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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 08:04

 Dans une compétition électorale il y a des concurrents et des adversaires. Certains ont du mal à faire la différence.

 

Qu’on en juge :

 

Le dimanche 18 mars à la Bastille 120 000 personnes venues de toute la France apportaient leur soutien au Front de Gauche et à son candidat Jean-Luc Mélenchon. Une démonstration tellement impressionnante que Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille, craignant sans doute l’ampleur que la déclinaison de cette manifestation pourrait prendre dans sa ville, décidait d’interdire le lieu prévu pour le rassemblement. Rien d’étonnant : il est de droite. Mais le 18, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, puis le lendemain Eva Joly elle-même, se sentaient obligés de s’en prendre à la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

 

Le jeudi soir un sondage était rendu public. Il annonçait que le candidat du Front de Gauche prenait la 3ème place avec 14 % des intentions de vote. Doublant au passage François Bayrou et Marine Le Pen, pourtant chouchous des médias. Réagissant à cette information d’importance Michèle Rivasi, porte-parole d’Eva Joly se crut obligée d’en remettre une couche : « Jean-Luc Mélenchon fait une campagne absolument incroyable … Il est parfaitement à l’aise dans le rôle du chef, du monarque. Il fait d’ailleurs une campagne très Vème République ». Un comble lorsque l’on sait que tout notre combat vise au contraire à l’instauration d’une VIème République qui abolisse définitivement toute forme de pouvoir personnel.

 

Pourquoi faut-il que me reviennent en mémoire les municipales de Montreuil ? En 1998 on y vit en effet Dominique Voynet se maintenir au second tour face à la liste de gauche conduite par le député-maire apparenté communiste de la ville (Jean-Pierre Brard) pourtant arrivé en tête… et se faire élire au second tour grâce, entre autres, à l’appel d’un candidat centriste aux cantonales à voter contre la liste du maire sortant.

 

Lutter contre la domination sans partage de la finance ; prendre enfin en compte l’ampleur de la catastrophe écologique qui se prépare ; défendre les acquis sociaux remis en cause et en conquérir d’autres ; permettre à l’ensemble de la population de vivre dignement jusqu’à la fin de ses jours ; donner à la jeunesse tous les atouts pour maîtriser son avenir, lutter contre les atteintes aux libertés qui se préparent au nom de la sécurité, … Les combats où toutes les forces de gauche et la population peuvent se rassembler ne manquent pourtant pas.

 

C’est, loin des luttes de boutique, ce que le Front de Gauche entend promouvoir afin que triomphe.

 

l’Humain d’abord

 

Alain DAVID

 24.03.2012

 

PS: Pour étayer les remarques d'Alain David sur la radicalisation anti-Front de Gauche des Verts qui traduit la conscience que beaucoup d'écologistes désertent le navire conduit de manière si hasardeuse et opportuniste tout en étant arrimé au paquebot PS. Dans Le Télégramme du samedi 24 mars, Cécile Duflot est interrogée sur la concurrence entre EELV et Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche. Voici un extrait de l'entretien:

"- N'êtes-vous pas aujourd'hui en concurrence directe avec Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche?

On aurait pu l'être si Jean-Luc Mélenchon avait fait un choix différent que celui de remettre le rouge à la mode. Moi, je suis branchée sur le vert."      

 

Si on suit la secrétaire nationale d'EELV ce qui pose problème entre Jean-Luc Mélenchon et eux, c'est l'engagement trop à gauche de JL Mélenchon, son accord avec les communistes. Au moins les choses sont dites. Par contre, ce qui est inadmissible, c'est qu'on nous dénie toute légitimité dans le domaine de l'écologie, tout label vert, sous prétexte que nous sommes rouges et anti-libéraux, anti-capitalistes.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 22:15

Adresse de Pierre Laurent aux communistes : "Une nouvelle campagne démarre"

Il n’y aura pas de grand soir mais ce fut une journée magnifique que ce 18 mars, où les rues de Paris ont vibré pour redonner à toute la France l’oxygène qui lui manquait.

Le Front de gauche a créé l’événement. Qui imaginait, il y a quelques semaines en- core, une manifestation politique populaire et citoyenne aussi massive et aussi large dans cette campagne électorale conçue, dès l’origine, pour exclure toute parole populaire, tout engagement collectif, toute espérance de transformation sociale ?

Du jamais vu ! Toutes celles et tous ceux qui, par le moindre geste, ont contribué à cette réussite ont commencé ensemble à relever le défi que nous nous fixons dans cette présidentielle : permettre au peuple et à ses attentes de changement – pour décliner les paroles du chant « pas de sauveur suprême, ni dieu, ni César, ni tribun, décrétons le salut commun ! » – de s’imposer.

La Bastille ouvre un chemin de lutte et d’espoir

Aux cris de « Vite, la 6e République », la Bastille ouvre un chemin de lutte et d’espoir. Notre pays en a un immense besoin. Il souffre trop. Avec cette marche, redevient crédible l’idée que le monde du travail peut reprendre ses affaires en mains.
A droite, on avait tout prévu sauf l’insurrection démocratique, sauf ce moment de basculement où des centaines de milliers de Françaises et de Français, de femmes et d’hommes proclament : la politique c’est notre affaire, et payer pour les riches c’est fini. La mobilisation des communistes pour la réussite de cette journée exceptionnelle, joyeuse, combative, fraternelle, a été spectaculaire. C’est le fruit d’un travail militant que je veux saluer ici : le lancement à la Fête de l’Humanité, les 300 000 programmes L’humain d’abord diffusés depuis lors, les centaines d’assemblées citoyennes dans tout le pays, dans nos quartiers et aux portes des entreprises, les milliers de distributions et cette invite constante : « sans préalable d’aucune sorte, mêlez-vous-en ! »

En parcourant la place de la Nation avant le départ de la marche, j’ai pu rencontrer et féliciter nombre d’entre vous. Je profite de cette occasion pour le dire à toutes et à tous : ce travail patient, respectueux, inventif qui est le vôtre dans une campagne commune et collective est déterminant. C’est lui qui permet l’entrée en campagne à nos côtés de milliers de femmes et d’hommes engagés dans les combats sociaux, syndicaux, citoyens, associatifs dans le pays, qui n’ont plus le temps d’attendre et peuvent s’engager durablement dans la dynamique que le Front de gauche a fait naître. Cela donne aussi force et courage à ceux que vous avez investi de la responsabilité d’animer cette bataille, à Jean-Luc Mélenchon qui porte avec talent notre ambition commune, à moi-même, à nos candidates et candidats aux législatives que nous voulons voir nombreux en juin entrer à l’Assemblée nationale.

Le peuple est de retour, la gauche est de retour

La Bastille est le signe que nous avons déjà remporté une première victoire. Le peuple est de retour, la gauche est de retour.

Rien n’est acquis. La bataille va être encore rude dans les semaines à venir. Mais mesurons à sa juste valeur l’immense potentiel que nous ouvre le travail accompli.

Depuis dimanche, c’est une nouvelle campagne qui démarre. Des milliers de nos concitoyennes, de nos concitoyens impatients de se débarrasser de Nicolas Sarkozy et de sa politique restent habités de doutes sur la portée de la victoire attendue : notre vie changera-t-elle vraiment ? Aujourd’hui, la campagne du Front de gauche modifie cette situation. La victoire peut être synonyme d’espoir. Le potentiel de mobilisation du Front de gauche est ainsi devenu le meilleur atout de la gauche pour gagner et pour, ensuite, réussir. Ne nous laissons pas impressionner. On nous parle de « vote utile » ? Quoi de plus utile que le travail entrepris par le Front de gauche, et le vote pour son candidat ?

Oui, il redevient possible, non seulement d’imaginer que ce sont là les derniers jours de la droite au pouvoir, mais aussi les temps premiers d’une renaissance démocratique et d’une politique de gauche dictée non par le consensus mais par la détermination à combattre la dictature de l’argent. Oui, il redevient possible d’envisager de reprendre la main sur les richesses du pays, sur le pouvoir économique et de le soumettre aux besoins humains et sociaux.

Oui, il redevient possible d’envisager à court et moyen terme l’inversion de l’ordre établi. La portée de ce que nous construisons va bien au-delà de l’échéance présidentielle qui en est la première étape décisive. Ce que nous visons, c’est la mise en mouvement de majorités d’idées et d’action, de majorités électorales et populaires, autour d’objectifs de changement clairs, de majorités agissantes décidées à « ne rien lâcher » tant que ces objectifs ne sont pas atteints.

Oui, ces majorités d’idées et d’action sont possibles si les forces populaires s’en mêlent. Oui, peut devenir majoritaire, contre les logiques austéritaires, l’exigence d’une relance de l’activité fondée sur l’augmentation des salaires, la revalorisation nette du Smic, des retraites, des pensions. Oui, peut devenir majoritaire la nécessaire reconquête de la retraite à 60 ans pour tous financée par la mise à contribution des revenus du capital et de la spéculation. Oui, peut devenir majoritaire la proposition de nationaliser les grandes banques et de fonder un pôle public bancaire et financier en changeant le rôle de la BCE. Oui, peut devenir majoritaire l’exigence de réinvestissement massif dans les services publics. Oui, peut devenir majoritaire l’idée que travailler, étudier, se loger, se nourrir, se soigner, se cultiver sont des droits fondamentaux qui doivent être garantis à tous en toutes circonstances. Oui, peut devenir majoritaire l’exigence d’une 6e République où la participation citoyenne aux décisions politiques et économiques du pays, de l’entreprise aux institutions, sera constante, où la démocratie réelle et permanente sera la garantie de la transformation sociale. Oui, peut devenir majoritaire le principe de refondation d’une Europe sociale, démocratique et écologique. Ce sont ces majorités d’idées, ces fronts de lutte qui constituent les conditions d’une politique de gauche.

Comment mener à bien et réussir cette immense tâche ?

D’abord, en poussant le plus haut possible le vote Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Des milliers d’électrices et d’électeurs peuvent en prendre conscience : s‘emparer de ce bulletin de vote est le meilleur moyen de construire une victoire solide et durable sur la droite et l’extrême droite, de rendre cette victoire utile à toutes celles et tous ceux qui ont le plus besoin de changement.

Ensuite, en s’engageant maintenant beaucoup plus fortement dans la campagne pour les élections législatives. La victoire présidentielle ne sera rien si elle n’est pas garantie par une majorité parlementaire capable de voter les lois d’un changement véritable, celles qui reprendront dans les actes les rênes du pouvoir aux marchés financiers. Notre campagne des législatives peut dès maintenant donner du sens et plus de force à la campagne présidentielle. Nos candidates et candidats doivent sans attendre faire relais avec la campagne de Jean- Luc Mélenchon pour inscrire sa portée dans la durée.

Enfin, en intensifiant partout le travail de rassemblement, d’assemblée citoyenne, de mise en débat et de mise en action qui permettra aux citoyens de porter ensemble les objectifs d’une politique de changement. Jusqu’où porter ces objectifs ? Je le répète, jusqu’à leur mise en œuvre effective. Jusqu’au gouvernement ? nous questionne- t-on. Nous n’en sommes pas là. Nous aurons à en décider, collectivement et souverainement, à l’issue de ces deux campagnes, présidentielle et législatives. Notre objectif est clair : modifier suffisamment la situation pour rendre un vrai changement possible.

Pas question d’aller gouverner si la rupture avec les politiques d’austérité n’est pas au rendez-vous. A écouter nos partenaires de gauche, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour y parvenir. Aurons-nous la force et le temps d’imposer de tels changements à gauche d’ici fin juin ? Nous y travaillons et nous aurons à apprécier, ensemble, ce que nous avons pu, ou pas, faire bouger et comment continuer. Le Front de gauche est en mouvement. La route est engagée. Elle est belle. Ensemble, nous sommes la gauche, le cœur battant de la gauche. L’esprit de conquête doit plus que jamais être notre boussole. Je compte sur vous.

 

Pierre Laurent

Secrétaire national du Parti communiste français, président du Conseil de campagne du Front de gauche.

N.B. : Reproduction de l'adresse aux communistes, parue dans CommunsiteS numéro 471, supplément à l'Humanité du mercredi 21 mars 2012

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 06:48

Mercredi 21 mars

Assemblée citoyenne sur l'école avec Gérard Aschieri

organisée par le collectif citoyen du Front de Gauche Morlaix à Saint Martin des Champs.

 

Invité par le Front de Gauche Morlaix grâce à Daniel Crassin et Daniel Ravasio, l'ancien secrétaire national de la FSU, premier syndicat dans le milieu enseignant, Gerard Aschieri, avec un mélange de simplicité, d'humanisme, de souci de vérité, de sens de la complexité et des nuances, nous a proposé une réflexion extrêment intéressante sur l'école au cours de sa première intervention de 30 mn et dans le riche débat qui a suivi. Entre 55 et 60 personnes étaient présentes à cette neuvième assemblée citoyenne du Front de Gauche Morlaix depuis novembre, tout aussi passionnante que celle sur l'agriculture avec Xavier Compain 15 jours plus tôt.     

 

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Introduction au débat par Gérard Aschieri 

Le Front de Gauche permet à des gens qui ne sont pas membres d'un parti de travailler ensemble. De manière autogérée, nous nous sommes constitués en groupe école avec des chercheurs, des enseignants, des politiques, des associations de parents d'élèves pour enrichir, préciser et débattre le programme du Front de Gauche. Il y a depuis 5 ans en permanence des luttes autour de l'école- luttes nationales et luttes locales. Cela s'explique par des suppressions de postes continues: on n'en est plus à enlever la mauvaise graisse, à alléger le mammouth, pour reprendre les fameuses et élégantes formules de Allègre et d'un premier ministre. On s'attaque maintenant à l'os lui-même. Mais qu'on le comprenne bien, les suppressions de postes ne sont pas seulement effectuées pour faire des économies: elles sont en liaison avec une orientation politique dangereuse. Elles touchent d'abord les lieux où on avait mis des moyens pour compenser les handicaps de publics et d'élèves qui avaient davantage besoin d'encadrement humain: élèves défavorisés des quartiers, Rased... Le gouvernement a renoncé à toute ambition pour la masse des jeunes, il a renoncé à réduire les inégalités.

On nous dit que les moyens ne font pas tout et que les évaluations internationales PISA n'attestent pas de l'efficacité de notre système scolaire. Quand on les lit attentivement, toutefois, qu'est-ce qui fait que la France est mal située? Nos meilleurs élèves ont des niveaux tout à fait comparables à ceux des pays les mieux classés. Mais la France est un des pays qui corrige le moins les inégalités dans son système éducatif. Les inégalités sociales qui reproduisent souvent des inégalités familiales trouvent un prolongement dans des inégalités scolaires par une sorte de fatalité qu'il faut briser. On a développé plus qu'ailleurs en France une école fondée sur la mise en concurrence des élèves, des établissements, parfois même des personnels. Il y a aujourd'hui moins de mixité sociale dans les écoles qu'auparavant: or, la mixité sociale est une condition de la réussite de tous. Dans les zones où il y a le plus de ségrégation, montrent les sociologues et les chercheurs en éducation, les résultats sont moins bons qu'ailleurs. Cette ségrégation croissante s'explique par quoi? La desectorisation partielle, l'abandon de la politique d'éducation prioritaire (les ZEP), l'avantage donné au privé qui n'a pas les mêmes obligations que le public (accueillir tous les élèves) et qui lui impose une concurrence déloyale.

Le thème de l'égalité des chances que met en avant le gouvernement est une supercherie. On va créer des internats d'excellence, une discrimination positive, des desectorisations visant à extraire d'établissements difficiles pour les tout meilleurs élèves des quartiers populaires et tous les autres, on les abandonne. Cette idée de favoriser l'égalité des chances se figure par une image de la course, de la compétition, qui ne correspond pas à nos attentes pour les jeunes car malheur au perdant... Elle responsabilise l'élève en le rendant coupable de ses échecs plutôt qu'elle n'invite à une réflexion critique sur le système et ses ratés. A l'égalité des chances nous voulons substituer l'égalité des droits. Le thème de l'égalité des chances est une manière de ne pas traiter l'égalité des droits. Le Front de Gauche pour l'école a écrit un texte sur "L'Ecole de l'égalité" où l'on défend l'égalité d'accès à une école de qualité et on l'on entend que l'on affiche pour tous les enfants des objectifs ambitieux. Nous nous retrouvons tout à fait dans les objectifs émancipateurs du plan Langevin-Wallon pour l'éducation conçu dans l'après-guerre: former l'homme, le travailleur, le citoyen. Porter la scolarité à 18 ans. Former des jeunes pour se situer dans un monde complexe, faire face aux défis de notre époque, tel que celui de la transition écologique. Rendre l'accès au droit à la culture effectif par l'éveil précoce de la curiosité, la levée des inhibitions et des interdits liés au milieu social. Rendre effectif l'accès à l'information pour avoir des citoyens conscients et réfléchis. 

Quand on connait la situation de l'école aujourd'hui, on peut dire: on n'y arrivera pas. Est-ce qu'on est fou de dire "il faut la scolarité jusqu'à 18 ans"? Si on le croit, c'est une prophétie auto-réalisatrice. Si on ne le fait pas, tous collectivement, on en paiera le prix. Nous, nous pensons qu'il y a la possibilité de faire un autre pari: "Tous capables!". 

Notre démarche sera de concevoir l'école, ses programmes, ses méthodes, à l'aune des enfants qui n'ont que l'école, ce qui s'oppose à l'externalisation de l'éducation qui deviendrait la norme par défaut de dispositif adapté dans le service public d'éducation (cf. boîtes privées d'aides aux devoirs, mairies et secteur associatif prenant en charge les difficultés des élèves). C'est à l'école qu'il doit y avoir la prise en charge de l'échec scolaire. L'école doit être son propre remède. 

Evidemment, il faut des postes: l'éducation, c'est de l'humain qui travaille sur de l'humain. Il y a un besoin de personnels. Il faut des moyens, y compris pour travailler differemment. Il faudrait plus d'adultes bien formés qui puissent prendre en charge collectivement et complémentairement les enfants, en croisant des regards différents. Il faut de la formation: on a supprimé la formation initiale, la formation continue n'existe pratiquement plus, la recherche en éducation est presque au point mort faute d'encouragement public. Or, il s'agit là de donner des instruments, d'abord intellectuels, pour que les enseignants s'occupent bien des enfants. 

Il faut aussi poser la question de la place et du rôle des parents. Etablir un statut pour les délégués parents. S'il n'y a pas de lien entre les familles et les enseignants, s'il n'y a pas de la confiance, cela rend plus difficile la réussite des enfants.

 

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Le débat. 

 

Un intervenant met en avant le fait que les Zones d'Education Prioritaire (ZEP) aujourd'hui enterrées par le gouvernement n'ont pas connu la réussite escomptée du fait des déficits culturels des populations des quartiers populaires, insuffisamment compensés par un effort de démocratisation passant par les collectivités locales, les maisons de la culture...

Daniel Crassin met lui en avant le problème des moyens: comment allons-nous financer les 70000 postes au moins qu'il faudrait créer pour compenser les suppressions de poste de la droite et nous donner les moyens de répondre à nos objectifs ambitieux? Comment trouve t-on l'argent?

Alain David rappelle qu'il y a une attente forte de la population: virer Sarkozy. Mais on ne se pose pas toujours la question: pour faire quoi. Les problèmes de l'enseignement, des suppressions de postes, dfes fermetures de classes, de filières, d'options, des classes surchargées, c'est ce sur quoi les gens réagissent le plus et ce qui a alimenté une série de luttes locales depuis 2002. En même temps, il sera bientôt possible de répondre à la question: est-ce que les prises de position contre les suppressions de poste des socialistes dans l'opposition étaient des convictions ou des postures électoralistes? Est-ce que l'on va rétablir les postes supprimés? Est-ce que la loi Carle qui remet en cause le principe de laïcité va être supprimée? Est-ce que l'on va rompre avec une logique de guettoïsation croissante permise par la destectorisation?

 

Réponses de Gérard Aschieri: Depuis 5 ou 6 ans, il y a de fait un abandon de l'éducation prioritaire sous prétexte qu'on aurait mis des moyens dans les quartiers populaires pour compenser les handicaps et que cela ne marcherait pas. Mais pour moi et pour nous, il ne s'agit pas de mettre plus de moyens mais de mettre beaucoup plus de moyens dans les écoles des quartiers défavorisés. Il faut franchir un palier, monter d'un cran dans le volontarisme. On ne peut pas dire qu'il y a un échec des ZEP: cela aurait été pire sans. Aujourd'hui, ce qui les remplace, c'est le dispositif d'établissements dits Eclair, établissements fondés sur la dérèglementation. Dans ces écoles, il y a une réduction des ambitions pour le commun des enfants, avec le socle commun de compétences qui devient le seul objectif à l'exclusion de l'accès à une culture générale de bon niveau. Ces écoles ont également une approche sécuritaire prééminente de l'éducation. On veut revenir à des ZEP: sur zones, avec des critères sociaux. Les moyens, il ne faudra pas les soupoudrer: il faudra les mettre dans les zones les plus difficiles. Mais tout n'est pas qu'une question de moyens: les écoles doivent travailler avec les associations, les collectivités, les maisons de la culture. 

Quand Hollande affiche l'ambition de recréer 60000 postes dans l'Education Nationale, c'est effectivement une rupture avec la politique de Sarkozy: ce n'est pas négligeable. Mais la fondation Terra Nova proche du PS souligne elle-même qu'on a supprimé 77000 postes ces dernières années. L'éducation représente la moitié des effectifs de la fonction publique d'Etat: je ne vois pas bien où l'on va chercher les postes de fonctionnaires superflus à supprimer pour en recréer dans l'éducation puisque Hollande et le PS veulent travailler à moyens constants et qu'il n'est pas question de faire des coupes sombres dans l'armée, la police, la justice, et que tous les secteurs de la fonction publique sont déjà étranglés par l'application de la RGPP. Hollande va t-il s'attaquer au Trésor Public, au service public des impôts, alors qu'il veut lutter contre les fraudes fiscales, l'évasion fiscale? Le problème est de se donner les moyens de prendre l'argent où il est: la baisse de la TVA dans la restauration est par exemple une mesure imbécile qui coûte 3,5 milliards d'euros à l'Etat par an: j'avais calculé à l'époque que la suspension de cette mesure aurait permis de recréer à budget constant 40000 postes dans l'éducation. A cause des suppressions de moyens de la droite, le métier d'enseignant est devenu plus difficile et il y a une vraie crise des vocations: de moins en moins d'étudiants se présentent aux concours. Dans certains secteurs, il n'y a plus que deux candidats pour un poste. Cette crise du recrutement va poser des problèmes techniques pour créer 60000 postes dans l'Education Nationale. Il va falloir se préoccuper de cela en organisant un principe de pré-recrutement des enseignants au niveau bac +4 permettant une professionnalisation progressive remunérée et garantissant plus d'hétérogénéité sociale des jeunes enseignants. Il va falloir mieux payer les enseignants.  

Pour ce qui est de la loi Carle, les maires ont l'obligation de prendre en charge les frais d'externat dans le privé si il n'y a pas d'enseignement privé dans leur commune. Cette loi provient d'abord d'un amendement de Michel Charasse, pourtant réputé laïc, qui obligeait les maires à payer y compris pour les enfants qui vont dans le privé à l'extérieur de leur commune. C'est un pas de plus dans un système où on considère que le privé, c'est la même chose que le public. C'est une concurrence déloyale car le privé n'a pas les mêmes obligations -notamment celle d'accueillir tous les élèves- et la fondation Terra Nova a montré par ailleurs que le privé a perdu moins de postes que le public ces cinq dernières années, sauf cette année

 

Une intervenante: le pluralisme de l'enseignement n'est-il pas source d'évolution et d'amélioration qualitative?

 

Gérard Aschieri: La liberté d'enseignement est constitutionnelle: il ne s'agit pas de la remettre en cause. Le problème est dans le financement. Le public et le privé n'ont pas les mêmes obligations et le financement des uns et des autres doit tenir compte de cela. Actuellement, la règle de répartition des crédits publics, c'est 20% pour le privé, 80% pour le public, ce qui correspond à peu près à la proportion d'élèves scolarisés dans chaque système. Mais, si on attribuait les moyens en tenant compte de la mixité sociale, on n'aurait pas tout à fait les mêmes résultats. En Avignon, on a fait l'expérience il y a quelques années d'un redécoupage de la carte scolaire pour rassembler les enfants de milieux plutôt aisés et bien dotés culturellement et les enfants de milieux populaires: les enfants des collèges périphériques d'Avigon pouvaient aller vers le centre-ville. Résultat: les bourgeois ont mis leurs enfants dans le privé pour éviter que leurs rejetons se retrouvent avec les autres. Le privé aboutit à créer dans le public une réduction de la mixité sociale. Nous sommes de plus dans une région où il y a des endroits où il y a de l'école privée mais pas d'école publique. Il s'agit d'une anomalie à corriger. Sur le fond, cela me pose tout de même problème que Hollande défende la loi Carle: on est dans une république laïque et on finance tout de même des établissements confessionnels. 

 

Roland Porcher: Je suis d'accord avec l'idée de pré-recrutement permettant aux jeunes de rentrer vraiment dans l'enseignement par choix sans être découragés par l'aléa des concours et les difficultés financières des études qui s'éternisent. Mais ne pourrait-on pas aussi introduire dans ces pré-recrutements de la discrimination positive? Mettre dans des écoles des profs qui ont connu les difficultés des élèves. La question de l'accès aux métiers de l'éducation des jeunes issus de milieux populaires se pose, et si certains élèves ne se retrouvent plus dans l'école, c'est peut-être aussi qu'ils ne sont pas compris par un corps enseignant où il y a de plus en plus d'homogénéité sociale. 

 

Gérard Aschieri: C'est vrai qu'il y a eu des études faites en Seine Saint-Denis par Patrick Braïmi qui montraient que les élèves avaient plus de chance de réussir avec des profs issus de quartiers populaires eux aussi, les comprenant mieux et ayant peut-être une motivation plus forte encore pour leur permettre de grandir par l'école. Mais plutôt qu'en termes de catégories sociales ou techniques, je préfererais faire de la discrimination positive en terme de zones. Les inégalités sociales sont très territorialisées en France. 

 

Un intervenant, ancien professeur à Tristan Corbière dans l'enseignement technique: les filières STI ont été saccagées, complètement détournées des mises en oeuvre pratiques, des métiers, du rapport aux machines. Ces machines dans lesquels les collectivités ont investi des millions sont aujourd'hui bradées, données ou jetées. A partir des années 1995, on a vu que les moyens de l'enseignement technique étaient retirés petit à petit, on a réduit aussi les programmes: il y a un gachis monstre dans l'enseignement technique qui nous éloigne des besoins des entreprises. Quand Sarkozy parlait de lutte contre la désindustrialisation, nous avions raison de parler de la baisse des moyens dans le technique. 

 

Gérard Aschieri: On peut lier la question de l'enseignement technique et celle de l'enseignement professionnel. De plus en plus, on va oublier les pratiques, la mise en oeuvre. A un moment, on disait: le gouvernement veut changer l'enseignement technique au profit de l'enseignement professionnel. Ce n'est plus le cas: les deux sont touchés. L'enseignement professionnel, dont le coût est élevé du fait du taux d'encadrement et des besoins en matériel, est ciblé particulièrement en termes de réduction de postes. Le substitut dangereux à grande échelle que l'on trouve à cette bonne formation professionnelle et générale: c'est l'apprentissage. Or, un tiers seulement des salariés français travaillent dans la profession pour laquelle ils ont été formés. Tout le monde le dit: il y a une nécessité d'une transférabilité des méthodes, des ressources intellectuelles, qui suppose une formation initiale généraliste solide. Or, c'est tout l'inverse que propose Sarkozy. L'apprentissage n'est pas à rejeter en bloc: tout dépend du niveau où se fait la formation par apprentissage. L'apprentissage conçu pour les élèves en échec scolaire au sortir de la 4ème ou de la 3ème, cela ne marche pas en général: 30% des gosses ne vont pas jusqu'au bout. On peut trouver des solutions individualisées qui n'écartent pas de la poursuite d'études. Ce qui est déterminant dans la réussite scolaire des enfants, c'est d'abord essentiellement les premières années. Il ne devrait y avoir aucun élève qui arrive en CP et que l'on dise a priori voué à l'échec.

 

Alain David: Depuis quelques années, on a complètement délaissé la formation complémentaire pour les salariés alors que c'est une nécessité pour les adapter y compris aux mutations de l'économie et leur permettre d'évoluer et de s'épanouir dans leur travail. Est-ce qu'il ne serait pas intéressant que l'éducation nationale prenne une place beaucoup plus importante dans la formation continue? Actuellement, on voit que quand la formation professionnelle est assurée par le privé, il peut même y avoir des risques de dérives sectaires. Il faut remettre du service public là-dedans.

 

Ismaël Dupont: Je voudrais vous entendre Gérard Aschieri sur les transformations actuelles du mode de gestion des établissements, des personnels et des élèves qui tendent à convertir l'école au modèle de l'entreprise pour les besoins de l'entreprise. Je pense à la gestion des établissements par une pénurie organisée qui met les disciplines, les filières et les options en concurrence les unes avec les autres, dans le cadre d'une autonomie accrue qui permet aux collèges et lycées de tout miser sur des secteurs compétitifs (améliorant l'image de marque de l'établissement) au détriment du reste des fonctions ordinaires de l'éducation. Une autonomie des établissements qui ne part pas de la liberté pédagogique des enseignants mais de la répartition par le chef d'établissement de crédits publics en baisse dans le cadre d'un contexte de mise en concurrence et de restrictions budgétaires toujours plus impossibles à gérer sur le terrain. Je pense aussi aux nouvelles techniques de soumission qui s'installent dans l'éducation: pouvoirs accrus des chefs d'établissement, nécessité constante d'évaluer et de s'auto-évaluer, contrats d'objectifs, notation individuelle, augmentations de salaire à la discrétion des chefs d'établissement. A ce management infantilisant qui part du principe qu'on ne travaille efficacement que sous la pression ou avec l'appât d'un bénéfice matériel personnel s'ajoute une modification même du contenu de l'enseignement sous la forme du socle commun de connaissances et de compétences diffusé de la primaire au collège, et bientôt au lycée. Ce nouveau mode d'évaluation réclamant une situation d'évaluation constante et des obligations de paperasseries épuisantes pour les profs rentre souvent en contradiction avec la logique des programmes et des examens plus traditionnels et instaure de nouvelles prescriptions qui tendent à favoriser un partage inégalitaire entre deux niveaux d'enseignement: un enseignement "light", au rabais, pour les enfants des écoles populaires, un enseignement plus ambitieux et exigeant pour les autres. Cette réforme vise en outre, même si elle bénéficie au départ du soutien de certains milieux pédagogistes favorable à la disparition des notes hiérarchisantes, à l'innovation,  à la trans-disciplinarité, et à la mise en situation d'autonomie de l'élève, à adapter les jeunes à des modes de contrôle et de mise en action prévalant dans le monde de l'entreprise. Ce n'est pas pour rien que l'OCDE cherche à l'imposer partout en Europe au détriment de l'enseignement d'inspiration humaniste ou républicaine.

 

Gérard Aschieri: la question du mode d'organisation et de management de l'éducation est un sujet de divergence important entre les socialistes, qui peuvent dépendre des recettes néo-libérales au nom de l'efficacité et de l'économie, et nous. Stephane Baudry, un intellectuel du PCF membre du groupe éducation, fait remarquer que le patronat veut avoir des gens qualifiés mais ne veut pas les payer. Le néo-libéralisme à l'école se traduit par deux choses complémentaires: la marchandisation des savoirs qui doivent être utilitaires et donner lieu à des exploitations économiques. A ce titre, les compétences, c'est bien plus rentable que les qualifications. Ce néo-libéralisme se traduit aussi par l'introduction à l'école des modes du management qui nous viennent du privé et qui nous sont souvent présentés comme "techniquement neutres", moyens d'une gestion efficace: ce qui compte, ce ne sont plus les procédures mais les résultats. Les élèves, les personnels, les établissements, deviennent des unités autonomes et concurrentes et on évalue a posteriori les résultats. C'est le modèle dominant qui traverse toute la réforme de l'Etat: pour plus d'efficacité, on met en concurrence les hôpitaux, les écoles, les personnels, les utilisateurs entre eux. Les conséquences de ces modes de gestion, ce sont des inégalités et une perte d'unité du service public.

Tout le service public doit avoir une mission qui est l'intérêt général. Or, ce modèle néo-libéral fait prédominer l'intérêt particulier, seul mobile des actions humaines pour les libéraux: ainsi, si un établissement, des enseignants, veulent avoir de bons résultats de leurs élèves au baccalauréat pour être bien évalués, bien notés, avoir davantage de sous ou de candidatures: ils vont trier, sélectionner en amont. Dans les pays anglo-saxons où le modèle d'éducation néo-libérale est bien installé, on parle de "teaching for the test": on n'enseigne plus que pour avoir des bons résultats aux tests, car les primes ou les dotations en dépendent. 

Pour ce qui est du socle commun de connaissances et de compétences: c'est quelque chose qui peut apparaître bien a priori que de définir un objectif commun de transmission à l'école. Le hic, c'est que le socle ne vise pas ce qu'il semble viser. Sa grande caractéristique est de déterminer un certain nombre de choses qui apparaissent comme essentielles. Du coup, toutes les autres, toutes les connaissances émancipatrices, de culture générale et scientifique, non mentionnées par le socle, apparaissent comme du luxe, ce à quoi certains ne peuvent prétendre au vu de leurs difficultés ou de leur manque de prédispositions. Il s'agit de faire le partage entre ce qui est offert à tout le monde et ce qui est offert à quelques uns. Derrière il y a le partage des élèves et des établissements en deux, partage qui reproduit des frontières sociales. Philippe Merrieu, le pédagogue, a eu cette bonne formule dont je partage l'idée à propos du "socle commun": "il y en a qui auront le socle, d'autres qui auront le socle et la statue". Dans notre texte "Pour une école de l'égalité", on parle de "culture commune". La notion de socle est une notion fermée, qui s'oppose à des savoirs vivants et non pas figés. 

 

Un intervenant: Pourquoi ne reparlons nous pas tout simplement de nationalisation de l'enseignement? 

 

Gérard Aschieri: Il faut déjà commencer par revenir sur la concurrence déloyale entre privé et public. Ce ne sera pas facile. On a des familles qui pensent qu'elles n'ont qu'à donner à leurs enfants une bonne éducation et qui croient que, parce qu'elles pourront choisir, elles donneront une bonne éducation. Elles se trompent, certes, mais on est bien obligé de composer avec la réalité des attentes sociales. 

 

D'autres intervenants ont interpellé notre invité sur le statut réservé aux langues régionales dans le projet éducatif du Front de Gauche, sur l'intégration de l'éducation dans les projets de marchandisation de l'OMC, sur la casse des Rased.  

 

Gérard Aschieri: Dans le programme éducatif du Front de Gauche il n'y a pas de position nettemment affirmée sur la question de l'enseignement des langues régionales mais, personnellement, je suis depuis les projets de Lang pour l'intégration de Diwan dans le service public. Pour ce qui est de l'assaut néo-libéral sur l'école, rappelons les objectifs de Lisbonne en 2000: augmenter les qualifications pour 50% d'une classe âge (les 50% restants, la future main d'oeuvre peu qualifiée, est laissée de côté), imposer partout le nouveau management public. Pourtant, les pays les mieux dotés dans les classements PISA sont ceux qui n'ont pas suivi ces orientations néo-libérales. Un des enjeux du vote Front de Gauche, c'est de mener la bataille au niveau européen contre le néo-libéralisme. 

 

Jean-Marc Rouault a analysé la casse en cours de l'enseignement technique avec des conséquences dramatiques pour les élèves qui ne peuvent suivre des contenus de formation beaucoup plus théoriques et abstraits qu'avant et des profs qui sont obligés de se reclasser très rapidement. Il n'y a pas que la filière STI de touchée: les filières tertiaires et ST2S (santé, social) sont aussi maintenant dans la ligne de mire. 

 

Roland Porcher a posé une question sur la possibilité de faire vivre au sein des personnels de l'école le débat démocratique.

 

Ismaël Dupont: Qu'y a t-il dans le projet éducatif du Front de Gauche sur l'évolution de l'enseignement supérieur? Quel est notre position par rapport à la LRU, cette loi dite de la Liberté et de la Responsabilité pour les Universités votée par la droite en 2008 et qui prévoit la mise en concurrence des universités, leur autonomie grandissante favorisant les inégalités et les variations territoriales, l'attribution de moyens en fonction de projets et d'une excellence dans des domaines de recherche rentables, la réduction des pouvoirs démocratiques des personnels et des étudiants, l'installation d'une logique d'entreprise à l'université? Il ne semble pas là encore que les socialistes soient prêts à mettre en cause fondamentalement cette loi d'inspiration néo-libérale. Que proposons-nous pour que les étudiants en fac aient plus de moyens pour travailler et s'instruire dans de bonnes conditions? Avons-nous un projet de remise à plat de l'enseignement supérieur remettant en cause les privilèges des classes prépa et des grandes écoles pour aller vers une amélioration des conditions d'enseignement pour la majorité des jeunes étudiants? Je porte d'autant plus d'intérêt à cette question que Marie Huon, notre candidate suppléante, a commencé à s'engager en combattant la LRU avec son syndicat étudiant à la fac de Brest.

 

Gérard Aschieri: L'évidence, c'est qu'il faut abroger la LRU et ce qui va avec: le rôle de l'AERS, la distribution des moyens en fonction de projets compétitifs. La LRU, c'est l'autonomie, la mise en concurrence, moins de démocratie dans l'université. Celui qui a le pouvoir, c'est celui qui distribue les moyens, en l'occurence l'Etat qui fait passer ses objectifs d'économie et de rentabilité financière en premier par une logique de contractualisation. Une dizaine d'universités qui se trouvent déjà en déficit voient leur gestion confiée à des recteurs. La recherche perd son indépendance et sa vocation désintéressée. Il y a dans notre pays un sous-investissement de l'Etat dans les universités. L'étudiant en Université (en comptant les IUT qui font augmenter le coût moyen) coûte 9000 € à la société, l'étudiant en classe prépa aux grandes écoles, 14000€. Mais ne nous y trompons pas: déshabiller Paul n'habillera pas Pierre car il n'y a que 9000 étudiants en classe prépa par an. Il faut en tout cas augmenter les passerelles, les échanges d'enseignants, entre la fac, les prépas, les grandes écoles.

 

Conclusion de G. Aschieri: Ce qu'on propose au Front de Gauche, c'est quelque chose d'ambitieux. On ne vous dira pas que c'est facile à mettre en oeuvre. On ne dit pas: votez pour nous, on s'occupera du reste. Nous on dit: on se battra avec vous mais il faudra vous battre. Quelque soit le résultat des élections, il y aura des batailles d'idées, des batailles sociales à mener.

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 19:51

Pendant trop longtemps l’écologie a été bornée à quelques lignes dans les programmes politiques et à quelques mots dans les circulaires électorales.

Nous sommes tous redevables à ces militants associatifs et politiques dont l’action obstinée, souvent à contre-courant des discours dominants, a fini par mettre l’écologie au cœur du débat. J’en ai connus … et pas toujours bien traités.

Mais ces mérites ne justifient pas que certains puissent prétendre à être les seuls légitimes dans les combats d’aujourd’hui… ni détenteurs de toutes les vérités.

Au contraire, sur le terrain, nous avons pu constater qu’il est possible et fécond que, venant d’horizons différents, avec des histoires, des expériences et des cultures diverses, des gens se mettent ensemble pour agir… et réussir.

Au moment où l’importance des enjeux est telle - il s’agit non seulement d’améliorer la situation, mais de l’existence même qui est mise en jeu - ce rassemblement devient une nécessité vitale.

Le Front de Gauche,  dépassant parfois des « certitudes » anciennes, a pris en compte l’ampleur des problèmes auxquels il faut apporter une réponse urgente. C’est l’objectif de la planification écologique que nous mettons en débat à l’occasion des élections présidentielle et législatives et que défendront nos candidats.

Je ne développe pas, Franck Simonnet l’a très bien présenté dans le blog « le chiffon rouge ».

Rappelons seulement qu’elle présente nos propositions pour:

  • Une transition énergétique publique et démocratique

  • Une agriculture paysanne saine et source d’emploi

  • La création d’un service public de l’eau, bien commun de l’humanité

  • Une politique de la pêche garantissant la préservation et le renouvellement de la ressource halieutique

  • Des transports à faible émission de gaz à effet de serre et le développement des transports collectifs

  • Un soutien à l’économie sociale et solidaire, à l’habitat autogéré et coopératif

  • La favorisation de la relocalisation des activités ,des circuits courts de distribution

  • La création d’un fonds européen social, solidaire et écologique

Il est évident que de telles propositions devraient trouver un écho favorable dans les forces de gauche et particulièrement chez les écologistes. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre l’agressivité développée par EELV depuis quelques jours à l’encontre du Front de Gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon. Qu’on en juge : dimanche 18 mars, sur Europe 1, Cécile Duflot assénait cette pensée hautement politique « Jean-Luc Mélenchon fait la politique avec un rétroviseur ». Le même jour Jean Vincent Placé en remettait une couche « Je n’ai aucune sympathie particulière pour les thèmes de campagne portés par Jean-Luc Mélenchon ».

Le lendemain, sans doute agacée par les 120 000 participants de la Bastille, et on comprend que ça la fasse rêver, Eva Joly jugeait bon de faire bénéficier les lecteurs de Libération de sa haute réflexion : Jean-Luc Mélenchon représenterait « la gauche ancienne… qui ne regarde pas devant nous ».

Si les enjeux n’étaient pas si grands cette courte vue en serait presque risible. Quant à nous, qui n’avons pas échangé nos convictions contre un plat de lentilles, fussent-elles vertes ou bio, nous continuerons inlassablement à rechercher les convergences sur le terrain et dans les urnes pour qu’émerge enfin une société qui mette au premier rang de ses préoccupations

« L’Humain d’abord ».

 

Alain DAVID. 19.03.2012

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 19:32

 

120_front_de_gauche_exe_aff_l500h700_web.jpg

Merci à Jean-Marc Nayet (photos) et à Stephane Hébréard (graphisme) pour leur concours bénévole et talentueux.  

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 17:36

 

 

Ce n'était pas encore une insurrection mais ce fut un raz-de-marée de compatriotes enthousiasmés par les perspectives de transformation de la société et de la République qu'offre le Front de Gauche !

120.000 personnes dans le cortège entre Nation et Bastille, et, à côté d'une foule de militants Front de Gauche gonflés à bloc (citoyens associés aux Assemblées citoyennes depuis des mois, communistes, membres du PG, de la Fase) venus de toute la France, un nombre incroyable de salariés, de jeunes et de moins jeunes, issus des quartiers populaires mais aussi de toutes catégories sociales, partis de la région parisienne pour faire de ce 18 mars historique le jour du retour de la Gauche populaire et sociale sur le devant de la scène en France.

Autant dire que ce fut pour nous un très grand moment de militantisme qui a permis de réaliser l'ampleur des exigences et de la confiance dans la possibilité du changement que parvient depuis des semaines à recréer le Front de Gauche, lancé à l'abordage des présidentielles par sa dynamique militante et citoyenne de terrain, et par le talent de Jean-Luc Mélenchon, la clarté, la rationalité et la radicalité concrète qui émane de notre programme partagé qu'il sait si bien mettre en valeur. Comme le dit Patrick-Appel Muller dans son éditorial d'aujourd'hui dans L'Humanité: "le Front de Gauche n'est plus la seule addition de ses partis fondateurs. Il n'est plus un noyau entouré d'un halo de sympathie. Il est devenu un mouvement populaire...".

La presse libérale sent le danger de ce retour du peuple de l'exigence sociale et des insurrections. Ainsi, en en-tête d'un article un peu plus honnête, Ouest-France titre "Mélenchon et 50000 camarades à la Bastille". Il n'y avait pas que des camarades militants à La Bastille, loin de là, et nous étions au moins 100.000. Cette falsification des faits est tout simple scandaleuse: un pur exercice de manipulation. Libération, après avoir s'être fendu d'un tire vendeur samedi "Les bataillons de Mélenchon" continue à personnaliser à l'extrême les enjeux de la montée en puissance du Front de Gauche  en titrant aujourd'hui "Mélenchon a fait sa place". En troisième page, le titre est "Mélenchon trône à la Bastille". Non, notre candidat qui veut abolir la monarchie quinquenale et retablir la souveraineté du peuple, des citoyens et du Parlement, ne trône pas, ne s'approprie pas une place...

De qui se moque Libération qui reprend le chiffre de 80000 manifestants proposé par Rue 89, en mettant en avant l'infime minorité de curieux présente dans le cortège qui aurait fait néanmoins le choix d'un pseudo-vote utile PS au premier tour?

Cela rassure ces gens-là, cela leur permet surtout d'allumer des contre-feux à notre élan de remobilisation d'une partie chaque jour grandissante du peuple de gauche déboussolé depuis des années, que de dire qu'il n'y là finalement qu'une dynamique électorale intéressante qui permettra de faire monter une personnalité politique, de la rendre plus influente, et de truster quelques places au soleil.

En témoigne la tonalité très politicienne de la chronique de Dominique Régnier ce matin sur France-Inter sur la supposée contradiction à l'intérieur du Front de Gauche entre les intérêts des communistes et de Mélenchon qui chercheraient selon eux, sinon à avoir des places au gouvernement, du moins à avoir des circonscriptions en comptant sur la bienveillance du PS et un accord plus ou moins formel pour nous les réserver, et l'intérêt du candidat Mélenchon aux présidentielles qui pourrait être d'insister sur les faiblesses de Hollande et de son projet tant la supériorité de son charisme et de sa force de conviction tendent maintenant à être très largement reconnues.

En témoigne aussi l'assaut de questions relevant du calcul tactique et du traquenard malveillant dont a été l'objet Pierre Laurent sur Radio France Politique hier soir. "Ne croyez-vous pas que ce succès du Front de Gauche avec Mélenchon comme porte-parole enterre le PCF? Ne commencez donc vous pas à négocier un accord avec le PS en vue des législatives, ou de l'après : participation gouvernementale, conditions d'un soutien à une législature?"

 Pierre Laurent a été assez clair: nous sommes et resterons jusqu'aux législatives en compétition et nous n'avons pas le même projet. Maintenant nous avons trois objectifs: débarasser le pays de Sarkozy, faire reculer l'extrême-droite, éviter la dérive centriste de la gauche et faire grandir la gauche de transformation sociale. Nous sommes en train de remplir ces trois objectifs et plus le Front de Gauche sera haut, plus on a aura de chance de bien les remplir. On ne sait pas jusqu'où va s'arrêter notre dynamique ascendante ni si elle va persister car l'élection présidentielle est rude et l'argument du vote utile et la bipolarisation de la vie politique sont des laminoirs pour l'alternative... Mais on ne s'interdira pas de monter, de se rapprocher du PS dans les intentions de vote, voire de le doubler car nous sommes dans une situation de concurrence saine, fondée sur une claire différence d'analyses et de projets qui n'exclut pas notre volonté commune de dégager cette droite infâme.

Après, comme le scénario le plus probable n'est pas que nous soyons au second tour, il faut s'arranger pour être en mesure d'influer le plus fortement possible sur une politique d'une majorité présidentielle PS pour l'orienter à gauche. Est-ce que le moyen le plus sûr pour le faire sera la participation gouvernementale ou la participation à une majorité parlementaire sous réserve d'adhésion à certaines conditions fondamentales? (par exemple: refus de l'austérité, retraite à 60 ans...)?¨Pierre Laurent ne l'a pas exclu catégoriquement hier mais n'a pas dit non plus que ces solutions avaient sa préférence.  Pour ma part, je pense que même si c'est loin d'être le scénario le plus probable, car ce PS risque plutôt de chercher une alliance au centre pour mener une politique de rigueur faute de remettre en cause les conditions structurelles de la domination des marchés et de la finance, il ne faut pas exclure par avance la possibilité que les socialistes, confrontés à un rapport de force extrêmement dangereux pour eux, cèdent à certaines revendications fondamentales du Front de Gauche, mais je ne crois pas qu'une participation gouvernementale ou un ralliement parlementaire qui ne sont pas à l'ordre du jour soient nécessaires et particulièrement utiles pour cela.  

Par ailleurs, le projet actuel de Hollande et du PS et tout ce qui l'oppose au programme partagé du Front de Gauche rendent à mon avis injustifiables et dangereuses pour l'avenir, pour l'unité et la capacité à grandir encore du Front de Gauche, toute alliance gouvernementale ou parlementaire avec les socialistes. Il faut privilégier la montée en puissance de cette fragile nouvelle gauche citoyenne de transformation sociale en voie d'invention appelée je l'espère à prendre l'ascendant un jour ou l'autre sur les socio-libéraux aux tentations d'agir de l'intérieur dans les ministères, car on voit qu'elles ne nous ont pas globalement servi, au PCF, ni non plus forcément au pays sur le moyen terme, dans les épisodes d'union de la gauche au pouvoir en 1981-1984 et 1997-2002.

De toute façon, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon ont été clairs depuis le début en disant qu'ils ne soutiendraient pas un gouvernement qui s'astreindrait à l'austérité, renoncerait à lutter contre la précarité, la domination de la finance et à proposer des progrès sociaux significatifs dans les services publics, la protection sociale, les droits des salariés, la préservation de l'environnement, après des années de casse sociale de la droite. En réalité, je crois que ces soudaines interrogations sur l'après-juin 2012 du Front de Gauche lancées par les médias visent surtout à faire artificiellement et tout aussitôt dégénérer la mystique en politique et à dégoûter les citoyens qui reviennent à la politique et qui croient sincèrement en la volonté de changer réellement les choses du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon que tout cela n'est qu'un produit de combinaisons partisanes, de calculs d'appareil et d'intérêts pour préserver des positions, se faire des meilleures situations, renforcer les appareils. 

Ces débats aujourd'hui sont une manoeuvre pour nous désingulariser, ramener la nouveauté riche d'espoirs qui germent extrêment vite à la médiocrité commune, nous enliser dans le même discrédit pour la politique politicienne des intérêts et des petits arrangements entre amis dont souffre aujourd'hui EELV après son accord électoral sur des bases programmatiques incohérentes et de renoncement avec les socialistes.

Quel plus grand démenti à ces insinuations que l'ambition de refondation globale de la démocratie sur les bases de l'égalité, de la liberté, de la fraternité, proposée par notre candidat dans son court mais dense discours de 25 mn habité par l'émotion de voir à nouveau le peuple français se mettre en marche pour l'émancipation et la fin des privilèges!  

 

Quelques chansons qui prolongent l'ambiance festive et révoltée de la Bastille, communiquées par Jean-Marc Nayet.    

 

  A a  Bastille (je n'y étais pas)  y avait  1 excellent groupe = HK et les Saltimbanks, son tube le + connu "On lâche rien"
 http://www.dailymotion.com/video/xfzjnb_hk-les-saltimbanks-on-lache-rien_music

« Je coupe le chon et je re-Mélenchon ! »

Détournement de « Louxor j'adore » de Philippe Katerine
http://www.youtube.com/watch?v=h8jtM8OfAIw&feature=player_embedded



Rachi Taha : Voilà, voilà  
(une chanson qui date de ... 1993)

 

Voilà, voilà, que ça recommence
Partout, partout et sur la douce France
Voilà, voilà, que ça recommence
Partout, partout, ils avancent

La leçon n'a pas suffit
Faut dire qu'à la mémoire on a choisi l'oubli
Partout, partout, les discours sont les mêmes
Etranger, tu es la cause de nos problèmes
Moi je croyais qu'c'était fini
Mais non, mais non, ce n'était qu'un répit

Voilà, voilà...

La leçon n'a pas suffit
Faut dire qu'à la mémoire on a choisi l'oubli
Dehors, dehors, les étrangers
C'est le remède des hommes civilisés
Prenons garde, ils prospèrent
Pendant que l'on regarde ailleurs
Prenons garde, ils prospèrent
Pendant que l'on regarde ailleurs

Voilà, voilà...

Les photos de notre voisine de bus brestoise, l'artiste sympathisante du Front de Gauche Cosette Saby:       

 

  photo bastille cosette

 

photo Bastille Cosette Saby 4photo bastille cosette Saby 3      photo bastille cosette 2

photo Bastille Cosette Saby 7photo Bastille Cosette Saby 5photo Bastille Cosette Saby 6

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 06:42

Non, n'en déplaise à Cécile Duflot, l'écologie n'est pas un vernis électoraliste superficiel pour le Front de Gauche: cette synthèse de nos propositions sur l'écologie réalisée par franck Simonnet le montre bien.  

 

L’Ecologie au cœur du programme du Front de Gauche

 

Le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles remettent en cause les conditions de la vie sur terre. Or, loin des effets d’annonce du Grenelle ou d’aubaine du « pacte Hulot », la campagne présidentielle met ces questions aux oubliettes.

Le Front de Gauche propose, lui, une planification écologique.

 

Une transition énergétique publique et démocratique

Diminuer la consommation d’énergie : Promouvoir la sobriété et l’efficacité énergétique par des investissements publiques pour l’emploi et la formation et un plan de mise aux normes des bâtiments publiques et logements. Maîtrise publique pour sortir l’énergie des griffes de la rentabilité : Pôle 100% public (nationalisation d’EDF, Total, GDF…) avec participation citoyenne.

Favoriser les Energies Renouvelables par la recherche, la formation et un réseau de géothermie profonde.

Choisir démocratiquement sur le nucléaire par un référendum au terme d’un vrai débat public.

 

Une Agriculture paysanne, saine et source d’emploi

Plan de transition écologique pour un modèle agricole de qualité, relocalisé et largement autonome en énergies renouvelables.

Lutter contre la concentration des exploitations et la spéculation foncière et soutenir l’installation des jeunes agriculteurs par une réforme des Safer (Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural).

Soutenir les filières alternatives labellisées, vivrières, de proximité et biologiques (notamment par une réforme des marchés publics). Interdir les OGM.

Une Politique Agricole Commune (PAC) européenne fixant un objectif de souveraineté alimentaire. Préserver les ressources naturelles

 

Créer un Service Publique de l’Eau, Bien Commun de l’Humanité, afin d’accompagner les collectivités dans sa gestion.

Tarification progressive (selon la consommation) et différenciée (entre ménages et industries).

Réduire la production de déchets (notamment par l’allongement des durées de garanties sur les produits et la mise en place de consignes sur les contenants).

Renforcer la législation contre les molécules chimiques nuisibles à la santé. Lutter contre l’aliénation consumériste (notamment en limitant la publicité)

 

Une politique de la pêche garantissant la préservation et le renouvellement de la ressource halieutique.

 

Des transports à faible émission de Gaz à Effet de Serre Développer les transports collectif .

Développer le transport ferroviaire, fluvial et maritime.

Instaurer une taxe kilométrique sur les produits. Un nouveau modèle de société : Inventer un nouveau vivre ensemble dont les règles ne soient plus la croissance et la compétition.

 

Soutien à l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), à l’habitat autogéré et coopératif.

 

Favoriser la relocalisation des activités et les circuits courts de distribution.

Créer des délégués environnementaux représentant les associations de protection de l’environnement dans les instances officielles.

IPH : Indicateur de Progrès Humain (épanouissement personnel, cohésion sociale, justice sociale, environnement) remplaçant le PIB.

 

Créer un Fonds Européen Social, Solidaire et Ecologique.

 

La transition écologique sera fortement créatrice d’emploi (rénovation de l’habitat, énergies renouvelables, agriculture paysanne…). Elle nécessite d’être accompagnée de mesures sociales permettant de faire payer son coût aux plus riches, ceux qui détruisent la planète. Ceci impose de reprendre le pouvoir à la finance et d’en finir à la recherche maximale de profit et le productivisme !

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 18:34

Même un peu trop centré sur la personne de Mélenchon à qui l'on attribue toute la dynamique actuelle du Front de Gauche et peu sympathique pour le PCF qui n'y est pas pour rien, cet article, dans un des organes du social-libéralisme en France, indique une tendance... On l'espère qu'elle continue et  balaie tout sur ton passage pour permettre à une vraie gauche de changer la société.

 

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Le candidat du Front de Gauche qui appelle dimanche à une "marche pour la VIème République" séduit parmi toutes les sensibilités de la gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon monte en régime

 

Par Lilian Alemagna et Charlotte Rotman.

 

"Lui au moins, on comprend quand il parle". A chaque meeting de Jean-Luc Mélenchon, on entend la même phrase. Vu à la télé ou sur ses affiches rouges, le candidat du Front de Gauche joue à guichets fermés. Dimanche, il devrait réunir 30000 personnes à la Bastille. Une "marche pour la VIème République" de la place de la Nation jusqu'au lieu symbole des soirs de victoire de la gauche. Mélenchon doit y prononcer un discours sur le "changement de régime". Depuis le lancement fin juin de sa campagne, place Stalingrad à Paris, Mélenchon attire. Que ce soit pour ses discours ou pour donner le coup de main militant. Il a passé la barre des 10% dans les sondages et séduit désormais au-delà de l'électorat traditionnel du Front de Gauche (6% à 8% depuis les européennes de 2009). "Nous construisons une force politique. Elle se discipline. Elle acquiert des réflexes, une culture commune, explique le candidat. Notre horizon ne s'applique pas à une ou deux élections". En 2012, Mélenchon ravive les braises d'une gauche qui a dit non en 2005 au traité européen.

 

Des communistes enfin séduits.

Il y a encore un an, la candidature Mélenchon suscitait, dans les sections PCF, méfiance ou résignation. Aujourd'hui, l'"engouement des communistes pour le candidat est sans réserve, jure Pierre Laurent, chef du PCF. Même les plus rétifs au départ sont enthousiasmés et mobilisés". Dans les meetings, les drapeaux rouges du PCF figurent en bonne place. Les Jeunes communistes, pas réputés pour être fans de ce qui a été rose, montent désormais sur scène pour chanter l'Internationale avec Mélenchon. Les retraités reviennent goûter aux joies des campagnes. Les offensives du candidat contre le FN, la défense de la retraite à 60 ans et le SMIC à 1700 euros ont fini d'emballer les communistes. "Dans les études, on voit qu'il est beaucoup mieux accepté par les sympathisants communistes", confirme François Miquet-Marty, de l'institut Viavoice. Fini les soupçons d'OPA sur le PCF par l'ex-socialiste. "La confiance", si rare de ce côté de la gauche, permet d'alimenter la machine.

Des socialistes déçus.

Stephanie, 26 ans, en est un bel exemple. "Je retrouve chez Jean-Luc Mélenchon ce qui me plaisait chez Ségolène Royal: ils incarnent une nouvelle façon de faire de la politique". Ancienne dirigeante de Désirs d'avenir à Paris, elle bosse comme militante à l'Usine, le QG du candidat aux Lilas (Seine Saint Denis). A la Bastille, avec son panier, elle s'occupera de vendre des programmes du Front de Gauche. Comme Stephanie, ils sont nombreux les sympathisants PS à regarder ce qui se fait et écouter ce qu'il se dit du côté de l'ex-camarade parti en 2008. La progression du candidat Front de Gauche chez les cadres de la fonction publique ou les employés- dans une moindre mesure chez les ouvriers- démontre qu'il commence à attaquer le coeur de cible de l'électorat de Hollande. "Une partie des socialistes a déjà basculé vers Mélenchon, remarque en Hautes-Pyrénées la communiste Marie-Pierre Vieu. Le vote utile ne peut pas prendre quand Marine Le Pen est si loin derrière et que le risque du 21 avril s'éloigne". "J'en vois beaucoup qui sont séduits mais se demandent s'ils vont sauter le pas" ajoute Clémentine Autain, du Front de Gauche. Chez les ex-électeurs de Ségolène Royal, croisés en meeting, on brandit "l'autre vote utile". Pour "secouer" Hollande. 

Des écologistes en manque. 

Mélenchon séduit aussi dans les rangs verts. L'accord entre le PS et Europe Ecologie Les Verts (EELV) les ayant déçus, une partie des sympathisants écolos regarde ce qu'il y a derrière la planification écologique du candidat du Front de Gauche. Chez les jeunes qui viennent l'écouter, le discours sur le revenu maximum plaît autant que son référendum sur le nucléaire. "Les écologistes hésitent entre la fidélité et leur attirance pour le vote Mélenchon" dit Martine Billard, ex-verte devenue co-présidente du Parti de Gauche. Mais pour l'instant, les enquêtes montrent surtout un retour des électeurs EELV dans les rangs socialistes. 

Des anticapitalistes tous unis. 

Ils devraient être nombreux les anciens électeurs d'Olivier Besancenot ou de José Bové à voter Jean-Luc Mélenchon. Mais si son costume de républicain bleu blanc rouge et sa Marseillaise en fin de meeting peuvent rebuter, il attire une frange de la mouvance anticapitaliste et altermondialiste. "Il est en train de rajeunir son électorat, fait remarquer Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA. Il touche les précarisés qui constituaient une partie de l'ancien électorat de Besancenot." Et à 10%, il occupe, à lui tout seul, presque tout l'espace électoral de la gauche radicale. 

Des abstentionnistes conquis. 

C'est le "coeur de cible" de Mélenchon. Ceux qui ne sont "plus latéralisés", dit-il. "Dans cette élection, 30% des gens voteront à gauche, 30% à droite, repète t-il à ses troupes. Au milieu: 40% qui ne se définissent plus selon les codes politiques traditionnels". "La bonne nouvelle pour François Hollande, estime Jérôme Sainte-Marie, c'est qu'il est en train de sortir les gens de l'abstention". "Plein de gens vont se décider dans la dernière ligne droite, notamment les plus éloignés de la politique", pointe François Delapierre, directeur de campagne de Mélenchon. On sent qu'on peut percer dans cet électorat là", surtout avec l'égalité du temps de parole. Tirant sur sa cravatte rouge, le candidat prévient: "Vous avez-vu arriver les premières vagues. Il y en a d'autres qui arrivent". 

 

 

L'OPA Bastille du Front de Gauche. 

 

 Espérant réunir 30000 personnes lors d'une marche dimanche, Mélenchon veut frapper un grand coup. 

 

En montant sur la scène, dimanche place de la Bastille, Jean-Luc Mélenchon aura un regard particulier, à sa gauche, vers le faubourg Saint-Antoine. "A 100 mètres à vol d'oiseau se trouvait la brasserie de Santerre, rappelle t-il tout sourire. Je boucle la boucle. "

Quand il était jeune étudiant trotskiste-lambertiste à Besançon dans les années 70, le candidat du Front de Gauche avait choisi comme blaze (pseudonyme) le nom d'Antoine-Joseph Santerre. Le 14 juillet 1789, ce brasseur parisien fut de ceux qui prirent la Bastille. Mélenchon se nourrit de symboles. Sa prise de la Bastille en est un. Faire un discours le jour anniversaire du soulèvement de la Commune à Paris en est un autre. Commandant de la garde nationale, Antoine-Joseph Santerre a oeuvré à la fin de l'Ancien Régime en conduisant Louis XVI à l'échafaud. Mélenchon, lui, se rêve en "dernier président de la Vème République", convoquant une Constituante sur le modèle des "révolutions citoyennes" d'Amérique du Sud, et veut "en finir avec la France de la monarchie quinquennale républicaine". 

Joyeux. Mais ce dimanche, ce n'est pas un peuple en armes qui investira les deux kilomètres de parcours entre les places de la Nation et de la Bastille. Cette "répétition générale" d'une "insurrection dont le rendez-vous opérationnel est le vote à l'élection présidentielle", comme Mélenchon qualifie l'évènement, doit prendre les allures d'un "rassemblement joyeux" insiste t-on au Front de Gauche. Des militants avec leurs drapeaux rouges venus en car de toute la France, ces salariés appelés à marcher "en tenue de travail", des délégations d'entreprise en lutte, des chanteurs juchés sur leur camion... "C'est la première fois que s'organise en pleine campagne électorale une manifestation politique avec un mot d'ordre qui est celui d'un changement de régime", se rejouit Mélenchon. A l'arrivée, son discours dos à l'Opéra doit durer moins d'une heure. Une ode à la "VIème République" en insistant sur les nouveaux droits à conquérir: "de la personne, sociaux, politiques, écologiques". 

Vieux guerrier.   Mélenchon ne pouvait rêver meilleur timing pour sa démonstration de force. Longtemps coincé sous la barre des 10% dans les sondages, il a passé ce qu'il appelle le "seuil de crédibilité". Il pensait y arriver en février, mais ne va pas se plaindre d'être en dynamique et l'objet d'attentions médiatiques lorsqu'il prend la Bastille. "Il n'y a rien de plus fragile qu'une mode, tempère t-il. Notre affaire n'est pas un champignon, elle s'est construite progressivement" . L'ex-sénateur PS, 60 ans l'été dernier, se dit "trop vieux guerrier pour se laisser attraper par les paillettes".

Mais lorsqu'il voit François Hollande dégainer sa proposition de taxer à 75% tous les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an, puis Nicolas Sarkozy reprendre à son compte son choix de "faire payer la différence" aux exilés fiscaux, il ne peut s'empêcher de "jubiler": "Je suis gramscien, celui qui construit l'hégémonie culturelle a gagné". Cette "opération de contamination des autres", il "vit ça comme un triomphe" et veut en profiter pour progresser sur l'échelle de la "crédibilité".

Hollande "le concurrent" et ses 75%? "Il a tout juste oublié que ça faisait une marge de 30 points entre ses deux dernières tranches"!" Sarkozy? "Ceux qui vont être taxés, c'est justement ses copains! Pas les miens!" a t-il lancé devant plus de 8000 personnes réunies, mercredi soir, à Clermont-Ferrand. Quand au vote utile sorti par les socialistes pour contenir l'intérêt que suscite l'ex-camarade, Mélenchon conte le contrer en ressortant l'exemple de 1981: "Le "Vieux"  (Mitterrand) était à 3 points derrière Giscard au premier tour, et ça ne l'a pas empêché de gagner au second!". A l'époque, le PCF était représenté par Georges Marchais: il avait fait 15%.

Mélenchon navigue pour l'instant dans les eaux électorales de la gauche radicale. A la différence- de taille- qu'il est tout seul là où les candidats se distribuaient les voix en 2002 et 2007. "Même s'ils me brisent, avertit le député européen, il restera qu'on aura été à 11%. Que c'est possible". Là où le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) s'est vautré, l'ancien socialiste a réussi, avec un PCF pourtant aux abois, à faire décoller une force politique à gauche du PS qu'il avait sentie dans la campagne du Non au référendum européen de 2005.  "De meeting en meeting, je réalise l'acte de naissance politique et culturel d'une nouvelle force", insiste t-il.

Après la Bastille, Mélenchon compte sur "deux repliques" dans deux villes "à forte concentration ouvrière et révolutionnaire". Toulouse, place du Capitole le 5 avril, et Marseille, au centre-ville le 14 avril. Entre-temps, ses lientenants appeleront à décliner le principe des "marches" à l'échelle locale. Le mot d'ordre "occuper les places"...

 

Lilian Alemagna.   

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 16:21

Nous y sommes: le car de 59 places pour Paris affrété par le Front de Gauche du Nord-Finistère est plein: il y aura 19 morlaisiens qui seront du voyage. Le rendez-vous est fixé à 6h45 sur le parking du collège Mendès France. Retour entre 2h et 3h du matin.... 

 

A Paris, dès 13h, les citoyens sont appelés à se rassembler place de la Nation pour partir en cortège en direction de la place de la Bastille. A 14 heures tapantes. Durant la marche, des artistes comme Agnès Bihl, les Noktambules, Alee ou encore La Chanson du Dimanche, contribueront à donner à la manifestation un caractère festif depuis les plate-formes de camions spécialement aménagés.

 

A partir de 15h, une scène dressée place de la Bastille verra se produire le musicien malien Cheik Tidiane Seck, HK et les Saltimbanks puis Ridan.

 

A 17h (selon l'heure d'arrivée du cortège), le candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, prendra la parole.

 

200000 affiches ont été collées, 6 millions de tracts ont été distribués dans la perspective de cette marche. Des cortèges thématiques doivent prendre place: intellectuels qui soutiennent le front de Gauche, fédération CGT des organismes sociaux, union syndicales Solidaires, Fralib, Petroplus, m'Real, jeunes et précaires, féministes et LGBT, etc.

 

"Une insurrection qui éclate, c'est une idée qui passe son examen devant le peuple" , c'est par ces mots de Victor Hugo que le candidat Front de Gauche a clôturé son meeting de clermont Ferrand.

 

"Les idéologues libéraux se félicitaient que la classe ouvrière ne se fasse plus entendre...ils déchantent, et c'est une nouvelle fierté, une confiance restaurée dans leurs combats que les militants communistes ou de la gauche de transformation affichent. Avec eux, des centaines de milliers de citoyens, jusqu'alors sans attaches partisanes, sentent qu'il est possible de résister et que, aux combats défensifs -souvent usants- ils peuvent ajouter des luttes conquérantes. Ils s'emparent pour cela du Front de Gauche, unitaire et ouvert aux différences. Une gauche combative fait son retour en force et reflète ces aspirations populaires qui rejettent le sarkozysme. Là résident les ingrédients d'un succès qui chasserait l'Etat UMP de l'Elysée. Des commentateurs jusque là accompagnateurs fidèles de Sarkozy, feignent de s'inquiéter des conséquences que cela aurait pour le candidat socialiste. Balivernes! Comme l'écrirait Chamfort, "il y a des sottises bien habillées comme il y a des sots bien vêtus"... Les électeurs qui choisissent Mélenchon sont les plus décidés à battre le sarkozysme. Ils apportent à la gauche la fermeté qui la maintient debout face aux bourrasques des marchés. Ils sont le vaccin contre les déceptions qui ont démotivé tant d'électeurs. Dans ces temps enragés, c'est là que se dessine une espérance populaire. Et dimanche, elle marche de Nation à Bastille". (Patrick Appel-Muller, éditorial de L'Humanité du 16 mars: "Une espérance en marche").

 

 

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 06:33

 

Assemblée citoyenne de Saint Pol de Léon sur l'agriculture: vendredi 9 mars 2012

 

Cela a été un grand moment de réflexion politique partagée et d'éducation populaire sur un thème si important pour la région et le Léon. 30 personnes étaient venues assister à cette huitième Assemblée Citoyenne du Front de Gauche organisée dans le cadre de la campagne législative et présidentielle depuis le mois d'octobre: elles ne l'ont certainement pas regretté tant l'intervention de Xavier Compain et le débat auquel elle a donné lieu ont été instructifs et stimulants.

 

J'ai ouvert la réunion par une courte intervention pour rappeler la logique des Assemblées Citoyennes, me féciliter de la dynamique de la campagne militante du Front de Gauche qui porte ses fruits aujourd'hui dans notre rapport à la population et dans les intentions de vote, et j'ai aussi mis en avant le caractère central de la question de l'agriculture dans les problèmes politiques de la région en rappelant qu'on était confronté aux effets pervers de l'agriculture productiviste et hyper-concentrée tels que les algues vertes ou la pollution du Guillec et de la baie de Mogueriec aux pesticides en octobre 2010.

 

Jean-Jacques Labous, syndicaliste à Saint Pol de Léon, a ensuite exposé les particularités de la Bretagne au niveau agricole, puisqu'il s'agit de la première région agricole de France, et, à l'intérieur de la Bretagne, de la région léonarde, le marché de légumes le plus important au niveau de la quantité et de la diversité.

 

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Xavier Compain, responsable national du PCF en charge des secteurs de l'agriculture et de la pêche, ancien responsable du MODEF, et éleveur de vaches laitières dans les Côtes d'Armor, a ensuite exposé pendant 40 mn les orientations du Front de Gauche et les actions du PCF dans les assemblées en matière d'alimentation et d'agriculture.

 

Voici les grandes idées qui se dégagent de son intervention:

 

L'agriculture n'est pas une affaire de paysans seulement, et le Front de Gauche le montre très bien depuis 2 ans à travers la multiplicité des réunions publiques qu'il consacre à ce thème. Il s'agit d'un enjeu citoyen sur lequel il ne faut pas hésiter à bousculer le professionnel.

 

Le Front de Gauche met dans le débat public quatre grands engagements en matière d'agriculture:

1) Recréer 300.000 emplois dans l'agriculture alors que tous ceux qui se succèdent depuis 20 ans ont accéléré le démantèlement du milieu agricole. Ce chiffre est crédible: il consiste à recréer les emplois qui ont été liquidés depuis le dernier recensement agricole. La condition pour y parvenir, c'est d'arriver à une meilleure rémunération du travail.

 

2) Tout le monde doit avoir accès une alimentation saine, de qualité.

 

3) Il faut initier la transition écologique de l'agriculture. C'est là sans doute une formulation d'objectif qui doit beaucoup à nos partenaires du Front de Gauche. On est capable de ne pas être d'accord sur tout mais de cheminer ensemble. L'apport des communistes, c'est de dire que c'est le cochon à 2 euros qui fait de la réduction des tailles d'exploitation. Ceci dit la première victime des pesticides, par exemple, ce sont les paysans. Il s'agit d'un scandale plus important que l'amiante: la mutualité agricole n'indemnise pas ou très mal les victimes des pesticides.

 

4) Un développement équilibré du territoire. Le pilier fondamental de la ruralité, ce sont des activités primaires telles que l'agriculture, la pêche, la pisciculture, activités où il faut préserver et étendre l'emploi. Après il y a toute une bataille à mener sur le maintien des services publics au niveau rural.

 

 Le programme agricole du Front de Gauche est un des plus poussés, des plus travaillés. Il implique par exemple:

 

1) De sortir l'agriculture et l'alimentation de l'OMC. Il ne s'agit pas que d'une déclaration mais d'une bataille politique à mener réellement et c'est que nous demanderons, s'ils reviennent au pouvoir, aux socialistes, et au très libéral Stephane Le Foll, déjà annoncé ministre de l'agriculture. Ce qui concerne les estomacs des êtres humains ne doit pas être l'apanage de l'OMC. Après, il y a tout un débat sur la PAC que l'on mène au sein du Parti de la Gauche Européenne au Parlement Européen pour faire face aux défis alimentaires et démographiques qui nous forcent à multiplier par deux la production alimentaire. Il faut définir une politique de sécurité et d'auto-suffisance alimentaire au niveau des grandes régions: cela passe par une régulation et une protection des producteurs locaux. La FAO doit être le grand arbitre international et faire en sorte réellement qu'il y ait des échanges mutuellement avantageux sur les produits alimentaires. Nous ne sommes pas pour autant des inconditionnels du protectionnisme, contrairement aux caricatures: on ne s'interdit pas de commercer du cacao et du café, mais on commerce sans dumping social, environnemental. Il faut à l'échelle nationale ou au moins continentale une planification agricole et alimentaire: le marché ne doit pas tout contrôler.

2) Il faut réorienter les fonds de coopération au développement: plutôt que d'envoyer du riz FAO dans les situations d'urgence simplement, il faut investir dans des outils de prouction et de conservation des biens alimentaires (frigos, silos...) qui permettront aux pays en voie de développement d'être davantage auto-suffisants.

3) Nous ne tolérerons pas que les accords bilatéraux de libre-échange laminent nos emplois agricoles. Actuellement, l'Europe importe 450000 tonnes de viande bovine par an: c'est de la viande à moins de 1€ le kilo comme celle qui vient d'Argentine. Les accords du Mercosur nous en imposeraient 500000 tonnes de plus. Dès lors, la messe est dite sur la production bovine française. La même chose s'est produite il y a 30 ans au niveau du mouton. Résultat: aujourd'hui, 7 agneaux sur 10 sont importés.

4) Il faut en finir avec le discours lénifiant sur les « montagnes de beurre, les fleuves de lait ». Bruno Lemerre, le paysan de Neuilly, nous dit qu'il ne reste que 15 jours de stocks de céréales en France. Au niveau international, c'est 60 jours. La FAO recommande au moins 75 jours de stocks pour assurer la sécurité alimentaire. C'est la pauvreté de ces stocks alimentaires qui rend les peuples plus vulnérables aux aléas climatiques, aux aléas du marché et à la spéculation. Martine, la voisine de Xavier Compain, a un théorème infaillible pour dénoncer cette situation: si ceux qui sont aux mannettes des politiques agricoles s'occupaient d'un troupeau de vaches, cela ferait bien longtemps qu'ils l'auraient fait crever par imprévoyance et étourderie.

5) Assurer la transition écologique de l'agriculture, c'est resemer et produire nos protéines végétales sur le territoire européen. Actuellement, 75% de l'aliment d'élevage est importé (soja, manioc) et si la Bretagne a de beaux porcs, c'est d'abord parce qu'elle a de beaux ports pour faciliter ces importations. Il faut un accompagnement financier pour produire à nouveau sur notre sol des protéines végétales pour nos élevages: ces aides pourraient être associées à une taxation des importations sur des critères environnementaux (coût en émission de gaz carbonique, normes de production) et sociaux, alimentant un fonds destiné à la transition écologique de l'agriculture.

C'est dans l'air du temps de soutenir verbalement les filières labélisées, les circuits courts, le bio: pour nous, c'est un objectif essentiel, et c'est pour cela que des électeurs Verts rejoignent la gauche de transformation sociale et écologiste que nous représentons. Mais le bio exclusif, il faut en avoir conscience, cela ne représente que 3% de la consommation au niveau national. Pour ce qui est des circuits-courts actuellement, on bute sur l'organisation du capitalisme, il faut le dire! Pour développer ces modes de production et de consommation, ce qui est indispensable afin qu'ils ne bénéficient pas qu'à une minorité de la population, il faut faire sauter les verrous du code des marchés publics. Actuellement, rappelons-le et c'est inadmissible, les paysans qui font du bio sont les derniers payés de la PAC et les plus contrôlés. De plus, il y a bio et bio: il suffit d'aller dans un rayon bio d'un supermarché et de voir que tous les fruits et légumes bio sont d'importation, sauf les betteraves. Un producteur qui fait du bio et qui commence à mettre la main dans la grande distribution se fait vite bouffer le bras. La grande distribution n'est pas notre alliée mais l'adversaire des solutions progressistes en matière de consommation et de rémunération des producteurs, n'ayons pas peur de le dire.

Le troisième grand axe de notre transition écologique concerne l'accès au foncier. Je pense à l'accaparement des terres cultivables chez nous par les habitations et les promoteurs ou les plus gros exploitants, au Sud par des spéculateurs qui font du business sur la famine. Ainsi, par exemple, la Somalie produit de l'oignon blanc bio à la pelle mais importe du riz FAO. Dans le même ordre d'idée, on peut parler de la honteuse vente forcée de leurs quotas de pêche par les pays pauvres ou du pillage des eaux territoriales du Sud de l'Afrique par des navires russes ou japonais. Et au Kenya, croyez-vous qu'il y a beaucoup de gens qui mangent des fleurs? L'objectif inconditionnel que l'on se donne, c'est que la terre aille à l'agriculture et à l'alimentation. En France, dès maintenant, il faut agir pour changer la gouvernance des SAFER: tout ça grenouille actuellement dans les mains non désintéressées des copains du syndicalisme majoritaire. Il faut y mettre de « l'ingrédient public », nos élus dans leur diversité. Il faut aller vers l'élargissement syndical dans les Safer et SBAFER et intégrer même des citoyens à leur gestion selon nos principes d'une 6ème République impliquant les citoyens dans les décisions. De la même manière qu'il existe actuellement une SMI, surface minimale d'exploitation, il faut aller vers une surface maximale d'exploitation, pour s'opposer au devenir industriel de l'agriculture et à son hyper-concentration destructrice d'emplois. Il faudrait respecter effectivement la règle existant actuellement suivant laquelle quand une terre se libère, on consulte d'abord les petits, puis les moyens exploitants pour son rachat. Mais le meilleur rempart contre la course au productivisme et à l'agrandissement, c'est la rémunération du travail. Les paysans ont perdus 50% sur le litre de lait ces dernières années. Aujourd'hui, la contractualisation les oblige à des contrats hypothétiques. Ce que nous disons nous, et nous sommes entendus des exploitants, c'est qu'en dessous de 320 € les 1000 litres, on ne rémunère pas le litre de lait. Un bon niveau de rémunération se situerait à 400 € les 1000 litres. Actuellement, seulement 7% du prix d'un pot de yaourt revient au producteur de lait. De la même manière, les producteurs de fruits et légumes crèvent la bouche ouverte depuis 15 ans à cause du dumping social et environnemental des importations.

 

André Chassaigne a élaboré un projet de loi pour le revenu paysan qui a été approuvé par l'ensemble des représentants de la profession consultés (FNSEA, Confédération Paysanne, Jeunes Agriculteurs...) et par les associations de consommateurs (CLCV, familles de France, CGT) et les associations humanitaires (secours catholique, restos du coeur). Celui-ci prévoit d'abord d'encadrer les marges de la grande distribution par des coefficients multiplicateurs. En 1986, les taux de marges oscillaient entre 25 et 30%: ils peuvent maintenant atteindre 400%, comme sur la pêche-nectarine l'été dernier! Parce que Leclerc est le grand financeur du PS, tous ne s'en émeuvent pas à gauche. Nous, nous sommes sur un positionnement de classe: évidemment, nous n'aurons jamais d'amis dans la grande distribution.

La deuxième idée, ce sont les prix indicatifs.

Le troisième outil, une conférence annuelle sur les rémunérations dans l'agriculture: nous vivons sur un mythe, il n'y a jamais eu de négociation dans le monde agricole. Depuis la réforme de la PAC de 1992, les agriculteurs se prennent surtout des coûts de trique par les technocrates qui les ont mis à merci de la concurrence mondiale et de la grande distribution. Nous plaidons aussi pour qu'il y ait des restrictions à l'importation quand nos primeurs arrivent à maturité et suffisent à satisfaire la demande nationale. Quand on est à l'initiative dans les institutions, il y a toujours des choses qui bougent: le PS a voté pour ce projet, revu et amendé, à l'Assemblée et au Sénat. Comment nos amis socialistes diront non dans ce printemps fleuri après avoir dit oui dans cet hiver bien triste?

Pour les élections professionnelles, nous réclamons la proportionnelle.

Le dernier engagement du projet de loi PCF concocté par Chassaigne et la commission agriculture concerne les retraites agricoles. La gauche plurielle les a fait passé de 350 € à 500€ pour les conjoints, à 700€ pour les chefs d'exploitations. Mais la moyenne des retraites agricoles se situe encore autour de 400€. La proposition que nous faisons, et qui reprend les revendications syndicales, c'est d'instaurer une retraite à 1000€. C'est qu'il faut prendre en compte le problème de la dépendance en milieu rural, le coût des maisons de retraite.Pour lutter contre la spéculation et assurer notre sécurité alimentaire contre les variations climatiques, l'engagement communiste, c'est de créer des stocks de sécurité alimentaire au niveau européen.

 

 Le débat

- Jean-Jacques Labous souligne l'inquiétude des salariés des dépôts de légume menacés de fermeture avec la création du grand entrepôt robotisé de la SICA. La Sica nous parle de requalification, de formation professionnelle. Mais il y a une difficulté évidente de réadaptation pour des salariés qui ont 50 ans, qui ont travaillé 30 ans comme manutentionnaires ou embaleurs... De plus, il y a le problème des saisonniers qui vont se trouver sans emploi. Nous craignons que la direction de la Sica fasse traîner les choses et ne revèle qu'au dernier moment les conséquences sociales de son projet pour que les salariés ne se mobilisent pas. Ces milliers d'emplois induits par la construction des nouveaux dépôts pharaoniques dont nous parle Le Guen, le député de Landivisiau, on ne sait pas où il va les trouver. Auparavant il y avait 600 embaleurs dans la zone légumière, aujourd'hui il n'y en a quasiment plus. 

 

- Un intervenant qui travaille lui-même comme saisonnier dans l'agriculture et comme Johny's, Olivier, met en avant les conditions d'exploitation des travailleurs dans les serres de tomates, les champs d'échalottes. Les salaires dans l'agro-alimentaire sont souvent dérisoires pour ceux qui n'ont pas d'exploitation. Avant, on avait le SMIC, maintenant, le salaire, c'est une aumône. Les jeunes iraient bien bosser s'ils étaient payés correctement. Dans le Haut-Léon, entre Saint Pol et Lesneven, c'est l'apocalypse. Dans la région de Brest, grâce à des coopératives du type SAVEOC qui écoutent les revendications des employeurs et des salariés, c'est un peu mieux. Dans le Sud-Finistère c'est encore mieux. Mais chez nous, les agriculteurs sont vraiment prêts de leurs sous et payent leurs saisonniers au lance-pierre. Cela se traduit par une SICA qui a des fonds exhorbitants pour s'acheter des danseuses, dont cette compagnie de fret ferroviaire rivale de la filiale de la SNCF, Novatrans, concurrente du service public, Combiwest, dont le président est le vice-président de la SICA. Qu'est-ce que vont faire les agriculteurs dans cette galère? A chacun son métier. Comment se féliciter que la SICA s'engouffre dans la dérégulation et la privatisation du rail? Elle va maintenant profiter d'un dépôt- d'une plateforme rail-route construite à Saint Martin des Champs avec des deniers publics, mais que la SNCF n'a jamais pu exploiter faute de volonté politique. Là encore, on socialise les pertes et on privatise les profits. 

 

- Joël Helary (CGT) rappelle que parmi les salariés de l'agriculture, il y a 4 coefficients sur 8 en-dessous du SMIC: le coefficient le plus bas représente 9,22€/jour - 1€ de l'heure! Quand on négocie avec la FNSEA, il nous tienne le même discours que le MEDEF: "on vous comprend, on voudrait bien vous donner plus, mais on ne peut pas! On ne pas faire autrement"...

 

- Pour Gaby Le Gall, conseiller municipal communiste à Roscoff, il y a des gens qui assurément s'en mettent "plein les fouilles": Auchan, Leclerc. La plateforme de fret à Saint Martin des Champs a été construite avec nos impôts. Maintenant, la Sica récupère cet outil. C'est inacceptable qu'elle s'engage ainsi dans la dérégulation du fret. Pour laisser passer Combiwest et d'autres compagnies privées, on met en danger des transports de voyageurs et il y a failli avoir de graves accidents à plusieurs reprises suite à une saturation des voies. Par ailleurs, un des moyens de défendre le revenu paysan, c'est la coopérative que le Front de Gauche doit promouvoir et encourager. Dans le Languedoc-Roussillon des producteurs de lait se sont associés en coopérative: il y a quelques années, Lactalis leur donnait 27 centimes pour le litre de lait, maintenant, ils obtiennent 90 centimes du litre de lait. C'est ça les mérites de l'organisation coopérative: créer un rapport de force pour négocier des prix rémunérateurs auprès des intermédiaires et de la grande distribution. La Sica au départ avait ce type de mérites, mais elle devient une organisation capitaliste. Beaucoup d'agriculteurs d'ailleurs sortent de la Sica aujourd'hui. Oui il y a des bastilles à reprendre: je pense à ces banques qui créent des filiales d'assurances pour spéculer sur la misère des gens. 

 

- Pour Xavier Compain, il y a des possibles à réouvrir. Les coopératives doivent vendre elles-mêmes leurs productions. Or, actuellement, 80% de celles-ci passent par la grande distribution. Il faut une volonté politique pour promouvoir la vente par les coopératives elles-mêmes. 

 

- Alain David met en avant le fait que la nourriture n'est pas une marchandise comme une autre, que c'est vital pour les individus, pour les pays. Il faut donc raisonner en termes de filières: de la production jusqu'à la consommation, on doit sortir de la domination de la finance. 

 

- Ismaël Dupont affirme que pour lui, il ne faut pas hésiter à affirmer son idéalisme et critiquer radicalement les principes du système ou du modèle agricole mondial et européen actuel. 1,3 milliards de personnes, 43% des actifs dans le monde sont des agriculteurs- dans les pays en voie de développement, cela représente 60 à 70% des actifs. Nous sommes donc loin d'être passés à un monde d'économie tertiaire post-agricole. Mais 70% de ceux qui vivent dans l'indigence et qui souffrent de la faim sont des paysans. Pourquoi? En particulier parce que dans les années 1970-1980-1990, le FMI a profité du moyen de chantage que constituait la dette publique pour forcer les pays du Sud à ouvrir leurs marchés aux importations de produits agricoles occidentaux plus compétitifs (car subventionnés en amont et protégés par des prix garantis surtout à l'époque) et pour les encourager à se spécialiser dans des monocultures d'exporation dont les travailleurs sont des salariés et des demi-esclaves plutôt que de poursuivre une l'agriculture vivrière indépendante leur assurant de manger à leur faim. Aujourd'hui, en Afrique, dans les pays arabes, cela coûte moins cher d'acheter du poulet breton que du poulet local... Ces pays en voie de développement ont été rendus trop dépendants des importations et les recettes que leur apporte leur culture d'exportation, comme les cours mondiaux sont contrôlés par les économies les plus puissantes et soumis à toutes les spéculations et variations de la production, sont insuffisantes pour compenser le déficit de la balance commerciale. Il faut donc permettre à ces pays du Sud d'organiser leur sécurité alimentaire par grandes régions sinon par pays et de protéger leurs marchés intérieurs et leurs producteurs. Il faut les aider à se développer techniquement pour avoir une agriculture plus efficace plutôt que de leur vendre des armes, des autoroutes ou des aéroports pour les dictateurs. L'autre volet de ce contre-modèle agricole qui marche sur la tête, c'est l'agriculture industrielle, productiviste, hyperconcentrée et polluante, qui remunère de moins en moins la moyenne des agriculteurs, dans nos pays occidentaux. Est-il normal que la Bretagne produise chaque année 14 millions de porcs, (60% des porcs français), 40% des volailles en France? A côté de cela, nous ne sommes que la vingt-et-unième région française sur vingt-deux pour le montant du revenu paysan. Ce modèle de développement agricole basé sur la dérégulation des prix compensée par des subventions qui donnent toujours une prime à l'agrandissement, l'investissement dans le matériel, basé sur l'endettement privé, l'emprise de la grande distribution et de l'agro-alimentaire, des fabricants d'aliment pour élevage et de pesticides, sur l'hyper-spécialisation et l'élevage hors sol, c'est un contre-modèle qu'il faut repenser, remettre à plat, car il est responsable, sinon d'une surproduction, du moins de prix des denrées ne suffisant pas à faire vivre les producteurs (le prix du porc tombe souvent à 1,10€ le kilo ces derniers mois, alors qu'il faudrait qu'il soit à 1,60€ le kilo pour faire vivre les éleveurs en dehors des subventions compensatoires). Un des moyens de préserver et d'augmenter l'emploi agricole, c'est de revenir à une agriculture paysanne d'intérêt général soucieuse de l'environnement et de la santé publique, pouvant se développer grâce à une protection des prix, un soutien public dans l'accès à la terre, une relation plus directe au consommateur... Rendons-nous compte que le nombre d'agriculteurs a été divisé par 10 en 100 ans: jusqu'où se perpétuera l'hémorragie si on continue à valoriser la production industrielle, l'hyper-spécialisation? L'argent serait mieux employé à défendre une agriculture paysanne qu'à soutenir les grands intérêts agro-alimentaires: en 2009, Doux touchait 200 à 300 euros de l'Union Européenne pour la tonne de poulets abattus. Il faut revoir le mode d'attributions des subventions de la PAC, non pour laisser faire les mécanisme de lutte pour l'existence et la compétitivité maximale du marché non faussé, mais au contraire pour soutenir davantage les petites exploitations, l'agriculture bio et écologiquement responsable. 

 

- Un intervenant: pour aller dans ton sens: il y avait 400 exploitants il y a 30 ans dans la région de Saint Pol de Léon, il y n'en a aujourd'hui plus que 100. 

 

- Yvon Dissez, de l'association "Peuples Solidaires" annonce la création d'un collectif finistérien "pour la Souveraineté alimentaire dans les pays du Sud et en Europe" et dit que ce qu'il a entendu ce soir se rapproche des vues de ce collectif ouvert aux citoyens, aux associations, aux syndicats mais pas aux partis politiques, collectif qui compte pour l'instant plusieurs organisations signataires: CCFD-Terre Solidaire, Peuples Solidaires de Brest, Landerneau, Lesneven, St-Pol -Morlaix, Confédération Paysanne, Chrétiens dans le Monde Rural, Maison de l'agriculture bio, Ti ar Bed. 

Quelles sont les revendications de ce collectif, sur lesquelles il veut inviter les candidats à s'engager:

- Placer le concept de souveraineté alimentaire au coeur des décisions et des mécanismes et décisions au niveau des Etats et des instances supranationales.

- Inscrire le droit à la protection des marchés agricoles, par pays ou groupe de pays, dans les règles du commerce international.

- Soutenir au nord comme au sud une agriculture paysanne et familiale, soucieuse de la place des femmes, maintenant la mixité des cultures et de l'élevage préservant les écosystèmes et l'accès aux semences paysannes. L'UE doit aussi viser  l'autonomie en protéines et encourager des systèmes de production alternatifs, comme l'agriculture biologique.

- Prononcer un moratoire sur les concessions et acquisitions de terres à grande échelle tant que des cadres juridiques contraignants n'ont pas été adoptés aux plans national et international.

- Mettre fin au soutien public à la production et à la consommation d'agrocarburants.

- Lutter contre la volatilité des prix des matières agricoles et énergétiques.

 

(Contact pour se rapporcher du collectif: yvon.dissez@free.fr)

 

- Tout en regrettant que le collectif ne soit pas ouvert aux organisations politiques en tant que telles, constituées parfois comme chez nous au Front de Gauche  de citoyens tout autant révoltés de la marche du monde et décidés à agir pour le changer que les militants associatifs qui composent ce collectif alter-mondialiste, plusieurs intervenants, dont Xavier Compain et Ismaël Dupont, ont remarqué que la plateforme de revendications exposées par ce "Collectif 29 pour la Souveraineté Alimentaire" rejoignait complètement notre projet et notre programme visant à subordonner le problème de l'agriculture à la question de l'alimentation et de l'auto-suffisance alimentaire et qu'il devait y avoir en cette matière une convergence des luttes car les adversaires, du côté du capital et des thurifaires du libéralisme, sont redoutables et bien organisés. 

 

- Alain David a rappelé que l'agriculture devait continuer à être une histoire d'hommes et ne pas se transformer en pure activité financière, comme il advient quand, comme dans la Somme, on crée une unité de production à la danoise ou à l'Allemande de 2000 vaches laitières (à titre de comparaison, dans la petite exploitantation familiale de Marie Huon, de ses parents et grands-parents, il y a 60 vaches laitières).

 

- Xavier Compain a déclaré qu'il fallait en finir avec le "paysannisme" si hypocritement partagé dans le monde politique et qui s'exprime dans des louanges démagogiques à la ruralité, aux paysans: nous, on ne veut pas des paysans pour les paysans eux-mêmes. Notre première ambition, c'est de nourrir les hommes sainement et suffisamment, et c'est pour cela qu'on a besoin des paysans. La FNSEA se contenterait bien d'une agriculture hyper-concentrée à 10000 acteurs. C'est inacceptable. Nous demandons le maintien des exploitations familiales- leur vertu, c'est d'amortir les baisses de coût- et des prix rémunérateurs pour les éleveurs. Où en est la gauche paysanne? Si notre programme n'est pas si mal, c'est qu'elle est riche de ses diversités (Confédération Paysanne, Modef...) et le PCF et le Front de Gauche discutent avec tout le monde. Mais attention, il y a un bougé inquiétant dans le monde agricole: la coordination rurale pourrait arriver en tête dans les chambres d'agriculture. Il y a aujourd'hui un vote désespéré dans les campagnes: des sondages indiqueraient que 20% des paysans songent à donner leurs voix à Le Pen (contre 4 à 6% pour le Front de Gauche, notre étiage traditionnel).

 

- Patrick Le Nan pose une question à Xavier Compain sur les moyens de lutter contre la spéculation sur les matières premières agricoles. Xavier indique qu'il y a deux types de spéculation: l'accaparement des terres (il faut inclure au niveau de l'ONU une clause de sauvegarde, un outil qui existe dans la PAC) et la spéculation financière. Actuellement, la BNP et le Crédit agricole proposent des produits spéculatifs sur l'agriculture pour les titulaires de comptes bien garnis. Un document interne de la BNP "BNP agroplus 2013" se prononce sur la réforme de la PAC et envisage les opportunités de profit qu'elle génère: les banquiers font de la politique. On vous propose des bouquets financiers 2 tiers/ 1 tiers: 1er tiers pour spéculer sur le blé, le maïs, l'avoine, l'autre partie pour des placements plus sûrs dans Coca-Cola, Nestlé... Autre exemple touchant la distribution en amont: Buffalo Grill, une grande chaîne des restauration qui n'importe que du boeuf argentin à prix cassé- a dans son capital Colony Capital, l'ancien propriétaire du PSG: faut-il croire que les joueurs mangeaient trop de viande nourrie aux hormones pour être de subtils techniciens? Il faut  aller vers la proposition d'une convention internationale sur la non-spéculation sur les biens alimentaires.   

              

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