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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 05:25

De 1932 à 1936, un groupe amateur de jeunes acteurs et actrices, communistes de cœur ou de carte pour la plupart, va monter une série de spectacles militants ébouriffants, créés par Jacques Prévert.

 

 

On est au début des années 30, exactement en mars/avril 1932. La crise sociale est violente (misère, chômage). L’extrême droite s’active (en Allemagne, Hitler est aux portes du pouvoir) et la vie politique est tendue (des élections législatives sont prévues en mai). Un petit groupe de jeunes gens, acteurs amateurs, membres ou proches du PCF pour la plupart, veut participer à sa manière à l’action ouvrière, aux meetings politiques. Ils ont entendu parler des formes d’action dites « d’agit-prop » telles qu’elles se pratiquent outre-Rhin ; ils veulent eux aussi faire du théâtre social. Non seulement pour accompagner la campagne électorale des communistes mais pour pouvoir commenter en permanence, à leur manière, l’actualité économique et sociale. Leur histoire a été racontée notamment dans l’ouvrage de Michel Fauré, « Le groupe Octobre » (Christian Bourgois, 1977). Dans cette équipe, le plus actif est sans doute Raymond Bussières (25 ans). Il a un petit cheveu sur la langue comme on dit mais qu’à cela ne tienne, il veut absolument jouer la comédie. Lui et ses amis fréquentent alors une troupe de théâtre appelée « Prémices » ; ils trouvent que cette compagnie travaille bien mais ils n’aiment pas les textes. « On ne voulait pas faire du théâtre mais la Révolution… », dit carrément Bussières. Ils font donc sécession et créent « le groupe de choc Prémices ». Ils doivent bien sûr affronter des questions d’organisation, d’intendance mais leur gros souci, c’est le manque de textes percutants, ils ont besoin d’écrits politiques, rouges. « Il nous fallait des textes de circonstances pour aller sous les préaux d’école appuyer les thèmes de la campagne électorale développés par les orateurs », dit une des membres du groupe, Arlette Besset (18 ans). Ils vont alors solliciter Paul Vaillant-Couturier. Besset parle ainsi de lui : « C’était un personnage fascinant, romantique, enthousiaste, cultivé, éloquent et désintéressé qui avait le don de convaincre et de galvaniser les énergies ». Mais le rédacteur en chef de L’Humanité, également poète, écrivain, peintre (entre autres…) est surchargé de travail ; il leur suggère de discuter de leur projet avec Léon Moussinac, spécialiste de l’histoire du théâtre et critique de cinéma reconnu. Ce dernier leur conseille alors de contacter « un gars très marrant, qui a l’air très bien » : il s’appelle Jacques Prévert. À l’époque celui-ci est apprécié d’un petit cercle d’initiés mais il n’a publié qu’un texte ( « Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France »). L’entrevue se passe chez le poète, rue Didot dans le 14e. « Nous étions assez intimidés de cette démarche chez un inconnu, dit Besset, mais forts de la valeur de nos idées et de nos objectifs. Nous savions ce que nous voulions : un sketch sur la presse, fait avec les coupures de journaux de l’époque – ma profession consistait alors à effectuer tous les matins un résumé de revue de presse – illustrant les thèmes de propagande : le capitalisme amène la guerre et la misère ; la social-démocratie a deux visages (l’un, démagogique ; l’autre au service du capital)… »

Un autre témoin de la réunion ajoute : « On lui débite notre histoire à savoir qu’on voudrait un texte sur la presse, en insistant sur le sens de notre démarche et en précisant d’où nous venons. Voulant s’assurer de fabriquer quelque chose qui puisse nous convenir par la manière et le style, il va chercher un manuscrit et commence à nous lire une histoire. C’était cocasse, déconcertant, désopilant, inattendu, un peu à la Marx Brothers. Très curieusement, cela jurait avec l’idée de lui qu’imposait d’abord son personnage. Des yeux globuleux, sous une frange de cheveux coupés court sur le front, un air plutôt sérieux, sinon triste, un peu lunaire à la Buster Keaton, la voix grave, le ton monocorde, enfin le contraire exactement de ce que son esprit baroque peut suggérer. L’accord fut immédiat… »

C’est ainsi qu’à la fin du mois d’avril, Jacques Prévert, accompagné de Jean-Paul Le Chanois (futur cinéaste) et de Louis Bonin (alias Lou Tchimoukov), un petit génie de la scénographie, vient remettre à Bussières et ses amis un texte intitulé « Vive la presse ». Cette rencontre marque le début du groupe « Octobre » qui ne porte pas encore ce nom. Ajoutons, pour la petite (et grande) histoire, que ce rendez-vous se passe dans une salle de la CGTU, avenue Mathurin-Moreau, très exactement à l’emplacement de ce qui sera plus tard le siège du PCF, place du colonel Fabien. 

Gérard Streiff

 

 

 

 

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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 05:23

 

L’adhésion durable d’une partie importante de l’opinion au parti d’extrême-droite ne provient finalement pas des choix économiques qu’il formule, mais de sa capacité à imposer dans le débat public l’idée que la cause des inégalités proviendrait de l’étranger, de « l’autre ».

Après avoir associé son programme à la sortie de l’euro et à une sorte de nostalgie de la France d’avant 1962 durant la présidentielle de 2017, le Marine Le Pen met dorénavant en scène avec ostentation ce qui est généralement interprété comme un retour, en matière économique, aux préceptes néolibéraux du Front National. Ces derniers, teintés de poujadisme, prévalaient en effet dans le Front national de Jean-Marie Le Pen : l’épargne et le capital d’abord, baisse des dépenses publiques et sociales, la libre entreprise comme horizon indépassable, les aides sociales perçues comme de l’assistanat et encourageant la paresse des pauvres, etc. Aujourd’hui, le ton est de nouveau donné, par exemple :

  • dans un article de L’Opinion la candidate déclare « Oui, une dette doit être remboursée. Il y a là un aspect moral essentiel » et ajoute « la dette d’une nation s’apprécie globalement, dettes publiques et dettes privées. Or, le gonflement des dettes privées en France est tout aussi préoccupant… Le meilleur remède à la dette, ce sont les fonds propres. La France doit impérativement passer d’une économie de dettes à une économie de fonds propres » ;
  • proposition d’un plan pour l’emploi des jeunes qui consisterait à ouvrir à toute personne de moins de 30 ans qui créera son entreprise une dotation en fond propre, égale à son propre apport. Ainsi qu’une « exonération totale d’impôt sur les sociétés et d’impôt sur le revenu, sur cinq ans et sur tout le territoire ».

Le tournant avait déjà été pris dès l’abandon en direct, lors du débat télévisé de 2017, du thème de la sortie de l’euro, préludant à l’expulsion des « souverainistes » à la Philippot et à la disparition de certaines tonalités interventionnistes en économie.

Mais est-ce si important ? Les fascistes, et cela est une constante dans l’histoire du XXe siècle, se sont toujours distingués par une grande capacité à ajuster leurs programmes économiques selon les circonstances et selon ce qu’ils supposent être les attentes des électorats qu’ils visent. La seule constante est le nationalisme, avec ses principales déclinaisons que sont la lutte contre l’autre (l’étranger, le juif, l’immigré, mais également « l’assisté »), l’hostilité viscérale au mouvement syndical et à ses organisations, et le prêche pour une collaboration de classe sous l’égide du patronat.

L’étranger au fondement des inégalités : la colonne vertébrale de l’extrême droite

Comme tout populisme, les propositions de l’extrême droite sont largement mouvantes car guidées par l’humeur des masses, à une exception près, elle bien constante : le nationalisme. On avait pu montrer que le programme de Marine Le Pen se caractérisait surtout, en 2017, par son incohérence, sauf sur un point : le rejet de l’immigration comme solution à tous les maux des Français [1].

L’adhésion durable d’une partie importante de l’opinion au parti d’extrême-droite ne provient finalement pas des choix économiques qu’il formule, mais de sa capacité à imposer dans le débat public l’idée que la cause des inégalités proviendrait de l’étranger, de « l’autre ». Quand une entreprise licencie, la responsabilité est alors attribuée, au choix : aux travailleurs immigrés, aux pays à bas coûts, à l’Union Européenne… Jamais à notre bourgeoisie et patronat. Lorsque Jean-Marie Le Pen se plaisait à être qualifié de « Reagan français », c’était sans nul doute en référence à son patriotisme réactionnaire teinté de racisme. Il lui a d’ailleurs repris son fameux « America, love it or leave it », le transposant en « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Dans les villes où elle est aux commandes, l’extrême-droite s’illustre exclusivement par des politiques répressives, xénophobes, anti-migrants et « anti-assistanat ». Ainsi l’adoption dans les municipalités RN d’une charte intitulée « ma commune sans migrants » impulsée par le Conseil municipal de Beaucaire. Ainsi également la tentative d’expulsion du Secours populaire à Hayange et de la Ligue des droits de l’Homme à Hénin-Beaumont jugeant ces associations « pro-migrants ». Pour le social, on repassera : coupe dans les budgets sociaux, fin de la gratuité dans certaines cantines scolaires, baisse des crédits des centres sociaux, hausse des indemnités de maire, etc… autant de mesures frappant les couches populaires, immigrées ou non.

Une défense du capitalisme contre les couches populaires

Quels que soient leurs errements et leurs ambiguïtés, les propositions économiques du FN, puis du RN, ne vont cependant jamais en direction d’une critique du capitalisme. Le changement de ton opéré par Jean-Marie Le Pen en 2007 ne doit pas induire en erreur. En effet, dans son dernier programme présidentiel, le fondateur du FN ajoutait alors à la liste des maux de la société la « mondialisation ultra-libérale ». Derrière cet antilibéralisme de façade se niche la défense d’une partie du patronat et de la bourgeoisie qui entend tirer profit d’un retour au franc dévalué et de mesures protectionnistes. Pas un mot sur les salariés, sauf la critique radicale des organisations syndicales, des immigrés et des « assistés ». Par ailleurs, mettre l’accent sur la « mondialisation ultra-libérale » permet de ne pas le mettre sur le fondement même de celle-ci, à savoir le capitalisme, ni même le fond du libéralisme en tant qu’idéologie prétendant qu’il existe une symétrie et une égalité entre le patron et le travailleur. Le libéralisme, dans l’esprit du FN puis du RN, est réduit à la disparition relative des frontières matérielles entre pays. Le clivage doit désormais se faire entre « mondialistes » et « nationalistes », afin d’entretenir un flou et de contourner le clivage gauche/droite qui révèle inéluctablement, en bout de course, un contenu de classe. Comment ne pas reconnaître ici les mêmes ressorts qui firent naître le concept de « nation prolétaire » dans l’Italie des années 1920 permettant aux fascistes de désigner une logique d’exploitation entre pays, tout en niant le clivage de classe interne au pays. La lutte n’est alors pas entre classes, mais entre nations.

Quant à elle, l’abandon de la sortie de la zone euro n’est qu’une rupture de façade avec la stratégie nationaliste du RN. Avec la montée des populismes d’extrême droite dans l’UE, et les possibilités de coalitions qu’elle offre au parti de Marine Le Pen, le thème de la sortie de l’euro devient vraisemblablement plus périlleux qu’utile au projet nationaliste du RN. Le temps d’après pourrait d’ailleurs être consacré à magnifier le patriotisme européen et chrétien[1].

L’extrême droite, une arme de réserve de la bourgeoisie 

Au-delà des épisodes qui peuvent nourrir l’impression d’un climat « préfasciste » (généraux séditieux, violences contre la CGT, omniprésence des prêcheurs de xénophobie et de nationalisme dans les médias, complotisme…), la crise peut faire du RN un recours très dangereux si la bourgeoisie considère, à un moment ou un autre, que les partis de gouvernement ne sont plus capables d’assurer à la fois la défense de ses intérêts et un minimum de discipline dans la population. Le récent tweet de Raphaël Enthoven (« plutôt Trump que Chavez ») révèle avec force cet arrière-plan de l’opinion collective d’une partie de la bourgeoisie.

L’histoire récente nous a montré combien le fascisme pouvait être l’expression de la décadence du capitalisme, et qu’il pouvait émerger lorsque la forme républicaine des institutions politiques n’était plus à même de sauvegarder les intérêts économiques de la bourgeoisie. Que ce soit en Italie ou en Allemagne, la montée du fascisme a été nourrie par la crise économique et sociale et portée par une grande partie du patronat. L’idée d’un déclassement économique et industriel national, au profit de nations considérées comme étant plus favorisées, a sûrement été un facteur clé dans la montée en puissance des chemises noires et brunes. Pour cela il a fallu construire de toute pièce la catégorie de « l’autre », tout en la reliant au capitalisme dans un contexte où les années 1930, notamment en Allemagne et en Italie, étaient fortement imprégnées d’idées progressistes anticapitalistes. Il y a donc eu un travail de construction identitaire et de déconstruction d’identification de classe.

La lutte de classes comme seul remède à la « lutte des races » 

Si le vote RN est devenu important aujourd’hui, notamment au sein des classes populaires, c’est que le parti d’extrême droite a réussi à imposer dans le débat public une analyse, une explication, et une réponse à la dégradation des conditions de vie des travailleurs français. Le chômage, la précarité, l’insécurité étant alors liés à l’immigration et sa culture, à l’assistanat, au voisin, le salut passerait donc par une lutte contre celle-ci. Le rapport au « national » devient ici le fondement de tous les maux, et la clé de toutes les solutions. Cette « ethnicisation » des problèmes sociaux, qui a pris une place prépondérante dans le débat public depuis les années 1970, illustre l’affaiblissement parallèle des forces politiques progressistes. Si le débat public a pu autant se polariser sur le critère national, c’est qu’il a pu investir le vide politique créé par l’abandon tendanciel du critère social, pierre angulaire des analyses portées historiquement par le marxisme et le communisme. On paye aujourd’hui l’acharnement de toute une gauche, depuis cinquante ans, à vider de leur contenu de classe les mobilisations sociales et sociétales.

À l’inverse, Zev Sternhell a pu observer que c’est le marxisme qui a été le rempart à la pénétration des tentations fascistes dans le mouvement ouvrier français au début du XXe siècle [2].

Aujourd’hui, le problème posé aux forces démocratiques, en premier lieu à la gauche, est donc son impuissance à opposer à la menace RN autre chose qu’un « barrage » de plus en plus inopérant. Car l’enjeu n’est pas de « barrer » mais de marginaliser cette idéologie politique en imposant dans le débat une autre analyse des problèmes que rencontrent la population. Au-delà d’être inopérant politiquement à court terme, cette attitude défensive renforce à plus long terme le discrédit de la gauche dans les milieux populaires et des idées auxquelles elle est identifiée.

Le rôle historique du PCF

Or, dans les conditions actuelles de la crise sanitaire, économique, écologique, morale, la possibilité existe d’un autre rassemblement populaire. Non à partir d’un critère national, mais d’un critère social et internationaliste. Un rassemblement de classe, celui des salariés et des fonctionnaires contre leur ennemi commun, la domination du capital sur tous les travailleurs et sur leur vie au-delà du travail. Cela nécessite pour la gauche de retrouver son entrain révolutionnaire, de retrouver ses repères de classe, de renouer avec le monde du travail. Cela implique aussi de donner un sens moderne au travail. Et cela au moment même où les travailleurs de ce pays, plongés dans une globalisation financière dévastatrice, sont le plus à même à être réceptifs à un discours de transformation radicale. C’est précisément la responsabilité ainsi que le rôle historique du PCF, pour reconstruire la cohérence entre le combat contre le capital et l’antiracisme, l’ouverture au monde, la lutte pour une France de l’hospitalité assumant pleinement sa responsabilité d’accueillir dignement les migrants tout en agissant pour une mondialisation de coopération et de paix.

Et c’est la cohérence (objectifs – moyens – pouvoirs) qu’il propose aujourd’hui pour combattre cette domination. C’est ce qui lui permet de dessiner un chemin concret d’issue à la crise, depuis les luttes immédiates pour l’emploi, les salaires, les services publics, les conditions de vie, l’émancipation de toutes les discriminations, jusqu’au dépassement de la civilisation capitaliste et libérale, dans une transition structurée par les éléments d’un projet de civilisation : sécurisation de l’emploi et de la formation, essor de nouveaux services publics, prise de pouvoir sur l’utilisation de l’argent avec de nouveaux critères de gestion et une nouvelle orientation des crédits bancaires, autre mondialisation de coopération. Cette cohérence a été mise en œuvre, par exemple dans nos propositions lors du mouvement des Gilets jaunes[3]. Elle devient décisive pour le succès de la campagne présidentielle dans laquelle les communistes ont décidé de s’engager.

En effet, loin de justifier un nouvel effacement du PCF, la menace fasciste rend plus que jamais vitale une affirmation beaucoup plus audacieuse de sa présence avec toute son originalité sur le terrain des idées et des luttes, avec toute sa capacité militante dans les mobilisations sociales et avec ce qui reste de sa force d’organisation dans les batailles électorales et institutionnelles.


[1] Le funeste GRECE, fondé en 1969 avec Alain de Benoist comme penseur, est toujours une composante de l’extrême-droite française, de même que les nostalgiques du Troisième Reich.


[1] Voir par exemple Ecolinks, Petit manuel économique anti-FN, préface de Thomas Piketty, Le Cavalier Bleu, 2017.

[2] Zeev Sternhell, Ni droite, ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Gallimard, quatrième édition, 2012.

[3]  Voir « Pour répondre à la colère sociale, s’attaquer au coût du capital » (Dossier d’Économie et Politique), n° 772-773, novembre-décembre 2018, et « Conjoncture économique, gilets jaunes et enjeux politiques », Économie et politique, n° 774-775, janvier-février 2019.

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 05:55

 

C’est officiel, les États-Unis et leurs alliés engagés dans une coalition militaire en Afghanistan vont quitter le pays. La plus longue intervention à l’étranger qui a duré une vingtaine d’années va ainsi prendre fin dans des conditions d’un enlisement peu glorieux et sans que ses objectifs ne soient atteints. Cette guerre commencée en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre ouvrit la stratégie de l’antiterrorisme pour renverser les taliban alors au pouvoir à Kaboul et réduire leurs protégés d’El Qaïda et va se conclure par un échec cinglant puisque les taliban sont de retour et déjà aux portes du pouvoir.

La guerre ingagnable de l’OTAN et de ses alliés

L’OTAN, bien vite adoubée par l’ONU et renforcée de quelques pays alliés, aura été le vecteur d’une intervention hors de l’espace euro atlantique, dans l’esprit des nouvelles orientations définies lors de son Sommet du cinquantenaire de 1999. C’est cette prétention à jouer le rôle de gendarme du monde qui s’effondre aujourd’hui. En réalité cette issue était attendue depuis déjà dix ans puisqu’Obama avait décidé, après dix ans de guerre, d’un retrait non négocié des troupes engagées sur place. À partir de 2011 les taliban savent que les Américains vont partir. Ils n’ont plus qu’à attendre et à assister à l’échec des efforts d’une construction d’un État « moderne et démocratique » par les intervenants extérieurs. Car le modèle subliminal des Occidentaux renvoie à l’issue de la Seconde Guerre mondiale lorsqu’il s’agit de reconstruire l’Allemagne après son effondrement. Mais l’Afghanistan n’est pas l’Allemagne et les islamistes radicaux n’ont jamais été mis en déroute, se sont reconstitués, ont pris appui sur le Pakistan voisin et ont essaimé dans de larges régions du monde.

Cette guerre a eu un coût énorme, pour l’Afghanistan d’abord qui connaît là sa deuxième guerre, après celle contre les Soviétiques de 1979 à 1989, puis la guerre civile qui vit les taliban l’emporter sur les « Seigneurs de guerre » et imposer leur chape de plomb sur le pays. Bref un pays en guerre depuis quarante ans. Son coût sur l’ordre international n’a pas été moindre. Après avoir humilié Moscou et contribué fortement à son effondrement, puis dopé l’islamisme radical en envoyant ses « Afghans internationalistes » sur différents terrains de luttes, ce petit pays, en passe d’infliger une défaite militaire à la coalition emportée par l’OTAN aura également contribué à façonner les traits majeurs du XXI° siècle. La population civile a terriblement souffert. Plus de 100 000 morts selon les Nations unies, des milliers de bombes déversées, une société plus corrompue que jamais, une culture et un trafic de drogue florissant alimentant 80 % du marché mondial d’opium, sans compter les morts indirectes de pauvreté et maladies causées par le conflit et l’absence d’un véritable État, jamais construit.

Le coût fut redoutable également pour les États-Unis. D’abord en terme humain, puisqu’on estime les pertes à près de 3000 soldats auxquels il convient de rajouter environ 4000 « contractors » – mercenaires des sociétés militaires privées –, 20 000 blessés graves et des pertes évaluées à 60 000 soldats dans les rangs gouvernementaux. La dépense engendrée se monte à près de 3000 milliards de dollars en ajoutant opérations guerrières, entraînement et aide économique souvent détournée. Un gâchis total.

Des enjeux qui dépassent le pays

Cette guerre, dont l’enjeu international dépassait largement le territoire afghan, n’a jamais été populaire aux États-Unis, sauf dans l’immédiat après-11 septembre. Mais pourtant, elle n’a pas suscité de fortes mobilisations internationales qui pourraient rappeler l’ampleur des grandes campagnes contre les guerres d’Algérie, du Vietnam ou plus récemment contre l’invasion de l’Irak, sans évoquer les solidarités aux causes emblématiques du peuple palestinien ou des luttes antiapartheid le l’Afrique du Sud. Ce qui a manqué, au-delà des traits détestables du régime de Kaboul, c’est l’existence de forces politiques et sociales avec lesquelles un partage de valeurs puisse se construire et auteur desquelles organiser une solidarité internationaliste. Car l’alternative au régime actuel soutenu par les Américains se présente déjà depuis longtemps sous les traits d’un retour des taliban, certes délestés de leurs protégés, les taliban.

Cette guerre a été menée dans des conditions d’un aveuglement total. Les Américains ont refusé – confortés par beaucoup de think tanks sans grande légitimité – de voir la progression des taliban forts de quelques dizaines de milliers d’hommes, de leur structuration en parti politique national, doté d’une direction et d’un chef, de l’appui apporté par le Pakistan pays allié des États-Unis et d’imaginer qu’il pouvait y avoir chez ce peuple une attente d’État à même de satisfaire aux besoins les plus essentiels, en termes de santé, d’éducation, de logement, de sécurité… Faute de s’atteler à la construction d’un tel État, le gouvernement en place a été court-circuité par des organismes internationaux donateurs d’aide étrangère sans connaissance du terrain et animés par des logiques bureaucratiques à mille lieues des réalités, et aspirant souvent les élites du pays. Des bataillons d’anthropologues envoyés en reconnaissance auraient été plus utiles que des images satellites ou des drones préparant le travail des forces spéciales.

Car ce qui a manqué le plus à la coalition c’est la connaissance du tissu local social dont l’absence est le talon d’Achille des interventions militaires en terre étrangère. Ce terrain social a totalement été méconnu par les militaires, ainsi que les liens familiaux, religieux, économiques entretenus entre les différentes populations et entre celles-ci et les taliban. Les troupes coalisées ont combattu un ennemi dont elles ne connaissaient pas les modes de fonctionnement, mais qui possédait l’avantage de la maîtrise du terrain et avait su de longue date infiltrer les institutions du pays.

Après 20  ans d’une coalition de l’OTAN, les résultats sont décevants. Le régime a certes était défait comme celui de Saddam Hussein ultérieurement, les groupes d’El Qaïda dispersés et réduits considérablement, mais les taliban prenant appui sur le Pakistan sanctuarisé sont aujourd’hui de retour et au bord du pouvoir. Ils multiplient les attentats et le pays n’a jamais été véritablement pacifié. La corruption s’est généralisée empêchant la reconstruction d’un État contourné par l’aide internationale, les ONG, et les différents opérateurs du développement. Les « Seigneurs de guerre » et le tribalisme se sont multipliés. La coalition s’est bunkerisée en enclaves ultra sécurisées et coupées de la population.

Mais surtout les conditions du départ ont été menées de façon maladroite à l’initiative de Trump, puis par Biden, par contact direct avec les taliban, en passant par-dessus la tête du gouvernement afghan, considéré comme partie mineure. Le seul souci des États-Unis étant qu’un régime sous la férule des taliban ne redevienne pas un sanctuaire pour des groupes terroristes. Seul cet engagement les intéresse. Les taliban ne sont pas en recherche de négociations inter-afghanes avec le régime actuel de Kaboul dont le monde pressent la fin. Ils n’ont plus rien à négocier avec personne, le départ des troupes étrangères étant déjà acquis. Ils se préparent à la séquence suivante : investir Kaboul et défaire le régime en place, quitte à initier une nouvelle guerre civile. Le retrait a déjà commencé. La grande base militaire de Kandahar, construite par les Soviétiques et située dans le sud du pays dans une zone à forte présence talibane, a été évacuée nuitamment en catimini  sans concertation avec l’armée afghane, et ne laissant en service que la base de Bagram près de Kaboul comme tête de pont. La Maison Blanche annonce que l’armée américaine possède la capacité en ouvrant de nouvelles bases militaires dans des pays frontaliers – en Ouzbékistan et au Tadjikistan – de disposer de moyens de surveillance, voire d’intervention, pour empêcher tout retour en force d’Al-Qaida dans cette région. Même intention annoncée par Macron à propos de l’opération Barkhane. Faute de pouvoir rester sur le terrain, on déplace quelques moyens engagés en prétendant avoir la maîtrise de la suite des événements. Les Alliés de la coalition ont compris le sens de ces discours. La France a décidé  d’accorder l’asile politique aux centaines d’Afghans ayant travaillé pour elle, évidemment sans consultation des autorités du pays et témoignant ainsi de son pessimisme sur la capacité du régime à se maintenir en place bien longtemps.

Cette guerre afghane dépasse par sa portée le territoire de ce petit pays. Elle est emblématique des conflits asymétriques qui ont surgi à travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s’érodent en cours de route. L’enlisement est au bout du chemin. Elle confirme qu’on ne peut imposer la démocratie ou les droits de l’homme souvent mobilisés  par la force ou par décrets. La leçon devrait servir pour le Sahel.

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 05:54

 

Le « projet Pegasus », dévoilé par Forbidden Stories, Amnesty International et 17 médias internationaux met au jour un nouveau scandale de surveillance mondiale. Éclairage d’Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

NSO Group, la compagnie israélienne qui commercialise le logiciel espion Pegasus, le présente comme un outil utilisé pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Pourtant, les révélations faites depuis le 18 juillet par le consortium Forbidden Stories et le Security Lab d’Amnesty International, en partenariat avec 17 médias internationaux, montrent une tout autre réalité, où tout le monde ne semble pas avoir la même définition des mots « terroriste » et « criminel ».

Du Maroc à l’Inde, en passant par le Mexique et la Hongrie, 11 pays utilisent Pegasus depuis plusieurs années, pour surveiller massivement des activistes, des journalistes – dont Mediapart, visé par le Maroc, des avocats et d’autres membres de la société civile. Au total, 50 000 numéros de téléphone, répartis dans 50 pays, ont été ciblés par ce logiciel espion. Dans le lot figurent aussi des membres du gouvernement français

Le logiciel espion permet de contrôler un smartphone à distance sans la moindre manipulation de l’utilisateur. Pour accéder au téléphone ciblé, nul besoin de cliquer sur un lien ou d’ouvrir un document, chose qui rend difficile toute suspicion d’infiltration. Une fois introduit, Pegasus permet un accès total au téléphone, des échanges de messages à l’activation à distance du microphone et de la caméra.

Une atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles aux conséquences parfois tragiques. Les révélations du « Projet Pegasus » mettent, par exemple, en lumière, de potentiels liens entre l’utilisation du logiciel espion par l’Arabie saoudite et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie en 2018. Les téléphones de ses proches étaient infectés par le logiciel. Le journaliste mexicain Cecilio Pineda était lui aussi ciblé par Pegasus quelques jours avant son assassinat. 

Cette affaire n’a donc rien d’une simple écoute téléphonique ou d’un petit piratage de messagerie. Entretien avec Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International et ancienne rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies. Elle a notamment enquêté sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et a elle-même reçu des menaces des autorités d’Arabie saoudite. 

Huit ans après les révélations d’Edward Snowden sur les agissements de la NSA, le projet Pegasus dévoile un nouveau scandale mondial de surveillance. Onze États ont eu recours à ce logiciel israélien commercialisé par le groupe NSO, pour espionner une liste de 50 000 numéros de téléphone à travers le monde. Parmi les cibles, beaucoup d’activistes, de journalistes, de militants et même des figures politiques. Quelle est la réaction d’Amnesty face à ces révélations ?

Agnès Callamard : Bien sûr, on aurait préféré que ce scandale n’existe pas. Mais vu que cela fait plusieurs années qu’Amnesty et d’autres organisations dénoncent les agissements de NSO et d’autres acteurs de l’industrie de surveillance, pour nous, un tel scandale, d’une échelle planétaire, est le bienvenu. Parce qu’il permet d’attirer l’attention sur ce problème et démontre vraiment l’étendue des dommages, des violations et des risques auxquels nous faisons face. Mais aussi à quel point personne n’est à l’abri de cette surveillance. 

Ce qui est aussi intéressant dans ces révélations, c’est que les personnes touchées ont des profils très variés. On a au moins 180 journalistes, des défenseurs, des activistes, des politiciens eux-mêmes, des membres du gouvernement, dont dix premiers ministres, deux présidents et un roi, qui ont été mis sous surveillance. Et ça s’étend aussi aux proches de ces cibles, aux membres de leurs familles.

La surveillance est une violation du droit à la vie privée. Mais dans le cas de Pegasus, ça ne s’arrête pas là. Vu les profils des personnes espionnées, il s’agit aussi de violations de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, de la liberté d’informer et de violation potentielle de l’État de droit. Finalement, le projet Pegasus trahit une violation des principes démocratiques. Parce que quand des membres de l’opposition sont placés sous surveillance, quand même, ça questionne.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, nous avons aussi potentiellement une menace à la paix. Lorsqu’un État, n’importe lequel, surveille un individu aussi haut placé qu’un premier ministre d’un autre État, on entre quand même dans des dynamiques assez agressives. Ce logiciel espion est une menace à grande échelle. 

Le Security Lab d’Amnesty International a joué un rôle essentiel dans cette enquête. Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous avez travaillé ?

Mes collègues qui travaillent depuis plusieurs années sur les logiciels espions ont développé une méthodologie et une connaissance approfondies. Ça leur a permis de faire des études poussées sur des téléphones et de déterminer si l’appareil a été compromis ou pas. Ils savent maintenant quelles sont les preuves.

Le rôle de mes collègues a été, dans la mesure du possible, et en partenariat avec les journalistes du consortium, de se mettre en contact avec les cibles potentielles dont les numéros étaient sur cette liste de 50 000 numéros, et d’examiner leurs téléphones. Ensuite, l’équipe est capable de déterminer les moments du piratage d’une manière assez précise. 

La société NSO affirme vendre son logiciel uniquement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Que révèle un nombre aussi élevé de journalistes espionnés par ce même logiciel ? 

Ce que ça met en valeur, c’est le fonctionnement du pouvoir et ses dérives. Le fait que des individus qui ont accès à cette arme peuvent la mettre en œuvre à tout moment trahit aussi l’absence de régulation de ces technologies de surveillance. 

Des centaines de personnes peuvent utiliser cette arme sans qu’il y ait eu un accord de principe d’un juge, ou d’une autre institution qui scrute. Par exemple, quand des policiers veulent mettre un individu sous surveillance, il y a un processus à suivre, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Là, ce que l’on découvre, c’est qu’en termes de législation, dans la plupart des pays, y compris les pays démocratiques, la surveillance est très mal encadrée. Il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine. 

Ce sont des logiciels très mal encadrés. Très mal connus par le grand public mais aussi très mal connus par les parlementaires. J’espère au moins que ce scandale apportera une meilleure compréhension de la façon dont ils fonctionnent et démontrera que personne n’est à l’abri.

Selon vous, cette surveillance massive, dont les cibles sont aussi issues de la société civile, représente-t-elle aujourd’hui l’une des plus grandes menaces à travers le monde en matière d’atteinte aux libertés ? 

La surveillance est une arme, et pas seulement pour les États répressifs. Dans la mesure où elle est utilisée pour déterminer les faits et gestes des journalistes et que, dans certains cas, les journalistes peuvent être assassinés, la surveillance n’est pas une chose anodine. En elle-même, c’est une violation de la vie privée, mais elle préfigure d’autres violations, y compris potentiellement celle d’ôter la vie. 

J’ai beaucoup travaillé sur l’assassinat de Khashoggi. Lui, personnellement, on n’a jamais été en mesure de voir son téléphone, resté entre les mains des autorités turques, qui n’ont rien dit à ce sujet. En revanche, on sait que des proches de Jamal ont fait l’objet de surveillance et donc, ses communications à lui avec ces gens-là ont fait l’objet de surveillance, et il a été assassiné. On n’a pas les preuves de cause à effet entre la surveillance et le meurtre, mais il est possible tout de même de faire des liens. Les écoutes font partie de l’environnement de ce meurtre et en sont un aspect très important.

On sait aussi que le journaliste mexicain, Cecilio Pineda, était ciblé quelques semaines seulement avant son assassinat. Donc oui, pour moi, c’est une arme et une grande menace qui peut avoir de lourdes conséquences, dans la mesure où elle est utilisée contre la dignité, les droits humains, la démocratie. Elle peut être vraiment dangereuse. 

Parmi les 11 pays clients de NSO, avez-vous été surprise par la présence de certains États ?  

L’Inde, le Mexique et la Hongrie sont des États nominalement démocratiques. Mais en même temps, cela fait des années que l’on dénonce les débordements. Donc ce n’était pas énormément surprenant. La surveillance des journalistes en Hongrie est une source d’inquiétude qui s’ajoute à toutes les autres craintes que l’on a par rapport à ce régime et au fait que l’Union européenne n’a toujours pas agi pour régler cela. Le Rwanda est pays où la liberté de parole est extrêmement encadrée et où de nombreux activistes ont été réprimés. C’est un gouvernement qui met beaucoup l’accent sur le contrôle. Et dans le cas de l’Arabie saoudite, j’ai moi-même fait l’objet de menaces de la part des autorités saoudiennes quand j’enquêtais sur le meurtre de Jamal Khashoggi, même si mon téléphone n’a pas été ciblé. Voir que l’Arabie saoudite figurait parmi les clients de NSO ne m’a absolument pas surprise. C’est plutôt l’inverse qui m’aurait étonnée.

Le Maroc a, dans ses cibles, 10 000 numéros de téléphone à lui seul, dont ceux de journalistes et d’activistes. Comment est la relation entre Amnesty International, qui défend les droits humains, et le royaume chérifien ? 

Le nombre de personnes ciblées par le Maroc est édifiant. Mais c’est un peu difficile d’en parler parce que nos collègues au Maroc pourraient avoir des soucis. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a quelques années déjà, Amnesty avait dénoncé le piratage du journaliste Omar Radi, qui a d’ailleurs été puni de six ans d’emprisonnement cette semaine. On en avait fait part à NSO, qui n’avait pas accordé d’attention à nos allégations puisque, de toute évidence, le Maroc fait partie de ses clients.

Qu’est-ce qui pourrait mettre fin à ces dérives de la part de ces États répressifs ? 

Ce qu’il faudrait, c’est un moratoire. Parce que cette industrie est incontrôlable et qu’on n’a pas encore les outils pour l’encadrer. La première chose à faire est donc d’interdire qu’elle soit exportée. Je veux bien reconnaître que cela risque de poser problème dans la lutte contre la criminalité, mais je pense que c’est un problème qui peut être pris en charge rapidement. Si on développe les méthodes qui permettent de s’assurer que la vente et l’exportation de ces outils deviennent soumises à des critères suffisamment forts, avec une surveillance juridique de la part des États qui exportent, le souci peut se régler.

On devrait aussi mettre en place des mécanismes qui permettent de démontrer que le logiciel, s’il est acquis, c’est pour la surveillance des criminels et des actes terroristes, et non pas à d’autres fins. Il y a urgence. Il faut s’équiper au plus vite de ces outils qui permettent de surveiller de près la mise en œuvre de ces logiciels. Je ne dis pas que c’est super facile. Mais on a quand même, au niveau de la communauté internationale, des règles pour la vente d’armes, pour les opérations de groupes privés de sécurité… Ce n’est pas la première fois qu’on doit faire face à quelque chose de ce type. On ne s’est juste pas donné les moyens d’encadrer cette industrie de la surveillance. 

Les révélations internationales sur l’usage par 11 États du logiciel israélien Pegasus n’ont pas suscité de vives condamnations de la classe politique française. Bien que le pays soit directement visé, peu de voix se sont élevées pour réclamer des sanctions à l’égard des États mis en cause. Vous attendiez-vous à cela ? 

La réponse du gouvernement français a été assez timide. D’un autre côté, ce n’est pas tellement en son honneur. Étant donné qu’ils ont été piratés de cette façon, ils ne vont pas s’en vanter. Par contre, j’espère qu’ils vont être prêts à prendre les initiatives demandées à l’échelle internationale pour que cette industrie fasse l’objet de contraintes, et que ce ne soit plus le Far West où rien n’est interdit. 

Concernant NSO, quelles réponses attendez-vous ?

Les onze clients sont des pays qui ont violé les termes d’exploitation de ce logiciel espion. NSO devrait donc mettre fin immédiatement à l’utilisation. Elle a les moyens d’arrêter les services qu’elle apporte à ses clients, elle devrait le faire de manière immédiate.

NSO devrait aussi indemniser les victimes car cette société est complice des agissements des États. Elle ne pouvait pas nier et dire qu’elle ne savait pas. 

Par ailleurs, de toute évidence, le gouvernement israélien a échoué car c’est lui qui a accordé une licence d’exportation pour la technologie de cybersurveillance au groupe NSO. De toute évidence, il a manqué à ses obligations parce que les risques potentiels liés à l’utilisation de ce logiciel étaient importants. Il est bizarre qu’ils n’aient pas réalisé ça avant. Le gouvernement israélien se doit de revoir en profondeur son système de licences d’importation à cette industrie. 

 

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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 05:49

Le 19 avril dernier, Fabien Roussel révélait que Pfizer envisageait une augmentation des prix des vaccins. Aujourd'hui nous apprenons que c'est effectivement le cas. Le prix du Pfizer va passer à 19,5 euros la dose pour 15 euros actuellement, alors que ce laboratoire prévoit un profit de l'ordre de 30 milliards de dollars!! Tout ça avec l'assentiment de la commission européenne qui se cache derrière le secret des négociations.

Nous réaffirmons le besoin absolu que la transparence soit faite sur les négociations entre l'UE et les bigpharmas et qu'une levée des brevets soit décrétée pour produire les doses suffisantes et mettre fin à la rapacité des laboratoires pharmaceutiques.

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 08:16

 

 

 

Quelques 13 millions de retraité-es perçoivent une pension de l'AGIRC-ARRCO. Ce régime complémentaire enregistre une baisse de ses recettes liée à la forte diminution de ses cotisations due au chômage partiel et aux délais de paiement accordés aux entreprises impactées par la crise sanitaire. Face à cette perte de ressources, son conseil d'administration a décidé, contre l'avis de plusieurs syndicats, de revoir à la baisse la revalorisation des pensions indexées sur l'inflation.

Avec cette décision, chaque mois, les retraités affiliés à l'AGIRC-ARRCO perdront donc en moyenne 2 à 3 euros, et bien plus pour certains pensionnés. Mais pour des millions de pensionnés, cette perte constitue un nouveau recul insupportable du pouvoir d’achat, déjà très maigre.

Car, dans le même temps, les factures d'électricité, de gaz, les mutuelles, les assurances, les carburants continuent de flamber !

Ce n'est pourtant pas à nos aînés de payer les effets d’une crise sanitaire qu’ils subissent déjà violemment et pour laquelle l’Etat a beaucoup plus accompagné les entreprises que les familles et les salariés. Par ailleurs, les caisses de l'AGIRC-ARRCO ne sont pas vides, puisqu’elles assurent encore l’équivalent de 9 mois de réserve.

  • Avec Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, nous proposons une toute autre logique que cette nouvelle mise en cause du pouvoir d’achat des retraités avec :
  • L’augmentation sensible des pensions de base pour qu’aucune d’entre elles ne soient inférieures au SMIC ;
  • Une modulation des cotisations patronales qui pénalisent notamment les grandes entreprises qui s’en prennent à l’emploi et aux salaires et assèchent ainsi les ressources des caisses de retraites;
  • Une cotisation exceptionnelle sur les revenus financiers des entreprises pour qu’elles participent aussi à l’effort d’équilibre financier des caisses de retraites complémentaires, les retraités ayant déjà vus leur pension de retraite gelée l’année dernière.

 

Le PCF appelle à faire des échéances de 2022 un temps fort de débat et d’exigences pour consolider le droit à la retraite dès 60 ans, garantissant des pensions dignes pour toutes et tous et mobilisant de nouvelles ressources. Il faut pour cela cesser de s’attaquer aux salaires et aux pensions et s’attaquer aux immenses privilèges de la finance, qui profite allègrement de la crise sanitaire.

 

Parti communiste français,

Paris, le 29 juillet 2021.

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:51

 

Le gouvernement britannique a commencé la privatisation des établissements pour personnes âgées dans les années 1980. Aujourd’hui, les sociétés privées tiennent 76 % du secteur. En particulier les fonds d’investissement, prêts à tout pour de généreux rendements.

 

«Je pense qu’il est mort car il a baissé les bras. Les soins qu’il recevait étaient tellement médiocres, c’était épouvantable. » Toujours en colère, Philip* raconte le chemin de croix de son oncle, qui a passé les neuf dernières années de sa vie dans quatre maisons de retraite, avant de décéder du Covid, en février 2021.

Philip « n’aurait même pas hébergé un chien » dans la première structure où son oncle a été accueilli en 2012. Quand il s’en est aperçu, le neveu a plié les bagages de son parent, direction une nouvelle maison qui lui avait promis une meilleure prise en charge. Nouvelle déception, nouveau déménagement, et ainsi de suite pendant près d’une décennie, jusqu’à sa mort.

Philip aurait voulu que les dernières années de son oncle soient plus paisibles. Mais dans chaque établissement, le même cauchemar se répétait. Désespéré, le neveu assistait partout à la même course contre la montre d’un personnel toujours dépassé, sous-payé et démotivé. Philip a eu beau signaler les dysfonctionnements graves qui se déroulaient dans ces Ehpad privés aux autorités, et même une fois à la police, ses multiples plaintes n’ont jamais été suivies d’effet.

Dans le dernier, celui où son oncle a vraisemblablement été contaminé par le Covid, la pénurie de personnel était si grave qu’il a dû lui-même lui porter assistance. Lors d’une visite, Philip s’était ainsi aperçu que son parent se trouvait « en état de déshydratation sévère ». Comme il n’y avait pas de soignant disponible, il avait dû s’installer auprès de lui pour s’assurer qu’il reçoive bien le liquide de réhydratation nécessaire… Trois jours durant.

Au Royaume-Uni, où plus de 42 000 résidents des Ehpad sont décédés pendant la pandémie, l’histoire de Philip est loin d’être isolée. La presse anglaise s’est largement fait l’écho de ces tragédies familiales, mais peu d’articles se sont penchés sur le processus de privatisation généralisée des maisons de retraite qui les a souvent permises.

Et pourtant, comme nous le dit Eileen Chubb, dirigeante de l’association caritative Compassion in Care, « c’était horrible mais ce n’était pas une surprise ». Cette ancienne aide-soignante sait de quoi elle parle, elle qui défend depuis plusieurs années les droits des résidents des Ehpad, « traités dans ce pays comme des citoyens de seconde zone ».

Outre-Manche, le marché des Ehpad est très fragmenté, « atomisé », dit-on, ce qui est rarement bon signe. C’est une jungle d’entreprises détenant chacune une petite part du marché et se livrant une concurrence acharnée. Au total, cette multitude de sociétés privées détient 76 % des Ehpad, les autres étant gérés par des collectivités locales et des associations.

Cette privatisation généralisée n’est pas unique en Europe mais elle est pourtant bien singulière, selon Bob Hudson, professeur à l’université du Kent et expert en politiques publiques. L’externalisation britannique s’est développée de manière particulièrement agressive et « sans aucun garde-fou », écrit-il pour la revue de la London School of Economics. Les conséquences de cette libéralisation sans limites sont désastreuses : la situation des Ehpad ne « répond plus aux normes ordinaires, que ce soit en matière de choix ou de contrôle des établissements ».

 

Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout.

Peter Folkman (Manchester Business School)

L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’après un autre professeur anglais, Peter Folkman, de la Manchester Business School. Pour lui, cette privatisation commencée il y a une quarantaine d’années, comme dans tout le secteur de « l’aide sociale », n’avait pas que des mauvais côtés. « Les économies d’échelle et les bonnes techniques managériales » apportées par le privé ont permis aux entreprises de faire « plutôt du bon travail » dans un secteur qui était en décrépitude, nous dit-il. Seulement, même ce libéral en convient, la machine s’est emballée : « Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout. »

La véritable « dégringolade » a commencé avec l’arrivée sur le marché britannique des fonds d’investissement, en particulier des fonds de pension, il y a quelques années, se rappelle John Spellar, ancien ministre et député du parti travailliste. De véritables machines de guerre de la réduction des coûts, qui garantissent à leurs investisseurs des retours importants sur leurs placements. Ces organismes de placement collectifs ont la part belle outre-Manche : un cinquième du secteur repose entre les mains des cinq plus grosses multinationales et trois d’entre elles sont financées par des fonds d’investissement.

Le débarquement des fonds a fait baisser « les standards de qualité des établissements », explique John Spellar. « Désormais, ces derniers ne se sentent plus tenus pour responsables de leur gestion et ruinent les conditions de travail des salariés. » Il en découle, d’après lui, « une crise de recrutement dans les Ehpad et un défaut de soins pour les résidents ».

Pourtant, le député ne regrette pas la privatisation et voit même les avantages d’une « véritable union avec le secteur privé qui propose un système qui fonctionne ». Mais il est désormais convaincu que les « spéculateurs » n’ont pas leur place dans les Ehpad. Tout simplement parce que le secteur, par essence, n’est pas adapté au fonctionnement de ces machines à cash.

Petits risques, gros retours

« La population est vieillissante et les subventions publiques sont garanties. Pour un investisseur, les risques sont faibles », analyse Vivek Kotecha, chercheur et auteur du livre Plugging the Leaks in the UK Home Care Industry (« Colmater les fuites dans le secteur du soin au Royaume-Uni », 2019). Seulement, dit-il, « les retours sur investissement y sont tout aussi faibles ».

Faibles, vraiment ? HC-One, leader du marché britannique, a versé la somme faramineuse de 48,5 millions de livres de dividendes à ses actionnaires ces deux dernières années.

Ces fonds d’investissement ont leur secret pour transformer le plomb en or : « La dette, dévoile Peter Folkman, le professeur de Manchester. Beaucoup de dette. » La seule manière d’obtenir de tels retours sur investissement dans le secteur des Ehpad, c’est de « rajouter une haute dose de risque financier à la transaction et donc de maximiser la dette ».

Tant que les prix du foncier restent élevés, que la population vieillit et que les subventions de l’État demeurent régulières, cette stratégie fonctionne. Mais il suffit qu’un caillou s’immisce dans les rouages pour que tout le système déraille. Car dans ce type de montage financier, la marge de manœuvre pour se retourner en cas d’imprévu est quasi nulle.

 

À quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?

John Spellar, ancien ministre travailliste

Ce fut le cas pendant la crise financière en 2008, poursuit Peter Folkman. Au Royaume-Uni, la politique d’austérité qui a suivi le marasme économique a poussé les collectivités locales à réduire l’enveloppe allouée aux maisons de retraite. Privés d’une partie importante de leurs ressources, des groupes comme Southern Cross ne pouvaient plus rembourser leurs dettes et ont fait faillite.

Avec ce système fondé sur la spéculation, comment garantir que demain, à l’occasion d’une réduction budgétaire plus importante, des dizaines de milliers de résidents d’Ehpad ne se retrouvent pas dehors, sans toit sur la tête ? Davantage d’argent public ? Mais « à quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?, interroge le travailliste John Spellar. Tout ce que ça fait, c’est de fournir encore plus de matière à spéculer à ceux-là même qui ont contribué à démembrer le secteur ».

Pour Matt Egan, du syndicat Unison, c’est tout le système qui est à repenser. « Ne citer que quelques mauvaises pratiques à la marge est une erreur, c’est tout le système qui a été monté de façon à encourager les mauvaises conditions de travail et une mauvaise qualité de soin pour les résidents. »

Aujourd’hui, la pagaille est telle que même certains représentants de fonds d’investissement du secteur appellent à davantage de régulation publique. À l’instar de John Moulton, fondateur de Better Capital, qui réclame la mise en place d’une « réglementation appropriée ». Celle-ci, dit-il, « vous garantit de meilleures chances de succès, car elle renforce le pouvoir du régulateur financier. Si les entreprises ne sont pas performantes, alors ce dernier peut intervenir, prendre le contrôle et mettre en place un redressement judiciaire ».

Mais en dépit de cette volonté partagée par plusieurs acteurs importants, les gouvernements qui se sont succédé ont fait le choix de ne pas s’attaquer à ce chantier titanesque. Y compris cette année, en dépit des 42 000 morts du Covid dans les Ehpad et malgré les promesses préélectorales de rigueur en cette période, le gouvernement n’a rien annoncé de concret. Même la reine n’a évoqué qu’une possible réforme, dans son dernier discours. On peut supposer que la question du financement retient tout ce beau monde de passer à l’action.

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:50

 

Emmanuel Macron remet sur le tapis la question du financement des retraites. Depuis la grande bataille de l’hiver 2019-2020, des évolutions ont eu lieu :

  • la Bourse s’est envolée ;
  • l’espérance de vie a reculé, ôtant aux partisans d’un recul de l’âge de départ un de leurs arguments les plus cyniques (ce qui amène le président du MEDEF à des contorsions dans son interview aux Echos du 9 juin).

Précisément, le pré-rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) relativise fortement l’ampleur des déficits dans l’immédiat, et table sur les évolutions démographiques pour alléger le coût des retraites dans le long terme :

  • le nombre de retraités baisserait dès 2022,
  • ceux qui restent toucheraient moins longtemps une retraite,
  • en effet, le COR anticipe un recul de trois ans de l’espérance de vie d’ici à 2070.

Extrait du pré-rapport du COR (page 9 du document de synthèse) :
« les réserves resteraient positives à l’horizon de la période de projection et contribueraient sur toute la période à l’équilibre du système de retraite. Dit autrement, les déficits temporaires du système de retraite ne nécessiteraient pas de recourir à l’endettement dans ces scénarios. Dans le scénario 1,0 %, un léger endettement temporaire serait nécessaire (au maximum de 2,2 % du PIB) mais cette dette serait résorbée en fin de période de projection ».

Mais cela laisse entier le problème du financement d’un système de retraites permettant le départ à 60 ans pour toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, avec un revenu de remplacement net au moins égal au SMIC et égal à 75 % du salaire des meilleures années d’activité, avec la prise en compte de la pénibilité des emplois occupés…

Un système de retraites digne du XXIe siècle est un projet de civilisation [1]

Il faut consacrer plus de richesses aux pensions versées à un nombre croissant de retraités, destinés à vivre plus longtemps. Mais il faut aussi plus de dépenses pour préserver la santé et l’autonomie des personnes âgées, plus de dépenses pour l’éducation, la formation, la recherche, la sécurité, la justice, l’écologie, bref pour tous les services publics. En résumé, il faut une plus grande « part du gâteau » pour les retraites, mais à l’intérieur d’un « gâteau » plus gros et produit autrement, c’est-à-dire une autre logique économique que celle du capital. Ces dépenses de service publics et des retraités pourraient ainsi stimuler cette autre logique économique et une production accrue de richesses. À ce titre, nos propositions pour le financement des retraites sont cohérentes avec celles que nous faisons pour sortir de la « crise siamoise », sanitaire et économique[2].

Le principal obstacle, c’est le comportement des entreprises et des banques. Toutes leurs décisions sont dominées par la logique du capital (profit et accumulation) :

  • ses prélèvements sur les richesses créées
  • toutes ses décisions d’investissement matériel ou de délocalisations contre l’emploi et contre la création de richesses.

Nous devons entrer dans un bras de fer avec le capital et sa logique pour inverser radicalement la tendance. C’est possible.

Pour produire plus de richesses, il faut davantage d’emplois, plus qualifiés. On peut estimer qu’en créant 2 millions d’emplois supplémentaires en cinq ans, l’économie française, à l’issue de cette période, pourrait dégager 300 milliards de PIB supplémentaires chaque année. Si, au cours de la même période, la part des richesses consacrées aux salaires et au financement de la Sécurité sociale revenait à son niveau d’avant la libéralisation financière des années 1980, les ressources supplémentaires dégagées pour le financement de la Sécurité sociale approcheraient 140 milliards d’euros.

Cela exprimerait le passage progressif à un nouveau fonctionnement de l’économie, plus efficace parce qu’émancipé de la domination du capital et fondé sur le développement des capacités des travailleurs. Cela suppose

  • la conquête de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises sur les décisions d’embauche, d’investissement, de recherche, de financement ;
  • et des leviers de politique économique incitant les entreprises à viser une production efficace de richesses utiles à l’ensemble de la population, et non les profits financiers et la baisse du coût du travail pour augmenter la rentabilité du capital ;

Deux mesures sont centrales dans notre projet de financement des retraites :

  • un prélèvement sur les revenus financiers des entreprises pour les dissuader de placer leurs profits en titres financiers et les pousser à les utiliser, plutôt, pour des investissements porteurs d’emplois et d’efficacité économique. Les revenus financiers des entreprises ont atteint 261,4 milliards d’euros en 2020, dont 81,8 milliards d’intérêts et 162 milliards de dividendes (voir tableau ci-dessous). Si ces revenus étaient soumis à un prélèvement au même taux que celui des cotisations patronales vieillesse sur les salaires, cela rapporterait à la Sécurité sociale 27,3 milliards d’euros la première année.

Toutefois, l’effet attendu de cette mesure est une réduction des placements financiers des entreprises, et donc des revenus qu’elles en tirent. Le produit de ce prélèvement est donc appelé à fondre avec le temps. Il serait progressivement remplacé par les ressources nouvelles dégagées d’une création de richesses accrues et des salaires distribués à partir de ces richesses.

  • moduler les cotisations patronales pour agir sur les entreprises et changer leur relation à l’emploi. À partir d’un taux normal (qui pourrait être plus élevé qu’aujourd’hui), le taux de cotisation sociale employeur serait augmenté pour les entreprises dont la part du total (salaires + dépenses de formation) dans la valeur ajoutée diminue, ou augmente moins, que la moyenne de leur branche. Les autres entreprises bénéficieraient du taux normal. L’incitation à accroître les salaires tendrait à augmenter la base des cotisations en valeur ajoutée produite et leur assiette salaire et, donc, la masse des cotisations.

Deux autres leviers d’action sur les gestions d’entreprises concourraient au même résultat :

  • une modulation du taux de l’impôt sur les sociétés en fonction du respect par les entreprises de critères précis en matière économique (création de valeur ajoutée en économisant le capital matériel et financier), sociale (emploi, formation, salaires) et écologique (économies d’énergie et de matières premières).
  • Une réorientation du crédit bancaire et de la politique monétaire pour faire baisser l’influence des marchés financiers et le coût du capital et pour favoriser les investissements porteurs d’emploi de qualité.

Au total, si les dépenses de retraites étaient augmentées de 100 milliards d’euros au bout de cinq ans, elles passeraient de 14 % du PIB de 2020 à 16 % du PIB de 2025. La « part du gâteau » consacrée aux retraites serait plus grande mais ce ne serait pas au détriment des autres parts puisque le gâteau grossirait lui aussi.

Revenus financiers des entreprises (milliards d’euros)

Sociétés non financières

Sociétés financières

Ensemble

Intérêts *

47,1

34,7

81,8

Dividendes

126,2

35,9

162,0

Prélèvements sur les revenus des quasi-sociétés

1,8

 

1,8

Bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers

-1,5

1,3

-0,2

Autres revenus d’investissements

1,1

15,0

16,1

Total des revenus financiers à soumettre à prélèvement

174,6

86,8

261,4

Montant du prélèvement au taux des cotisations sociales patronales (maladie, vieillesse, famille, chômage : 30,955%)

54,0

26,9

80,9

Dont cotisations retraites (10,45%)

18,2

9,1

27,3

* pour les sociétés financières : intérêts perçus nets des intérêts versés.

 

 

 

Source : INSEE, comptes nationaux 2020.

 

 

 


Un peu d’histoire

D’après les comptes de la Nation, les organismes d’administration de Sécurité sociale (ODASS) ont été déficitaires de 1949 à 1954, le poids de ce déficit oscillant entre 1,3% et 0,4% du PIB.
Rapporté au PIB d’aujourd’hui, cela ferait entre 9 et 31 milliards ! En clair, notre système de Sécurité sociale a été développé « à crédit », c’est à dire par un déficit financé, et l’activité dynamique qui a caractérisé la période, avec un essor de l’emploi et de la productivité, a résorbé ce déficit, au point qu’on oublie souvent, aujourd’hui, le rôle qu’il a joué dans le développement de notre système social.

[1] Frédéric Boccara, Denis Durand, Catherine Mills (coord.), Les retraites, un bras de fer avec le capital, Delga, 2020.

[2] Frédéric Boccara, « Financer l’action d’urgence contre la crise. Les propositions du PCF », Économie&Politique, juillet-août 2020, n° 792-793.

 

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:38

 

L’obligation vaccinale des soignants et plus encore l’extension du « passe sanitaire » décidées par Emmanuel Macron divisent les Français. Gestion autoritaire de la crise, inégalités entre les citoyens, atteinte au droit du travail et aux libertés... Alors que de nouvelles manifestations contre le « passe sanitaire » se tiennent ce samedi 31 juillet dans plusieurs villes de France, les raisons de la colère sont nombreuses.

Emmanuel Macron a tranché. Face à la quatrième vague née du variant Delta, le président de la République a souhaité donner un grand coup d’accélérateur à la vaccination. Pas en déployant une meilleure stratégie, mais en rendant la vaccination obligatoire pour les personnels soignants et en étendant le « passe sanitaire », tandis que les tests ne seront plus remboursés à l’automne. Des décisions qui ont provoqué la colère de milliers de personnes descendues dans la rue pour des raisons diverses. Ces manifestations ont choqué du fait de comparaisons scandaleuses faites par certains entre la Shoah et les mesures sanitaires du gouvernement. Reste certaines critiques légitimes, dont des parlementaires se sont fait l’écho lors de l’examen du texte.

 

1. La démocratie toujours mise de côté

Une dictature sanitaire ? C’est l’un des mots d’ordre des rassemblements contre les nouvelles mesures du gouvernement. Si la dénomination ne correspond pas à la réalité du régime, elle naît cependant d’une gestion solitaire et autoritaire de la crise par Emmanuel Macron. Le 12 juillet, c’est seul que le chef de l’État a annoncé les futures restrictions, avant de convoquer le Parlement à la hâte pour les faire valider. Malgré les tensions suscitées par ce projet de loi, ce texte n’a été examiné qu’en cinq jours, par l’Assemblée nationale et le Sénat et validé à l’issue d’une commission mixte paritaire lors de laquelle les marcheurs ont imposé la vision présidentielle, malgré quelques modifications. Ce projet de loi contient également une énième prorogation du régime d’exception permettant au gouvernement de légiférer par décrets dans de nombreux domaines, jusqu’au 15 novembre.

 

2. Une stratégie vaccinale source de rupture d’égalité

Les nouvelles restrictions de liberté ont créé de fortes crispations, d’autant qu’elles ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens. Cette rupture d’égalité est d’autant plus mal perçue que, faute de doses, tous les Français risqueraient de ne pas être vaccinés à l’automne, lorsque les tests ne seront plus remboursés. La gauche déplore que ces mesures aient été rendues nécessaires par un manque d’anticipation du gouvernement, incapable par ailleurs de porter une véritable stratégie vaccinale auprès des précaires et des personnes à risques, les moins vaccinés d’Europe de l’Ouest. Pour certains, l’injonction à la vaccination constituerait également une atteinte aux libertés individuelles. « La liberté est le fruit d’un approfondissement constant de la relation entre les citoyens et la communauté nationale pour que les contraintes soient admises comme un progrès et non pas un affaiblissement démocratique. C’est pourquoi la vaccination ne peut être un acte liberticide », estime le député André Chassaigne (PCF).

 

3. Un contrôle des citoyens par les citoyens

« Bienvenue dans la société du contrôle permanent. Celle où vous triez les bons et les mauvais citoyens ! » a interpellé la députée insoumise Mathilde Panot. Comme de nombreux restaurateurs et responsables de lieux de loisirs et culture concernés, les parlementaires de gauche ont déploré le choix du gouvernement de faire peser sur eux le contrôle des passes sanitaires. « Dans toute démocratie, ces contrôles incombent à l’État », jugent les élus socialistes, qui proposent la mise en place d’une vaccination obligatoire pour tous les adultes. Pour André Chassaigne, le système mis en place par le gouvernement est une obligation vaccinale qui « ne veut pas dire son nom. Et elle est instaurée par le pire des détours : celui de la contrainte individuelle en mettant en avant une vision utilitariste et consumériste du vaccin ».

 

4. Des sanctions inacceptables pour les travailleurs

Autre point de crispation : les sanctions prévues pour certains travailleurs. Les personnes qui travaillent dans des lieux accueillant du public devront présenter un « passe sanitaire » à partir du 15 septembre, au risque de voir leur contrat et leur rémunération suspendus. Si la situation perdure plus de trois jours, la personne sera convoquée pour un entretien afin d’examiner « les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d’affectation ». Alors que le gouvernement souhaitait introduire un nouveau motif de licenciement après deux mois de suspension, cette possibilité a été écartée pour les salariés en CDI, sous la pression des syndicats et de la gauche. En revanche, « un contrat à durée déterminée pourra être rompu avant l’échéance du terme ».  Les soignants qui ne seraient pas vaccinés au 15 octobre seront aussi suspendus et ne pourront plus exercer, tant que l’obligation vaccinale reste ­imposée par la loi.

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:39

 

Infirmière à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, et militante CGT, Aurélie Jochaud décrit un quotidien mis à rude épreuve par dix-huit mois de crise sanitaire.

Elle n’est pas du genre à raconter ses coups de blues. Si elle en a eu, on n’en saura rien. Car ce qui anime Aurélie Jochaud, 43 ans, c’est la colère. À l’heure où ses collègues démissionnent en cascade, l’infirmière au service hématologie de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, garde vaille que vaille le goût du travail en équipe et l’envie tenace de s’occuper des autres. Mais elle n’oublie pas, à chaque fois qu’elle le peut, de pester contre les manques de l’hôpital. Contre cette politique du gouvernement qui « ne veut pas lâcher de moyens ». À Saint-Antoine, tout le monde connaît la militante CGT.

Quand l’inéluctable tsunami arrive

Depuis vingt et un ans qu’elle exerce, elle s’est toujours bagarrée. À l’hôpital de l’Hôtel-Dieu d’abord. Où elle a lutté contre la fermeture de l’établissement. En vain. « On a perdu la bataille, mais pas la guerre », sourit-elle. La pandémie n’aura fait que renforcer ses convictions. Février 2020. Avec ses collègues, elle regarde avec attention ce qui est en train de se passer à Mulhouse, l’un des principaux foyers de l’épidémie de Covid. En dix jours, l’hôpital était saturé. « On savait que le tsunami allait arriver ici. On craignait de ne pas réussir à être à la hauteur », se souvient-elle. Toutes les équipes feront front. « On s’est démultiplié pour que l’hôpital tienne. Sans protection, avec des masques qui faisaient défaut. J’avais la sensation de ne pas être protégée et de ne pas protéger mes patients, déjà très fragiles. » Une dizaine de ses collègues sont transférés du service hématologie pour s’occuper des malades du Covid. « La première vague a été très importante. On a accepté beaucoup de choses : de travailler plus, de ne pas prendre de repos ni de vacances. » Aurélie garde la rage. Comment, en 2021, l’hôpital n’est-il pas en capacité de faire face ? Dans son service, il manque encore aujourd’hui 25 infirmiers. « Mes collègues pensaient que le gouvernement, qui mettait tant en avant le dévouement du personnel soignant, allait prendre conscience que l’hôpital allait mal, bien avant le Covid. Moi, je savais que non. L’hôpital, c’est pas son problème. » Elle en est convaincue : les choses bougeront de l’intérieur. « Il ne faut compter que sur nous-mêmes. Si nous n’avions pas été là, les hospitaliers, ça aurait été une catastrophe. » Alors qu’une quatrième vague se profile, l’infirmière voit ses collègues quitter le navire, de guerre lasse et épuisés. Les postes vacants s’accumulent. « On ne nous facilite pas la tâche, souffle Aurélie. Une nouvelle vague arrive et les conditions ont empiré… » Pourtant, assure-t-elle, la jeune garde ne demande qu’à prendre du service. « Sur Parcoursup, 80 000 étudiants ont demandé la formation d’infirmier, pour très peu d’élus par manque de places. Un comble ! » Elle le sait : si le gouvernement avait débloqué des moyens, les soignants n’auraient pas vécu la pandémie de la même manière. Dernier exemple en date : la vaccination obligatoire. « On était des héros, on est maintenant des zéros si on ne se fait pas vacciner », tempête l’infirmière. Vaccinée, elle ne supporte pas cette injonction et surtout cette culpabilisation. « Les collègues sont fatigués. Avec l’impression de toujours donner sans jamais rien avoir en retour. » Alors beaucoup prennent la douloureuse décision de partir car « ils n’ont pas envie d’y laisser leur peau ». Aurélie, elle, ne lâchera rien. « C’est la colère qui me porte. » Encore et toujours.

 

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