEC constitue un moyen d’organiser ces jeunes et d’offrir des débouchés politiques au-delà de la seule réouverture des universités.

Pour les lycéens et les lycéennes la situation n’est pas plus enviable. S’ils ont certes repris les cours, leur avenir n’en est pas moins compromis que leurs homologues étudiants. Depuis le mois de novembre dernier, les lycées fonctionnent bien souvent à mi-régimes. Le retard sur les programmes s’accumule malgré l’investissement des enseignants.

Pire, en dépit des conditions catastrophiques dans lesquelles se sont déroulées les épreuves du bac l’année dernière, Jean-Michel Blanquer a annoncé l’annulation des épreuves de spécialités prévues en mars. Sur ces matières, les lycéens seront une nouvelle fois notés sur les notes obtenues en contrôle continu.

Bien que la situation exceptionnelle puisse justifier des aménagements profonds des examens, la formule adoptée par le ministre est une nouvelle remise en cause du caractère national du baccalauréat.

Sans cadrage national, le baccalauréat sera nécessairement vecteur d’inégalités entre les élèves et les établissements. Cette annonce se tient en plein lancement de la saison 2021 de Parcoursup, dont le calendrier, lui, n’a pas été modifié. La fin du cadrage national du baccalauréat joint à Parcoursup va avoir des effets désastreux pour les élèves. La sélection sociale à l’entrée de l’université, déjà flagrante, va nécessairement augmenter.

Alors que l’heure devrait être à une réflexion sur les manières de rattraper le retard et raccrocher les lycéens, le gouvernement fait une fois de plus le choix de la sélection.

Les lycéens et les étudiants ont aujourd’hui plus que jamais besoin d’avoir une visibilité sur leur avenir et qu’on sécurise leurs parcours. Ils ont aussi besoin d’avoir confiance dans leur capacité à acquérir un diplôme qualifiant et un emploi stable. Pourtant, la situation de l’emploi n’est pas meilleure pour les jeunes, ne contribuant pas à leur donner plus de perspective au-delà des études et de la formation.

Garantir le droit à un emploi stable et à un salaire

Pour les jeunes en recherche d’emploi la situation se dégrade. En sortie de formation ou en décrochage, le constat que nous réalisons depuis plus d’un an reste inchangé. Le chômage des jeunes s’accroît et les mesures prises par le gouvernement sont insuffisantes et n’offrent comme unique perspective un avenir de précarité et d’instabilité.

D’après Pôle emploi, 698 600 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage au quatrième trimestre 2020. Les réponses du gouvernement se retrouvent inefficaces et insuffisantes. Pire, elles visent à précariser davantage encore la situation des jeunes en multipliant les contrats précaires (Services civiques…)

Face à cela, nous portons le droit pour chaque jeune d’accéder à une formation et à un emploi. La crise actuelle rend plus aigu le besoin de sécuriser les parcours de vie de l’éducation jusqu’à l’emploi. C’est pourquoi nous demandons le dédoublement des classes avec une jauge à 50 % et l’embauche massive de personnels dans l’Éducation nationale ; la création d’un revenu étudiant et la garantie de conditions d’études décentes dans l’enseignement supérieur ; la réduction du temps de travail à 32 heures sans perte de salaire et la suppression de contrats précaires pour garantir à tous et toutes un emploi stable, des pré recrutements dans le transport, l’éducation, la santé et l’énergie, tout en ouvrant d’urgence le droit au RSA aux moins de 25 ans afin de garantir un filet de sécurité.

Le MJCF en action

Ces revendications seront portées auprès des jeunes par le déploiement de notre campagne pour la satisfaction des besoins et aspirations des jeunes face au capitalisme et au patriarcat. Ce déploiement passera par :

  • Une mobilisation des lycéennes et lycéens des fédérations pour organiser des actions et des mobilisations.
  • Des initiatives de solidarité concrètes.
  • L’organisation de conférences et d’actions autour des enjeux d’éducation et de travail.
  • La présence, lorsque cela est possible, devant les établissements d’enseignement et les missions locales qui accueillent les jeunes en recherche d’emploi.

Ces actions auront toutes pour objectif de converger vers une date de mobilisation nationale le 16 mars prochain.

Il appartient au Mouvement jeunes communistes de France de créer les conditions de la mobilisation des jeunes en leur offrant des perspectives politiques. Nous ne nous résignons pas à la précarité, à l’isolement et à la peur du lendemain. Nous refusons d’être une génération sacrifiée. Cela exige une prise de conscience et un engagement massif de la jeunesse pour conquérir la sécurisation des parcours de formation et d’emploi. Le capitalisme n’a plus d’avenir, nous si !

Extrait de la résolution du Conseil national du MJCF

 

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 06:38

 

 

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la pratique des fichiers et du fichage est ancienne, mais sa massification et sa banalisation suscitent des interrogations. C’est pourquoi nous avons demandé l’inscription de ce débat à l’ordre du jour du Sénat.

Alors que la France a longtemps été un pays où la protection du droit à la vie privée était très forte, on glisse vers une acceptation de la multiplication des fichiers, voire la certitude que celle-ci est nécessaire.

Ainsi, en octobre 2018, le rapport de l’Assemblée nationale sur les fichiers de police dénombre près de 106 fichiers « mis à la disposition des services de sécurité », contre 58 en 2009.

Face à ce mouvement effréné de création de fichiers et de récolte de données personnelles, dont la finalité et l’usage réels interrogent, nous avons souhaité l’organisation de ce débat.

En effet, nous assistons à une banalisation de l’usage gestionnaire des fichiers par l’ensemble des administrations pour rationaliser les politiques publiques, renforcer la « maîtrise des coûts », évaluer les activités des agents avec la généralisation du travail par objectifs chiffrés et radicaliser le contrôle social.

La création en 1978 du fichier Safari a entraîné la naissance de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), censée être un garde-fou. Les créations des fichiers Edvige, pour « exploitation documentaire et valorisation de l’information générale », et Base élèves, en 2008, ont fait l’objet d’une véritable levée de boucliers. Mais, aujourd’hui, la multiplication des fichiers, dans l’objectif de surveiller, contrôler et réprimer des populations sans réel contrôle parlementaire, se fait dans l’apathie générale.

Pire, on accumule ces données dans une logique prédictive, et non préventive. Pourtant, les fichiers sont une maltraitance, un outil de déshumanisation et d’objectivation. Les fichiers ne peuvent pas prendre en compte les singularités, les spécificités de certaines situations. En ce sens, le fichage tend à nier la complexité humaine.

Le fichier devient un outil de gestion administrative : on confie à des machines des tâches qui devraient être exécutées par des personnes avec leur conscience, leur savoir-faire, leur capacité d’appréhender des situations particulières.

Songeons par exemple au fichier Pôle emploi. Créé d’abord pour les demandeurs d’emploi, cet outil sert en réalité à traquer les chômeurs et à accélérer leur radiation. Un service aussi sensible, où l’on connaît les problématiques d’illectronisme ou les difficultés particulières, ne peut être « sous-traité » à un ordinateur.

Que dire encore de la création d’un fichier des personnes vaccinées, alors qu’un fichier du nombre de vaccins disponibles et de leur utilisation aurait permis un meilleur contrôle de la politique vaccinale de l’État ?

Ainsi, il y a une chosification des gens, mais aussi la volonté de normer les comportements. Il ne s’agit plus de poser des interdits, mais bien d’imposer un comportement, celui que l’État définira comme adéquat. À cet égard, la volonté de ficher les manifestants et les syndicalistes relève moins de la lutte contre les inégalités que de la volonté de discipliner les fractions de la population les plus « indociles ».

Car se savoir fiché ou surveillé empêche l’action, la pensée, et donc l’expression de la démocratie.

C’est dans ce cadre que la multiplication des fichiers de police et de surveillance sociale à des fins « sécuritaires » nous interpelle et nous inquiète, d’autant que ces derniers peuvent être fondés sur des critères de suspicion de culpabilité et de dangerosité incertains. Ils sont de ce fait susceptibles de violer la présomption d’innocence, le droit au respect de la vie privée et le droit à la protection des données personnelles.

Pire, ces fichiers sont souvent faux. Ainsi, par manque d’actualisation ou erreur de saisie, une personne disculpée peut continuer à être enregistrée comme « dangereuse » dans un fichier de police. Les données saisies peuvent aussi être mal enregistrées, une personne devenant auteur d’une infraction alors qu’elle en est la victime. La liste n’est pas exhaustive…

Ces erreurs peuvent difficilement être corrigées lorsqu’elles se propagent au travers d’interconnexions entre fichiers de police, cette interconnexion complexifiant le droit à la rectification.

Or, peu à peu, la sécurité a été érigée en droit en lieu et place de la sûreté. Il ne s’agit plus d’assurer la protection du citoyen, y compris contre l’État, mais de faire de la prédiction de menaces. Nous sommes bien loin du droit à la sûreté, défini par les articles II et VII de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Pas un mois sans qu’une nouvelle idée de fichage sorte des bureaux du ministère de l’intérieur. En février dernier, c’était Gendnote, une application qui facilite la collecte de photos et d’informations sensibles – religion, politique, sexualité, prétendue origine raciale – et leur transfert dans des fichiers extérieurs tels que le TAJ (traitement d’antécédents judiciaires), qui permet la reconnaissance faciale.

Je pense aussi au détournement du fichier du Système de contrôle automatisé (SCA), qui a pour objet de conserver des informations relatives aux délits routiers et qui, depuis avril dernier, sert de base pour traquer les informations relatives au non-respect du confinement.

Que dire encore de l’utilisation illégale des drones et des possibilités de reconnaissance faciale des manifestants ?

Or cette multiplication des fichiers de police se fait dans la plus grande opacité et, surtout, brouille la séparation des pouvoirs et la répartition des compétences entre le Parlement et l’exécutif. Le constat fait en 2009 par la mission d’information présidée par Delphine Batho est toujours d’actualité : « L’exécutif, lorsqu’il entend donner une base juridique aux fichiers de police qu’il crée, peut toujours recourir soit à la voie réglementaire, sur le fondement de l’article 26 de la loi du 6 janvier 1978, soit à la voie législative. » Ainsi, rien n’interdit au Gouvernement de créer un nouveau fichier de police par décret ou arrêté et, de facto, de se soustraire au contrôle du Parlement. Nous pensons que cela doit changer.

Ainsi, en 2009, près de 27 % des fichiers n’avaient fait l’objet ni d’une autorisation légale ou réglementaire ni d’une déclaration à la CNIL. En 2011, on en recensait 80, dont 45 % restaient dépourvus de base juridique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Alors que la problématique est connue, c’est bien dans ce cadre que le Gouvernement a adopté plusieurs décrets pour autoriser l’identification automatique et massive des manifestants, voire la reconnaissance faciale. Cette autorisation s’est passée de tout débat démocratique, comme le souligne La Quadrature du Net.

C’est encore par voie réglementaire que, le 2 décembre dernier, trois décrets permettent d’étendre les informations recueillies par les services de police dans trois fichiers qui ont été créés sous la présidence de Nicolas Sarkozy : celui sur la prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP), celui sur la gestion de l’information et la prévention des atteintes à la sécurité publique (GIPASP), et celui sur les enquêtes administratives liées à la sécurité publique (EASP).

Dans ces fichiers, les services de police pourront recueillir des informations sur les opinions politiques des personnes surveillées, leurs convictions philosophiques ou religieuses, leur appartenance syndicale, mais aussi certaines de leurs données de santé ainsi que leurs activités sur les réseaux sociaux, le tout pour des finalités élargies qui dépassent la sécurité publique.

Les nouveaux décrets permettent d’aller au-delà de la notion de « menace à l’ordre public », qui a fondé le PASP et le GIPASP.

Le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) nous alerte : « Le champ des personnes susceptibles d’être concernées est ainsi très large. Ce faisant, il conduit à stigmatiser la liberté d’opinion, l’action syndicale, le fait d’être adhérent à un syndicat, qui laisserait à penser qu’être adhérent d’un syndicat pourrait être associé d’une manière ou d’une autre à des impératifs de sécurité intérieure, de sûreté de l’État, de lutte contre le terrorisme et les violences urbaines. » En 2011, une personne sur dix était fichée. Qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’en sera-t-il demain ?

Pire, et c’est une nouveauté, les fichiers pourront aussi concerner des personnes morales ou des « groupements ». On imagine qu’il s’agira d’associations, de groupes Facebook, de squats, de ZAD ou même de manifestations.

Enfin, il y a une extension du domaine de la fiche.

Jusqu’à présent, les fiches du PASP et du GIPASP ne pouvaient lister l’entourage des « personnes dangereuses » que de façon succincte, sur la fiche principale de ladite personne. Désormais, si la police le juge nécessaire, chaque membre de l’entourage pourra avoir une fiche presque aussi complète que celle des personnes dangereuses, y compris lorsqu’il s’agit d’enfants de moins de 13 ans.

En 1983, Mireille Delmas-Marty écrivait : « L’État autoritaire n’est pas nouveau, ce qui est nouveau, peut-être, c’est sa façon d’être autoritaire, d’une autorité grise et pénétrante qui envahit chaque repli de la vie, autorité indolore et invisible et pourtant confusément acceptée. » Pour reprendre ses mots, ne laissons pas l’exigence de sécurité briser le rêve de liberté !

 

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 06:31

Alors que les États-Unis et l’Italie ont suspendu leurs livraisons d’armes à Riyad, Paris reste muet et fait la sourde oreille aux demandes d’arrêt de cette coopération. Comme si l’argent n’avait pas l’odeur des cadavres yéménites.

« Cette guerre doit cesser. » En évoquant le Yémen lors de son premier discours de politique étrangère prononcé le 4 février, le nouveau président états-unien, Joe Biden, n’y est pas allé par quatre chemins. « Nous renforçons nos efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre au Yémen, une guerre qui a créé une catastrophe humanitaire et stratégique », a-t-il déclaré. « Cette guerre doit cesser », a-t-il martelé. « Et pour souligner notre détermination, nous mettons fin à tout soutien américain aux opérations offensives dans la guerre au Yémen, y compris aux ventes d’armes. » L’onde de choc s’est rapidement propagée de Washington à Riyad, ébranlant très certainement quelques certitudes au palais du roi Salmane et plus encore dans celui du prince héritier à la morgue jusque-là affichée, Mohammed, plus connu sous le nom de MBS (pour Ben Salmane). Sur sa lancée, l’hôte de la Maison-Blanche annonçait qu’il retirait le mouvement des Houthis de la liste des organisations terroristes. La désignation sur la liste noire, décidée in extremis par l’administration Trump, était décriée par les organisations humanitaires car elle risquait d’entraver l’acheminement de l’aide dans les vastes territoires contrôlés par les Houthis.

 

« Créer les préconditions à la paix »

Quelques jours auparavant, l’Italie créait la surprise en révoquant les autorisations d’exportation de missiles et de bombes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Le ministre des Affaires étrangères d’alors, Luigi Di Maio, ajoutait même : « Nous considérons que c’est un devoir, un message clair de paix qui arrive de notre pays. » L’ONG italienne le Réseau pour la paix et le désarmement s’en félicitait. Cette décision du gouvernement italien « met un terme une fois pour toutes à la possibilité que des milliers d’engins explosifs fabriqués en Italie puissent toucher des structures civiles, faire des victimes parmi la population ou puissent contribuer à aggraver la situation humanitaire déjà grave dans ce pays ». Et d’ajouter : « Le seul arrêt de la fourniture de missiles et bombes aériennes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis ne peut pas faire cesser la guerre au Yémen et soulager les souffrances d’une population épuisée par le conflit, la famine et les maladies, mais constitue un pas nécessaire pour créer les préconditions à la paix. »

 

80 % de la population a un besoin urgent d’aide humanitaire

En France, en revanche, le gouvernement joue la grande muette. Des ONG auraient pourtant bien aimé s’exprimer et se féliciter, à l’instar de leurs homologues états-uniennes ou transalpines. Ainsi l’association Aser (Action sécurité éthique républicaines), membre du Réseau d’action international sur les armes légères et accréditée aux Nations unies, a, depuis longtemps, tiré le signal d’alarme.

En décembre dernier, elle a publié un rapport intitulé « Crimes contre l’humanité au Yémen » qui montre comment les pays de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – comprenant également l’Égypte, dont le président Al Sissi a été reçu à Paris – n’ont cessé de cibler les civils et les biens à caractère civil depuis mars 2015. Et ce malgré les appels répétés du Conseil de sécurité des Nations unies.

Icon Quote Le fait que des armes de précision soient utilisées lors des raids aériens de la coalition indique que les décès de civils et la destruction de biens civils qui en ont découlé (...) étaient bel et bien volontaires.RAPPORT ASER

80 % de la population a un besoin urgent d’aide humanitaire, avec plus de 230 000 morts selon le rapport du programme national des Nations unies pour le développement, dont plus de 140 000 enfants, fin 2019. Vingt millions de Yéménites dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire au quotidien, soit les deux tiers de la population. Un Yéménite sur huit est réfugié dans son propre pays dans les conditions que l’on imagine. Selon Jean-Nicolas Beuze, responsable de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) à Sanaa, interrogé par France 24, « entre 80 et 90 % des denrées alimentaires de base telles que le riz et la farine sont importées. Or, cet acheminement est très fragile car le conflit est actif et plusieurs millions de personnes sont exposées au risque de famine. L’accès à la santé est très mauvais, 50 % des centres de soins ont été détruits dans les affrontements, avec des risques épidémiques, notamment de choléra. Enfin, l’embargo sur le fuel imposé par la coalition internationale dans le Nord génère d’énormes problèmes logistiques ». Une réalité terrible qui ne doit rien à une catastrophe naturelle. « Le fait que des armes de précision soient utilisées lors des raids aériens de la coalition indique que les décès de civils et la destruction de biens civils qui en ont découlé ne relèvent pas d’une simple négligence due à un manque de précaution, mais étaient bel et bien volontaires », souligne le rapport d’Aser.

 

Macron cherche à se faire une place sur la scène internationale

Ce qui ne semble toujours pas émouvoir les dirigeants français. Et pour cause. Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) le 9 mars 2020, la France a occupé la 3e position sur ce marché entre 2015 et 2019, représentant ainsi 7,9 % des parts du marché mondial de vente d’armement. Une place que, visiblement, Emmanuel Macron et ses ministres rêvent de renforcer en gagnant une place sur le podium de l’économie de la mort. Il est vrai que l’actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, alors qu’il était ministre de la Défense sous François Hollande, se vantait d’avoir participé à l’augmentation du PIB de la France grâce aux contrats d’armement passés. Il faut croire que de l’armée à la diplomatie il n’y a qu’un pas. « Le secteur de l’industrie de défense est un secteur très important (…) pour la technologie française (…) et pour notre économie, pour nos emplois », expliquait benoîtement la ministre des Armées Florence Parly en juin 2019 sur RTL. Ce qui lui permettait d’asséner, tout en reconnaissant l’existence de victimes civiles : « Je n’ai aucune information me permettant d’assurer que ces victimes civiles le sont du fait des armes françaises. »

 

Pour Paris, les liens avec Riyad seraient donc à préserver et à développer envers et contre tous. Fût-ce au prix de vies humaines. Qu’il s’agisse du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, démembré par des sbires de MBS dans une arrière-salle de l’ambassade d’Arabie saoudite à Istanbul, ou de centaines de milliers de Yéménites dont personne ne saura jamais le nom ni même qu’ils ont eu une existence. Les raisons de cette noce sans fin entre la France et l’Arabie saoudite ont de multiples racines. Parmi elles, la promesse qui aurait été faite de confier à la France le développement d’un nouveau site touristique au nord-ouest de l’Arabie, sur un ancien site nabatéen, Al-Ula. Un projet estimé entre 50 et 100 milliards de dollars. Et puis bien sûr, il y a les considérations géostratégiques. La France possède aux Émirats arabes unis sa seule base militaire dans le Golfe, qui lui permet d’être aux avant-postes face à la « menace iranienne » et donc de pouvoir être considérée comme un acteur incontournable dans ces sables assez mouvants. Emmanuel Macron, qui cherche à se faire une place sur la scène internationale malgré un certain nombre d’échecs (Sahel, Liban, Libye, Méditerranée orientale), joue ainsi le poids des armes et le soutien sans faille à l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole. À sa décharge, on peut penser que le geste fort de Joe Biden n’est certainement pas dépourvu de toute vision stratégique. Il vient ainsi d’approuver une vente d’armes de près de 200 millions de dollars à l’Égypte, pays membre de la coalition dirigée par les Saoudiens. On comprend mieux, cependant, pourquoi, contrairement à d’autres pays, les citoyens en France n’ont aucun droit de regard et encore moins de décision sur les contrats d’armement et sur le déploiement des troupes à l’étranger. Pendant la guerre, le business continue, dit le vieil adage. Et c’est encore plus juteux.

 

« La France viole ses engagements internationaux »

« Depuis quelques mois, des mesures spectaculaires de limitation ou de cessation de ventes d’armes à la coalition des pays du Golfe engagés dans la guerre au Yémen se multiplient », remarque Pascal Torre, en charge du Maghreb et du Moyen-Orient pour le PCF. « Ces initiatives laissent de marbre Paris. Cette posture est totalement assumée par Emmanuel Macron, qui affirme que ces armes ne servent pas à tuer des civils. Or, l’usage d’armes françaises dans les atrocités et les crimes de guerre commis contre les populations civiles yéménites est largement documenté. Les autorités accordent des licences d’exportation à des entreprises comme Dassault Aviatio n, MBDA France ou Thales, qui sont directement impliquées dans ces massacres. Ainsi, la France viole ses engagements internationaux et s’expose à des sanctions au titre du traité sur le commerce des armes, qu’elle a ratifié », dit-il. « Il serait temps que la France, troisième vendeur d’armes au monde derrière les États-Unis et la Russie, prenne des initiatives significatives en termes de désarmement, confortant ainsi les premières mesures restrictives déjà adoptées par quelques pays. » Et le dirigeant communiste d’enfoncer le clou : « Paris doit lever l’opacité qui prévaut sur le commerce des armes et cesser immédiatement ses livraisons à ces pays. »

 

 

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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 06:25

 

Notre classe politique dans son ensemble semble subitement touchée par la grâce : elle découvre, au détour d’une crise sanitaire majeure, qui va induire une crise économique dévastatrice, qu’il n’est pas inopportun pour un État de disposer d’une certaine souveraineté industrielle, qu’importer 90 % de nos médicaments de Chine ou dépendre pour la fourniture des masques des importations n’est pas une situation très recommandable en période de crise mondiale. Du coup, la « souveraineté industrielle » devient un passage obligé de la rhétorique politique de tous les horizons.

*Yves Bréchet, ancien haut-commissaire à l’énergie atomique, est membre de l’Académie des sciences.

Certes, un simple « retour en arrière » semble pour le moins illusoire. L’État purement colbertiste qui a présidé aux Trentes Glorieuses a vécu. Et la mondialisation a conduit à une structuration de l’économie (ce que Pierre Veltz appelle « l’économie des archipels et des réseaux ») qu’on peut peut-être amender mais dont il est difficile d’imaginer qu’on puisse la rayer d’un trait de plume.

Notre propos n’est pas d’imaginer un illusoire retour en arrière, mais de penser les conditions pour une reconstruction d’une souveraineté industrielle dans des secteurs ciblés, et avec des objectifs clairs.

Que ceux-là mêmes qui ont bradé la souveraineté industrielle, ou du moins contribué à la brader, la revendiquent aujourd’hui ne manque pas de piquant. Mais la question de la reconquête d’une souveraineté industrielle bradée à l’encan par des décennies d’absence de politique industrielle dépasse les lilliputiens politiques qui nous gouvernent. Elle apparaît dans sa cruelle nécessité, ne serait-ce que par la comparaison en ces temps de crise sanitaire entre l’Allemagne et la France. Et il importe que cette prise de conscience ne fasse pas feu de paille, et donc il est nécessaire de comprendre les conditions qui peuvent faire de la reconquête de la souveraineté industrielle un objectif réel, et non un énième artifice de communication. Avant de jeter les milliards à poignées, il importe de savoir quelle stratégie avoir. Sinon, il y a tout lieu de craindre que sous couvert de « réindustrialisation » on se contente une fois encore de servir les affidés.

 

LES RACINES DU MAL ET L’ÉNONCÉ DU PROBLÈME

La perte de souveraineté nationale dans le domaine de l’industrie, dans un pays traditionnellement colbertiste comme la France, ne peut être qu’une conséquence conjointe de la démission de l’État et de la compétition des pays concurrents. On ne peut, dans l’espace d’un article, que donner à grands traits, sans les nuances nécessaires, les grandes lignes des conditions indispensables pour que le discours sur la « souveraineté industrielle » ne soit pas un vain mot. En particulier, on ne peut se contenter d’agiter le mot « mondialisation » comme un épouvantail qui serait responsable de tous les maux.

Chaque item de ce texte mériterait tout un développement,et les exemples ne manquent pas pour appuyer les constatations un peu brutales qui y figurent. Mais on a tellement pris l’habitude de mentir et de se mentir, de se voiler la face sur l’état de la souveraineté de notre pays qu’on voit aujourd’hui dans le désastre sanitaire les conséquences de cette politique de l’autruche. Et comme si cela ne suffisait pas, au bord d’une crise économique majeure les décroissantistes sortent du bois, les profiteurs de subventions se jettent sur un pays exsangue pour le vampiriser de subventions (qui pour l’éolien, qui pour l’hydrogène…), sans compter les nouvelles occasions de fraudes massives (sur les certificats d’émission, sur les subventions à l’isolation…).

Je ne sais pas s’il y a encore une chance de redresser le pays dans le triple désastre qui se profile (sanitaire, économique et social,politique). Mais je suis certain que ce n’est pas en se payant d’une prose sub-khâgneuse que nous y arriverons. L’heure est grave, la franchise est plus que jamais indispensable. Je doute fortement que la classe politique actuelle ait l’envie et la capacité de l’écouter.

Pour redresser la barre, il faut tout d’abord faire un état des lieux sans complaisance, en identifiant bien ce qui est indispensable à la souveraineté et ce qui est un atout économique du pays. Les deux ne coïncident pas nécessairement, car on peut avoir des besoins industriels indispensables à la souveraineté qui ne sont pas nécessairement des secteurs où nous sommes compétitifs au niveau international. Ce qui est indispensable à la souveraineté doit être maintenu ou reconstitué si cela a disparu, ce qui est un atout industriel doit être développé.

Si on peut espérer reconstruire une souveraineté industrielle dans la durée, il est aussi urgent de mettre au jour les carences de notre système éducatif et les manques criants en termes de compétences. La difficulté endémique de notre système bancaire à soutenir des actions industrielles demande aussi à être questionnée. Enfin, l’évaporation des capacités de décision, au niveau de l’État vers l’Europe, au niveau des entreprises vers les multinationales, est certainement une question clé, qui mérite un traitement en pro-fondeur, mais que je n’aborderai pas dans cet article qui n’a d’autre objectif que de préciser ce qu’on peut entendre par « souveraineté industrielle ».

 

ÉTUDE DE CAS : LES TURBINES ARABELLE ET LA VENTE DE ALSTOM À GE

La vente de Alstom à GE dans un pays où 95 % de l’électricité (nucléaire ou hydraulique) dépend de turbines en a laissé pantois plus d’un. Le conflit ouvert entre le secrétaire général adjoint de l’Élysée d’alors et le ministre de l’Industrie et les interférences de la justice états-unienne ont fait du dossier de la vente d’Alstom à GE, avec toute la complexité de la situation financière de l’entreprise, un feuilleton politico-financier qui n’honore pas l’État et où flotte un désagréable parfum d’arbitraire. Sans entrer dans le détail des transactions, le cas de la turbine Arabelle est assez emblématique d’une absence de stratégie industrielle de l’État. Emblématique par l’absence de lucidité vis-à-vis des conséquences; emblématique par l’absence de prise de conscience de l’erreur faite ; emblématique par l’absence de réaction de l’État, de la haute administration des ministères, de la classe politique, de la Banque publique d’investissement pour corriger l’erreur. Les turbines Arabelle, parmi les plus puissantes du monde, équipent le palier N4, à savoir les 2 réacteurs nucléaires de Chooz et les 2 de Civaux, mais aussi les EPR : 2 à Taishan,1 à Olkiluoto, 1 à Flamanville, 2 à Hinkley Point, et elles doivent équiper les EPR2 à venir (?). Au total, on compte donc 8 machines installées, dont 6 en fonctionnement et 4 en cours d’installation. Le retour d’expérience du N4 (plus de vingt ans) et de Taishan est excellent. Si l’État ne fait rien pour les récupérer à Belfort, GE vendra l’usine ? la technologie ? l’activité aux Chinois? À moins que Siemens ne se mette sur les rangs. L’absence de réaction à ce jour laisse deux options : la crainte de déplaire au prince ou une réalisation de la sentence d’Euripide : « Les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre. »

 

 

LES FACETTES DE LA SOUVERAINETÉ INDUSTRIELLE

La souveraineté industrielle est un édifice à plusieurs étages. Il importe pour bien cibler les actions de les distinguer sans chercher à les opposer.

L’étage supérieur, ce sont les capacités industrielles permettant de maîtriser les domaines régaliens avec le maximum de degrés de liberté par rapport aux contraintes externes, que ces contraintes soient volontairement dirigées contre le pays ou qu’elles soient simplement le fruit d’évolutions spontanées. On peut citer la défense, la santé, l’énergie, les produits alimentaires de base, les technologies de l’information.

L’étage intermédiaire, ce sont les capacités industrielles qui portent sur des technologies duales ; il permet d’obtenir une masse critique de compétences et d’outils entretenue dans des conditions économiques soutenables. Il faut donc développer dans ce domaine ce qu’on peut baptiser « industries stratégiques », des fleurons industriels pour y être à la pointe de l’innovation et de la compétitivité. Les principaux secteurs concernés en France sont l’aéronautique, l’armement (en tant qu’industrie exportatrice), la mobilité terrestre, l’électronique, toutes les industries (turbines, industrie nucléaire) qui contribuent à notre souveraineté énergétique. Les fondations, enfin, c’est un écosystème soutenant l’en-semble : formation, sécurité juridique, réseaux de sous-traitants, économie de marché, capacité de financement de la réindustrialisation, etc. En particulier, la souveraineté ne peut se concevoir sans une maîtrise de matériaux critiques, comme les métaux ou les composites, et des ressources (limitées par nature) – sans lesquels il n’est point d’industrie matérielle.

La maîtrise de l’ensemble de cet édifice ne signifie pas que l’on est capable de fonctionner en autarcie, mais qu’on peut contrôler les briques technologiques clés de chaque domaine. Par exemple, la France a très peu de sources d’énergie locales, elle doit donc en importer. Mais si elle maîtrise un portefeuille de technologies diversifié, elle minimise le risque d’actions hostiles remettant en cause l’énergie dont elle dispose, car chaque technologie de production d’énergie fait appel à des sources différentes, réparties différemment dans le monde. Une brique technologique est l’assemblage de deux composants : le savoir-faire up to date et la capacité de production. S’il manque un des composants, la brique ne sert pas à grand-chose. Une espèce de fascination d’adolescents pour la multiplication d’applications pour leur iPhone a conduit toute une génération de dirigeants politiques à oublier le caractère « matériel » d’une activité industrielle (un industriel, dont par charité nous tairons le nom, disait rêver d’une « industrie sans usines »), soit qu’ils en ignorent jusqu’à l’existence, soit qu’ils l’englobent dans leur mépris souverain pour l’« ancien monde ».

Enfin, même dans le système capitaliste, même avec une dominance de la propriété privée, il ne peut y avoir de souveraineté industrielle ou, plus généralement, de souveraineté nationale sans un minimum de santé financière de l’État. L’industrie doit donc être rentable, et l’État efficace. D’où l’importance de secteurs non régaliens et non stratégiques, comme le luxe, qui permettent d’obtenir profitablement des devises grâce aux exportations. D’où aussi la nécessité d’assainir les finances publiques afin de disposer de capacité de « fléchage » des aides d’État vers des secteurs ciblés. On ne peut pas dire que l’État, drogué au clientélisme subventionné, ait été particulièrement performant dans l’assainissement des finances publiques, préférant rogner sur des dépenses essentielles plutôt que de toucher aux vaches sacrées. Sa participation dans la gestion des entreprises dont il est actionnaire (EDF, SNCF, ADP, FDJ…), ne brille en général pas par sa pertinence. On envoie dans les conseils d’administration des gens qui n’ont pas d’expérience et ne connaissent rien à l’industrie dont soi-disant ils assurent la tutelle.

Du point de vue strictement industriel, l’inconscience avec laquelle la France et ses gouvernements successifs ont détruit son avance dans les domaines de l’agroalimentaire, de l’énergie nucléaire, de la métallurgie, de l’industrie pharmaceutique sera sévèrement jugée par l’histoire.

Il ne peut y avoir de souveraineté en matière de défense si on n’a pas de systèmes électroniques fiabilisés quant à leur approvisionnement et vis-à-vis de la cybersécurité physique.

 

L’INDUSTRIE COMME PATRIMOINE

Que ce soit pour les secteurs industriels de souveraineté aussi bien que pour les secteurs industriels stratégiques, il faut absolument en évaluer les conditions de possibilités et les dépendances possibles, comprendre ce qui les rend possibles et ce qui les rend dépendants (en termes d’industrie manufacturière, d’industrie des matériaux, d’industrie électronique).

Les industries « classiques » qui ont été bradées sans état d’âme pour se ruer sur des secteurs certes importants (comme l’industrie des services, ou de la communication et de l’information) ou pour répondre à des effets d’annonce (comme les nanosystèmes, et maintenant l’intelligence artificielle) sont légion. Et ce massacre irresponsable s’est fait sans voir que ces « nouveaux domaines » nous seront inaccessibles si nous n’avons pas le socle de compétences et d’outils industriels qui nous protège d’éventuels oukases de concurrents internationaux.

Quel sens a la souveraineté en matière de défense si on n’a pas de systèmes électroniques fiabilisés quant à leur approvisionnement et vis-à-vis de la cybersécurité physique ? Comment penser une industrie aéronautique forte quand on n’a plus de fournisseurs en titane et que nous sommes passés fort près de n’avoir plus d’industrie de l’aluminium échappant à l’emprise états-unienne ? Quelle solidité de notre industrie auto-mobile si nous n’avons plus la maîtrise de nos aciéries ? Quel sens donner à la voiture auto-nome si nous ne savons plus fabriquer de voitures ? Pour ne rien dire de l’électrification du transport en dépendant de la Chine pour les batteries. Et de cet exemple de cécité stratégique de la production d’électricité après avoir bradé les turbines ? On pourrait accumuler les exemples jusqu’à la nausée.

Dans les vingt dernières années,on a réussi à combiner l’inefficacité de la gestion étatique avec la cupidité de la gestion « financière », qui exige des retours surinvestissement à très court terme. La question du propriétaire, public ou privé, de l’outil de production est secondaire, la vraie question est la vision qu’on a de l’outil industriel. Doit-on le considérer comme un patrimoine à développer et à renforcer ou comme un fruit dont on extrait le jus pour jeter l’écorce ? Cette perte du sens de l’outil industriel comme patrimoine est sous-jacente à la perte de souveraineté industrielle. Le tout couronné par une « stratégie industrielle » des gouvernements successifs qui ne se sont posé ni la question du caractère stratégique, ni la question des conditions de possibilités de leurs choix, ni celle de la pertinence de ces choix autrement que pour briller dans les salons. C’est comme si on se focalisait sur le dernier barreau d’une échelle sans se rendre compte qu’il n’est guère utile si tous les autres barreaux manquent. Mais il faut avoir une fois dans sa vie grimpé sur une échelle pour le savoir.

La crise économique majeure qui se profile dans le sillage de la crise sanitaire doit être l’occasion de consolider les secteurs aujourd’hui trop dispersés, afin de constituer des ensembles industriels solides et pérennes, capables d’investir dans les ressources humaines et les moyens. Cette vision, déjà développée lors des crises précédentes, ne s’est jamais concrétisée. On a aujourd’hui la dernière opportunité pour le faire. On peut penser en particulier à la supply chain aéronautique (de nombreux sous-traitants sont des faiseurs extrêmement spécialisés et compétents, mais sans réelle maîtrise de leur fonctionnement), à la métallurgie. L’émiettement dans les actions et l’éléphantisme dans les régulations est un mal bien français. La Fédération Forge Fonderie française a une centaine d’adhérents : a-t-on besoin d’autant d’acteurs, dispersés, morcelés, sans masse critique, pour faire de la R&D ou pour maintenir leurs capacités, se livrant à une compétition mortelle entre eux pendant que les acheteurs des grands donneurs d’ordres sourcent tout ce qu’ils peuvent dans les pays dits low-cost ?

La notion d’État de droit est un point clé pour l’industrie, qui a besoin de sécurité juridique car elle travaille sur des horizons de temps sans aucune mesure avec les mondes politique ou financier. Par exemple, on tolère depuis des dizaines d’années que les acheteurs des grands constructeurs automobiles bafouent quotidiennement le Code du commerce. Leurs acheteurs, pour gagner leur bonus de fin d’année, sont capables des pires décisions, qu’ils imposent à des fournisseurs dépendants en toute illégalité. Et que penser des conditions faites à notre industrie électronucléaire pour laquelle les réglementations évoluent sans cesse, au cours même des projets? Le régulateur ne perçoit pas même la nécessité de justifier ses exigences toujours renouvelées par une démonstration scientifique de leur efficacité à augmenter la sûreté des équipements. Quelle industrie peut vivre dans ces conditions ?

 

IDENTIFIER LES CARENCES DE NOTRE SYSTÈME ÉDUCATIF

La formation de la jeunesse (voir à ce sujet le rapport Boiteux de l’Académie des sciences morales et politiques, préfacé par Pierre Messmer et Raymond Barre, en2007, qui n’a pas pris une ride) est inadaptée, à tous les niveaux. La formation des enfants dans les écoles, collèges et lycées les laisse complètement ignorants de ce qu’est le monde technique ou industriel. Cela va de pair avec le manque criant de formation scientifique des maîtres quand ce n’est pas une défiance vis-à-vis de l’industrie, voire un engagement décroissantiste déplacé. Il en résulte, en plus de l’ignorance, une inappétence des élèves pour les techniques qu’ils ne connaissent pas et pour les métiers dont ils ne savent même pas qu’ils existent.

Il y a clairement une trop faible part de l’apprentissage pour le niveau technicien. On pourrait avoir le même regret en ce qui concerne la formation en alternance. Le contraste avec la Suisse et l’Allemagne est criant. Cette misère de l’apprentissage est la conséquence quasi automatique du mépris bien français de l’intellectuel pour le manuel.

Les ingénieurs sont de plus en plus formés au « bavardage PowerPoint », et vont parader dans les sphères décisionnelles sans être jamais passés par la case « usine », « recherche » ou« bureau d’études ». Plus les écoles sont prestigieuses, plus la dérive est forte. L’essaimage vers l’industrie de ces ersatz d’ingénieurs ne fait qu’amplifier ce constat dramatique : l’ordre du discours a pris le pas sur l’ordre de l’action et des résultats concrets.

Ajoutons à cela l’état désastreux de la formation continue, qui est à de rares exceptions près la chasse gardée de « profiteurs de subventions ». Là encore le contraste avec les autres pays occidentaux est éclairant… et effrayant : dans chaque amphi d’un département d’ingénierie d’une université anglo-saxonne, on trouve des étudiants en cours d’études initiales aussi bien que des professionnels venant renouveler leur formation. En France, le CNAM a vocation à cela, trop souvent en mode ségrégation d’avec le milieu universitaire « normal », mais au prix de quelles difficultés pour ceux qui prennent cette voie !

Pour couronner le tout – et c’est particulièrement dommageable dans un pays de tradition colbertiste où la porosité entre la haute administration et les sphères dirigeantes industrielles est une constante – on a vu se développer une haute administration inapte à analyser les problèmes industriels et incapable de prendre des décisions sur des bases solides : les énarques n’y sont pas préparés, les corps techniques de l’État n’ont plus rien de technique. La communauté de formation entre les élites publiques et industrielles,qui avait été un atout majeur à l’époque des Trente Glorieuses, est devenue une faiblesse dramatique de notre pays.

Une analyse comparative avec la Corée du Sud, le Canada, l’Allemagne s’impose. Il ne serait pas inutile de voir aussi le système chinois. On ne reconstruira durablement une souveraineté nationale dans le secteur industriel que si les faiblesses de notre système de formation sont analysées et corrigées.

 

RECHERCHE ACADÉMIQUE ET SECTEURS INDUSTRIELS STRATÉGIQUES

Dans le même temps où les instances ministérielles se peuplaient d’universitaires médiocres, sans vision stratégique, alors que les plus prestigieuses institutions de la recherche voyaient de dégrader avec constance le « pedigree scientifique » de leurs dirigeants, on a vu proliférer une programmation scientifique tissée de mots clés, d’exigence sociétale, d’impact sur les tissus économique et industriel, exigences dans les discours sans que jamais l’efficacité des actions soit sérieusement évaluée. La multiplication des organismes de « valorisation », avec des modèles économiques aussi peu viables les uns que les autres, et une réglementation qui fait tout pour leur rendre la coordination-coopération entre eux impossible, parachève le théâtre d’ombres d’une pseudo-politique de recherche industrielle dans l’état. Il en est résulté une forme de bavardage enfantin où la politique de l’État se limite à faire semblant, et la prospective scientifique à enfourcher le dernier dada à la mode. La définition de grands programmes en termes de « projets » est un désastre du point de vue de la science, et est totalement inefficace du point de vue de l’industrie.

On ne pourra sortir de cette ornière qu’en extirpant le primat de la communication dans le processus de décision, et en identifiant les besoins académiques non en termes de projets à finalité explicites mais en termes de compétences nécessaires et de moyens expérimentaux, y compris en termes de pilotes semi-industriels. L’illusion des ministères qui pensent avoir une politique de recherche parce qu’ils surfent sur le dernier buzz-word doit cesser. L’obsession de l’innovation qui conduit à abandonner des pans entiers de recherche parce que passés de mode est probablement ce qui a fait le plus de mal à notre pays.

Une fois encore, les exemples de la Corée du Sud, de la Chine, de la Suède, de l’Allemagne doivent être revisités en profondeur et ne pas se contenter, dans cette analyse, du pourcentage du PIB.

LE SECTEUR BANCAIRE CAPABLE DE FINANCER CES INDUSTRIES ?

Le secteur bancaire français, très puissant et très visible à l’étranger, ce qui est un atout,a par exemple grandement aidé au développement d’Airbus. Mais il a en général une incapacité quasi pathologique à aider le développement industriel. Les régulations mises en place avec quelque raison après la crise de 2008, qui ne facilitent pas les prises de risque, ainsi que l’absence de fonds d’investissements qui pourraient prendre ces risques – que les banques ne sont pas incitées à prendre – font de notre secteur financier un monde conservateur pour lequel la rentabilité à court terme des placements est plus rassurante, et qui encourage les tours de passe-passe financiers des fusions acquisitions plus que les investissements dans un outil industriel.

L’épargne des Français est elle-même peu mobilisée pour des actions industrielles et l’implication des salariés dans la possession de l’entreprise, actionnariat salarié ou stock-options largement généralisées, est médiocrement développé. En ce qui concerne les start-up, quand les États-Uniens font un tour de table à 10 millions de dollars en deux heures de réunion, nos grandes banques s’avèrent incapables de réactivité. La Banque publique d’investissement, faute de pouvoir faire des analyses techniques approfondies, en dehors du domaine des nouvelles technologies dématérialisées, se contente de surfer sur la vague des derniers sujets à la mode. « Je veux quelque chose de nouveau » est le mantra des instances de financement public.

 

LA QUESTION EUROPÉENNE

La question du rôle de l’Europe dans la souveraineté industrielle est complexe. Une fois débarrassé de la version irénique d’une Europe qui serait la solution à tous nos problèmes, et de l’Europe bouc émissaire de toutes les incuries gouverne-mentales, il est difficile de nier que la dimension européenne est la bonne échelle pour faire face aux grands blocs : Chine, États-Unis – Canada, reste de l’Asie et, un jour, Afrique et Amérique latine. Mais force est de constater qu’à ce jour, à de rares exceptions près, comme Airbus, la machine européenne a plus été un frein au développement de champions industriels européens, ce au nom de la libre concurrence. Une composante essentielle a structuré l’Europe de manière destructrice, et a été accentuée par le dogme de l’hyperlibéralisme anglo-saxon : c’est la toute-puissance du marché et la préférence systématiquement donnée au consommateur final qui a conduit à ouvrir nos marchés à des zones géographiques extérieures, et ainsi à fragiliser puis à détruire notre industrie, nous rendant dépendants à outrance des pays non européens. On ajuste oublié que le consommateur final n’est consommateur qu’à temps partiel, le reste du temps il doit bien gagner sa vie,donc produire, pour pouvoir ensuite consommer.

En détruisant les secteurs de production, les ressources des consommateurs s’en sont trouvées diminuées, les aides sociales ponctionnées chez ceux qui ont encore la chance de pouvoir travailler ne fournissant que des soins palliatifs à une économie malade. Un rééquilibrage du marché européen introduisant une notion de « préférence de production européenne » est indispensable si on veut relever l’Europe du champ de ruines actuel. Mais il est clair qu’une telle politique ne peut se mettre en œuvre avec les structures de gouvernance actuelle : il est trop facile à un des géants du globe de faire un accord bilatéral ciblé avec un des pays européens pour bloquer ensuite, par le jeu de l’unanimité, toute velléité de protection du marché européen. Développée à la sortie de la Seconde Guerre mondiale pour éviter le « protectionnisme interne » des États, l’Europe s’avère à ce jour incapable de se protéger des autres acteurs majeurs de la planète, et un obstacle à la création de « champions européens » à l’échelle mondiale. Faute d’avoir défini le champ d’action où elle était légitime, elle a préempté la capacité de décision des États dans leurs attributions stratégiques, comme celui de l’énergie, cachant derrière une prétendue politique commune une sujétion totale au plus puissant de ses membres.

UN MAL QUI NE SE SOIGNE PAS SEULEMENT À COUPS DE MILLIARDS

La perte de souveraineté industrielle du pays résulte malheureusement aussi d’une perte du sens de l’État chez ses dirigeants. La perméabilité des frontières entre la haute fonction publique et les directions industrielles fait que cette perte s’est généralisée, avec, même si on peut trouver d’heureuses exceptions, une tendance prévisible : ceux qui ne servaient plus l’État mais leur carrière quand ils étaient dans la haute administration se sentent autorisés, une fois de l’autre côté de la barrière, à en profiter.

La perte du sens de l’État s’accompagne d’une perte de compétences techniques, tant à l’ENA que dans les grands corps. Et la perte de compétence tech-nique résulte d’un système de formation inadapté et trop éloigné du monde de l’industrie. De cette perte du sens de l’État et de l’incompétence technique généralisée résulte une incapacité, aveuglement ou cynisme, à identifier sans ambiguïté ce qui est indispensable à la souveraineté nationale, ce qui constitue des atouts majeurs pour le pays et ce qui est simplement une activité parmi d’autres. Tout aussi absente est l’analyse des conditions de possibilités des choix stratégiques.

Pour couronner le tout, la perte de souveraineté monétaire, l’absence de politique industrielle en France, la démission de l’Europe en termes de politique industrielle et la lâche décision de s’en accommoder conduisent à des délires complets tels que l’actuel Green Deal, qui ne fait sens ni du point de vue économique ni du point de vue écologique et qui incarne la preuve évidente d’un pays qui a renoncé à sa souveraineté sur une question majeure telle que l’énergie, le climat servant de cache-misère à des luttes d’influence entre lobbies. Cette absence de politique industrielle de l’Europe a beau être d’une évidente stupidité, plus personne n’ose la dénoncer tant les vaches sacrées(écologique, européiste) ont réussi à décérébrer le débat public.

Un plan d’action pour recouvrer la souveraineté industrielle doit se fonder sur le recensement structuré des points évoqués dans cet article, l’élément de base étant le concept de brique technologique.

Pour chaque brique technologique il faut s’assurer qu’il y a un ou deux acteurs contrôlés par le pays, avec les moyens d’y maintenir une position de leadership mondial. Cela passera forcément par des consolidations industrielles, impliquant ou non une participation de l’État. À court terme, il faut que les acteurs publics repassent sous un contrôle strict afin d’assurer le retour à un État de droit agissant en fonction des priorités nationales.

À moyen terme, sans nécessairement rêver de reconstruire le Commissariat au plan de l’époque héroïque des Pierre Masse et des Louis Armand, il est urgent que l’État, colbertiste dans son ADN, l’assume pleinement et se donne une haute administration digne de sa mission, c’est-à-dire capable d’une analyse scientifique et technique des dossiers, non seulement par sa formation, mais aussi par une pratique de l’industrie comme étape d’apprentissage, et non comme zone de pantouflage. On n’ira nulle part en continuant à s’appuyer sur des conseillers sans expérience et dont la suffisance ne fait qu’amplifier l’incompétence.

Ces prérequis sont des conditions nécessaires pour reconstruire une souveraineté industrielle. Elles ne sont pas suffisantes. Il n’y aura de souveraineté industrielle que s’il y a une industrie, et la floraison post-covid-19 de toute une littérature illuminée sur le « monde d’après » est inquiétante. Il faudra dépasser sur les questions de « mondialisation » la vulgate néolibérale ou anticapitaliste. L’imbrication de nos États dans des structures supranationales demande une clarification des différents domaines dans lesquels la souveraineté s’exprime.

Comme le disait Clemenceau, « Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ». Si la reconquête de la souveraineté industrielle n’est qu’un artifice rhétorique de plus, si les objectifs ne sont pas convenablement déclinés, y compris dans ce qu’ils peuvent avoir de perturbant pour l’idéologie dominante, on peut être certain que les milliards d’euros couleront à flots, mais que les plans de réindustrialisation ressembleront aux bals que ces aristocrates ruinés donnaient dans leurs châteaux alors que la toiture faisait eau de toute part.

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