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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:21

En déplacement à Crozon début juillet, Nicolas Sarkozy, fidèle à la désinvolture et à l'agitation de surface sans lendemain qui le caractérisent, a félicité les agriculteurs (et notamment ceux de la FNSEA qui avaient accepté de le rencontrer) de mettre tout en oeuvre pour réduire la production d'algues vertes sur les plages bretonnes et a fait de la valorisation des déjections animales pour produire de l'énergie dans des méthanisateurs la solution miracle pour mettre fin à ce problème.

Décidemment, le méthaniseur aura toutes les vertus autrefois attribuées à la pierre philosophale: transformer en or brut, le biogaz, les boues des stations d'épuration, les viscères et les résidus non exploitables des volailles, bovins, ovins, sortant de l'abattoir, et maintenant le lisier des porcs. « Le plan gouvernemental algues vertes, informait un dossier de Libération le 28 juillet 2011, prévoit d'améliorer la connaissance sur ce phénomène (200000 euros), d'aider à la collecte des algues (700000 euros), de financer trois plateformes de traitement (8 millions d'euros), de soutenir une vingtaine de projets de méthanisation, ainsi que les agriculteurs, afin qu'ils changent leurs pratiques (16 millions d'euros) ».

Le Canard Enchaîné du 3 août 2011 n'a pas de mal à montrer les limites de cette dernière disposition et à ironiser: « Et pourquoi ne pas profiter du gisier de lisier breton pour fabriquer du biogaz? C'est la dernière grande idée de Sarko. Sauf qu'une usine de méthanisation qui tourne aux déjections de cochon produit en sortie plus d'azote et de nitrates que n'en recèle le lisier qu'elle consomme. Explication: tout l'azote et le nitrate se retrouvent dans un déchet liquide, lui-même enrichi par l'azote des végétaux qu'il a fallu ajouter pour augmenter le rendement. Résultat: en méthanisant le lisier, on risque d'augmenter les marées vertes! ».

 

Si le méthaniseur n'est pas la panacée pour lutter contre la pollution des eaux aux nitrates et des plages aux marées vertes, la seule solution, c'est un plan social résolu pour accompagner une restructuration de l'agriculture bretonne, une réduction de la taille des élevages et un retour à une agriculture moins industrielle, plus paysanne et durable.

 

Cela ne sera pas facile, si l'on en croit les élements d'information fournis dans l'excellent dossier de deux pages du Monde du samedi 20 août 2011.

En effet, l'hyperproduction est le modèle dominant de l'élevage breton depuis les années 1970 – la Bretagne produit 60% des porcs français (14 millions), 40% des oeufs (300 millions de volailles), 21% du lait (2 millions de bovins) – et cet élevage hors sol est à la base d'une économie plus rentable pour les abattoirs et les industries agro-alimentaires (chiffre d'affaire annuel de 18 milliards d'euros) que pour les agriculteurs bretons (avec « un revenu moyen inférieur à 12000 euros par an, ils sont parmi les agriculteurs les plus pauvres de France et reçoivent chaque année 600 millions d'euros d'aides de l'Union européenne », précise l'article du Monde).

En tant que principale activité capitaliste en bretonne et que gisement d'emploi dans des zones intérieures peu riches, l'industrie agro-alimentaire est un puissant lobby qui a ses entrées au Conseil Régional, comme en témoigne l'attitude d'indignation hypocrite de Jean-Yves Le Drian face à l'affiche que France Nature Environnement avait l'intention de placer dans le métro parisien l'hiver dernier et qui montrait un enfant jouant sur une plage couverte d'algues vertes. Les hommes politiques bretons, qu'ils appartiennent au PS ou à l'UMP, flattent aussi un électorat agriculteur dont ils connaissent les difficultés indéniables et les efforts individuels, largement insuffisants cependant pour régler le problème, pour s'astreindre au respect des normes environnementales européennes, construire des fosses à lisier et limiter l'épandage. Toutefois, on aurait tort de faire trop l'angélisme par rapport au milieu agricole. Il y a de toute évidence bon nombre d'agriculteurs qui refusent de voir la réalité en face et de tenir compte de l'intérêt général et des attentes légitimes de leurs concitoyens (avoir de l'eau potable, sans coûts d'assainissement exorbitants, et non remplie à la hauteur de 30 mg/ litre de nitrates en moyenne alors que la quantité naturelle de nitrates dans l'eau est de 2 ou 3 mg/ litre et que la quantité acceptable pour la santé et la non prolifération des algues vertes serait de 10 mg/l; avoir des côtes, des plages et des eaux de mer propres et non dangereuses; ne pas avoir avoir 70000 tonnes d'ulves d'algues vertes à ramasser par an sur les plages et dans les estuaires au frais du contribuable, pour un coût de 500000 euros par an en Bretagne...). On peut même voir dans la rencontre de foot organisée par la FDSEA recouverte de quelques algues vertes une opération de désinformation et de mauvaise foi prodigieuse absolument incapable de convaincre le public et de faire oublier la mort de deux chiens à St Michel en Grève en 2008, la mort d'un cheval et la syncope de son cavalier en 2009 au même endroit, la mort par arrêt cardiaque d'un employé communal convoyant des algues vertes en région de St Brieuc la même année, et enfin cet été la mort de 36 sangliers dans l'estuaire du Gouessant.

 

Tous des victimes de l'hydrogène sulfuré, ce gaz toxique dégagé par la putréfaction des tapis d'algues vertes, certes. Mais tous des victimes aussi de l'attentisme, d'années de mensonge et de consentement à l'illusion qui arrange, du monde agricole et politique breton. Lopérec 4

 

Aujourd'hui, il semble que la FNSEA reste inflexible, droite dans ses bottes, refusant d'envisager un changement de ses modèles d'élevage dominants. Elle se justifie au travers d'un argumentaire où la nécessité d'être concurrentiel et de faire des gains de productivité apparaît au premier plan, afin de pouvoir assurer des prix bas au consommateur et de ne pas dépendre exclusivement d'aides publiques. Lisons ainsi dans l'article du monde du 20 août les déclarations très fermes du président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor, Olivier Allain, qui doit prendre les agriculteurs paysans et bio et leurs partisans comme de doux rêveurs qui nous rameneraient au Moyen Age si on les écoutait plutôt que de faire de notre agriculture un fleuron de notre économie parfaitement adapté à la mondialisation darwinienne: « Soyons clairs, nous ne changerons pas notre façon de produire de la viande parce que, dans le monde entier, les agriculteurs produisent de la même façon. Face à la concurrence, notre seul avenir est de gagner en compétitivité et d'évoluer vers une agriculture écologiquement intensive » ( jugez la beauté de l'oxymore qui rappelle la langue de bois et de plomb des régimes totalitaires)... « Si on passe tous au bio, les prix vont augmenter, et on importera de la viande pas chère d'Inde ou de Chine où il n'y aura plus aucun contrôle sanitaire », ajoute Sébastien Giraudeau, directeur de la FDSEA dans les Côtes-d'Armor.

Pourtant, on peut rétorquer à ce défenseur décomplexé du modèle d'agriculture industrielle ou intensive que l'éleveur paysan ou bio qui parvient à trouver des filières de proximité pour vendre ses produits et à ne pas dépendre pour l'alimentation animale des farines vendues par les multinationales de l'agro-alimentaire et soumises aux oscillations du coût des matières premières ne vit pas plus mal que l'éleveur productiviste, et qu'il est souvent moins endetté. On peut lui répondre aussi que la conversion à l'agriculture productiviste en Bretagne est responsable depuis les années 70 de la division par cinq du nombre d'exploitants agricoles: l'argument de la défense de l'emploi est donc à double tranchant. On peut enfin lui retorquer que dans une stricte logique économique, le bénéfice de l'agriculture productiviste est loin d'être prouvé puisqu'il épuise les sols, exige des dépollutions coûteuses et insuffisantes, produit parfois des maladies prises en charge par la sécurité sociale, tandis que d'un point de vue sanitaire, les français gagneraient à manger moins de produits issus de l'animal (viande, lait, oeufs), mais de meilleure qualité.

 

Généraliser une agriculture de qualité respectueuse de l'environnement en évitant les spécialisations excessives à des fins d'exportation est possible si l'Union Européenne continue à aider, et de manière plus sélective (en fonction de critères environnementaux et qualitatifs, et sans donner une prime à la taille des surfaces et des exploitations), les agriculteurs tout en les protégeant des importations de produits de qualité moindre à bas prix par un système douanier efficace.

 

Le combat pour une agriculture et une alimentation de qualité, pour des prix rémunérateurs garantis aux éleveurs grâce à une limitation des surproductions et une lutte contre la spéculation, est un combat de gauche contre le libéralisme et les logiques capitalistes.

 

Ismaël Dupont. 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 19:57

J'ai achevé ce matin la lecture du projet socialiste, disponible sous la forme d'un livre de poche de 119 pages publié aux éditions Odile Jacob sous le titre en partie excessif  "Le changement"  et vendu 3 euros.

 

Les propositions et les engagements des socialistes pour la période 2012-2017 ont le mérite de prendre appui sur des constats généraux que l'on peut contester dans le détail mais qui entendent adosser la cohérence du projet et du programme à une lecture historique partageable dans ses grandes lignes de l'évolution du monde et de l'influence de la France dans le monde, des mutations de la société française et de la dégradation des institutions et du lien social de la République sous le mandat de Sarkozy.

 

Le poids d'une France de gauche en Europe et dans le monde.

 

Le PS s'émeut ainsi en particulier de « la prédation exercée par la finance sur l'économie », de « pouvoirs peu à peu confiées aux actionnaires et à leurs représentants »(p.22). Pour lui comme pour nous, « le capitalisme financier, loin des compromis de l'économie sociale de marché (il ne faut pas oublié que ce concept renvoie une réalité qui n'est pas l'application d'un modèle théorique de gauche modérée mais un compromis issu de luttes ouvrières et sociales contre les logiques capitalistes de maximisation du profit et de la liberté de l'entrepreneur) est redevenu une fabrique à inégalités et à brutalités voisine de celle qui se déployait au XIXème siècle ». Ce constat, étayé par divers exemples montrant la violence des injustices que la droite a creusées en France ces dix dernières années, nous réunit.

Mais, si on ne peut s'empêcher de se souvenir que le PS n'a rien fait, entre 1983 et 1993, et entre 1997 et 2002, pour lutter efficacement contre la financiarisation de l'économie, donnant au monde et à l'Europe certains des artisans les plus salués de la conversion au néo-libéralisme, des dirigeants de grandes institutions internationales propageant cette idéologie- Jacques Delors, Pascal Lamy et récemment Dominque Strauss-Kahn - on peut plus encore regretter que le PS ne croit pas réellement possible de mettre en oeuvre pour un gouvernement de gauche dans l'Europe d'aujourd'hui des moyens de restauration du contrôle démocratique sur l'économie et la finance à la hauteur de la gravité de la situation et des besoins sociaux de la population.

Or, de ce point de vue, ce qui frappe dans le discours introductif du manifeste contenant le projet socialiste, ce sont des affirmations fortes touchant les limites du volontarisme politique, de l'influence de la France et de son peuple souverain, que l'on peut juger réalistes et lucides, mais aussi curieusement fatalistes et résignées, comme si elles servaient de base à une pédagogie du renoncement à l'émancipation sociale par la politique visant à nous démontrer notre impuissance fondamentale pour mieux faire accepter l'intégration économique et politique européenne et l'austérité.

Des repères, nous dit-on, « ont volé en éclat », ce qui explique la crise actuelle du politique et le désintérêt ou la défiance des français vis à vis des enjeux électoraux. Quels sont ces repères perdus, ces réalités d'autrefois périmées?: « un monde où l'Etat-nation était le cadre des solutions, où le progrès social cheminait avec les générations », un monde où la France « exerçait une influence politique et culturelle à nulle autre pareille ».

 

On sent que la voie qu'imagine prioritairement le PS pour renforcer la France dans un contexte hautement concurrentiel marqué par la nouvelle puissance de la Chine, de l'Inde, du Brésil, et d'autres pays émergents, est celle: 1) de l'intégration européenne renforcée à travers une gouvernance économique commune limitant les souverainetés démocratiques et les possibilités de progrès sociaux enregistrés grâce à l'activisme politique et syndical 2) des efforts pour augmenter la compétitivité de nos entreprises (y compris par des baisses de contributions à la solidarité nationale) et réduire les déficits publics.

 

Une volonté de changement et de redressement de la France, certes, « mais ces objectifs s'inscrivent dans une acceptation d'un monde concurrentiel dominé par les marchés financiers et dans une conception de la croissance économique où les gains de productivité ne sont jamais redistribués en faveur de l'emploi, des qualifications et des salaires » (analyse de François Marly, responsable national du PCF et vice-président chargé de la culture en région Ile de France). Témoins, quelques morceaux choisis: « Dans la bataille pour la valeur ajoutée, la France est lestée d'un chômage massif, de déficits excessifs et d'un endettement explosif...Pour peser, l'Europe ne possède certes pas le degré d'intégration politique des Etats-Unis, ni leur puissance militaire. Elle n'a pas non plus la vitalité économique des nouvelles puissances d'Asie » (p.35). « L'économie française souffre d'un triple handicap: insuffisante compétitivité; déficits publics, chômage de masse...Un accroissement de la demande (sous entendu par une politique keynésienne d'augmentation de la consommation par l'investissement public, le renforcement de la protection sociale et des salaires) qui ne serait pas accompagné d'une politique de compétitivité ne ramenerait pas la croissance et ne favoriserait que les importations ».

 

Même si le PS d'aujourd'hui rend responsable d'un certain affaiblissement de l'Europe les politiques ultra-libérales préconisées depuis 20 ans au moins au niveau de l'Union européenne, privilégiant la concurrence et la marchandisation généralisée sur la croissance, il reste qu'il est loin de faire d'une Présidence et d' un Parlement de Gauche en France les fers de lance d'une réorientation profonde du fonctionnement politique et des dogmes économiques qui régissent l'Union Européenne et de notre politique atlantististe d'alignement sur les intérêts américains et de l'OTAN, son outil impérial.

 

Certes, le PS souhaiterait apparemment une « redéfinition du rôle et des objectifs de la BCE » (p.68) mais il ne précise pas précisément laquelle et ne propose pas que la BCE puisse créer de la monnaie pour faire baisser les dettes des Etats Européens (par l'inflation), les racheter ou les faire baisser en prêtant aux Etats à taux d'intérêt moindre. Il ne propose pas qu'elle perde son indépendance (qui scelle en réalité sa soumission aux intérêts des puissances financières) et qu'elle soit placée sous le contrôle démocratique du Parlement européen. Pire, le projet du PS prend acte et approuve « la création (grâce au duo très progressiste Merkel-Sarkozy) d'un fonds européen permanent de stabilité financière pour empêcher toute spéculation sur la dette des Etats et concilier assainissement des finances (traduisez austérité) et redressement économique » et le « Pacte de stabilité et de croissance » (dit Pacte pour l'Euro plus) qui est la contrepartie obtenue par les pays les plus libéraux de l'Europe de la garantie offerte aux Etats, aux banques, et aux sociétés d'assurance, de leurs possibles faillites en chaîne grâce aux centaines de milliards d'euros versés par les Etats européens les plus riches à ce fonds de garantie publique des investissements privés qui vise en réalité à dévaliser les européens au profit de la survie du capitalisme financier et des banques.

Rappelons que le Pacte de stabilité pour l'euro prévoit d'institutionnaliser la rigueur budgétaire, et la règle d'or du zéro déficit, de flexibiliser le marché du travail, de bloquer les salaires (et de ne plus fixer nationalement un salaire minimum par la loi) ou même de les baisser ainsi que la protection sociale dans les pays lourdement endettés qui veulent pouvoir faire appel à ce fonds de stabilité pour faire face à des difficultés de paiement des intérêts de leur dette. La Conférence européenne des syndicats a appelé à se battre contre ce texte qui va être opposé nationalement à toutes les revendications sociales légitimes au nom de la discipline européenne et de la discipline économique et qui va creuser la récession, l'endettement privé et public, en empêchant une relance de la croissance et des recettes fiscales.

Comment le PS, en s'abstenant peut-être bientôt au Parlement sur l'institutionnalisation de l'objectif de réduction des déficits publics- la fameuse « règle d'or » voulue par Sarkozy, en approuvant le pacte de stabilité pour l'euro tout en assortissant son soutien d'une réserve qu'il n'aura guère l'occasion de faire respecter (le « traitement différencié »- dans le refus de tout endettement public- « des dépenses d'avenir: éducation, enseignement supérieur, recherche, infrastructures vertes ou numériques »), peut-il nous faire croire qu'il prépare un vrai changement?

De la même manière, comment peut-il prétendre que « la politique peut reprendre le pouvoir sur la finance » (p.47), diagnostiquer avec justesse que la crise qui a explosé en 2008 « n'est pas un accident de la conjoncture, un dérèglement du système en attendant le retour à la normale » mais « un échec fondé sur la devise « financiarisation, dérèglementation, privatisation », c'est à dire que « la crise actuelle est une crise du partage de la richesse », sans se donner les moyens adéquats pour désarmer les marchés, de maîtriser et combattre la croissance de l'économie financière en France, en Europe et dans le monde, en restaurant la maîtrise publique des biens et des services d'intérêt général, en trouvant des outils efficaces pour lutter contre les profits financiers et la spéculation, comme contre les délocalisations et la précarisation des salariés.

Le PS ne propose pas ainsi de rompre avec les impératifs de lutte systématique contre l'inflation, l'économie administrée et la garantie publique des prix, la politique de réduction des monopoles publics et d'encouragement à l'ouverture à la concurrence d'opérateurs privés de tous les services, de réduction systématique du poids de la fonction publique, que contient le Traité de Lisonne comme les traités antérieurs.

Il n'entend pas remettre sur le chantier un nouveau traité, le contenu du traité de Lisbonne qui reprend les dispositions du Traité Constitutionnel Européen ayant été refusé par toutes les populations directement consultées hormis les espagnols et les luxembourgeois, soit par les français, les hollandais, les irlandais. Après, ses plaidoyers contre l'application aveugle de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), pour une harmonisation en Europe de l'impôt sur les sociétés (de manière à éviter le dumping fiscal et les délocalisations intra européennes), contre de nouvelles directives visant à la mise en concurrence dans le domaine des services publics (il n'en reste guère abrités aujourd'hui encore de la concurrence forcée, hormis peut-être la défense et la police) et pour une augmentation restreinte des droits de douane aux frontières européennes pour des entreprises et des Etats qui ne respecteraient pas « des obligations sociales, sanitaires, environnementales, technologiques » établies dans le cadre d'une OMC réputée par son progressisme, ne coûtent pas grand chose et n'engagent à rien tant que l'on se refuse les moyens de mettre en oeuvre ces objectifs louables mais encore insuffisants.

Il n'y a rien non plus dans le projet du PS sur une nécessaire démocratisation des institutions européennes et des dispositifs qui permettraient d'accroître le contrôle des peuples européens sur des décisions prises par leurs dirigeants dans des cercles restreints, sans mandat clair et sans rendre réellement de compte sur ce qu'ils font.

 

Le combat contre la toute-puissance de l'économie financière et des pouvoirs financiers exige d'interdire les stocks-options et les produits boursiers spéculatifs ( permettant de gagner de l'argent sur l'évolution du cours des matières premières, de l'insolvabilité des Etats et du niveau de leur dette), de réduire le pouvoir des agences de notation, de limiter la libre circulation des capitaux aux frontières de l'Europe, de limiter les taux d'intérêt que les groupes financiers exigent pour financer la dette des Etats, de séparer les banques de dépôt et d'investissement par une reprise en main du système bancaire national, de créer des banques publiques nationales et européennes d'investissement pour l'emploi durable et la conversion écologique offrant des facilités d'accès au crédit à des entreprises socialement responsables: le Front de Gauche propose de se battre pour obtenir ces réformes économiques structurelles qui rendraient l'économie mondiale moins folle, plus juste et plus stable. Le PS, non.

 

Si l'on en croit les silences et les impasses de leur projet,, à quoi cela servirait-il, songent peut-être les socialistes, d'avoir l'ambition de démocratiser l'Europe, de protéger et d'étendre ses droits sociaux et ses garanties collectives obtenues de haute lutte par les travailleurs en se battant pour un SMIC européen, un protectionnisme aux frontières de l'Europe visant à protéger notre industrie et notre agriculture des délocalisations, à éviter le dumping social et l'augmentation du chômage, de plaider pour une banque publique d'investissement européenne, une annulation ou un rachat public à moindre coût de la dette des pays européens victimes des spéculateurs et de la cupidité des organismes financiers, de faire reculer les pouvoirs de la commission au profit du parlement européen et des parlements nationaux, toutes mesures qui sont dans le programme du Front de Gauche? « Dans une Europe à vingt-sept, rappellent-ils en effet à toutes fins utiles, au cas où on n'aurait pas compris qu'ils se contenteront de changements modestes, de demi-mesures, d'un aménagement du système à la périphérie, la France ne peut pas décider de tout, toute seule » (p. 68).

Or, le problème aujourd'hui, c'est que les peuples ne décident plus de rien des politiques économiques et sociales qui leur sont imposées en Europe et qui sont dictées directement par les milieux d'affaire et leurs mandants. Et c'est ce pouvoir de la finance sur les politiques publiques en Europe et dans le monde qu'il faut dénoncer et contre lequel il faut combattre sans timidité ni anticipation de l'échec.

 

En cela, le Front de Gauche et son candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon qui martèle depuis des mois que la France, du fait du prestige de son histoire révolutionnaire, de la combativité intacte d'une partie de ses salariés et citoyens, de sa puissance nucléaire et de son droit de veto au conseil de sécurité, de ses influences en Afrique et dans le monde arabe, de sa tradition gaulliste de non alignement et de souveraineté préservée, de son statut de cinquième puissance économique mondiale et de deuxième puissance européenne, à l'origine de l'Union, conservent de très bons arguments pour tenter l'effet d'entraînement sur les populations européennes en créant un électrochoc en s'affranchissant du traité de Lisbonne et du pacte pour l'euro plus, en plaidant pour d'autres rapports économiques mondiaux, en sortant du commandement intégré de l'OTAN, afin d'obtenir une réorientation de l'Union européenne et de la gestion impériale de plus en plus fragile et contestée du monde par les Etats-Unis et leurs vassaux occidentaux.

 

Or, sur ce point, le PS, qui a approuvé et continue à le faire l'intervention française en Libye et en Afghanistan, et dont le projet international, assez pauvrement défini, ne se démarque guère du manque de cohérence des visées diplomatiques sarkozystes (faire triompher les droits de l'homme dans le monde tout en défendant nos intérêts économiques, renforcer l'Europe de la Défense, lutter contre le terrorisme, contribuer au renforcement du multilatéralisme en acceptant l'arrivée de nouveaux membres au Conseil de Sécurité et en créant un pôle d'influence euro-méditerranéen pouvant faire face à la concurrence de l'Asie et de l'Amérique tout en restant alliés indissolubles, en tant qu' « occidentaux démocrates représentants du monde libre », des américains), ne témoigne pas d'une volonté de contrecarrer l'hégémonie politique américaine, notamment en affirmant une voie plus respectueuse du droit des palestiniens bafoué par la colonisation et la politique brutale des gouvernements israéliens.

Il n'est nullement fait mention non plus dans le projet socialiste de l'évolution nécessaire du G8 et du G20, symboles de la domination des Etats riches au service de leurs multinationales, du FMI et de l'OMC: il est vrai probablement que seuls quelques rêveurs utopistes (et les socialistes admettent très bien que la société puisse avoir besoin de tels artistes qui lui donnent un supplément d'âme: « Oui il y a besoin de rêve et d'utopie portés par les artistes », mais non plus par les politiques sérieux, peut-on lire p.94) ou des démagogues peuvent affirmer que nous avons encore quelque pouvoir, en tant que petit pays dans la tourmente de la mondialisation, sur ces institutions de régulation mondiale qui de toute manière, même si les socialistes se disent non seulement pragmatiques mais aussi « internationalistes », organisent fatalement plus la concurrence de pays aux intérêts divergents que leur coopération.

 

De ce point de vue, on peut regretter aussi que le PS ne se prononce pas assez résolument non plus pour rendre notre politique vis à vis de l'Afrique, avec qui nous avons des liens culturels liés à la francophonie, davantage basée sur la solidarité et moins sur un néo-colonialisme à bout de souffle basé sur le paternalisme et le soutien diplomatique et militaire à des tyrans favorisant les intérêts de nos entreprises: il est certes question dans le projet socialiste de « coopération et de co-développement fondée sur l'égalité, la confiance, la solidarité » mais non de l'instauration par la regulation publique internationale d'un commerce plus équitable entre les pays du nord et les pays du sud, qui respecte la souveraineté de ces derniers.

 

Quelle politique sociale pour lutter contre la précarité, les bas salaires, les inégalités?

 

Dans le domaine social, le projet du PS pour 2012 a été souvent présenté dans la presse lors de sa publication au printemps 2011 comme audacieux et renouant avec des idées de gauche assumées telles que la justice fiscale, la régulation étatique des marchés et des salaires pour satisfaire les besoins sociaux, la lutte contre les trop gros écarts de revenus, l'investissement public pour combattre le chômage et développer des secteurs d'activités socialement utiles mais pas toujours immédiatement rentables.

Et il est vrai que certains des engagements socialistes pour 2012-2017 témoignent d'un volontarisme de gauche indéniable. Il y a l'engagement de renouer avec des emplois jeunes qui ont permis « à 85% de leur bénéfiaires de trouver un emploi à leur issu et à 72% d'entre eux d'être recrutés dans des emplois à durée indéterminée » en créant 300.000 « emplois d'avenir à taux plein » (dont le niveau de rémunération prévu n'est pas précisé mais ne risque guère de s'éloigner du SMIC, créant une nouvelle trappe à bas salaires, y compris pour des jeunes qualifiés). Le coût de ces emplois aidés qui viseraient à créer de nouveau types d'emplois dans le domaine environnemental, social et à dynamiser le secteur associatif et les secteurs à but non lucratif serait financé par « la suppression de la subvention aux heures supplémentaires, qui a détruit 70000 emplois depuis 2007 en rendant les embauches plus chères que les heures supplémentaires ». Martine Aubry et les socialistes se vengeront ainsi de la propagande mensongère de la droite contre les méfaits économiques et sociaux de la réduction du temps de travail...

La création d'un revenu minimum d'autonomie (d'un montant non précisé et sous condition de ressources semble t-il, calculées par rapport aux revenus des parents ) pour les jeunes étudiants ou en recherche d'emploi va aussi dans le bon sens et est une mesure également envisagée par le Front de Gauche.

 

Touchant la lutte contre les inégalités et la justice sociale, on peut aussi citer la volonté de réformer la fiscalité en profondeur en partant du constat partagé à gauche qu'aujourd'hui, « 50% des Français les plus modestes se voient appliquer un taux effectif de contribution (tout compris: impôts directs, cotisations sociales, CSG, TVA...) de l'ordre de 45% à 50% quand il n'est que de 30% à 35% pour les plus riches! Le même scandale existe pour les entreprises: grâce à leurs outils d' « optimisation fiscale, les multinationales cotées en bourse se voient imposer un barème moyen de 8% quand il est de 33% pour une PME! ». Pour le PS, pour rendre l'impôt plus juste, redistributif, efficace et pour lutter contre des inégalités liées à l'héritage et à la rente plus qu'au travail et au mérite, il faut réduire au maximum les niches fiscales qui se sont accumulés de manière incohérente et sans toujours d'efficacité économique prouvée depuis 20 ans, fusionner la CSG et l'impôt sur le revenu et prelever cet impôt qui devra être plus progressif à la source et à assujetir les revenus du capital au barème de l'impôt sur le revenu.

 

Le Front de Gauche s'oppose lui à une fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu qui va à l'encontre de la philosophie du plan de développement séparé des services publics et de la protection sociale adopté en 1944 par le Conseil National de la Résistance car la protection sociale (couverture sociale d'assurance maladie, retraites, allocations chômage) devait être liée au statut de salarié et financé par l'entreprise sous la forme de cotisations sociales et non financé par l'impôt. Nous nous opposons à la « fiscalisation de la protection sociale » qui risque de faire payer exclusivement aux citoyens, classes moyennes et populaires, le poids du financement de la retraite (qui peut pourtant être considérée comme un salaire différée financé à bon droit par l'entreprise), de la santé publique et des prises en charge sociales des risques économiques, et à ce titre nous prévoyons de mettre fin aux 30 milliards d'euros annuels d'exonérations de charges patronales sur les bas salaires justifiées au nom de la lutte contre le chômage et par le réalisme économique. Si on fusionne la CSG et l'impôt sur le revenu, soit les recettes destinées à la protection sociale et celle destinées aux dépenses de l'Etat, il est à craindre que la santé et l'aide aux familles soient victimes des volontés d'économie de l'Etat.

 

Le PS ne propose pas non plus de diminuer la TVA, d'augmenter l'impôt sur le patrimoine et le rendement de l'ISF, ou encore d'augmenter significativement l'impôt sur les bénéfices des entreprises et les revenus financiers.

Il prévoit néanmoins comme le Front de Gauche une modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction d'objectifs sociaux, un système de bonus-malus visant à développer des entreprises citoyennes qui créent des emplois: l'impôt sur les sociétés serait variable, son taux passant de 33% à 20% pour des entreprises réinvestissant leurs bénéfices et de 33% à 40% pour celles qui privilégient les dividendes des actionnaires. « Une surtaxe de 15% de l'impôt sur les sociétés sera acquittée, promettent par ailleurs les socialistes si les français leurs font confiance, par les banques et les établissements financiers ».

Pour nous, cette taxation des bénéfices financiers reste trop modeste, tout comme la proposition désormais presque consensuelle portée d'abord par Tobin, puis depuis mars 2011 par le Parlement européen, de taxer les transastions financières avec un taux de 0,05% est trop timide et incapable de réduire efficacement la vampirisation de l'économie productive par l'économie financière, même si cela constituerait néanmoins une source de revenus appréciable (200 milliards par an au niveau de l'Europe, semble t-il) pour les programmes européens d'aides aux pays pauvres, de lutte contre le réchauffement climatique, et d'aides aux pays européens endettés, ainsi que l'espère le projet socialiste.

 

Touchant l'évolution des salaires, des minima sociaux et des pensions et la diminution des écarts de revenus, le projet du PS manque cruellement d'ambition là encore. La limitation à une échelle de 1 à 20 des écarts de salaires dans les entreprises où l'Etat a des participations (EDF, Areva, GDF Suez, La Poste, la SNCF) crée un précedent intéressant au niveau du symbole mais aura des répercussions concrètes sommes toutes assez limitées, ne touchant que 7% des salariés. Le Front de Gauche propose lui d'étendre par la loi cette règle touchant l'écart maximal des salaires à toutes les entreprises.

Pour ce qui est des augmentations de salaire, tout en constatant que 40% des français n'ont pas été augmentés depuis 5 ans alors que leurs dépenses explosent, le PS, adoptant comme dans d'autres domaines une position social-démocrate inspirée par le modèle nordique et allemand et la CFDT, mise plus sur le dialogue social que sur la contrainte politique de la volonté générale et de ses représentants. Il s'agirait de subordonner ces augmentations de salaire à des accords contractuels entre l'Etat, les organisations patronales, et les organisations syndicales, intervenant en fonction des contraintes économiques et de l'état de santé de chaque secteur d'activité à l'issue de conférences salariales annuelles. Autant dire que cela ne pas inquiéter beaucoup le patronat. Mais là n'est pas le but du PS qui dit avoir revisité son rapport à l'entreprise et affirme que « si une diversité d'intérêts continue à s'y exprimer, elle doit d'abord être considérée comme un lieu de créativité, d'innovation... ». On est pas très loin du gagnant-gagnant et de la convergence d'intérêts travail-capital de la profession de foi  de Ségolène Royal avant le deuxième tour des présidentielles de 2007. Cet éloge de l'entrepreneur et des valeurs de l'entreprise présenté comme une prise de conscience récente, au même titre que les vertus de la décentralisation et les limites du dirigisme économique, les limites du productivisme et la nécessité de préserver l'environnement, dans le projet du PS pour 2012, est, au choix, pathétique ou comique car on sent là une sorte de honte d'avoir été socialiste, partageux, un souci de respectabilité, une mauvaise conscience d'anciens "révolutionnaires de papier" convertis que le PS traîne avec lui depuis le tournant libéral de 1983. En 1983, déjà Mitterrand, le futur mentor de Bernard Tapie l'inventif, réunissait en une formule philosophique définitive les deux nouvelles valeurs idôlatrées par la gauche - la création individuelle et l'entreprise: "La promotion de l'esprit d'entreprise est la valorisation des capacités créatrices de tous les hommes".    

 

Le PS parle aussi de revalorisation du pouvoir d'achat du SMIC, mais sans préciser de montant précis pour son relèvement (rappelons qu'en 2007 il voulait porter le SMIC à moins 1500 euros bruts le plus tôt possible dans la législature, objectif abandonné car les contraintes économiques et budgétaires ne le permette plus, sans doute...). A l'inverse, le Front de Gauche propose de relever immédiatement le SMIC à 1600 bruts par mois pour 35 heures de travail, puis de le relever progressivement à 1600 euros net au cours de la législature, les minima sociaux étant indexés sur l'évolution du montant du SMIC.

 

Le PS n'a pas de dispositif à proposer pour lutter contre la multiplication des travailleurs pauvres et des temps partiels imposés (dans la grande distribution notamment) ne permettant pas de vivre décemment, surtout pour les célibataires. Rappelons que ministre du travail en 1992, au nom de la lutte contre le chômage, Martine Aubry avait pris les premières mesures d'allègement de charges sociales pour favoriser l'extension du travail à temps partiel et que, sous le gouvernement Jospin, de 1997 à 2002, par deux fois elle a dû abandonner des projets de loi visant à taxer les entreprises qui recouraient exagérement au travail précaire.

Pour lutter contre la précarité, le PS ne défend aujourd'hui qu'une simple modulation des exonérations de cotisations en cas de recours abusif aux contrats précaires. Les entreprises pourront faire le choix de la précarité en payant un peu plus, alors que le projet socialiste pour 2007 promettait: « Pour lutter contre la précarité nous réaffirmons la primauté du CDI sur toute autre forme de contrat de travail ».

 

Changement de cap: comme Laurence Parisot, le PS fait désormais l'éloge des charmes de la mobilité professionnelle, favorisant la stimulation au travail, la remise en cause, l'ouverture d'esprit et la volonté de toujours apprendre et se former: « Le modèle classique des salariés accomplissant toute leur carrière dans la même entreprise est aujourd'hui derrière nous...Chacun sait aujourd'hui qu'il changera d'entreprise, qu'il fera peut-être plusieurs métiers. Certains peuvent le regretter, nous ne pensons qu'il ne le faut pas: la mobilité peut être l'opportunité de carrières professionnelles plus riches à condition de bien l'organiser ». S'inspirant de la volonté affirmée par la Commission Européenne et les franges les moins ultra-libérales du patronat d'étendre le modèle danois de la flexisécurité, déjà beaucoup vanté en 2007, par Ségolène Royal, le PS veut garantir le droit (financé par l'impôt ou l'entreprise, on ne sait trop...) pour le salarié à toujours se former et à être correctement indemnisé dans les périodes de chômage tout en renonçant aux normes contraignantes compliquant les licenciements et le recours aux contrats à durée déterminée. L'individu est protégé et on l'aide et l'accompagne pour retrouver du travail, mais l'emploi lui, n'est plus protégé. La récupération du concept de « sécurité sociale professionnelle » popularisé par la CGT pour créer de nouveaux droits à la formation continue et à l'indemnisation de congés de formation ne saurait faire illusion et masquer ce consentement à la précarisation des statuts des salariés.

 

A l'inverse, le Front de Gauche, loin de faire l'éloge des vertus de la mobilité et de la précarité (l'amour aussi est précaire, n'est-ce pas, c'est ce qui fait son charme, nous disait la patronne du MEDEF qui s'y connait en matière de tendresse et de sentiments...) prend en compte les dangers du contexte de chômage de masse impliqué par la faible croissance ou la récession des pays occidentaux pour interdire les licenciements boursiers, lutter contre les délocalisations, réaffirmer le CDI comme la norme du contrat de travail et n'autoriser qu'un quota de 5% de contrats précaires et d'intérimaires dans les grandes entreprises, de 10% dans les PME. Contrairement aux socialistes, il s'engage aussi à titulariser les 800000 précaires de la fonction publique.

 

Ambition très insuffisante pour les services publics.

 

Sur l'avenir des services publics et de la fonction publique, le programme socialiste brille justement par ses oublis, ses renoncements, ses abdications. Le PS annonce le besoin de recruter 10000 policiers, 500 magistrats et de ne plus appliquer systématiquement les préconisations de la RGPP pour réduire partout les dépenses publiques et le nombre de fonctionnaires. Et après...

Va t-on revenir en arrière sur la transformation de la poste en société ananoyme, l'ouverture du capital d'EDF (en 2007, il préconisait encore le retour à un contrôle public à 100% d'EDF), la privatisation de GDF, de France Télécom, le démembrement de la SNCF et la multiplication des contrats de droit privé dans ces entreprises qui fonctionnent désormais sur de pures logiques de rentabilité financière?... Va t-on rompre avec l'importation des méthodes de gestion des ressources humaines issues du monde de l'entreprise anglo-saxon dans les services publics ou les entreprises à capitaux publics de France? Que nenni!

En dépit de ses protestations timides face au travail de casse du service public de la droite, le PS ne va pas revenir sur un mouvement qu'il avait bien accompagné sous le gouvernement Jospin pour se mettre en conformité avec des ambitions néo-libérales négociées au niveau européen.

Il ne revient pas sur les fusions, les transformations des missions, et les suppressions de poste à l'Unedic et l'ANPE ou dans les hôpitaux. Il ne prévoit pas de plans d'embauche de fonctionnaires ni ne s'engage pas à remplacer les départs en retraite non compensés depuis 5 ans à l'école publique et dans la santé. On ne parle pas des révalorisations de salaires des fonctionnaires...

Tout en garantissant le droit fondamental de la scolarisation à 2 ans en maternelle et en voulant que les enfants des classes populaires accèdent davantage au lycée et à l'université, ce qui est parfaitement légitime et nécessaire, la politique éducative affichée par le PS se situe globalement dans la continuité de celle exprimentée par la droite: pas de réelle remise en cause de la suppression de la carte scolaire, valorisation, là encore pour se mettre en conformité avec des directives de l'OCDE et du Traité de Lisbonne, du socle commun de compétences, de l'individualisation des apprentissages et des parcours, de la lutte contre le redoublement.

 

Le projet du PS touchant la politique de santé est également très nettemment insuffisant: pas d'annulation pure et simple de la loi Bachelot de 2003 et de la tarification à l'activité (T2A) pour le financement des hôpitaux dont le PS nous dit seulement qu'elles ont « des effets pervers ». Pas de retour en arrière prévu sur les déremboursements de médicaments et de consultations pour certaines pathologies, sur le forfait hospitalier. Le PS ne semble pas décidé pour l'instant à faire marche arrière pour reconstruire les pans de protection sociale que la droite a abattu pour laisser plus de place au secteur financier tandis que le Front de Gauche s'engage à un remboursement intégral à 100% des dépenses de santé couvertes par la Sécurité sociale en y incluant les lunettes et les soins dentaires. Avec lui, le financement de la sécurité sociale serait assuré à partir de cotisations sur les salaires, mais aussi de contribution sur les revenus financiers des entreprises, des banques, des assurances. Pour lutter contre les déserts médicaux et l'égalité devant la santé, le PS manie la carotte (maisons médicales financées par la collectivité et le contribuable dans les quartiers populaires et les zones rurales peu attractives pour les professionnels de santé) et le bâton (plus grande limitation des dépassements d'honoraires, obligation pour les jeunes médecins d'exercer dans des zones de santé prioritaires pendant les premières années d'étude), proposant au surplus une idée intéressante, même si elle peut avoir des effets pervers quant aux dépenses de sécurité sociale: proposer un paiement forfaitaire des médecins, non plus sur la base de consultations ponctuelles, quelque soit la nature de la pathologie, mais sous la forme d'abonnements permettant un meilleur suivi et vraie prévention des risques. Pour limiter les dépenses de sécurité sociale, contrairement au projet du Front de Gauche d'un pôle public de la recherche pharmaceutique et du médicament, il n'y a rien dans le programme du PS pour limiter notre dépendance devant la puissance du lobby des laboratoires pharmaceutiques.

 

Le consentement à l'austérité et au sacrifice des attentes sociales.

 

De manière générale, le PS veut bien un peu plus de justice et de réponses aux besoins sociaux, mais tant que cela n'augmente pas significativement le poids et les dépenses de l'Etat et du moment que cela ne contredit pas fondamentalement les objectifs d'austérité, de réduction de la dépense publique, de diminution du coût du travail pour les entreprises et des contraintes qui pèsent sur leur compétitivité (cotisations sociales, droit du travail), consacrés au niveau de l'Europe.

Ainsi, le seul encadré mis en valeur (de trois pages) du document « Le changement » présentant le projet socialiste pour 2012 vise significativement à illustrer la nécessité et les moyens de diminuer les dépenses publiques. Il contient une règle d'or que les socialistes se sont imposée à eux-mêmes sans attendre la constitutionnalisation de l'austérité budgétaire: « Nous affecterons une partie des fruits de la croissance au désendettement en maintenant la progression des dépenses publiques à un niveau inférieur à la croissance ».

Comme tout laisse à craindre que nous allons bientôt voir un redoublement de la crise de la dette des états, impliquant des faillites prochaines de banques et de sociétés d'assurance provoquées par les incapacités de paiements des états du fait de la violence des taux d'intérêt et des cures d'austérité qu'on leur impose et qui abolissent toute possibilité de croissance, les prévisions de croissance à 2,5% sur lesquels se basent les socialistes pour financer leurs engagements ont une faible probabilité de réalisation et il est fort à parier que six mois après leur éventuelle arrivée au pouvoir, des socialistes qui ne seraient pas soumis à un rapport de force très dur venu du mouvement social et des autres partis de gauche, auront tendance à renoncer à leurs rares promesses réellement porteuses de progrès social au nom des impératifs du réalisme économique et de l'urgence budgétaire.

 

La tentation centriste symbolisée par le refus de la retraite à 60 ans à taux plein et le renoncement à l'ambition de changer véritablement la société.

 

Toutefois, on l'a dit, le projet socialiste nous interpelle moins par des promesses dont on doute qu'il veuille les tenir le moment venu, une fois que certains obstacles se présenteront, que par la pauvreté des promesses, et en particulier celles qui touchent à la nécessité de donner enfin un débouché politique aux grandes mobilisations des dernières années (sur retraites en 2003 et 2010, contre la précarité et le CPE en 2006, plus toutes les mobilisations professionnelles, en particulier celles de la fonction publique, en faveur des sans-papiers...) et de reconstruire ce que la droite a saccagé.

L'exemple des retraites est significatif car le PS prend un risque politique à maintenir malgré la force du mouvement revendicatif de 2010 et l'impopularité dans l'électorat de gauche de ce positionnement centriste qu'il ne garantira pas la retraite à taux plein sans décote à 60 ans, mais seulement à 65 ans avec un droit à la retraite à taux de remplacement plus réduit à 60 ans (avec parfois une restriction: pour les métiers les plus pénibles).

Ce risque de s'aliéner l'électorat de gauche (du moins au premier tour) est pris également dans une moindre mesure quand le PS affiche sans complexe son ambition sécuritaire (quoique sans en faire sa seconde priorité comme le candidat Jospin en 2002) tout en critiquant le bilan calamiteux du gouvernement, ou en encore quand il réclame plus d'humanité et moins d'instrumentalisation de la xénophobie dans le traitement des étrangers en attente de papiers pour vivre et travailler en Europe et plus de clarté dans les procédures de régularisation sans appeler cependant franchement à une plus grande reconnaissance du droit d'asile, à une plus grande ouverture à l'immigration de travail et à l'immigration familiale, et à des régularisations importantes de sans-papiers. Au contraire, il légitime la réforme que la droite a introduit pour astreindre l'étranger en demande de papier ou l'aspirant à la naturalisation à l'engagement solennel d'adhérer aux valeurs du pays.

Rien non plus sur le droit de vote et d'éligibilité des étrangers aux élections locales, me semble t-il. Il semble parfois que, suivant l'exemple du New Labour en Grande-Bretagne ou des démocrates aux Etats-Unis, le PS joue à front renversé en s'emparant des chevaux de bataille favoris de la droite et du centre pour séduire leur électorat conservateur ou libéral sceptique sur le bilan de Sarkozy et deçu par lui en vue d'un deuxième tour. Ainsi, on lit dans le projet socialiste de curieux éloges rétrospectifs et tardifs des présidents de droite de la Vème République: «Pour la première fois, un président (Sarkozy) a utilisé son mandat à affaiblir la République plutôt qu'à la renforcer ».  A juger certaines répétitions, c'est un leitmotiv qui n'a rien d'innocent: « Depuis 1958, par-delà les alternances et les époques, tous ceux qui ont exercé la magistrature suprême ont contribué au rayonnement de la France. Tous sauf l'actuel chef de l'Etat ».

 

Un volontarisme pour résoudre les problèmes liés à l'accès au logement.

 

S'il y a un domaine où le projet du PS me paraît plus ambitieux même s'il reste en retrait par rapport au programme du Front de Gauche, c'est celui de la mise en oeuvre du droit au logement, decrété chantier prioritaire, avec celui de la santé, de la jeunesse, de l'éducation, de la sécurité, de la justice fiscale, de la compétitivité et de la réduction des dépenses publiques.

Les socialistes constatent que le quart du budget des ménages part en moyenne dans le logement aujourd'hui contre 11% dans les années 60. Ils proposent donc, sans dire vraiment comment ils comptent s'y prendre, d' « encadrer les loyers à la première location et à la relocation dans des zones de spéculation immobilière ». Ils veulent aussi redéployer les fonds consacrés à la défiscalisation de l'achat par des particuliers fortunés à des fins de location à des plans de construction de 150000 logements sociaux par an (le FDG propose l'objectif de 200000) et faire passer de 20% à 25% la proportion de logements sociaux obligatoires pour les villes d'importance dans la loi SRU. Aussi important pour la mixité et la cohésion sociale: dans chaque parcelle à urbaniser ou réurbaniser (et le PS précise avec raison qu'il faut éviter à tout prix pour des raisons sociales, environnementales, agricoles, et d'économie d'énergie la dispersion excessive des habitations) on devrait atteindre la règle des trois tiers bâtis: un tiers de logements sociaux, un tiers d'accessions sociales à la propriété, un tiers de logements libres. Autre promesse aux contours encore floue: « voter une loi foncière permettant de limiter la spéculation, de partager la rente foncière avec les collectivités locales et de faciliter la maîtrise publique à travers des établissements publics fonciers copilotés par les communes, les communautés de communes, les départements et les régions ».

 

Des progrès sur les questions environnementales.

 

Dans le domaine de l'effort indispensable pour faire face aux défis énergétiques, aux besoins de la lutte contre le réchauffement climatique et de la préservation de l'environnement, les socialistes sont en progrès, et ceci malgré une identité idéologique de fond réaffirmée qui les pousse toujours à percevoir dans le développement technnologique et scientifique des sources de progrès par excellence et dans la croissance économique un des critères objectifs de ce progrès. Ils rappellent néanmoins sans craindre les contradictions que toute pensée progressiste est désormais tenue de prendre en compte la nécessité de l'épuisement des ressources naturelles et la fragilité de notre planète et des conditions de la vie bonne sur terre. Ils affirment encore qu'un des lieux où s'affiche le plus la nocivité du capitalisme dérégulé est la destruction de la nature dans le souci d'augmenter les profits. Ils plaident pour une modulation de la TVA et des impôts sur les entreprises, voire les importations, en fonction de critères écologiques, ou encore pour la taxation des superprofits des groupes pétroliers pour financer des aides à la réduction de la consommation énergétique dans les bâtiments (mesure partagée par le Front de Gauche).

Ils veulent, c'est désormais bien connu, progressivement se donner les moyens de sortir de la dépendance vis à vis du nucléaire et du pétrole en développement les économies d'énergie et les énergies renouvelables et en orientant la recherche nucléaire, non pas vers la construction et la vente à l'étranger de réacteurs de nouvelle génération (le choix de poursuivre ou non l'investissement dans le nucléaire est soumis à la conclusion d'un débat national, durant lequel un moratoire bloquera les investissements), mais vers le démantèlement des centrales et le traitement des déchets.

 

Cette conversion écologique tardive, motivée électoralement par la perspective d'accords avec les écologistes pour les présidentielles et les législatives afin de gouverner avec eux, reste parfois ambiguë et limitée, car l'impératif de la croissance continue n'est pas remis en cause, pas plus que les modèles de production et de consommation dominants ou encore le libre-échange qui favorise les délocalisations et les transports incessants de marchandises et de produits agricoles. Rien n'est dit de la nécessité de développer les transports moins polluants pour les voyageurs et les marchandises en luttant contre les directives européennes qui fragilisent par la mise en concurrence les capacités de la SNCF de développer le frêt ferroviaire et le transport des voyageurs peu coûteux. Le projet socialiste est assez timide aussi quand il s'agit de définir les moyens de défendre une agriculture et une pêche à taille humaine et de proximité, de lutter contre les dégâts du productivisme agricole.

 

L'acceptation regrettable des institutions de moins en moins démocratiques de la Vème République.

 

Mais le domaine où la tentation de ne rien changer des socialistes est le plus grave pour le pays est sans doute celui des institutions, puisque le PS s'accommode très bien d'institutions de la Vème République dont il a aggravé sous Mitterrand (en personnalisant à l'extrême les enjeux politiques vidés de tout affrontement idéologique et de projets, en faisant de la politique étrangère et du contrôle des services de renseignement des chasses gardées du chef de l'Etat sans réel contrôle parlementaire, en pratiquant systématiquement le népotisme et la politique du caprice du prince ou de la raison d'Etat justifiant de se mettre au-dessus des lois) et sous Jospin (en inversant le calendrier des présidentielles et des législatives et en promouvant le quinquenat avec l'organisation couplée de ces élections) le caractère de monarchie présidentielle.

Certes, il consentirait par geste de charité et d'apaisement vis à vis de ses possibles partenaires ou alliés centristes, écologistes ou du Front de gauche, plutôt que par volonté d'accorder les assemblées de décideurs politiques à la diversité des sensibilités et des opinions des citoyens, à accorder « une dose de proportionnelle aux élections législatives » mais comme dirait un sympathisant morlaisien du Front de Gauche: « la proportionnelle, c'est tout ou rien, elle ne se divise pas ». En réalité, le PS a intérêt au bipartisme qui installe, comme un camarade l'a dit de nombreuses fois, l'alternance sans l'alternative, et il ne cherche aucunement à aller à l'encontre de ses intérêts qui font qu'à la manière de l'UMP aujourd'hui, il pourrait conduire seul les destinées du pays en ne représentant réellement que 20 à 25% des électeurs s'exprimant.

 

Avant de conclure toute forme d'accord de soutien conditionnel à un gouvernement ou une majorité socialiste, il faudrait, c'est un avis qui n'engage que moi, pour le Front de Gauche aussi bien que pour Europe Ecologie/ les Verts, demander des engagements clairs des socialistes en faveur de la limitation des pouvoirs du Président et des ministres qui dépendent de lui et du renforcement de ceux du Parlement, expression de la volonté générale, et surtout de l'introduction du scrutin de liste proportionnel intégral pour les législatives et d'autres élections locales (communautés de commune, conseils généraux) et européennes.

 

Mais la nécessité d'une VIème République face au constat du manque d'indépendance de la justice, d'initiative du parlement, de reconnaissance des syndicats et des associations, face à l'épuisement d'institutions basées sur la délégation de pouvoir qui permettent à des élites politiques issues d'un petit groupe sociologique dominant de gouverner selon une pensée unique libérale favorable aux intérêts des milieux d'affaires tandis que la majorité des français s'abtiennent aux élections ou votent pour des partis contestataires parfois extrémistes et dangereux, suppose bien d'autres choses qu'un simple changement de scrutin aux élections.

Il faut à tout prix transformer le prochain Parlement en une assemblée constituante permettant peut-être, à l'issue d'un grand débat national, une réappropriation populaire de la chose publique et une définition des conditions d'un exercice moins passif de leur citoyenneté par les français (grâce à plus de démocratie participative au niveau local, plus de référendums d'initiative populaire), d'un véritable pluralisme et d'une indépendance des médias d'information, de plus de protections de la souveraineté collective des français (face aux diktats européens) comme de leurs libertés individuelles et de leur droit de regard et de contrôle, en tant que producteurs de richesses, sur le fonctionnement de leurs entreprises. La constitution de la VIème République que nous appelons de nos voeux lierait de manière indissoluble droits sociaux et droits politiques, égal partage de la citoyenneté et égalité réelle des citoyens dans l'accès aux biens et services dont la vie bonne et digne a besoin.

 

Se positionnant par rapport à une des grandes réformes de la droite sarkozyste, le PS propose d'abroger la réforme des collectivités territoriales mais on sait qu'il n'est pas fondamentalement hostile, au nom de la nécessaire réduction du budget de l'Etat et de la simplification du mille-feuille administratif, comme la droite, à ce que le prelèvement autonome des impôts et la charge essentielle de l'investissement stratétique à des fins de développement économique reviennent aux régions et communautés de commune aux compétences accrues tandis que les départements et les communes, pourtant plus proches des citoyens, se verraient attribuer des compétences subalternes sans véritable autonomie. Donc, méfiance et vigilance...

 

Quelle attitude adopter face aux socialistes dans la mesure où leur projet ne peut nous contenter ni répondre aux responsabilités imposées par la crise du capitalisme financier?

 

Constatons que, dans le projet socialiste, la notion d' « égalité réelle », très souvent invoquée comme un objectif fondamental mais s'appliquant surtout à la lutte contre les discriminations raciales et sexistes, et aux seuls domaines du logement et de la santé, est surtout un slogan, une rhétorique séductrice. Comme l'affirme dans un numéro de mai 2011 de la Revue du projet (revue politique mensuelle du PCF) consacré à l'analyse critique du projet socialiste l'ancien journaliste économique du Monde et co-fondateur du site internet d'information indépendante Médiapart, Laurent Mauduit, le temps où les socialistes promettaient de « changer la vie » est bien loin et ce serait plutôt la vie, l'expérience du pouvoir et de l'intégration à l'establishment, qui les a changés irrémédiablement.

Leur programme actuel, comme bon nombre de leurs critiques convenues aux gouvernements de droite depuis 10 ans, s'apparente trop souvent à « de l'eau tiède » incapable de décliner à la hauteur des enjeux et des défis sociaux, économiques, et culturels, contemporains, les principes historiques de la gauche et du socialisme.

 

De plus, on est forcé de le lire aussi, au risque du procès d'intention, à l'aune de leurs actions passées: n'est-ce pas Fabius et Bérégovoy à partir de 1985 qui ont dérégulé la bourse en France et se sont astreints à suivre une politique monétariste forçant à l'austérité, au blocage des salaires, et impliquant l'acceptation du chômage de masse du fait de la renonciation à toute politique de relance? Delors qui a justifié et renforcé la construction libérale de l'Europe nous enlevant nos outils de souveraineté économique? Rocard qui a entériné la libre circulation des capitaux en 89 et plaidé pour un prolongement de la durée cotisation ouvrant droit à la retraite ? N'est-ce pas Jospin entre 1997 et 2002 qui a privatisé plus qu'aucun gouvernement auparavant (France Télécom, Airbus) et a défiscalisé sous l'influence de Strauss-Kahn et Fabius les stocks-options tout en baissant le taux marginal de l'impôt sur le revenu? N'est-ce pas lui qui a propagé la honte d'être socialiste avant la campagne de 2002 (« mon projet n'est pas socialiste », « l'Etat ne peut pas tout », « nous avons été trop naïfs en matière de sécurité: c'est désormais la priorité numéro 2 de notre gouvernement ») en pleine période de triomphe de la troisième voie incarné  par le curieux tandem Blair-Shröder convertissant les vieux partis ouvriers travaillistes ou sociaux-démocrates en thuriféraires du marché s'auto-régulant et du capitalisme mondialisé et financiarisé? N'est-ce pas cette gauche qui pour faire passer les 35 heures a annualisé le temps de travail et amené à accepter le blocage des salaires? N'est-ce pas ce PS qui s'est abstenu plutôt que de voter contre le Traité de Lisbonne que Sarkozy a fait avalisé par le Parlement, contre la volonté populaire et celle de la majorité des électeurs de la gauche et du PS, à Versailles, haut lieu de la démocratie, en 2008?

 

Quand l'an passé Hollande nous promettait « du sang et des larmes pour 2002 » à la manière d'un Churchill combattant courageusement les politiques sociales à défaut de nazis à disposition ou juge que l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) devrait être déductible des droits de succession, cela n'incite pas à un optimisme exagéré concernant le progressisme d'un éventuel quinquenat socialiste? Le soutien des socialistes français à Zapatero, Papendréou, Socrates qui ont privatisé et détruit à tour de bras les droits sociaux de leurs concitoyens espagnols, grecs, et portugais malgré l'impopularité de ces purges pour se soumettre aux injonctions des banques, de la Commission, de la BCE et du FMI, n'est guère rassurant non plus.

 

Le PS a été entre 1971 et 1983 un parti avec un projet inscrit dans la tradition d'une gauche française marxiste et combattive avant de se tourner dans lkes années 1980-2010 en pratique vers des recettes de gestion économique et sociale néo-libérales et en théorie vers un reformisme social-démocrate s'adaptant à l'économie de marché tout en préservant les intérêts des travailleurs qui n'a jamais convenu aux traditions françaises ni non plus au contexte de brutalité inédit de la domination financière sur les économies capitalistes à la faveur d'une mondialisation conçue comme mise en concurrence de tous contre tous.

Aujourd'hui, le PS est un parti dont la vocation historique semble à bout de souffle puisque la social-démocratie a échoué à peser sur le cours de la mondialisation et à maintenir des compromis keynesiens avec l'économie capitaliste et que partout en Europe, ses représentants ont tendance à se voir distancer par des droites et des extrêmes-droites qui prospèrent suite à la démonstration faite de son impuissance ou de son absence de combativité pour réguler efficacement l'économie de marché et protéger les intérêts du grand nombre des salariés.

 

C'est un parti d'élus, à la sociologie militante très peu diversifiée composée de petits-bourgeois et de salariés du secteur public souvent assez âgés, comme beaucoup d'autres partis il est vrai. Un parti aux instances dirigeantes professionnalisées et accrochées à leurs statuts, souvent uniforment issues d'une élite sociale et scolaire coupée du reste de la population. Un parti à l'électorat de moins en moins populaire et de plus en plus bobo, qui peut faire parfois du très bon travail au niveau local, mais agace souvent par l'opportunisme de ses cadres, leurs batailles d'égos au service de leurs intérêts personnels, leurs compromissions idéologiques avec la culture de l'entreprise, du management, et du marketing publicitaire, et, phénomène nouveau pour ce parti, leur manque de culture historique grandissant touchant l'histoire du mouvement ouvrier.

Peut-être déjà ou incessamment un « astre mort » selon la formule cruelle de Jean-Luc Mélenchon, le PS continue de briller et de s'imposer au premier tour des élections sans suscit

er la confiance ou l'enthousiasme du peuple de gauche, malgré ses grands écarts entre discours et pratiques et ses incohérences idéologiques, grâce aux logiques de « vote utile », en s'imposant comme le seul parti de gauche capable d'accéder au second tour et de battre la droite. C'est un fait qui n'est pas éternel et que l'on n'entend pas éterniser, le Front de Gauche ou les Verts ayant sans toute actuellement plus d'originalité, d'idéalisme et d'intégrité idéologique et des projets plus en phase avec les défis et les enjeux d'une époque marquée par la crise conjuguée du capitalisme et du modèle productiviste.

C'est un fait néanmoins que provisoirement l'on ne peut éluder même si, par expérience, on est très sceptique sur l'utilité des socialistes au pouvoir pour changer structurellement un système responsable de tant de cupidités triomphantes et d'injustices.

En même temps, le monde change, certaines certitudes sont remises en cause par l'ampleur de la crise structurelle du capitalisme financier, et on peut espérer qu'un pragmatisme des dirigeants socialistes, en cas de victoire électorale, pourra cette fois, si nous parvenons à faire notre travail de mobilisation et d'explication pour rompre avec le fatalisme et les discours visant à nous convaincre de notre impuissance fondamentale, être sensible à la montée des exigences populaires et à la pression des forces syndicales, politiques et du mouvement social spontané pour un vrai changement.

 

Aucun progrès social et aucune réponse française de gauche à la crise des institutions, de l'Europe politique, de la régulation économique, ne pourra de toute manière être obtenue sans le concours, spontané ou contraint, des socialistes. En 1936, Blum a été à la faveur des grèves et de la pression populaire et du parti communiste, beaucoup plus loin qu'il était prévu dans son projet initial de gouvernement. Cela pourrait se reproduire. La victoire d'un parti de gauche ou d'une coalition de gauche, quelque soit l'insuffisances de son projet politique, reste toutefois la condition nécessaire de tout changement positif par rapport à 10 année de domination sans partage des logiques du libéralisme et la seule issue envisageable en 2012, tant le sarkozysme et la radicalisation de la droite parlementaire qu'il incarne abîment notre République et dégradent notre climat social en étant responsable du renforcement de la xénophobie et de l'extrême-droite.

 

Ismaël Dupont.

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 18:38

 

JE N’IRAI PAS VOTER AUX PRIMAIRES SOCIALISTES

 

Les candidats aux primaires socialistes ont fait campagne tout l’été, y compris dans notre région qui a vu défiler Montebourg et Hollande aux Vieilles Charrues et Aubry au Festival Terre et Mer avec à chaque fois une bonne escorte de leurs supporters P.S. locaux et un relai médiatique important. Le but est évident : assurer une participation acceptable à leur opération politicienne.

 

Je n’y participerai pas pour au moins 4 raisons

 

1 – je ne suis ni membre du PS, ni électeur socialiste

 

Contrairement à leurs affirmations, généreusement reprises, il ne s’agit pas de désigner le « candidat de la gauche » à l’élection présidentielle mais tout simplement de choisir celui ou celle qui portera la casaque socialiste.

Le Président du PRG , Jean-Michel BAYLET , qui s’est fourvoyé dans cette affaire en fait la cuisante expérience… à moins que sa candidature n’ait pas d’autre but que d’élargir l’électorat potentiel des primaires.

2 – je suis opposé à toutes les tentatives d’instaurer le bipartisme en France

 

Depuis la décision d’élire le président de la République au suffrage universel direct c’est une tentation permanente à droite comme chez certaines forces de gauche.

En ce sens la décision d’inverser les élections présidentielle et législatives (et donc de subordonner les secondes à la première) n’a pas été une déplorable erreur comme certains voudraient nous le faire croire. Cela a été au contraire un élément supplémentaire dans la marche vers le bipartisme.

 

Les primaires socialistes relèvent de la même logique.

 

3 – Si cette orientation prévalait cela en serait fini de toute possibilité d’alternative réelle.

 

En effet avec une vie politique centrée autour de 2 forces politiques dominatrices (les autres étant réduites au rôle d’alibi ou de supplétifs) l’alternance au pouvoir est bien sûr possible. Mais une véritable alternative, remettant en cause des choix de société, ne l’est pas.

 

Au moment où, de tous bords, on entend dénoncer une « crise systématique » qui peut croire que la pérennisation du bipartisme autour de la droite et du PS remettrait vraiment en cause le système en question : le système capitaliste.

Au-delà des mots les choix et les actes des uns et des autres apportent la réponse.

 

 

4 – c’est au peuple qu’il appartient de prendre la parole et de faire les choix

 

Outre que ce bipartisme, calqué sur ce modèle anglo-saxon serait complètement étranger à toute la culture politique de notre pays, il n’échappe à personne que c’est la porte ouverte à une personnalisation à outrance de la vie politique.

 

Déjà, on peut constater que le «débat » entre les candidats à la candidature porte bien plus sur leur personnalité et leurs qualités que sur le contenu de la politique qu’ils entendent mener.

Les électeurs sont ainsi privés de leurs souveraineté réelle et de leurs droits à être co-auteurs des choix et co-acteurs de la vie de la cité.  

 

Cette souveraineté et ces droits, le Front de Gauche entend les promouvoir avec, dans un même mouvement, son candidat à la présidentielle et ses candidat(e)s aux législatives. Il peut y parvenir si le rassemblement devient réellement populaire (c'est-à-dire,, s’il dépasse largement le périmètre des forces organisées qui le composent) et si son programme est véritablement partagé (c'est-à-dire s’il est porteur des attentes et des exigences du peuple).

C’est à ce prix que notre pays dépassera la délégation de pouvoir qui le corsette depuis si longtemps et accédera à une démocratie réelle.

 

Alain DAVID

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 06:07

Dans La Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), le compagnon de Karl Marx, le socialiste allemand Friedrich Engels, lui-même propriétaire d'une usine textile à Manchester, décrivait avec une précision sociologique les conséquences de l'émergence du capitalisme industriel de l'autre côté de la Manche, et notamment le déracinement et l'exploitation des ouvriers et la force de la ségrégation sociale et géographique dont ils étaient victimes dans les nouvelles villes industrielles hyper polluées du nord de l'Angleterre. La réflexion et l'enquête du jeune Engels avaient alors été nourries par la participation aux conférences et aux débats des nombreux cénacles socialistes, syndicaux, d'éducation populaire souvent inspirés par les idées de Robert Owen ou des chartristes partisans du suffrage universel et de l'intégration des ouvriers dans la démocratie, qui rassemblaient alors toute une avant-garde ouvrière cultivée et consciente dans les grandes villes anglaises. "Selon des estimations, affirme le biographe de Engels, Tristam Hunt, la "communauté socialiste" de Manchester s'élevait à huit ou dix mille personnes dans les années 1840, et le public du dimanche soir dans le Palais (des sciences) atteignait le nombre impressionnant de trois mille personnes"... On y causait économie politique, socialisme, travail, mais aussi athéisme et religion, littérature, astronomie... A côté de cette élite d'ouvriers qualifiés qui s'organisait pour émanciper le prolétariat de l'exploitation capitaliste, laquelle suscitait son admiration et nourrissait son optimisme quant aux chances de la révolution, Engels décrivait aussi, auprès des rivières contaminées par les teintures et les agents de traitement du textile d'où s'échappaient des odeurs fétides et des gaz dangeureux, le quart monde boueux des taudis surpeuplés par les familles fraîchement arrachées à la campagne ou les 40000 irlandais sous-payés de Manchester qui s'entassaient derrière Oxford Road et noyaient leur chagrin dans l'alcool, ce qui entraînait maltraitance conjugale et infantile, précocité des rapports sexuels, abrutissement généralisé...

Egoïsme des riches et des classes moyennes complètement étrangers aux hommes qui travaillaient à forger leur prospérité dans des conditions indignes, avilissement des travailleurs exploités, formaient déjà une dissociété ou une anti-société: "Cette indifférence brutale, cet isolement insensible de chaque individu au sein de ses intérêts particuliers, sont d'autant plus répugnants et blessants (....). La désagrégation de l'humanité en monades, dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particulière, cette atomisation du monde est poussée ici à l'extrême" (La situation des classes laborieuses en Angleterre)... Et que pensaient les classes moyennes de cette société de misère? "Un jour, poursuit Engels dans l'ouvrage cité, je pénétrai dans Manchester avec un de ces bourgeois et discutai avec lui de la construction déplorable, malsaine, de l'état épouvantable des quartiers ouvriers et déclarai n'avoir jamais vu une ville aussi mal bâtie. L'homme m'écouta calmement et, au coin de la rue où il me quitta, il lança: "Et malgré tout, on gagne ici énormément d'argent. Au revoir, monsieur". Circulez, il n'y a rien à voir: business is business... L'aménagement de l'espace urbain, comme à Londres, à New-York ou à Paris aujourd'hui, facilitait la préservation de la bonne conscience des privilégiés et leur épargnait le contact avec les violences et les incivilités que leur société basée sur l'exploitation et l'inégalité produisait: "La ville elle-même est construite d'une façon si particulière qu'on peut y habiter des années, en  sortir et y entrer quotidiennement sans jamais entrevoir un quartier ouvrier ni même rencontrer d'ouvriers... Cela tient principalement à ce que les quartiers ouvriers - par un accord inconscient et tacite, autant que par l'intention consciente et avouée- sont séparés avec la plus grande rigueur des parties de la ville réservées à la classe moyenne".  

 

L'Angleterre était le laboratoire de la vampirisation du monde agricole traditionnel et de l'émergence la production industrielle capitaliste nourrie par le pillage colonial des matières premières des pays pauvres. Entre les années 1980 et les années 2000, elle a également été à la pointe du mouvement général de financiarisation de l'économie, de marchandisation généralisée des biens et services d'utilité publique, de destruction des droits sociaux et des garanties collectives cédant la place à une concurrence non faussée de tous contre tous pour le plus grand profit des élites financières, de désagrégation de la classe ouvrière et de ses anciennes structures de conscientisation, de solidarité et d'organisation - partis politiques et syndicats- au profit du chacun pour soi consumériste... Ce pays avait incarné pendant des années à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle une certaine idée de la force syndicale avec le Trade-Unionisme, prototype d'un mouvement ouvrier pragmatique et réformiste, non révolutionnaire et non politique, ne cherchant pas à agir sur le pouvoir central par le vote ou la grève générale, mais plutôt à améliorer la condition des ouvriers branche par branche grâce à une forte organisation bureaucratique du mouvement des producteurs en vue de négocier. Dans l'après-guerre et les années 1960-1970, un Labour Party très fort et souvent au pouvoir pour y mener des politiques socialistes assumées avait pris le relais de ce mouvement trade-unioniste et fait considérablement progresser les droits sociaux jusqu'à la crise mondiale du milieu des années 70 et aux difficultés du vieux complexe industriel anglais face à la concurrence des pays du sud aux ouvriers sous-payés.         

Mais le rouleau compresseur de l'ultra-libéralisme triomphant détruisit sans pitié tout un héritage de progrès sociaux enregistrés dans une société aux traditions demeurant fortement inégalitaires, symbolisées par ses écoles privées à destination exclusives des élites et visant à les reproduire sans mélange, lui qui fut incarné dans sa version brutale et ultra-conservatrice par Margaret Tatcher et representé plus tard dans sa version hypocritement chrétienne et philanthropique par Tony Blair et les traîtres à la classe ouvrière qui dirigèrent le New-Labour et prétendirent définir une "troisième voie" (de garage) entre l'ultra-capitalisme darwinien et le socialisme dirigiste, faite de pragmatisme économique et de consentement béat à la mondialisation et à la financiarisation de l'économie, de valorisation du rôle de l'entrepreneur mécène et bienfaiteur social, d'interprétation morale ou culturelle (déficit d'éducation ou ratés de l'intégration des populations issues de l'immigration) et non plus sociale et économique de l'origine des incivilités, de la pauvreté et du chômage, de focalisation de l'attention publique sur la délinquance de certains pauvres et de préconisation de la tolérance zéro.

 

Quels sont les résultats de ces 30 ans de guerre des classes conduite par les riches avec l'appui d'une pseudo-gauche de gouvernement? La City de Londres, malgré le krach financier de 2008 et grâce au hold-up qui a consisté à livrer dans la foulée  aux banques et organismes financiers britanniques intoxiqués par la dévalorisation de titres financiers spéculatifs des centaines de milliards de livres sterling extorquées aux contribuables, a supplanté Wall Street en tête du hit-parade des bourses mondiales. Londres est devenue la capitale de l'oligarchie mondiale où héritiers européens, magnats du pétrole, mafieux de Russie et d'ailleurs, népotes orientaux et africains, traders et banquiers plaçant leurs fortunes mal acquises dans des paradis fiscaux, investissent dans l'immobilier pour se donner une vitrine et une respectabilité et envoient leurs enfants dans des écoles privées aussi chères et élitistes que les suisses. Grâce aux politiques de baisse des impôts justifiées par le culte de la réussite individuelle et l'attractivité du territoire pour les investissements, le taux d'imposition des plus riches est passé sous Tactcher de 83% à 40% sans avoir été vraiment réévalué depuis (il n'est remonté qu'à 50% aujourd'hui). De ce fait, et à cause de la dévaluation des revenus du travail par rapport à ceux du capital (rente immobilière, spéculation...), les 10% de britanniques les plus riches ont des revenus cent fois plus élevés que les 10% les plus pauvres. 

De l'autre côté de la barrière sociale, les chômeurs sont légion, victimes de la désindustrialisation, de la mauvaise qualité des formations reçues dans une école publique délaissée (malgré l'opération odieuse de vente des écoles publiques aux mécènes privés et aux entreprises, y compris confessionnelles, organisée par Tony Blair), de l'abandon des quartiers pauvres, et de la récente crise économique terrible causée par les méfaits de la financiarisation et de la spéculation immobilière. 20% de jeunes britanniques sont aujourd'hui au chômage. L'accès à l'université, déjà peu valorisée par rapport aux grandes écoles privées d'Oxford et de Cambridge reservés aux super-privilégiés, devient inaccessible à une majorité de jeunes, du fait de l'augmentation des frais de scolarité de 300% (chiffres donnés dans l'Humanité dimanche de 18 août), ce qui a causé au printemps dernier un reveil politique des jeunes en Grande-Bretagne qui s'est traduit par des grandes manifestations violemment réprimées. L'Angleterre de 2011, apprend t-on toujours dans L'Humanité est aussi inégalitaire que celle de 1920: raccourci saisissant qui permet de bien mesurer la violence de la contre-réforme libérale que ce pays, présenté comme un modèle de toutes les réussites par beaucoup de journaux bien pensants et d'éditorialistes français du temps de Tony Blair, a subie, avec les Etats-Unis, plus que tout autre.

La dégradation de la moralité publique, des valeurs manifestées dans l'espace commun, médiatique et politique, le cynisme sans limite des classes possédantes, sont plus impressionnants encore que les chiffres témoignant de l'augmentation des inégalités, même si ces phénomènes sont reliés de manière consubstantielle. Entendons-nous bien: on ne parle pas d'abord de ces "hordes barbares" d'adolescents et de jeunes immoraux et violents produites par l'irresponsabilité de parents incapables de transmettre des valeurs à leurs enfants et de bien les éduquer, qui se sont défoulés dans les émeutes de Tottenham et d'ailleurs début août en cassant et volant des magasins ou des voitures. Cameron l'ultra-libéral est dans son rôle en faisant passer ces révoltés, conscients de la brutalité de la société qui les relègue à un rôle subalterne mais sans revendication ni objectif politiques clairement définis, pour des chiens enragés, des déviants que la société toute entière doit dénoncer et vouer aux gémonies, car ils n'ont aucune excuse, pas même celle de la mauvaise éducation ou du repli communautaire plus ou moins volontaire de leurs minorités culturelles, causes proclamées de leur comportement puisque l'on cherche à déresponsabiliser à tout prix la violence de relations sociales inégalitaires produites par le capitalisme et ses politiques: acculturation du peuple par des mass médias débilitants visant à transformer les citoyens réfléchis et capables de s'organiser collectivement en des mouvements revendicatifs en consommateurs dociles, précarisation et affaiblissement de la protection sociale et des services publics, crimininalisation des classes dangereuses...   

Non, ce qui soulève le coeur, c'est de voir que les politiques, et Cameron au premier chef, veulent faire passer les pauvres pour des assistés coupables de fainéantise qu'on ne peut remettre au travail qu'à coup de nerf de boeufs (d'où la baisse des allocations familiales et des allocations chômage, le travail d'intérêt général gratuit imposé aux chômeurs de longue durée indemnisée l'hiver dernier, en réponse à la crise de la dette... A l'UMP, on a pris des notes). Ce qui soulève le coeur, c'est de voir que l'on remet soudainement en cause le patriotisme des britanniques d'origine indienne, pakistanaise ou jamaïcaine en se fondant sur ces émeutes que l'on refuse d'expliquer par la pauvreté, le déclassement et la ségrégation sociale, ou sur des sondages indiquant que les habitants de Grande-Bretagne issus de l'immigration sont de moins en moins attachés à l'institution monarchiste... 

Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le royaume d'Elisabeth II... En témoigne la surenchère martiale pour appeler à la dénonciation des émeutiers, qui vise, comme le dit l'article de l'Humanité dimanche déjà cité, "à dresser les couches moyennes contre les plus pauvres et à leur faire oublier que c'est leur politique (ultra-libérale) qui pousse le monde dans les pires affres"...  Ce pays qui avait des traditions de respect des libertés individuelles et des droits a franchi depuis les attentats du World Trade Center en 2001 et ceux de Londres en 2004, un cap extrêmement dangereux dans la mise en cause en cause des minorités culturelles et des traditions de tolérance, dans la mise en place d'une société de surveillance généralisée digne du Big Brother de George Orwell (n'oublions pas que c'est en Grande Bretagne qu'il situe le centre de sa société totalitaire dans la contre-utopie que constitue le roman 1984) et d'un arsenal liberticide et répressif, dans l'encouragement public à la délation passant par le non-respect de la présomption d'innocence (photos de suspects affichés dans les rues, le métro...) et l'enrôlement dans des milices populaires de citoyens armés et non formés...

Toutes ces mesures inquiétantes sont populaires car la population, matraquée comme en France par le complexe médiatique aux ordres du capital, a été encouragée à détourner le regard des mains de financiers, délinquants en col blanc qui la volent, pour craindre les jeunes paumés et parfois réellement violents et dangereux qui hantent les quartiers populaires. De ce fait, c'est le fascisme qui s'est installé dans les têtes insidieusement.

Ainsi, quand le tabloïd "The Sun" de Robert Murdoch exhorte les policiers en une à tirer à balle réelle sur les émeutiers le 10 août dernier, cela ne choque plus grand monde... Rappelons que cet inflexible redresseur de tort qu'est Murdoch, qui avait conclu en d'autres temps un pacte de non-agression et de business partagé avec Tony Blair, est actuellement au coeur d'un scandale d'écoutes téléphoniques organisées par ses torchons pour violer la vie privée des stars et de victimes d'attentats et de drames familiaux... Rappelons que ces parlementaires qui n'ont pas de mots assez durs  aujourd'hui contre les émeutiers ont allègrement pioché dans l'argent public qui aurait dû être destiné à améliorer le système d'éducation, de santé, de transports (...etc.) pour remettre à flot les banquiers victimes de la dévaluation de leurs placements spéculatifs hautement rentables, et se sont eux-mêmes, pour certains travaillistes comme Gordon Brown, servis dans le bourse de la nation pour embaucher des femmes de ménage, embellir leurs appartements...

La tolérance zéro, pour ces nantis, ne s'applique qu'aux gueux... 

Même si nous aimerions être surpris par un réveil des luttes émancipatrices, il n'y a guère de raisons aujourd'hui d'être optimiste sur l'évolution politique et sociale en Angleterre tant la dictature de la finance et le vérouillage du système démocratique sont bien installés, tant les forces de progrès social sont affaiblies et les solidarités collectives désagrégées, mais la situation dramatique de ce pays où des vieux de 70 ans privés de pension continent à travailler, où les salariés actifs cumulent souvent deux ou trois contrats précaires à temps partiels pour travailler jusqu'à 70 heures par semaine, où l'on revoit des hommes et des femmes se louer à la journée pour servir de mannequins vivants dans les magasins de vêtements ou "d'hommes sandwich", nous donne une idée de l'abîme où pourrait sombrer notre propre pays si on ne se bat pas assez efficacement pour faire échec aux ultra-libéraux qui veulent détruire des acquis sociaux et démocratiques glorieux issus des luttes de la révolution, des combats socialistes et ouvriers de la IIIème République, du Front Populaire et de la Résistance, ainsi que de mai 1968.   

 

Ismaël Dupont.

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 05:39

On peut lire dans L'Humanité dimanche du 18 août 2011 un excellent courrier d'une lectrice toulousaine, Catherine Villalba, appelant à la vigilance dans le maniement et la réception du mot "marchés", tantôt idole, tantôt monstre, tantôt césame de la croissance et de la compétitivité, tantôt  facteur de destabilisation réclamant toujours plus de sacrifices... L'intensité de notre exposition au discours médiatique nous rend particulièrement vulnérables vis à vis d'expressions et de mots piégés et déréalisants, construits pour les besoins des individus et des groupes financiers qui spéculent égoïstement dans l'indifférence à toute considération civique, sociale ou humaine, et cherchent à rendre leur main lourde et brutale invisible pour leurs victimes. Il est donc urgent d'appeler de temps à temps à lever le rideau pour voir quels acteurs se cachent derrière ces mots abstraits et truqués...

 

"Faux nez sémantique.

OUI, "LES MARCHES" SONT BIEN FAITS DE CHAIR ET DE SANG.

 

Petite leçon de vocabulaire novlangue à l'usage des citoyens béotiens que nous sommes: "Pourquoi les Bourses dépriment" (Europe 1); "Les marchés, inquiets pour l'économie mondiale..." ("Le Parisien); "(les politiques) ont fait perdre confiance aux marchés..." (France Info); "(la baisse de la bourse de Tokyo) est un vote de défiance des marchés dans la capacité de l'administration Obama..." (France Info). Mais qui sont donc ces "marchés qui ont l'air bien souffrants, qui sont déprimés, inquiets, qui n'ont plus confiance, qui ont la fièvre et même...qui votent? (...) S'agit-il de nouvelles divinités tutélaires, dont les sautes d'humeur, par leurs effets, relèguent les colères légendaires de Neptune et Jupiter au rang de simple éternuement. En réalité, rien de si mystérieux. Ils sont constitués d'acheteurs et de vendeurs, bien réels, bien concrets et... pas toujours très malins. Les participants sont donc les banques, les compagnies d'assurances, les caisses de retraites par capitalisation et autres fonds auxquels les épargants confient leur patrimoine dans l'espoir d'en retirer quelque gain. Le mot "marché" n'est-il qu'un raccourci pratique pour englober ces différents acteurs? Pas seulement. Il y a là un glissement de sens dont l'effet recherché est justement de dépersonnaliser et de masquer les acteurs réels. La lutte des classes existe, elle passe par le vocabulaire". Catherine Villalba

 

 

 

 

 

 

    

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:00
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:52
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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:44

 

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 06:27
Transmise par Patrick Le Hyaric, député européen, voici une information affligeante mais guère surprenante tant l'on constate chaque jour que les plus démunis sont ceux à qui les décideurs politiques font payer de préférence le coût de la crise du capitalisme financiarisé:  
Suppression de l'aide alimentaire, une décision scandaleuse

Lundi 20 juin la Commission a décidé une réduction drastique des fonds du programme destiné à l'aide alimentaire. Jeudi 7 juillet le Parlement a débattu de la réduction de ce fonds qui bénéficie à plus de 240 banques alimentaires en Europe.

L'aide alimentaire aux plus démunis est un programme doté d’une enveloppe de plus de 500 millions d'euros. A la suite d'une plainte de l'Allemagne appuyée par les six autres Etats qui ne participent pas à ce programme, la Cour de Justice a émis un arrêt selon lequel le programme ne devrait pas reposer sur les fonds de la Politique agricole commune mais sur les fonds sociaux de l'Union européenne. Cette décision produit un impact très concret car, cette section du budget étant moins conséquente, la Commission a réduit de 500 à 113 millions d'euros les fonds destinés à ce programme.

Voici un extrait de l'intervention de Jacky Henin, élu du Front de Gauche : « Madame la Présidente, nous sommes ici confrontés à un véritable scandale, à un déni de justice. Alors que, depuis 1987, l'Europe vient en aide aux plus démunis, en leur fournissant un complément alimentaire sans lequel de très nombreuses familles ne mangeraient pas tous les jours, voilà que, parce que quelques États bloquent la mécanique, parce qu'en Europe, malheureusement, on ne sait faire des économies que sur le dos des faibles, nous allons droit vers une catastrophe alimentaire pour plus de 20 millions d'Européens ».

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 05:40

Transmis par Robert Doré, cet éditorial très juste du rédacteur en chef de l'Humanité, publié dans La Terre le 2 août 2011, nous montre comment le creusement de la dette des Etats européens sert de prétexte en France pour durcir l'offensive politique pour imposer les intérêts de la finance et des hauts revenus au détriment de ceux de l'égalité et de la cohésion sociale. Les causes profondes de cette amplification de la dette ne sont pourtant pas le poids de la fonction publique ou les dépenses sociales, facteurs de partage des richesses et de croissance durable, mais la défiscalisation forcenée depuis 25 ans des bénéfices des entreprises et des hauts revenus, la récession causée par les conséquences de la financiarisation de l'économie qui a rendu le fonctionnement du capitalisme de plus en plus fou et contraire à toute stabilité économique et sociale, et la mondialisation orientée politiquement vers une mise en concurrence des systèmes sociaux pour le bénéfice du capital impliquant délocalisations et désindustrialisation de notre pays.

 

Patrick Le Hyaric

 

En voulant absolument imposer dans la Constitution l’absolu équilibre des comptes publics, le Président de la République cache ses véritables intentions. En apparence, il mène campagne  autour de l’idée d’une bonne gestion. Tout le monde en serait d’accord. Qui en effet se prononcerait pour aggraver les déficits de l’Etat ou de la sécurité sociale ? Personne ! Mais, pour le pouvoir actuel le débat fondamental n’est pas là. Il emploie les mots « déficits publics » pour désigner en réalité la chasse aux dépenses publiques et sociales alors que les cadeaux sociaux et fiscaux se multiplient pour l’oligarchie financière. Il en résulte moins de recettes pour les caisses de l’Etat et de la protection sociale. Celle-ci a bénéficié de plus de 173 milliards d’euros de réductions d’impôts en 2010 selon l’officiel Conseil des prélèvements obligatoires. Et il y a le service de la dette. C’est ce que paie l’Etat aux banques en intérêts  sur la dette elle-même qui atteint 50 milliards d’euros sur une année. Ceci représente la totalité de la collecte de l’impôt sur le revenu. Dit autrement, tous les impôts sur le revenu que paye chaque famille française vont directement dans les caisses des banques.

Allons plus loin ! Depuis vingt ans la France a payé l’astronomique somme de … 900 milliards d’euros en seul intérêt de la dette, pendant que l’endettement ne cessait d’augmenter sous l’effet des baisses de recettes et de la réduction de croissance, du fait de la contre réforme fiscale et sociale engagée sous la pression des droites et des grandes fortunes.

La réforme constitutionnelle envisagée irait jusqu’à décider d’un plafond de dépenses et d’un plancher de recettes. C’est donc clair, ce sont les investissements sociaux et humains qui seraient sacrifiés. La dette de l’Etat est devenue une mécanique utilisée par le pouvoir sarkozyste pour réduire les droits sociaux et économiques parce que le pouvoir sert la nouvelle aristocratie financière et les institutions bancaires et financières grâce aux taux d’intérêt.

Ainsi, l’acharnement de M. Sarkozy à faire inscrire ce qu’il appelle « la règle d’or » dans la Constitution ne vise qu’à constitutionnaliser, non pas un projet d’équilibre des comptes publics, mais une politique économique en phase avec les traités de Lisbonne et de Maastricht qui, en prônant la liberté totale de circulation des capitaux et la concurrence sociale et fiscale, aboutit à la crise totale que nous connaissons aujourd’hui.

Pour dramatiser la situation, le Président de la République, bafouant pour le coup la lettre et l’esprit de la Constitution française, a écrit à tous les parlementaires pour les appeler à une sorte d’union sacrée autour de ce projet. Bref, il sait sa politique à ce point rejetée que désormais il cherche à créer, comme en temps de guerre, une unité nationale au seul service du capital. Et le gouvernement français veut être à l’avant-garde de ces projets dans l’Union européenne puisqu’il multiplie les déclarations selon lesquelles il veut montrer l’exemple partout. Leur exemple c’est l’austérité à perpétuité pour les travailleurs et les retraités et c’est l’argent qui tombe là où il y en a déjà beaucoup. C’est aussi ce que demande le Fonds Monétaire International qui vient de demander à la France de réduire encore ses dépenses pour une somme de 16 milliards d’euros supplémentaires. Il propose même le programme présidentiel de M. Sarkozy : augmentation de la TVA, mise en place de la fameuse taxe carbone et il demande de s’attaquer désormais aux finances de la sécurité sociale et des collectivités locales.

Tout ceci constitue la déclinaison du funeste pacte dit « pour l’Euro plus », ce fameux pacte des rapaces. Mais puisque M. Sarkozy veut engager un débat au Parlement pour modifier la Constitution sur le sujet de la dette, nous lui proposons de prendre des dispositions avec la télévision et les radios publiques pour un grand débat de plusieurs semaines sur la nature de la dette et les moyens de la réduire réellement en changeant la fiscalité et en cessant les cadeaux sociaux et fiscaux au grand capital. Nous pouvons même aller plus loin. S’il veut changer la Constitution, qu’il passe par la voie du référendum. C’est le peuple qui subit l’austérité. Le peuple n’a pas à payer pour le renflouement des banques en permanence. Qu’il organise ce débat et cette consultation. Ce sera très intéressant.

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