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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 06:12

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Article de l'Humanité - mercredi 11 septembre - par Dany Stive

 

Le sociologue Michel Simon, militant communiste infatigable, est décédé

 

Durant toute sa vie, Michel Simon a conjugué un travail intellectuel rigoureux et une conviction communiste profonde. Collaborateur apprécié et assidu de la presse communiste, il est décédé dans sa 87e année, fidèle à un engagement forgé en pleine guerre froide.

 

En 2006, Michel Simon se retournant sur le chemin parcouru, s'interrogeait dans un texte publié sur le site de la Fondation Gabriel Péri: "Peut-on avoir été membre du Parti communiste français (ou pire, l'être resté) et avoir satisfait (ou satisfaire) aux normes d'autonomie critique hors desquelles il n'y a pas de posture intellectuelle authentique?" Avec sa rigueur et sa franchise habituelles, il s'imposait dans la foulée une règle interdisant toute complaisance: "Conscient des ruses d'une mémoire portée à l'autojustification, je m'appuieai exclusivement sur des textes que j'ai publiés ès qualités dans des organes communistes". Quelques lignes plus loin, le sociologue lance: "En 1951, dans le climat d'extrême tension qui régnait alors (on était au paroxysme de la guerre froide), j'ai rejoint le PCF (à reculons, si j'ose dire) et je ne l'ai jamais regretté."

Pourtant, ni la sociologie ni l'engagement communiste ne relevaient de l'évidence pour lui? A l'Ecole normale supérieure qu'il intègre en 1947, Michel Simon était aussi "farouchement hostile à un collaborationnisme à dominante de droite" (le port de l'étoile jaune en 1942 fut pour lui une "expérience décisive structurante") qu'opposé au PCF. Alors que bien des collègues sont encartés au PCF, il ferraille contre eux, opposé aux "confiscations du pouvoir à l'Est" comme "au piétisme et à l'intolérance" de nombreux communistes. Le combat anticolonial, la solidarité avec les ouvriers en grève modifieront son approche. Le lien avec la classe ouvrière restera un fil rouge toute sa vie, dans son engagement comme dans son travail. De ses rencontres avec les ouvriers, il disait: "C'est peu de dire que j'ai beaucoup appris dans ces échanges...". 

Il était philosophe de formation, mais la sociologie prit de plus en plus de place dans sa réflexion. Il publie la Contribution de la psychanalyse à la compréhension des faits sociaux, sous la direction de Georges Davy, fréquente les cours de Lévi-Strauss et Leroi-Gourhan, collabore avec George Friedmann... Nommé professeur de philosophie à Nancy, puis prof de khâgne au lycée Faidherbe à Lille, il publie des articles relevant de la sociologie à la Nouvelle Critique et dans les Cahiers internationaux de sociologie. Il passe un an à la Sorbonne, et Raymond Aron patronne sa candidature au CNRS et, en 1969, il intègre l'Institut de sociologie de Lille où il créera le Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé). 

En 1966, il rencontre le sociologue Guy Michelat, avec qui il multipliera les travaux. Celui-ci se souvient: "Je travaillais alors dans une petite boîte privée qui faisait des enquêtes d'opinion dites qualitatives. Nous avions proposé nos services au PCF. Nous avons été reçus par Jacques Duclos, qui nous a déclaré qu'il nous faisait toute confiance mais en précisant qu'il serait bon que "quelqu'un de chez nous" suive nos travaux. C'était Michel Simon. Pendant plus de quarante ans, nous avons travaillé ensemble. Et nous avons bien rigolé, aussi!". 

Avec Michel Simon, la presse communiste perd un collaborateur assidu, observateur attentif de la société française". 

 

     

 

 

 

Et à lire sur le blog du PCF Bigouden: http://pcbigouden.over-blog.com/ ... ce magnifique et simple hommage de sa nièce à notre camarade finistérien, Michel Simon.

 

Ce mercredi, nous avons accompagné Michel

Nous sommes retrouvés pour les obsèques de Michel Simon , notre Camarade notre ami, c'était mercredi 11 septembre 2013, au Crématorium de Quimper.

A l'émotion qui tous nous tenait et que je suis incapable de transcrire, je préfère laisser la parole à la nièce de Michel, Anne Simon...

 

Vogue Michel tes amis, tes camarades ont hissé les voiles.

Il y a à peine deux mois, Michel se trouvait là où il a toujours été heureux : sur son bateau, aux Glénans, avec ces amis qui n’ont cessé, ces dernières années tout comme ces dernières semaines, de l’entourer et de partager avec lui le meilleur comme le pire. Michel ne faisant jamais les choses à demi, il en a profité pour exploser son safran, ce qui m’a bien fait rire : comme il me le disait à sa décharge, il n’avait jamais repéré qu’il y avait un rocher à cet endroit, et on en apprend donc à chaque navigation. Lors de cette dernière croisière, il manquait quelqu’un sur le bateau pour que le bonheur soit parfait.

Jeannine, grande barreuse, avec son magnifique sourire, et sa capacité jamais démentie à rembarrer son capitaine de mari s’il l’embarquait là où elle n’avait pas envie d’aller. Et je le dis avec émotion : Michel, jusqu’à la fin, a été amoureux de cette très belle femme, discrète et solide, sensible et droite, et me montrait encore il y a peu une photo d’elle à Venise, qui suggère qu’effectivement, Anita Ekberg à Rome peut aller se rhabiller…

Sur ce bateau, il manquait aussi Félix, le chien du bonheur, avec son art de vous saloper les pantalons blancs par débordement de tendresse. Pour moi donc, penser à Michel et Jeannine, c’est penser au bateau, c’est penser au chien, c’est penser à la vraie vie, la vie dans le vent et la houle. Michel, pourtant, n’a jamais largué les amarres, et le grand large ne lui a jamais fait perdre de vue ce qui se passait sur la Terre.

Il faut dire qu’il avait expérimenté dès l’enfance ce dont sont capables les hommes quand on les laisse faire. Il l’avait rappelé à l’enterrement de Gérard, son frère, voir ce dernier porter l’étoile jaune à dix ans ou se retrouver avec lui en prison, toujours au même âge, ça marque. La guerre leur aura cependant permis de saisir qu’au cœur même de l’enfer, il reste toujours de belles âmes et un Limousin rouge, et je rends hommage à la famille Giry, qui les a accueilli à Saint-Laurent-sur-Gorre.

Penser à Michel, c’est donc penser à son engagement indéfectible.

Il y d’abord son engagement professionnel en sociologie, dans l’étude, avec notamment son compagnon de route Guy Michelat, de la classe ouvrière ; Michel était aussi très impliqué dans la configuration symbolique de la recherche (il fut le fondateur de l’Institut fédératif de recherches sur les économies et les sociétés industrielles). Cet engagement sociologique ne peut être dissocié de son engagement en politique.

Qui ne le sait, Michel fut un acteur majeur du Parti communiste français, qui a été pour lui bien davantage qu’un parti : le rêve réalisable d’une société meilleure, une société sans colonisation, une société sans marginalisation.

Dans la maison de Michel trainent des dossiers tous récents, où il collectait il y a encore quelques semaines ce qui le marquait dans l’actualité. Car il a été actif jusqu’à la fin, même si cette dernière année a été une année difficile pour lui. Année difficile, qui a pourtant comporté de grands moments de bonheur et de solidarité : avec les amis du bateau, Milo (le seul qui puisse revendiquer d’avoir été son professeur !), Guy, André, mais aussi avec tous ceux qui n’ont cessé de le soutenir et de nous aider, amis ou cousins comme Marcel Tilly et Jean-Pierre Kohen, personnel soignant attentif et chaleureux, aides à domicile dévouées.

Moments partagés aussi avec Monique sa belle-sœur, si proche ; avec Pierre son neveu qui lui a amené ses enfants il y a à peine un mois ; avec Jean, Eve et Jehan le petit dernier de la famille Simon. Avec Philippe, mon compagnon qui avait toujours le mot pour le faire rire. Avec aussi et surtout Marie-Claire Sonnic, dont le soutien indéfectible, la générosité et l’amitié ont été pour mon oncle la force 4 qui a permis de faire voguer le bateau jusqu’au dernier port. A vous tous qui êtes là, merci. Quand je cesserai de parler, nous nous recueillerons quelques minutes en écoutant un mouvement du Requiem de Mozart, Mozart dont Michel souhaitait qu’on l’écoute pour ce dernier jour de partage, de même qu’il a choisi la photo avec Jeannine que vous voyez devant vous. Michel est mort samedi dernier, sans souffrance, dans une chambre qui donnait sur la mer. Souhaitons-lui bon vent.

Anne SIMON

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 06:03

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Víctor Lidio Jara Martínez (193261973) était un chanteur auteur-compositeur-interprète populaire chilien.

Membre du Parti communiste chilien, il fut l'un des principaux soutiens de l'Unité Populaire et du président Salvador Allende. Ses chansons critiquent la bourgeoisie chilienne (Las Casitas del Barrio Alto, Ni Chicha Ni Limona), contestent la guerre du Viêt Nam (El Derecho de Vivir en Paz), rendent hommage aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), mais aussi au peuple et à l'amour (Vientos del pueblo, Te recuerdo Amanda).

Arrêté par les militaires lors du coup d'État du 11 septembre 1973, il est emprisonné et torturé à l'Estadio Chile (qui se nomme aujourd'hui Estadio Víctor Jara) puis à l'Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s'abat alors sur Santiago. Il y écrit le poème Estadio de Chile qui dénonce le fascisme et la dictature. Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l'écart des autres prisonniers. Il est assassiné le 15 septembre après avoir eu les doigts coupés par une hache.

Après avoir été enterré semi-clandestinement le 18 septembre 1973, il est enterré le 5 décembre 2009 (après 3 jours d'hommage populaire) dans le Cimetière Général de Santiago lors d'une cérémonie à laquelle assistèrent sa veuve Joan Turner et leurs deux filles Manuela et Amanda, l'ancienne présidente du Chili Michelle Bachelet, et plus de 5000 personnes.

Après un parcours à travers les différents quartiers de Santiago, les restes du chanteur furent apportés au Memorial de Detenidos Desaparecidos, pour une cérémonie intime où sa famille lui a rendu hommage, avant que Victor Jara ne soit enterré au Cimetière Général. Certaines de ses chansons les plus connues, comme Te recuerdo Amanda ou Plegaria a un labrador, ont été entonnées par le public présent[2].

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=U1VxD6boMdg

 

http://www.youtube.com/watch?v=ofdnUcu-_3c

 

Julos Beaucarne - Lettre à Kissinger

 

 {Parlé:} Il y a des centaines de silences qui assassinent Pendant des siècles et des siècles Nos oreilles sont là pour nous tenir éveillés Il y a des réveille-matin qui sonnent comme des clairons Il y en a peu qui chantent des berceuses Je veux te raconter, Kissinger, L'histoire d'un de mes amis Son nom ne te dira rien Il était chanteur au Chili Ça se passait dans un grand stade On avait amené une table Mon ami qui s'appelait Jara Fut amené tout près de là On lui fit mettre la main gauche Sur la table, et un officier D'un seul coup avec une hache Les doigts de la gauche a tranchés D'un autre coup, il sectionna Les doigts de la dextre et Jara Tomba, tout son sang giclait Six mille prisonniers criaient L'officier déposa la hache Il s'appelait p't-être Kissinger Il piétina Victor Jara "Chante !" dit-il "Tu es moins fier" Levant les mains vides des doigts Qui pinçaient hier la guitare Jara se releva doucement "Faisons plaisir au commandant" Il entonna l'hymne de l'U De l'Unité Populaire Repris par les six mille voix Des prisonniers de cet enfer Une rafale de mitraillette Abattit alors mon ami Celui qui a pointé son arme S'appelait peut-être Kissinger Cette histoire que j'ai racontée, Kissinger, ne se passait pas En quarante-deux mais hier En septembre septante-trois 
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:57

Voici, sur le coup d'Etat de Pinochet contre la République sociale d'Allende, un très bon article avec des films d'archives que nous a conseillé et mis en lien un camarade du Front de Gauche Morlaix:  

 

http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18626844.html

 

Le 11 septembre 1973, 3 ans après l'installation d'une coalition de rassemblement de gauche qui avait en particulier nationalisé des gisements miniers, accompli une première réforme agraire au profit des pauvres, les généraux félons ont voulu briser l'élan du gouvernement d'unité populaire (UP) du socialiste SAlvador Allende, avec l'appui des Etats-Unis de Kissinger, traquant de manière massive les opposants de gauche et les syndicalistes. La dictature de Pinochet fera 40000 victimes, dont 38000 torturés et 3000 exécutés et "disparus"...

Le journal L'Humanité a sorti un hors série exceptionnel sur le 11 septembre 1973 (8 euros). Pour le commander: http://www.humanite.fr/medias/hors-serie-chili-lespoir-assassine-548260

 

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" Ce nouveau hors-série exceptionnel de l’Humanité est accompagné d’un CD conçu par le groupe Zebda autour de la figure du grand musicien martyr Victor Jara, auquel ils rendront également hommage sur la grande scène de la Fête de l’Humanité, samedi 14 septembre.

Nos deux envoyés spéciaux, Cathy Ceïbe et Bernard Duraud, se sont rendus au Chili au printemps et en ont ramené reportages et entretiens avec des grandes figures historiques ou intellectuelles, engagées dans les combats politiques et syndicaux, d’hier et d’aujourd’hui : Hugo Fazio, Guillermo Teiller, Barbara Figueroa, Camilla Vallejos, Eduardo Contreras… auxquels s’ajoutent ceux du cinéaste Patricio Guzman, de l’universitaire John Dinges, ou encore de la réalisatrice Marie-Monique Robin…

L’expérience révolutionnaire des cent jours de l’Unité populaire, le rôle de Salvador Allende, les figures du grand poète, Nobel de littérature, Pablo Neruda, de Victor Jara ou de la figure communiste historique Gladys Marin font revivre cette période et éclairent les raisons du coup d’État puis de la répression sanglante qui s’est ensuivie.

Ce hors-série Chili, l’espoir assassiné est exceptionnel aussi par la richesse de ses illustrations, avec un travail iconographique qui en fait un outil historique à part entière, avec, en particulier, un reportage photo de Raymond Depardon réalisé, à l’époque, à Santiago sous la botte.

Portraits, analyses, points de vue rythment ce numéro exceptionnel, avec les témoignages de José Fort et Jean Ortiz, journalistes à l’Humanité envoyés au Chili en 1973 et 1978, et les contributions de Patrick Apel-Muller, Fabien Cohen, Frank Gaudichaud…

Enfin, des documents d’époque vous donneront à voir comment l’Humanité en a rendu compte et a accompagné le vaste mouvement de soutien au peuple chilien, au Chili même et en exil. À lire en exclusivité : un entretien avec Amaya Fernandez Allende, petite-fille du président assassiné" . 

 

A lire dans un des livres de mémoires de Pablo Neruda, J'avoue que j'ai vécu, Pablo Neruda qui fut avant d'être l'allié son adversaire communiste aux élections présidentielles, ce portrait d'Allende et de la République sociale chilienne de 1970 à 1973:

 

"Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines de charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles ou gît le cuivre qu'extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu'il réalise des réformes, prenne des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

Partout où je suis allé, dans les pays les plus lointains, les peuples admiraient Allende et vantaient l'extraordinaire pluralisme de notre gouvernement. Jamais, au siège des Nations Unies à New York, on n'avait entendu une ovation comparable à celle que firent au présent du Chili les délégués du monde entier. Dans ce pays, dans son pays, on était en train de construire, au milieu des difficultés immenses, une société vraiment équitable, élevée sur la base de notre indépendance, de notre fierté nationale, de l'héroïsme des meilleurs d'entre nous. De notre côté, du côté de la révolution chilienne, se trouvaient la constitution et la loi, la démocratie et l'espoir.

De l'autre côté il ne manquait rien. Ils avaient des arlequins et des polichinelles, des clowns à foison, des terroristes tueurs et des geôliers, des frocs sans conscience et des militaires avilis. Tous tournaient dans le carrousel du mépris. Main dans la main s'avançaient le fasciste Jarpa et ses neveux de Patrie et Liberté, prêts à casser les reins et le coeur à tout ce qui existe, pourvu qu'on récupère l'énorme hacienda appelée Chili. A leur côté, pour égayer la farandole, évoluait un grand banquier danseur, éclaboussé de sang: Gonzalez Videla, le roi de la rumba, lequel, rumba par-ci, rumba par-là, avait depuis belle lurette livré son parti aux ennemis du peuple...

Le Chili a une longue histoire civile qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. De nombreux présidaillons et deux grands présidents: Balmaceda et allende. Curieusement, l'un et l'autre sortent du même milieu: la bourgeoisie riche, qui se fait appeler chez nous "aristocratie". Hommes de principes, obstinés à rendre grand un pays amoindri par une oligarchie médiocre, ils eurent la même fin tragique. Balmaceda fut contraint au suicide parce qu'il refusait de livrer aux compagnies étrangères nos riches gisements de salpêtre. Allende fut assassiné pour avoir nationalisé l'autre richesse du sous-sol chilien: le cuivre. Dans les deux cas, les militaires pratiquèrent la curée. Les compagnies anglaises sous Balmaceda, les trusts nord-américains sous Allende, fomentèrent et financèrent des soulèvements d'état-major. 

Dans les deux cas, les domiciles des présidents furent mis à sac sur l'ordre de nos distingués "aristocrates". Les salons de Balmaceda détruits à coups de hache. La maison d'Allende, avec le progrès, fut bombardée par nos héroïques aviateurs.

Pourtant, les deux hommes se ressemblent peu. Balmaceda fut un orateur fascinant. Il avait une nature impérieuse qui le rapprochait chaque jour davantage du pouvoir personnel... Allende ne fut jamais un grand orateur. Gouvernant, il ne prenait aucune décision sans consultations préalables. Il était l'incarnation de l'anti-dictateur, du démocrate respectueux des principes dans leur moindre détail. Le pays qu'il dirigeait n'était plus ce peuple novice de Balmaceda mais une classe ouvrière puissante et bien informée. Allende était un président collectif; un homme qui, bien que n'étant pas issu des classes populaires, était un produit de leurs luttes contre la stagnation et la corruption des exploitateurs. C'est pourquoi l'oeuvre réalisée par Allende dans un temps si court est supérieure à celle de Balmaceda; mieux, c'est la plus importante dans l'histoire du Chili. La nationalisation du cuivre fut une entreprise titanesque. Sans compter la destruction des monopoles, la réforme agraire et beaucoup d'autres objectifs menés à terme sous un gouvernement d'inspiration collective.

Les oeuvres et les actes d'Allende, d'une valeur nationale inapréciable, exaspérèrent les ennemis de notre libération. Le symbolisme tragique de cette crise se manifeste dans le bombardement du palais du gouvernement; on n'a pas oublié la Blitzkrieg  de l'aviation nazie contre des villes étrangères sans défense, espagnoles, anglaises, russes; le même crime se reproduisait au Chili; des pilotes chiliens attaquaient en piqué le palais qui durant deux siècles avait été le centre de la vie civile du pays.

J'écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l'a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu'ils l'ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l'étranger est différente. Aussitôt après l'attaque aérienne, les tanks - beaucoup de tanks- sont entrés en action, pour combattre un seul homme: le président de la république du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son coeur généreux, entouré de fumée et de flamme...."

 

(Pablo Neruda, J'avoue que j'ai vécu , Folio p. 514 à 517).  

 

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:02

Ce mercredi 11 septembre 2013, 40 ans après le coup d'Etat de Pinochet contre Salvador Allende et ses alliés communistes, avaient lieu à Quimper les obsèques de Michel Simon, un des sages et des doyens du PCF en Finistère, qui nous a quittés à 87 ans la semaine passée après s'y être préparé.

C'était un sociologue à l'intelligence vive et pétillante doté d'un sens de l'humour et de la persuasion qui rendaient ses interventions en réunions communistes marquantes et déterminantes. Sous des dehors modestes, rieurs et sympathiques, il donnait de la perspective aux choses et permettait à tous de prendre un peu de recul et de distance historique par rapport aux problèmes du moment.

Tout en étant très attaché au rôle du PCF comme outil d'émancipation et de remise en cause du capitalisme, il a soutenu l'émergence du Front de Gauche au service de la transformation sociale et a participé à la campagne du Front Breton de Gauche pour les Régionales de 2010. Le 13 avril 2012 encore, lors du meeting du Front de Gauche organisé par André Bernard et le collectif Front de Gauche de Quimper à l'occasion de la campagne législative, ses propos en tribune sur l'état d'esprit des citoyens et les transformations sociales qui avaient débouché sur la nouvelle situation politique, furent un encouragement à faire un travail d'analyse pour appuyer l'engagement sur la raison.

Sans le connaître beaucoup, en dehors des cinq ou six réunions où nous nous sommes croisés, je peux dire que Michel Simon était le genre de militant avec une profondeur de conviction et une ouverture d'esprit, dont l'esprit critique n'excluait pas la fidélité au parti et aux idéaux de la révolution et de l'égalité, qui rendent fiers et heureux d'appartenir au PCF.

Comme beaucoup d'autres militants communistes âgés que nous avons eu la chance de rencontrer ces dernières années et qui ont certainement connu des périodes difficiles dans leur vie d'engagement, comme des périodes d'espérance et d'enthousiasme révolutionnaire beaucoup plus fortes que celles que nous connaissons aujourd'hui, il nous montre la voie d'une vie qui s'est enrichie de son ouverture aux autres, à l'action politique et à l'histoire, ce qui lui a permis de rester jeune et alerte jusqu'au bout.

Chapeau Michel Simon. Nous te regretterons.

 

Ismaël Dupont.    

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 07:23

Salariés et retraités en ligne de mire

 

par Martine Bulard, lundi 9 septembre 2013 (un excellent article de décryptage à lire dans Le Monde Diplomatique)

 

La der des ders… Chaque fois qu’une réforme des retraites est lancée — sept depuis 1993 —, on assure que c’est la bonne et qu’enfin salariés comme retraités pourront vivre tranquille. Chaque fois, les promesses s’envolent et les gouvernants aggravent les ponctions, sans jamais s’interroger sur la nocivité de la potion qu’ils font ingurgiter à intervalles réguliers, depuis deux décennies.

Plus habiles que leurs prédécesseurs, le président François Hollande et son premier ministre ont laissé leurs experts multiplier les propos alarmistes, avant de présenter ensuite leur mixture comme un moindre mal.

Mais si la posologie est (un peu) allégée par rapport aux annonces intempestives, elle n’en est pas moins dangereuse.

Sa philosophie ? Travailler plus pour toucher moins, et sans attendre, payer plus. Tous les salariés sont touchés, mais les plus jeunes et les plus anciens, c’est-à-dire les retraités, sont les plus pénalisés. Le capital est totalement épargné.

La seule mesure franchement positive concerne la pénibilité. Toutefois, pour les travailleurs les plus exposés aux problèmes de santé, elle ne fait que réparer les dégâts liés au recul de l’âge de la retraite à 62 ans — décidé par la droite et M. Nicolas Sarkozy, condamné par le Parti socialiste quand il était dans l’opposition mais maintenu par les élus socialistes désormais majoritaires (sauf pour les très longues carrières).

 

Idées fausses pour mauvaises solutions

 

Avant même d’entrer dans le détail des mesures, on peut s’interroger sur la dramatisation des déficits et l’inquiétude permanente instillée dans les têtes.

Certes le trou existe, mais il n’est pas abyssal : 4,5 milliards d’euros sur 98 milliards de cotisations versées. Il est principalement dû à la récession (et non à un problème structurel). D’ici 2020, il tutoiera 1 % du produit intérieur, soit un peu plus de 20 milliards. C’est l’équivalent de ce que le gouvernement vient d’offrir sur un plateau au patronat au nom du plan compétitivité. Sans obligation aucune pour les dirigeants d’entreprise en matière d’emploi, de salaire ou même de formation.

Sans que la question du financement n’ait troublé qui que ce soit. Ce qui est possible pour les patrons ne l’est plus pour les salariés ou les retraités ?

Nul ne nie l’augmentation du nombre de personnes de plus de 65 ans. Mais la vague grise n’a rien d’une déferlante : nous ne sommes ni en Allemagne ni au Japon (1). D’une part, la France a une démographie dynamique et disposera donc à l’avenir d’une population active en augmentation. D’autre part, elle connaît une productivité du travail parmi les plus élevées du monde. Si, comme on nous le répète souvent, il y avait effectivement 2,5 actifs pour 1 retraité en 1970 contre 1,5 actif d’ici 2020, ce dernier produit aujourd’hui plus que les 2,5 d’antan (2). Du point de vue des richesses disponibles pour les retraites, il n’y a donc pas de pénurie.

Contrairement à ce que prétendent les apôtres de l’apocalypse, l’actif de demain ne sera pas pressuré par les vieux à venir. En fait, si le président Hollande s’est ainsi précipité, ce n’est pas pour « sauver le système de retraite », menacé d’aucune faillite, mais pour répondre aux injonctions de Bruxelles et des agences de notations qui réclament une réduction des dépenses publiques et notamment des retraites par répartition.

« Le projet de réforme comporte des points pouvant être vus comme en opposition avec ce que la commission avait suggéré (3) », a déjà fait savoir M. Olli Rehn, commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, sur le ton de l’instituteur mécontent face à un élève récalcitrant. Avec la même condescendance, l’agence de notation Fitch indique : « Les récentes annonces du gouvernement français sur sa réforme des retraites constituent une étape positive pour la signature de crédit (...) mais n’apparaissent pas suffisantes (4). »

Pour les milieux financiers, ce n’est jamais assez. Et le mécontentement de Bruxelles ne vaut pas bienfait pour les travailleurs. Qu’on en juge, à l’examen des principales mesures.

 

Les cotisations pour tous... mais certains plus que d’autres

 

Après avoir alimenté la chronique tout l’été autour d’une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG), le gouvernement a choisi d’accroître les cotisations, et donc d’affirmer le lien entre salaire différé (payé en cotisations dites patronales et salariales) et pension perçue à la retraite — lien qui constitue l’un des piliers du système français. Les salariés comme les employeurs paieront 0,15 point de plus en 2014 puis 0,05 point supplémentaire en 2015, 2016 et 2017.

Pour un Smicard, la ponction sera, au total, de 54 euros par an. Ce qui est loin d’être négligeable, quand cela vient après des hausses diverses (électricité, TVA, taxe sur le fuel...) et des revalorisations salariales au compte-goutte : depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement n’a donné aucun coup de pouce au salaire minimum, jugé trop élevé ! Quant au patronat, le pouvoir lui redonne d’une main ce qu’il lui a pris de l’autre.

Le premier ministre s’est engagé à « baisser le coût du travail » et donc à compenser la hausse des cotisations vieillesse par une baisse des cotisations familiales… qui seront alors payées par les contribuables (les salariés et les retraités). Non seulement le gouvernement exonère les chefs d’entreprise, mais il en profite pour amorcer une réforme structurelle réclamée par les chantres de l’austérité depuis des décennies : sortir les allocations familiales du périmètre de la Sécurité sociale pour les laisser à la solidarité nationale (et aux aléas du budget de l’Etat) et décharger l’entreprise de toute responsabilité sociale.

A en croire les porte-voix libéraux, ce sont les cotisations sociales qui ruineraient l’économie française et casseraient le génie industriel. Il n’en est rien.

Entre 1980 et 2011, la part payée par les employeurs dans la valeur ajoutée des sociétés non financières s’est réduite de 1,7 point. Et pour quel bénéfice ? Les investissements sont restés quasiment stables (+ 0,2 point). En revanche les actionnaires ont touché le gros lot : la part des profits distribués a en effet grimpé de 6 points (5).

 

Les retraités matraqués

 

Autre choix du gouvernement : les pensions sont partiellement désindexées. Elles ne seront plus revalorisées du montant de l’inflation officielle chaque année en avril mais en octobre : un report de six mois qui fait perdre 0,9 % de pouvoir d’achat en moyenne. Devant le tollé, la ministre des affaires sociales a promis d’épargner les plus petites pensions fixées à… moins de 800 euros ! Le moins que l’on puisse dire est que la barre n’est pas très haute. Déjà, la Confédération française démocratique du travail (CFDT), Force ouvrière (FO), la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et le patronat ont concocté, en mars dernier, une totale désindexation des retraites complémentaires, qui pour nombre de salariés, constitue la grande part de leur pension. A cela s’ajoutent d’autres mesures fiscales. Jusqu’alors, la majoration de 10 % des pensions touchées par les parents de trois enfants et plus était exonérée. Cette somme sera désormais fiscalisée.

Les retraités paieront plus d’impôts. Et les femmes seules seront particulièrement pénalisées. Au total, l’Etat récupérera ainsi 2,7 milliards d’euros par an à partir de 2020. Pour les retraités, la chute sera comprise entre 2,6 et 3 %. Il faut rappeler que la moitié d’entre eux touchent moins de 1 530 euros par mois. Ce qui ne permet guère de faire des folies. Certes les deux tiers sont propriétaires de leur logement, mais ils doivent assumer totalement leurs mutuelles santé, souvent à prix d’or.

Actuellement,le nombre de retraités pauvres dépasse les 10 %. Autrement dit, la réforme va réduire le pouvoir des salariés et des retraités et freiner une croissance nationale qui souffre déjà d’une insuffisance de demande intérieure.

 

L’allongement de l’espérance de vie récupérée par l’employeur

 

Le gouvernement a refusé de reculer l’âge officiel de la retraite (62 ans) qui permet de partir avec une pension pleine, quand on a cotisé pendant tous les trimestres requis. Nul ne s’en plaindra. Et ceux qui ont commencé à travailler tôt peuvent en bénéficier.

Mais déjà aujourd’hui, plus d’un salarié sur trois ne peut partir à 62 ans avec une retraite pleine et entière : ils doivent choisir entre partir et subir pour le restant de leurs jours une décote qui peut aller jusqu’à 8 %, rester dans leur emploi s’ils le peuvent, ou s’inscrire au chômage. Beaucoup — près de 3 sur 10 — n’ont pas le choix et sont jetés dehors avant de pouvoir aspirer à une nouvelle vie.

Du reste, le nombre de chômeurs de plus de 55 ans augmente à mesure que recule l’âge de départ. Autrement dit, ce que l’on ne paie pas en pensions on le paie en indemnités chômage. Sauf que celles-ci sont souvent inférieures à la pension attendue.

C’est d’ailleurs tout le calcul du patronat et du gouvernement : avoir moins à débourser.

 

Le pouvoir de gauche a donc décidé de se mettre dans les pas de ses prédécesseurs de droite. Ces derniers avaient allongé de six trimestres le temps de cotisations entre 2003 et 2019 ; le gouvernement Ayrault les augmentera de six trimestres entre 2020 et 2035.

 

Résultat : les personnes nées en 1973 partiront aux environs de 68 ans en moyenne.

A condition qu’ils ne connaissent pas de carrière en dents de scie. Nombre de jeunes en sont à se demander s’ils verront un jour la retraite ; ce qui accroît encore leur angoisse de l’avenir. Pour justifier son choix, le gouvernement fait valoir l’allongement de l’espérance de vie — une réalité incontestable. Mais jusqu’en 2003, cet allongement était laissé aux travailleurs pour en jouir. Désormais, les deux tiers doivent être consacrés au travail (ou au chômage).

Un changement historique qui n’est sans doute pas sans conséquence : pour la première fois depuis l’après-guerre, l’espérance de vie en bonne santé à la naissance a reculé, passant de 64,8 ans en moyenne en 2008 à 63,6 ans en 2011 (6).

Un (petit) effort a été consenti pour les apprentis qui pourront cotiser et pour les femmes dont la totalité des congés maternités sera comptabilisée — une des rares dispositions Sarkozy que l’actuel gouvernement abroge. Pour les personnes travaillant à temps partiel, chaque trimestre sera validé à partir de 11 heures hebdomadaires payées au SMIC (7), contre 15 heures jusqu’à présent — ce qui devrait toucher 4,4 % des femmes à temps partiel et 1,1 % des hommes (8).

On est loin de la promesse de lutter contre les inégalités : les pensions féminines sont inférieures de 42 % à celles des hommes !

 

Pénibilité, encore un effort

 

Un compte individuel sera créé pour les personnes travaillant dans des conditions pénibles, selon la définition retenue par le patronat et les syndicats : contraintes physiques (manutention, postures difficiles...), rythmes de travail fatigants (travail de nuit ou en équipes alternantes), environnement agressif (produits chimiques dangereux, bruit...). Des points seront accumulés : un point par trimestre d’exposition, deux quand il y a deux types de contraintes, jusqu’à un total de 100.

Les inégalités devant le travail sont si prégnantes que même M. Sarkozy avait fait semblant de les prendre en compte. Il avait créé une disposition qui devait permettre à 30 000 personnes de partir plus tôt : seules 6 359 personnes en ont bénéficié. M. Hollande promet que 20 % des salariés seront concernés. Cela paraît plus sérieux. Toutefois le dispositif reste modeste : à partir de 25 ans d’exposition, note la Confédération générale du travail (CGT), un salarié pourra accumuler l’équivalent de 8 trimestres ; ce qui lui permettrait de partir à 60 ans et d’en revenir à la situation... d’avant la décision Sarkozy de porter l’âge à 62 ans. Rappelons que la différence d’espérance de vie à 60 ans entre un cadre et un ouvrier est toujours de cinq ans. De plus, le dispositif prévoit que les premiers points accumulés devront être consacrés à la formation pour aller vers une reconversion. Mais rien n’est dit sur la façon d’opérer : qui décide ? Pour quel futur emploi ? A partir de quel âge un salarié pourra-t-il y prétendre ? On sait que les personnes les moins qualifiées et les plus âgées (plus de 50 ans !) sont celles qui ont le moins accès aux formations dans les entreprises. En ira t-il autrement demain ?

Enfin une partie des points devrait permettre au salarié de travailler à mi-temps. Mais on ignore encore le montant des compensations. Or la pension retraite est calculée sur les 25 meilleures années — toute réduction de la paie en fin de carrière se paie cher par la suite. Quant au financement, le gouvernement prévoit une mini-taxe interprofessionnelle financée par toutes les entreprises, et une autre acquittée par celles qui imposent des conditions de travail déplorables. De quoi inciter à une organisation moins coûteuse pour la santé des salariés. Alors que le patronat est vent debout, le pouvoir ira t-il jusqu’au bout ?

 

La République des experts

 

La réforme aboutira enfin à la création d’une Commission de pilotage des retraites, aux cotés du Conseil d’orientation des retraites (COR). Si ce dernier comprend tous les syndicats et le patronat, ceux de la Commission seront désignés, mais on ignore par qui et selon quels principes. Le précédent du Haut conseil des finances publiques ne prête guère à l’optimisme : sur les onze membres de cette docte assemblée, neuf ont ouvertement pris position pour une réduction des dépenses publiques. Les autres sont tenus au secret des délibérations.

Le COR n’était certainement pas un modèle de démocratie, mais au moins pouvait-on prendre connaissance des arguments des uns et des autres. Le risque est grand de voir corseter les pensions, sans le début d’un débat public. On a l’impression que pour l’élite (de gauche ou de droite), plus les réformes sont nocives, plus la démocratie fait peur.

 

(1) Voir le dossier « Une planète grisonnante », Le Monde diplomatique, juin 2013.

(2) Si l’on prend la base 100 en 1950, la productivité du travail atteint 275 en 1970 et 723 en 2010, selon l’Insee. Autrement dit, un travailleur qui produisait 100 en 1950, produisait l’équivalent de 275 unités en 1970 et 723 quarante ans plus tard.

(3) « Retraites : le scepticisme croissant de Bruxelles », lemonde.fr, 6 septembre 2013.

(4) « La réforme des retraites positive mais insuffisante, juge Fitch », lesechos.fr, 6 septembre 2013.

(5) Chiffre cité par Jean-François Couvrat (@dechiffrages sur Twitter) le 12 mars 2013, à partir des comptes nationaux de l’Institut national de la statistique et des études-économiques (Insee).

(6) Même source.

(7) Le nombre de trimestres validés n’est pas établi en fonction de la durée de travail réalisé mais en fonction du montant de la rémunération annuelle soumise à cotisation. Chaque paquet de 200 heures de travail rémunérées au SMIC permettait de valider un trimestre (jusqu’à concurrence de 4 trimestres par an). Le paquet est, à partir de 2014, de 150 heures.

(8) Calcul réalisé par Christiane Marty pour le Conseil scientifique d’Attac et la Fondation Copernic. Lire aussi « La double peine des femmes » dans Le Monde diplomatique de ce mois, en kiosques.

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 14:28

Retraites : plus forte mobilisation syndicale depuis  l'arrivée de la gauche

 

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Photo de la manifestation du 10 septembre 2013 à Morlaix - Le Télégramme. Entre 400 et 500 manifestants.

 

PARIS, 10 sept 2013 (AFP) - Salariés, jeunes et retraités, entre  150.000 selon la police et 370.000 selon la CGT, sont descendues mardi dans la rue pour contester la première réforme des retraites d'un gouvernement  de gauche, un succès aux yeux des organisateurs qui entendent lui donner une suite.
Le ministère de l'Intérieur a compté 170 rassemblements à travers le pays - la CGT près de 200 - pour cette journée d'action appelée par quatre syndicats - CGT, FO, Solidaires, FSU. Il s'agit de la plus forte mobilisation syndicale depuis l'élection de François Hollande en mai 2012.
Le défilé parisien entre la place de la République et Nation a  rassemblé15.000 personnes, selon la police, 50.000 selon la CGT.
La mobilisation "va surprendre", avait prévenu dès la matinée le  numéro un de la CGT Thierry Lepaon, qui dans l'après midi avait prédit entre  300.000 et 500.000 manifestants.
Dès la fin des manifestations, la CGT a annoncé une suite : elle appelle "les jeunes salariés à se mobiliser avec les organisations de  jeunesse le 18 septembre", jour de la présentation du projet en conseil des  ministres.
Elle entend aussi créer "toutes les conditions avec les  organisations syndicales et de jeunesse pour élargir la mobilisation dans les prochains jours".
Cette mobilisation, affirme le premier syndicat français, "contredit l'échec annoncé par les défenseurs de cette réforme". Selon la CGT,  "les salariés ne se résignent pas à la baisse des pensions et à  l'allongement de la durée de cotisations".
Pour le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, la mobilisation "dépasse le cercle militant", même si ce "n'est pas une déferlante". Il a indiqué également que les syndicats discuteront la semaine prochaine de la  suite à donner à cette journée.
"C'est une bonne mobilisation" plus massive, selon lui, que celle contre la réforme de l'emploi organisée par les mêmes syndicats le 5 mars  dernier, et qui avait rassemblé 200.000 personnes, selon eux.
M. Mailly a appelé le gouvernement à faire "encore des efforts.  Il y a un verrou à faire sauter, celui de l'allongement de la durée" de  cotisation à 43 ans en 2035. Cette mesure du projet focalise la contestation   syndicale et en
fait une loi "anti-jeunes", selon eux.
Des défilés et des rassemblements ont eu lieu  dans de nombreuses villes: à Nantes (entre 4.500, selon la police et 8.000, selon les  syndicats), Toulouse (4.000/16.000), Lyon (4.000/8.500), Marseille (6.300/50.000), Bordeaux(6.200/12.000), Lille (3.000/4.500), Grenoble (entre 2.000 et  10.000), Rennes (2.200/4.500).

 "Retraite, 20 ans de régression ça suffit", lisait-on sur une banderole à Nantes, la ville du Premier ministre Jean-Marc-Ayrault. "Sarko, Hollande même combat, retrait retrait du projet de loi", entonnaient des militants à Brest, tandis qu'à Strasbourg, un  slogan accusait le PS de faire "une politique de misère". "Nous ne sommes pas des  vaches à lait, nous voulons travailler", lançaient des jeunes dans le  cortège lillois derrière une banderole Unef.
L'ampleur de la mobilisation est loin d'égaler les  manifestations de 2010 contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy qui avaient rassemblé pour la plus massive entre 1,2 million de personnes (police) et 3,5  millions (selon
les syndicats).

A l'inverse de 2010, les syndicats réformistes - CFDT, CFE-CGC  et la CFTC - n'étaient pas dans la rue.

 

Source Le Télégramme:

 

Voici les rassemblements lancés par l'intersyndicale CGT, FO, FSU et Solidaires :

 

Côtes-d'Armor

Dinan : entre 150 et 200 manifestants
Guingamp : quelque 250 manifestants 

Lannion : environ 500 manifestants
Saint-Brieuc : environ 700 manifestants  

 

Finistère

Brest : quelque 1.500 manifestants
Morlaix : environ 400 manifestants
Carhaix : entre 250 et 300 manifestants
Quimper : un millier de manifestants
Quimperlé : quelque 300 manifestants

Ille-et-Vilaine
Des rassemblements étaient programmés à
Fougères
 
Rennes : plus de 2.000 manifestants, selon "Le Mensuel de Rennes"
Saint-Malo : environ 200 manifestants
Vitré 
A noter également un appel commun CGT et FO à La Poste d'Ille-et-Vilaine et de la CGT à PSA La Janais.  

 

Morbihan
Belle-Ile-en-Mer : une trentaine de manifestants
Lorient : près de 1.500 manifestants
Pontivy : environ 220 manifestants
Vannes : entre 500 et 600 manifestants

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:46

Vidéo de la Compagnie Jolie Môme:

http://www.youtube.com/watch?v=6h30r8jaAH0

 

Montage de la CGT:

http://www.youtube.com/watch?v=HktH9gs4Jy4

 

 

DANS LA RUE Compagnie Jolie Môme 

 

Tu peux voter, pétitionner

Débattre à la télé

ou gamberger sans te bouger

C'est dans la rue qu'ça se passe,

C'est dans la rue qu'ça se passe

 

Couplets :

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

Un bulletin dans une boîte

Ca change pas grand chose

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand revient le printemps

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand on lâche nos écrans

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand on s'est rencontré

C'est dans la rue qu'ça se passe

La peur s'en est allée

 

(Break : le temps d'un couplet en Am )

C'est dans la rue

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand s'énervent les enfants

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand les rejoignent les parents

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand on bloque la machine

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand les rêves s'animent

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Dans la rue d'à côté

C'est dans la rue qu'ça se passe

Comme dans tous les quartiers

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Gréve générale

Tous ensemble, tous ensemble

Gréve générale

Tous ensemble, tous ensemble

Gréve générale

Tous ensemble, tous ensemble

Gréve générale

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand les rois sont matés

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand valse l'échiquier

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand on change le ciel

C'est dans la rue qu'ça se passe

Toujours en plein air

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand on change d'air

C'est dans la rue qu'ça se passe

On va pas s'laisser faire

C'est dans la rue qu'ça se passe

Quand il s'passe quelque chose

C'est dans la rue qu'ça se passe

On va pas s'laisser faire

C'est dans la rue qu'ça se passe

On va pas s'laisser faire

C'est dans la rue qu'ça se passe

On va pas s'laisser faire

 

C'est dans la rue qu'ça se passe

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:36
Retraites des chômeurs : d’une précarité à l’autre
 
Arguant de l’allongement de la durée de vie et de la nécessité de sauver le financement des retraites par répartition, le Premier Ministre a présenté le 27 août un projet de réforme dont le poids reposera une fois de plus sur les salariés et, doublement, sur les chômeurs.  
 
La future réforme prévoit l’allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein : c’est la double peine pour les chômeurs et précaires. Leurs revenus, insuffisants et marqués par la précarité du travail seront encore dégradés à la retraite.
 
 Le nombre de retraités sexagénaires occupant un emploi a doublé depuis 2006. 50% d’entre eux déclarent travailler car leur retraite « ne suffit pas pour vivre.»  Qu’en sera-t-il des chômeurs qui ne cotisent pas leurs trimestres ? Voire, s’ils sont allocataires du RSA, qui les perdent purement et simplement ?
 
Allonger la durée de cotisation, c’est nier que l’espérance de vie en bonne santé se dégrade en France, notamment pour les femmes, les personnes les moins qualifiées et les précaires. Cette tendance n’est pas prête de s’inverser, alors que l’on poussera toujours plus de personnes dans la précarité, et que les plus âgés seront forcés de trouver une activité rémunérée – si activité il y a – pour améliorer le quotidien, et sous réserve d’avoir le droit de cumuler des revenus du travail avec une pension de retraite, ce dont sont exclus aujourd’hui les allocataires de l’ASPA. 
 
Allonger la durée de cotisation, c’est favoriser le chômage des seniors, qui, n’ayant pas cotisé assez, devront survivre grâce aux minima sociaux et aux petits boulots. C’est remplacer le déficit des retraites par le déficit de l’UNEDIC et des caisses de solidarité.
 
Nous dénonçons cette réforme qui créera toujours plus de précarité. Nous exigeons que nos propositions soient prises en compte, seules à même de garantir une retraite décente pour tous :
  • Le retour du calcul des pensions sur les 10 meilleures années et non plus sur les 25 comme actuellement. Ainsi serait mieux pris en compte le caractère discontinu des carrières, ce qui garantirait plus d’égalité des citoyens devant la retraite ;
  • Le financement des retraites assis sur la valeur ajoutée des entreprises mise alors à contribution, et non sur la seule masse salariale;
  • Le prolongement de l'indemnisation des chômeurs âgés de plus de 58 ans jusqu'à l'obtention d'une retraite à taux plein, avec le rétablissement de l’Allocation Equivalent Retraite (AER) et de la Dispense de Recherche d’Emploi (DRE) ;
  • L’augmentation de l’ASPA ;
  • L’individualisation et l’égalité des droits pour tous les retraités.
Nous manifesterons donc le 10 septembre avec tous ceux qui veulent une autre réforme des retraites, qui soit à la hauteur des défis qui se posent à notre société.  
 
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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 16:32

Sondage exclusif CSA pour l’Humanité : 8 Français sur 10 inquiets quant à leur retraite.

 

C’est le nombre de Français qui se disent inquiets pour leur retraite.

Tel est l’enseignement d’un sondage exclusif réalisé par l’institut CSA pour l’Humanité à découvrir dans l'édition du lundi 9 septembre. Si certaines mesures bénéficient du soutien d’une majorité, la réforme gouvernementale est loin de convaincre les esprits, à la veille de la grande mobilisation syndicale.

Une fois de plus, ce sondage montre combien les Français sont sceptiques vis-à-vis de cette réforme, qui sera au cœur de la journée d’action organisée mardi 10 septembre par la CGT, FO, la FSU et Solidaires.

 

D’ailleurs, 42 % des Français expriment leur soutien ou leur sympathie à l’égard de ce mouvement. Un soutien plus élevé à gauche (52 %) et notamment de la part des sympathisants du Front de Gauche (75 %) que parmi ceux de droite (26 %).

 

SONDAGE EXCLUSIF : 61% des Français approuvent la manifestation contre la réforme des retraites

 

Interrogés par OpinionWay dans le cadre du baromètre metronews-Clai-LCI, les Français jugent à 61% que la journée nationale d'action contre la réforme des retraites, à laquelle plusieurs organisations syndicales appellent mardi, est justifiée.

En mettant sur pieds sa réforme des retraites, le gouvernement a soigneusement évité les mesures susceptibles de cristalliser les mécontentements et de déclencher un vaste mouvement social. Mais son texte pourrait bien de ne pas passer comme une lettre à la poste.

Interrogés par OpinionWay sur leur soutien à la mobilisation de mardi, à laquelle appellent plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires) appellent, les Français sont 61% à considérer ce mouvement comme justifié - pour 27% il l'est "tout à fait", pour 34% "plutôt", contre 39% qui jugent le contraire, 25% répondent "plutôt pas", et 14% "pas du tout".

L'épreuve de la rue s'annonce donc tendue pour le projet de loi, qui sera présenté en conseil des ministres le 18 septembre.

"Un risque très clair" "C'est un soutien supérieur à celui que nous enregistrions avant les grandes manifestations contre la réforme Fillon de 2010", souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay.

Pour le politologue, "il y a un risque très clair pour François Hollande de mécontenter fortement sur ce sujet, en particulier sa base électorale qui y est sensible".

 

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 13:21
Impôts : la contre-révolution conservatrice de Moscovici (Mediapart)
05 septembre 2013 | Par Laurent Mauduit - Mediapart.fr

C’est vraiment une politique fiscale injuste que dévoile, jour après jour, le gouvernement socialiste. Tournant le dos à la grande réforme promise pendant la campagne présidentielle pour instiller un peu d’équité dans un système qui, au fil des ans, est devenu gravement inégalitaire et avantage surtout les hauts revenus, les ministres des finances et du budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont à l’évidence une stratégie cachée. Annonçant au compte-gouttes leurs mesures nouvelles pour 2014, ils préparent, mais sans le dire publiquement, un immense transfert de charges à l’avantage des entreprises, y compris des plus grandes, et au détriment des contribuables, y compris les plus modestes. En somme, en lieu et place de la « révolution fiscale » promise par François Hollande, c’est une contre-réforme qui prend forme. Et qui plus est, dans les pires des conditions, car le gouvernement ne joue pas cartes sur table et n’affiche pas clairement ses intentions. Disons-le brutalement : il y a même une part de duperie dans la façon dont les dernières mesures ont été annoncées.

Revoyons en effet le film fiscal auquel nous avons assisté depuis l’alternance, et celui qui s’est brutalement accéléré depuis le milieu de l’été.

D’abord, il y a eu la phase I, si l’on peut dire : sitôt installés aux commandes, au lendemain de l’élection présidentielle, les socialistes ont immédiatement oublié qu’ils avaient effectivement promis au pays une grande « révolution fiscale », visant à réintroduire de la progressivité dans le système français des prélèvements, système qui est devenu dégressif et qui avantage les plus riches. Cette révolution devait notamment prendre la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG). (Lire : Mais où est donc passée la révolution fiscale ?) Résultat : la grande réforme n’a pas même été évoquée par Jean-Marc Ayrault, en juillet 2012, lors de sa déclaration de politique générale. Et dans la foulée, le gouvernement a décidé, à l’automne 2012, de maintenir en l’état les « niches fiscales » les plus scandaleuses, celles qui profitent aux plus hauts revenus au travers des systèmes de défiscalisation dans les DOM-TOM ou le cinéma. (Lire Le cadeau injustifiable que vont garder les ultra riches.)

Dans la même logique, le gouvernement a aussi oublié la promesse qu’il avait faite de rétablir l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), dans l’état où il était avant que Nicolas Sarkozy ne le vide comme un gruyère. Car, pour finir, il a été décidé que le seuil de déclenchement de l’ISF resterait fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine, contre 800 000 euros auparavant, conformément à la réforme sarkozyste, et que le taux supérieur de 1,8 % ne serait pas rétabli.

Ensuite, il y a eu la phase II : celle non plus de l’oubli des promesses électorales, mais celle des reniements. Cela a pris la forme, à l’hiver 2012-2013, de l’annonce de ce soi-disant choc de compétitivité, au terme duquel il a été décidé que 20 milliards d’euros seront apportés aux entreprises sous la forme d’un crédit d’impôt et que les ménages seraient mis à contribution pour financer le dispositif.

Avec le recul, cette réforme apparaît encore beaucoup plus importante – et plus grave – qu’on a pu, sur le moment, le penser. (Lire Economie : Hollande se renie et copie Sarkozy.) D’abord, à cause des caractéristiques mêmes de la réforme, pour le moins injustes, qui ont été à l’époque dévoilées. On sait en effet, comme Pierre Moscovici l’a encore répété récemment devant les patrons du Medef (lire Ce que révèle le tango d’amour Moscovici-Gattaz), que ces cadeaux fiscaux seront « sans contrepartie ». En clair, les groupes du CAC 40 pourront tout bonnement abonder encore un peu plus les dividendes qu’ils servent à leurs actionnaires. Le même Pierre Moscovici a aussi annoncé la semaine passée – les bras vous en tombent ! – que le cadeau sera offert « sans contrôle fiscal » – avis à ceux qui pourraient être tentés par la triche !

Et, pour financer ce dispositif, le gouvernement a, à l’époque, annoncé qu’il prendrait différentes mesures à la charge des ménages ou des consommateurs, dont une majoration de certains des taux de TVA, à compter du 1er janvier 2014. En clair, les socialistes, qui critiquent de très longue date la TVA au motif qu’il s’agit d’un impôt parmi les plus injustes pesant relativement plus sur les bas revenus que sur les hauts, ont fait l’exact contraire de ce qu’ils avaient promis. Eux qui avaient dénoncé avec virulence – et à juste titre ! – la hausse de la TVA, décidée au début de 2012 par Nicolas Sarkozy, ont choisi finalement de poursuivre le même projet, sous des modalités à peine modifiées.

Mais avec le recul, peut-être n’avait-on pas deviné – le gouvernement n’a certes rien fait pour nous éclairer sur ses véritables projets – que cette première réforme, visant à organiser un gigantesque transfert de charges à l’avantage des entreprises et au détriment des salariés, ne serait qu’une première étape. Et que ce transfert, économiquement contestable et socialement très inégalitaire, allait être amplifié par de nouvelles réformes.

 

Tour de bonneteau au détriment des familles

Car c’est précisément ce qui est en train d’advenir, dans cette phase III que nous sommes en train de vivre : sans le dire vraiment, le gouvernement est en train d’accélérer cette très injuste politique. La contre-réforme conduite par les socialistes, la voilà : dans une logique ultra-libérale, le gouvernement est en train de donner raison au patronat sur la quasi-intégralité de ses demandes et tend à faire peser sur les salariés et les consommateurs l'intégralité des efforts fiscaux. Dans la période récente, aucun gouvernement, même de droite, n'avait conduit une politique à ce point en sens unique.

Examinons en effet les tours de bonneteau de ces derniers jours : on aura tôt fait de discerner que c’est la même politique de transferts de charges qui se poursuit. Quand il a annoncé sa réforme des retraites, à la fin du mois d’août (lire Retraites : vive le capital ! A bas le travail !), Jean-Marc Ayrault s’est, certes, gardé de le dire. Dans l’affichage des mesures, il a même eu un souci apparent d’équilibre puisque au titre des hausses de cotisations retraites annoncées, employeurs et salariés ont été logés à la même enseigne, avec à la clef une progression de 0,3 % de leurs cotisations, soit un effort à terme de 3,2 milliards d’euros pour les uns comme pour les autres.

Mais dans la foulée de l’annonce de ces mesures, on a appris le même jour que, en fait, la hausse des cotisations retraite pour les employeurs, pourrait être compensée partiellement. Au soir de l’annonce de ce plan, on n’avait donc guère qu’une certitude : au moins, les entreprises auraient à leur charge une partie du financement de l’un des volets de la réforme des retraites, celle qui a trait à la pénibilité.

Or, en fait, au fil des jours suivants, on a découvert que le gouvernement s’était bien gardé de révéler le fin mot de l’histoire. D’abord, la promesse a été faite au patronat que même le volet pénibilité de la réforme des retraites ouvrirait droit pour lui à une compensation. C’est l’AFP, le vendredi 30 août, par une dépêche diffusée à 12 h 51, qui l’a suggéré : « Le président du Medef Pierre Gattaz a affirmé vendredi avoir obtenu du gouvernement un "engagement oral" que les coûts découlant de la création d’un compte de pénibilité en 2015 seraient compensés pour les entreprises. "J’ai eu un engagement oral que la pénibilité sera aussi prise en compte dans cette compensation", a déclaré vendredi sur RTL le président de la principale organisation patronale française". »

Mais la veille, jeudi 29 août, lors des universités d’été du Medef, le ministre des finances, Pierre Moscovici, avait lui-même levé un coin du voile sur les vrais projets du gouvernement. Dans son intervention (que l’on peut retrouver ici), il avait en effet annoncé aux patrons que la hausse de leurs cotisations retraite « sera intégralement compensée par une baisse des cotisations famille ». Intégralement ! En clair, la réforme des retraites sera intégralement à la charge des salariés, et pas le moins du monde à la charge des entreprises, ni de leurs actionnaires…

Et qui paiera cette baisse des cotisations famille patronales, si généreusement annoncée par Pierre Moscovici ? Sur le moment, le ministre des finances s’était bien gardé de dévoiler le pot aux roses, même si on pouvait déjà deviner le tour de bonneteau en préparation. Mais maintenant, on sait précisément à quoi s’en tenir : encore et toujours, ce sont les ménages qui vont financer ces cadeaux dispendieux faits aux entreprises, avec pour elles de simples effets d’aubaine en perspective, mais aucun effet prévisible sur l’emploi ou l’investissement.

C’est le journal Les Échos de ce jeudi qui donne la clef du mystère. Il révèle en effet que près de 500 millions d'euros devraient être économisés sur les niches fiscales pour frais de scolarité dans le cadre du projet de loi de finances pour 2014. L’exécutif compte également supprimer la niche bénéficiant aux familles ayant des enfants scolarisés dans le supérieur. Explication du quotidien : « Dans le cadre de la réforme des prestations familiales, le gouvernement avait annoncé début juin son intention de supprimer la niche concernant les élèves scolarisés dans le secondaire. Montant affiché alors de l’économie : 235 millions d’euros (…)  Selon les documents budgétaires, la niche bénéficiant aux enfants scolarisés au collège et au lycée concerne 2,2 millions de ménages. Pour ceux-là, l’impôt sur le revenu devrait augmenter en moyenne de 12 euros par mois. »

Mais le journal poursuit en expliquant que le gouvernement a finalement décidé d’amplifier la mesure : « À la recherche d’argent, l’exécutif a toutefois décidé au cours de l’été d’élargir le champ de la mesure. La réduction d’impôt concernant les enfants scolarisés dans l’enseignement supérieur, dont bénéficient 1,15 million de ménages, devrait du coup être elle aussi supprimée. Avec, à la clef, 210 millions d’euros de recettes supplémentaires, portant le total de la somme à 445 millions d’euros, pour la suppression de ces deux avantages fiscaux. » Conclusion des Échos : « Pour les familles concernées, la suppression de ces deux niches se traduira bien par une hausse de l’impôt sur le revenu. Qui s’ajoutera au milliard d’euros de recettes supplémentaires attendues de l’abaissement de 2 000 à 1 500 euros du plafond de l’avantage lié au quotient familial. »

Et où ira cette somme qui sera prélevée dans la poche des familles qui ont à financer les études de leurs enfants, lycéens ou étudiants ? Nous y voilà ! Le journal donne le fin mot de l’histoire : « Le rendement de la suppression des deux niches sera affecté au financement de la branche famille. »

Et tout ce projet est à l’évidence très avancé puisque le ministre délégué au budget, Bernard Cazeneuve, n’a pas souhaité démentir les informations du quotidien. En creux, il les a même validées, puisque, interrogé sur la possible suppression de ces deux avantages fiscaux consentis aux familles, il s’est juste borné à annoncer des mesures d’accompagnement : « Le gouvernement mobilisera les moyens pour accompagner de façon significative les étudiants et notamment les plus défavorisés », a-t-il juste relevé. A la chaîne Public Sénat, le président de l'Unef, Emmanuel Zemmour d'ailleurs indiqué ce jeudi que le syndicat étudiant avait obtenu la « confirmation officielle » de la remise en cause de cet avantage fiscal dans le cadre du budget 2014.

CQFD ! C’est donc bel et bien un gigantesque transfert de charge au détriment des ménages que le gouvernement veut poursuivre, mais sans l’afficher ouvertement. Un transfert de charges en catimini dont on devine par avance les immenses dangers : il risque de gonfler les profits des grandes entreprises, mais ni l’emploi ni l’investissement ; et dans le même temps, il risque de pousser encore à la baisse un pouvoir d’achat des salariés qui enregistre actuellement une baisse historique depuis 1984.

Voilà ce qu’incarne aujourd’hui Pierre Moscovici, le ministre du Medef : une politique fiscale authentiquement conservatrice.

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