Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 07:32
Partager cet article
Repost0
10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 16:56

Nous publions ici la Tribune de Christiane Caro, membre de la commission Santé-Protection sociale du PCF, dans l'Humanité:

 

Face aux intérêts de la finance, le public doit reprendre l'offensive

 

Depuis trop longtemps, la vie des retraités en perte d'autonomie est intolérable, leur parole confisquée!

Alors que la révolution démographique en cours est un facteur de développement de nouveaux services à la personne dans les loisirs, le tourisme, la santé! Pourtant, dans notre société, le choix inverse a été fait: sacrifier une partie de sa population. Des personnes âgées avec une perte d'autonomie importante sont victimes à la fin de leur vie, aux seuls motifs économiques et financiers, d'un sacrifice délibéré. C'est un scandaleux non-dit. 

Les femmes sont au coeur du sujet: elles sont les premières concernées. Elles représentent en effet les deux tiers des personnes âgées en perte d'autonomie. Quant à la prise en charge et aux soins, quelles que soient les générations, elle est majoritairement l'oeuvre des femmes: particulièrement jeunes dans les maisons de retraite ou à domicile, elles connaissent une précarité massive, avec une insuffisance des effectifs, des qualifications et des salaires, des conditions de travail difficiles exposant les personnes âgées à la maltraitance institutionnelle; mais aussi des aidants familiaux en activité ou retraités, à 90% des femmes. Une situation qui conduit à l'épuisement. Selon la CGT, 30% des aidants "retraités-enfants" décèdent avant leurs "parents-retraités". 

Pourquoi cette situation? Elle nous renvoie à la question du statut des femmes dans notre société et pose celle des choix budgétaires du gouvernement pour 2012, qui constituent un nouveau projet de civilisation, avec une attaque d'ensemble contre notre système de protection sociale. 

La direction de l'agence régionale de santé de Bretagne, quant à elle, exprime l'idée qu'il n'est plus possible de dépenser 200 000 euros par an pour un patient comme c'est le cas aujourd'hui! Et elle a osé inviter les responsables d'associations de santé en Bretagne à faire des choix pour l'attribution d'enveloppes budgétaires aux maternités ou aux personnes âgées en perte d'autonomie. Cette banalisation affichée et les renoncements éthiques qu'elle entraîne provoquent un recul des consciences grave qui ne saurait être corrigé que par des moyens supplémentaires. 

Pourtant, en 2006, le professeur de gériatrie du CHU de Dijon Pierre Pfitzenmeyer, dans un rapport sur l'hôpital et le vieillissement réalisé à la demande du gouvernement, dénonçait: "Nos responsables politiques n'ont pas pris conscience de la gravité de la situation. Dans notre société est en train de se développer une sorte de ségrégation médicale et sociale vis-à-vis de nos concitoyens les plus âgés, les plus malades et handicapés". 

Comment accepter qu'un retraité, parce qu'il a 85 ans, ne puisse accéder aux soins de cardiologie? Ne puisse être transféré pour un accident vasculaire cérébral dès son arrivée aux urgences du CHU de Rennes au motif qu'à Saint-Brieuc le service de réanimation ne veut pas le prendre: une personne âgée ne peut "encombrer un lit"!

Le fait que le budget de la santé soit insuffisant conduit les directions à réduire le "périmètre d'activité médicale" et donc à exclure des patients. Aujourd'hui, les personnes âgées, et demain? Dans les Côtes-d'Armor, la concentration des cliniques privées de Saint-Brieux va amplifier la déstructuration de l'offre de soins pour le plus grand bien des actionnaires ou des futurs grands groupes financiers. Alors, quelles solutions? 

Jean de Kervoasdoué, ancien directeur des hôpitaux, considère dans Ouest-France que le mouvement de concentrations des cliniques privées est "inéluctable, qu'il coïncide avec des exigences médicales croissantes et qu'il met fin à certains monopoles des chirurgiens!". Et bien non, la santé ne doit pas être soumise aux intérêts de la finance. Comme le dit Pierre Laurent, "il faut reprendre d'urgence les commandes, or les dirigeants politiques actuels du pays n'ont ni le courage ni la volonté politique de s'opposer à cette dictature de fait des marchés financiers".

La perte d'autonomie des personnes âgées est un enjeu de société qui s'inscrit dans un nouveau projet de civilisation. Ainsi, lors de la Fête de l'Humanité Bretagne, un atelier citoyen régional, "De la naissance à la fin de vie: l'Humain d'abord!", a été initié par le PCF pour organiser des débats et enrichir son programme: création d'emploi de médecins et de paramédicaux dans les services de soin à domicile et dans les Ehpad sur la base d'un salarié par personne âgée, plan de formations d'infirmières et d'aides soignants, création de la filière gériatrique, plan de formation dans le secteur public, privé et associatif, accès des personnes âgées aux services médicaux spécialisés... 

Il nous faut résister et redonner espoir pour construire ensemble des alternatives dans lesquelles les valeurs humaines reprendront leurs prérogatives: "C'est la chaude loi des hommes de changer l'eau en lumière, le rêve en réalité", dit Paul Eluard. 

 

Christiane Caro

 

PS: Ce texte date de quelques mois, mais il est toujours d'actualité, malheureusement!        

 

 

Partager cet article
Repost0
10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 16:54
L'association du Front de Gauche du pays de Morlaix créée fin 2012 pour rassembler autour d'objectifs de transformation sociale et écologique, de lutte contre le libéralisme économique et d'un projet de civilisation solidaire plaçant l'Humain avant les profits financiers, tient une:
 
Assemblée Générale ouverte à tous les sympathisants le lundi 14 janvier à 18h, 2, Petite rue de Callac (derrière le Corto Maltese).  
 
Il sera possible à cette occasion d'adhérer à l'association qui a pour vocation de favoriser l'implication politique de tous ceux qui souhaitent agir avec le Front de Gauche dans les environs de Morlaix: cotisation "plancher" de 20 euros/an, tarif réduit à 12 euros /an. Barème indicatif pour ceux qui veulent cotiser pour un moutant supérieur: 30€/ an pour des revenus inférieurs à 1500€/mois, 40€ entre 1500 et 1800€, 50€ entre 1800 et 2100€ ... etc.  
Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer le 14 janvier, possibilité d'envoyer votre chèque à notre trésorier: Christian Corre/ Le Fumé/ 29600 PLOURIN LES MORLAIX ou au Front de Gauche Morlaix/ 2, petite rue de Callac/ 29600 Morlaix
 
A l'ordre du jour: 
- Tour de table sur la situation politique nationale, la situation du Front de Gauche.
- Réflexion préparatoire aux municipales sur les enjeux du logement et du transport au niveau des communes et de l'intercommunalité. Introduction par Hervé Penven (en pièce jointe: sa contribution individuelle sur le transport et le logement, pour ouvrir le débat).  
- Point sur notre activité: campagne locale du Front de Gauche pour la proportionnelle et campagne nationale pour sortir de l'austérité, préparation des Assises Départementales du Front de Gauche au printemps (à Morlaix?), information sur la venue de Pierre Laurent dans le Finistère le 17 janvier (à Rosporden et Brest).
 
Nous essayerons de ne pas dépasser 20h15-20h30 pour la fin de la réunion.
A l'issue de la réunion, un pot de début d'année est prévu, avec une galette des rois.  
femme front de gauche morlaix
Partager cet article
Repost0
9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 07:58

Vincent Peillon a eu raison de dénoncer l'importation dans l'école privée, au sacrifice de l'exigence de neutralité de l'école pour favoriser la liberté de conscience et de prévention de toute forme de discrimination, y compris l'homophobie, du débat sur le mariage pour tous, à travers des initiatives spontanées, des lettres de principaux aux familles associées au bulletin de note, et surtout la lettre d'Eric Labarre à ses 8500 directeurs d'établissements le 2 décembre dernier soulignant que "la reconnaissance de la différence des sexes et l'accès à ses origines étaient des droits essentiels pour permettre à chaque jeune de construire son identité et sa personnalité".

Les débats avec les élèves sur des sujets qui traversent la société ont leur légitimité dans le cadre de cours adaptés (ECJS, SES, philosophie), lorsqu'ils sont encadrés par des enseignants formés pour de telles discussions, veillant à la bonne tenue des échanges entre élèves.

Les lycéens sont en pleine construction de leur identité, certains grandissent dans des familles homoparentales, d'autres s'interrogent sur leur désir: un discours condamnant implicitemment comme contre-nature ou immorale l'homosexualité peut dès lors être reçu avec violence et souffrance par les jeunes concernés. Rappelons avec le ministre Vincent Peillon que "la prévalence des suicides chez les jeunes homosexuels est de cinq fois supérieure que chez les jeunes hétérosexuels".  

Les débats qu'entend organiser l'enseignement catholique dans les écoles sont d'ailleurs on ne peut plus fermés, posant comme préalable que le "mariage est l'union d'un homme et d'une femme".

 

Il ne s'agit pas de contester le droit à l'Eglise catholique, aux représentants des différentes confessions représentées en France, aux croyants, d'intervenir dans ce débat en se réclamant de certaines valeurs morales, religieuses ou politiques, mais cette campagne d'idées ou de propagande ne doit pas se faire à l'école auprès de jeunes qui doivent avant tout construire leur réflexion personnelle en développant un esprit de libre examen et en acquiérant des connaissances positives, auprès de jeunes qui sont de toute manière sensibles aux valeurs de solidarité, de tolérance, d'égalité, et qui pourraient de ce fait être choqués par une campagne de stigmatisation des homosexualité.

 

Cette affaire nous rappelle, comme l'écrit le SNES Bretagne dans un communiqué, qu'"alors que le rectorat et les collectivités territoriales se complaisent dans une gestion en complémentarité des deux réseaux, la mission d'enseignement déléguée au réseau privé confessionnel garde de solides différences avec celle du réseau public gratuit et laïque.

 Pourtant ces dernières années, plusieurs familles n'ont pas eu d'autre choix que d’inscrire leur enfant dans le réseau privé faute de places dans un établissement public de secteur. La montée en puissance des effectifs scolaires en Bretagne jusque 2030 au moins, nécessite sans plus attendre la construction de nouveaux collèges et lycées publics pour répondre à la volonté des familles d'accéder au service public gratuit et non confessionnel, véritable choix revendiqué par des familles toujours plus nombreuses. Afin de garantir à toutes les familles l'accès à un établissement public de proximité, les autorités académiques et les collectivités territoriales doivent au plus vite se concerter et programmer la construction de nouveaux établissements publics".

 

 

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 19:39

Un article du Télégramme daté du 26 décembre nous confirme que, dans le Finistère, "le chantier de la dépendance devrait refaire surface l'an prochain". Alors qu'au départ l'Etat devait prendre en charge 50% de l'APA (Allocation Personnalisée Autonomie), le conseil général la finance aujourd'hui à la hauteur de 67%, ce qui correspond à 10% de son budget, de plus en plus contraint.  

Cela se traduit par une diminution des heures d'aide à domicile financées, ce qui est inacceptable: d'environ 25h, l'APA versée par le Conseil Général est passée à 18h sans avis des médecins, ce qui fragilise la prise en charge des vieux fragilisés par le grand âge et le handicap et qui pose le problème de la sauvegarde des emplois d'aide à domicile.   

La réforme de la dépendance annoncée par le gouvernement au travers d'un projet de loi dont l'échéance est fixé en 2014 prévoit la récupération de l'aide sur la succession ( à terme, pourquoi ne pas utiliser ce procédé qui évite de renforcer la protection sociale solidaire pour toutes les allocations, y compris pour l'assurance-maladie?) et envisage de normaliser le recours aux assurances privées. Il y a là un marché extrêmement lucratif à renforcer...

Des associations s'alarment avec raison! Pour l'association "bien vieillir ensemble 29" et la "Fnapaef" (Fédération des personnes âgées et de leurs familles), "l'assurance dépendance et la reprise sur succession sont non seulement un tabou, mais un choix inacceptable: nous devons refuser une société du chacun pour soi"!

Lanmeur vient de se voir doté d'un nouveau centre hospitalier pouvant accueillir les personnes âgées. C'est bien, mais pendant ce temps, d'autres projets de maisons de retraite nécessaires, comme celui de Plouigneau, sont au point mort et les places en hébergement collectif pour les personnes en perte d'autonomie sont très largement insuffisantes.

Lors de l'inauguration de la maison de retraite de Lanmeur, le préfet, Pascal Mailhos, a eu d'autre part des mots guère rassurants sur la volonté de trouver une solution solidaire, basée sur l'affection des richesses aux besoins sociaux, au vieillissement de la population: "dans l'avenir, l'état des finances publiques va nous conduire à faire des choix douloureux et il faudra assumer ensemble ces choix". "Allons nous être capables, dans l'avenir, de proposer des locaux tels que ceux-ci à nos aînés? Car le premier défi reste de trouver une réponse satisfaisante à la hausse du nombre de personnes âgées dépendantes dans notre région". 

Va t-on, faute de vouloir conquérir par un vrai partage des richesses un authentique droit à l'autonomie et une civilisation de la personne âgée grâce à la mise en place d'un grand service public sanitaire et social garantissant la formation des personnels, un niveau de protection et de rémunération satisfaisants, l'égalité territoriale pour bien vieillir dans la dignité, s'inspirer là encore du "miracle" allemand, avec des vieux ayant été employés à bas salaires contraints de s'exporter en Hongrie, en République Tchèque, en Slovénie et ailleurs car les prix des établissements d'accueil et des soins sont trop élevés dans leur pays?

Le défi démographique et le devoir de la société de permettre de bien vieillir partout et pour tous, dans la dignité, en citoyen à part entière, impose de renoncer au dogme libéral de la réduction des dépenses publiques pour servir les riches, les profits des actionnaires, la privatisation des assurances sociales.

Laissons la parole à notre camarade Jean Dréan, qui interpelle infatigablement les responsables politiques de la région sur la nécessité de prendre à bras le corps le défi du bien vieillir.

 

Madame la Ministre M.Lebranchu, Monsieur le Sénateur J.L Fichet, Monsieur le député G.Bui, Madame la vice-présidente du Conseil Général, J.Huon, "passez aux actes dans l'urgence".

"A l'occasion du 2ème tour des législatives, votre profession de foi nous laissait entrevoir, rêver du paradis du vieux sur terre:

-adaptation de 80000 logements par an pour le maintien à domicile.

- doublement de l'APA

- loi cadre sur l'adaptation de la société au vieillissement.

Aujourd'hui, vous disposez du pouvoir absolu pour passer aux actes.

Ayez le courage politique pour faire plier celui du capital.

Vous devez rapidement mettre en place les fondations de la civilisation de la personne âgée, ou, selon les conclusions du dernier congrès de la gériatrie:

"Tout ou presque reste à inventer".

Retournez aux fondamentaux du Conseil National de la Résistance:

"Chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins"."  

 

 

    

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 17:37

Ce samedi 5 janvier, Ouest-France consacre une page entière dans la section Finistère à retranscrire un entretien avec Pierre Maille.

Généreux ... mais, après tout, ce n'est pas inintéressant d'écouter ce qu'un élu de cette importance a à dire de la situation politique nationale et des enjeux pour les habitants du département !

Que nous dit notre président de Conseil Général? 

Pour commencer, il avance l'habituel argument des contraintes et de l'impuissance pour dédouaner le gouvernement par rapport à des promesses non tenues de changement et des attentes populaires largement insatisfaites: "La gauche arrive souvent au pouvoir dans des situations difficiles. Ici, on parait s'étonner de la difficulté. Ce ne sont pas les élections de François Hollande et d'une majorité à l'Assemblée qui changent une situation économique et financière compliquée".   

Compréhensif par rapport à une politique centriste priorisant la réduction des dépenses publiques sur la satisfaction des besoins sociaux et n'affrontant pas les intérêts des riches et de la finance, Pierre Maille alerte néanmoins sur les conséquences dramatiques de cette politique d'austérité sur les collectivités locales et la capacité du Conseil Général à honorer ses compétences en matière sociale:

" On connaît la situation économique nationale et l'état des finances. Mais on sait aussi que nous sommes menacés de disparition  à cause des questions de solidarité à charge du département. Si on a des recettes qui stagnent ou qui régressent, aucune capacité à les faire évoluer par nous-mêmes, et que dans le même temps l'emploi, l'âge, le handicap continuent de peser sur nos finances, on est morts".

Les mots sont forts mais pour finir, plutôt que de plaider contre cette politique de rigueur budgétaire qui accroît les inégalités en fragilisant services publics, dispositifs de solidarité et protection sociale, Pierre Maille préfère porter tous ses espoirs de salut dans le nouvel acte de décentralisation prévu par le gouvernement qui pourrait donner selon lui plus de marges au département pour accroître ses recettes fiscales (une part de la CSG, impôt qui demeure inégalitaire, pourrait revenir aux départements en finançant la protection sociale... probablement en lieu et place des cotisations sociales des entreprises) et dans une réforme de la dépendance nécessaire mais dont on craint la philosophie à l'heure de l'hyper-austérité.  

Sur Notre-Dame des Landes, Pierre Maille est pour l'aéroport à condition qu'il s'accompagne de la ligne TGV à très grande vitesse Paris-Brest et parce que le risque de marginalisation de l'ouest breton donne de nouveaux arguments pour installer cette ligne très coûteuse, nécessaire pour rendre le Finistère "attractif" et "concurentiel". C'est une manière d'avouer en creux que Notre-Dame des Landes soulève un problème de déséquilibrage de l'activité, des subventions et de la population à l'intérieur de la Bretagne dont le Finistère pourrait pâtir. Pierre Maille ne craint pas non plus de dire sans détour que NDDL "remet en cause les aéroports de Lorient et de Quimper".

Par rapport à la réforme territoriale, Pierre Maille, qui gère une majorité monocolore PS au Conseil Général, n'est pas choqué que les élections cantonales de 2015 se fassent encore sur un scrutin binominal majoritaire à deux tours, et non suivant un scrutin de liste à la proportionnelle, comme nous le réclamons. Nénmoins, il remarque le problème que pose l'hégémonie artificielle du PS à gauche, favorisée par les institutions, et ne correspondant aucunement à son crédit réel dans l'opinion: "Je pense que nous ne sommes pas assez forts pour être majoritaires tout le temps et partout". Aussi, il suggère que les deux personnalités élues sur une liste commune dans des cantons élargis pourraient permettre de laisser quelques miettes au Front de Gauche et aux Verts à condition qu'il y ait des accords départementaux: " le fait d'avoir deux candidats dans chaque canton pourrait inciter à mettre un vert et un rose ici, un rose et un rouge là". En bref, si vous voulez être élus, vous devrez l'être sur le porte-bagage du PS et en soutien à sa politique...

     

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 11:37
Le collectif citoyen Front de Gauche du pays de Morlaix connaît une belle vitalité depuis le lancement de la campagne des législatives et des présidentielles en novembre 2011.
 
C'est pourquoi nous avons décidé lors des Assises du Front de Gauche Morlaix à Ploujean le samedi 13 octobre de créer une Association du Front de Gauche du Pays de Morlaix pour permettre:
- aux citoyens non organisés dans des partis politiques de pouvoir peser sur les décisions et les orientations, d'enrichir les débats internes, et de voir leur adhésion au Front de Gauche reconnue officiellement.
- de continuer à construire ensemble une culture politique nouvelle, riche de nos parcours divers et de nos différences, comme de nos objectifs communs de rénovation démocratique, de transformation sociale et écologique et de rupture avec le libéralisme économique et les logiques du capitalisme.
- de continuer à élargir le Front de Gauche, à favoriser son ancrage populaire, à rassembler autour de ses valeurs et de sa politique qui ont inspiré le programme "L'Humain d'abord".
- de favoriser le rassemblement et l'implication politique de toutes les personnes qui souhaitent agir dans/avec le Front de Gauche.
  
Le 19 décembre 2012, l'association a été créée par l'adoption de ces statuts valorisant la démocratie directe, l'implication et l'égalité de droits pour tous, les prises de décision sur la base de consensus.
 
Pour permettre la création officielle de l'association, nous avons élu pour un an deux co-présidents (Michèle Abramovicz et Ismaël Dupont), un trésorier (Christian Corre) et une trésorière-adjointe (Constance Adigard).  
 
Il est désormais possible de devenir membre du Front de Gauche du pays de Morlaix en versant une cotisation:
  • Une cotisation « tarif réduit » de 12 euros/ an (en cas de difficultés financières: étudiant, chômeur, précaire...)
  • Une cotisation "plancher" de 20 euros/ an
  • Un barème indicatif pour ceux qui veulent et peuvent donner plus: 30€/ an pour des revenus inférieurs à 1500€/mois, 40€ entre 1500 et 1800€, 50€ entre 1800 et 2100€, 60€ entre 2100 et 2400€...etc, et ainsi de suite: +10€ par tranche de 300€ net.
Si vous décidez de devenir adhérents de l'association du Front de Gauche du pays de Morlaix, vous pouvez envoyer votre chèque à l'ordre de l'"Association Front de Gauche du Pays de Morlaix" à deux adresses différentes:
 
Front de Gauche Morlaix (local du PCF)/ 2, petite rue de Callac/ 29600 Morlaix
ou chez notre trésorier: Christian Corre/ le Fumé/ 29600 Plourin les Morlaix
 
Vous pouvez aussi venir à la prochaine AG du Front de Gauche qui devrait avoir lieu le lundi 14 janvier à 18h (2, petite rue de Callac à Morlaix). Confirmation à venir.
    
Ordre du jour: tour de parole sur la situation politique nationale et le positionnement du Front de Gauche, réflexion sur les questions du logement et du transport dans le cadre de la préparation des municipales, point sur l'activité.
 
Bien sûr, il n'y a pas besoin d'être cotisant à l'association pour participer aux débats et aux activités du Front de Gauche (c'est un pré-requis uniquement en cas de vote en assemblée). Et à l'inverse, même si vous ne comptez pas vous investir très activement et régulièrement dans la vie du Front de Gauche Morlaix, la cotisation est une manière d'affirmer concrètement votre attachement à cette proposition politique de nouveau type qu'est le Front de Gauche, de le soutenir matériellement et moralement.
 
Très bonne année 2013 à tous.
 
Faisons en sorte qu'elle soit utile pour faire progresser les idées de transformation sociale et écologique, de rupture avec la tyrannie capitaliste et les oligarchies politiques et sociales.
 
femme front de gauche morlaix
Partager cet article
Repost0
4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 08:50

Parti Communiste Français

Membre du Front de Gauche

Section de Morlaix 

2 Petite Rue Callac 29600 MORLAIX – tel : 02 98 88 30 35 

Mel : pcfmorlaix@wanadoo.fr   

Blog : http://le-chiffon-rouge-pcf-morlaix.over-blog.com/                            

 

Vendredi 18 Janvier -  Samedi 19 Janvier

36ème congrès  - Conférence de Section

 

Local de la section (2 Petite Rue Callac – Morlaix)

 

 

Cher(e) camarade,

 

Le 36ème congrès du PCF se tiendra du 7 au 10 février 2013 à Aubervilliers.

Le congrès départemental PCF 29 se tiendra les samedi 26 et dimanche 27 janvier 2013.

 

Ces échéances seront préparées par notre conférence de section qui se tiendra les vendredi 18 et samedi 19 janvier 2013 dans les locaux de la section.  

 

Vendredi 18 janvier: 

- 18h- 20h: travail sur la base commune (présentation, discussion, amendements)

-  20h- 20h30: casse-croûte

-  20h30- 21h45: travail sur la base commune (présentation, discussion, amendements, votes)

- 21h45- 22h30: statuts (présentation, discussion, votes)  

 

Samedi 19 janvier:

 

- 9h-10h30: section PCF (activité, trésorerie, élection du comité de section)

- 10h30-11h30: fédération PCF Finistère (activité, élection des délégués au conseil départemental, candidatures de la section pour le conseil départemental)

- 11h30: Pot de l'amitié

 

Merci de ta présence à cette conférence de section.

 

Bien cordialement et bonne année 2013.

 

Daniel RAVASIO

Secrétaire de la section

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 07:43

"Quelque chose dans le mouvement, on dirait, vous rend la vie plus légère"

                                                                                        Louis Guilloux, La confrontation

 

Puissions-nous enfin rêver un peu moins de fin du monde que de lendemains qui chantent.  

 

Les voeux de la nouvelle année sont traditionnellement une occasion de renouveler et de réaffirmer l'amitié ou la sympathie, d'afficher ses bonnes intentions, ses souhaits altruistes, de souhaiter le bonheur des gens que l'on aime, du genre humain, la fin des souffrances pour les peuples martyrisés par la guerre, les pauvres, les malades, les tourmentés. 

Ce rituel des voeux de nouvelle année, surtout quand ils sont publics, s'apparente souvent à une prière votive englobant toute la société humaine, et plus particulièrement nos amis et nos proches.

 

Il s'agit de rêver, ou de feindre de le faire pour témoigner d'une empathie plus ou moins vecue ou déclamatoire, la résolution impossible des contradictions, l'harmonie retrouvée, le contentement universel: cette rêverie millénariste touche quelque chose de profond en nous, une conscience morale qui est assez forte pour souhaiter le bien d'autrui, compatir et s'affliger de ses souffrances, particulièrement quand elles sont d'origine humaines et évitables, mais pas toujours suffisamment vigoureuse et intraitable pour réaliser que nous devons d'abord et avant tout nous intéresser à ce sur quoi nous avons une prise, ce que nous pouvons transformer positivement par nos efforts. Non plus espérer et souhaiter, mais vouloir, authentiquement et de manière consistante.  

 

Comme je reste un peu croyant et attaché à la pensée magique par le sentiment, je fais comme tout le monde et j'appelle de mes voeux le miracle pour qu'il procure sans exclusion ni privilège à tous ceux dont la destinée ne m'est pas indifférente, et plus encore à ceux que j'aime et que j'apprécie, les copains, les camarades du Parti Communiste et du Front de Gauche, aux lecteurs bienveillants du Chiffon Rouge, à mes concitoyens, mes frères humains, beaucoup de joie et d'enrichissement personnel, le moins possible de chagrins et de peines, même si parfois ils nous font grandir et nous révèlent à nous-mêmes.

 

Mais surtout, je voudrais que l'année 2013 soit productive et créatrice parce que nous en aurons pris soin, parce que nous aurons été attentifs à reconnaître et saisir ses opportunités.  

En bon stoïciens, cessons d'espérer un salut qui nous viendrait de l'extérieur, de maudire les circonstances et l'époque, de regretter les occasions perdues du passé ou de craindre l'avenir, de nous décourager devant les difficultés du temps, la bêtise ou l'absence de conscience de bon nombre de nos contemporains. Commençons par régler notre conduite avant de prétendre régir le monde. Mais, plutôt que de cultiver notre jardin pour y goûter une sérénité inentamée, et même si comme dit Montaigne c'est un fait que "la meilleure chose du monde c'est de savoir être à soi", agissons, agissons, agissons! 

 

Car nous ne ouvons dormir tranquille et goûter notre petit plaisir personnel en voyant l'Europe se dé-civiliser et sombrer peu à peu dans la barbarie du capitalisme sans contre-pouvoirs et le retour de l'oligarchie, dans les eaux fangeuses du racisme et du populisme autoritaire. Car nous ne pouvons accepter l'horizon de régression sociale permanente qu'on nous propose en cherchant à nous faire croire qu'il n'y a pas d'autre issue car c'est la crise qui nous étrangle et le déclin qui nous guette. Quelle crise? Sinon celle dans laquelle nous plonge structurellement le système capitaliste financiarisé pour accroître la rentabilité du capital. Les richesses créées ont-elles jamais aussi grandes et si mal réparties?    

 

L'accélération de la création des inégalités et de la suppression des garanties sociales collectives par ce capitalisme prédateur du 21e siècle fidèlement servi par les thuriféraires du réalisme, de la bonne gouvernance, d'adaptation à la mondialisation et du libéralisme est dans une certaine mesure une chance à saisir. Le système manifeste à plein sa nocivité intrinsèque, son incapacité à assurer le progrès humain, transformant tout en marchandise et en occasion de profit. Il n'est donc plus temps de se fatiguer en combats défensifs contre les conséquences: il est maintenant possible de proposer des alternatives globales et de le mettre en cause dans son principe.  

 

Pour cela, ayons de l'audace, de la générosité, de la combativité.

 

Soyons conscients de notre responsabilité vis à vis du monde que nous contribuons à créer pour nos contemporains et dont nous ferons hériter nos enfants.

Arrêtons d'être défaitistes par prétention à l'extra-lucidité ou habitude des désillusions. 

 

L'heure est extrêmement grave: saccage de la planète, des cultures, des solidarités, par le désordre capitaliste mondial; développement incroyable des inégalités et casse des acquis sociaux de la seconde moitié du vingtième siècle; dérives oligarchiques des démocraties libérales; progression des idéologies racistes et de l'extrême-droite; transformation de l'Union Européenne et de la social-démocratie européenne en serviteurs zélés des intérêts du capitalisme financier.  

 

Il est parfois décourageant de tenter de propager la bonne parole et de chercher à mobiliser les énergies pour remonter la pente quand on a le sentiment de se heurter à la surdité désabusée et à la croyance en son impuissance du plus grand nombre, bien conditionné par la peur du lendemain et les outils de domination et d'endoctrinement idéologiques du capital (médias et discours publics, principes de management, division du travail ...).   

 

Mais nos aînés se sont souvent battus avec succès dans des conditions d'apparence tout aussi désespérées et plus dangereuses pour eux.

 

Ils ont cru au pouvoir du volontarisme humain, ont fait le pari osé de la rationalité de l'histoire par delà la folie humaine et/ou de la sagesse des hommes par delà le tragique de l'histoire. Celle-ci ne pouvait faire triompher toujours l'obscurantisme, les privilèges exhorbitants des uns et la misère de la multitude ou le fascisme brutal, en humiliant les aspirations et dispositions pleinement humaines.

 

Même sans optimisme inconsidéré, un être conscient avec un minimum d'exigence et de cohérence morale doit donner sens à sa vie en ne ménageant pas sa peine pour rendre la société meilleure, en commençant par agir tel qu'il voudrait que les autres agissent.          

Faisons en sorte que nos actes portent toujours l'image d'un monde en devenir, celui dans lequel on respirerait le mieux.

 

Ne soyons pas trop tendres et consensuels: sachons que notre idéal de société égalitaire, pleinement démocratique, basée sur la coopération, la mise en commun des moyens du développement personnel et social, et l'attention à la préservation de notre éco-système, a des ennemis irreductibles qui sont désignés par leurs intérêts, leurs préjugés ou leurs passions.   

 

N'économisons pas nos efforts de réflexion, personnels et collectifs, pour imaginer ce que pourrait être une société de demain habitable, à l'échelle locale, nationale et planétaire, en étant attentifs à tous les germes de devenir souhaitable déjà contenus dans la réalité présente, et ils sont nombreux, car l'idéal est souvent bien plus proche et bien mieux expérimenté qu'on le croit: seulement, il faut aussi parfois être attentif aux prodigieux acquis de l'histoire trivialisés par l'habitude (la sécurité sociale par exemple, le salaire socialisé), aux "petites choses" et aux "micro-initiatives" pour le voir.

 

Soyons rassembleurs: évitons le sectarisme, parlons à tous, nourrissons-nous en gardant notre cap et notre esprit critique de cultures politiques auxquelles nous ne sommes pas habitués.

 

Soyons capables d'indiquer, non pas seulement un idéal, mais aussi un but atteignable qui vale la peine que l'on fasse quelques sacrifices pour lui, qui mobilise l'énergie par la beauté de sa représentation.   

 

Soyons ambitieux, révolutionnaires: n'épuisons pas nos capacités de réflexion, d'attention et d'initiative dans les batailles électorales ou dans des combats défensifs contre les forces du capital et de la réaction. Gardons à l'esprit que nous voulons transformer véritablement cette société, et nous pas simplement l'aménager, et essayons de préciser collectivement le terme, le chemin et les moyens de cette transformation nécessaire. C'est notamment la réflexion que nous devons avoir lors de la préparation du 36 ème congrès du PCF.

 

Ne dénonçons pas uniquement les conséquences du système capitaliste: mettons en évidence les causes, ne renonçons pas à transformer radicalement ce système qui met en crise toutes les sociétés et l'identité humaine elle-même et qui, on le voit chaque jour davantage, est de plus en plus incompatible avec des politiques progressistes et la conservation ou l'extension des acquis civilisationnels de la démocratie avancée portée par les forces de gauche depuis plus d'un siècle.        

 

Continuons à travailler à crédibiliser l'alternative au social-libéralisme ou à l'ultra-libéralisme en fédérant toujours plus de citoyens, de militants et mêmes d'organisations politiques attachés à la transformation sociale et écologique et à la lutte contre les logiques capitalistes. Le Front de Gauche compte déjà neuf organisations différentes, et des dizaines de milliers de militants et sympathisants très concernés et motivés n'appartenant pas à un parti politique. C'est le creuset du renouveau d'une gauche de combat et de progrès humain en France.

 

C'est un lieu d'innovation, d'expérimentation pour le travail politique collectif et la seule force politique vraiment capable de remettre en cause les logiques capitalistes et libérales en France, en reprenant le flambeau d'une gauche d'émancipation et de lutte des classes.  

 

Le Front de Gauche doit encore grandir et devenir plus populaire. Il le pourra notamment si des mouvements sociaux importants se mettent en branle pour dénoncer la dictature du libéralisme, des actionnaires et des puissances financières, pour contraindre le gouvernement à tenir compte enfin des intérêts des salariés et des classes populaires, ce à quoi nous devons travailler en étant sans complaisance face à un gouvernement qui perpétue et légitime dans les grandes lignes les "recettes" économiques inefficaces pour lutter contre le chômage, la précarité et les déficits de la droite.

 

Faisons en sorte que cette année 2013 soit une année de luttes d'ampleur qui enraillent la spirale de regression sociale, mettent la pression sur le président Hollande et le gouvernement, sur le patronat, pour tourner le dos au renforcement de l'exploitation (sous couvert de recherche de compétitivité), à la casse des services publics et de la protection sociale, à une austérité qui aggrave la déprime économique et le chômage.   

 

A Morlaix et, autant que possible, dans les communes de la circonscription , montrons l'utilité du Parti Communiste et du Front de Gauche pour impliquer la population dans l'élaboration des décisions locales, pour faire des politiques municipales des instruments d'expérimentation démocratique et sociale et de lutte contre les inégalités, des pôles de résistance à l'austérité et à la dérive technocratique et oligarchique portée par des réformes territoriales qui cassent la démocratie de proximité.  

 

Ne négligeons pas non plus les combats internationaux de grande ampleur: pour les progrès du droit et des normes contraignantes écologiques; pour le droit des réfugiés et des immigrés; contre la dictature des marchés portée par le FMI ou l'OMC; pour la paix, contre le nucléaire militaire et l'inflation des budgets de la défense; pour la souveraineté alimentaire et contre le libre-échange agressif; contre l'impérialisme américain ou "occidental" et pour un monde de coopération entre les peuples respectueux de leur droit à l'auto-détermination; enfin pour le soutien aux peuples en lutte contre la tyrannie (en Syrie notamment) ou le colonialisme armé (en Palestine).

 

Ce monde nous appartient et nos vies valent plus que leurs privilèges et leurs bonnes affaires.

 

"La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'homme peut affamer l'autre impunément"

(Jacques Roux, le Cordelier du parti des "Enragés")

 

Prenons-le pouvoir!  

 

Meilleurs voeux pour 2013.

 

Bloavezh Mat 2013.  

 

Ismaël Dupont.

 

 

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 10:04

Ancien chirurgien, Eric Hazan a repris la maison d'édition de son père (Fernand Hazan) et, avec un groupe d'amis, il a fondé sa maison d'édition la Fabrique en 1998, afin de publier des livres d'histoire, de philosophie et de politique, le plus souvent engagés à la gauche de la gauche.

C'est un révolutionnaire de coeur et d'esprit, un érudit et un styliste, passionné de littérature et d'histoire, un passeur formidable.  

Les trois livres que j'ai pu découvrir de lui ces trois dernières années m'ont tous passionné et instruit le plus agréablement possible, ce pourquoi je voudrais les recommander chaudement, même s'ils sont loin d'être ignorés du grand public. 

 

Il y a d'abord LQR La propagande du quotidien, un court essai publié aux éditions Raisons d'agir en 2006 qui décrypte, comme le linguiste juif Victor Kamperer l'avait fait dans la clandestinité avec la langue nazie, les néologismes ou déplacements du sens des mots de l'idéologie néo-libérale et pro-capitaliste ("gouvernance", "réformes", "charges sociales", etc.) qui depuis 20 ans au moins a envahi le champ des médias et des discours publics, euphémisant et voilant la réalité sociale, entretenant une fausse conscience des choses servant le renforcement d'un système basé sur la privatisation du monde, l'accroissement des profits financiers et des inégalités.  

 

cadeau l'invention de ParisDans L'Invention de Paris (Il n'y a pas de pas perdus), publié en 2002, Eric Hazan nous invite à un voyage dans le temps tantôt réjouissant tantôt mélancolique pour comprendre ce que les quartiers de Paris doivent à un long passé de lutte des classes, de révoltes et de révolutions, de sécurisations et de répressions policières et militaires, et pour rendre à la vie des scènes historiques et littéraires fascinantes dont des lieux familiers mais finalement peu connus de Paris ont constitué le décor.

 

On ne pourra plus par exemple se promener dans les environs du Palais-Royal sans laisser son imagination s'enflammer en évoquant les attroupements autour de Camille Desmoulins pendant la révolution, les réunions de royalistes, l'assassinat du conventionnel régicide Le Peletier de Saint-Fargeau, la préparation du 9 Thermidor et la chasse aux républicains ouverte lors de la Terreur Blanche. Mais "l'apogée du Palais-Royal, l'époque qui en fit un mythe sans équivalent dans toute l'Europe moderne, ce furent les vingt ans suivant l'entrée des Alliés dans Paris en 1815. L'arrivée des soldats et des officiers russes, autrichiens, prussiens, anglais, donna une impulsion nouvelle aux deux activités nourricières du lieu, la prostitution et le jeu..." (p.35 Points Seuil). Le Palais Royal attire les hommes de la bourse, les clients des libraires et des éditeurs qui s'installent sous ses arcades. Mais "sous les arcades, on ne lit pas, on joue, au creps, au passe-dix, au trente-et-un, au biribi... L'établissement le plus célèbre est sans conteste le 113: huit salles, six tables de roulette. Blücher, l'un des deux vainqueurs de Waterloo, ne quittait pas le tripot du 113. Il dépensa six millions lorsqu'il quitta Paris. Autour des tripots sont installés des prêteurs sur gages, et le soir les filles se mêlent aux joueurs... On peut aussi boire et manger dans les galeries du Palais-Royal. Le café de Foy est le seul à servir dans un pavillon du jardin. Au premier étage, son club d'échecs, qui a compté Talleyrand et David parmi ses clients, fait concurrence à celui du café de la Régence, où se déroule Le Neveu de Rameau. Le café des Mille Colonnes, dont la patronne est une beauté célèbre, est le préféré de Balzac. Près du passage du Perron, le café de la Rotonde avait été pendant la Révolution le quartier général des brissotins (on ne disait pas "girondins) à l'époque... Le café Lemblin est fréquenté par les nostalgiques de l'empire" (p.38) "La fin de la vogue du Palais Royal eut se dater avec précision: le 31 décembre 1836 à minuit, les jeux de hasard furent interdits à Paris. Dès lors le déclin est rapide. Les dandys, les badauds, les viveurs et les filles émigrèrent à quelques centaines de mètres de là, vers la nouvelle promenade enchantée, vers les Boulevards" (p.40).

 

Tout près du Palais-Royal, dans le quartier du Louvre, siège la Bourse de Brongniart. "Le paradoxe d'un bâtiment aussi grandiose voué une activité aussi méprisable n'aura pas échappé aux contemporains: "je me courrouce toutes les fois que j'entre à la bourse, ce bel édifice de marbre, bâti dans le style grec le plus noble et consacré à cet ignoble trafic des fonds publics... C'est ici, dans cette immense salle, que s'agite l'agiotage avec ses mille figures tristes et ses dissonances criardes, comme le bouillonnement d'une mer d'égoÏsme. Du milieu des flots d'hommes s'élancent des grands banquiers, pareils à des requins, créatures monstrueuses qui s'entre-dévorent" (Henri Heine, 1832)."

 

Des Halles au Marais, de la chaussée d'Autain au faubourg Saint Antoine, Eric Hazan nous invite à une promenade temporelle à multiples détours et digressions appelées par l'appel de l'anecdote en reconstituant de manière très charnelle et sensorielle, grâce notamment aux citations des écrivains et des voyageurs, les différents âges de Paris, tout en y ressituant les grandes heures de la vie intellectuelle et politique de la France.

 

On trouve dans le livres des éclairages fort intéressants sur le Marais aristocratique. Suivant le modèle italien d'urbanisme renaissant, Henri IV et Sully décident de construire la place Royale (des Vosges) et d'aménager ses pourtours pour aérer Paris et accueillir des boutiques d'artisanat de luxe, des manufactures de draps de soie brodés d'or et d'argent. "Sous les arcades s'alignaient des boutiques élégantes, mais on y trouvait aussi- comme plus tard au Palais Royal - des tripots, et les prostitués en avaient fait l'un de leurs lieux favoris. Le centre de la place, inauguré par Louis XIII en 1612, était plat, sablé, dégagé: il servait de terrain aux cavalcades, aux tournois, aux jeux de bagues et aussi parfois aux duels dont certains sont restés célèbres... Avec la place Royale et les alentours, c'est la première fois qu'on aménage à Paris un quartier destiné à ce qui n'est pas encore la flânerie, un "promenoir" offert à une société qui revit après le cauchemar des guerres de Religion... Ce n'est pas encore la tolérance religieuse: en 1614, dans le cahier de la Ville de Paris aux Etats Généraux, le voeu est exprimé que les juifs, les anabaptistes et autres ne professant point la foi catholique ou ne pratiquant pas la religion prétendue réformée, tolérée par les édits, soient punis de mort. Il n'empêche: entre le nouveau quartier et une certaine aristocratie cultivée, une haute bourgeoisie ouverte, un milieu intellectuel et artistique en pleine ébullition, c'est une histoire d'amour qui se joue". On y retrouve le père Mersenne, Désargues et Pascal, Huygens, Gassendi, les savants de l'époque. "Les femmes aussi tiennent salon. Certaines sont les demi-mondaines, comme on dira plus tard: Marion Delorme, qui reçoit Place Royale et Ninon de Lenclos, dont la demeure rue des Tournelles est le rendez-vous des libertins - des libre-penseurs- ce qui ne l'empêche pas d'avoir parmi ses habitués La Rochefoucauld et Madame de Lafayette, Boileau, Mignard et Lulli. La légende veut que Molière y ait lu pour la première fois le Tartuffe devant La Fontaine et Racine...".     

 

Eric Hazan reconstitue les différentes phases du recoupement entre séparations géographiques et clivages sociaux à Paris:

"On a vu l'aristocratie abandonner le Marais à la fin du XVIIe siècle pour les faubourgs Saint-Germain et Saint Honoré. Un siècle plus tard, tous ceux qui en ont les moyens quittent le centre ancien. Ce qui se dessine alors, c'est la ségrégation entre quartiers résidentiels et quartiers populaires, la formation d'un Paris-Ouest pour les riches. Jusque- là, dans les mêmes rues, les nobles hôtels voisinaient avec des bicoques. Les palais royaux eux-mêmes étaient entourées de misérables masures... Paris mélangeait ainsi riches et pauvres par contiguïté, mais aussi par superpsition. Le même corps de bâtiment (on ne dit guère "immeuble" avant le XVIIIe siècle et l'apparition des "immeubles" de rapport") pouvait abriter des boutiques au rez-de-chaussée - le boutiquier habitant l'entresol-, des logements pour l'aristocratie au deuxième niveau, étage noble avant l'invention de l'ascenseur, et pour les ouvriers dans les combles. Cette mixité n'avait pas tout à fait disparu au début des années 1960 où, sur la montagne Sainte Geneviève par exemple, rue Laplace, rue de Lanneau, rue Valette, les logements sous les toits étaient encore occupés par des ouvriers, avec, il est vrai, l'eau sur le palier. Le zonage à l'américaine, par tranches de salaire, ne s'est vraiment installé qu'à l'ère de Gaulle-Malraux-Pompidou en même temps que les quartiers anciens, massivement rénovés, étaient réinvestis par la bourgeoisie" (p.153-154).

 

Après cette évocation réjouie, nourrie par une culture prodigieuse, du déplacement dans le temps des centres de gravité du Paris aristocratique, bourgeois, politique, artistique et intellectuel, cette explication des différentes phases de la structuration urbaine et sociale de la capitale, Eric Hazan, dans une deuxième partie plus politique et tragique de son ouvrage, intitulée le "Paris Rouge" évoque le Paris ouvrier des insurrections et révolutions, le Paris au service de la liberté et de l'égalité qui a écrit l'histoire de France de la Grande Révolution jusqu'en 1968,  et a été si souvent brutalisé par les troupes au service de la réaction et des privilégiés.

 

Ce Paris Rouge, celui des Barricades, du socialisme révolutionnaire et du communisme, c'est celui du Marais populaire des artisans, de Belleville, du Père-Lachaise, de Charonne, de Pelleport, de ces enfants d'immigrés juifs, polonais, ou d'ouvriers français de souche qui s'engagèrent dans le Front Populaire et la Résistance. La partition politique de Paris était très nette pendant la seconde guerre mondiale, rappelle Eric Hazan en citant les souvenirs de l'officier et écrivain allemand Ernst Jünger:

" Ainsi à l'ouest de la ville, des officiers allemands cultivés, francophiles et plutôt antinazis, signaient des ordres conduisant au poteau d'exécution des enfants qui, à l'est, bricolaient des affiches et jetaient des tracts dans les cinémas de Ménilmontant. Les Champs-Elysées sont l'axe majeur du Paris de la Collaboration, et il y a là comme une tradition. Déjà en 1870 Louise Michel notait qu'on y brisa les chaises et les comptoirs des cafés, les seuls de Paris à avoir ouvert aux Prussiens. Déjà, après le Front Populaire, "la foule élégante acclamait Hitler dans les cinémas des Champs-Elysées à vingt francs la place... Le fond de l'ignominie a peut-être été atteint en 1938, sur ces CHamps-Elysées cagoulards où les belles dames acclamaient l'affreux triomphe de Daladier et glapissaient "Les communistes sac au dos, les Juifs à Jérusalem" . Plus tard, "toute l'élite cagoularde du pays, pressée de regagner ses Champs-Elysées et son boulevard Malesherbes, s'extasiait sur la courtoisie des Aryens blonds. Sur ce point il n'y avait qu'un cri d'Auteuil à Monceau:les gentlemen-pendeurs étaient corrects et même un peu hommes du monde à leurs heures" (Vladidimir Jankélévitch, "Dans l'honneur et la dignité", Les temps modernes, juin 1948)...

 

La partition politique de Paris ne date pas d'hier. Vers le 20 mai 1871, juste avant l'entrée des Versaillais, Lissagaray entraîne un ami imaginaire, "un timide de la timide province", dans une promanade à travers la ville. Dans les quartiers populaires, à la Bastille, "joyeuse, animée par la foire au pain d'épicees", au cirque Napoléon (cirque d'hiver), "où cinq mille personnes s'étagent depuis l'arène jusqu'au faîte", la fête révolutionnaire continue, malgré (à cause?) l'imminence de la catastrophe. Les quartiers chics sont silencieux, plongés dans le noir - il est vrai que, par une ironie du sort, ce sont eux qui reçoivent les obus tirés par les Versaillais depuis le mont Valérien et Courbevoie... Les sentiments de leurs habitants sont exprimés sans détours par ceux qui animaient hier encore les salons de l'Empire, aux Tuileries et à Compiègne. Edmond de Goncourt, dans les premiers jours: "Le quai et les deux grandes rues qui mènent à l'Hôtel de Ville sont fermés par des barricades avec des cordons de gardes nationaux en avant. On est pris de dégoût en voyant leurs faces stupides et abjectes, où le triomphe et l'ivresse mettent comme une crapulerie rayonnante". Et plus tard, au moment où Thiers bombarde Paris: "Toujours l'attente de l'assaut, de la délivrance qui ne vient pas. On ne peut se figurer la souffrance qu'on éprouve, au milieu du despotisme sur le pavé de cette racaille déguisée en soldats".

Pour Maxime Du Camp, qui a gagné la croix de la Légion d'honneur pour sa conduite lors de la criminelle "insurrection" de juin 48, la Commune est "un accès d'épilepsie morale; une sanglante bacchanale; une débauche de pétrole et d'eau-de-vie, une inondation de violences, d'ivrognerie qui faisait de la capitale de la France un marais des plus abjects". Pour Théophile Gauthier, "il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d'épais barreaux où l'on parque les bêtes fauves, les bêtes puantes, les bêtes vénimeuses, toutes les perversités réfractaires que la civilisation n'a pas pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l'incendie amuse comme un feu d'artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l'attentat à la pudeur représente l'amour... Un jour, il advient ceci, que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville avec des hurlements sauvages. Des cages s'élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune".... Un autre (l'écrivain précieux et symboliste Leconte de Lisle): "Leurs femmes, des mégères sans nom, ont parcouru pendant toute la semaine les rues de Paris, versant du pétrole dans les caves et allumant des incendies de tous les côtés. On les abat à coups de fusils comme des bêtes enragées qu'elles sont...".  (p.303-305).                       

 

Ce racisme social, cette animalisation de l'ennemi de classe, ce ressortissant des classes laborieuses ou classes dangereuses, habitant Belleville, Ménilmontant ou Montmartre, le faubourg du Temple ou Popincourt, qui fait si peur quand il sort de ses quartiers et de la soumission aux routines d'un travail harassant pour réclamer ses droits et ceux de la démocratie sociale, réveillant le spectre du sans-culotte et de la Grande Révolution, accompagne une volonté d'extermination pure et simple.

 

Quand les Versaillais entreront à Paris le 21 mai 1871, ils massacreront pendant la Semaine Sanglante et au-delà, entre 16 000 et 20 000 Communards et Parisiens du peuple. Les "abattoirs" du moment destinées à expurger la société bourgeoise de ses rebus, de ses contempteurs et de ses rebelles, sont le Parc Monceau, les Buttes Chaumont, la Madeleine, le champ de Mars, le Luxembourg, le Mur des Fédérés au Père Lachaise et surtout la Prison de la Roquette (3000 exécutions en 3 jours du 26 au 27 mai) et la caserne Lobeau près du Théâtre du Châtelet (plus de 4000 communards y seront fusillés). Ceux qui échappent au massacre seront conduits à Versailles en longs troupeaux, battus et humiliés tout au long du chemin. Les femmes de la Commune seront visitées dans leurs prisons par de grandes bourgeoises railleuses, revanchardes et méprisantes, qui les considéreront tout juste comme des bêtes fauves. On compte aussi des milliers de déportés embarqués dans des conditions atroces, particulièrement vers la Nouvelle-Calédonie comme Louise Michel.

 

Leurs crimes: leur républicanisme ardent impliquant la démocratie sociale, leur patriotisme internationaliste, le refus de rendre les armes contre les Prussiens, l'affirmation de la liberté communale, de la démocratie directe ou du moins de la pleine souveraineté du peuple, leur désir de séparer l'Eglise et l'Etat, l'affirmation des droits politiques et sociaux des femmes, la promotion de l'école gratuite et de la culture pour tous, du droit au logement et au travail, une règlementation protectrice de la journée de travail, des salaires.   

 

Les pages d'Eric Hazan sur la Commune restituent avec un lyrisme contenu par le caractère sérieux et distancié de l'ouvrage certaines de ses figures héroïques et tragiques comme celle de Delescluze, néo-jacobin déjà insurgé en 48, journaliste après avoir goûté du bagne à Cayenne et de la prison à Belle-Ile, délégué à la Guerre de la Commune qui meurt sur la barricade du Château d'eau.    

 

La barricade et ses "magiques pavés" est emblématique de la révolution, et singulièrement de la Commune, bien qu'elle ait surgie dans la dernière semaine de son existence. E.Hazan en fait une description à la manière de Barthes dans ses Mythologies: " Dès ses débuts, la barricade joue un rôle qui redouble son statut guerrier, celui d'un dispositif scénique. Scène comique, lorsque de part et d'autre les combattants s'apostrophent, s'insultent comme sous les murs de Troie, ou cherchent à convaincre ceux d'en face - de capituler avant d'être massacrés ou, en sens opposé, de rejoindre les rangs de leurs frères. Scène tragique, all'antica, où le héros descend des pavés et marche vers les soldats, dans un ultime effort de persuasion ou simplement pour ne pas subir la défaite, pour en finir avec la vie. C'est ce rôle théâtral de la barricade qui explique sa résurgence au XXe siècle, de Saint-Petersbourg à Barcelone, du Berlin spartakiste à la rue Gay-Lussac, alors même qu'au fil du temps son efficacité militaire tendait symptomatiquement vers zéro" (p.316).

 

Erigée pendant les guerres de religion et la Fronde, la barricade reparaît au XIXe siècle rue Saint Denis pour combattre la restauration monarchique ultra-réactionnaire de Charles X. "Au cours du demi-siècle qui s'écoule entre les barricades nocturnes et anonymes de novembre 1927 et les soixante-dix journées solaires de la Commune la liste des manifestations, émeutes, coups de main, soulèvements, insurrections de Paris est si longue qu'aucune capitale ne peut en revendiquer de semblable. Leur géographie, leur répartition entre les quartiers parisiens, est un reflet de la révolution industrielle, de la relation nouvelle entre patrons et ouvriers, de la migration centrifuge de la population laborieuse et dangereuse, de l'évolution des grands travaux, de l'"embellissement stratégique" de la ville. Ce sont les mêmes noms de rues et de quartiers qui reviennent sans cesse tout au long du siècle, mais on voit néanmoins le centre de gravité de Paris rouge se déplacer lentement vers le nord et l'est, avec des cassures et des accélérations qui impriment sur le plan de la ville la marque d'une vieille notion aujourd'hui bien mal vue, la lutte des classes" (p.319).

 

En 1832, juste après une épidémie de choléra dévastatrice pour le Paris populaire, les barricades républicaines s'élèvent à la mort du général Lamarque, celles que l'aède Hugo chantera dans les Misérables une fois accompli son tournant républicain et populaire, après la répression de féroce de juin 1848, qu'il contribuera à diriger. Elles sont tenues par des étudiants et des jeunes bourgeois idéalistes et par des ouvriers. Au pont d'Austerlitz, un nouveau drapeau fait son apparition, un étendard rouge bordé de noir sur lequel était écrit en caractères noirs, "La liberté ou la mort". L'insurrection touche les rues Saint Martin et Saint Denis, le quartier du Marais, le quartier de l'horloge auprès du cloître Saint Merri, c'est à dire que le Paris populaire est encore le Paris médiéval.

 

En février 1848, une nouvelle insurrection du peuple de Paris, stimulée par une campagne de banquets républicains, a raison de la monarchie affairiste de Louis-Philippe. Le 22 juin 1848, après la tentative de reprise en main de la République par la bourgeoisie libérale et la fermeture des ateliers nationaux, l'insurrection du prolétariat se lève dans le Paris ouvrier du faubourg du Temple et du faubourg Saint Antoine. La moitié de Paris appartient aux ouvriers socialistes réclamant le droit au Travail et le droit du Travail dans la matinée du 23 juin 1848. Le général Cavaignac, instrument d'un parti de l'ordre de l'Assemblée et des élites mêlant, face à des révolutionnaires résolus comme Blanqui, des personnalités d'horizons aussi divers que Tocqueville, Victor Hugo, Lamartine, Louis Blanc, Arago, Quinet, va engager alors un grand massacre du peuple de Paris.

 

""Plutôt une fin effroyable qu'un effroi sans fin! ", tel est le cri que lance le bourgeois, "dans un accès de fureur, à sa République parlementaire" (Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852). Pendant les cinq semaines qui s'écoulent entre la journée du 15 mai (intimidation de l'Assemblée par des manifestants des clubs de républicains radicaux, proches de Blanqui, Barbès, Raspail- réclamant la défense de la liberté en Pologne et une République plus égalitaire) et l'insurrection de Juin, la bourgeoisie se prépare à la fin effroyable. Contre Paris Rouge, c'est l'union sacrée: orléanistes, légitimistes, républicains de toutes tendances y compris la quasi-totalité des socialistes n'ont qu'une idée: il faut en finir. Très rares sont les voix discordantes comme celle de Pierre Leroux à l'Assemblée le 10 juin: "Vous n'avez pas d'autre solution que la violence, la menace, le sang, la vieille, fausse, absurde économie politique. Il y a des solutions nouvelles, le socialisme les apporte, permettez au socialisme de faire vivre l'humanité!"  Daniel Stern note que "rien ne devait paraître plus singulier à une assemblée qui commençait à trouver qu'elle était un peu trop en république, que de s'entendre dire qu'elle n'y était pas assez" (p.352). Daniel Stern, pseudonyme d'auteur d'une femme, la comtesse d'Agout, a écrit l'Histoire de la Révolution de 1848.  

 

Du 23 au 26 juin, la garde nationale ne fait pas de quartiers, tuant sans dictinction femmes, adolescents sur les barricades, ne faisant pas de prisonniers. Tous les insurgés doivent être fusillés. Ménard témoigne: "La plupart des ouvriers pris à la barricade des Noyers et aux autres barricades de la rue Saint Jacques, furent conduits au poste de la rue des Mathurins, hôtel de Cluny, et fusillés... Lorsque la proclamation (de Cavaignac, promettant la vie sauve aux insurgés faisant soumission) fut connue des ouvriers, un grand nombre d'entre eux se rendirent prisonniers. alors, lus uns furent fusillés sur place, les autres conduits à l'hôtel de Ville et sur quelques autres points qui servaient spécialement d'abattoirs. Sur le pont d'Arcole, les prisonniers tombaient sous les feux croisés des gardes mobiles placés sur les deux quais. Sur le pont Louis-Philippe, plus de quarante furent jetés à l'eau. On en amenait d'autres sur le quai de l'hôtel de Ville, on les précipitait dans l'eau, où les balles les atteignaient. Le plus souvent, ils tombaient sur la berge, et d'autres mobiles les achevaient à coups de fusil". 

 

Eric Hazan révèle que plus de 10 ans après, Les Fleurs du Mal de Baudelaire rappeleront ce massacre du prolétariat révolutionnaire parisien par la bourgeoisie "aussi explicitemment que le permet la censure. Dans Le Cygne, l'évocation finale de la place du Carroussel se clôt sur une pensée: "Aux captifs, aux vaincus!... à bien d'autres encor!" et les derniers vers de La Cloche fêlée...: "Moi mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis/ Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, / Il arrive souvent que sa voix affaiblie/ Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie/ Au bord d'un lac de sang, dans un grand tas de morts/ Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts".

 

Après les tueries sur le vif "commence la grande traque, perquisitions, fouilles, dénonciations, arrestations". Les prisonniers ratissés sont enfermés dans les forts, dans les casernes, au Luxembourg, véritable quartier général des tueries, dans les sous-sols de l'Hôtel de Ville et des Tuileries, où on les laisse mourir de faim. S'ils font du fruit, s'ils réclament, on tire dans le tas à travers les barreaux".

 

A en croire l'historien George Duveau (1848), "sur les barricades ne périrent semble t-il que 400 ou 500 insurgés; mais plus de 3000 furent massacrés après le combat par les soldats de la Garde Mobile et de l'armée régulière. 11600 personnes furent arrêtées". Certaines furent condamnées à mort, d'autres condamnés aux travaux forcés et déportés, en Algérie notamment.

 

Pour Marx qui imagine le point de vue plus ou moins assumé des républicains progressistes bourgeois, "La Révolution de Juin est une révolution haïssable, la révolution répugnante, parce que la chose a pris la place de la phrase, parce que la République a mis à nu la tête du monstre en abattant la couronne qui le dissimulait... Malheur à juin! "

C'est avec stupéfaction que la bourgeoisie a vu surgir de nulle part ces brutes menaçantes, ces nouveaux barbares, ces bêtes féroces, ces êtres envers lesquels Balzac, Lamartine, Musset, Tocqueville, Mérimée, Dumas, Berlioz, Delacroix expriment leur dégoût et leur terreur.... L'insurgé de Juin, qu'il soit nouveau prolétaire industriel, maçon sans travail, artisan déraciné, c'est l'Homo sacer d'Agamben, celui qu'on a le droit de tuer sans qu'il n'y ait ni crime ni sacrifice. Pour le fusiller, pour le déporter, inutile de mettre en scène l'acte judiciaire, où alors c'est par pure dérision... Les héros de juin sont des anonymes, des cordonniers, des mécaniciens, des obscurs, des sans-part. On voit bien la raison du refoulement, de l'occultation du momument noir des journées de juin: c'est qu'elles constituent la vraie, la profonde fracture dans l'histoire du XIXe siècle en France, qu'elles brouillent le consensus républicain en faisant éclater de façon brève mais fulgurante l'ordre de la distribution des corps en communauté, cet ordre que Rancière appelle la police" (L'invention de Paris, p.381-383).      

 

L'invention de Paris, comme son nom l'indique, historicise et "conflictualise" l'identité de la capitale, la rédécouvre et la restaure par conséquent dans sa dimension politique et sociale, et non pas seulement touristique et patrimoniale. La dernière phrase du livre montre qu'il s'agit de toute autre chose pour l'auteur que de construire un beau mausolée à l'histoire révolutionnaire de Paris

 

"Ceux qui pensent qu'à Paris la partie est finie, ceux qui affirment n'avoir jamais vu d'explosion dans un musée, ceux qui chaque jour travaillent à ravaler la façade de la vieille caserne républicaine devraient réfléchir aux variations de cette grandeur qui n'a cessé, au fil des siècles, de surprendre tous leurs prédécesseurs: la force de rupture de Paris".  

 

Eric Hazan a également publié cette année une synthèse remarquablement bien écrite, très vivante et intéressante sur la Révolution Française, Une histoire de la Révolution française publiée aux éditions La Fabrique (22 euros).

 

 

cadeau une histoire de la RFLecteur des contemporains Mercier ou Arthur Young, de Michelet, Quinet, Jaurès, Soboul, Mathiez,  Furet, Jean-Clément Martin, de bien d'autres historiens de la révolution, ainsi bien sûr que des discours des constituants et conventionnels, Eric Hazan nous fait bénéficier de sa très grande culture historique pour nous restituer dans un récit chronologique ponctué par des "excursus" où il se positionne par rapport à des polémiques historiographiques, la logique des évènements, les enjeux, les partis et les grandes figures de cette période. Grâce à un souffle épique et à une "interprétation progressiste" des évènements révolutionnaires, le but est de contribuer à reconstituer (à l'usage des jeunes générations particulièrement) une conscience historique pouvant servir de facteur de mobilisation et de point de référence à un engagement politique présent au service des idéaux de la révolution. Eric Hazan le dit sans ambage dans son avant-propos: "bien que j'ai porté toute l'attention possible à l'exactitude de ce qu'on appelle les faits, je ne prétends pas que ce livre soit objectif. J'espère au contraire qu'il fera souffler un peu d'enthousiasme révolutionnaire sur notre époque où la tendance est plutôt au relativisme et à la dérision. Malheur, disait Saint-Just, malheur à ceux qui vivent dans un temps où l'on persuade par la finesse de l'esprit". Il souligne encore la charge toujours aussi subversive de la révolution française et la visée pratique du récit révolutionnaire de la Révolution dans les dernières phrases de l'épilogue:

"Les héritiers des thermidoriens qui nous gouvernent et nous enseignent sans discontinuer depuis lors s'efforcent de travestir cette histoire. Contre eux, gardons vivante la mémoire, gardons l'inspiration de ce moment où l'on put entendre que les malheureux sont les puissances de la terre, que l'essence de la république ou de la démocratie est l'égalité et que le but de la société est le bonheur commun."   

 

D'emblée, Eric Hazan affirme la nouveauté absolue de la Révolution Française, qui contrairement à ce que peuvent en dire Tocqueville ou François Furet, ne prolonge pas dans une simple continuité exagérante une modernisation et transformation sociale en cours à la fin de l'Ancien Régime, sous l'influence d'un Etat centralisateur et niveleur. Dans le chapitre 1, il dresse un portrait social instructif de la France pré-révolutionnaire: un Tiers Etat constitué de 28 millions de personnes, dont 23 millions de ruraux, paysans pour la plupart. Des paysans qui ont été appauvris par le mouvement d'appropriation bourgeoise de la Terre et les conséquences de la pensée physiocratique. Une capitale de 600 à 700000 habitants où la finance tient le haut du pavé avec l'aristocratie.  

 

Tout en réhabilitant la révolution populaire, et les démocrates avancés comme Robespierre, Marat, les Enragés, les sans-culottes, contre l'historiographie révisionniste et bien-pensante assimilant révolution et totalitarisme et qui dans le sillage de Furet, valorise la révolution libérale de 1789 contre celle, jugée essentiellement terroriste et extrémiste, de 1793, Eric Hazan prend des distances avec la relativisation marxienne des acquis et de la signification de la revolution.

La Déclaration des droits de 1789 avait bien une portée universelle, programmatique et révolutionnaire et n'était pas qu'un manifeste individualiste bourgeois.

La Révolution Française n'était pas d'abord et avant tout une révolution bourgeoise. D'abord parce que la bourgeoisie n'existait pas plus que le prolétariat en tant que classe unifiée consciente d'elle-même. Ensuite parce que c'est le "peuple" patriote et républicain, la petite-bourgeoisie, les paysans, les artisans et petits commerçants qui ont "poussé" bien souvent les limites d'une révolution que les parlementaires, les juristes et les milieux d'affaires auraient voulu maintenir dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle et parlementaire défendant l'ordre social et le droit absolu de la propriété et de la libre-entreprise.

 

C'est la pression du peuple qui a très souvent contraint les assemblées parlementaires à l'audace révolutionnaire. Devant la crise de subsistance et les menées contre-révolutionnaires des officiers de l'armée, ce sont les femmes de Paris et les ouvriers qui le 5 octobre 1789 se rendent en cortège à Versailles pour y réclamer du pain et la punition des officiers contre-révolutionnaires qui ont foulé la cocarde tricolore lors d'un banquet offert par le roi, obligeant l'Assemblée et le roi à quitter Versailles pour s'installer à Paris.

 

Le propos de Eric Hazan est particulièrement éclairant quand il s'agit de décrire le fonctionnement des lieux et agents d'influence, des clubs et des sociétés de sans-culottes de la révolution. La Révolution Française invente la société politique et la culture de l'esprit public, la démocratie radicale avec la foi dans la toute-puissance du sujet civique et du volontarisme politique, le refus des traditions et déterminismes historiques et sociaux, l'intervention populaire permanente et le contrôle des élus, le droit de critique constante des représentants.   

 

Cette démocratie radicale avait ses pointes avancées, décrites par E.Hazan de la p.86 à 90:

 

Le club des Jacobins: "quand la Constituante s'était installé à Paris, le Club Breton, pointe de l'aile marchante à Versailles, l'avait suivie. "Il fallait un local à la portée des séances du corps constituant, qui venait d'être établi au manège des Tuileries; on alla trouver le prieur des Jacobins de la rue Saint-Honoré, disposé à prêter la salle de la bibliothèque du convent..." (Dubois-Crancé). Le Club Breton devint alors la Société des Amis de la Constitution. Le nom de Jacobins leur fut donné par dérision... Le droit d'admission était assez élevé (12 livres) et la cotisation annuelle s'élevait à 24 livres. L'article premier du règlement rédigé par Barnave précisait l'objet de la Société, qui se réunissait tous les jours à six heures sauf quand l'Assemblée tenait séance du soir: "1. discuter d'avance des questions qui doivent être décidées dans l'Assemblée Nationale; 2. travailler à l'établissement et l'affermissement de la Constitution; 3. correspondre avec les autres sociétés du même genre qui pourront se former dans le royaume". Rapidement, le club s'élargit au-delà des seuls députés: il suffisait d'être présenté par cinq inscrits, et dès la fin de 1790, on comptait plus d'un millier de membres. Dans l'ensemble, cette cooptation recrutait plutôt des personnes aisées et instruites. C'est à partir d'octobre 1791 que le club- épuré, de sa partie modérée (Barnave et les feuillants) ouvrira ses portes au public, et dès lors les séances aux Jacobins marqueront le rythme de la vie révolutionnaire parisienne... La société et ses filiales fonctionnaient comme un instrument de diffusion des idées révolutionnaires dans le pays. Rien n'est plus absurde que la notion de "jacobinisme" comme dictature parisienne autoritaire et tatillone: c'est une construction héritée de Thermidor (l'assassinat de Robespierre), durable comme la haine de la Révolution".       

 

Les Cordeliers:  le club apparut en juin 1790 sous le nom de Société des amis des droits de l'homme et du citoyen... Son but, plus modeste et plus pratique que celui des Jacobins, était de "dénoncer au tribunal de l'opinion publique les abus des différents pouvoirs et toute espèce d'atteinte au droit de l'homme". Protecteur des opprimés, redresseurs des

abus de pouvoir, les Cordeliers avaient comme emblème "l'oeil de la surveillance", grand ouvert sur les défaillances des élus. "Ils provoquent des dénonciations, ils entreprennent des enquêtes, ils visitent dans les prisons les patriotes opprimés, ils leur donnent des défenseurs, ils saisissent l'opinion par des placards. Bref, ils sont un groupe d'action et de combat" (Mathiez). La cotisation était minime (une livre quatre sols) et le club admettait des membres de toutes conditions, y compris des citoyens passifs. Les femmes pouvaient assister aux séances et prendre part aux discussions. Parmi ses membres on trouvait des avocats comme Danton et Camille Desmoulins, des journalistes comme Fréron, Robert ou cHaumette, des imprimeurs comme momoro et Brune, mais aussi beaucoup de commerçants, petits et gros- le boucher Legendre, le brasseur Santerre, le limonadier Berger... La grande force des Cordeliers était leur lien avec les Sociétés fraternelles, clubs de quartier qui se multiplièrent à Paris à partir de l'hiver 1790".

 

" En même temps qu'à cette floraison on assiste à l'extraordinaire développement d'une presse "démocratique" (c'est le mot de l'époque). Il n'existait évidemment rien de comparable à nos kiosques à journaux: les feuilles étaient diffusées par abonnement -dont le prix était assez elevé - mais aussi criées dans les rues et placardées sur les murs, malgré les interdictions répétées de la Commune. On faisait des lectures publiques, on les consultait dans les cafés: unique moyen d'information, la presse tenait un rôle qu'on a peine à imaginer aujourd'hui. Les journaux modérés (au sens actuel; à l'époque, les modérés étaient des contre-révolutionnaires) étaient si nombreux que l'on ne saurait tous les nommer...

La presse la plus engagée du côté de la Révolution est dominée par trois figures illustres, trois fondateurs, directeurs et uniques rédacteurs de leur journal: Camille Desmoulins, Marat et Hébert, qui entretenaient d'ailleurs entre eux des relations détestables.

Les Révolutions de France et de Brabant, lancées par Camille Desmoulins en novembre 1789, sont lues dans tout le pays malgré un rythme de parution un peu irrégulier.... Dans une lettre à son père, Desmoulins parle de 3000 abonnés... Chaque numéro comporte trois parties: la France, le Brabant et "autres pays arborant la cocarde" et des Variétés (chroniques de livres, de théâtre...). Le journal attaque violemment la monarchie et se déclare très tôt républicain. C'est Camille Desmoulins qui portera à la municipalité de Paris la pétition des Cordeliers demandant la déchéance du roi après Varennes. Le 8-e et dernier numéro paraîtra en juillet 1791 au moment du massacre du Champ-de-Mars quand la répression obligera Camille à se cacher.

Marat lance le premier numéro de L'Ami du peuple en septembre 1789 et jusqu'à sa mort, sous des titres divers, il en publiera plus de 1000, malgré les interruptions liées aux poursuites lancées contre lui- en octobre 1789, en janvier 1790 où il doit se refugier en Angleterre pendant trois mois, en juillet 1791 après le Champ-de-Mars. Marat doit régulièrement changer de local, même s'il travaille le plus souvent dans le district des Cordeliers. Il change aussi maintes fois d'imprimeur et va jusqu'à devenir imprimeur lui-même quand il le faut. Le tirage, estimé à plus de 2000 exemplaires, n'est pas des plus élevés, mais son influence est grande: l'Ami du peuple est lu en commun par les sans-culottes, dont beaucoup sont illétrés. C'est un fascicule de 8 ou 12 pages, de petit format, composé autour d'un long article - on dirait aujourd'hui d'un éditorial- qui se prolonge parfois d'un numéro à l'autre. Le journal publie aussi des lettres qui engagent le dialogue entre Marat et ses lecteurs...

Le titre du Père Duchesne renvoie à un personnage né dans les foires, une sorte de guignol qui symbolise l'homme du peuple. Plusieurs pièces de théâtre, livres et pamphlets prennent ce nom, et Hébert aura beaucoup de contrefacteurs. Le journal, dont le numéro 1 est daté de janvier 1791, paraît à raison de 4 numéros par décade. Le numéro, qui vaut deux sous, a huit pages, avec un sommaire destiné à être crié dans la rue. Le style est fort débraillé - ce qui n'est jamais le cas chez Marat- mais avec de la verve, de la drôlerie, de la vivacité. Politiquement, le Père Duchesne attaque aussi bien l'abbé Maury que Lafayette, Mirabeau que Bailly, et réclamera la République après Varennes. "Fait singulier, le Père Duchesne obtenait du succès aussi bien dans les bas-fonds de la société que dans les classes les plus élevées (...). On l'achetait ostensiblement, on le lisait avec une joie dissimulée pour se donner un brevet de civisme, pour se faire "sans-culottiser", comme disait Hébert" (Mitton).   

 

En dehors de ces titres de presse de la démocratie radicale et des clubs politiques les plus prestigieux, parmi les acteurs majeurs de la Révolution et son coeur battant sont le sans-culotte et la citoyenne de Paris, qu'Eric Hazan nous présente à merveille.

 

Les sans-culottes: "De nos jours, derrière le mot, il y a une image: un homme portant une veste courte à boutons de métal (la carmagnole), un pantalon de toile au lieu de la culotte et des bas de soie aristocratiques. Sur sa tête, un bonnet de laine rouge, coiffure des esclaves affranchis à Rome. Il est muni de l'arme populaire par excellence, la pique. Mais, au-delà de l'iconographie, qu'est-ce qu'un sans-culotte? "Un sans-culotte, Messieurs les Coquins? c'est un être qui va toujours à pied, qui n'a point de millions, point de château, point de valets pour le servir, et qui loge simplement avec sa femme et ses enfants, s'il en a, au quatrième ou au cinquième étage. (...). Le soir, il se présente à sa section, non pas poudré, musqué, botté dans l'espoir d'être remarqué de toutes les citoyennes des tribunes, mais bien pour appuyer de toute sa force les bonnes motions et pulvériser celles qui viennent de la faction abominable des hommes d'Etat" (Vingternier, avril 1793). Les sans-culottes travaillent pour vivre, et plus précisément de leurs mains. Ce sont eux, écrit Hébert dans Le Père Duchesne en septembre 1793, "qui font les étoffes dont nous sommes revêtus, qui travaillent les métaux et fabriquent les armes qui servent à la défense de la Rébpublique"... Les sans-culottes détestent évidemment les aristocrates, mais sous ce terment ils englobent non seulement les ci-devant mais aussi les couches supérieures de l'ancien tiers état. "Le 21 mai 1793, un orateur populaire de la section du Mail déclare que "les aristocrates, ce sont tous les riches, tous les gros marchands, tous les accapareurs, les saute-ruisseaux, les banquiers, les cours-tôt de boutique, tous les gens de la chicane et qui ont quelque chose"".

Les revendications des sans-culottes portent sur trois terrains différents: la taxation des subsistances, l'égalité des jouissances et la démocratie sectionnaire... Les mouvements populaires pour l'augmentation des salaires sont beaucoup plus rares que ceux qui poussent à établir, au besoin par la force, un prix maximum des denrées. Cette exigence se double d'une soif d'égalité dans tous les domaines de la vie: le riche ne doit pas vivre mieux que le pauvre, il faut lui ôter son superflu, l'obliger à partager. L'argent ne doit pas permettre de mieux manger.... Dans leurs sections, les sans-culottes appliquent le fonctionnement démocratique radical". (p.165-166).

 

Les sans-culottes femmes, le club des citoyennes républicaines révolutionnaires:   "Parmi les femmes dont il est question dans le cours de la Révolution, les deux personnages qui ont inspiré le plus de livres, de pièces de théâtre et de films sont Marie-Antoinette et Charlotte Corday. Viennent ensuite, mais loin derrière, certaines femmes remarquables par leur beauté ou leur originalité: Manon Roland, Olympe de Gouges ou Théroigne de Méricourt, l'amazone de Liège. Les autres, les femmes du peuple, les anonymes sont souvent représentées sous le terme de tricoteuses, à peu près aussi stigmatisant que pétroleuses pour le peuple des femmes pendant la Commune de 1871. Certes, on n'oublie pas que ce furent les femmes de Paris qui allèrent chercher "le roi, la reine et le petit mitron" à Versailles en octobre 1789. Mais pour le reste, le rôle des femmes dans la Révolution demeure flou, souvent traité en quelques lignes par les meilleurs historiens.

Elles sont pourtant présentes, souvent au premier rang, dans les grandes journées révolutionnaires. Quand Lafayette et Bailly font tirer sur le peuple paisiblement rassemblé au Champ-de-Mars le 17 juillet 1791, elles sont nombreuses parmi les victimes... L'agitation menée par les sans-culottes femmes est un élément essentiel du mouvement populaire qui aboutit à l'insurrection des 31 mai et 2 juin 1793 (mise à bas de la Gironde ayant instauré une dictature parlementaire conservatrice - ou modérée, visant à achever la révolution-  et anti-sans-culottes par Paris).

Dès 1791, les femmes étaient admises à la Société fraternelle des deux sexes, qui tenait séance au couvent des Jacobins, dans une salle située sous celle de l'illustre club... Elles peuvent avoir leur carte d'adhérentes, délibérer et voter... C'est là que beaucoup de meneuses firent leurs premières armes - parmi elles Pauline Léon et Claire Lacombe qui animeront bientôt le club des Citoyennes Républicaines révolutionnaires", créé le 10 mai 1793. "Les adhérentes du club - entre 150 et 200 selon les moments - sont de milieux divers: les dirigeantes ont un bon niveau d'instruction, mais on compte aussi parmi les membres des marchandes des rues, des salariés pauvres, vraies femmes sans-culottes souvent illetrées. Le club n'est pas non plus homogène politiquement, même s'il est unanime à soutenir l'action qui finira par éliminer la Gironde. L'opposition est vive entre celles qui soutiennent les positions montagnardes et d'autres proches des Enragés" comme Pauline Léon, qui devient la femme de Jacques Roux. "Mais à la suite d'affaires confuses où les républicaines révolutionnaires sont accusées - non sans raison - de vouloir imposer le port de la cocarde tricolore et du bonnet rouge à toutes les femmes, les hommes qui dirigent le mouvement révolutionnaire finissent par trouver que le club en fait trop". Ce club est dissout par Amar au nom du Comité de Süreté Générale le 30 octobre 1793. Dans son rapport, il affirme que "les femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses (...) Elles sont disposées, par leur organisation (biologique), à une exaltation qui serait funeste aux affaires publiques, et les intérêts de l'Etat seraient bientôt sacrifiés à tout ce que la vivacité des passions peut produire d'égarement et de désordre". 

En cassant le mouvement populaire des femmes, la Montagne a perdu un appui qui lui aurait peut-être permis d'éviter la destitution de Robespierre et la réaction thermidorienne.       

 

En historicisant la trame évenementielle de la Révolution, Eric Hazan lutte contre le lieu commun répandu par l'historiographie contre-révolutionnaire et plus récemment par Hannah Arendt, François Furet, Claude Lefort d'une Révolution habitée d'emblée par une folie de renouveau radical, paranoïaque, sectaire, totalitaire, liberticide, qui serait appelée à dévorer ses propres enfants.

 

C'est que les révolutionnaires avancés avaient un programme républicain, démocratique, laïc, et même social, à achever, et que la Révolution, dans son existence même et son devenir potentiel, fut sans cesse menacée de mort par les forces conservatrices, royalistes, des privilégiés. La Révolution est bien une lutte à mort pour l'avènement d'une société démocratique et plus égalitaire et cela doit être rappelé si on veut comprendre sa violence et ses excès, bien souvent terrifiants il est vrai, et Eric Hazan ne les occulte pas. Où trouver une explication de la violence révolutionnaire sinon dans le contexte de crise des subsistances et de quasi famine pour le peuple, la crise économique, la guerre européenne et civile, les craintes touchant les complots contre-révolutionnaires, les trahisons, la corruption des hommes publics et des officiers par le parti royaliste, sont permanentes mais elle se revèlent bien souvent fondées, comme le rappelle Eric Hazan: que l'on pense aux accusations de trahison de la part de Mirabeau, Lafayette, du général Dumouriez...?  

 

Un exemple parmi d'autres, le massacre du Champ-de-Mars. Après la fuite à Varennes, en juillet 1791, les Cordeliers pétitionnent pour destituer la monarchie, faisant pression sur les Jacobins et l'Assemblée, prenant l'initiative d'un rassemblement républicain désarmé sur le Champ-de-Mars. Les gardes nationaux tirent sur la foule, faisant une cinquantaine de morts. La municipalité "modérée" de Paris conduite par Bailly essaye ensuite de faire arrêter les révolutionnaires avancés qui "excitent le peuple": Santerre, Robert, Momoro, Danton, Desmoulins, Fabre d'Eglantine. "Les morts du Champ-de-Mars (17 juillet 1791) ne furent pas les seules victimes de la journée: on peut dire qu'est mort aussi ce jour-là ce qui restait d'entente entre les possédants et les pauvres, entre ceux qui étaient parvenus au pouvoir sur les épaules du peuple et ceux qu'ils n'avaient pas hésité à faire mitrailler. Dans les mois et les années suivantes, le souvenir des "morts de juillet" ne cessera de hanter ceux qui s'appeleront bientôt les sans-culottes. Une autre conséquence directe de la journée fut de consacrer la scission du club des Jacobins. Tous les députés membres du club ont décidé, on l'a vu, de le quitter pour toujours- tous sauf quatre: Robespierre, Pétion, Anthoine et Coroller. De leur côté, Duport, Barnave et Alexandre Lameth, accentuant leur virage vers le côté droit, fondent avec leurs partisans le club des Feuillants qui siège dans un couvent séaffecté tout proche. L'opposition sera violente entre les deux clubs, en particulier en province où les Jacobins gardent l'essentiel des sociétés locales ... Dans ses derniers mois, la Constituante vote une série de lois qui ont en commun de limiter étroitement les droits du peuple à s'assembler et à s'exprimer: la loi sur le droit de pétition et d'affiche, la loi sur les sociétés populaires. Toutes droit sont dues au même rapporteur, Le Chapelier, qui a fait du chemin vers le côté droit depuis le temps où il était l'un des piliers du Club Breton. Cet ensemble constitue de fait un complément de la loi martiale".

 

Les hommes de progrès et de résolution de la Révolution sont réhabilités par Eric Hazan, notamment Marat et Robespierre. Arrêtons-nous sur ce dernier, si emblématique du procès en sorcellerie fait à la révolution chaude et radicale de 1793.  

 

Robespierre, l'incorruptible d'Arras, timide, austère, orgueilleux et ombrageux, froid calculateur dénué d'empathie, autiste livresque vivant dans ses chimères romaines, un dictateur mégalomane, paranoïaque et sanguinaire qui envoie à l'échafaud ses anciens amis Danton et Desmoulins? Il fut un peu de tout cela sans doute, du fait de son caractère, de sa solitude progressivement de plus en plus affirmée, de la pression des circonstances et de la lutte sans merci pour garder l'inspiration et l'existence de la révolution, mais néanmoins...  

Il est parmi les seuls à lutter à la Constituante pour le suffrage universel, contre l'instauration d'un parlementarisme oligarchique à travers un suffrage censitaire à deux degrés. Il plaide pour que l'égalité de droits civiques accordée aux comédiens et aux juifs, pour le droit de pétition, la liberté de la presse.  

Il dénonce l'esclavage et les lobbies coloniaux de Saint Domingue. Il fait voter l'abolition de la peine de mort.

Il fait voter une loi proscrivant la rééelection des députés de la Constituante: "Au début de la Constituante, on se moquait de sa voix grêle et de sa timidité, mais à la fin sa stature était telle qu'il sut convaincre l'Assemblée de faire un sacrifice unique dans l'Histoire, en décidant que ses membres ne seraient pas éligibles à la prochaine législature" (p.357).   

Il est un des premiers à se prononcer pour la destitution de la monarchie et l'instauration de la République.

Il dénonce la guerre impérialiste justifiée bien légèrement au nom de l'expansion de l'idée démocratique par les "brissotins" va t-en guerre de la Convention, les futurs girondins, car il sait que la cour va tirer profit d'une guerre qui va coaliser les puissances européennes contre la Révolution. Aux Jacobins, il cherche à décourager les vélléités belliqueuses de la majorité au nom de la croisade de la liberté: "A qui confierez-vous la conduite de cette guerre? Aux agents du pouvoir exécutif. Vous abandonnez la sûreté de l'empire à ceux qui veulent vous perdre. De la guerre résulte ce que nous avons le plus à craindre, c'est la guerre". "L'honneur du nom français, dites-vous, juste ciel! (...) L'honneur que vous voulez ressusciter est l'ami, le soutien du despotisme; c'est l'honneur des héros de l'aristocratie, de tous les tyrans, c'est l'honneur du crime". "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionaires armés, et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis".

C'est encore lui qui milite contre la suppression définitive des droits féodaux et des impôts iniques dans les campagnes, pour le contrôle des prix des produits de première nécessité, la réquisition des farines.

Il milite alors contre le libéralisme dogmatique de la bourgeoisie révolutionnaire au pouvoir, plaide pour que le devoir de la société d'assurer la subsistance aux citoyens passe au-dessus des principes essentiels que sont le propriété et la liberté: "Quelles bornes les vampires impitoyables qui spéculeraient sur la misère publique mettraient-ils à leurs attentats, si, à toute espèce de réclamation, on opposait sans cesse des baïonnettes et l'ordre absolu de croire à la bienfaisance et à la pureté des accapareurs? La liberté indéfinie n'est autre chose que l'excuse, la sauvegarde et la cause de ces abus. Comment pourrait-elle en être le remède? ... Quel remède nous propose-t-on? Le système actuel. Je vous dénonce les assassins du peuple et vous répondez "laisser faire". Dans ce système tout est contre la société, tout est en faveur des marchands de grains (...). Je me contenterai de demander la priorité pour les projets de décrets qui proposent des précautions contre les monopoles". A l'adresse des propriétaires, il poursuit, dans ce discours à la convention: "Je ne leur ôte aucun profit honnête, aucune propriété légitime; je ne leur ôte que le droit d'attenter à celle d'autrui; je ne détruis point le commerce mais le brigandage du monopole; je ne les condamne qu'à la peine de laisser vivre leurs semblables".    

Inspirateur de la constitution de 1793 qui cherche à aller au-delà de l'individualisme bourgeois, de la reconnaissance du droit absolu et naturel de propriété privée et de la seule égalité devant la loi, il place la fraternité et le droit de subsistance (c'est à dire quasiment les droits créance) au fondement de la communauté nationale: "Le droit de propriété est borné, comme tous les autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui. Tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral. La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l'instruction à portée de tous les citoyens... Les hommes de tous pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même Etat...".

Robespierre n'a pas toujours été aussi critique vis à vis du libéralisme et de la sacralisation de la propriété privée mais il n'a jamais non plus partager les principes libéraux de ceux qui voulaient une révolution bourgeoise installant une oligarchie constitutionnelle à l'américaine. Dans la circonstance, au printemps 1793, dans un contexte de lutte de position avec la Gironde et de pression des clubs parisiens, il prend le parti du peuple des campagnes, de plus en plus mécontent, et des sans-culottes, contre les riches attachés à la conservation de leurs privilèges. Il s'allie momentanément avec la mouvance des "Enragés", partisans d'une démocratie radicale, celle des plus revendicatifs dans le domaine social et économique, réclamant une première forme de redistribution des richesses (par la repression

de l'accaparement et de l'agiotage, la fixation du maximum pour tous les produits de première nécessité) , composée notamment de Varlet, Jacques Roux et Hébert.  En juin 1793, pourtant, Robespierre et les montagnards vont éliminer les Enragés pour briser un mouvement populaire de plus en plus incontrôlé et radical et restaurer un ordre social sous direction parlementaire. Jacques Roux, l'ancien vicaire de Saint Nicolas des Champs, membre du club des Cordeliers, partisan de la démocratie directe et ennemi du despotisme parlementaire, auteur de la belle Adresse à la convention commençant ainsi "La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche par le monopole exerce le droit de vie et de mort sur son semblable"  est alors diffamé sans scrupule, accusé comme tant d'autres d'être un agent stipendié de Pitt, et envoyé au tribunal révolutionnaire. "Convaincu d'être condamné, il se poignarde et meurt de ses blessures le 10 février 1794". (p.262).     

Une partie des historiens de gauche pardonne difficilement à Robespierre d'avoir voulu avec les montagnards du Comité de Salut Public qui l'entouraient se débarasser des éléments les plus avancés de la Révolution populaire comme les Enragés ou les Cordeliers. Tout cela pour restaurer la centralité du pouvoir, affirmer la dictature du Salut Public décidé à pouvoir achever la révolution. Eric Hazan n'a pas la même sévérité, citant d'ailleurs Babeuf dans Le Tribun du Peuple: "Il ne m'appartient pas d'avoir l'orgueil de disputer à Robespierre l'initiative, dans la Révolution, du plan d'Egalité réelle, vers laquelle il prouve, en cent endroits que tendaient ses voeux uniques. Telle est la justice que j'ai cru devoir rendre à ce tyran dont l'Etat vient de faire vendre les dépouilles et les effets qui se sont montés au prix de 300 livres".

 

Robespierre est même pour Eric Hazan improprement qualifié de dictateur ou de tyran: "Robespierre n'a jamais été un dictateur. Toutes les grandes décisions du Comité de salut public ont été prises collectivement. Même celles où son rôle personnel est le plus clair portent les signatures des membres du Comité qui s'y trouvaient présents. Quand Robespierre était mis en minorité au Comité, son projet était retiré... La preuve que Robespierre n'était pas un dictateur, c'est sa fin. Isolé, accablé de tous côtés, il s'est laissé abattre - on pourrait même dire qu'il est allé à l'abattoir. Un dictateur, un Bonaparte, s'y serait pris autrement".

On n'est pas obligé de partager cette mansuétude. Le moins que l'on puisse dire est que Robespierre subordonnait les sentiments moraux ou humanitaires de sympathie humaine aux intérêts politiques, lesquels ne sont pas forcément indexés seulement à ses seuls intérêts de pouvoir, mais à une conception froide suivant lequel le bien public justifie des moyens redoutables et terribles.

Quand le 2 septembre 1792,  des Parisiens armés exécutent 1500 captifs dans les prisons (les Carmes, la Salpêtrière, Bicêtre) de Paris et 350 prêtres réfractaires de l'abbaye de Saint Germain des Prés transformée en prison), Robespierre ne fait rien pour empêcher ou condamner le massacre, et l'approuve même publiquement, préférant accompagner le mouvement de fureur populaire plutôt que de s'y opposer. Il est vrai que les contempteurs des assassins du 2 septembre réclamaient alors la loi martiale pour les fauteurs de trouble.         

Robespierre et sa garde rapprochée de montagnards sont de mon point de vue objectivement responsables de la loi des suspects qui prévoient leur arrestation immédiate et leur jugement expéditif avec à la clef acquittement ou condamnation à mort, et comptables aussi , parce qu'ils pouvaient pas ne pas en être informés, de la volonté d'extermination des révoltés de Lyon, après la prise de la ville, bientôt rebaptisée "Ville-Affranchie", le 12 octobre 1793, par les pro-consuls sans scrupules Collot d'Herbois et Fouché (les fusillades ne s'arrêtèrent qu'en février 1794), du massacre des révoltés de Marseille (devenue "Ville Sans-nom") et Toulon par Barras et Fréron, des Girondins de Bordeaux par Tallien, de la violence inouïe exercée contre les civils vendéens et des abominables noyades de masse du sinistre Carrier à Nantes.               

Tel n'est pas le point de vue d'Eric Hazan qui dénonce comme idéologique l'usage qui est fait du concept de Terreur: "La notion de Terreur avec un T majuscule amène à mettre dans le même sac l'action répressive du tribunal révolutionnaire parisien et les massacres dans les départements. Si la première est bien due à l'initiative du gouvernement révolutionnaire, les seconds sont des épisodes de la guerre civile avec des morts des deux côtés. Et les chiffres sont sans commune mesure: la guerre de Vendée, les insurrections du Midi et leur répression ont fait des dizaine de milliers de morts. Le tribunal révolutionnaire de Paris, sur 4021 jugements rendus entre le 6 avril 1793 et le 9 thermidor an II, a prononcé 2585 condamnations à mort et 1306 acquittements. La notion de Terreur apparaît donc comme un assemblage artificiel d'évènements très différents".

 

Il faut lire aussi les passages savoureux sur l'épisode de la déchristianisation radicale de 1794 et les efforts de Robespierre pour s'y opposer, car il pensait que cette radicalisation ne pourrait que retourner le peuple contre la Révolution et menacer ses acquis, et substituer à la religion chrétienne le culte déiste de l'Etre suprême.

 

Bref, tous les récits des révolutions de Paris d'Eric Hazan sont à lire et savourer sans modération.   

 

 Ismaël Dupont.            

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011