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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 18:20
Enzo de Gregorio (photo Ouest-France, 2019)

Enzo de Gregorio (photo Ouest-France, 2019)

La contestation lycéenne une nouvelle fois muselée

Ce mardi 3 novembre, après la rentrée catastrophique de la vieille circulait un appel au blocage des lycées français. En région parisienne, une dizaine d’entre eux étaient bloqués, des événements de mêmes ampleurs ont eu lieu à Nantes, Besançon et de nombreuses villes encore.

Les lycéens répondaient tous à l’appel de deux syndicats lycéens l’Union Nationale Lycéenne et le Mouvement National Lycéen, qui n’ont eu de cesse depuis septembre d’alerter sur la situation sanitaire dans les établissements scolaire du secondaire. Entre protocole sanitaire allégé ou plutôt inexistant et un changement de doctrine permanent, les lycéens ne ce sentent pas en sécurité dans leurs établissements.

A l’annonce du confinement, E.Macron a annoncé le maintien des cours des lycées en présentiel avec un protocole sanitaire renforcé. Or, selon de très nombreux témoignages, de très nombreuses vidéos, les mesures supplémentaires n’étaient mises en œuvre.

A titre personnel, d’anciens camarades de lycée m’ont fait parvenir les images d’un lycée que je connais bien.

Sur ces vidéos on observe que le hall du lycée, seul abri de celui-ci quand il pleut, est bondé. Les centaines d’élèves se croisent pendant les récréations, la queue du self n’a rien à envier à la situation de l’année dernière. Seul point positif, tous les élèves sont porteurs du masque. Sans compter que dans une interview la proviseure de ce même lycée informe que le rectorat lui laisse une semaine supplémentaire afin de mettre en place un protocole strict, dans ces cas-là n’aurait-il pas fallu déplacer la rentrée d’une semaine afin de faire reprendre les élèves en totale sécurité ?

Face à tout cela, des centaines de lycéens ce sont réunis devant les lycées afin de protester contre l’insécurité constante qu’il y a au cœur de leur lycée. Au lendemain de la lecture de la lettre de Jaurès, nous aurions pu penser que le gouvernement serait compréhensif, il n’en est rien. Depuis ce matin, les images qui sont remontées et qui sont diffusées sur les réseaux sociaux, montrent une brutalité policière sans nom, qui ne sont sans rappeler celle de janvier dernier lors des manifestations contre les E3C, les images montrent mêmes des policiers en armes de guerre devant nos lycées devant des élèves de 15-16-17 ans.

Depuis ce matin, les informations qui sont remontées via les réseaux de militantisme lycéen disent que plusieurs dizaines de jeunes sont à cette heure en Garde à Vue. Leur tort, avoir manifester. A la sortie de ces GAV auront nous les mêmes témoignages que l’an dernier, je le crains..

Aurons-nous des condamnations de jeunes pour avoir simplement voulu étudier en sécurité? Je crains que oui. Le gouvernement semble avoir peur de la rébellion des jeunes, mais pour connaître de près nombre d’entre eux, pour échanger quasiment quotidiennement avec eux, le ras le bol est profond et cette situation, ne fait qu’accroitre la révolte en eux. Nous ne sommes qu’aux prémisses de cette révolte, à cette heure nul n’est capable de savoir où cela s’arrêtera.

Mais en décembre dernier je disais « nous sommes à l’aube d’une révolution menée par la jeunesse » et aujourd’hui, cette phrase est toujours vraie et ne demande qu’à être vérifiée mais les jeunes n’y arriveront pas seuls, il nous faudra tous les soutenir, les accompagner pour que la victoire ne soit pas uniquement celle de la jeunesse de France mais celle du peuple de France.

Alors pour finir mon propos, je paraphraserais Karl Marx, prolétaires de France, jeunes de France, unissons-nous !

Enzo de Gregorio

Militant du PCF et de la JC dans le pays de Morlaix.

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 17:55
Attaques terroristes / République : Déclaration de Fabien Roussel (PCF)
Attaques terroristes / République : Déclaration de Fabien Roussel (PCF)
 
Vous trouverez le lien de la vidéo : https://fb.watch/1xjTwLiCNQ/
 
 
13 jours après l'horrible assassinat de Samuel Paty, est survenu ce nouveau crime atroce, ce nouvel acte terroriste d'un fanatique islamiste, tuant trois de nos concitoyens à Nice.
 
Comme vous toutes et tous, je suis bouleversé, choqué. Je renouvelle ici tout mon soutien aux familles des victimes, aux enseignants et aux usagers de l'école publique aujourd'hui sous le choc, aux catholiques qui viennent d'être visés. Ces crimes sont impardonnables. Rien, absolument rien, n'excusera jamais pareille abomination.
 
A travers eux, à travers ce terrorisme islamiste, ce sont toutes nos valeurs qui sont attaquées.
 
Ces crimes ne doivent pas rester impunis, leurs complices et  tous ceux qui prêchent la haine doivent être sévèrement punis.
 
Notre pays fait face à une menace réelle, que nul ne peut nier.
 
L'islamisme, qui grandit dans notre pays, ne doit pas être confondu avec la pratique de l'islam et de la religion musulmane.
 
A la différence de nos compatriotes musulmans qui veulent vivre leur foi dans le respect de nos lois, ceux qui se réclament de l'islamisme veulent imposer leurs lois religieuses.
 
Ils poursuivent un objectif bien précis : prendre prétexte de la religion pour répandre la terreur. S'ils combattent notre République laïque, c'est parce qu'elle garantit à chacune et chacun la possibilité
d'exercer ses droits de citoyens quelles que soient ses origines ou sa religion.
 
Pour cela, ils prétendent diviser les Français, déclencher une nouvelle guerre de religion.
 
Restons unis, ne cédons pas à ces appels.
 
Évitons les surenchères guerrières, les amalgames. Des responsables politiques récupèrent malheureusement ces drames pour en rajouter, entretenant la confusion entre l'immigration, le droit d'asile, la nationalité et les religions.
 
Les réseaux sociaux deviennent ainsi le théâtre de ce climat d'une violence inouï. Quelques heures après le drame qui a couté la vie à Samuel Paty, des dizaines de sites français, d'extrême droite, diffusaient la photo de sa tête, appelant à venger le professeur en s'en prenant aux musulmans.
 
Bien sur, tout cela est interdit par des lois qui existent déjà.
 
Mais cela illustre le climat qui pousse des extrémistes à passer à l'acte. Comme ce militant d'extrême droite qui a mitraillé des fidèles musulmans à Bayonne, à l'automne 2019.
 
C'est pour cela que nous devons rester forts, soudés, unis autour des grandes conquêtes républicaines dont nous avons hérité avec la Révolution française. C'est ainsi que nous ferons reculer l'islamisme et ses réseaux, ainsi que tous les extrémistes qui veulent nous opposer les uns aux autres.
 
Oui l'heure est grave. Car en plus d'affronter une crise sanitaire,  économique et sociale, notre démocratie est attaquée, mise en danger.
 
C'est pourquoi, je le dis ici, le Parti communiste français ne cédera pas un pouce de terrain à l'obscurantisme. Il prendra toute sa part dans ce combat pour notre République laïque, pour faire vivre la paix civile, l'égalité et la fraternité.
 
Il répondra aussi présent, comme à chaque fois dans son histoire, pour construire avec d'autres l'indispensable rempart contre toutes les formes de fascisme pour lequel nos anciens n'ont pas hésité à verser leur sang.
 
Et nous sommes prêts à passer aux actes. Oui, passer aux actes.
 
Car il est urgent de faire vivre cette République, partout, dans tous les territoires, là où elle est déstabilisée, contestée, attaquée.
 
Oui, nous voulons préserver comme un trésor national cette laïcité qui garantit la liberté de conscience et de critique. Cette liberté d'expression, si originale dans le monde et même en Europe.
 
Oui, nous voulons affirmer la séparation intransigeante des religions et de l'État.
 
Oui, nous voulons faire vivre l'égalité entre les femmes et les hommes, nous voulons en finir avec toutes les formes de patriarcat et de discriminations, avec le racisme et l'antisémitisme.
 
La République française est celle qui doit garantir les droits de tous ses citoyens, sans distinction d'origines, de religions, de convictions, d'orientations sexuelles.
 
Il y a des mesures urgentes à prendre, pour sécuriser le pays, nos concitoyens, pour protéger chacun d'entre nous des appels à la haine qui circulent.
 
Il est tellement urgent de retrouver sur tout le territoire des gardiens de la paix, une police de proximité, des services de renseignement, efficaces et en nombre suffisant.
 
Il est urgent de redonner des moyens à ces hommes et ces femmes qui luttent contre la haine sur les réseaux sociaux, avec la plateforme PHAROS, qui est à la disposition de tous pour signaler les comportements
et contenus illicites sur internet.
 
Il est indispensable de s'en prendre aux trafics d'armes, de blanchiment d'argent, qui financent et alimentent des réseaux et des extrémistes de tous bords.
 
Mais il faut aussi, dès maintenant, assécher le terreau sur lequel pousse dans notre pays le terrorisme. Des enfants français sont aujourd'hui sous l'emprise de parents et de réseaux islamistes.
 
Bien souvent, ils grandissent dans ces ghettos, dans ces zones de non droit où se concentrent la pauvreté, l'exclusion et toutes sortes de trafics.
 
Nous devons réinvestir les champs perdus de la République. Il ne suffit pas d'en parler. Il faut le faire !
 
Dans de très nombreux quartiers, le chômage frôle les 50 % et la pauvreté s'est installée.
 
Au lieu d'investir ces quartiers, l'Etat s'est désengagé.
 
Chaque fermeture d'hôpital de proximité, de maternité, de bureau de poste, de trésorerie, d'arrêt de bus, d'école, de commissariat, est vécu comme un abandon.
 
Le vivre ensemble, l'accès au savoir et à la culture reculent.
 
La fermeture de tous ces services publics, l'absence d'une vraie politique de logement et de soutiens à la vie associative, ont ouvert la porte aux associations communautaristes.
 
Cette situation n'excusera jamais le passage à l'acte et les crimes innommables. Jamais. Mais ouvrons les yeux sur ces ghetto, sur ces reculs de l'Etat, sur ces inégalités qui permettent à des fanatiques de recruter.
 
Nos professeurs, nos instituteurs et institutrices sont bien souvent prêts à prendre toute leur part dans ce travail. Leur engagement est d'ailleurs bien mal récompensé, et cela depuis des années.
 
Il est temps de leur donner les moyens de faire leur travail, auprès de chacun de leurs élèves.
 
Réaffirmons avec force la liberté pédagogique des enseignants. À l'école, rien n'est objet de croyance mais tout est au service des savoirs et de leur transmission.
 
Plus que jamais, portons l'ambition d'une culture commune de haut niveau au sein d'une école émancipatrice pour toutes et tous, donnant à tous les jeunes les moyens de maîtriser leur avenir.
 
Depuis des années, ce gouvernement comme les précédents s'est attaqué à l'école publique. En faisant cela, ils ont favorisé l'essor des établissements privées confessionnels.
 
Il fallait « dégraisser le mammouth » ! Aujourd'hui, il n'a plus que la peau sur les os et nos enseignants s'en plaignent depuis longtemps !
 
Stop avec ces logiques d'austérité qui ont affaibli tout l'enseignement, de l'école jusqu'à l'université, au gré des politiques mises en œuvre ces dernières années.
 
Des moyens supplémentaires doivent lui être accordés pour lui permettre de déjouer les offensives intégristes de tous bords. Un plan d'embauches est nécessaire. Et nos enseignants doivent pouvoir bénéficier d'une formation de qualité, adaptée aux nouvelles missions qu'ils ont à accomplir.
 
Pour chaque signalement, ils doivent être soutenus par leur hiérarchie.
 
Donnons-nous un calendrier, des objectifs, des moyens pour que tous nos concitoyens, quelle que soit leur origine, aient les même droits.
 
Adressons-nous à la jeunesse de notre pays pour leur envoyer ce message clair, ce signe d'espoir qu'ils seront tous respectés, qu'ils auront accès à l'emploi à la formation, au logement, à la culture, avec des
salaires leur permettant de vivre dignement.
 
Ce travail-là prendra de longs mois, peut-être plusieurs années. C'est pourquoi nous devons commencer sans tarder, en agrégeant toutes les forces vives de notre pays, les associations, les élus locaux tous ceux
qui ont à cœur de faire vivre et prospérer notre idéal républicain.
 
Ce combat contre les reculs de la République exige enfin une autre politique internationale de la France.
 
 
Les insultes du président Erdogan, les expéditions punitives organisées par des groupuscule d'extrême droite turcs dans notre pays contre des Arméniens ne sont pas acceptables. Tout comme les appels à la haine
contre notre pays, contre le président de la République.
 
La France doit revoir ses relations avec ces dirigeants, ces monarques qui financent des réseaux islamistes et bénéficient en même temps du soutien de notre pays comme de l'Union européenne. Les ventes d'armes,
les conventions fiscales avantageuses, les relations d'amitiés se retournent aujourd'hui contre nous. Il faut y mettre fin !
 
Commençons par ne plus leur vendre d'armes, et à ne plus sièger au sein de l'Otan, aux côtés de Monsieur Erdogan, qui emprisonne ses opposants démocrates, massacre les kurdes, menace la Grèce et Chypre, soutient une guerre meurtrière contre les Arméniens dans le Caucase.
 
Mes cher·e·s ami·e·s,
 
L'heure est grave mais ne perdons jamais espoir. Car même dans les heures les plus sombres, le peuple de France a su trouver les ressorts qui lui ont permis de faire face.
 
Mettons l'argent, nos richesses, au service de tous ces défis, au service de l'être humain, au service de la Paix, de la fraternité, de l'égalité entre tous les concitoyens.
 
Plus que jamais, l'Humain d'abord.
 
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
Paris, le 3 octobre 2020.
 

 

Attaques terroristes / République : Déclaration de Fabien Roussel (PCF)
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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:43

 

Plusieurs chiffres avancés par le ­président de la République lors de son allocution ont surpris par leur ampleur. S’ils sont difficiles à vérifier, les personnels de santé les contestent.

Cherchant à se dédouaner des accusations d’impréparation de la deuxième vague, Emmanuel Macron a affirmé, mercredi soir, que la France avait anticipé en formant plus de personnel, en étant capable d’augmenter la capacité d’accueil en réanimation et en dépistant plus que nos voisins européens.

Mais les chiffres annoncés sont contestés, notamment en ce qui concerne les effectifs. « Nous avons formé près de 7 000 infirmiers et médecins pour pouvoir travailler en réanimation », a avancé ­Emmanuel Macron. « C’est impossible à vérifier mais ce qu’il ressort du terrain, dans les différents hôpitaux de France, c’est qu’il n’y a pas plus de personnel. Ce chiffre nous étonne énormément, pour nous c’est un mensonge », répond Rachid Digoy, président du collectif Inter-Blocs.

« Des formations assez sommaires, en une ­semaine »

Depuis avril et jusqu’à cet été, le ­ministère de la Santé a communiqué sur la formation express de « plusieurs centaines » d’infirmiers qui n’avaient aucune expérience en réanimation. « Il y a eu des formations assez sommaires, en une ­semaine alors qu’on estime qu’il faut entre six et douze mois de pratique pour être mobilisable, explique le Pr Marc Leone, chef du service d’anesthésie et réanimation à l’hôpital Nord de Marseille. Tout le monde est utile en ce moment, ils vont nous aider même s’il faudra bien sûr les encadrer par des infirmiers référents. » « En réanimation, la complexité est telle que les infirmiers ne peuvent pas être lancés ainsi dans les services, déplore toutefois Rachid Digoy. De plus, si certains ont eu cette formation express, c’était pendant la première vague, pas après. D’autres devaient l’avoir cet été mais ça ne s’est jamais fait. » Pour lui, faire croire que les effectifs ont augmenté « est une hérésie, quand on sait que des personnels à bout de souffle ont démissionné ou que des ­libéraux qui nous avaient rejoints au printemps ne le feront plus car ils n’ont eu aucune reconnaissance, pas de prime Covid, rien… ».

Or, si les effectifs sont réduits, l’augmentation du nombre de lits en réanimation sera fatalement limitée. Emmanuel Macron avance que « nos capacités, qui sont passées de 5 000 lits avant la première vague à 6 000 aujourd’hui, nous allons les porter au-delà de 10 000 lits en réanimation ». Est-ce vraiment réalisable ? Ce jeudi, les hôpitaux ont reçu des injonctions ministérielles les poussant à déprogrammer l’ensemble des opérations en dehors des urgences et des interventions qui ne peuvent être déplacées. Si cela va créer des problèmes graves, en termes de suivi de certains malades notamment, la déprogrammation va permettre de renflouer les effectifs des unités Covid, comme lors de la première vague. Mais au printemps le nombre de lits avait pu grimper jusqu’à 10 700, « parce que, quand on manquait de personnel, on en rapatriait des établissements des régions moins touchées. Là, on ne pourra pas le faire, car le Covid est partout », explique Frédéric Adnet, professeur en médecine d’urgence. Pour toutes ces raisons, beaucoup jugent l’objectif difficilement réalisable. Marc Leone se veut plus optimiste, estimant « qu’on pourra arriver à 10 000 lits, en s’organisant localement, avec une bonne collaboration entre les établissements ­publics et privés ».

Un autre chiffre avancé par Emmanuel Macron a surpris par son ampleur, celui de « 1,9 million de tests réalisés par semaine » qui ferait de la France « l’un des meilleurs pays d’Europe en la matière ». Les principaux syndicats de biologistes ne confirment ni n’infirment cette évaluation, mais s’agacent de voir le président de la République s’en féliciter. Il s’agit là certainement de montrer que notre pays, qui ne testait pratiquement pas jusqu’en mai, a rattrapé son retard. Jusqu’à tester trop ? Les laboratoires sont engorgés, particulièrement dans les grandes villes, ce qui a pour conséquence qu’il faut parfois plusieurs jours pour obtenir un rendez-vous (ou plusieurs heures de file d’attente). Le délai pour obtenir les résultats peut être de quelques journées supplémentaires. Une priorisation a été demandée en septembre mais elle semble difficile à appliquer pour les laboratoires. « On teste trop et mal, explique Thibault Massu, biologiste. Il n’y a pas de stratégie claire, tout le monde peut se faire tester plusieurs fois par jour sans être symptomatique, cas contacts ou personne à risque, la priorisation ne fonctionne pas. Si on veut continuer à tester autant, il faut vite mettre en place une vraie organisation. » 

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:40

 

Annoncées ce jeudi par le ministre de l’Économie, les mesures de soutien aux entreprises se veulent plus généreuses qu’au printemps. Mais les 15 milliards d’euros par mois mis sur la table ne suffiront pas à éviter faillites et licenciements. DÉCRYPTAGE.

« Quoi qu’il en coûte. » Alors qu’il annonçait, mercredi dernier, le nouveau confinement pour l’ensemble du territoire, Emmanuel Macron de nouveau promit que l’État ne compterait pas ses dépenses pour permettre aux employeurs et salariés de garder la tête hors de l’eau. Ce jeudi, le ministre de l’Économie a voulu en faire la démonstration concrète, en annonçant des mesures de soutien s’élevant à 15 milliards d’euros par mois de confinement.

Si la somme mise sur la table est plus imposante qu’en mars et en avril, le dispositif n’est pas si différent. Le fonds de solidarité sera ouvert aux entreprises de moins de 50 salariés, contre uniquement celles de moins de 10 salariés au printemps. Les entreprises fermées administrativement et celles des secteurs fortement touchés (tourisme, événementiel, culture, sport) accusant une baisse de chiffre d’affaires de plus de 50 % pourront bénéficier d’une enveloppe allant jusqu’à 10 000 euros. Les entreprises des autres secteurs observant la même baisse de chiffre d’affaires auront le droit à 1 500 euros.

En tout, ce dispositif devrait coûter 6 milliards d’euros par mois confiné, contre 6 à 7 milliards dépensés au total jusqu’à présent.

En tout, ce dispositif devrait coûter 6 milliards d’euros par mois confiné, contre 6 à 7 milliards dépensés au total jusqu’à présent. Ces mêmes entreprises pourront prétendre, comme en mars, à une exonération de leurs cotisations sociales. Les prêts garantis par l’État sont maintenus jusqu’au 30 juin 2021, et les entreprises de moins de 50 salariés « sans solution de financement » pourront prétendre à un prêt direct de l’État, allant jusqu’à 10 000 ou 50 000 euros selon leurs effectifs. Nouveauté, les bailleurs qui acceptent de renoncer à un mois de loyer pourront percevoir un « crédit d’impôt de 30 % du montant des loyers abandonnés ». « Nous continuerons à soutenir notre économie, les entreprises, les commerces, les salariés. Nous ne voulons pas ajouter la crise sociale à la crise sanitaire », a assené le ministre de l’Économie, au cours de la conférence de presse dédiée au détail des dispositifs de soutien économique.

 

« Le dispositif est loin d’être complet »

Bien que les mesures aillent dans le bon sens et que les sommes mises sur la table soient « conséquentes », les aides proposées ne « seront absolument pas suffisantes pour empêcher la faillite probable d’un grand nombre de PME et de TPE déjà fragilisées par le premier confinement », tempère toutefois Dominique Plihon, économiste membre du conseil scientifique d’Attac. Une analyse que partage le Syndicat des indépendants, qui craint que ce nouveau tour de vis sanitaire ne porte un coup fatal à des milliers de professionnels. « Concernant le fonds de solidarité, même si le dispositif a été revu à la hausse, il est loin d’être complet pour les entreprises qui n’ont pas été contraintes de fermer », regrette son secrétaire général Marc Sanchez. Celui-ci réclame un doublement du plafond du fonds, de 1 500 à 3 000 euros. « On n’est plus dans le contexte du mois de mars, la situation s’est détériorée. Beaucoup d’indépendants ne peuvent plus se payer depuis des mois, or ils ont des loyers à payer, des familles à nourrir », poursuit-il.

Une politique d’aide aux entreprises ne pourrait pas être véritablement efficace sans conditionnalité à l’obligation de ne pas licencier et de ne pas polluer, et à l’interdiction du versement de dividendes.

Le système d’aides défini par Bruno Le Maire, très centralisé, risque par ailleurs de manquer sa cible, estime Dominique Plihon. « Il serait intéressant de faire une recension, au niveau local, de toutes les entreprises en difficulté, prêtes à mettre la clé sous la porte. Cela permettrait de traiter les besoins au cas par cas, et de ne pas verser d’aides à une entreprise qui n’en aurait pas besoin. Mais cela implique de recruter des agents publics pour assurer cette tâche, ce que Bercy n’est pas prêt à faire », explique l’économiste. Et d’ajouter qu’une politique d’aide aux entreprises ne pourrait pas être véritablement efficace sans conditionnalité à l’obligation de ne pas licencier et de ne pas polluer, et à l’interdiction du versement de dividendes.

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:37
Évolution de la situation sanitaire - Le gouvernement n’a rien appris de ses erreurs (Éliane Assassi – Sénatrice Communiste du groupe CRCE - 29 octobre 2020)

Notre rejet est un vote d’opposition aux choix politiques et à la méthode qui sont les vôtres
par Groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste

Le gouvernement n’a rien appris de ses erreurs

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, en préalable, je souhaite faire part de l’émotion profonde et de l’horreur qui ont saisi les sénatrices et sénateurs de mon groupe à l’annonce de l’attentat commis dans l’église Notre-Dame de Nice.

Face à cet acte barbare, nous apportons notre soutien aux familles, aux proches des victimes, aux élus et à la population de la ville de Nice, une nouvelle fois confrontés à cette violence terroriste. Nous pensons à eux, nous sommes à leurs côtés.

La deuxième vague de l’épidémie est là. Elle est haute, très haute, et si rien n’est fait, elle pourrait nous submerger. Il faut agir vite et fort, c’est une certitude.

Nous ne sommes pas surpris comme en mars dernier, car nombreux furent les scientifiques éminents, à commencer par le président du conseil scientifique, qui avaient annoncé ce risque comme étant une quasi-certitude.

Aujourd’hui, des milliers de nos concitoyens souffrent. Chaque jour, des centaines de personnes décèdent ; chaque jour des centaines d’autres entrent en réanimation à l’hôpital. L’inquiétude est grande dans notre peuple face à cette épidémie mondiale. Mes pensées vont aussi à nos anciens, si exposés au risque, en particulier dans les Ehpad.

Comme en mars, je lance un appel fort à la prudence. Je dis à nos concitoyennes et concitoyens : protégez-vous, respectez les consignes, restez solidaires.

Mes premiers mots iront aussi une nouvelle fois aux soignants. Eux non plus ne sont pas surpris. Ils seront là pour faire face à l’épidémie, car leur sens du devoir est immense, mais ils sont amers. Ils sont en colère car, de toute évidence, ils sont les derniers remparts avec leur fatigue, leur angoisse, face à la maladie qui les frappe durement. Tenez bon, faites votre possible, même si nous savons que votre appel à la reconstruction de l’hôpital et de notre système de santé n’a pas été entendu.

Enfin, alors qu’un nouveau confinement aux contours imprécis a été décidé par le Président de la République, notre pays tiendra. Il tiendra grâce à l’engagement au quotidien de ces salariés de première ligne, ces « premiers de corvée » si peu reconnus par la société, alors qu’ils la tiennent à bout de bras en ces circonstances.

Monsieur le Premier ministre, comment ne pas s’interroger sur le sens de notre débat de cet après-midi ?

Le Président de la République a décidé seul, hier soir, d’une stratégie face à l’épidémie.

Mardi dernier, vous nous avez réunis pour entendre vos réflexions, mais sans annoncer la moindre mesure, renvoyant à l’intervention de mercredi soir.

Le 16 octobre, je vous avais écrit pour demander un débat sur le déclenchement de l’état d’urgence sanitaire par décret et la mise en œuvre du couvre-feu. Vous avez répondu par la négative.

Pire, chacun l’a constaté, les mesures annoncées par Emmanuel Macron ont été imprécises sur bien des points et vous devez les détailler lors d’une conférence de presse ce soir à dix-huit heures trente, après avoir fait débattre et voter le Parlement. Ainsi, le Parlement est mis devant le fait accompli. Les erreurs successives ne vous ont pas servi de leçon, pas plus qu’au Président de la République.

Mme Sophie Primas. Très bien !

Mme Éliane Assassi. Pourtant, il y avait de quoi apprendre de l’absence d’anticipation de la première vague, caractérisée par l’absence de matériel – des masques aux respirateurs artificiels et aux lits de réanimation –, et de ce déconfinement dont beaucoup relèvent qu’il est un échec parce qu’il a été bâti sur trop peu de moyens – en tests, en système de traçage, en personnels – pour être mis en œuvre.

Nous entendons les appels à l’humilité : « Que feriez-vous à notre place ? » Cette épidémie touche l’Europe tout entière, plaidez-vous, comme l’a fait hier soir le chef de l’État, en oubliant que nous sommes malheureusement dans le groupe de tête des pays les plus touchés dans le monde. Vous oubliez aussi que l’ensemble de l’Europe a subi les conséquences des politiques d’austérité et de réduction de moyens.

Monsieur le Premier ministre, face à la violence de la nature, face à cette crise, oui, il faut être humble, mais il faut aussi s’ouvrir aux autres, écouter les propositions, admettre ses erreurs. C’est à ce moment-là que la démocratie est essentielle. Il n’y aura pas de sauveur suprême en la matière. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE – Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)

La caricature de consultation du Parlement doit sonner comme une alerte forte, pour en finir avec un régime à la verticalité folle.

Nous vous demandons, de nouveau, de mettre en place un comité de suivi national de la crise, véritable comité de santé publique, pluraliste, aux réunions hebdomadaires, mobilisable jour et nuit, afin de permettre un véritable contrôle démocratique et une réelle participation de tous aux décisions.

Où en sommes-nous ? Une chose est certaine, la deuxième vague est si haute que la submersion de notre système hospitalier est envisagée.

Hier soir, le Président de la République a écarté d’un revers de main l’argument de la faiblesse de nos moyens en réanimation, de nos moyens hospitaliers, comme raison des difficultés actuelles.

Pourtant, si l’on écoute un instant les professionnels, cette situation de destruction de l’hôpital depuis des années est une évidence. Depuis vingt ans, notre système de santé, l’une des fiertés de notre pays, est saccagé par les politiques libérales successives. La fermeture des lits était considérée comme un baromètre pour juger de l’efficacité d’une politique. En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés – ils existaient donc bien –, et avec eux tant de postes supprimés.

Emmanuel Macron n’a pas stoppé le mouvement : 4 800 lits furent fermés en 2018, 3 400 en 2019, et cela continue. Allez-vous, oui ou non, stopper cette évolution et réparer les dégâts ?

Les ravages du libéralisme ont touché toute la société, et leur description détaillée prendrait des heures.

L’humanité est aujourd’hui en danger. La crise écologique masquait l’arrivée d’une soudaine crise sanitaire qui, elle aussi, ébranle le système, remettant profondément en cause le capitalisme mondialisé.

En mars dernier, le Président de la République avait semblé chanceler sur ses certitudes. Il avait eu des mots inhabituels : « rupture », « mettre à l’abri du marché ». Le « quoi qu’il en coûte » dominait le discours, bien loin de la course à la rentabilité et au profit, bien loin de ces dogmes de compétitivité et de concurrence qui font exploser notre société et contredisent fondamentalement ce concept profondément humain de solidarité.

Hier, quoi qu’il en dise, le Président de la République a placé l’économie devant l’humain. L’exercice est difficile.

Il est vrai qu’un équilibre doit être trouvé pour ne pas jeter dans la pauvreté des millions de personnes qui viendraient rejoindre les 10 millions qui se trouvent déjà, dans notre pays, sous le seuil de la pauvreté.

Mais nous n’avons pas entendu un mot – pas un mot, j’insiste ! – pour appeler ceux qui possèdent les richesses dans notre pays à participer réellement à l’effort de solidarité nationale.

Il n’y a pas de doute à avoir aujourd’hui : la priorité, c’est sauver des vies.

Oui, monsieur le Premier ministre, c’est vrai : ralentir considérablement l’économie a un coût, mais ce n’est ni aux salariés ni aux plus pauvres d’en subir les conséquences, y compris par leur mise en danger.

Nous regrettons qu’aucune mesure fiscale de solidarité ne soit imposée aux bénéficiaires de dividendes, lesquels ont explosé, y compris pendant la crise.

Nous regrettons qu’aucune mesure radicale ne soit prise pour faire participer les géants du numérique, comme Amazon, qui accumulent des profits prodigieux sur le dos de la crise et du malheur des hommes. Il faut aujourd’hui « changer de logiciel ».

Alors, nous serons responsables, comme notre peuple qui, contrairement à ce que d’aucuns ont dit, n’a pas fait preuve de légèreté. Nous serons mobilisés contre l’épidémie. Mais nous demandons au Président de la République d’être responsable démocratiquement, de cesser son exercice solitaire du pouvoir.

La responsabilité aujourd’hui, c’est accepter la démocratie, agir ensemble pour frapper ensemble cette épidémie.

La responsabilité, c’est la mise en service des richesses de notre pays au service du bien commun.

La responsabilité, c’est l’humain d’abord.

Ce qui nous est demandé aujourd’hui par notre vote, ce n’est pas d’être pour ou contre le confinement. En réalité, ce que vous nous demandez, monsieur le Premier ministre, c’est de vous accorder la confiance. Notre vote négatif mûrement réfléchi est donc un vote d’opposition à vos choix politiques et à la méthode utilisée pour les imposer.

 

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 07:24
Yvonne Abbas (source: documentation photographique L'Humanité) - Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

Yvonne Abbas (source: documentation photographique L'Humanité) - Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

Portrait de résistante communiste -

7. Yvonne Abbas (1922-2014)

(100 ans d'engagements communistes)

Souvent très jeunes, les femmes du Nord ont été particulièrement nombreuses à s'engager très tôt dans la lutte contre l'occupant nazi. Yvonne Abbas était l'une d'entre elles.

Née le 29 avril 1922 à Pérenchies (Nord), morte le 13 décembre 2014 à Loos (Nord) ; Yvonne Abbas fut sténodactylo, militante communiste et syndicaliste CGT du Nord, résistante FTP, internée et déportée, femme de fusillé, membre du bureau national de l’Amicale de Ravensbrück , conseillère municipale de La Madeleine (Nord).

Fille de Mustapha Abbas, manutentionnaire mort en 1933 de tuberculose et de Marie Huysentruyt, ouvrière du textile, veuve de guerre, Yvonne Abbas, avec une formation de sténodactylo, entra dès quatorze ans aux Nouvelles épiceries du Nord, où elle adhéra à la CGT-Alimentation, puis dans l’industrie textile où elle milita au syndicat CGT du textile. En 1938, elle devint militante des Jeunes filles de France et participa également aux activités des Amis de la nature, à celles des Auberges de jeunesse, et aux FSCGT. 

Jeune communiste avant la guerre, elle s’était mariée le 16 juillet 1938 à La Madeleine (Nord) avec Florent Debels (1920-1942) et resta militante avec son mari qui organisa un des premiers groupes FTP du Nord ; elle fut notamment chargée du matériel de propagande, du ravitaillement et du logement de nombreux résistants. Yvonne Abbas n'a pas encore 20 ans quand elle devient résistante. Ses premières actions consistent à fabriquer des journaux clandestins. Pour cela, il faut des rédacteurs, du papier journal, des machines à écrire, donc des dactylos, et aussi des stencils et autres machines à imprimer. Yvonne, très active, recrute, assure la liaison avec d'autres groupes, notamment avec le secteur de Cambrai-Caudy. Son petit appartement, place de la Boucherie, à La Madeleine sert à héberger des résistants condamnés à mort par contumace.  Un groupe de résistants tombe dans les mailles de la police. Torturés à mort, certains craquent. Des noms sont livrés, dont celui d'Yvonne Abbas.

Arrêtée le 29 avril 1942, le jour de ses vingt ans, elle resta cinq jours au commissariat de Lille où des policiers s’efforcèrent, sans ménagements mais en vain, de lui faire dénoncer son mari et d’autres illégaux. Elle est battue, torturée, et c'est en loque qu'elle est traduite devant un tribunal spécial de Douai siégeant à huisclos.

Le 31 juillet 1942, la section spéciale de la cour d’appel de Douai la condamna à deux ans de prison pour « activité terroriste ». Elle fut internée à Cuincy (Nord), à la Roquette à Paris, à la Centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine). Libérable en mai 1944, elle dut à la « vigilance » du préfet du Nord son internement à sa sortie de prison, car « militante et propagandiste active du Parti communiste, l’intéressée me paraît susceptible de reprendre son activité communiste ». Elle fut internée à la forteresse de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) puis déportée à Ravensbrück (Allemagne) puis à Holleischen, libérée par les partisans polonais et tchèques, accompagnant des troupes alliés. Yvonne Abbas a passé 37 mois de sa jeune vie en captivité en France, en Allemagne et en Tchécoslovaquie. Elle a connu l'enfer de la vie de déportée: la faim, le froid, le manque absolu d'hygiène, les appels interminables, les coups de cravache des Kapos. Mais elle a aussi connu la solidarité et la résistance des femmes déportées, notamment les communistes qui sont corps pour survivre, les plus nombreuses possibles, et aider les plus faibles. 

Son mari fut arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) chez Charles Loubry (jeune résistant de 17 ans ; déporté) à la suite d’une « fuite » d’un résistant gravement blessé et cependant torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il fut envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand le condamna à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il fut fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant à Wambrechies (Nord).

Grâce à la sollicitude du maire de La Madeleine, le docteur Happe, Yvonne va progressivement retrouver force et santé.

Jeune veuve, Yvonne Abbas-Debels eut du mal à retrouver du travail. Mariée le 27 mars 1948 à La Madeleine avec Jacques Charles Pouillande, elle divorça en 1963. Elle devint employée municipale de La Madeleine jusqu’à sa retraite et fut plus tard conseillère municipale communiste.
Elle consacra une partie importante de son militantisme aux anciens résistants, comme vérificatrice des médailles militaires, membre du comité national de la FNDIRP, du bureau national de l’Amicale de Ravensbrück, et comme présidente du comité de Lille de l’ANACR. Inlassablement elle allait témoigner dans les établissements scolaires, accompagnait les voyages scolaires sur les lieux de déportation et s’impliquait dans le concours national de la résistance pour les collégiens.
Médaillée de la Résistance, reconnue Combattante volontaire de la Résistance, elle fut nommée officier de la Légion d’honneur le 18 juin 1992, puis devint la première femme du Nord a être élevée au grade de commandeur le 18 septembre 2014.
Le centre de PMI protection maternelle et infantile d’Haveluy porte son nom depuis mai 2009.

Yvonne Abbas est décédée le 13 décembre 2014 à Loos (Nord).

Sources:

Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

https://maitron.fr/spip.php?article9627, notice ABBAS Yvonne, Clémence [épouse DEBELS Yvonne] par Roland Delacroix, Yvette Fabre-Anselin, version mise en ligne le 2 septembre 2015, dernière modification le 2 septembre 2017.

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 11:36
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)
Inauguration de l'exposition retrospective du travail photographique de Jean-Marc Nayet (photos Jean-Luc Le Calvez)

Quelques photos prises par Jean-Luc Le Calvez de cette exposition inaugurée hier, vendredi 30 octobre, à 18h30.

Avec deux des filles de Jean-Marc et Lucienne ainsi que deux de leurs petits-enfants...dejà grands. Au côté de Lucienne, Philippe Grincourt l'ami photographe de Jean Marc Nayet avec qui il partageait cette passion et tant de projets.

Photos et commentaire de Jean-Luc Le Calvez

Exposition « rétrospective Jean-Marc Nayet », du 30 octobre au 8 novembre (LE TELEGRAMME)

Une exposition « rétrospective Jean-Marc Nayet » se tiendra dans la salle du préau, du 30 octobre au 8 novembre, après son inauguration le 29 octobre. Dans un communiqué, l’adjoint Guy Airaud déclare : « En février 2020, l’ami Jean-Marc Nayet nous faussait compagnie sans prévenir… Empreint d’humanité, Jean-Marc a toujours photographié ses contemporains. Les poilus lors des cérémonies de commémorations à Béthune, dans le Pas-de-Calais, d’où il était originaire, les enfants palestiniens dans le camp de Wavel au Liban, au travers de l’association Morlaix-Wavel dont il était le président, les musiciens dans les bals populaires, les fanfares avec ses amis de Pattes à Caisse. Grand amoureux de l’Irlande, il photographiait la vie dans les pubs. En 2019, il a photographié des dessins de poilus réalisés par l’artiste Guy Denning sur papier kraft et collés sur les murs du village de La Feuillée. Il a aussi accompagné l’artiste plasticien Pierre Chanteau dans le projet de l’œil en Finistère. L’idée d’une rétrospective de l’ensemble de son travail dans la salle du préau de Locquénolé, lieu qu’il a fait tant vivre, permet à ses amis de lui rendre un dernier hommage. Le choix difficile de l’éditing parmi les tirages photographiques de Jean-Marc est à la charge de son épouse Lucienne et de son ami photographe Philippe Grincourt ».

Pratique

Ce panorama photographique sera visible les mercredis, jeudis, de 15 h 30 à 19 h, de 15 h 30 à 20 h 30, les vendredis. Fermé les lundi et mardi. Contraintes sanitaires à respecter.

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 09:19
 Hélène Le Jeune, née Le Chevalier, députée communiste des Côtes-du-Nord sous le IVe République du 24 décembre 1946 au 4 juillet 1951, Née le 22 avril 1917 à Kergrist-moëlou (Côtes d'Armor - France). Décédée le 15 avril 2006 dans le Gard (photo Assemblée Nationale) .

Hélène Le Jeune, née Le Chevalier, députée communiste des Côtes-du-Nord sous le IVe République du 24 décembre 1946 au 4 juillet 1951, Née le 22 avril 1917 à Kergrist-moëlou (Côtes d'Armor - France). Décédée le 15 avril 2006 dans le Gard (photo Assemblée Nationale) .

Portrait de résistante communiste

- 6. Hélène Le Chevalier, résistante costarmoricaine et militante du secours populaire clandestin

(100 ans d'engagements communistes)

Hélène Le Chevalier est née dans le centre-Bretagne à Kergrist-Moëlou en avril 1917.

Son père, M. Le Chevalier, était marchand de bois (selon le registre d’état civil), sabotier (selon la déclaration de sa fille). Ses parents, ruinés par la crise économique des années 1930, étaient influencés par l’Église.

Après avoir obtenu son Brevet élémentaire, elle prépare son entrée à l’École normale. Reçue première du département au concours d'entrée, elle n'est pas reçue pour raisons médicales. Aidée par l'épouse de l'écrivain Louis Guilloux, Hélène prépare son Bac tout en assurant des remplacements d'institutrice dans le secteur de Rostronen en 1939 et 1940. Elle sera finalement admise à titularisation comme institutrice grâce à l'intercession de Louis Guilloux. En contact avec les militants communistes par le biais de son frère, secrétaire de la cellule de Kergrist-Moëlou , c'est cependant par sa rencontre avec deux institutrices exerçant dans l'école où elle est affectée comme suppléante à la rentrée 1939, Maria Chevallier et Elise Masson, qu'elle s'engage dans la Résistance communiste à partir de 1940. Sa rencontre avec l'épouse de Marcel Cachin alors qu'elle vient d'adhérer au PCF sitôt après son interdiction lui permet de découvrir les écrivains Romain Rolland, Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier, et de lire les œuvres de Karl Marx.  

Dès son retour à Kergrist-Moëlou, elle convainc son amie la postière Rosa Hénaff de rejoindre le PCF et la résistance. Sa position de postière se révèle être un atout précieux pour recevoir sous des adresses fictives des colis des tracts et journaux aussitôt distribués dans la région. 

En automne 1940, Hélène se voit confier la responsabilité de mettre sur pied, bien que frappé d'interdiction depuis 1939, un comité du Secours populaire. Des groupes se sont ainsi constitués à Callac, Rostronen, Guingamp, avec pour mission de collecter de l'argent afin d'envoyer des colis aux prisonniers de guerre et de venir en aide aux familles de résistants et militants communistes emprisonnés. Le travail de solidarité est complété par un travail de propagande, distribution de tracts appelant à la lutte contre les restrictions et la vie chère.

Devant la recrudescence de l'activité des femmes, la police surveille particulièrement Hélène Le Chevalier considérée comme étant une meneuse. En mars 1943, elle est arrêtée par des agents de la section de protection anti-communiste (SPAC), ce qui provoque une manifestation spontanée d'une centaine de femmes cherchant à empêcher le véhicule des sbires d'emmener Hélène en prison. Rosa Hénaff est arrêtée à son tour en août. La répression fut particulièrement brutale en ce mois d'août 1943. Plus de cinquante femmes du département sont arrêtées, victimes de la félonie d'un responsable communiste passé au service du SPAC. Parmi ces femmes figurait Simone Bastien, responsable de la JC et des FTP pour le département des Côtes-du-Nord. Elle fut arrêtée par la SPAC à Guingamp le 7 août 1943.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 95/Simone Bastien (1921-2006)

Inculpée de "menées politiques et terroristes", Hélène est incarcérée à la prison de Guingamp pendant cinq mois avant d'être transférée au camp de La Lande en Indre-et-Loire. 

Hélène Le Chevalier est finalement libérée le 20 décembre 1943 grâce à l'intervention du grand écrivain breton Louis Guilloux auprès du commissaire de Saint-Brieuc. Après une semaine passée chez ses parents à Kergrist-Moëlu, elle reçoit la visite de Jean Le Jeune, responsable des F.T.P.F, son futur mari. Elle passe dans la clandestinité, se cachant près de Plestin-les-Grèves. Au bout de quelques semaines, elle fut affectée à l’état-major du PC clandestin dans une petite ferme à Saint-Nicolas-du-Pélem. Elle fut la secrétaire de Poirot, Maurin, et de Louis Picart, Yves, futur membre du comité central du PCF à la Libération, jusqu’à la libération du département au début août 1944. Elle est affectée tout d'abord au secrétariat de la direction départementale des F.T.P puis à la direction régionale et interrégionale du PCF en juin 1944.

Hélène Le Chevalier va vivre avec Jean Le Jeune à partir de novembre 1944. 

Le 2 août, elle rédige l'appel du PCF régional à l'insurrection. Le 5 août, Saint-Brieuc est libéré par la Résistance. Le 6 août, les troupes américaines qui foncent vers Brest traversent la ville pavoisée aux couleurs de tous les pays de l'alliance anti-hitlérienne.

A la Libération, le PCF compte 12 000 adhérents dans les Côtes-du-Nord, selon Jean Le Jeune, le mari d'Hélène Le Chevalier: beaucoup de jeunes des F.T.P, du Front National de Libération (30 000 adhérents dans le département), de l'Union des Femmes Françaises.    

Hélène Le Chevalier, en tant que secrétaire de l'Union des Femmes Françaises dans les Côtes d'Armor,  et son mari Jean Le Jeune, chef des F.T.P, avec Jean Le Paranthoën, secrétaire fédéral du PCF dans les Côtes-du-Nord, visitent un des hôpitaux de région parisienne où sont entassés les déportés survivants au retour d'Allemagne, devenus de vrais squelettes. Ils retrouvent là plusieurs camarades et proches amis résistants des Côtes-du-Nord, dont certains mourront quelques semaines après comme Victor Provost, le beau-père de Jean Le Paranthoën. 

Quelques mois plus tard, au début de 1945, se tient le premier congrès de l'Union des femmes françaises, riche de 6 500 adhérentes issues des rangs de la Résistance. Hélène Le Chevalier est élue secrétaire départementale avec Hélène Bello, membre du Comité départemental de Libération. 

Le mariage d'Hélène Le Chevalier avec Jean Le Jeune a lieu en août 45. Jean Le Jeune raconte: "Hélène et moi vivions ensemble depuis plusieurs mois depuis ce retour du front du 11 novembre 1944, avec des hauts et des bas, bien entendu, comme chez tous les jeunes.  Mais pour pouvoir créer un foyer, il fallait quitter l'hôtel, trouver un appartement et se procurer un trousseau (draps, vaisselle...). Or, tout se vendait avec des bons d'achat et sans mariage, on ne pouvait obtenir de bons. Aussi décida t-on naturellement de se marier. Moi j'étais pleinement d'accord mais Hélène par contre était réticente. En effet, elle tenait beaucoup à son indépendance. Je la rassurais sur le fait que la mariage ne devait pas être une entrave à la liberté individuelle".  Mariée en , Hélène Le Chevalier prit le nom de son époux, Jean Le Jeune, et devint Hélène Le Jeune.

Jean Le Jeune, né à Plévin en 1921, dans une commune du Sud-Ouest des Côtes d'Armor, au pied du Mont Noir, issu d'un milieu relativement modeste (sa mère tient un petit commerce, épicerie, mercerie, et confectionne et repasse des coiffes bretonnes, son père est journalier agricole, son grand-père boucher de campagne), s'est engagé dans la Résistance en 1942 après avoir fait l'aéronavale comme ouvrier qualifié dans le sud de la France:

"L'année 1942 aura été l'année où je pris une grande décision, écrit-il dans Itinéraire d'un ouvrier breton par l'ancien responsable des F.T.P des Côtes-du-Nord (2002, Saint-Brieuc). En octobre ou en novembre, je ne me souviens plus très bien, on avait écouté ensemble chez Jean Le Cloarec, mon voisin, la adio de Moscou qu'on parvenait à capter assez facilement sur les ondes. Le premier anniversaire de la fusillade de Châteaubriant était évoqué. J'avais été particulièrement touché par le courage et l'attitude du jeune Guy Môquet. Il avait écrit su les murs de sa baraque: "Vous qui restez, soyez dignes de nous les 27 qui allons mourir". Ce message était à mon avis adressé à tous les jeunes, en tout cas, il m'est allé droit au cœur. Dès lors, une seule chose comptait pour moi: rejoindre le Parti communiste et la Résistance". Au début du printemps 1943, Jean Le Jeune et son camarade Cloarec reçoivent la visite de Louis Picard, le responsable régional du Parti, dit Yves dans la résistance, dans l'atelier du camarade menuisier. Ils sont chargés de se mettre en contact avec les F.T.P de Maël-Carhaix, et de distribuer tracts et numéros de l'Humanité clandestine. Jean Le Jeune va alors participer à la création d'un détachement F.T.P dans sa commune, baptisé Guy Môquet et composé de trois groupes de huit. "Le travail de recrutement était relativement facile, bien que nous exigiions d'abord l'adhésion au Parti, ce qui nous obligeait à agir avec prudence. On laissait de côté les personnes de Droite et de l’Église, en tout cas dans l'immédiat, ce qui était un tort car tous les jeunes du pays avaient leur place dans les rangs des Francs-Tireurs, comme ils l'ont montré par la suite. En attendant, le fils du sacristain ayant eu vent de notre organisation, vint me voir en me suppliant de l'introduire dans le groupe. Il accepta d'emblée d'adhérer au Parti et à notre code d'honneur. On lui donna un nom et un matricule. Il prouva par la suite qu'on avait eu raison de lui faire confiance. En effet, un jour on lui demanda d'aider à transporter le corps d'un adjudant allemand à plusieurs kilomètres de l'endroit où l'Allemand avait été tué.

Très vite, nous avons créé d'autres groupes dans les communes environnantes, à Paule, Le Moustoir, Tréogan: cela coïncidait avec notre travail de propagande contre le travail obligatoire en Allemagne... Ainsi, pas un seul jeune du pays ni des communes environnantes n'est allé en Allemagne, par contre ils rejoignaient les rangs des Francs-Tireurs".  Après la vague d'arrestations par la SPAC en août 43 chez les F.T.P et dans la résistance communiste, l'état-major de la résistance communiste et Jean Le Jeune va prendre du galon, devenant permanent du Parti, sous les ordres du commissaire aux Effectifs des FTP dans les Côtes-du-Nord, Marcel Perrot, dit Andrieux, chargé à 22 ans du commandement du secteur sud-ouest des Côtes d'Armor: Maël-Carhaix, Rostronen, Gouarec, Saint-Nicolas-du-Pélem, Corlay, Bourbriac, Callac.    

Entrée au comité départemental du PCF en 1945, Hélène Le Chevalier est candidate en 1945 aux élections législatives, puis de nouveau en 1946, sans être élue.

Jean Le Jeune raconte que pour les élections législatives du 2 juin 1946, Hélène Le Jeune qui fait partie des 2 femmes présentées par le Parti communiste des Côtes-du-Nord avec Georgette Manesse fait toute sa campagne en étant enceinte de son futur fils, Pierre. Le 29 mai 46 elle apporte la contradiction à René Pleven, candidat UDSR. Son fils Pierre naît le surlendemain, la veille des élections.

C’est en tant que " ménagère ", sans profession, qu’elle se présenta à tous les scrutins. Lors des élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée constituante, elle figurait en quatrième position sur la liste communiste conduite dans les Côtes-du-Nord par les députés sortants Marcel Hamon et Guillaume Daniel. La liste recueillit 78 976 voix sur 280 275 suffrages exprimés (28,17 %), et le PCF emporta deux des sept sièges à pourvoir ; le MRP obtenant trois sièges dont celui de Marie-Madeleine Dienesch, et la SFIO deux sièges. Placée en troisième position, Hélène Le Jeune se présenta aux élections législatives du 10 novembre 1946 en troisième position. La liste communiste continua sa progression avec 86 717 voix sur 275 377 suffrages exprimés (31,45 %), mais ne parvint pas à enlever un troisième siège. Suite à la démission, en janvier 1947, d’Auguste Le Coent élu au Conseil de la République, Hélène Le Jeune fit son entrée à l’Assemblée nationale, le 31 janvier 1947, à l'âge de 29 ans.

Une situation difficile pour elle puisque son fils est tout jeune, quelques mois à peine, et qu'elle ne souhaite pas le laisser à la maison. Hélène vient d'avoir la deuxième partie de son bac (elle a passé la première partie en prison en 1943) alors qu'elle était enceinte de Pierre et souhaite plutôt devenir institutrice que députée. Il faut toute la pression du Parti pour l'amener à accepter la fonction, et elle reprochera amèrement à Jean Le Jeune, son mari, secrétaire départemental du PCF des Côtes-du-Nord, à l'époque, de n'être pas intervenu "en sa faveur". Le couple habite à l'époque dans une seule pièce de trois mètres sur quatre environ, au rez-de-chaussée, rue Maréchal Foch. 

"Tout cela n'aida pas à la bonne marche de notre ménage,  raconte Jean Le Jeune, qui malheureusement se disloquait peu à peu. Durant cinq années de son mandat, on ne se voyait que très rarement. Elle arrivait à la maison généralement le samedi matin après avoir voyagé toute la nuit au moment même où je m'apprêtais à me rendre à la fédération pour préparer les réunions du soir. Le samedi après-midi, j'allais au bureau fédéral. Le dimanche, j'avais également à animer des réunions un peu partout dans le département même à la sortie des messes car il y avait là toujours du monde. Hélène avait ses compte-rendus de mandat à faire ce qui n'était pas non plus évident". Jean Le Jeune sera élu au Comité Central à Strasbourg en juin 1947. Hélène, de nouveau enceinte, menace de divorcer. 

"Nommée membre de la Commission des affaires économiques, Hélène Le Jeune siégea en outre au sein de la Commission du ravitaillement, dont elle fut élue vice-présidente, et au sein de la Commission de la défense nationale. La plupart des textes qu’elle déposa concernent la question du ravitaillement ; elle se pencha en outre sur l’adaptation de la législation sur la famille, en poussant notamment à la création de nouvelles crèches. Hélène Le Jeune intervint en outre à plusieurs reprises à la tribune de l’Assemblée. La vigueur des propos qu’elle tint le 4 décembre 1950, au cours de la discussion du projet de loi portant amnistie relative aux faits de collaboration, suscita de vifs remous dans l’hémicycle : « je veux me faire l’écho de l’indignation qui s’empare de la population de notre région, la région bretonne, depuis que le projet d’amnistie est en discussion devant l’Assemblée nationale. » Au cours de la législature, Hélène Le Jeune vota la confiance au cabinet Blum (17 décembre 1946), mais la refusa à Paul Ramadier (4 mai 1947). Elle vota, entre autres, contre la loi électorale instituant le système des apparentements (7 mai 1951)" - Article du Maitron sur Hélène Le Chevalier, Alain Prigent.

Alain Prigent poursuit: "Placée en troisième position sur la liste communiste aux élections législatives du 17 juin 1951, Hélène Le Jeune ne fut pas réélue, pas plus qu’aucun candidat communiste. La liste, toujours conduite par Marcel Hamon, recueillit 69 340 voix sur 260 610 suffrages exprimés (26,6 %), mais les listes apparentées, conduites pour la SFIO par Antoine Mazier, pour les radicaux par René Pleven et pour le MRP par Henri Bouret, obtenant plus de la majorité des suffrages, elles emportèrent la totalité des sept sièges à pourvoir. Pendant son mandat de députée, elle prit une part très active au sein du mouvement des Combattants de la paix. Le 11 mai 1950 à l’issue d’une manifestation en gare de Saint-Brieuc contre le passage d’un train en provenance de Brest et transportant des tourelles de canon à destination de Rochefort, dix autres responsables de la CGT et de la fédération communiste des Côtes-du-Nord, furent emprisonnés pendant sept mois à Fresnes, et à la prison des femmes de La Roquette pour les trois femmes Madeleine Bardelli, Armande Daniel et Yvette Mallet. Deux autres militants entrèrent dans la clandestinité, Roger Ruelleux, secrétaire de l’UD-CGT et son époux Jean Le Jeune, membre du comité central. À partir du 22 janvier 1951 dans le procès dit « des 12 » de Saint-Brieuc, les prévenus furent acquittés à l’issu d’un procès ayant eu une résonance nationale.

En 1951, Hélène reprend ses études. Son statut d'ancienne résistante et d'ancienne députée communiste ne vont pas faciliter son recrutement à l'éducation nationale dans un contexte de guerre froide. Ce n'est qu'en 1954 qu'elle obtient un poste en dehors de la Bretagne. Affectée tout d'abord dans le département de la Manche, à Octeville près de Cherbourg: "Hélène n'était que stagiaire et son salaire n'était pas suffisant pour nourrir toute la famille. Elle préparait son CAP le soir après ses cours et le jeudi, chaque semaine, elle allait suivre des stages à Cherbourg. Elle a préparé son CAP et l'a brillamment obtenu... Hélène a enseigné un an à Octeville où on s'est fait de très nombreux amis parmi les camarades. C'étaient pratiquement tous des ouvriers, simples, modestes, très sympathiques: on s'invitait les uns chez les autres tour à tour. De l'autre côté de la place où nous habitions se trouvait un médecin qui lui aussi était membre du parti. J'allais lui apporter l'Huma-Dimanche toutes les semaines, c'était quelqu'un de formidable. Quand les copains allaient le consulter, il ne les faisait pas payer. Il était le premier médecin à pratiquer l'accouchement sans douleur dans la région..." (Jean Le Jeune) 

Elle sera mutée à sept reprises. Au printemps 1955 elle obtint un poste à Boissy-Monvoisin, près de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Elle enseigna ensuite à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne). En 1962, elle obtint un poste de directrice à l’école Vigneux-sur-Seine (Essonne) où elle deviendra directrice de son groupe scolaire.

Le couple Le Jeune se sépara en 1966 et divorça en 1980.

Lorsqu’elle fut en retraite, Hélène Le Jeune s’installa à Saint-Brieuc. Restée fidèle au PCF, sans responsabilité particulière dans la fédération des Côtes-du-Nord [Côtes-d’Armor], elle vécut les dernières années de sa vie auprès de sa fille Sylvie à Anduze (Gard). Hélène s'est éteinte en avril 2006 dans le Gard, à l'âge de 89 ans.

Lors de son décès, l’Humanité, le 18 avril 2004, lui consacra un article dans la rubrique « Carnet ».

Louis Guilloux s’est inspiré de son engagement pour construire le personnage de Monique dans Jeu de Patience (Prix Renaudot en 1949).

Sources:

Article de Alain Prigent dans le Maitron (2011): Hélène Le Jeune (née Le Chevalier)

Héroïques Femmes en résistance Tome 2 de Antoine Porcu (éditions le Geai Bleu)

Itinéraire d'un ouvrier breton par l'ancien responsable des F.T.P des Côtes-du-Nord de Jean Le Jeune (2002, Saint-Brieuc)

Article Wikipédia sur Hélène Le Chevalier

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 07:59
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie (Olivier Gebhurer, Vendredi 30 Octobre 2020 - L'Humanité)
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie
Vendredi 30 Octobre 2020
 

Olivier Gebuhrer Maître de conférences en mathématiques, retraité

Notre pays se remet difficilement de l’effroi et de l’indignation provoqués par l’odieux assassinat de Samuel Paty, victime du fascisme à prétexte islamique. Tout le corps enseignant est saisi d’inquiétude devant les menaces insaisissables pesant sur l’exercice de son métier, et la nation tout entière tente dans son hommage de se rassembler dans la ferveur de ses valeurs fondatrices.

C’est ce moment que choisit Monsieur le maire de Cannes (LR) pour réunir dans un même rappel le temps de la lutte contre le fascisme et « celui de la lutte contre le communisme ». C’est ce moment que des anonymes ignobles choisissent pour taguer le siège national du Parti communiste français. C’est ce moment que choisit Marion Maréchal pour, dans une tribune à FigaroVox, en appeler à la guerre sainte contre l’islam, qui, selon elle, vise l’Europe et « ses valeurs depuis treize siècles ».

Ce faisceau, cette escadre viennent de loin et n’ont rien d’une coïncidence. Les propos du maire de Cannes, objet d’une lettre ouverte, n’ont fait à ce jour l’objet d’aucune réprobation de la droite politique dite « républicaine ». Cette déclaration attente à la fois à la mémoire de Samuel Paty et à l’honneur des innombrables martyrs communistes de la barbarie nazie ! De quel temps parle donc Monsieur le maire ? De celui où l’occupant nazi pourchassait sans merci les communistes, les torturait, les fusillait et les envoyait en camp d’extermination avec l’aide active de ses supplétifs pétainistes traîtres à la patrie profanée ? De quel temps parle Monsieur le maire ? Du temps où le Parti communiste français était interdit, sa presse illégale, ses parlementaires emprisonnés en Algérie ?

En vérité, tous ces faits ont une propriété commune ; ils innocentent le fascisme. De quelque variété que l’on parle, de quelque attribut qu’il se pare, y compris religieux, le culte de la mort, celui du chef, celui d’une terreur sans fin contre toutes celles et tous ceux qui, en France, se reconnaissent dans la construction complexe d’une République démocratique, sociale, laïque où Liberté, Égalité, Fraternité ne soient pas de vains mots, et communs au fascisme qu’il est devenu vital d’identifier comme tel. Au fascisme et à lui seul.

Pendant qu’ici on disserte sur le « séparatisme », là on fustige « l’islamo-gauchisme », un seul ennemi est désigné à la vindicte, cet ennemi c’est, entre autres, le seul parti politique qui se soit dressé contre toutes les compromissions, le seul qui ait condamné Munich et la politique dite « d’apaisement », le seul qui ait organisé et combattu les armes à la main face à la barbarie nazie, le seul qui se soit dressé contre toutes les aventures coloniales, le PCF dont les fautes pâlissent devant les pages de gloire écrites avec le sang de ses militantes et militants.

Cette escadre de l’ignominie suppose la construction sans attendre d’une riposte à la hauteur de toute la gauche, de toutes les forces démocratiques. Se rassembler, débattre, agir et décider ensemble, telle est l’urgence.

Olivier Gebhurer

Ancien membre du conseil national du PCF, fils de Max Gebuhrer, déporté au camp de Djelfa en 1940, médecin du maquis FTPF d’Ardèche et veuf de Sonia Gebuhrer-Adam, née en 1944 à la prison de Fresnes, quartier des condamnés à mort.
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie (Olivier Gebhurer, Vendredi 30 Octobre 2020 - L'Humanité)
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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 07:16
Disparition. Alain Rey nous prenait la main par les mots (Maurice Ulrich, L'Humanité, 29 octobre 2020)
Disparition. Alain Rey nous prenait la main par les mots
Jeudi 29 Octobre 2020 - L'Humanité

Linguiste et philosophe du langage, le célèbre maître d’œuvre des dictionnaires Le Robert, auteur de quelque trente ouvrages sur la langue, est mort à 92 ans. Il nous parle encore.

 

Il était gourmand de mots. Pas du genre radin à se cacher dans un coin ou à les goûter en petit comité choisi. Il était partageux. Alain Rey n’est plus. Il s’en est allé à 92 ans, après 68 ans passés dans la grande famille des dictionnaires, de la langue française, des langues régionales, de l’argot. Il fut un secrétaire perpétuel de l’Académie française, Maurice Druon, pour lui reprocher de « ramasser les mots dans le ruisseau ». Il aurait pu sans doute lui répondre et peut-être y a-t-il pensé, oui, c’est vrai, c’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau. Il savait mettre son encyclopédique savoir à la portée de tous, non parce qu’il le bradait, mais précisément parce qu’il respectait les auditeurs et s’adressait à l’intelligence. Qui ne l’a entendu sur France Inter avec sa chronique le Mot de la fin, sur France 2 avec Démo des mots. On aimait à la télé le voir avec sa moustache et ses longs cheveux blancs qui en faisaient un personnage à la fois rare et familier, goûtu lui-même.

Alain Rey ne s’est pas contenté de commenter la langue. Contre les bouches serrées il était ouvert aux apports extérieurs, comme à ceux du parler courant et que consacrait l’usage.

Bien sûr, il avait attaché son nom aux Robert, le petit et le grand (neuf volumes). C’est en 1952 qu’il répond à une petite annonce. Un Paul Robert, avocat, veut lancer un dictionnaire alphabétique. Le jeune Alain Rey, né en 1928 à Pont-du-Château dans le Puy-de-Dôme (la bibliothèque y porte son nom), est passé par la Sorbonne pour des études de lettres et d’histoire de l’art. En 1964, il devient le directeur de publication des dictionnaires de la maison d’édition. Parallèlement aux Robert, il est à la manœuvre pour le Dictionnaire historique de la langue française, pour le Dictionnaire culturel en langue française. Ses propres publications, au nombre d’une trentaine, comptent des titres savoureux comme son Dictionnaire amoureux du diable.

Mais Alain Rey ne s’est pas contenté de commenter la langue. Contre les bouches serrées il était ouvert aux apports extérieurs, comme à ceux du parler courant et que consacrait l’usage. Il parlait volontiers de la « créolisation » de la langue, mais ne se privait pas de ferrailler dès que son appauvrissement menaçait ou qu’elle se gangrenait de l’intérieur par le machisme ou la violence. Il savait aussi mettre en garde. Certains, disait-il dans un entretien dans nos colonnes, savent se servir des mots « pour endormir, impressionner et agir sur le malheureux pékin ».

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