Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 20:00
Le réchauffement climatique est là : nous devons nous y adapter ! - Déclaration des communistes de Bretagne, 15 août 2022
PARTI COMMUNISTE FRANCAIS

Comité Régional d'Action et de Concertation

70 rue Marcel Sembat

Lanester 56 600

02 97 21 01 26

 

Déclaration des  Communistes de Bretagne

 

Le réchauffement climatique est là : nous devons nous y adapter !

Le réchauffement climatique est bien là et nous en mesurons les premiers effets dévastateurs avec des incendies hors de contrôle qui frappent partout à travers la planète, y compris pour notre région, ce qui était encore inimaginable il y a quelques années.

Pourtant, ces vagues de chaleur aux conséquences multiformes ont bien été anticipées par les climatologues, y compris pour la Bretagne : hélas elles se répéteront au cours des prochaines années en s'aggravant. Ce réchauffement planétaire est mesurable, environ 1,1 degré supplémentaire par rapport à la période préindustrielle, et il pourrait atteindre dès 2035 1,5 degré. C'est un phénomène bien installé, et si la France a été relativement épargnée l'année dernière, rappelons que l'ensemble de l’Europe a été durement touché.

Le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) nous incite à prendre dès aujourd’hui des mesures, à la fois d'atténuation pour baisser nos émissions de CO2, mesures nécessaires mais dont les résultats et bénéfices ne se feront surtout ressentir que dans la 2eme moitié du siècle, mais aussi et surtout, à prendre des mesures d'adaptation pour faire face immédiatement à ce changement inévitable.

La Bretagne doit pleinement s'inscrire dans ces mesures nécessaires d'adaptation préconisées par le GIEC dans son dernier rapport.

La gestion de l'eau fait partie de ces mesures. Il ne s'agit certes pas d’alimenter des réservoirs par pompage des nappes phréatiques destinées aux pratiques de l'agro-business, mais bien de conserver  les pluies d'hiver et de printemps, afin de soulager les écosystèmes fragilisés en été, de les mettre à disposition des usages essentiels domestiques et d'agriculture raisonnée.

Dans notre pays, l'agriculture consomme 48% des ressources en eau, dont 25% pour le maïs fourragé seul : il importe donc de s'engager vers de nouvelles pratiques culturales qui vont de l'usage de plantes peu consommatrices d'eau à de nouvelles formes d’irrigation mieux contrôlées et tout aussi efficaces.

La gestion du patrimoine forestier public et privé doit prendre dès à présent un autre cours. Nous avons besoin de retrouver une gestion équilibrée des massifs qui donne priorité à la diversité des espèces et notamment à celles résistant à la sécheresse et aux feux, et non pas à la rentabilité, au profit et à la production à à tout prix..

Il est urgent également de tourner résolument le dos aux politiques d'austérité qui depuis des années ont mis à mal notre système de sécurité et de lutte contre les incendies. Nous manquons cruellement de moyens aériens, de sapeurs-pompiers professionnels et de pompiers volontaires. Depuis des années les budgets sont contraints et le nombre de casernes est passé de 7000 unités à 6100.

La région Bretagne se doit d'être exemplaire en soutenant exclusivement les expériences et les secteurs professionnels qui ont fait de la transition environnementale et de l'adaptation au réchauffement climatique, un de leurs objectifs prioritaires.

Philippe Jumeau

Porte Parole du CRAC

 

Lanester le 15 août 2022

 

Partager cet article
Repost0
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 19:49
Raymonde Dien, une militante courage - par Pierre Chaillan
Disparition. Raymonde Dien, une militante courage

La militante communiste, figure internationale pour la paix, et dont le geste contre la guerre d’Indochine a été durement réprimé par la prison, est décédée à l’âge de 93 ans.

Publié le Vendredi 19 Août 2022 - L'Humanité

Avec la mort de Raymonde Dien, c’est une figure contemporaine de l’engagement communiste qui disparaît. En 1950, alors que la jeune militante participait à une manifestation contre la guerre d’Indochine, elle sera jetée en prison. Durant des décennies, elle restera en France et dans le monde un symbole de la lutte pour la paix, pour la dignité humaine et pour la solidarité internationale. Née Raymonde Huberdeau le 13 mai 1929 à Mansigné (Sarthe), elle est élevée dans une famille, comptant trois enfants, installée en Indre-et-Loire, et dont le père, communiste et ouvrier charpentier, sera fait prisonnier de guerre. Très vite engagée politiquement, la jeune sténodactylo adhère au PCF en 1947.

Elle se marie en 1949, avec Paul Dien, tourneur-ajusteur de métier. Le couple aura trois enfants. Tous deux militent à l’Union des Vaillants et Vaillantes et Paul en devient permanent en région parisienne. Le PCF s’engage alors résolument contre la guerre d’Indochine. Des actions d’envergure sont menées, à l’image de la grève des dockers, bloquant les expéditions de matériel militaire à Marseille puis dans les autres ports français de novembre 1949 à mai 1950, tandis que  l’Humanité publie presque quotidiennement des articles opposés à la guerre. Le 23 février 1950, à la nouvelle qu’un convoi de tanks à destination du Vietnam allait traverser la gare de triage de Saint-Pierre-des-Corps, la fédération du PCF organise une puissante manifestation. Pour stopper le train, deux militants se couchent sur les voies : le secrétaire fédéral René Jannelle et Raymonde Dien. Son signalement ayant été donné, Raymonde est arrêtée le jour même.

Après 36 jours de prison cellulaire à Tours, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1950, entourée de quatre policiers, Raymonde Dien est transférée au Fort du Hâ, à Bordeaux (Gironde). Une puissante campagne de solidarité popularise son action courageuse. Des manifestations sont organisées, des militants par milliers écrivent aux procureurs de la république de Tours et d’Orléans pour réclamer sa libération et  l’Humanité publie régulièrement des articles en sa faveur. Le 1er juin 1950, elle est toutefois condamnée par le tribunal militaire de Bordeaux à un an d’emprisonnement pour atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l’État. Elle sera privée de ses droits civiques pendant 15 ans. Elle est enfin libérée le 24 décembre 1950.

Internationalement connue, Raymonde Dien est invitée aux quatre coins du monde, à Moscou, en Chine, à Berlin, etc. En 1956, elle participe, avec Henri Martin, au Congrès de la jeunesse vietnamienne, à l’issue duquel ils sont reçus par Hô Chi Minh.

Depuis le début des années 1950, le couple Dien vit en région parisienne, à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), puis à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) qui restera sa ville d’attache. Raymonde Dien est élue membre du bureau national de l’Union des jeunes filles de France (UJFF, jeunesses communistes), puis en devient secrétaire nationale jusqu’en 1958. Par la suite, elle continue à militer au PCF. Elle travaille un temps à la Fédération de la Métallurgie CGT. Elle est ensuite employée au sein de la régie publicitaire de la presse communiste, l’Agence centrale de publicité (ACP), jusqu’en 1985. Son engagement et la répression qu’elle a subie resteront longtemps dans les esprits. En mémoire de son geste, Raymonde Dien reçoit en 2004 la Médaille de l’Amitié du Vietnam. Une statue la représentant allongée sur des rails est en outre élevée au parc de la Victoire à Saint-Pétersbourg (Russie). L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Partager cet article
Repost0
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 12:27
Des mots pour une alternative - Contribution au débat des communistes au sein du PCF - par Yvon Huet

YVON HUET

 

CONTRIBUTION AU DÉBAT DES COMMUNISTES AU SEIN DU PCF

 

Des mots pour une alternative

Pour que l'amour soit plus fort que la haine, à l’instar des bons conseils de Salman Rushdie, il faut redonner un sens aux mots qu'on utilise parfois à tort et à travers sans trop savoir d'où ils viennent et où ils vont. La décennie que nous venons de vivre a vu certains mots gonfler au point d'exploser, d'autres disparaître dans l'autocensure, d'autres encore mélanger les genres au point de ne plus savoir ce qu'ils veulent vraiment dire. Derrière tout cela, une énorme crise de société dont les règles sont régies par un jeune système âgé de quelque deux cents ans, le capitalisme, ressenti comme très vieux mais en fait très jeune au niveau de l’histoire humaine. Il fixe le terrain de jeu des guerres qui s'étendent, cristallise les incompréhensions et les défiances dont les mots sont les vecteurs. 

Pertes de repères

 

Pour étayer ce que j'exprime, je renvoie au port de l'étoile jaune par des jeunes, voire moins jeunes, mobilisés dans des manifestations dites « anti-vax » lors de la crise sanitaire. Un signe assez grossier du mélange des genres et de la négation de la mémoire historique. Au niveau de la communication politique, on atteint souvent le sommet de la manipulation qui mène à une sorte d’appel incantatoire au "tribunal populaire" contre ceux qui ne sont pas dans les cordes de la pensée dominante d’un moment de la révolte virtuelle érigée en grand soir permanent ou de son contraire, le dit « raisonnable » qui s’arrange de la fatalité de l’existant. Le vent de la perte des repères, conforté par cette crise savamment entretenue des mots, est particulièrement fort notamment depuis que les témoins de la Seconde Guerre mondiale ont presque tous disparu, mais aussi depuis que la révolution informationnelle a bouleversé le mode de communication traditionnel dans un sens totalement orienté par les GAFAS (Google, Apple, Facebook et Amazon).

 

Éclairage de l’objectif

 

L’accumulation des raisons de cette situation pourrait nous faire croire qu’on ne peut rien y faire. Il ne faut pourtant pas se laisser impressionner et aller à l'essentiel dans le cadre de la lutte que nous menons pour la justice sociale. L’objectif, comme l’a si simplement dit Victor Hugo qui, n’en doutons pas, n’était pas un léniniste, est l’éradication de la pauvreté, qu’elle soit physique ou mentale, et la mise au pas des profiteurs qui, entre autres, font la pluie et le beau temps des terminologies.


Mots brouillés

 

L'exemple du mot "fascisme" employé à la volée est symptomatique de l’ambiance. On a oublié ce qu’il génère réellement pour ne s’attaquer qu’à la forme actuelle de l’exercice du pouvoir qui en fait n’est que le résultat de l’autoritarisme d’un exécutif surdimensionné en tant que réponse des libéraux à la crise du capitalisme. Que dire du mot socialisme et son corollaire le communisme ? Ils sont employés à toutes les sauces, plutôt aigres, voire empoisonnées, dans un fracas de confusions dont le but est de susciter la réaction ultime, « Plus jamais ça », à partir de l’expérience avortée de l’Union soviétique, le but n’étant pas d’analyser ce qui n’avait pas marché mais de tirer à vue sur tout ce qui pourrait désormais remettre en cause un monde capitaliste qui a pu prendre sa revanche et le fait payer aux peuples au prix fort. Là aussi, l’origine des mots est occultée pour ne présenter que la pâle copie d’un idéal dont l’origine est en fait identique à l’éclosion du capitalisme et qui motive encore, sous des formes nouvelles, le corps militant les partis d’une gauche qui se veulent alternatifs. A partir de ces exemples, on peut constater une radicalisation diabolisant le sens des mots. Elle tend à figer les divisions et le rejet, donc toutes formes de clanismes.

On pourrait faire un glossaire de toutes les évolutions de l'expression qui enflamment les discussions des réseaux sociaux. Elles font aussi apparaître une tendance à un ordre moral sous-jacent fondé sur les frustrations générées par cette société capitaliste (j’insiste) qui fait payer ses crises et enferme les consciences dans de multiples voies de garage où l’envie d’en découdre et la détestation aboutissent à des limites que savent gérer les idéologues de la diaspora capitaliste.

 

Résultat ? La majorité se replie sur le mode survie et quitte la scène de l’activité citoyenne pendant que qu’une minorité se paye majoritairement des déchirements de façade fondés sur les leurres de la délégation de pouvoir et du providentiel. Reste une conscience collective à gauche qui se réveille certes mais qui peine à tracer son chemin, elle-même en partie déstabilisée par la perte des repères.
 

Se former pour respirer et gagner

 

Pour sortir de cette chausse trappe récurrente, il faut privilégier l’école de la formation qui conforte l’école de la vie. Il faut prendre son temps dans la réflexion et privilégier les efforts de celles et ceux qui croient à juste titre aux bienfaits de la science quand elle est mise au service de l'humain. Sans compter l’importance à redonner un sens aux mots en expliquant ce qu'ils ont voulu dire dans leur source historique sans craindre l’évolution naturelle des terminologies, sous réserve qu’elles ne soient pas utilisées, comme le mot écologie, pour cacher la misère et les ravages provoqués par le capitalisme financiarisé.  

 

Dans ce contexte, la réflexion fondée sur l'investigation sérieuse* – qui ne contredit pas la nécessité d’une activation la plus importante possible du mouvement social – n’a jamais été si nécessaire qu’aujourd’hui. La relance d’une vie intellectuelle sortie des pratiques de l’élitisme doit permettre de sortir du feu de paille des colères pour entrer dans un processus qu’il faut savoir appeler par son nom, révolutionnaire (encore un mot souvent censuré), parce que remettant en cause la logique d’un ordre établi fondé sur la soumission, n’ayons pas peur non plus de ce mot qui ne mérite aucune capture sectaire. Au même titre que les Droit de l’Homme et du Citoyen si bien défendus par la revue de la LDH, Droits &libertés, qui répond toujours très justement et sur le fond à bien des sujets qui fâchent.

 

N’oublions pas non plus les nombreuses revues de la CGT, qu’elles soient confédérales ou fédérales, qui activent les réseaux de la réflexion syndicale en redonnant pour l’essentiel, du sens aux objectifs souhaitables pour le mouvement social, avec, cerise sur le gâteau, un excellent travail de mémoire réalisé par l’IHS (Institut d’Histoire sociale) ainsi que ses déclinaisons régionales et départementales.

 

Les nombreux outils de communication de la pensée alternative peuvent servir de socle à une formation citoyenne des militants, voire, plus largement, de ceux qui préfèrent la curiosité à la « philo de comptoir » qui se résume souvent à des tweets rageurs et réducteurs que les historiens auront bien du mal à répertorier parce qu’ils seront défraîchis le lendemain de leur apparition comme les lucioles d’un printemps inachevé.

 

Ce ne sont pas des « Bibles » mais des outils de référence qui doivent permettre à chacune et chacun de penser par soi-même, donc de ne jamais craquer devant la pression de la pensée dominante, libérale autant que brutale dans ses exigences, agissant comme un rouleau compresseur et sachant tirer à ses intérêts les contradictions d’une société dans laquelle elle a su individualiser l’essentiel des réflexes, dans le travail comme dans le mode de vie, en isolant chacune et chacun d’entre nous dans un environnement souvent peu propice au débat collectif.

 

La tâche est donc difficile parce qu’à contre-courant de l’existant, mais aussi passionnante, parce qu’elle met en évidence la nécessité de savoir rêver sans perdre les pédales du réel qu’il faut regarder en face sans en être paralysé pour autant. Dans ce sens, les mots que nous utilisons pour exprimer des concepts correspondant soit à la réalité soit à l’espoir alternatif en construction doivent tendre à un retour de repères collectifs significatifs, faute de quoi les conditions durables d’un changement de société permettant aux citoyens de s’épanouir en toute liberté ne seront pas atteints, même en cas d’alternance à gauche.

 

En poussant plus loin le bouchon à titre d’exercice, faisons le tour de deux mots, alternatif et radical. L’utilisation du mot alternatif définit bien le sens d’une rupture pour une libération des forces sociales, avec le pari d’une pérennisation d’un changement de société, avec cette exigence de mettre le monde du travail au cœur des décisions et des préoccupations. L’utilisation du mot radical exclut de fait toute prise en compte de la diversité des options offertes dans le processus alternatif, dans le temps comme dans le contenu. Elle est donc source de soumission et/ou de simple témoignage face à un pouvoir centralisé. La démarche alternative, au contraire, permet la liberté du choix et de son rythme. En cela, elle garantit la liberté de conscience et le débat collectif qui lui donne un cadre, et ce n’est pas rien, quand on sait ce qu’ont donné les réductions pyramidales et ce qu’elles donnent encore aujourd’hui.

 

En cela, nous rejoignons la courageuse leçon humaniste de Salman Rushdie tout en suivant les enseignements d’un marxisme qui n’a d’intérêt que pour se libérer des chaînes d’une société moribonde qu’il faut remettre en cause sans pour autant rejeter tout ce qui a été fait de bon et sérieux grâce à la créativité du monde du travail.

 

Reste l’utilisation du mot dépassement. Je le trouve bien faible en regard des exigences même s’il est rempli de bonnes intentions. Mais c’est une autre histoire qui peut être facilement dépassée par un débat de fond sérieux autant que fraternel intégrant l’humour en tant qu’exigence d’une pensée révolutionnaire qui se doit d’être gaie autant que respectueuse d’une diversité riche de promesses dans mon parti, le PCF.

Yvon Huet

 

(*) Concernant la réflexion et sa méthode la gauche alternative, sous réserve de mise à jour, dont les communistes particulièrement actifs, a de multiples outils. En voici une liste non exhaustive :
 

–     Progressiste ;

  • La Pensée ;
  •  Recherche internationale ;
  • Cahiers d’histoire ;
  • Silo, agora des pensées critiques (plateforme internet).

 

Et tant d’autres déclinaisons sectorielles dont :

 

  • Le Réseau d’Action Promouvoir Sécuriser l’Emploi (Commission économique).

–    Terre Mer (Agriculture, pêche, forêt) ;

  • La fabrique du possible (Culture) ;  
  • Communistes-féministes (Droits des femmes/féminisme ;
  • Rés’lib (Droits et libertés) ;
  •  Luttes de classes(s) (Ecole) ;
  • Carnets rouges (Ecole) ;  
  • Planète humanité (Ecologie) ;
  • Coopéractif (Economie sociale et solidaire) ;
  •  XYZ (Enseignement supérieur-recherche) ;  
  • Genres humains (Fière-s et révolutionnaires-LGBT) ;
  • Plein Temps (Retraités) ;
  • Globule rouge. (Santé/protection sociale) ;
  •  A cœur ouvert (Santé/protection sociale) ;  
  • Pour le sport (Sport) ;  
  • Au travail (Travail/emploi) ;
  • La Lettre aux vétérans (Vétérans) ;
  • La Lettre des Relations Internationales (Secteur International).
Partager cet article
Repost0
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 08:00

RICHESSE Pandémie, inflation, réformes fiscales… L’économiste Lucas Chancel, principal auteur du dernier rapport sur les inégalités mondiales, codirecteur de la World Inequality Database et soutien de la Nupes, prône la volonté politique pour écrire un nouveau récit progressiste.

« Cette inflation va peser largement sur les très pauvres »

LUCAS CHANCELCodirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris

Co-auteur du « Rapport sur les inégalités mondiales 2022 », aidé d’une équipe de chercheurs internationaux, Lucas Chancel dresse un panorama des inégalités dans le monde. 50 % des plus pauvres se partagent aujourd’hui 2 % de la richesse créée à travers la planète. Un constat qui, avec la flambée des prix aujourd’hui incontrôlée, pourrait encore s’amplifier et « menacer de causer des tensions sociales majeures ». D’autant que « les mesures prises dans l’urgence par les États européens au cours des derniers mois apparaissent à la fois trop lentes, trop faibles et trop peu coordonnées », affirme l’économiste.

Avec le retour de l’inflation, le pouvoir d’achat des ménages recule, alors que le patrimoine et ses revenus ne cessent d’augmenter. Le patrimoine des grandes fortunes explose. Sommes-nous dans un cycle de très forte hausse des inégalités ?

Nous sommes peut-être à la fin d’un cycle qui dure depuis une quarantaine d’années, et nous vivons actuellement un moment historique marqué par une hausse des inégalités. Ainsi, chez les très, très riches, une forte concentration s’observe dans un laps de temps très court. Entre 2010 et 2020, le patrimoine des 500 personnes les plus riches de France est passé de 10 % à 30 % du PIB. En France, les 1 % les plus aisés possédaient 16 % du patrimoine total au milieu des années 1980, contre à peu près 27 % aujourd’hui. Cette hausse considérable signifie que nous poursuivons la même route que celle prise aux États-Unis. À savoir celle d’une société très fragmentée, très inégalitaire, avec des ghettos de riches et de personnes très modestes, voire très précaires. La France résiste mieux, mais la tendance se dessine.

La crise sanitaire a-t-elle accéléré cette tendance ?

Les crises sont des moments qui rebattent les cartes, avec un effet très fort sur ceux qui n’ont rien et sur ceux qui ont peu. Pour ceux qui n’ont aucune épargne, le moindre choc sur les revenus est impossible à absorber. De nombreuses personnes peuvent tomber dans une situation de grande précarité. Heureusement, nos systèmes de protection sociale ont été mis à contribution. C’est grâce à cet État social en France, en Europe mais aussi aux États-Unis, qu’on a réussi à éviter une catastrophe sociale majeure de l’ordre de celle qu’on aurait pu observer en 1929. Or, rappelons-le, la petite musique qui se répète depuis quarante ans était jusqu’ici que notre modèle social ne servait à rien, ne permettait pas le bon fonctionnement du marché et par conséquent qu’il fallait réduire les dépenses sociales, puisque le marché peut tout. La démonstration est désormais faite : dans les périodes de crise, nous avons besoin de dépenses sociales, de moyens pour l’hôpital, mais aussi de mécanismes de travail partiel généreux et efficaces. Cela a un coût. Pour financer les dépenses sociales, les États ont imprimé énormément de billets. Sauf que l’un des prix à payer pour cette politique monétaire expansionniste est cette inflation très forte, dont nul ne sait jusqu’où elle peut aller.

Quels en seront les effets sur le patrimoine des ménages ?

Cette inflation va peser largement et souvent de manière disproportionnée sur les très pauvres, les petits patrimoines, les petites retraites. Prenons l’exemple du livret A : son taux de rendement est passé de 1 à 2 %, mais, avec une inflation à 5 %, cela signifie que l’épargne va perdre 3 % de sa valeur chaque année. Autrement dit, pour un livret de 1 000 euros, après un an, la valeur réelle de cette épargne ne sera que de 970 euros. L’inflation correspond à une taxe très forte sur les petits patrimoines, alors que les très hauts vont croître plus rapidement que l’augmentation des prix, autour de 9 %. L’inflation a un effet négatif sur les petits porteurs. Cette augmentation des prix est un petit peu le prix à payer de ces politiques monétaires expansionnistes, que les États ont mises en place pour financer ces nouvelles dépenses, plutôt que des politiques fiscales.

Comment expliquez-vous ce frein politique à faire vivre un débat sur la fiscalité ?

Lors des campagnes électorales, cette question a été mise de côté au moment où il y a un énorme besoin d’argent public pour faire évoluer les sociétés vers plus de changements en matière d’environnement, d’éducation, de santé… Peut-être parce que nous avons été dans cette phase historique, exceptionnelle, qui était celle de l’endettement à taux 0, dans laquelle les États se sont dit, en partie à juste titre : « Si je m’endette à taux 0, voire à taux négatif, je peux emprunter sur les marchés et rendre moins pour financer ces dépenses. » Sauf qu’on voit ici que les taux d’intérêt sont en train de remonter et la question du « Qui paie ? Qui finance ? » devient essentielle. Elle l’est d’autant plus qu’il y a une très forte hausse de l’injustice fiscale. Rappelons que, depuis quarante ans, les taux d’impôt sur les grandes fortunes et les multinationales ont dégringolé. C’est extrêmement marquant dans le cas des États-Unis. En France, il existe encore beaucoup d’opacité sur les très grandes fortunes, mais nous savons qu’en proportion de leurs revenus elles paient beaucoup moins que les classes moyennes et les classes populaires. Cette opacité est entretenue par ceux qui profitent de ce système. La deuxième raison est aussi que la gauche a été divisée dans un moment de bataille idéologique très forte. Selon les enquêtes d’opinion, la demande de plus de justice fiscale et de plus d’impôts sur les très très riches est très élevée. C’est aussi ce qu’on observe aux États-Unis. Avec 32 %, le niveau historiquement faible de la gauche pèse.

Est-ce l’enjeu de ce Laboratoire sur les inégalités mondiales que de nourrir le débat politique ?

Le travail que nous faisons au Laboratoire sur les inégalités mondiales est de regarder de manière dépassionnée, factuelle, ce qui se passe, dans le but d’avoir une analyse objective et chiffrée de la situation. Avec nos séries, nous démontrons que ce logiciel centré sur cette idée du ruissellement économique n’a pas fonctionné. Les baisses d’impôts pour les très riches et pour les multinationales n’ont pas engendré la prospérité promise. La mise à disposition des données sur les inégalités permet de montrer que ce ne sont que des choix politiques. Il n’y a aucune loi immuable en économie.

Le sujet des retraites a émergé pendant la présidentielle, avec derrière le financement de notre protection sociale…

Il n’y a pas vraiment d’impôt plus inégalitaire que de faire travailler les plus pauvres plus longtemps. C’est une sorte d’impôt sur les années de vie. Il y a déjà eu des réformes successives depuis vingt ans sur les retraites pour travailler 42 puis jusqu’à 43 annuités. Si vous avez commencé à travailler à 22 ans, vous allez déjà devoir travailler jusqu’à 65 ans. Et ainsi de suite. On est vraiment dans une logique très inégalitaire, très injuste notamment pour les catégories socioprofessionnelles qui ne rentrent pas dans le cadre de la pénibilité, mais dont le métier est extrêmement usant psychiquement ou physiquement. Si l’on regarde vraiment la question de l’équilibre du système, il n’y en a pas besoin, puisqu’en 2030 le système sera censé être à l’équilibre. Pourquoi cette réforme, alors ? Il y a une volonté de donner un message à l’électorat de droite, aisé. C’est un marqueur politique fort.

Outre les inégalités de richesses, vous montrez une multitude de fractures. En citant les inégalités de genre, environnementales, éducatives ou démocratiques, quelles sont les grandes tendances et comment ont-elles évolué dans le temps ?

Effectivement, les inégalités se superposent les unes aux autres, même si en général elles ne se recoupent pas toujours à 100 %. Ainsi, aux inégalités de patrimoine fortes, viennent s’ajouter les inégalités entre hommes et femmes, puisque les hommes ont plus de ressources que les femmes, de même que les inégalités de couleur : les populations non blanches ont moins de patrimoine que les populations blanches. À cela s’ajoutent les inégalités de reproduction de niveaux sociaux. Cela forme un cocktail inégalitaire multiple qui crée un cercle inégalitaire. Ceux qui bénéficient le plus du système vont cumuler beaucoup de revenus, beaucoup de richesses et vont entretenir la capacité politique de faire perdurer le système. Si vous avez beaucoup de patrimoine, vous allez pouvoir acheter une partie du temps politique pour diffuser des messages qui vont aller contre l’idée de mieux répartir les revenus. Ce cercle inégalitaire va perdurer. La bonne nouvelle, c’est qu’on commence à penser systémique. Par exemple, si le salaire minimum augmente, cela permettra à la fois de corriger les inégalités de revenus, mais aussi de contribuer à l’émancipation des femmes ou de certaines minorités qui aujourd’hui sont surreprésentées en bas de l’échelle de revenus.

Vous consacrez un chapitre aux multimillionnaires. Selon vos données, 51 700 adultes disposent d’une richesse 6 000 fois supérieure à la moyenne des patrimoines, contre 3 000 fois vingt-cinq ans plus tôt. Vous allez même plus loin, en 2100, puisque les 0,01 % détiendront plus de patrimoine que les 40 % les plus riches. Comment l’expliquez-vous ?

Ces projections nous racontent ce qui se passera si nous continuons sur cette lancée. Sans changement de trajectoire, c’est un retour à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle qui nous attend. Dans des sociétés en Europe où la démocratisation politique avait eu lieu, ce n’était pas le cas de la démocratisation économique. Or, ceux qui sont en bas et ceux qui sont au milieu peuvent s’unir pour exiger des réformes. C’est en tout cas ce qu’il s’est passé au début et au milieu du XXe siècle. Cela a permis la mise en place d’un État providence, financé par des impôts très progressifs. La situation aujourd’hui s’est toutefois largement compliquée avec la montée en puissance du vote identitaire, qui essaie de casser ces possibilités d’union. Une bonne partie de ce vote identitaire est une réaction aux politiques antisociales menées depuis une quarantaine d’années en France par la gauche et par la droite, avec les mêmes tendances en matière d’inégalités de patrimoine.

Partager cet article
Repost0
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 08:00
Les pompiers alertent sur l’état de leurs forces

Service public Face à la multiplication et à l’étendue des incendies, les soldats du feu sont à bout de souffle. Ils réclament des moyens humains et financiers.

Même le record de l’été 2003 vient de tomber. Avec près de 62 000 hectares partis en fumée depuis le mois de juin – dont 45 000 de forêts et de garrigues –, l’été 2022 demeurera comme tristement remarquable. Au 15 août à peine, 269 incendies ont déjà été recensés sur le territoire métropolitain, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis). Un phénomène particulièrement violent, attisé­ par trois canicules et propagé sur des sols d’une extrême sécheresse. Fixés pour la plupart grâce à l’arrivée des orages, les feux de ces derniers jours ont laissé­ place aux inondations, entre autres dans l’Hérault, qui laissent présager une fin d’été tout aussi compliquée.

Exceptionnelle quant à la virulence des incendies, cette saison des feux de forêt l’est aussi de par leur étendue. Pour la première fois, pratiquement toutes les régions ont été concernées. Sur le terrain, les pompiers, à pied d’œuvre depuis des semaines, sont à bout de souffle. La difficulté­ des interventions et le manque de moyens humains et financiers épuisent les équipes. Cosignée par les présidents de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), de l’Association nationale des directeurs des services d’incendie et de secours (Andsis) et de la Confédération nationale des services départementaux d’incendie et de secours (Cnsis), une tribune, publiée ce lundi dans le Journal du Dimanche, tire la sonnette d’alarme. « Tous les voyants sont au rouge, écrivent-ils. Les sapeurs-pompiers et l’ensemble des forces de la Sécurité civile sont au bord de la rupture. » Dans un contexte où « le changement climatique va s’inscrire dans la durée et nous frapper tous de plus en plus fort, les moyens doivent s’accroître, c’est une certitude », affirment les signataires, qui demandent à l’État de « revoir la clé de répartition » de la TSCA, une taxe spéciale sur les conventions d’assurance censée financer, entre autres, les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis).

Une profession en crise

Mais, pour Sébastien Delavoux, pompier et animateur du collectif CGT des Sdis, c’est le fonctionnement global de la Sécurité civile qu’il faut interroger. « Aujourd’hui, les pompiers travaillent trois mille heures par an, sont payés au lance-pierre, et il y a des secteurs où les ambulances sont en intervention vingt-deux heures sur vingt-quatre », dénonce le syndicaliste. Les feux estivaux s’ajoutent à la longue liste des difficultés d’une profession en crise et régulièrement en lutte. « Le système est en surchauffe, il va falloir arrêter de faire des plans et mettre les moyens en face des beaux discours », exhorte Sébastien Delavoux. Actuellement, la France compte 42 000 pompiers professionnels, épaulés par 193 000 volontaires. Et si « on a besoin des volontaires, note le cégétiste, il faut augmenter le nombre de pompiers professionnels pour que la colonne vertébrale ne fasse pas défaut ». Or, de coupes budgétaires en révisions du maillage territorial, 2 700 centres de secours ont été fermés depuis 2000.

Résultat, « notre capacité de réponse a tendance à s’amoindrir », résume Sébastien Delavoux. Certes, poursuit-il, « les pompiers répondront toujours aux sollicitations. Mais si demain il devait y avoir, en plus des feux en Gironde, un incendie massif dans les Bouches-du-Rhône, on ne pourrait plus faire face ».

Partager cet article
Repost0
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 05:51

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 12:27
Un nouveau coup de force israélien d’une extrême gravité contre les ONG palestiniennes (AFPS, 18 août 2022)
Un nouveau coup de force israélien d’une extrême gravité contre les ONG palestiniennes
Ce matin, les forces d'occupation israéliennes ont envahi les bureaux de six des organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme parmi les plus importantes et les plus reconnues à l’échelle internationale : Addameer - association de soutien aux prisonniers et aux droits humains, Al Haq - Le droit au service des hommes, Bisan – centre de recherche et de développement, Defense for Children International - Palestine, l’Union des comités de travail agricole, l’Union des comités de femmes palestiniennes. Selon certaines informations, l’Union des comités de travail de santé aurait également été visée. Les portes des bureaux ont été enfoncées, le matériel confisqué et des ordres militaires ont été déposés déclarant la fermeture de force des ONG au nom de "la sécurité dans la région, et pour combattre une infrastructure du terrorisme".

Après les récentes attaques sur la bande de Gaza, après les incursions meurtrières de l’armée d’occupation dans les villes palestiniennes et les vagues d’arrestations qui se suivent en Cisjordanie ou à Jérusalem, les autorités israéliennes s’en prennent une fois de plus aux organisations qui protègent les droits de la société civile palestinienne dans son ensemble.

Ces ONG palestiniennes de défense des droits humains font l’objet d’un très large soutien en France et dans l’ensemble de l’Union européenne. L’Association France Palestine Solidarité assure à nouveau ces ONG, qui sont ses amies et partenaires, de toute sa solidarité. Elles avaient été désignées arbitrairement en octobre 2021 comme "organisations terroristes" et déclarées comme des "associations illégales " selon les ordres militaires israéliens. Depuis, les autorités israéliennes ont lamentablement échoué à apporter la moindre preuve à leurs assertions.

Ainsi, le 12 juillet, les porte-parole des ministères des affaires étrangères de Belgique, du Danemark, de France, d’Allemagne, d’Irlande, d’Italie, d’Espagne, de Suède et des Pays-Bas avaient publié une déclaration commune en soutien aux six organisations. La déclaration rejette la désignation par Israël des six comme "organisations terroristes" et déclare qu’"aucune information substantielle n’a été reçue d’Israël qui justifierait la révision de notre politique envers les six ONG palestiniennes". La déclaration réaffirme en outre que les neuf États membres de l’UE continueront à coopérer et à soutenir la société civile palestinienne, notamment pour son rôle indispensable dans la promotion des valeurs démocratiques.

Cette déclaration restait cependant dramatiquement insuffisante. Avec ses partenaires palestiniens, français et européens, l’Association France Palestine Solidarité a, depuis le début, demandé aux autorités françaises et européennes de condamner les décisions israéliennes concernant ces ONG et de mettre en place les pressions nécessaires pour qu’Israël revienne sur ces décisions.

Les organisations palestiniennes de défense des droits humains, leurs dirigeant⸱e⸱s, leurs militant⸱e⸱s, leurs locaux doivent être protégés afin qu’elles puissent accomplir leur mission, qui est absolument essentielle pour la défense de la population palestinienne et l’avancement de la cause du droit dans les instances internationales. Dans un immense élan de solidarité, la population palestinienne a entrepris de rouvrir les bureaux de ces ONG qui avaient été fermés par l’occupant. Mais les forces d’occupation peuvent revenir à tout moment.

L’heure n’est plus aux déclarations en demi-teinte. Il faut de toute urgence que la France et l’Union européenne condamnent de la manière la plus nette les exactions israéliennes contre les ONG palestiniennes, et exigent l’annulation immédiate des décrets gouvernementaux et des ordres militaires qui les visent depuis octobre 2021

C’est le rôle de la France et de l’Union européenne de prendre toutes les mesures de rétorsions nécessaires à l’encontre du gouvernement israélien afin qu’il mette un terme à une politique digne des États les plus totalitaires. De la même manière qu’elles doivent exiger la libération immédiate de Salah Hamouri.

Le Bureau national de l'AFPS, le 18 août 2022

>> Lire sur le site de l'AFPS

Partager cet article
Repost0
18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 12:24
CETTE ALLÉGEANCE QUI PROSCRIT TOUT SENS CRITIQUE... - par Francis Wurtz
CETTE ALLÉGEANCE QUI PROSCRIT TOUT SENS CRITIQUE...
Trois faits convergents intervenus ces derniers jours sont suffisamment graves pour qu'il soit utile d'y revenir. Ils ont en commun de contribuer à installer dans le pays un climat d'intolérance en montrant du doigt quiconque exerce son sens critique sur des sujets réputés sensibles. Au nom du « Qui ne dit mot consent », ne pas réagir à ce rabougrissement du débat public pourrait être interprété comme une acceptation tacite de cette culture de l'allégeance au « camp » dominant dans chacun des domaines concernés. Parlons donc franchement.
La première de ces « affaires » est celle provoquée par -excusez du peu !- le Garde des sceaux en personne à propos du désormais fameux projet de résolution de 38 députés de la NUPES, qui condamnait « l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien ». Le ministre, rappelons-le, avait, sur cette base, insidieusement accusé les députés de gauche d'antisémitisme, à l'instar de la pratique honteuse d'un Netanyahu comme de ses successeurs à l'égard de quiconque exprime une critique de fond de leur politique discriminatoire à l'égard des Palestiniens. Une chose est de désapprouver l'usage, en l'occurrence, du terme d'apartheid : cela fait partie du débat normal en démocratie , même si, outre Amnesty International ou Human Rights Watch, la très respectée organisation israélienne B'Tselem ou la courageuse journaliste du quotidien israélien Ha'aretz, Amira Hass, entre autres, prennent cette notion à leur compte, et que la loi de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif » institue officiellement la ségrégation...Ce qui est, en revanche, totalement inadmissible est de proscrire le débat de fond par le chantage à l'antisémitisme ! Tout démocrate devrait s'insurger contre cette dérive ignoble.
La deuxième affaire, également déplorable, est l'entreprise de culpabilisation menée par nombre de commentateurs contre les auteurs du rapport d'Amnesty International (A.I.) accusant l'armée ukrainienne de mettre des civils en danger, notamment en établissant des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux. Si le Président Zelensky estime que A.I. tente ainsi « d'amnistier l’État terroriste russe », c'est son affaire. Rien ne devrait, pour autant, altérer le débat : oui, l'Ukraine est l’agressée et la Russie l’agresseur, mais les exactions des troupes russes ne rendent pas caduque la question des pratiques éventuellement condamnables de l'armée de Kiev. La seule question qui vaille est donc de savoir si les preuves apportées par A.I. sont contestables ou non. Le débat de fond, pas l'allégeance.
Enfin, l'accusation de « reprendre les éléments de langage de Pékin » (Antoine Bondaz) lancée contre les rares dirigeants politiques qui ont désigné la visite de Nancy Pelosi à Taïwan en pleine crise internationale par le terme approprié (« provocation ») est, là encore, une façon de troquer le nécessaire débat de fond contre l'injonction à s'aligner sur les positions d'un « camp », en l'occurrence le camp occidental. « Ayez le culte de l’esprit critique ! » conseillait, en grand scientifique, Louis Pasteur. C’est plus vrai que jamais.
 
Francis Wurtz
Ancien député européen communiste, 18 août 2022
Partager cet article
Repost0
18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 08:00
Les étudiants basculent dans la précarité, alertent les syndicats

Éducation Une pauvreté qui augmente, une santé mentale qui se dégrade, des inégalités genrées en forte hausse : des constats alarmants partagés par les syndicats étudiants de l’Unef et de la Fage, qui publient leur rapport annuel sur le coût de la vie à l’université.

Les étudiants basculent dans la précarité, alertent les syndicats

Un coût de la vie à l’université qui bondit de 6,49 % : c’est le constat amer de l’étude annuelle du premier syndicat étudiant, l’Unef, qui vient de paraître. Soit une dépense supplémentaire de 428,22 euros cette année pour chaque étudiant. Des chiffres confirmés par la Fage, l’autre grand syndicat étudiant, qui publie également son indicateur du coût de la rentrée universitaire ce mardi.

« La précarité étudiante s’est considérablement dégradée », explique Anne-Laure Syrieix, vice-présidente de la Fage. Principales explications, la hausse des loyers et des denrées alimentaires, secteurs les plus touchés par l’inflation et « premiers postes de dépense chez les étudiants », indique Paul Mayaux, président de la Fage. Les prix de l’alimentation ont augmenté de 6,7 %. Selon l’Unef, cela engendrera une hausse des dépenses étudiantes de 145,50 euros durant la prochaine année universitaire. Et tant pis pour les non-boursiers, soit 73 % des étudiants, qui, depuis juillet, ne peuvent plus accéder aux « tickets à 1 euro » mis en place pendant le confinement dans les restaurants universitaires. Augmentation des loyers, de l’assurance logement et des transports : « On va avoir des étudiants qui, dès la rentrée, ne pourront pas manger. Ils devront choisir entre payer leur logement, s’acheter à manger ou se payer leur livres. On a une précarité de plus en plus structurelle », explique Imane Ouelhadj, la présidente de l’Unef.

« Ces aides , c’est de la communication »

Face à une inflation record de 6,1 % en 2022, Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur, annonçait début juillet une revalorisation des bourses de 4 %. « Ces aides, c’est de la communication », s’insurge Paul Mayaux. À cette augmentation se rajoutera un chèque « alimentaire d’urgence » de rentrée de 100 euros pour les étudiants boursiers ou bénéficiaires des APL (aide personnalisée au logement). Une mesure temporaire pour Paul Mayaux, qui exige « des aides durables ».

La fin du régime étudiant de Sécurité sociale en 2018 et la hausse des coûts de la vie ont eu des répercussions préoccupantes sur la santé des jeunes. La création de la grande mutuelle Heyme a engendré une augmentation drastique des prix : une complémentaire santé qui valait en moyenne 306,80 euros, en 2021, atteint désormais 411,13 euros selon la Fage. Résultat, 40 % des étudiants renoncent à des soins, près de la moitié d’entre eux pour des raisons financières. Or, l’épidémie de Covid a impacté fortement la santé mentale des étudiants. Le 1er février 2021, le gouvernement réagissait en lançant le « chèque psy » pour permettre aux étudiants en situation de mal-être de pouvoir consulter un professionnel. On compte actuellement un psychologue pour 15 000 étudiants au sein des universités. « Bien trop faible », selon Anne-Laure Syrieix, pour qui « il faudrait multiplier ce chiffre par 10 pour permettre aux étudiants de consulter et d’améliorer leur santé psychique ».

L’étude de l’Unef révèle aussi une inquiétante augmentation des inégalités de genre. En 2022, un étudiant dépense chaque mois 38,20 euros. Mais la somme est trois fois plus importante pour les femmes. Une différence atteignant 834,19 euros sur l’année. Cet écart est principalement dû aux « diktats de beauté, selon Imane Ouelhadj, qui contraignent les étudiantes à des dépenses supplémentaires ». Épilation, maquillage, vêtements aux prix supérieurs à ceux des hommes… S’ajoutent à ces dépenses les pilules contraceptives, les protections hygiéniques, les médicaments contre les douleurs et le suivi gynécologique, qui s’élèvent à 305,76 euros par an. Pour 70 euros ­dépensés chez le gynécologue, seulement 30 euros sont pris en charge par la Sécurité sociale. Afin de lutter contre la précarité menstruelle, le gouvernement avait annoncé, en 2020, la mise en place de distributeurs de protections périodiques . « La grande majorité des universités ne sont toujours pas équipées », dénonce Imane Ouelhadj. Aujourd’hui, la précarité menstruelle touche encore 2 millions de personnes en France.

Cette première rentrée 100 % en présentiel depuis le début de la crise sanitaire s’annonce difficile. La précarité étudiante est en constante augmentation depuis vingt ans, selon la Fage, alors que l’inflation a atteint un niveau record cette année. Les deux syndicats étudiants dénoncent une absence de réelle volonté politique de la part du gouvernement pour s’y attaquer. « La véritable question à se poser est : quelle est la place des jeunes en France aujourd’hui ? » résume Imane Ouelhadj.

Partager cet article
Repost0
18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 08:00
L’Enfant et l’Avion, la guerre avec des yeux de gamins

Le morceau de Jacques Datin et Jean-Loup Dabadie, interprété par Serge Reggiani en 1968, dessine un paysage enfantin et inquiet. Mais où vont ces avions qui volent au-dessus de nos têtes ?

Les auditeurs auraient dû s’en douter… Dès les premiers mots, Reggiani nous emmène « là-bas ». Pas de lieu défini mais un jour, un « jeudi ». Avec pour décor « un trou entre les fleurs cassées ». Mais « que s’est-il passé ? » interroge le chanteur. Au premier abord, la scène semble être, depuis un terrain vague et cabossé, celle d’un enfant émerveillé par le spectacle d’un meeting aérien, accompagné de ses frères chahuteurs. Elle frappe l’imaginaire de la France gaullienne.

Fin 1967, Français et Anglais dament le pion aux États-Unis en présentant à Toulouse le fameux Concorde, prototype 001, premier avion commercial supersonique. Un vol expérimental est prévu l’année suivante. L’affaire fait grand bruit et passionne un pays en plein essor technologique, qui se presse aux meetings aériens.

Il fallait tout le talent de Jean-Loup Dabadie pour faire fusionner les imaginaires et dresser un acte d’accusation subtil contre la guerre impérialiste menée par les États-Unis au Vietnam. Dabadie, qui a fait ses armes à la télévision et en écrivant des sketchs pour son ami Guy Bedos, vient juste de se lancer, comme parolier, dans la chanson. La rencontre avec le compositeur Jacques Datin fait mouche. Les deux comparses ont trouvé en Serge Reggiani l’interprète idéal de leurs chansons allusives ( l’Italien, Hôtel des voyageurs, la Vieille, Et puis). L’Enfant et l’Avion sera l’une des premières proposées au comédien chanteur. Dabadie – il le démontra en scénarisant pour Claude Sautet ou Yves Robert – sait parfaitement humer l’air du temps. En 1968, le fond de l’air est rouge et, des quatre coins du monde, la jeunesse se lève contre les horreurs de la sale guerre états-unienne.

Le 28 novembre 1966 à Paris, à de la Mutualité, les « Six heures du monde pour le Vietnam », un meeting de solidarité organisé par le Comité Vietnam national, font salle comble. L’année suivante, la soirée « Cent artistes pour le Vietnam » au palais de Chaillot verra se succéder sur scène Catherine Sauvage, Barbara, Maurice Fanon, Francis Lemarque, Mouloudji ou encore Colette Magny, qui y créera sa chanson Vietnam 67.

En ces années-là, les États-Unis menaient tambour battant l’opération « Rolling Thunder » (« Tonnerre roulant »), la plus importante campagne de bombardements de la guerre froide, étalée sur trois ans. Les filets continus de bombes qui pleuvent dru sur les villages vietnamiens font la une des journaux et émeuvent la planète.

La guerre, Reggiani l’a chantée plus d’une fois, en privilégiant souvent l’approche métaphorique : Les loups sont entrés dans Paris, l’Homme fossile ou encore la Java des bombes atomiques, créée par Boris Vian et Alain Goraguer, figurent au répertoire de l’artiste. Vian, l’antimilitariste, le libertaire, dont Reggiani reprend les chansons en 1965 pour son premier album. Il y réactualise le Déserteur, écrit dix ans auparavant. De l’Indochine au Vietnam, de la guerre française à la guerre états-unienne, la même ombre plane, celle d’une injuste et cruelle croisade.

Une inquiétante partie de cache-cache

La musique de Jacques Datin et l’orchestration raffinée de Jean-Jacques Robert épousent habilement le propos de l’Enfant et l’Avion. L’introduction prend des airs de comptine légère et mélancolique. Le passage, entre deux couplets, du mode mineur, quand l’étrange décor est planté, au mode majeur, quand l’enfant est évoqué, laisse entendre tour à tour l’inquiétude et la facétie.

À l’approche du refrain, les cuivres vrillent comme les hélices d’un avion (ou est-ce une sirène ?) et des volutes de harpe brodent des notes ennuagées : « T’as vu l’avion c’est drôle/Où est passée la maison/Il pleut, il pleut bergère/Ils sont bien cachés mes frères/La la laire ». Le registre est enfantin, l’enfant « marrant », la situation « drôle », et « l’avion là-bas/Dans un trou/Comme un jouet perdu ». Par un adroit procédé, le narrateur s’efface devant l’enfant. Reggiani lui emprunte ses mots, son ton, ses yeux, se place à sa hauteur jusqu’à confondre l’avion et « l’oiseau ».

La fin de la chanson laisse encore croire à une partie de cache-cache : « Je les ai trouvés mes frères/La la laire/Ils sont cachés s ous les pierres. » Mais la fin, brutale, brise l’équivoque pour qui veut l’entendre. Le refrain est sèchement coupé («T’as vu l’av… »), un coup de cymbale retentit, étouffe et fond comme un acouphène dans un décor de ruines. Dans ses tours de chant, lorsqu’il entonne l’Enfant et l’Avion, Reggiani, les bras ouverts vers le ciel, lance un regard hagard et inquiet, et à plusieurs reprises, devant un public fervent, lâche le mot : Vietnam.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011