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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 11:45

 

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Morlaix pendant la Révolution (II)

Une histoire de Morlaix, troisième partie

Par Ismaël Dupont (compte rendu de lectures)

 

L'appauvrissement de la ville, la fin de la Manufacture

Début février 1791, un décret rétablit dans toute l'étendue du royaume la liberté de culture, de fabrication et de débit du tabac, ce qui met en péril les ressources de huit cent familles morlaisiennes. Le 12 mars 1791, le maire Yves-Joseph Le Denmat de Kervern est prévenu d'une prochaine pénurie de tabac. Il décide de demander l'autorisation de remplacer la manufacture par une régie nationale. L'Assemblée Nationale et le contrôleur des finances s'y opposent, prétextant la disparition du monopole d'État. Les bâtiments de la Manu sont vendus par lot. Il ne manque pas d'acquéreurs. Une production très réduite de tabac, à caractère privé, se poursuit dans l'enceinte de la Manu. Morlaix compte onze ateliers privés de fabrication de tabac à consommer. La Manufacture d'État ne rouvrira ses portes que sous l'Empire en 1811. En attendant, la création de pétits ateliers ouverts par des familles de négociants ne permet pas de refournir du travail à l'ensemble des anciens manufacturiers. L'accroissement de la misère provoque la colère du petit peuple et, le 6 mai 1791, une émeute éclate. Le Denmat de Kervern fait appel à la Garde Nationale, qui a auparavant fusionné avec le petit groupe des « jeunes patriotes », et les principaux meneurs de l'émeute sont enfermés au château du Taureau.

La proclamation de la nouvelle Constitution a lieu le 9 octobre 1791. Elle prévoit le maintien du suffrage censitaire et organise la prise de pouvoir politique et administrative de la bourgeoisie. Le 10 octobre 1791, la Garde Nationale morlaisienne doit intervenir pour mater une nouvelle émeute des anciens ouvriers de la manufacture, qui essaient de prendre d'assaut le bâtiment du District.

Le renchérissement des grains est une des causes de ces émeutes. Le 28 novembre 1791, la municipalité interdit tout embarquement de vivres. Et le 8 décembre, elle avertit le Directoire du Finistère de l'existence d'un trafic clandestin des grains ayant pour but de créer une disette des produits de première nécessité pouvant amener de nouveaux troubles. Le Département ne peut agir à cause de la liberté du commerce du grain. Morlaix est pourtant au bord de la pénurie et la pauvreté atteint le seuil critique.

Un rapport transmis par Jean Diot le 7 mai 1792 fait état, sur une population de 10 029 habitants, de 4607 d'indigents ayant besoin d'assistance (près de la moitié de la population!), de 1416 enfants de pauvres, de 579 vieillards ou infirmes hors d'état de travailler, de 500 pauvres malades et de 200 mendiants ou vagabonds. Jean Diot ajoute dans son document quelques propositions: « Il y aurait moyen d'établir à Morlaix diverses maisons de travail productives où l'on pourrait recueillir nombre de pauvres ouvriers tels que les tisserands, les fileuses. L'atelier de travail de l'hôpital de charité (créé en 1790) pourrait employer un plus grand nombre de pauvres s'il y avait des fonds pour acheter des matières premières. La demoiselle Kerallo emploie dans un atelier de charité pour une filature environ trente pauvres femmes et filles. Il faudrait à Morlaix une avance d'environ 50000 livres avec lesquelles on occuperait au travail les gens pauvres et oisifs dont la ville fourmille ». Le maire Jean Diot, après avoir annoncé à la Supérieure des Ursulines qu'elle ne peut enseigner à des filles de moins de quatorze ans, puisqu'elle n'a pas prêté serment, démissionne, fragilisé par sa tentative de dissolution de la très jacobine et anti-cléricale « Société des amis de la Constitution ».

Morlaix gérée par les « démocrates » ou républicains avancés.

Jean-Marie Baudier, chirurgien de profession et nouveau maire succédant à Jean Diot, applique les décisions nationales de suppression des congrégations à partir d'août 1792. En août toujours, avec des centaines de patriotes morlaisiens, il vient mater une révolte à Scrignac. En septembre 1792, une liste des suspects à interpeller est établi par François Andrieux, l'ancien chef des « jeunes patriotes » de 1789 et le nouveau Procureur de la commune. 49 femmes et 26 hommes dont Mathieu Beaumont (juge, banquier, et négociant, traitant avec les nobles émigrés, le père de Charles Beaumont, futur maire de la ville sous l'empire et la restauration, à qui l'on doit les travaux qui donnèrent naissance au Cours Beaumont, sur la rive Trégor du Port) Joseph Moreau (le père du général Moreau, notaire travaillant pour des nobles émigrés), sont arrêtés avec l'accord du conseil municipal, taxés d'incivisme et d'intelligence avec les Émigrés contre-révolutionnaires. Les femmes sont enfermées au Calvaire et les hommes dans une maison située quai de Léon. Cette rafle fait peur aux notables et personne n'ose s'insurger contre elle publiquement, craignant de connaître le même sort. Le 18 septembre 1792, la municipalité ferme la Chambre de Littérature et de Politique.

Le 21 septembre 1792 se tient la première séance de Convention Nationale proclamant l'abolition de la royauté et l'établissement de la République.

« Après ce bouleversement, écrit Bruno Baron, les bourgeois morlaisiens adhèrent aux doctrines révolutionnaires, ou demeurent monarchiens ou constitutionnels comme Pierre-Louis Mazurie de Pennanech (ex-député de Morlaix aux Etats Généraux en mai 1789) qui va, bien malgré lui, être propulsé sur le devant de la scène politique morlaisienne. En effet, le 2 octobre au soir, deux gendarmes de la Garde Nationale se rendent à son domicile et l'arrêtent pour avoir tenu une assemblée de citoyens actifs dans la cour du couvent de Saint-Dominique afin de rédiger une pétition demandant la liberté des personnes détenues depuis le 12 septembre, ou, en cas de culpabilité, leur transfert devant une autorité compétente. Pierre-Louis Mazurie de Pennanech est enfermé au château du Taureau. Le maire, François Andrieux, accablent l'ex-député dans une lettre envoyée au Directoire.

Le 24 octobre 1792, le conseil municipal annonce aux religieuses du Carmel, du Calvaire et des Ursulines qu'elles doivent quitter leurs bâtiments respectifs pour le 29 du mois. Le Carmel est transformé en prison et les Ursulines deviennent « l'hôpital militaire du Bel-Air ».

 

Le retour aux affaires d'une équipe municipale modérée, confrontée à la disette, à la guerre avec l'Angleterre et à la révolte paysanne dans le Léon.

Le Directoire du Finistère décide de gracier les détenus maintenus pour cause d'incivisme et de parenté avec les Emigrés. Jean-Marie Baudier n'est pas réélu comme maire aux élections municipales du 10 décembre 1792. C'est François Postic qui occupera désormais la fonction et tous les anciens membres du Conseil Municipal démocrate et révolutionnaire de Morlaix sont remplacés: on voit ainsi revenir des notables arrêtés 3 mois plus tôt, le 12 septembre, comme Jean Le Noan ou Joseph Moreau. François Andrieux, le procureur, est lui aussi évincé.

La nouvelle municipalité doit gérer à nouveau le grave problème des subsistances. Le 16 janvier, on apprend que le grenier public abritant des réserves de grains est vide. La famine menace la ville. Heureusement, les communes voisines de Guimaëc, Plouegat-Guerrand, Lanmeur, Plougasnou, Plouézoch, Garlan, Plouigneau, Taulé, Henvic, Carantec, Pleyber-Christ, Saint-Thégonnec, Plounéour Ménez (...etc.) décident d'approvisionner Morlaix.

Le 21 janvier 1793, Louis XIV est guillotiné. Les puissances européennes se dressent contre la France. Le ministère de la marine ordonne aux autorités de la région de Morlaix de « mettre embargo sur tous les navires anglais, prussiens, autrichiens et russes » et d' »interdire la sortie des ports de la République par tous les moyens » à ces navires. Le 7 février, le District demande au maire de prendre des mesures exceptionnelles pour protéger la baie par peur d'une attaque anglaise. Le mort est désormais presque interdit à la circulation, ce qui supprime la première ressource de Morlaix. Le 26 février arrive un deuxième ordre d'embargo touchant les navires espagnols et ceux des villes hanséatiques. Cela signifie la destruction du trafic international et la chute libre de l'économie locale.

Le 2 mars 1793, le maire lance un nouvel appel pour contrer la disette.

Le 14 mars, 20 volontaires morlaisiens partent rejoindre les troupes françaises. Dans la journée du 16, trois vaisseaux anglais tentent de s'emparer du château du Taureau mais un corsaire les met en fuite.

Le 19 mars, les canonniers de la Garde Nationale se rendent à Saint-Pol-de-Léon pour lutter contre une violente émeute paysanne où plusieurs personnes perdent la vie. Saint-Pol de Léon est assiégée par des paysans de Plouescat, Plougoulm, Cléder, Sibiril, Plouvorn, Saint-Vougay. Une colonne républicaine réussit à les repousser. Mais les insurgés tentent de s'emparer de Lesneven. Le général Canclaux les y attend. Les insurgés veulent couper les communications des républicains croyant Canclaux à Ploudalmézeau et détruisent le pont de Kerguidu. Les 400 hommes de la garnison de Saint-Pol de Léon comprenant des volontaires du Calvados et des 60 gardes nationaux de Morlaix marchent sur Kerguidu pour réparer le pont. Le 24 mars au matin, ils subissent et repoussent des attaques de plusieurs milliers paysans insurgés (3000?) à Plougoulm sur les collines auprès de la vallée du Guillec. Canclaux, avec entre 300 et 1000 hommes, vient à leur secours. La bataille, faite d'escarmouches, dure jusqu'en fin d'après-midi. Les insurgés perdirent entre 120 et 250 hommes à cette bataille de Kerguidu, en Plougoulm, tandis que les forces républicaines, en raison sans doute de la faiblesse de l'armement des rebelles, n'eurent pas de pertes. Les communes rebelles furent désarmés, mises à l'amende, et l'insurrection dans le Léon prit fin après cette bataille de Kerguidu qui annonce les guerres de la Chouannerie.

Pour maintenir l'ordre au sein du pays, on met en place des « comités de surveillance révolutionnaires » et une loi du 25 mars 1793 crée le « comité de sûreté générale » composé de 25 membres, dont Robespierre et Danton.

Sur le plan local, la nourriture continue à manquer. La ville fait face à une augmentation du nombre de malades, doit fournir la subsistance à de nouvelles forces militaires et subvenir aux besoins des femmes et enfants de ceux qui se sont engagés dans les armées républicaines. Pendant les mois de mai et juin 1793, la vie municipale s'organise autour de l'absence de vivres et de la participation aux conflits. Morlaix envoie des munitions et 25 hommes pour défendre Rennes contre les forces de la chouannerie.

Le 20 juillet, on organise une souscription pour acheter une partie de la cargaison d'un navire chargé de grains qui doit arriver au port et le 10 août, le conseil municipal veille au bon déroulement de la première « Fête de l'Unité et de l'Indivisibilité de la République ».

La loi sur les suspects, l'affrontement Montagne-Gironde et le début de la terreur

Le Procureur de la commune, Claude Guillaume-Durivage avertit les citoyens le 15 septembre 1793 que toutes les armoiries qui se trouvent sur les maisons doivent être détruites.

La Convention, écrit Bruno Baron, « promulgue la loi dite « des suspects » pour se protéger des sympathisants de l'Ancien Régime. De ce jour, les comités de surveillance révolutionnaires obtiennent « le pouvoir de faire arrêter, même sur simple dénonciation anonyme, tout citoyen qui ne pouvait présenter un certificat de civisme ou que la rumeur qualifiait de suspect ». Sont classés dans dans cette catégorie: « les partisans de la tyrannie et du fédéralisme, les ennemis de la liberté, les parents d'émigrés, les émigrés rentrés en France et toute personne à qui le certificat de civisme avait été refusé ».

L'installation de l'ordre nouveau et la laïcisation de la société prennent forme aussi dans les symboles: le 31 juillet 1793, la mairie de Morlaix récupère les registres des églises contenant mariages, naissances, décès. Les noms de rues et de places qui rappellent la religion ou l'Ancien Régime sont modifiés: la rue des Nobles (haut de l'actuelle place Allende, aujourd'hui rue du Mur) est rebaptisée « rue de l'Egalité », la venelle aux prêtres « rue de la rampe », la section Saint-Mathieu devient « section des Halles », la section Saint-Martin, « section de la Roche », la section Saint Melaine, « section de la Maison Commune ».

Face à toutes ces nouveautés, et en particulier face à la domination tatillonne de l'administration et des villes, à la misère qui s'installe et aux mesures prises contre les prêtres réfractaires qui vident les paroisses de leurs recteurs, les paysans du Léon prennent les armes, menés par d'anciens nobles. Alertée, l'administration du district garnit les abords de la ville de canons et envoie une délégation aux communes rebelles. Finalement, la Garde Nationale marche le 7 octobre sur la rébellion, dont les acteurs se dispersent sans combattre.

A la convention, les relations entre Girondins et Montagnards sont au conflit ouvert. Le Directoire du Finistère soutient le camp des Girondins, voyant d'un mauvais œil les interventions de plus en plus fréquentes des sans-culottes à la Convention. Dès septembre 1792, le Directoire arrête le représentant en mission de la montagne, Royou, dit « Guermeur », un ami de Marat. Celui-ci est enfermé au château du Taureau, mais sous pression des Montagnards, la Convention ne tarde pas à l'en faire sortir. La Montagne se souviendra de cette attitude des représentants du Finistère, qui le 15 décembre 1792 attaquent directement les chefs de la Montagne : «... Marat, Robespierre, Danton et leurs collègues... Ces hommes ont le titre de vos collègues, mais ils sont indignes de l'être. Vous n'avez rien de commun avec ces scélérats... Chassez-les donc. Éloignez-les au plus tôt, repoussez-les lors des délibérations... ». Le Finistère propose à la Convention une garde bretonne pour la « protéger » des sans-culottes des faubourgs : des centaines de « fédérés » brestois arrivent ainsi à Paris en janvier 1793.

Le 21 janvier 1793, la décapitation de Louis XVI change le rapport de force : 3 députés du Finistère sur 9 seulement ont voté la mort de Louis XVI (Gomaire, député de la convention et vicaire d'Expilly qui a pris sa place à l'Assemblée, vote le bannissement), les Girondins ont été mis en minorité. Le déclenchement de l'insurrection de Vendée en mars 1793 pousse à la radicalisation, dénonce comme traîtres à la Révolution en danger les tièdes et les modérés...

Jeanne L'herron raconte cet épisode tragique de la révolution dans notre département : «  L'élimination des Girondins de l'Assemblée et l'arrestation de 27 d'entre eux le 2 juin 1793 amènent les représentants du Finistère à se révolter ouvertement. A l'initiative du Finistère, les représentants des cinq départements bretons réunis à Rennes décident de fédérer autour d'eux treize autres départements de l'Ouest «afin de former une représentation nationale provisoire si la dissolution de la Convention était rendue inévitable ». Le pas est franchi. La guerre est ouverte. Un comité central est formé qui a pour but de lever des troupes contre la « répression des anarchistes »... Les fédérés des départements de l'Ouest doivent rejoindre la troupe des fédérés de Caen afin de marcher sur la capitale « non pour combattre les Parisiens mais les délivrer de l'oppression de leurs tyrans ». En fait, la la grande aventure des fédérés se termine à Pacy-sur-Eure, que l'on peut à peine qualifier de bataille, où les Bretons se laissent surprendre par les maigres troupes de la Convention le 13 juillet 1793. La répression va suivre et s'exercer d'une manière impitoyable contre les administrateurs du Finistère soupçonnés d'avoir été le moteur du fédéralisme ».

A la Convention, les montagnards décident de transférer de Quimper à Landerneau le chef lieu de département et le 19 juillet, 18 administrateurs finistériens sont décrétés avoir «tenté d'usurper l'autorité du souverain en se rendant coupables d'entreprises contre-révolutionnaires ». L'évêque constitutionnel et ex-député Expilly est du nombre.    

Le 12 octobre 1793, Alexandre Expilly est arrêté avec Yves-Joseph Denmat de Kervern, notable morlaisien. Ils sont enfermés à Saint-Pol-de-Léon. Une autre série d'arrestations est déclenchée le 17 brumaire an II (7 novembre 1793) et frappe plusieurs notabilités morlaisiennes, dont Pierre-Louis Mazurie de Penannech, le député des États Généraux, et François Barazer-Lannurien, le procureur de la commune. Jean-Marie Beaumont, à qui l'on reproche d'avoir protégé des prêtres réfractaires et des nobles, est lui aussi arrêté.

Les Montagnards qui composent le Comité de Surveillance, épurent la ville en se servant de la « loi des suspects ». Ces arrestations ébranlent Morlaix mais la municipalité, extrêmement prudente et apeurée sans doute, n'y fait aucune allusion lors de ses délibérations.

Le 7 novembre 1793, un décret substitue à la religion catholique un culte civique qui devient le 10 novembre le « Culte de la Raison ». La collégiale de Notre-Dame du Mur est transformée en temple laïque, puis deviendra « Temple des Lois et de la Raison » le 23 février 1794 (l'église, vendue ensuite comme bien national, sera amputée d'une partie de ses bâtiments et son clocher, encore plus haut que celui du Kreisker à Saint-Pol de Léon, s'écroulera le 28 mars 1806, fragilisé par ces transformations...).

Bruno Baron souligne que « le plus grand centre d'intérêt demeure le problème économique... Le Conseil Général de la commune fixe le salaire d'une journée de travail pour un ouvrier et le prix maximal pour la mouture de grain ». On commence à abandonner les sacro-saints principes du libéralisme économique. Morlaix donne donner des chevaux pour l'armée, les contributions pèsent lourds sur les habitants en période de crise et la ville, suite à une pétition, décide d'en prendre une partie à sa charge. La municipalité s'intéresse de plus à la question sociale. Elle a désormais la charge de l'hôpital, même si la gestion est toujours assurée par d'anciennes religieuses, les Filles de Saint-Thomas. Jeanne L'herron rappelle dans son livre consacré à Alexandre d'Expilly que le nouvel hôpital de Morlaix, édifié en 1737 à l'emplacement actuel de l'hôpital (partie basse), était présidé par l'évêque de Tréguier et sa bonne marche était assurée par des religieuses, les Dames de St Thomas de Villeneuve. L'hôpital n'était pas seulement un lieu de soins : on y trouve côte à côte « des vagabonds, des mendiants, des filles perdues, des enfants trouvés et enfin des malades... (Henri Stofft et Jean Segalen, Bouëtard, médecin, philosophe, franc-maçon, et jacobin) ». Sous l'ancien régime, l'hôpital reçoit des taxes des navires qui mouillent à Morlaix et fournit en échange un jeune mousse pour dix hommes d'équipage. En 1793, ajoute Bruno Baron, « les conseillers municipaux et notables de Morlaix décident de placer à la tête de l'hôpital six citoyens choisis sur une liste établie par la Société populaire, organisation regroupant des personnes qui se disent favorables au régime, espérant ainsi jouir d'une certaine tranquillité. Elle compte environ 200 membres, parmi lesquels on retrouve, sous la présidence d'Armand Dubernad, Jean-Baptiste Beau, Joseph Boutet, Jean-Jacques Bouetard de la Touche, Jean-Marie Baudier, le secrétariat étant assuré par Pierre Diot.

Mais, bientôt, plusieurs membres de cette Société Populaire sont arrêtés, et le maire aussi, François Postic,remplacé par Michel Gilbert. Michel Gilbert est tailleur de pierre, sa nomination correspond aussi à une évolution sociologique de la représentation communale. « Pour la première fois, les rênes de la ville échappent à la haute bourgeoisie », constate Bruno Baron. Sur l'équipe municipale resserrée de 13 membres, on trouve un cordonnier, un ferblantier, un perruquier, un taillandier et plusieurs négociants.

En janvier 1794, on saisit tous les objets de luxe des couvents et des églises et chapelles. L'argenterie est déposée à la maison commune et brisée par des orfèvres afin de mettre ce trésor à disposition de la République. Les biens des prêtres déportés sont également saisis. En février, le maire demande à expulser les sœurs responsables de la maison de charité et que l'on confie ce service à l'hôpital militaire situé dans l'ancien couvent des Ursulines.

La politique de déchristianisation est violente. Voilà ce qu'on peut lire sur le site infoBretagne.com au sujet de la terreur et de la politique anti-religieuse à Morlaix :

« Le 1er Nivôse an II (21 Décembre 1793), les cloches sont descendues de leurs tours et expédiées à Brest pour être fondues. Le 25 (14 Janvier 1794), ordre est donné de détruire les signes de féodalité et de royauté qui se trouvent dans les églises, et de faire disparaître de l’extérieur toutes les statues qui y sont placées. En Janvier et Février 1794, on enlève les grillages des églises supprimées, les croix et les images des Saints, et on interdit au curé constitutionnel de se livrer à quelque manifestation ostensible du culte. Le 14 Germinal (3 Avril), on interdit les sonneries de l'Angeluset de l'Agonie. Le 10 Floréal (29 Avril), le citoyen Derrien est convié à déguerpir de l’église de Saint-Martin, où il avait cherché asile, cette église devant servir désormais d’hôpital militaire. Le 16, on expédie à la Monnaiel’argenterie des églises de Morlaix.« A la date du 9 Thermidor (26 Juillet 1794), écrit M. Le Guennec, toutes les églises de Morlaix étaient désaffectées, sauf peut-être Saint-Mathieu, dernier abri du citoyen Derrien. Les Jacobins et les Capucins étaient transformés en casernes ; Saint-Melaine et le Calvaire en magasins, Saint-Martin et les Ursulines en hôpitaux, les Carmélites en prison ; le Mur, après avoir servi de Temple de la Raison, puis de Temple de l'Etre suprême, était abandonné et dans le plus grand délabrement. Partout, on avait décapité ou renversé les statues, objets de la vénération de nos ancêtres, brisé à coups de marteaux et de pierres les brillantes verrières armoriées, fouillé les tombeaux et troublé la cendre des morts pour arracher aux châsses leur enveloppe de plomb.Les tours, veuves de leurs cloches, demeuraient muettes. Plus d’enterrements religieux, de sermons, de processions ; à peine une courte messe basse hâtivement récitée, dans un coin d’église dévastée, par un prêtre jureur, et troublée souvent par de grossières incartades comme celle de cet officier qui monta certain jour dans la chaire du Mur pour entonner devant la foule indignée une chanson révoltante.Cependant, de vaillants confesseurs de la foi, bravant la prison et la mort, étaient demeurés cachés à Morlaix, et à travers mille périls, continuaient à exercer le ministère sacré, célébrant la messe dans les greniers, bénissant les mariages, baptisant les enfants, administrant les mourants. Dans la rue des Bouchers, paraît-il, la messe était dite régulièrement chaque dimanche, en une salle à la porte de laquelle veillait une bande résolue de solides bouchers, leur redoutable couteau à la ceinture. Les espions du District et de la municipalité les tenaient bien au courant, mais ceux-ci, malgré les arrêtés sanguinaires des représentants du peuple, répugnaient à pourchasser les prêtres, et ne s’y décidaient qu’à leur corps défendant. Un seul des ecclésiastiques cachés fut arrêté, c’était un capucin, le P. Joseph de Roscoff, que le tribunal révolutionnaire de Brest envoya à l’échafaud.Note : L’abbé Augustin Clec'h, prêtre de Plestin-les-Grèves, fut arrêté à Morlaix le 20 Juin 1794, et guillotiné à Brest le 1er Juillet suivant, avec Anne Le Prince et Anastasie Le Blanc, ses receleuses.

Le P. Noirot, ancien procureur des Jacobins, fut plus heureux. Il se trouvait chez une vieille dame, lorsque des officiers municipaux se présentèrent pour effectuer dans la maison une visite domiciliaire. Ils, allaient pénétrer dans la chambre où étaient le P. Noirot et la dame lorsque celle-ci eut une inspiration subite. Elle fit asseoir le moine, petit et maigre, sur un fauteuil, se plaça elle-même sur ses genoux, jeta autour d’eux un ample manteau, et reçut tranquillement les commissaires en s’excusant de ne pouvoir quitter son fauteuil à cause de son état de santé. Sans concevoir aucun soupçon, ceux-ci fouillèrent les appartements, puis se retirèrent bredouille »(Le Guennec).

Dans un hiver 1794 où la disette menace, Michel Gilbert se plie à toutes les mesures gouvernementales et dénonce des religieuses ayant refusé de prêter serment au Comité de Surveillance Révolutionnaire. Bruno Baron raconte que « le 29 ventôse, un groupe de citoyennes se rend au siège du district pour insulter ses membres. L'identité de ces femmes est bien entendu communiquée immédiatement au maire pour qu'il prenne des sanctions ». Le maire entend même faire un inventaire des biens à saisir appartenant à des émigrés de la ville mais son conseil municipal refuse, en précisant que seul le Directoire du District a la possibilité de remplir cette tâche.

Le 5 avril 1794 (29 germinal), Danton est conduit à la guillotine. Robespierre est pour quelques semaines le seul maître à bord. En avril toujours, le « procès » des dix-huit anciens administrateurs du Finistère a lieu à Brest, conduit par le Tribunal Révolutionnaire. Jeanne L'herron raconte que « le 19 mai 1794 (30 floréal), toute la garnison de Brest est sous les armes. Dès 6 heures du matin, 4000 hommes de troupe sont échelonnés le long des rues que les accusés doivent se rendre au Château à l'ancienne chapelle de la Marine devenue « temple de la Concorde », et sur la façade de laquelle on peut lire : « Justice du peuple ». 800 hommes sont chargés de l'escorte et de la surveillance des accusés le long du trajet ». Deux jours plus tard, le verdict tombe : les accusés, dont Alexandre Expilly, l'évêque bleu, amateur de Voltaire et de progrès social, sont condamnés à mort, accusés d' « être auteurs ou complices d'une conspiration contre la liberté du peuple français tendant à rompre l'unité et l'indivisibilité de la République ». Cheveux coupés, mains liés derrière le dos, ils sont envoyés en charrette à l'échafaud comme tant d'autres avant eux, lequel se situe sur la place du château rebaptisée « place du triomphe du peuple ». Autre histoire tragique typique de la Terreur, le père de Victor Moreauest lui aussi décapité à Brest à la même période, accusé de faire affaire avec les émigrés en tant qu'homme de loi, alors que son fils, général de l'armée du Nord, aligne les victoires en Hollande. Au printemps et à l'été 1794, bien d'autres morlaisiens ont été guillotinés : des habitants qui cachaient des objets du culte chez eux ou qui donnaient refuge à des prêtres réfractaires notamment.

La fin de la Montagne et de la Terreur: la situation sociale et économique à Morlaix reste difficile.

Robespierre est guillotiné le 10 Thermidor an II (28 juillet 1794). Dans le Finistère, le tribunal révolutionnaire cesse de fonctionner le 11 août 1794. Les portes des prisons s'ouvrent à des prisonniers politiques : Pierre-Louis Mazurie de Penannech, Jean-François Barazer-Lannurien, Mathieu Beaumont, Pierre Barrere et autres notables morlaisiens qui se retrouvent libres avec tous leurs droits de citoyens après un an d'incarcération.

La situation alimentaire dans la ville est toujours critique. Le conseil général de la commune, après requête auprès du Département, obtient 1580 quintaux de blé mais on s'aperçoit que c'est un vieux blé risquant de provoquer des maladies. Qu'importe, nécessité faisant loi, on le déclare apte à la consommation...

Cambry, qui n'est pas forcément un observateur impartial note dans son recueil d'observations « Voyage dans le Finistère » : « Les négociants persécutés par le régime de la Terreur, ruinés par les réquisitions, arrêtés par l'incertitude du moment, n'osent plus rien entreprendre, ils attendent des lois stables et des bases inébranlables sur lesquelles ils puissent bâtir. »Il ajoute : « Les mœurs des Morlaisiens sont doux ils ont eu en général moins de vivacité d'esprit que de conduite et de raison pendant les accès les plus brûlants de la fièvre anarchique. La société populaire n'a pas porté les premiers coups, elle agissait avec circonspection dans les moments d'incertitude. Aucune atrocité n'a souillé cette commune, elle n'a pas versé le sang humain ».

En octobre 1794, le conseil municipal du maire Michel Gilbert, qui reste en poste un certain temps malgré sa fidélité vis à vis de la politique montagnarde, établit des règles de distribution du blé : le blé ne sera remis que sur présentation de billets de subsistance. La force armée assurera la protection des grains pour éviter les désordres créés par chaque nouvel arrivage. C'est dire si le nombre d'indigents et d'affamés à Morlaix est nombreux... Le 14 novembre 1794, le maire demande à la Garde Nationale de distribuer la viande et de la surveiller sous la halle durant la nuit. De nombreuses plaintes, déposées au bureau municipal, prouvent qu'à cette époque, le marché noir se porte bien.

Le 1er Frumaire an III (décembre 1794), Michel Gilbert démissionne, sentant sans doute qu'il n'est plus en odeur de sainteté depuis la chute de Robespierre et il est remplacé comme maire par Jean Diotqui retrouve son ancien siège. La ville est entièrement menacée par la famine. Bruno Baron souligne : « Jean Diot essaie de trouver des solutions originales. Il écrit tout d'abord directement à la Convention Nationale pour lui demander d'intervenir immédiatement. Mais celle-ci est impuissante. Le 24 nivôse an III, le maire sollicite pour les ouvriers du tabac une augmentation égale à la moitié de leur salaire, espérant ainsi relever le pouvoir d'achat de la population. Puis la municipalité met en place un bureau pour la vérification des assignats, permettant de lutter contre la mise en circulation des faux documents ».

Jean Diot publie le 24 février 1795 un arrêté ordonnant « la prompte mise en liberté de toutes les personnes arrêtées et détenues comme suspectes par mesure de sûreté générale ». Mais il restait fort peu de prisonniers. Tout le monde ne bénéficie pas de la même indulgence. Les membres actifs du Comité de Surveillance Révolutionnaire de l'an II réclament le 28 avril 1795 un passeport leur permettant de quitter l'arrondissement, craignant des représailles. Les passeports sont refusés. « Le 4 mai 1795, Jean Diot avertit la Convention que l'arbre de la liberté a été frappé de plusieurs coups de sabre, qu'il soupçonne « des partisans du système de sang de l'infâme Robespierre », qu'il a procédé à l'arrestation des membres de l'ex-comité révolutionnaire » (Bruno Baron, p.73). Épuisé par l'exercice de ses fonctions, Jean Diot réclame que le conseil municipal soit remplacé car, dit-il, « nous avons beaucoup de travail et nous ne pouvons plus nous occuper de nos propres affaires … Nous ne pouvons plus continuer nos fonctions, nous sommes épuisés ».

Le 20 mai 1795, le nouveau maire (nommé sur proposition de Jean Diot) de Morlaix est Théodore Gratien. A ses côtés, que des notables : la haute bourgeoisie reprend le pouvoir. Le 27 mai 1795, Le Bozec, agent national, informe Théodore Gratien que les mesures nécessaires contre les partisans de Robespierre n'ont pas été appliquées. Deux jours plus tard, le maire reçoit l'ordre du Directoire du District de désarmer les hommes « connus pour avoir participé aux horreurs commises sous la tyrannie qui a précédé le 9 Thermidor ». « Le conseil, note Bruno Baron, refuse d'agir tant qu'il ne possède pas des preuves écrites de la culpabilité de certains citoyens » (p.74).

La chute de Robespierre marqua un temps d’arrêt à la persécution religieuse, mais ce n'était que provisoire. Vers la fin d'Avril 1795, une chrétienne de Morlaix afferma l’église de Saint-Mathieu, et ne cacha pas son dessein d’y ouvrir le culte public par des prêtres insermentés. A la même époque, trois prêtres fidèles, Lannurien, Savidan et Sannier, se présentèrent à la mairie, et les deux derniers déclarèrent qu’ils exerçaient en ville les fonctions du culte privé. Mais un décret du 7 Vendémiaire an IV (28 Septembre 1795), demanda aux ecclésiastiques de reconnaître par serment la souveraineté de l’universalité des citoyens français, et de promettre soumission aux lois de la République. Refusant ce serment, les prêtres insermentés de Morlaix durent de nouveau se cacher, pour éviter la peine de la déportation, prévue par un décret du 4 Brumaire (26 Octobre). Fin octobre, suite à un arrêté des représentants du peuple, on communique à Théodore Gratien la liste des prêtres à interpeller : les abbés Forestier, Savidan, Mathezou, Le Corre et Penn. On ne trouve aucun de ces prêtres. L’abbé Derrien et ses vicaires Cotty et Frout firent seuls le serment exigé par la loi.

Le 4 octobre 1795 (12 Vendémiaire), un groupe de conjurés royalistes attaque la Convention, mais l'insurrection est matée le lendemain par Bonaparte, sous les ordres de Barras. Suite à cela, les représentants du peuple Jean Bon Saint-André, Guezno, Guermeur, déclarent le Finistère en état de siègent craignant une intrusion des royalistes : le débarquement de Quiberon est resté dans les mémoires. Un peu partout des groupes se forment pour parer au péril royaliste. Dans les rues de Morlaix, on placarde la nuit du 6 au 7 octobre une affiche disant :

« Les citoyens Moreau, Barrere, Briand, De Valencour, Duplessix-Pegasse, Penannec'h, Prigent, Robinet et l'abbé Rouchon préviennent tous les habitants de Morlaix qu'ils sont décidés à ne plus faire les aristocrates attendu les circonstances actuelles, et qu'ils jurent de ne plus paraître en public comme royalistes, qu'au contraire ils seront désormais des terroristes forcenés et qu'ils ne fréquenteront plus les Diot, Dubernad, Boutin, Gratien, Huon, Boucault, Homon Neveu, Hyenne, Duplessix-Roquelin, et par même le banquier de Charrette, ni aucun chouan prêtre ». Les auteurs de cette annonce accusent une série de notables d'être ou d'être devenus clairement contre-révolutionnaires. Il n'y aura pas de réponse à ce placard qui sent le désir de régler des comptes, d'ailleurs partagé des deux côtés.

Le 26 octobre 1795, la Convention Nationale se sépare et laisse place au gouvernement établi par la Constitution de l'an III : le Directoire. L'organisation du découpage administratif et des pouvoirs publics est revue. Morlaix n'a plus un maire mais un président d'administration municipale. Il s'agit du docteur Jean-Jacques Bouestard de la Touche.

Ses fonctions restent essentiellement d'approvisionner la troupe (le 14 janvier 1796, Morlaix doit lui fournir 100 bœufs), de la loger (à l'été 1796, 10 000 soldats stationnent sur la commune), d'organiser l'approvisionnement de la ville vaille que vaille. La répression contre les prêtres réfractaires se poursuit. On crée une école primaire publique à Morlaix. L'hospice civil, qui doit donner une partie de ses ressources aux militaires, se voit « contraint » de chasser les indigents n'étant pas originaires de Morlaix mais des communes rurales alentour.

Jean-Jacques Bouëstard de la Touche démissionne de ses fonctions le 1er février 1797, épuisé lui aussi par la difficulté de la tâche et retourne à ses fonctions premières : il vient d'être nommé médecin titulaire de l'hôpital militaire. Denis Duquesne le remplace pour son second mandat. Bruno Baron atteste que c'est un bon maire : « Lors de son premier passage à la tête de la ville, Denis Duquesne avait laissé l'image d'un homme dévoué à ses concitoyens. Son second mandat ne trahit pas cette réputation. Le Président-maire veille sur le commerce, cherche des solutions pour apporter de l'aide aux plus défavorisés et prend de nombreuses mesures sociales. Il décide par exemple, le 9 fructidor an V (26 août 1797), d'accorder le quart des recettes des spectacles se tenant sur la commune aux veuves des défenseurs de la patrie et à l'hospice civil ».

Au Conseil des Cinq Cent à Paris, les conservateurs reviennent en force : le Général Pichegru et le Marquis Barbe-Marbois demandent l'abolition des mesures prises contre les nobles émigrés et les prêtres réfractaires. Barras décide d'un coup d'Etat pour perpétuer l'esprit de la révolution et fait arrêter 77 députés de tendance royaliste le 4 septembre 1797 (coup d'Etat du 18 Fructidor an V).

Ces événements provoquent aussi des remous à Morlaix. Le 29 fructidor (15 septembre), jour de la loi excluant les ex-nobles de la fonction publique, les administrateurs de Morlaix écrivent « aux citoyens législateurs et aux citoyens directeurs » pour affirmer leur soutien et leur indignation. Le 17 septembre 1797, dans un climat de paranoïa, Jean-Marie Jézequel, Commissaire du pouvoir Exécutif demande aux habitants de dénoncer les étrangers et d'indiquer ceux que la population héberge.

Malgré tout, expose Bruno Baron, « sous l'impulsion de Denis Duquesne, Morlaix reprend vie. Le Président-maire redonne une vitalité aux foires et marchés. Le 11 brumaire an VI (1er novembre 1797), il informe les communes de Thégonnec, Pleyber, Plounéour-Ménez, Sizun, Guimiliau, Guiclan et Landivisiau que leurs habitants peuvent désormais revenir vendre leurs toiles tous les samedis dans les salles basses de la Maison Commune. Le 25 brumaire an VI (15 novembre 1797), le Président-Maire écrit au corps législatif pour lui demander de lever un impôt indirect au profit de la commune, finançant les grands travaux dont la ville a besoin. Il avance même l'idée d'une taxe sur les boissons rentrant dans le port ». Denis Duquesne est réélu Président-maire le 14 juin 1798 (26 prairial an VI).

Le 20 mars 1799, on inaugure le Temple de la loi. Cette manifestation draine beaucoup de monde et le public peut assister aux discours de Denis Duquesne et de Jean-Jacques Bouëstard de la Touche.

Duquesne tient un discours dans l'esprit du temps, c'est à dire hostile aux idées révolutionnaires avancées, voulant garder les acquis libéraux de 1789 dans l'ordre et le respect de la propriété : « La souveraineté nationale se perpétue dans une république quand on règle l'usage de la liberté sur le bonheur public, et que l'amour de l'égalité se referme dans des bornes que la nature et les lois ont posées. Elle se conserve encore lorsque chaque citoyen souscrit à ses devoirs au nom de la patrie. Elle s'anéantit, au contraire, non seulement quand on prend l'espoir d'égalité, mais encore quand on prend celui de l'égalité extrême et que chacun veut être l'égal de celui qu'il a choisi pour exercer le pouvoir ».

Le discours de Bouëstard de la Touche est bien plus révolutionnaire et « robespierriste » dans l'esprit : « Citoyens, la fête que nous célébrons aujourd'hui suffira pour m'autoriser à vous dire que cette enceinte est auguste, qu'elle l'est par son nom seul. C'est le temple de la loi, qui doit avoir sa religion et son culte, car la loi, source de toutes les vertus sociales, émane de l’Être suprême. Le premier, il dicta ces lois éternelles, ces principes immuables par lesquels se meut et se conserve ce vaste univers, toujours puissant et toujours revivifié. O toi, qui sous les auspices de ce moteur universel fait constamment triompher nos défenseurs de ces hordes d'esclaves qu'arment contre toi les rois impies... ».

Morlaix, 30 décembre 2013

 

Morlaix: de la fondation de la ville au 17e siècle. Une histoire de Morlaix, première partie

Morlaix au XVIIIe siècle: Une histoire de Morlaix, deuxième partie

Morlaix pendant la Révolution (I), Une histoire de Morlaix, troisième partie

Morlaix pendant la Révolution (II), Une histoire de Morlaix, troisième partie

Morlaix pendant la Révolution (I), Une histoire de Morlaix, troisième partie

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 12:00

"La courbe du chômage s'inverse grâce à l'action résolue de François Hollande et de son gouvernement". 

Une telle contre-vérité assénée par un pouvoir socialiste aux abois et enfermée dans une stratégie de communication pitoyable et méprisante pour le citoyen fait penser, toute proportion gardée, aux antiphrases institutionnalisées de la dictature imaginée par George Orwell dans 1984: 

" Le ministère de la paix s'occupe de la guerre. Le ministère de l'Amour veille au respect de la loi et de l'ordre. Le ministère de l'abondance gère la pénurie. La devise du Parti, c'est "la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance, c'est la force". La novlangue détourne systématiquement le sens des mots et prohibe certaines expressions ou notions libératrices". 

En réalité, le chômage ne cesse d'augmenter en France et en Bretagne. A cause de la politique d'austérité et de stagnation des salaires, de hausse des impôts populaires et de baisse de l'investissement public conduite par le gouvernement de Hollande pour satisfaire le monde financier, la BCE et les agences de notation. 

En novembre 2013, on comptait 3,293 millions de chômeurs catégorie A (+17800 en un mois/ + 8100 inscrits de plus en Bretagne dans l'année, ce qui correspond à +6,1%), malgré la politique d'emplois publics ou privés précaires aidés, malgré les radiations de chômeurs ou les "formations bidon" qui excluent les chômeurs des statistiques. Si on compte les inscrits à Pôle emploi, on est à 5,536 millions de chômeurs.

Maintenant, si l'on veut inverser le cap sans pour autant préparer l'arrivée au pouvoir du droite et d'une extrême-droite travaillant pour le grand patronat, il faut une grande mobilisation sociale et populaire en 2014 afin de mettre un bon coup de pied aux fesses à ce pouvoir enlisé dans ses erreurs à la légitimité de plus en plus douteuse.    


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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 08:09

RésistanceC'est arrivé près de chez vous FDG Morlaixvous poussez ils vous roulent

Un poing c'est tout FDG MorlaixRésistance ouvrière

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 09:22

Emission "Là-bas si j'y suis" sur Ambroise Croizat.

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Qui se souvient de Ambroise Croizat?... En dehors de quelques lecteurs de l'Humanité, de militants de la CGT ou du Parti Communiste, et plus récemment des lecteurs du Fakir ou autres auditeurs de Là-bas si j'y suis qui grâce au travail du brillant François Rufin, ont pu redécouvrir ce personnage historique extraordinaire mais aujourd'hui partiellement tombé dans l'oubli?

Quel média, quel éditorialiste, quel intellectuel médiatique aborde l'œuvre révolutionnaire et néanmoins si proche de nous de ce député communiste ouvrier, fils du peuple, que la République capitularde, puis Vichy, firent croupir dans leurs prisons abjectes, à Paris puis en Algérie, avant qu'il ne soit libéré en 1943 et ne contribue à mettre en place les bases de la démocratie sociale à la française au sortir de la guerre, après avoir été un des contributeurs du programme du CNR: « Les jours heureux ».

Le devoir de mémoire, on s'y astreint volontiers quand il s'agit de remuer les plaies avec une certaine complaisance voyeuriste ou sensationnaliste, de confronter l'homme et la nation à leurs limites, à leurs souffrances passées, à leurs puissances de destruction et de division, mais surtout, se disent les gardiens de la mémoire, petits ou grands bourgeois serviteurs du système qui se conçoivent aussi souvent comme des gardiens du troupeau, n'allons pas montrer, en faisant revivre des figures héroïques et populaires de la conquête sociale, que la volonté du peuple a su être souveraine, que le progrès social rapide et réel, facteur d'émancipation immédiate des travailleurs, ont pu être d'actualité.

On efface les traces ...

Les traces de la fierté et de la combativité ouvrière, de la République sociale et de la contribution décisive qu'y ont apporté les luttes des travailleurs et des communistes admirablement dévoués, intelligents et rassembleurs, formés par l'expérience de l'injustice sociale, les combats ouvriers, les jours lyriques du Front Populaire, la répression sans pitié d'une droite revancharde et collaboratrice, la Résistance et l'espérance d'un monde meilleur.

L'historien Michel Etiévent, universitaire de Grenoble qui a collaboré récemment au film « Les jours heureux » de Gilles Peret, nous permet de découvrir ce si noble modèle d'humanité et d'action politique au service du peuple dans une biographie magnifiquement illustrée qui fait la part belle aux dits et écrits de Croizat et de ses compagnons, Ambroise Croizat ou l'invention sociale (Editions GAP, 20€).

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J'ai rencontré Michel Etiévent à la fête de l'Humanité Bretagne de Lanester et nous espérons pouvoir l'inviter à venir parler à Morlaix au printemps prochain d'Ambroise Croizat et de ses réalisations comme député, négociateur du programme du CNR, ministre du Travail de la Libération.

Les éléments d'information qui suivent sont tous empruntés au livre de Michel Etiévent dont on ne saurait trop recommander l'achat et la lecture. 

Ambroise Croizat est né en 1901 dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie.

Son père, originaire de Chambéry, est ferblantier dans la métallurgie et « travaille douze heures par jour, face à l'éclat des fours, sept jours sur sept (la loi sur l'attribution du congé hebdomadaire ne date que du 13 juillet 1906), le visage et les mains brûlés par les ébarbures de métal en fusion ». Ils travaillent d'abord à Notre-Dame de Briançon et vivent dans une maisonnette de deux pièces bien exigües pour une famille de cinq, mais c'était le lot commun du peuple à l'époque. En 1906, son père, ayant récemment adhéré au Parti Ouvrier Français et à la CGT est un des meneurs d'une grande grève organisée après un accident de travail ayant causé la mort de huit ouvriers. Il est licencié et doit embaucher à Ugine, dans une autre usine, dont il sera à nouveau chassé pour activités syndicales.

Ambroise commence à travailler à treize ans comme apprenti ajusteur-outilleur dans une usine de Lyon. A 19 ans, au sortir de la guerre, il adhère à la Jeunesse socialiste qui rejoint la IIIème Internationale et prend vite des responsabilités dans le Syndicat CGTU des Métaux. Dans les années 1920, Ambroise Croizat milite contre le militarisme, pour une paix plus juste avec l'Allemagne, contre le colonialisme et la guerre du Rif au Maroc, quand Pétain et Franco s'associent pour éliminer les insurgés dans les montagnes du Nord du Maroc. En 1926, il devient permanent du PCF à Paris, puis secrétaire général de la Fédération CGTU des métaux, pour laquelle il organise des grèves partout en France pour les salaires, la réduction du temps de travail, contre le chômage. En 1934, le PCF et la CGTU lancent une stratégie de Front Populaire face à la montée de la menace fasciste et la tentative de coup d'état du 6 février 1934. Les mots d'ordre de la gauche unifiés sont « Pain, Paix, Liberté ». L'unité de la CGT sera finalement réalisée le 1er mars 1936, deux mois avant l'arrivée du Front Populaire au pouvoir. Aux élections législatives du 28 avril 1936, Croizat devance le candidat socialiste sortant de 900 voix environ dans la circonscription de Plaisance, 14e arrondissement de Paris puis il est élu député avec trois mille voix d'avance sur le candidat de droite.

« Devant la porte de l'usine,

Le travailleur soudain s'arrête.

Le beau temps l'a tiré par la veste,

Et comme il se retourne

Et regarde le soleil,

Tout rouge, tout rond,

Souriant sous un ciel de plomb,

Il cligne de l'œil

Familièrement:

Dis-donc camarade soleil,

Tu ne trouves pas

Que c'est plutôt con

De donner une journée pareille

A un patron? »

A l'image de ces Paroles de Jacques Prévert, l'été 1936 est lumineux. Dès la victoire du Front Populaire, un vaste mouvement de grèves avec occupations d'usines traverse la France. Le but est autant d'aider le gouvernement face au patronat que de le pousser à entreprendre les profondes réformes réclamées depuis longtemps par la classe ouvrière. Tout commence à l'usine Bréguet-Le Havre, une usine de construction d'avions, le 9 mai, à l'initiative des métallos. Croizat est présent sur place. Il encourage le mouvement qui s'étend à l'ensemble de la métallurgie: dès le 14 mai, les ouvriers de Block à Courbevoie, de Lavalette à Saint-Ouen, d'Hochkiss à Levallois prennent en main leurs usines. Les 33 000 travailleurs de Renault à Billancourt les rejoignent le 28 mai. Le mouvement s'étend aux grands magasins pour paralyser, fin mai, la France entière. Partout, on prend possession des ateliers. On y entretient l'outil, on y découvre les loisirs et la culture. Le 7 juin s'ouvrent les discussions qui aboutiront aux Accords de Matignon qui donneront à la classe ouvrière les congés payés, les 40 heures, les conventions collectives, le libre exercice du droit syndical.. Dans les entreprises, les salaires augmentent de 15 à 40%, doublent parfois. Une énorme flambée syndicale accompagne le mouvement. Le 25 novembre 1936, à la tribune du Congrès d'unité de la Fédération des métaux, Croizat dresse un premier bilan: « En mars dernier, nous étions 40 000, en juin 100 000, aujourd'hui 700 000, repartis en 725 syndicats. A Lyon, de 1000 adhérents en trois syndicaux lors de l'unité, le syndicat unifié enregistre aujourd'hui 25 000 cartes. Marseille passe de 600 à 15 000 adhérents, Bordeaux de 300 à 10 000, dans le Haut Rhin, 97% des ouvriers se sont syndiqués. Partout, les métallos ont été à la pointe du mouvement et s'enorgueillissent aujourd'hui de l'avoir déclenché. La France vit de belles heures. Jamais de son histoire, le mouvement ouvrier n'aura connu de telles conquêtes. En un mois a té réalisé ce que trente législatures n'étaient jamais parvenues à accomplir. Le patronat a cédé mais restons vigilants. Tout reste à faire. Dans chaque secteur, chaque entreprise, il faut maintenant défendre et faire germer les acquis obtenus. Tout dépendra du syndicat, de sa puissance. Tout dépendra de nous, et de nous seuls...  ».

Depuis mai 1936, Croizat siège à la « Commission spéciale » du gouvernement qui a été chargée d'élaborer les réformes et veille à leur application sur le terrain. En 1937, il inaugure des maisons de repas, des parcs de loisirs, des colonies de vacances pour la classe ouvrière. Mais dès février 1937, le gouvernement, sous la pression du patronat, décide d'une pause dans les réformes. La guerre civile en Espagne, et le refus de Blum et du gouvernement, sous la pression anglaise notamment, de venir en aide à la République assiégée par les fascistes, éloigne les communistes de leurs alliés socialistes et radicaux. Le 12 novembre 1938, le gouvernement Daladier publie une série de décrets-lois qui instaurent la baisse des salaires, déjà fortement grignotés par l'inflation (50% en 2 ans), des impôts nouveaux et surtout la fin de la semaine des 40 heures, qualifiée pour l'occasion de « loi de paresse et de trahison nationale ». Entre ces parlementaires qui vont remettre la République dans les mains de Vichy et l'UMP actuelle, la comparaison s'impose... Daladier le capitulard s'écrie déjà tel un Jean-François Copé, reprenant le discours haineux des privilégiés vis à vis de la classe populaire: « Cette loi est responsable de tous les maux de l'économie. On ne peut avoir une classe ouvrière à deux dimanches et un patronat qui s'étrangle pour faire vivre le pays ». En novembre 1938, suite à de grandes grèves ouvrières suivies de licenciements arbitraires et d'états de sièges policiers, le gouvernement envoie les troupes devant les entreprises. Le 1er décembre 1938, 36 000 ouvriers sont licenciés dans l'aéronautique et les arsenaux, 8000 dans la chime et l'autombile. Plus de la moitié sont des responsables syndiquaux CGT. Dans son modeste appartement du 79, rue Daguerre où il vit depuis 1936, Croizat rédige son édito: « Le 30 novembre, le patronat a opéré le savant triage qu'il attendait. Il tient sa revanche sociale sur 1936. Des femmes ont faim, des enfants ont froid. L'homme n'est plus au travail. Partout, les consignes ont été données par les patrons revanchards. Des listes noires circulent. Les sous-traitants des grandes entreprises ont été sommés de ne pas embaucher des ouvriers licenciés sous peine de voir leurs commandes supprimées. La haine est partout. Ils ont défendu leurs outils parce qu'ils croyaient en la grandeur de la France, en ses traditions de dignité, en cet espoir que mai 1936 avait fait éclore. Plus que jamais, nos solidarités vont vers eux. C'est eux, la France. Cette France bafouée par ceux qui ne rêvaient que de revanche ».

Le mouvement ouvrier est décapité. Début 1939, avec l'aval de Daladier, Hitler s'empare de la Tchécoslovaquie. Le pacte germano-soviétique signé à l'été 1939, les communistes, contre lesquels on avait déjà prévus des mesures de rétorsion en cas de conflit avant la connaissance du pacte, sont jetés en pâture. Le 27 août, l'ensemble de la presse communiste est interdite. Le 26 septembre, le PCF est dissous. 666 élus sont déchus. Le 7 octobre 1939, Croizat est arrêté sur les marches de l'Assemblée Nationale, puis enfermé à la Prison de la Santé avec d'autres députés communistes, dont le père de Guy Môquet, bientôt fusillé à Chateaubriand, Prosper. L'extrême-droite réclame purement et simplement la loi martiale pour les communistes. En Janvier 1940, Croizat fait parti des 36 députés communistes condamnés à 5 ans de prison au terme d'un simulacre de procès, sous l'impulsion des anciens collègues de l'Assemblée Nationale, dont certains appartenaient à la majorité du Front Populaire. En octobre 1941, Croizat est au côté de Prosper Môquet quand le député communiste apprend l'assassinat de son fils Guy, arrêté le 13 octobre 1940 alors qu'il distribuait des tracts, le plus jeune des otages cégétistes ou communistes fusillés à Châteaubriand. Dans son ouvrage « Le temps des illusions », le chef de cabinet de Pétain révéla, quelques temps plus tard, que le nom de Guy Môquet ne figurait pas sur la liste des otages de Châteaubriand. Le ministère de l'Intérieur l'avait « rajouté ».

En avril 1941, Croizat et ses camarades communistes sont envoyés en prison en Algérie, où ils vivent dans des conditions de détention très dures. Le débarquement allié à Alger a lieu le 8 novembre 1942 mais les députés communistes ne sont libérés que le 5 février 1943, après trois ans d'enfermement. Les communistes dérangent, inquiètent. Les Américains craignent qu'une fois libérés, ils ne deviennent vite les principaux animateurs de la politique anti-vichyste et soulèvent entre autre le problème du droit à la Liberté des pays du Maghreb. Et de fait, une fois libéré, Ambroise Croizat contribue à réorganiser le mouvement communiste et le syndicat au Maghreb, à tel point qu'en janvier 1944, la CGT affiche 120 000 adhérents en Afrique du Nord. Dès août 1943, dans un discours devant un public d'ouvriers, il parle de cette France nouvelle qui naîtra de la Libération: « Redonner à la Nation sa grandeur et aux travailleurs la place qu'ils méritent par leur effort et leur sang versé sera notre tâche. Les larmes et la mort n'auront pas été vaines. Elles accoucheront d'une France nouvelle, celles des nationalisations et de la Sécurité Sociale ».

« En septembre 1943, Ambroise Croizat rejoint, au titre de la CGT clandestine, l'Assemblée Consultative instaurée autour du Conseil National de la Résistance créé par De Gaulle à Alger le 3 juin 1943. Il préside la commission du Travail. C'est là que va prendre vie le programme du Conseil National de la Résistance. «Véritable déclaration des droits nouveaux, charte des futures grandes réformes nées dans la nuit et le feu du maquis ». (Michel Etiévent).

Le lien de la résistance aux conquêtes sociales de la Libération, c'est d'abord un contexte politique: c'est la gauche et les communistes qui à partir de 1943 constituent les gros bataillons de la résistance armée intérieure tandis que même la résistance de droite ou de centre-droit se déporte vers la gauche en voyant le patronat et la droite traditionnelle s'enfoncer dans la collaboration en France occupée et en mesurant combien l'unité de la Résistance, qui ne peut se faire que sur un projet politique commun, est précieuse pour gagner et la guerre et préparer l'après-guerre, éviter une soumission de la France aux probables vainqueurs américains. C'est aussi une donnée existentielle: la lutte forge et se nourrit du rêve, de l'exigence, de l'optimisme: elle est surtout le fait d'hommes jeunes qui rêvent d'un pays neuf débarrassé des injustices, des faillites démocratiques et sociales de l'avant-guerre, celles-ci s'étant encore aggravées pendant l'occupation. Dans la douleur, la soif de vivre est immense: c'est elle qui permet d'endurer en attendant des lendemains meilleurs, de s'astreindre à une discipline de fer, de consentir au sacrifice de sa vie en sachant qu'il prépare un monde meilleur, que le combat ne sera pas vain. « La souffrance engendre les rêves, écrit Michel Etiévent, et les rêves parlent tout haut ». Et l'auteur de citer De Gaulle lui-même, homme d'ordre qui a cette époque considère la réforme sociale et morale de la France inéluctable: « Impossible de ne pas entendre la voix profonde du peuple comme on entend la rumeur de la mer... La France délivrée ne voudra ni reprendre la route de l'abîme, ni demeurer dans celle de l'esclavage. D'avance, elle a choisi un chemin nouveau. Elle aura subi trop d'épreuves pour ne pas être résolue à de profondes transformations. Elle veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la Nation, où la conduite des entreprises excluait la participation des organisations des travailleurs ».

 

Le Conseil National de la Résistance, né le 27 mai 1943 grâce aux efforts de Jean Moulin notamment, chargé par le général de Gaulle de travailler à unifier la résistance intérieure et à la soumettre à l'autorité du général, à l'époque rival de Giraud, soutenu par les américains et même les anglais en sous-main, trace les contours de son programme révolutionnaire par l'ampleur et le caractère structurel des réformes proposés, même s'il ne met pas à bas le capitalisme, se contentant de le neutraliser en partie et de créer de nombreuses espaces de socialisation des richesses, est arrêté le 15 mars 1944. Il paraît en zone sud sous le nom simple et magnifique « Les jours heureux » et décline au futur liberté, démocratie économique, solidarité, avec pour fondement L'humain et l'intérêt général d'abord. « Mettre définitivement l'homme à l'abri du besoin, en finir avec l'indignité, la souffrance, le rejet, l'exclusion ». Les mots esquissent les grandes réformes qui fondent une nouvelle République de citoyens ayant conquis une égalité fondamentale. L'invention sociale est en marche: « Instaurer une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l'économie... Retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sol-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques... Droit d'accès dans le cadre de l'entreprise aux fonctions de direction et d'administration pour les ouvriers et participation des travailleurs à la direction de l'économie... Droit au travail... Liberté de pensée et d'expression ».

Le chantier s'ouvre à la Libération avec une classe ouvrière grandie par engagement dans la résistance, une CGT à cinq millions d'adhérents, un parti communiste à 27% des voix... Le « Parti des Fusillés », premier parti de France, a acquis le prestige et l'autorité d'un parti national, d'autant que les groupes FTP ont accepté de rendre les armes pour que s'installent les commissaires de la République et l'autorité des lois plutôt que celles des maquis. En Octobre 1945, 5 millions de voix se portent aux législatives sur les communistes, qui obtiennent 151 députés à l'Assemblée Nationale. Le 13 novembre 1945, De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, fait appel à cinq communistes. Aucun grand ministère régalien mais Charles Tillon au ministère de l'armement, François Billoux à l'Economie Nationale, Marcel Paul à la Production Industrielle, tandis que Maurice Thorez se voit confier un ministère d'état et qu'Ambroise Croizat hérite du travail et de la Sécurité Sociale.

 L'ordonnance qui crée la Sécurité Sociale paraît le 4 octobre 1945. La protection sociale, qui relevait jusque là des « Assurances sociales » (loi du 5 avril 1928, combattue par les patrons d'entreprises jusqu'à la nouvelle loi du 1er juillet 1930), ne protégeait contre la maladie qu'une faible partie des salariés et de leurs ayant droit. A peine un tiers de la population française... Le système était anarchique, avec une multitude de caisses patronales, confessionnelles, syndicales, mutuelles, concurrentes entre elles et n'offrant pour la plupart qu'une protection aléatoire. Pour les retraites (loi de 1910), la couverture est dérisoire ou inexistante. Pas plus d'un million de Français en bénéficient, alors que 5 millions d'entre eux pourraient y prétendre et n'ont pour seuls recours que la charité et leurs économies. 

 

"Désormais, analyse Michel Etiévent, la sécurité sociale devient un droit fondamental, universel, obligatoire et solidaire et non un mécanisme d'assurance couvrant un risque. Dans l'esprit d'Ambroize Croizat, la Sécurité Sociale devait couvrir tous les travailleurs, salariés ou non (loi du 22 mars 1946). Les non-salariés (petits commerçants, professions libérales et artisans notamment) refusèrent par la voix de leurs responsables, qui n'acceptaient pas de se laisser assimiler à de "vulgaires prolétaires". Beaucoup le regretteront. 

Le nouveau système va "digniser" l'ensemble autour de quatre mots clefs: 

L'unicité: une institution unique, obligatoire, couvrira désormais l'ensemble des domaines de la protection sociale, des "risques sociaux", dit-on à l'époque (maladie, vieillesse, décès, invalidité ainsi que les accidents du travail, gérés jusque-là par les assurances privées). "L'ambition, déclarait Croizat à l'Assemblée, le 20 mars 1946, est d'assurer le bien-être de tous, de la naissance à la mort. De faire enfin de la vie autre chose qu'une charge ou qu'un calvaire". 

L'universalité: la couverture est étendue à tous les citoyens, avec la volonté de généraliser à court terme le nouveau système. Et ceci malgré l'opposition de certaines professions qui refuseront de s'y intégrer....

La solidarité: c'est la pierre angulaire du système. Solidarité inter-générations, solidarité actifs-inactifs, malades bien-portants. Le tout financé par les richesses créées dans l'entreprise. En ce qui concerne le financement de l'institution, les propos de Croizat sont d'une modernité brûlante: "Outre le fait que cela grèverait fortement les contribuables, disait-il, faire appel au budget de l'Etat serait subordonner l'efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières qui paralyseraient les efforts accomplis". 

Démocratie enfin, et c'est là "l'exception française" car seule une gestion par les intéressés eux-mêmes peut garantir que la santé restera un droit fondamental pour tous. Là encore, les mots du ministre sont novateurs: "Pour la première fois, l'appareil nouveau met la gestion de l'intérêt des travailleurs dans les mains des travailleurs eux-mêmes. Ceci est d'autant plus important car l'assurance (et particulièrement pour les accidents du travail) relevait jusqu'à ce jour de compagnies commerciales et, pour les allocations familiales, d'une gestion purement patronale". 

L'ordonnance n'avait fait qu'énoncer les principes. Il restait à bâtir l'édifice. Ce sera l'oeuvre principale de Croizat. Entouré d'une équipe au sein de laquelle on retrouve entre autres, Marcel Willard, Jean Briquet, Maurice Patinaud, Marcel Lamour, Le Quéré, Henri Raynaud, le "bâtisseur de la Sécu" y consacrera l'essentiel de ses deux années de ministère. Deux ans d'un chantier immense, rendu possible par l'élan de solidarité et le nouveau rapport de forces politiques qui suit la Libération. Tout est à faire, substituer à l'immense fatras des 1093 Caisses diverses et organismes privés un système cohérent, décentralisé, bâti autour de 138 Caisses primaires d'assurance-maladie et 113 caisses d'allocations familiales, essentiellement gérées - au début tout du moins- par les travailleurs...".. 

En mai 1946, grâce aux efforts d'Ambroise Croizat, une loi accorde une pension de retraite à tous les salariés âgés de plus de 65 ans. Quand Croizat quittera le gouvernement en mai 1947, le montant des retraites sera majoré de 130 à plus de 200%. 4 millions de français bénéficient de la retraite.

Croizat présente ainsi dans un discours à l'Assemblée Nationale le 4 août 1946 le sens de son action gouvernementale:

"La sécurité sociale, née de la terrible épreuve que nous venons de traverser, appartient et doit appartenir à tous les Français et à toutes les Françaises, sans considération politique, philosophique ou religieuse. Ce qu'elle donne aux Français ne résulte pas de la compassion ou de la charité, elle est un droit profond de la nature humaine. Elle sera, nous en sommes sûrs, d'une portée considérable à long terme. Elle permet d'espérer, en raison des perfectionnements postérieurs qui pourront lui être apportés, voir la France et la République se placer au premier rang des nations du point de vue du progrès social...".

Le travail de Croizat au ministère du travail ne s'arrête pas là. Le 25 février 1946, il fait voter la loi sur la majoration des heures supplémentaires (25% entre 40 et 45h, 50% au-delà, 100% les dimanches et jours fériés). Il fit de même pour l'augmentation des primes et le travail de nuit et du dimanche. C'est également Croizat qui fixe la durée des congés payés à un mois pour les jeunes de moins de 18 ans et à 3 semaines pour la classe d'âge entre 18 et 21 ans. Il est également à l'origine d'un vrai service public de l'emploi, de la refonte d'une grande partie du Code du Travail, de la revalorisation des rentes des mutilés du Travail et des vieux mineurs, de la création d'un Conseil national du Travail chargé d'examiner les projets relatifs à la législation sociale, mais également d'innover en la matière. Il engage un vaste chantier dans le domaine de la formation professionnelle pour libérer l'enseignement technique de la tutelle patronale ou confessionnelle. Grâce à ses efforts et à ceux de Maurice Thorez, de nouveaux statuts de la fonction publique sont adoptées. "On y trouve des avancées extraordinaires comme la reconnaissance intégrale du droit syndical, la participation des syndicats à la gestion du personnel, la démocratisation du recrutement, l'égalité des sexes pour l'accès à la promotion dans les services publics". On développe la prévention des accidents et des maladies du travail en créant la médecine du travail, les ancêtres des comités hygiène et sécurité. On attribue pour la première fois un rôle économique et décisionnel aux comités d'entreprise. En avri 1946, Croizat propose d'instituer l'égalité de salaire entre homme et femme: "Si l'égalité politique est une victoire partielle, l'égalité économique est une victoire complète" dit-il alors. 

" Aux côtés de Marcel Paul, complice de longue date, il se battra avec acharnement pour imposer le statut des mineurs (14 février 1946) et celui du personnel du gaz et de l'électricité (22 juin 1946). Il cosignera d'ailleurs ces documents, qui vont transformer les conditions matérielles, sociales et culturelles des agents de ces deux services publics. On retrouve en effet, dans les deux statuts, des avancées considérables: sécurité d'emploi, protection sociale de haut niveau, unicité de traitement, activités sociales gérées par les travailleurs eux-mêmes, 1% des recettes d'EDF pour les électriciens et les gaziers".

Pour faire comprendre et obtenir une mise en oeuvre concrète de ces mesures en contournant les obstacles et les difficultés, Croizat effectue des centaines de déplacements, aussi bien à Paris qu'en province. Il y démontre sa capacité d'écoute et son humilité, en même temps que son sens de l'efficacité et du travail bien fait.

Cette profond mouvement de rénovation sociale de la société française pour l'universalité de l'accès au droit et la souveraineté du travail va pourtant s'interrompre.

En 1946, le patronat redresse la tête, sabote l'application du programme du CNR. Les tensions au sein du gouvernement croissent. Droite et socialistes freinent les nationalisations ou remettent en cause les statuts des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots et des travailleurs de chez Renault... Ils entament la guerre d'Indochine. Le blocage des salaires et la flambée des prix créent un climat social tendu. Les pressions des Américains sur le gouvernement s'accentue pour faire sortir les communistes.

L'éviction a lieu le 5 mai 1947. Le motif est la solidarité trop voyante des communistes aux revendications des ouvriers de Renault. En réalité, dans un contexte de début de guerre froide, les Américains monnayent leur aide à la France contre une marginalisation des communistes.  

Evincé du gouvernement, Croizat reprend à plein temps la tête de la Fédération CGT de la métallurgie. En cette année charnière, les grèves contre le blocage des salaires et la vie chère se multiplient: mineurs, métallos, dockers, ouvriers de chez Renault. "La police intervient. Elle embarque, incarcère. Partout, au coeur des carreaux de Lorraine ou du Pas de Calais, la violence s'installe. A Firminy, dans le bassin de la Loire, la grève lancée le 4 octobre 1948 tournera à l'émeute entre mineurs et CRS pour la possession du puits". 2 mineurs sont tués par balle.

Croizat tonne en décembre 1947 dans l'Union des métallurgistes: "Ce gouvernement n'a pas hésité à faire tirer sur les grévistes, à employer des gaz lacrymogènes, en un mot, à mettre tout en oeuvre pour venir à bout de la résistance ouvrière. Rien n'a été ménagé. On a utilisé des mesures répressives et spéculé à fond sur la misère et la faim des valeureux combattants... Si Hitler n'a pas réussi à mater le peuple, ce n'est pas Jules Moch et ses sbires qui y parviendront".  

Plus tard, en 1950, Croizat bataille contre le plan Schuman et le projet de Communauté du Charbon et de l'Acier avec l'Allemagne. Il y voit un projet de mise sous tutelle américaine, de réduction de l'indépendance industrielle de la France. Il remet aussi en cause les cadences et la productivité imposés par le patronat dans les industries.

En juillet 1950, Croizat, déjà éprouvé par un cancer du poumon, perd son fils, ouvrier électricien de 26 ans, dans un accident du travail à Lyon. Il meurt le 12 février 1951 après une opération qui n'a pas suffit. Son cortège funèbre, le 17 février 1951, rassemble des centaines de milliers de personnes venus lui rendre hommage.

A cette vie exemplaire et si riche de réalisations durables et révolutionnaires, nous avons le désir d'être fidèles à notre humble niveau en perpétuant et prolongeant l'héritage et surtout en commençant par le défendre face à la réaction capitaliste progressant depuis 30 ans sous des gouvernements de droite comme (prétendument) de gauche sous couvert de modernisme, d'adaptation à la mondialisation, à la concurrence internationale.

Ismaël Dupont


croizat-1.jpg


 


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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 09:26

Le Front de Gauche du Pays de Morlaix exprime sa solidarité avec tous les commerçants et habitants qui ont eu à faire face aux dégâts matériels liés aux inondations de la nuit de tempête du 23 au 24 décembre.

Ce sinistre a été dûrement ressenti, notamment par des commerçants du centre-ville de Morlaix qui pour certains peinent à s'en sortir et qui se voient là confrontés à de nouvelles difficultés. Il a aussi été heureusement l'occasion de belles manifestations d'entraides et de dévouements.   

Maintenant, il faut que les sociétés d'assurance dédommagent correctement tous ceux dont les biens, les locaux et les maisons ont été déteriorés.

Nous témoignons aussi de notre sympathie à tous les habitants de la région qui ont subi des dommages chez eux ou des coupures d'électricité la veille de Noël.

Nous souhaitons à tous de parvenir malgré tout à passer de belles fêtes de Noël en famille et avec les gens qu'ils aiment.

Nous voulons bâtir ensemble une année 2014 porteuse d'espoir, moins difficile pour notre territoire que celle qui s'achève, marquée par les licenciements et les difficultés économiques.

 

front de Gauche Morlaix 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 08:45

22 décembre 2013

Les méfaits de la France en Centrafrique

Odile Tobner (2).JPGDans un récent article, Odile Tobner, présidente de l'association Survie, établit la responsabilité de la France dans la situation qui sévit actuellement en République centrafricaine.

Elle rappelle qu'après trois quarts de siècle d’une exploitation qui l'a dépeuplé de sa population et assuré l’édification de quelques grandes fortunes françaises, l’ex-Oubangui-Chari devient officiellement « indépendant » en 1960 avec à peine deux millions d’habitants pour un territoire grand comme la France.

Dès lors, les bases militaires de Bouar et de Bangui assurent une présence permanente de l’armée française et permettent, en écrasant toute tentative de rébellion, d'assurer à la France une gestion quasi directe du pouvoir politique.

Cette souveraineté de fait conduit à la déliquescence d'un pays livré aux visées stratégiques de l'ex-colonisateur et au pillage de ses affairistes. Quant aux subventions qui arrivent sur ce territoire, qu'elles soient françaises ou européennes, elles n'ont d'autre objectif que d’assurer la continuité de l’exploitation des matières premières et l’accès aux aéroports.

Résultat : La Centrafrique est connu comme le cinquième pays le plus pauvre du monde en dépit des richesses de son sous-sol.

Ses cinq millions d’habitants souffrent de l'absence d'hôpitaux, d'écoles, de routes, d'eau potable, d'électricité...  Soixante-dix pour cent d'entre eux se trouvent au-dessous du seuil de pauvreté et souffrent de malnutrition. Le taux de mortalité à l’âge de cinq ans est de 220 pour mille et l’espérance de vie est de 44 ans. La moitié des habitants sont analphabètes.

Tel est le triste bilan des gouvernements qui se sont succédé sous une étroite tutelle française.

Aujourd'hui, la déliquescence de l’État est telle qu'elle laisse tout latitude à des bandes armées venues du Congo, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, de s'imposer par la terreur. Au point que, menacés dans leur intérêts, la France et ses alliés occidentaux ont choisi d'intervenir militairement en prétextant des motifs humanitaires.

Bien que responsables du chaos qui s'est établi dans ce pays, c'est donc encore la France et son armée qui vont décider de l'avenir du peuple de Centrafrique...

 Bokassa Giscard.JPG

Septembre 1978 : Un an avant qu'il ne soit renversé par les troupes françaises, le chef d’État de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, est reçu par Giscard avec tous les honneurs ...
 

3331561448.2.png

Source : http://survie.org/billets-d-afrique/2013/230-decembre-2013/

Jean-Pierre Dubois

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2013/12/22/les-mefaits-de-la-france-en-centrafrique-5253408.html

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 08:24

 

L'effort humain

n'est pas ce beau jeune homme souriant

debout sur sa jambe de plâtre

ou de pierre

et donnant grâce aux puérils artifices du statuaire

l'imbécile illusion

de la joie de la danse et de la jubilation

évoquant avec l'autre jambe en l'air

la douceur du retour à la maison

Non

l'effort humain ne porte pas un petit enfant sur l'épaule

     droite

un autre sur la tête

et un troisième sur l'épaule gauche

avec des outils en bandoulière

et la jeune femme heureuse accrochée à son bras

L'effort humain porte un bandage herniaire

et les cicatrices des combats

livrés par la classe ouvrière

contre un monde absurde et sans lois

L'effort humain n'a pas de vraie maison

il sent l'odeur de son travail

il est touché aux poumons

son salaire est maigre

ses enfants aussi

il travaille comme un nègre

et le nègre travaille comme lui

L'effort humain n'a pas de savoir-vivre

l'effort humain n'a pas l'âge de raison

l'effort humain a l'âge des casernes

l'âge des bagnes et des prisons

l'âge des églises et des usines

l'âge des canons

et lui qui a planté partout toutes les vignes

et a accordé tous les violons

il se nourrit de mauvais rêves

et il se saoûle avec le mauvais vin de la résignation

et comme un grand écureuil ivre

sans arrêt il tourne en rond

dans un univers hostile

poussiéreux et bas de plafond

et il forge sans cesse la chaîne où tout s'enchaîne

la misère le profit le travail la tuerie

la tristesse le malheur l'insomnie et l'ennui

la terrifiante chaîne d'or

de charbon de fer et d'acier

de mâchefer et de poussier

passée autour du cou

d'un monde désemparé

la misérable chaîne

où viennent s'accrocher

les breloques divines

les reliques sacrées

les croix d'honneur les croix gammées

les ouistitis porte-bonheur

les médailles des vieux serviteurs

les colifichets du malheur

et la grande pièce de musée

le grand portrait équestre

le grand portrait en pied

le grand portrait de face de profil à cloche-pied

le grand portrait doré

le grand portrait du grand divinateur

le grand portrait du grand empereur

le grand portrait du grand penseur

du grand sauteur

du grand moralisateur

du digne et triste farceur

la tête du grand emmerdeur

la tête de l'agressif pacificateur

la tête policière du grand libérateur

la tête d'Adolf Hitler

la tête de monsieur Thiers

la tête du dictateur

la tête du fusilleur

de n'importe quel pays

de n'importe quelle couleur

la tête odieuse

la tête malheureuse

la tête à claques

la tête à massacre

la tête de la peur. 

 

Jacques Prévert, Paroles 

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:53

Les mains de Jeanne-Marie

 

Jeanne-Marie a des mains fortes, 

Mains sombres que l'été tanna, 

Mains pâles comme des mains mortes. 

- Sont-ce des mains de Juana? 

 

Ont-elles pris les crèmes brunes

Sur les marchés des voluptés? 

Ont-elles trempé dans des lunes

Aux étangs de sérénités? 

 

Ont-elles bu des cieux barbares, 

Calmes sur des genoux charmants? 

Ont-elles roulé des cigares

Ou trafiqué des diamants? 


Sur les pieds ardents des Madones

Ont-elles fané des fleurs d'or?

C'est le sang noir des belladones

Qui dans leur paume éclate et dort.

 

Mains chasseresses des diptères

Dont bombinent des bleuisons

Aurorales, vers les nectaires? 

 Mains décanteuses de poisons?

 

Oh! quel rêve les a saisies

Dans les pandiculations?

Un rêve inouï des Asies,

Des Khengavars ou des Sions?

 

- Ces mains n'ont pas vendu d'oranges,

Ni bruni sur les pieds des dieux:

Ces mains n'ont pas lavé des langes

Des lourds petits enfants sans yeux.

 

Ce ne sont pas mains de cousine

Ni d'ouvrières aux gros fronts

Que brûle aux bois puant l'usine

Un soleil ivre de goudrons.

 

Ce sont des ployeuses d'échines,

Des mains qui ne font jamais mal,

Plus fatales que des machines,

Plus fortes que tout un cheval!

 

Remuant comme des fournaises,

Et secouant tous ses frissons,

Leur chair chante des Marseillaises

Et jamais des Eleisons!

 

ça serrerait vos cous, ô femmes

Mauvaises, ça broierait vos mains,

Femmes nobles, vos mains infâmes

Pleines de blancs et de carmins.

 

L'éclat de ces mains amoureuses

Tourne le crâne des brebis!

Dans leurs phalanges savoureuses

Le grand soleil met un rubis!

 

Une tache de populace

Les brunit comme un sein d'hier;

Le dos de ces Mains est la place

Qu'en baisa tout Révolté fier!

 

Elles ont pâli, merveilleuses,

Au grand soleil d'amour chargé,

Sur le bronze des mitrailleuses

A travers Paris insurgé!

 

Ah! quelquefois, ô Mains sacrées,

A vos poings, Mains où tremblent nos

Lèvres jamais désenivrées,

Crie une chaîne aux clairs anneaux!

 

Et c'est un soubresaut étrange

Dans nos êtres, quand, quelquefois,

On veut vous déhâler, Mains d'ange,

En vous faisant saigner les doigts!

 

Arthur Rimbaud, Poésies 1870-1871 

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:38

Union bancaire européenne : une réforme qui passe à côté de l’essentiel

Les ministres européens des finances viennent de conclure un accord pour la mise en place de l’union bancaire, présentée comme une « relance de l’Europe » et un « saut décisif pour sauver l’euro ». Ce nouveau dispositif de régulation bancaire ne s’attaque pas aux causes de la crise de l’euro, il les aggrave. Il n’empêchera pas les crises bancaires futures car il ne remet pas en cause le fonctionnement actuel des banques, dominé par la spéculation.

Chacun des trois piliers qui composent l’union bancaire soulève de gros problèmes.

Le premier pilier institue la fonction de superviseur unique de la zone euro, confiée à la Banque centrale européenne (BCE). Mais en réalité, la BCE ne contrôlera directement que les 128 plus grandes banques sur les quelques 6000 banques de la zone euro. Pire encore : puisque les pays de l'UE hors zone euro ne reconnaissent pas l’autorité de la BCE, le Royaume-Uni, à la tête de la principale industrie financière européenne, échappera ainsi au superviseur européen.

En second lieu, cette réforme aggrave le déni de démocratie en Europe. Le pouvoir de la BCE va être considérablement renforcé par ses nouvelles fonctions de superviseur. Or aucune décision n’a été prise pour réduire l’indépendance de la BCE et la rendre plus responsable devant les autorités élues, à commencer par le Parlement européen.

Les piliers 2 et 3 prévoient respectivement la création d’un système européen de garantie des dépôts et un mécanisme commun de résolution des crises bancaires. Le but affiché par ces nouveaux dispositifs est double : renforcer la solidarité entre pays en cas de crise, et faire payer aux actionnaires, plutôt qu’aux contribuables, le coût des défaillances bancaires.

Il est fort probable que ces beaux principes resteront lettre morte. En effet, les ressources financières prélevées sur les banques pour alimenter le fonds européen de résolution ne s’élèveront qu’à 60 milliards d’euros... en 2026. C'est ridiculement faible : la seule BNP Paribas représente un bilan de 2000 milliards d’euros. Par ailleurs l’Allemagne, qui refuse de payer pour les banques des pays du sud de l’Europe, a obtenu que les mécanismes de solidarité soient fortement réduits.

Mais la principale limite de l’union bancaire est qu’elle ne s’attaque pas au modèle bancaire dominant en Europe, qui mélange les activités de banque de détail tournée vers les ménages et les PME, et les activités de banque d’investissement tournée vers les marchés et la spéculation. Or ce sont ces dernières activités qui sont à l’origine de la crise financière, et menacent l’investissement et l’emploi.

La réforme de la régulation bancaire en Europe doit commencer par une remise en cause de la banque dite universelle, en introduisant une séparation radicale des activités de banque de détail et de banque d’investissement.    

Attac France,

Paris, le 20 décembre 2013

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:47

Ces derniers jours, les tensions sont montées d'un cran entre le Parti de Gauche et le Parti Communiste au niveau national, après la tentative de Jean-Luc Mélenchon et du Parti de Gauche d'empêcher l'élection à la tête du Parti de la Gauche Européenne de Pierre Laurent au motif qu'il a soutenu à titre personnel la perspective d'une union de la gauche à Paris.

Comme beaucoup de communistes attachés au développement du Front de Gauche et à la construction d'une alternative crédible au social-libéralisme pour mener des politiques de transformation sociale dont l'Europe et la France ont plus que jamais besoin en ces temps troublés et dangereux où la pression des pouvoirs financiers et du vote d'extrême-droite se font plus que jamais sentir, j'ai été déçu, et même très déçu par la décision des communistes de Paris, de Toulouse et d'autres grandes villes comme Nantes, Rennes ou Brest de faire alliance au premier tour avec le PS aux municipales pour avoir des élus et mener, espérons-le, une politique municipale progressiste. Nous avions des élections à deux tours: il fallait utiliser le premier tour pour marquer notre différence, créer un rapport de force, dire que nous avions une ambition autre que de gérer la misère ... de budgets publics locaux en baisse et d'une population fragilisée par l'austérité.   

Ces décisions s'inscrivent toutefois dans les statuts du PCF, qui prévoient que les militants décident souverainement de la stratégie aux élections municipales dans leur commune. Elles peuvent s'expliquer par des circonstances particulières au niveau local et elles procédent aussi sans doute de la volonté légitime d'un certain côté de défendre un bilan, de battre la droite au niveau local pour mener des politiques au service des habitants.

Elles ne renforcent pas l'unité et la crédibilité du Front de Gauche comme force politique capable par sa cohérence et sa constance d'intention de constituer une alternative à gauche à un PS qui depuis un an et six mois mène au niveau national une politique libérale de centre-droit, ne cessant de faire des concessions au MEDEF et à l'orthodoxie économique en ignorant les revendications du mouvement social et les attentes de la population et du peuple de gauche, du moins ce qu'il en reste. 

Ces décisions créent de l'ambiguïté et une certaine confusion dans l'esprit des militants et des électeurs et nous rappellent combien il est difficile d'exister pour un mouvement politique transformateur face au bipartisme de fait qu'organisent les institutions de la Ve République et au scrutin majoritaire à deux tours, préféré au scrutin proportionnel qui permet une juste représentation de la diversité des sensibilités politiques de l'électorat. 

Seulement, même si l'on peut comprendre la frustration de Parti de Gauche et d'autres composantes du Front de Gauche, il ne faudrait pas que l'absence de mesure et d'esprit de responsabilité l'emporte en mettant en péril notre patrimoine commun, le Front de Gauche, un rassemblement divers en son principe mais uni par une analyse de la réalité politique et un programme de transformation sociale, économique, démocratique et écologique, L'humain d'abord, qui est le seul, sur l'échiquier politique français, à répondre aux défis du temps.  

Les médias au service des forces conservatrices font leur chou gras de nos divisions qui renforcent aussi les partis qui co-gèrent un système de plus en plus inégalitaire et brutal pour la population.

Sur le plan de leur action parlementaire, les députés nationaux et européens, les sénateurs communistes élus sous l'étiquette et grâce aux électeurs du Front de Gauche n'ont jamais désavoué leur mandat et leur programme, votant contre les lois anti-sociales (retraites, ANI) les budgets d'austérité, le pacte budgétaire européen, faisant des propositions pour conquérir de nouveaux droits pour les salariés et la population, propositions qui ont été le plus souvent déboutés sans débat par le PS, EELV et les radicaux. 

Pierre Laurent, dans ses discours publics, ne témoigne d'aucune connivence avec la politique que mène le PS au niveau national, sans pour autant renoncer à convaincre les électeurs et élus de gauche déçus par la politique du gouvernement.

Nous ne voulons pas nous enfermer dans une gauche critique ou protestataire sans débouché sur le réel. Nous voulons peser sur les décisions, trouver les convergences qui permettent de réorienter sur des bases vraiment de gauche les politiques menées.

Jean-Luc Mélenchon est un homme politique brillant et extrêmement dynamique qui a magnifiquement porté la campagne du Front de Gauche aux élections présidentielles de 2012, nous permettant de retrouver un écho et un électorat moins confidentiel sur des bases programmatiques ambitieuses et claires, résultats de la fusion très riche de plusieurs héritages militants et idéologiques.

Nous lui sommes redevables d'avoir eu le courage de quitter le PS pour donner plus de résonnance à ses idées, d'avoir avec les communistes et la Gauche Unitaire surmonté des contentieux historiques pour créer le Front de Gauche, et d'avoir mené avec des dizaines de milliers de militants, anciens et nouveaux, cette belle campagne de 2012 qui a permis, partout en France, à des collectifs citoyens du Front de Gauche et à des assemblées citoyennes de se créer, beaucoup plus rassembleuses que les partis politiques traditionnels.

Il a contribué aussi à redonner aussi un peu de radicalité, d'ambition et de couleurs écologiques au PCF grâce à l'influence du Front de Gauche.

Nous comptons toujours sur lui pour la suite. Comme nous comptons sur d'autres responsables politiques très capables du Front de Gauche: Pierre Laurent, André Chassaigne et Clémentine Autain en particulier, mais il y en a bien d'autres. Nous ne devons pas avoir la culture du leader irremplaçable et infaillible, même si c'est toujours un avantage d'avoir des personnalités politiques charismatiques.    

Le PCF est un parti avec des dizaines de milliers de militants, une longue histoire, faite de luttes et d'actions dans les institutions. Il entend être respecté dans sa particularité, son autonomie, comme il se doit de respecter l'apport et la particularité des autres forces du Front de Gauche.

Dans la circonstance, il a jugé certainement que l'intérêt de la population, des gens que nous voulons défendre et représenter, les classes populaires, n'était pas d'affaiblir un peu plus la représentation électorale locale des communistes en perdant des élus qui se mettent au service de tous dans les municipalités.

Il y a bien sûr des élus et des militants au PCF qui sont au Front de Gauche sur la pointe des pieds, qui considèrent que le Front de Gauche est avant tout une stratégie électorale ponctuelle et un risque pour la permanence du parti, des élus, leurs alliances préférentielles avec le PS... Mais c'est loin d'être la majorité.

De la méfiance peut subsister néanmoins chez beaucoup vis à vis d'un risque d'effacement du PCF, un parti auquel la plupart des militants qui ont tenu contre vents et marées le cap de leur espérance et de leur fidélité sont viscéralement attachés, ce qui ne les empêche pas d'êtres critiques et exigeants. On a le souvenir de ce qu'a engendré en Italie l'auto-dissolution du Parti Communiste: la dérive complète de la gauche qui compte électoralement vers le centre libéral.

Personnellement, je crois que la force du Front de Gauche, c'est de trouver l'unité et l'apport réciproque dans la diversité, c'est son côté pluricéphale, même si c'est aussi parfois une faiblesse et un risque, même si cela demande toujours des efforts de compréhension, de compromis. 

Personne ne peut se dire propriétaire de l'identité et de la visée du Front de Gauche même si cette identité et cette visée existent bien, s'exprimant souvent dans les tensions et la contradiction, comme toutes les productions historiques.

L'attente du mouvement social, les besoins de la population, les espoirs que nous avons su faire naître, l'immense et périlleux chemin qui nous reste à parcourir pour convaincre la majorité de notre peuple que le changement est non seulement souhaitable mais possible, à condition de ne pas se résigner, de bousculer les féodalités économiques et les certitudes assénées par la bourgeoisie et ses relais idéologiques, nous imposent de sortir par le haut de cette crise interne au sommet que l'on ne ressent pas partout sur le terrain, heureusement. 

Mettons les egos et les rancunes en sourdine, assumons nos responsabilités au regard de l'histoire et du collectif: retrouvons le chemin du dialogue, de l'unité et du combat commun contre le libéralisme, le capitalisme financier, les lâches renoncements de la gauche gouvernementale face aux pouvoirs financiers, à la montée de la crise écologique, l'intolérance et de la xénophobie.

Evitons la complaisance, la mollesse comme le sectarisme et l'invective.

Ne transformons pas nos divergences en casus belli, nos désaccords en chantage.

Nous avons tant de chemin à faire ensemble! Nous en avons déjà tant fait! 

La richesse du fonctionnement du Front de Gauche dans beaucoup d'endroits (comme à Morlaix) où il a su dépasser, grâce à la volonté des militants des partis fondateurs, le format d'un rassemblement ponctuel d'organisations à finalité électorale pour devenir une force citoyenne et politique à part entière, témoigne des promesses de notre mouvement, où l'on retrouve des écologistes, des anciens socialistes, des communistes, des militants venus de l'extrême-gauche, des altermondialistes, des militants associatifs et syndicaux, un grand nombre encore de citoyens qui n'avaient jamais eu d'engagement politique auparavant.

Ayons en tête la leçon et l'esprit de Jaurès, le grand orateur, le grand intellectuel, le grand serviteur de la paix, de l'humanisme concret et de l'émancipation sociale du monde ouvrier. Il savait être ferme dans l'affirmation des principes et la dénonciation des injustices tout en parlant à tous, sans excès de procès d'intention, en ne renonçant jamais à convaincre, à indiquer le chemin de la raison. Il sut unifier un mouvement socialiste éparpillé en plusieurs chapelles divisées par des contentieux historiques et idéologiques pour gagner en efficacité pour l'action. Il n'opposa jamais le travail dans les institutions et la lutte sociale, les conquêtes sociales et démocratiques immédiates à l'ambition révolutionnaire de dépassement du mode d'exploitation capitaliste. Il y voyait des moyens pour le grand nombre de prendre conscience de sa force, de gagner en capacité de mobilisation. Il sut toujours montrer au-delà des débats du moment l'horizon d'avenir meilleur qu'une résolution favorable laissait présager. Il sut élever la politique au-dessus du pinaillage, de l'esprit de coterie et de la guerre des chefs.

Le respect de l'humanité, la noblesse du caractère, l'humilité, l'esprit de synthèse et de compromis jointe à la grandeur de vue et à la sincérité de la visée révolutionnaire font de Jaurès un exemple dont les dirigeants politiques qui se réclament à bon droit de son héritage (la direction du PS actuel n'y a aucun droit) feraient bien de s'inspirer.

Ismaël Dupont.           

 

   

    

 

   

 

    

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