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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 06:08

Vous trouverez sur le site national du PCF le décryptage en 5 minutes chono de la nouvelle réforme des retraites sous forme vidéo (On leur fait un dessin Episode 19- Retraitement de choc).  

 

Vous pouvez aussi la voir en cliquant sur le lien suivant :

http://www.dailymotion.com/video/x129rw3_ep-19-retraitement-de-choc_news

 

Cette vidéo est à diffuser d'urgence pour faire mesurer à chacun la nocivité des choix gouvernementaux sur le sujet et la nécessité de réussir la grande journée de mobilisation du 10 septembre prochain.

 

Daniel RAVASIO, PCF Morlaix

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 08:42

Retraites : Les 43 ans, un compromis sur le dos de la jeunesse !

En entérinant l'allongement de la durée de cotisation prévue par la réforme Fillon-Sarkozy et en prolongeant cette augmentation à 43 ans d'ici 2035, Jean-Marc Ayrault tourne le dos à l'attente des Français qui ont élu la gauche et s'étaient mobilisés en 2010 contre la réforme de la droite.

Cette mesure va continuer à pénaliser durement les jeunes quand ils atteindront l'âge de la retraite. Elle entraînera une baisse régulière du niveau des pensions. De plus, l'augmentation des cotisations annoncée par le Premier ministre pèsera autant sur les salaires déjà trop bas, que sur les profits.

Contrairement à ce qu'a affirmé le Premier Ministre, il y a d'autres solutions pour financer l'équilibre des régimes, notamment la mise à contribution des revenus financiers et la modulation des cotisations des entreprises en fonction de leur politique d'emploi et de salaires.Une nouvelle fois, Jean-Marc Ayrault écarte cette piste sans même l'évoquer. Nous continuerons à la porter.

Certes, les annonces du Premier Ministre portent la marque des protestations et des mobilisations sociales en préparation. Le gouvernement renonce pour le moment à une augmentation de la CSG. Nous veillerons à ce que cette annonce ne cache pas de nouvelles contreparties accordées au patronat.  

Le gouvernement a toutefois pris en compte plusieurs exigences syndicales exprimées de longue date pour réduire des injustices. Pour la pénibilité, les retraites des femmes, des apprentis et jeunes en formation, des salariés aux carrières heurtées et des salariés agricoles, des mesures positives corrigent en partie les inégalités existantes. C'est la preuve que la pression sociale engagée et les mobilisations prévues sont utiles, même si ces mesures ne compensent pas les effets de l'allongement de la durée de cotisation.

Le Parti communiste français appelle à poursuivre la mobilisation jusqu'au débat législatif dans lequel les Parlementaires communistes et du Front de gauche porteront des propositions alternatives.

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:41

Des manifestants désarmés réclamant le respect de leur dignité massacrés par un pouvoir cynique et dépourvu de tout scrupule en début de l'insurrection civique syrienne, une guerre sans pitié conduite contre les villes et les villages contestant l'autorité de Bachar el Assad, 100 000 morts et des millions de réfugiés ayant tout perdu.

Le respect de la souveraineté de l'Etat syrien et la critique de l'intervention militaire étrangère doivent-ils encore être nos seules balises face à un Etat criminel qui ne respecte en aucune façon la souveraineté, les libertés et le droit à la sécurité de sa population?

 

Faut-il au nom de réflexes idéologiques anti-impérialistes et pacifistes dénoncer l'intervention militaire, justifiée au nom de la punition contre des crimes de guerre et de la protection des civils, décidée par Obama, François Hollande, Cameron, une partie de la ligue arabe et la Turquie?

 

Cette intervention est justifiée au nom de la morale et présentée par le président de la République comme un châtiment plus que comme une tentative d'écraser définitivement le régime.  Cela interroge sur son efficacité, ainsi que sur le sens et la possibilité réelle d'en rester à une intervention courte, mesurée, à base de frappes aériennes sur des aéroports militaires, des bases militaires.

 

Faut-il se dire que le maintien au pouvoir d'Assad et le statut quo dans la guerre civile devenant de plus en plus barbare, qui produit chaque jour des centaines de morts, de blessés, de déplacés, est un moindre mal par rapport à la légitimation de l'ingérence au nom du droit, de la morale, de puissances étrangères non autorisées par l'ONU et le consensus de la communauté internationale, mais qui disposent, on l'a vu lors de nombreux précédents (Irak, Afghanistan...), de la force nécessaire pour maquiller leurs intérêts en bon droit et justifier la guerre au nom de la paix, de la lutte contre la terreur, la tyrannie alors même que leurs indignations sont à géométrie variable?

 

Faut-il mettre dos à dos un régime de Bachar el Assad certes policier, dictatorial, brutal - et pas que depuis le début de la contestation civile ouverte en 2010 - mais laïque, garantissant jusqu'ici une relative tolérance vis à vis des minorités religieuses, officiellement anti-impérialiste, anti-sioniste, critique vis à vis des abus de pouvoir des Etats-Unis, originellement fondé sur le socialisme baasiste même si Bachar a fait évolué l'héritage socialiste en crise vers un libéralisme économique dont les profits sont vérouillées par son clan, et les puissances occidentales colonialistes, les forces rebelles réactionnaires, islamo-conservatrices, djihadistes qui ne laissent présager rien de bon pour l'avenir de la Syrie si elles parviennent à conquérir le pouvoir, forces rebelles et armées par des pouvoirs étrangers islamistes et alliés aux Américains (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats, Turquie)?

 

Faut-il penser qu'une intervention militaire menée par les Etats-Unis et leurs alliés européens et arabes a de grandes chances d'avoir des effets contre-productifs du point de vue de la sécurité des civils et de la paix dans la région et de faire exploser la poudrière du Moyen-Orient, ayant des effets en chaîne sur les relations entre les arabes, l'Occident, l'Irak, Israël et l'Iran, sur la résurgence des violences communautaires au Liban...?  

 

Je pense pour ma part que les risques existent mais qu'ils ne sont peut-être pas aussi importants que les conséquences de l'inaction sont immédiatement dramatiques, y compris pour la stabilité des pays voisins de la Syrie. 

 

La notion de guerre juste, en dehors de la légitime défense d'un peuple occupé, colonisé, dont la souveraineté, la liberté et le droit à la sécurité sont bafoués, peut être contestée sur le principe - toute guerre est odieuse - encore que la lutte contre la barbarie et les crimes contre l'humanité dont sont victimes nos frères humains pour justifier à mon avis l'intervention extérieure, de même que l'accord de la communauté des nations pour sanctionner et mettre fin au bafouement de certains principes essentiels.  Et encore, il ne faut pas sanctifier l'aval de l'ONU et le droit international, ceux-ci sont aussi le produit de rapports de force et ne reflètent pas toujours une légitimité intrinsèque: ici, ce sont les intérêts et la politique de puissance de la Russie qui bloquent l'approbation à l'ONU et au Conseil de Sécurité d'un dispositif international permettant d'abattre le régime et de mettre fin plus rapidement aux violences. Cette guerre pourrait bien être justifiée si elle évite plus de souffrances qu'elle n'en génère et accélère la fin de la guerre civile en Syrie par la mise à terre d'un régime objectivement fasciste, ce qui dépendra des formes prises par l'intervention.    

La banalisation de la terreur et de la torture exercée par les sbires et les alliés d'Assad lui enlèvent toute légitimité et empêchent tout retour de la paix et de la sécurité en Syrie, toute reconciliation communautaire, si ce pouvoir se maintient.

Dire que les crimes, la violence et la barbarie sont des deux côtés est peut-être vrai dans une certaine mesure, mais les responsabilités de cette guerre civile ne sont pas également partagées: c'est en massacrant pendant des mois des insurgés désarmés et en éliminant sauvagement tous les soldats refusant d'accomplir ces bases oeuvres que Bachar a forcé une partie des soldats de l'armée régulière à déserter, ceux-ci n'ayant ensuite plus d'autres recours que de prendre les armes contre le régime car ils signaient par leur désobéissance leur arrêt de mort.

C'est l'entêtement de Bachar et de son clan dans le despotisme et la terreur qui a radicalisé une partie de la société syrienne, les haines et les désirs de vengeance venant avec la peur et la perte des siens. Mais la plupart des civils veulent pas en découdre avec d'autres communautés, perçues comme des ennemis naturels, ils veulent pouvoir continuer à vivre tout simplement, en bonne cohabitation avec leurs voisins ayant d'autres caractéristiques culturelles, religieuses. Les civils sont pris en otage par une violence émanant de plusieurs foyers et de plusieurs groupes qu'ils sont nombreux à désapprouver dans ses modalités- mais seul le départ de Bachar et de sa garde rapprochée peuvent mettre fin aux massacres, et il n'est pas sûr qu'il puisse se produire rapidement sans intervention militaire de notre part.     

 

La rebellion n'a pas les moyens militaire semble t-il de vaincre seule rapidement l'armée régulière et d'imposer le départ et le jugement des responsables de ces atrocités.

Or il est moralement et politiquement nécessaire que Bachar et les premiers responsables de cette boucherie perdent leur pouvoir dans les mois à venir: sans cela, la guerre deviendra toujours plus atroce et la nation syrienne sera probablement démantelée au final au terme d'épurations ethniques des deux côtés des adversaires en présence. Face au soutien russe à Assad à l'ONU et aux preuves d'impuissance des démarches diplomatiques entreprises déjà depuis 2 ans et demi, nous qui nous sentons solidaires des Syriens qui connaissent l'enfer au quotidien (je le suis d'autant plus que j'ai voyagé en Syrie et eu l'occasion d'aimer ce peuple si attachant doté d'une vieille civilisation), nous ne devons pas exclure au nom de la restauration de réflexes de guerre froide, de principes ou de postures anti-impérialistes et pacifistes une aide concrète aux Syriens pour les aider à inverser rapidement le rapport de force et à contraintre la mafia au pouvoir à rendre ce pouvoir au peuple.

Je ne pense pas qu'en aidant militairement la résistance, en l'armant, en empêchant les bombardements de l'armée, en ciblant des objectifs militaires, "on rajoute de l'inacceptable à l'inacceptable".

 

A mon avis, il aurait même fallu soutenir plus tôt et plus complètement - autrement que verbalement - la résistance populaire pour empêcher l'escalade de violence du pouvoir, et l'OPA partielle des extrémistes fondamentalistes et djihadistes sunnites sur la revolution populaire syrienne.

La question centrale est: est-ce qu'une intervention militaire étrangère ( des Etats-Unis, des pays arabes alliés, de quelques Etats européens) pourra ou non accélérer le retour à la paix et à la sécurité, le règne de l'arbitraire et de la violence inouïe en Syrie?

 

Je pense que la réponse est plutôt oui. Les rebelles ne vont pas faire taire les armes tant que Bachar est en place. S'ils sont vaincus, ce sera au prix de véritables holocaustes et le pouvoir de Bachar s'exercera sur une population humiliée, violemment purgée de ses opposants - éliminés, contraints à l'exil ou à une odieuse soumission vis à vis d'un pouvoir criminel.

Or Bachar et son clan n'ont donné aucun signe de leur aptitude à quitter le pouvoir et ses privilèges pour faciliter le retour à la paix (ils savent aussi qu'ils sont allés trop loin pour trouver une sortie honorable pour eux) et les désaffections dans l'armée et le régime ne sont pas encore suffisantes pour déséquilibrer le rapport de force en faveur de ses adversaires, bien moins armés que le régime.

C'est vrai que les Etats-Unis qui par ailleurs mènent très souvent une politique de puissance cynique et arrogante ne veulent plus de Bachar, qui ne leur a jamais été soumis, c'est vrai que l'Arabie Saoudite, le Qatar - ennemis de l'Iran - ont leurs propres objectifs stratégiques et financent des groupes qui prônent l'Islam politique, voire la guerre sainte contre les chiites et les alaouites. C'est vrai que des soldats rebelles commettent aussi des crimes de guerre, même si ceux du régime s'exercent à plus grande échelle.

L'avenir du pays est plus qu'incertain mais ce n'est pas en laissant les choses se faire sans intervenir et en attendant un miracle qui ramenerait la raison et la concorde entre les partis, qu'on ne pas placer sur un pied d'égalité du point de vue de la légitimité (d'un côté un pouvoir sanguinaire et tyranique, de l'autre des rebelles qui utilisent la légitime défense et veulent conquérir la liberté pour leur peuple), que l'on se donnera les moyens de protéger les minorités alaouites, kurdes, chiites ou chrétiennes, les libertés civiles et démocratiques, en cas de défaite du régime alaouite (improbable à court terme).

Laisser pourrir la situation, laisser s'éterniser cette guerre menace aussi la stabilité du Liban, on le voit ces jours derniers où le spectre de la guerre civile communautaire refait surface. Des millions de réfugiés dans des pays voisins aux équilibres communautaires déjà fragiles (Liban, Jordanie, Irak, Turquie) sont aussi une menace pour la paix dans la région et la sécurité des intéressés.

Les Américains ne sont certes pas habilités - pas plus que nous d'ailleurs (qui avons exercé un protectorat sur la Syrie de 1918 à 44 après le démantèlement de l'Empire musulman, et qui avons déjà maté des rebellions anti-colonialistes avec beaucoup de brutalité dans la région de Damas et le djebel Druze) en vertu d'un bon droit démocratique manifeste- à se considérer comme les gendarmes du monde, les défenseurs armés du droit - mais ici l'impératif d'intervention militaire est justifié objectivement par autre chose que par le respect de "l'ordre occidental" ou de notre conception de la démocratie: c'est tout un peuple qui crève sous nos yeux!

La situation peut être difficilement pire qu'elle ne l'est aujourd'hui.

C'est pourquoi je pense, sans être un inconditionnel du "droit ou du devoir d'ingérence" et "du discours humanitaire et démocratique en treilli" qu'il est de notre responsabilité d'appuyer les rebelles, de préférence ceux qui veulent d'une société démocratique, sécularisée et multi-culturelle en Syrie (c'est plus simple à dire qu'à réaliser) et de montrer à Bachar qu'il ne peut pas assassiner toute une partie du peuple syrien en toute impunité, en utilisant les armes les plus perverses et cruelles qui soit (viol, torture, massacre de civils pour l'exemple, y compris d'enfants, et maintenant l'utilisation d'armes chimiques aux effets horribles se déclarant sur la durée).

Sur cette question, très complexe, et qui soulève des dilemnes moraux mais surtout politiques car il est vrai que nous ne mesurons pas toutes les conséquences à termes d'une intervention ou d'une non-intervention sur les équilibres et la paix dans la région, je pense que la position exprimée par mon parti, Jean-Luc Mélenchon, le journal l'Humanité s'appuie peut-être trop sur des positions de principe et des postures, et pas assez sur une prise en compte concrète de la réalité des moyens à disposition pour en finir avec toute cette souffrance collective, et je le regrette.

 

Ismaël Dupont

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:37

Par delà les retraites, c'est tout le système de protection sociale qui est en danger de démantèlement.
Alors que commence la prise de conscience des menaces que le gouvernement en place fait peser sur notre système de retraites, un appel signé par de nombreuses personnalités qualifiées de différents horizons - dont des élus et sympathisants Front de Gauche - tire la sonnette d'alarme concernant l'accès pour tous à des soins de qualité.
Depuis des années, la prise en charge des soins de santé de base dans le cadre de la sécurité sociale se réduit comme peau de chagrin.
Le Gouvernement présente maintenant comme une avancée sociale ce qui est en fait une mauvaise réponse à la dégradation des interventions de l'assurance maladie pour les soins de santé de base - la généralisation de la protection maladie complémentaire.
Cette réponse est mauvaise car "les assurances complémentaires sont: - moins égalitaires, leurs tarifs varient selon la « gamme » des prestations remboursées et sont plus élevés pour les familles et les personnes âgées, - moins solidaires, le plus souvent leurs primes n'augmentent pas en fonction des revenus des assurés - plus chères, leurs frais de gestion dépassent souvent 15 % des prestations versées, contre moins de 5 % pour la Sécurité sociale."
IL FAUT CHOISIR ENTRE LE FINANCEMENT DES DÉPENSES DE SANTÉ PAR LA SÉCURITÉ SOCIALE OU PAR DES ASSUREURS PRIVÉS PUDIQUEMENT DÉNOMMÉS "COMPLÉMENTAIRES".
L’appel "Pour un débat public sur la santé" aborde clairement cette question fondamentale pour l'avenir de notre système de protection sociale.

Un texte à lire, à diffuser, à populariser absolument qui est notamment accessible à partir de

 

http://www.frontdegauche-chateauneufpoher.fr/appelsecuritesociale.pdf

Jean-Victor Gruat, PCF et Front de Gauche Chateauneuf-Poher

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 07:43

 

Vendredi 30 août, 17h30 (2, petite rue de Callac à Morlaix)

Réunion de préparation du journal du Front de Gauche du pays de Morlaix (dont le deuxième numéro, consacré aux Retraites et aux grandes orientations pour les municipales, doit paraître début septembre)   

 

Vendredi 30 août, 20h (2, petite rue de Callac à Morlaix)

AG du Front de Gauche du Pays de Morlaix (réunion publique ouverte à tous)

Débat sur la situation politique nationale et locale.

Bataille des retraites.

Débat sur le développement économique, social, écologique du pays de Morlaix dans le cadre de la préparation des municipales.

 

Jeudi 5 septembre, 18 h (2, petite rue de Callac à Morlaix)

 2ème réunion de l'atelier "logement, transport, terres agricoles" dans le cadre de l'élaboration d'un projet du FDG pour les municipales dans la communauté d'agglo de Morlaix (ouverte à tous) 

 

 

Mardi 10 septembre: journée de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites. Tous à la manif de Morlaix! 

femme front de gauche morlaix

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 05:53

Lettre d'explication et de dénonciation publiée par le Monde Diplomatique n°713 d'août 2013

 

evo-morales2.jpg

 

Le dévoilement par M. Edward Snowden du caractère tentaculaire de l'espionnage américain n'a suscité que des réactions frileuses de la part des dirigeants européens. Lesquels, en revanche, n'ont pas hésité à immobiliser l'avion du président bolivien Evo Morales, soupçonné de transporter l'informaticien fugitif.

 

"Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe" - Par Evo Morales

 

Le 2 juillet dernier s'est produit l'un des évènements les plus insolites de l'histoire du droit international: l'interdiction faite à l'avion présidentiel de l'Etat plurinational de Bolivie de survoler les territoires français, espagnol, italien et portugais, puis ma séquestration à l'aéroport de Vienne (Autriche) pendant quatorze heures.

Plusieurs semaines après, cet attentat contre la vie des membres d'une délégation officielle, commis par des Etats réputés démocratiques et respectueux des lois, continue de soulever l'indignation, cependant qu'abondent les condamnations de citoyens, d'organisations sociales, d'organismes internationaux et de gouvernements à travers le monde. 

Que s'est-il passé? J'étais à Moscou, quelques instants avant le début d'une réunion avec M. Vladimir Poutine, quand un assistant m'a alerté de difficultés techniques: impossible de nous rendre au Portugal comme prévu initialement. Toutefois, lorsque s'achève mon entretien avec le président russe, il devient déjà clair que le problème n'a rien de technique... 

Depuis La Paz, notre ministre des affaires étrangères, M. David Chocohuanca, parvient à organiser une escale à Las Palmas de Grand Canaria, en Espagne, et à faire valider un nouveau plan de vol. Tout semble en ordre... Pourtant, alors que nous sommes dans les airs, le colonel d'aviation Celiar Arispe, qui commande le groupe aérien présidentiel et pilote l'avion ce jour-là, vient me voir: "Paris nous retire son autorisation de survol! Nous ne pouvons pas pénétrer dans l'espace aérien français". Sa surprise n'avait d'égale que son inquiétude: nous étions sur le point de passer au-dessus de l'Héxagone.

Nous pouvions bien sûr tenter de retourner en Russie, mais nous courions le risque de manquer de kérosène. Le colonel Arispe a donc contacté la tour de contrôle de l'aéroport de Vienne pour solliciter l'autorisation d'effectuer un atterrissage d'urgence. Que les autorités autrichiennes soient ici remerciées pour leur feu vert. 

Installé dans un petit bureau de l'aéroport que l'on avait mis à ma disposition, j'étais en pleine conversation avec mon vice-président, M. Alvaro Garcia Linera, et avec M. Choquehuanca, pour décider de la suite des évènements et surtout, tenter de comprendre les raisons de la décision française, lorsque le pilote m'a informé que l'Italie nous refusait également l'entrée dans l'espace aérien. 

C'est à ce moment que je reçois la visite de l'ambassadeur d'Espagne en Autriche, M. Alberto Carnero. Celui m'annonce qu'un nouveau plan de vol vient d'être approuvé pour m'acheminer en Espagne. 

Seulement, explique-t-il, il lui faudra au préalable inspecter l'avion présidentiel. Il s'agit même d'une condition sine qua non à notre départ pour Las Palmas de Gran Canaria. 

Lorsque je l'interroge sur les raisons de cette exigence, M. Carnero évoque le nom de M. Edward Snowden, cet employé d'une société américaine auprès de laquelle Washington sous-traite certaines de ses activités d'espionnage. J'ai répondu que je ne le connaissais qu'à travers la lecture de la presse. J'ai également rappelé au diplomate espagnol que mon pays respectait les conventions internationales: en aucun cas je ne cherchais à extrader qui que ce soit vers la Bolivie. 

M. Carnero était en contact permanent avec le sous-secrétaire aux affaires étrangères, M. Rafael Mendivil Peydro, qui, de toute évidence, lui demandait d'insister. "Vous n'inspecterez pas cet avion, ai_je dû marteler. Si vous ne croyez pas ce que je vous dis, c'est que vous traitez de menteur le président de l'Etat souverain de Bolivie." Le diplomate ressort pour prendre les consignes de son supérieur, avant de revenir. Il me demande alors de l'inviter à "prendre un petit café" dans l'avion. "Mais vous me prenez pour un délinquant? lui demandai-je. Si vous tenez à pénétrer dans cet avion, il vous faudra le faire par la force. Et je ne résisterai pas à une opération militaire ou policière: je n'en ai pas les moyens." 

Ayant certainement pris peur, l'ambassadeur écarte l'option de la force, non sans me préciser que, dans ces conditions, il ne pourra pas utiliser notre plan de vol: "A 9 heures du matin, nous vous indiquerons si vous pouvez ou non partir. D'ici là, nous allons discuter avec nos amis" m'explique t-il. "Amis"? "Mais qui donc sont ces "amis" de l'Espagne auxquels vous faites référence? La France et l'Italie sans doute?" Il refuse de me répondre et se retire... 

Je profite de ce moment pour discuter avec la présidente argentine Cristina Fernandez, une excellente avocate qui me guide sur les questions juridiques, ainsi qu'avec les présidents vénézuélien et équatorien Nicolas Maduro et Rafael Correa, tous deux très inquiets à ce sujet. Le président Corréa me rappellera d'ailleurs plusieurs fois dans la journée pour prendre de mes nouvelles. Cette solidarité me donne des forces. "Evo, ils n'ont aucun droit d'inspecter ton avion!" , me répètent-ils. Je n'ignorais pas qu'un avion présidentiel jouit du même statut qu'une ambassade. 

Mais ces conseils et l'arrivée des ambassadeurs de l'Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) (1) décuplent ma détermination à me montrer ferme. Non nous n'offrirons pas à l'Espagne ou à touty autre pays - les Etats-Unis encore moins que les autres- la satisfaction d'inspecter notre avion. Nous défendrons notre dignité, notre souveraineté et l'honneur de notre patrie, notre grande patrie. Jamais nous n'accepterons ce chantage. 

L'ambassadeur d'Espagne réapparaît. Préoccupé, inquiet et nerveux, il m'indique que je dispose finalement de toutes les autorisations et que je peux m'en aller. Enfin, nous décollons... 

 

Cette interdiction de survol, décrétée de façon simultanée par quatre pays et coordonnée par la Central Intelligence Agency (CIA) contre un pays souverain au seul prétexte que nous transportions peut-être M. Snowden, met au jour le poids politique de la principale puissance impériale: les Etats-Unis. 

Jusqu'au 2 juillet (date de notre séquestration), chacun comprenait que les Etats se dotent d'agences de sécurité afin de protéger leur territoire et leur population. Mais Washington a dépassé les limites du concevable. Violant tous les principes de la bonne foi et les conventions internationales, il a transformé une partie du continent européen en territoire colonisé. Une injure aux droits de l'homme, l'une des conquêtes de la Révolution française. 

L'esprit colonial qui a conduit à soumettre de la sorte plusieurs pays démontre une fois de plus que l'empire ne tolère aucune limite - ni légale, ni morale, ni territoriale. Désormais, il est clair aux yeux du monde entier que, pour une telle puissance, toute loi peut être transgressée, toute souveraineté violée, tout droit humain ignoré. 

La puissance des Etats-Unis, ce sont bien sûr leurs forces armées, impliquées dans diverses guerres d'invasion et soutenues par un complexe militaro-industriel hors du commun. Les étapes de leurs interventions sont bien connues: après les conquêtes militaires, l'imposition du libre-échange, d'une conception singulière de la démocratie et enfin, la soumission des populations à la voracité des multinationales. Les marques indélébiles de l'impérialisme - fût-il militaire ou économique - défigurent l'Irak, l'Afghanistan, la Libye, la Syrie. Des pays dont certains ont été envahis parce qu'on les soupçonnait de détenir des armes de destruction massive ou d'abriter des organisations terroristes. Des pays ou des milliers d'êtres humains ont été tués, sans que la Cour pénale internationale intente le moindre procès. 

 

Mais la puissance américaine provient également de dispositifs souterrains destinés à propager la peur, le chantage, l'intimidation. Au nombre des recettes qu'utilise volontiers Washington pour maintenir son statut: la "punition exemplaire", dans le plus pu style colonial qui avait conduit à la répression des Indiens d'Abya Yala (2). Celle-ci s'abat désormais sur les peuples ayant décidé de se libérer et sur les dirigeants politiques qui ont choisi de gouverner pour les humbles. La mémoire de cette politique de la punition exemplaire est encore vive en Amérique latine: que l'on pense aux coups d'Etat contre Hugo Chavez au Vénézuela en 2002, contre le président hondurien Manuel Zelaya en 2009, contre M. Correa en 2010, contre le président paraguayen Fernando Lugo en 2012, et bien sûr, contre notre gouvernement en 2008, sous la houlette de l'ambassadeur américain en Bolivie, M. Philip Goldberg. L'"exemple", pour que les indigènes, les ouvriers, les paysans, les mouvements sociaux n'osent pas relever la tête contre les classes dominantes. L'"exemple", pour faire plier ceux qui résistent et terroriser les autres. Mais un "exemple" qui conduit désormais les humbles du continent et du monde entier à redoubler leurs efforts d'unité pour renforcer les luttes. 

 

L'attentat dont nous avons été victimes dévoile les deux visages d'une même oppression, contre laquelle les peuples ont décidé de se révolter: l'impérialisme et son jumeau politique et idéologique, le colonialisme. La séquestration d'un avion présidentiel et de son équipage - que l'on était en droit d'estimer impensable au XXIe siècle - illustre la survivance d'une forme de racisme au sein de certains gouvernements européens. Pour eux, les Indiens et les processus démocratiques ou révolutionnaires dans lesquels ils sont engagés représentent des obstacles sur la voie de la civilisation. Ce racisme se réfugie désormais dans l'arrogance et les explications "techniques" les plus ridicules pour maquiller une décision politique née dans un bureau de Washington. Voici donc les gouvernements qui ont perdu jusqu'à la capacité de se reconnaître comme colonisés, et qui tentent de protéger la réputation de leur maître... 

Qui dit empire dit colonies. Ayant opté pour l'obéissance aux ordres qu'on leur donnait, certains pays européens ont confirmé leur statut de pays soumis. La nature coloniale de la relation entre les Etats-Unis et l'Europe s'est renforcée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et a été dévoilée à tous en 2004, lorsque l'on a appris l'existence de vols illicites d'avions militaires américains transportant des prisonniers de guerre vers Guantanamo ou vers des prisons européennes. On sait aujourd'hui que ces "terroristes" présumés étaient soumis à la torture; une réalité que même les organisations de défense des droits humains taisent souvent. 

 

La "guerre contre le terrorisme" aura réduit la vieille Europe au rang de colonie; un acte inamical, voire hostile, que l'on peut analyser comme une forme de terrorisme d'Etat, en ce qu'il livre la vie privée de millions de citoyens aux caprices de l'empire. 

Mais le camouflet au droit international que représente notre séquestration constituera peut-être un point de rupture. L'Europe a donné naissance aux idées les plus nobles: liberté, égalité, fraternité. Elle a largement contribué au progrès scientifique, à l'émergence de la démocratie. Elle n'est plus qu'une pâle figure d'elle-même: un néo-obscurantisme menace les peuples d'un continent qui, il y a quelques siècles, illuminait le monde de ses idées révolutionnaires et suscitait l'espoir. 

Notre séquestration pourrait offrir à tous les peuples et gouvernements d'Amérique latine, des Caraïbes, d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Nord l'occasion unique de constituer un bloc solidaire condamnant l'attitude indigne des Etats impliqués dans cette violation du droit international. Il s'agit également d'une occasion idéale de renforcer les mobilisations des mouvements sociaux en vue de construire un autre monde, de fraternité et de complémentarité. Il revient aux peuples de le construire. 

 

Nous sommes certains que les peuples du monde, notamment ceux d'Europe, ressentent l'agression dont nous avons été victimes comme les affectant également, eux et les leurs. Et nous interprétons leur indignation comme une façon indirecte de nous présenter les excuses que nous refusent toujours certains des gouvernements responsables (3). 

 

Evo Morales   

 

(1) Dont sont membres Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l'Equateur, le Nicaragua, la République dominicaine, Saint-Vincent et les Grenadines et le Venezuela. 

(2)  Nom donné par les ethnies kunas de Panama et de Colombie au continent américain avant l'arrivée de Christophe Colomb. En 1992, ce nom a été choisi par les nations indigènes d'Amérique pour désigner le continent. 

(3) Depuis, Lisbonne, Madrid, Paris et Rome ont présenté des excuses officielles à La Paz.   

 

 

 

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 04:26
Lettre ouverte à Mme la Ministre

Dr Nicole Delépine - Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.
à Marisol Touraine - Ministre des Affaires sociales et de la Santé,
Le premier mai 2013,

Madame la Ministre,

Médecin pédiatre depuis plus de 40 ans à l’hôpital public, j’ai fait la nuit dernière ce rêve étrange et pénétrant d’un hôpital qui soigne, accueille, aime, cajole, réconforte, améliore, soulage, répare le patient, du petit au plus âgé, du moins atteint au plus handicapé, du plus faible au plus armé pour la vie, du plus riche au plus pauvre, du plus fou au plus normal, de l’illettré au savant, du bien tonique au mourant.
Cet hôpital avait pour mission de soigner, guérir si on le pouvait et non pas de tuer. On n’avait pas encore imaginé la trouvaille de l’année 2013, formations multiples aux LATA, je vous le donne en mille : « limitations et arrêt de thérapeutiques actives ». Et les hérétiques qui n’accepteront pas ces nouvelles formes de « soins » seront jetés au feu comme tous les dissidents. Ils le sont déjà. Mais ce cri d’alarme contre l’euthanasie sera l’objet d’un autre plaidoyer qu’on ne peut limiter à quelques lignes.

Quand j’arrivai pour la première fois dans une grande salle commune de l’hôpital saint Antoine à Paris en 1965 en tant que stagiaire, je fus frappée par une grande chaleur humaine qui régnait malgré la promiscuité. La propreté aussi sautait aux yeux, le sol brillait ! Cela sentait bon l’eau de javel qui ne coûtait pas cher et surtout l’amour diffusé partout. Chacun à son niveau se savait utile et ne mettait pas son ego à toutes les sauces.
La femme de ménage qu’on n’appelait pas encore technicienne de surface comprenait instinctivement l’importance de son office tant pour le confort que pour le bien des patients et leur guérison. On ne parlait pas de sécurité, mais elle existait et chacun en était garant. Le malade qui appelait trouvait un relais auprès du voisin pour interpeller l’aide-soignante qui ne se disait pas « attendez, je suis en pause » et ne se trouvait pas en salle de repos pour parler du dernier feuilleton télé avec les collègues. Pendant les heures de travail, on travaillait, c’est très bête évidemment et cette remarque me vaudra les gémonies de beaucoup, mais d’autres, à commencer par les patients seront d’accord avec moi pour dire que les infirmières dans le bocal (les locaux sont transparents quand des affiches multiples et variées n’ont pas cachées ce qu’on ne saurait voir..) cela suffit.

Sous prétexte de transmission, de tâches administratives, de préparations etc., le malade doit toujours attendre et attendre. Certes le nom de « patient » ne date pas d’aujourd’hui mais quand on dépense 13 % du PIB pour la santé on pourrait espérer ne pas redescendre au Moyen âge. La multiplication des cases à cocher sur le papier puis sur l’écran, des formulaires à remplir a désinvesti les soignants, médecins inclus, pour lesquels le respect des règles qui seront contrôlées par les multiples audits a remplacé l’obsession du patient par celle de la « réglementation ».

Que s’est-il passé ? comment en est-on arrivé là ? Dans mon rêve, une grande salle commune, d’innombrables lits serrés les uns contre les autres, des mamans serrant dans leurs bras un enfant hospitalisé et des soignants à l’écoute, des patients accueillis même s’il fallait mettre un lit supplémentaire. Bêtement à l’époque, les soigner paraissait plus important que les accueillir en client comme au Hilton et les laisser dehors si l’hôtel était plein. Personne n’eut imaginé refuser les malades graves sous prétexte de normes de qualité, de sécurité, de responsabilité etc. Personne n’eut imaginé que quelques décennies plus tard ce serait le directeur d’hôpital qui aurait l’autorité pour « admettre » les patients et menacerait les docteurs de sanction s’ils voulaient accepter un malade en plus du quota prévu. Et quels moyens pour échapper à ce diktat puisque tout un réseau « sanitaire » a été mis en place pour empêcher les docteurs de soigner ! Les empêcheurs de soigner en rond, flattés de leur pouvoir sur les médecins qui les dominaient depuis des lustres (avant la tragique loi de 1991), ont été créés à tour de bras : surveillantes dénommées cadre de soin, de pôle, directeur de soins de l’hôpital et du groupe, directeur du site et du groupe, chef de pôle, président de la commission d’établissement etc. L’APHP a de plus le privilège d’avoir un « siège » fort qui double encore ces mêmes fonctions.

L’autoritarisme règne en maître avec des incohérences permanentes au sein des établissements. Comment expliquer les si nombreux brancards dans les couloirs des services d’urgence de l’APHP et le refus dans cette même institution d’un lit supplémentaire en oncologie pédiatrique un vendredi soir même si une chambre est libre ? L’autocratie aveugle, subjective et partisane règne partout sans respect de l’intérêt des malades, les grands oubliés des bureaucrates gestionnaires.

Comment résister à cette soviétisation destructrice de l’hôpital ? Le malade vient consulter un médecin, mais entre eux deux qui devraient pouvoir bénéficier d’un « colloque singulier », les interférences sont légion, érigeant un mur de Berlin, entraînant le désespoir voire le renoncement de trop d’entre nous (rappelons que les suicides de médecins et soignants sont beaucoup plus fréquents que dans la population générale et qu’à France Télécom). Les inquisiteurs nommés des Agences régionales de santé (ARS) font régner l’ordre, leur ordre ; et leurs capos, les directeurs d’hôpitaux et leurs subordonnés jouissent de leurs petites prérogatives.

Comment résister, protéger les patients ? Impossible d’où cette lettre ouverte, seule issue visible pour un simple médecin des hôpitaux en dehors de l’abandon, de la fuite, ou du suicide. Un seul exemple : j’ai reçu la semaine dernière par mail un ukase de la cadre de pôle exigeant que les médecins de l’unité annulent à 13 heures les malades prévus dans l’après midi (certains venaient de province). Ces patients devaient être hospitalisés pour recevoir leur traitement de chimiothérapie dont chacun sait (ou devrait savoir) que le retard à l’administration entraîne des pertes de chance de survie. Ce mail m’était adressé en tant que responsable de l’unité et également à neuf cadres impliqués par cette injonction de ne pas soigner.

Parmi eux au moins trois infirmières montées en grade, et qui en d’autres temps, eussent pris, pour quelques heures, le relais auprès des patients, de leurs subordonnés qu’elles sont censées encadrer. Quant au nombre d’administratifs qui se multiplient comme des petits pains, ils sont là pour gérer la pénurie (sauf la leur), imposer leur pouvoir qui satisfait leur ego et oublier le malade qui n’est qu’un gêneur encombrant.[1]
Mme la Ministre, en quarante ans l’hôpital fut détruit ! Que s’est–il passé ?

Comme le reste de la société à partir des années Reagan, Thatcher, et Mitterrand en France, l’argent devint roi, le modèle fut le golden boy et l’hôpital devint entreprise. Comment imaginer il y a quarante ans que les mutuelles assurances seraient cotées en Bourse… que les médecins seraient sommés de tenir compte de la tarification à l’activité pour prescrire des actes supplémentaires invasifs et souvent inutiles, et raccourcir ou allonger la durée d’hospitalisation des patients en fonction des bornes hautes ou basses de la classification sécurité sociale permettant de rapporter plus d’argent à l’hôpital (et de coûter plus cher à la sécurité sociale) … cherchez la logique du système !

Ne croyez pas que j’exagère, tout le monde le sait maintenant ! Alors plutôt que de vous donner mille exemples[2] de cette dégénérescence de notre médecine au milieu de la destruction globale de la société, il me semble plus positif de vous proposer quelques sujets de réflexion voire quelques propositions susceptibles de redorer le blason de votre ministère et d’améliorer le sort des patients.
Madame la Ministre, n’ayant pas le loisir dans une simple lettre ouverte de vous proposer un programme de restauration du système de la santé en France, je me contenterai ici d’aborder trois problèmes cruciaux dont la solution transformerait déjà rapidement le climat, redonnant fierté, estime de soi aux médecins jusque-là stigmatisés, dévalorisés, déprimés, ainsi qu’à leurs incontournables alliés auprès des malades, toutes les catégories de soignants qui subissent les mêmes tracas.

1) S’attaquer sans complaisance aux conflits d’intérêt qui ruinent l’image des politiques, des experts et ruinent le budget de la Sécurité Sociale

Je vous proposerai donc de vous attaquer sans attendre aux conflits d’intérêt entre l’industrie pharmaceutique, la politique et les leaders d’opinion universitaires.
SI la population toujours désinformée par les médias n’en a peut-être pas pris la mesure, vous ne pouvez pas ignorer que l’affaire Cahuzac n’est que la face émergée de l’iceberg et que les rapports incestueux des décideurs sont fort partagés dans le milieu des premiers cercles du pouvoir. Monsieur Cahuzac, loin d’être une exception représente le mode de fonctionnement de nombreux décideurs. Nous vous le démontrerons si nécessaire, mais vous avez sûrement conscience comme moi qu’une grenade dégoupillée vous menace et qu’il serait plus raisonnable d’aborder tout de suite ce dossier brûlant avant qu’il n’explose. À moins que vous ne le puissiez ?
Les économies engendrées par un choix impartial, sans influence de lobbys, des médicaments recommandés et autorisés par les agences (ou mieux le ministère lui-même) permettraient des économies de plusieurs milliards d’euros annuels. Économies du budget de la sécurité sociale soi-disant recherchées mais ces gisements évidents restent oubliés.

2) S’attaquer aux agences sanitaires multiples et variées source de gabegie, de paralysie et d’inefficacité.

Dans un deuxième temps, je vous ferai quelques propositions pour assainir le pouvoir de décision en santé curieusement accordé aux multiples et une agences qui se permettent de faire la pluie et le beau temps en votre nom sur la vie et la mort des hôpitaux ainsi que sur celles des patients en imposant leurs démarches thérapeutiques et en diabolisant les autres voies possibles.
Les économies rapidement obtenues par votre seule volonté politique seront la récompense au courage qu’il ne manquera pas de vous falloir pour affronter tous les bénéficiaires de ces petites combines organisées qui permettent aux hauts fonctionnaires de se recaser après un changement de gouvernement et aux fonctionnaires de bénéficier de salaires non limités dès lors qu’ils sont affectés hors du ministère.

3) Abrogation de la loi « Hôpital patients santé territoire » promulguée par vos adversaires politiques et que vous maintenez en l’état malgré les « promesses de campagne » du président Hollande qui s’appuie pourtant souvent sur celles-ci pour faire passer des lois qui divisent les Français. Pourquoi cette promesse est-elle oubliée ? Pourquoi ?

4) En conclusion, et avec ces quelques propositions que nous pourrions développer à votre demande, peut-être éviterions nous ensemble que notre hôpital public et nos patients ne subissent de fait une euthanasie au moins passive. Quant à la médecine de ville que vous maltraitez tellement pour des raisons qui paraissent obscures, ce sera l’objet d’une autre lettre probablement mieux rédigée par mes collègues qui la vivent tous les jours mais partagent avec moi cette sensation terrible de destruction rapide de notre système de santé malgré son coût faramineux, un des plus élevés du monde. Je vous conseille de suivre régulièrement leur actualité en consultant « les médecins ne sont pas des pigeons ». Cela vous permettra, Madame la Ministre d’éviter d’être coupée du monde réel comme le sont trop souvent les ministres. Je crains, Madame que vous n’y échappiez pas.

Je vous remercie de l’attention que vous ne manquerez pas de prêter à ces propositions raisonnables et rapidement applicables. Je vous adresse mes sentiments respectueux.

Dr Nicole Delépine
Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.

[1]  Le livre des Pr Debré et Even « avertissement aux malades, aux médecins et aux élus 2002 avait déjà mis en exergue cette extraordinaire multiplication des administratifs (détournant de plus des soignants médecins et infirmiers formés pour en faire des « cadres ») dans les hôpitaux bientôt constitué d’une armée de colonels sans soldats au front. La situation n’a fait qu’empirer avec la multiplication des agences sanitaires, la création des pôles, le regroupement des hôpitaux qui reconduisent les hiérarchies en rajoutant une couche supplémentaire. Les économies doublées d’une efficience meilleure sont faciles à trouver en supprimant purement et simplement ces échelons.

[2]  Vous trouverez toutes sortes de témoignages de patients d’associations sur Internet tous plus poignants le sens que les autres démontrant que les accidents et incidents hospitaliers ne sont plus à la marge mais bien le résultat de politiques successives de normalisation et accréditation au service de l’argent roi servi par tous ceux qui ont un temps bénéficié du système mais se voient rapidement rattrapé par l’affaire Cahuzac . Pas assez vite néanmoins.

Lettre ouverte à Mme la Ministre

Dr Nicole Delépine - Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.
à Marisol Touraine - Ministre des Affaires sociales et de la Santé,
Le premier mai 2013,

Madame la Ministre,

Médecin pédiatre depuis plus de 40 ans à l’hôpital public, j’ai fait la nuit dernière ce rêve étrange et pénétrant d’un hôpital qui soigne, accueille, aime, cajole, réconforte, améliore, soulage, répare le patient, du petit au plus âgé, du moins atteint au plus handicapé, du plus faible au plus armé pour la vie, du plus riche au plus pauvre, du plus fou au plus normal, de l’illettré au savant, du bien tonique au mourant.
Cet hôpital avait pour mission de soigner, guérir si on le pouvait et non pas de tuer. On n’avait pas encore imaginé la trouvaille de l’année 2013, formations multiples aux LATA, je vous le donne en mille : « limitations et arrêt de thérapeutiques actives ». Et les hérétiques qui n’accepteront pas ces nouvelles formes de « soins » seront jetés au feu comme tous les dissidents. Ils le sont déjà. Mais ce cri d’alarme contre l’euthanasie sera l’objet d’un autre plaidoyer qu’on ne peut limiter à quelques lignes.

Quand j’arrivai pour la première fois dans une grande salle commune de l’hôpital saint Antoine à Paris en 1965 en tant que stagiaire, je fus frappée par une grande chaleur humaine qui régnait malgré la promiscuité. La propreté aussi sautait aux yeux, le sol brillait ! Cela sentait bon l’eau de javel qui ne coûtait pas cher et surtout l’amour diffusé partout. Chacun à son niveau se savait utile et ne mettait pas son ego à toutes les sauces.
La femme de ménage qu’on n’appelait pas encore technicienne de surface comprenait instinctivement l’importance de son office tant pour le confort que pour le bien des patients et leur guérison. On ne parlait pas de sécurité, mais elle existait et chacun en était garant. Le malade qui appelait trouvait un relais auprès du voisin pour interpeller l’aide-soignante qui ne se disait pas « attendez, je suis en pause » et ne se trouvait pas en salle de repos pour parler du dernier feuilleton télé avec les collègues. Pendant les heures de travail, on travaillait, c’est très bête évidemment et cette remarque me vaudra les gémonies de beaucoup, mais d’autres, à commencer par les patients seront d’accord avec moi pour dire que les infirmières dans le bocal (les locaux sont transparents quand des affiches multiples et variées n’ont pas cachées ce qu’on ne saurait voir..) cela suffit.

Sous prétexte de transmission, de tâches administratives, de préparations etc., le malade doit toujours attendre et attendre. Certes le nom de « patient » ne date pas d’aujourd’hui mais quand on dépense 13 % du PIB pour la santé on pourrait espérer ne pas redescendre au Moyen âge. La multiplication des cases à cocher sur le papier puis sur l’écran, des formulaires à remplir a désinvesti les soignants, médecins inclus, pour lesquels le respect des règles qui seront contrôlées par les multiples audits a remplacé l’obsession du patient par celle de la « réglementation ».

Que s’est-il passé ? comment en est-on arrivé là ? Dans mon rêve, une grande salle commune, d’innombrables lits serrés les uns contre les autres, des mamans serrant dans leurs bras un enfant hospitalisé et des soignants à l’écoute, des patients accueillis même s’il fallait mettre un lit supplémentaire. Bêtement à l’époque, les soigner paraissait plus important que les accueillir en client comme au Hilton et les laisser dehors si l’hôtel était plein. Personne n’eut imaginé refuser les malades graves sous prétexte de normes de qualité, de sécurité, de responsabilité etc. Personne n’eut imaginé que quelques décennies plus tard ce serait le directeur d’hôpital qui aurait l’autorité pour « admettre » les patients et menacerait les docteurs de sanction s’ils voulaient accepter un malade en plus du quota prévu. Et quels moyens pour échapper à ce diktat puisque tout un réseau « sanitaire » a été mis en place pour empêcher les docteurs de soigner ! Les empêcheurs de soigner en rond, flattés de leur pouvoir sur les médecins qui les dominaient depuis des lustres (avant la tragique loi de 1991), ont été créés à tour de bras : surveillantes dénommées cadre de soin, de pôle, directeur de soins de l’hôpital et du groupe, directeur du site et du groupe, chef de pôle, président de la commission d’établissement etc. L’APHP a de plus le privilège d’avoir un « siège » fort qui double encore ces mêmes fonctions.

L’autoritarisme règne en maître avec des incohérences permanentes au sein des établissements. Comment expliquer les si nombreux brancards dans les couloirs des services d’urgence de l’APHP et le refus dans cette même institution d’un lit supplémentaire en oncologie pédiatrique un vendredi soir même si une chambre est libre ? L’autocratie aveugle, subjective et partisane règne partout sans respect de l’intérêt des malades, les grands oubliés des bureaucrates gestionnaires.

Comment résister à cette soviétisation destructrice de l’hôpital ? Le malade vient consulter un médecin, mais entre eux deux qui devraient pouvoir bénéficier d’un « colloque singulier », les interférences sont légion, érigeant un mur de Berlin, entraînant le désespoir voire le renoncement de trop d’entre nous (rappelons que les suicides de médecins et soignants sont beaucoup plus fréquents que dans la population générale et qu’à France Télécom). Les inquisiteurs nommés des Agences régionales de santé (ARS) font régner l’ordre, leur ordre ; et leurs capos, les directeurs d’hôpitaux et leurs subordonnés jouissent de leurs petites prérogatives.

Comment résister, protéger les patients ? Impossible d’où cette lettre ouverte, seule issue visible pour un simple médecin des hôpitaux en dehors de l’abandon, de la fuite, ou du suicide. Un seul exemple : j’ai reçu la semaine dernière par mail un ukase de la cadre de pôle exigeant que les médecins de l’unité annulent à 13 heures les malades prévus dans l’après midi (certains venaient de province). Ces patients devaient être hospitalisés pour recevoir leur traitement de chimiothérapie dont chacun sait (ou devrait savoir) que le retard à l’administration entraîne des pertes de chance de survie. Ce mail m’était adressé en tant que responsable de l’unité et également à neuf cadres impliqués par cette injonction de ne pas soigner.

Parmi eux au moins trois infirmières montées en grade, et qui en d’autres temps, eussent pris, pour quelques heures, le relais auprès des patients, de leurs subordonnés qu’elles sont censées encadrer. Quant au nombre d’administratifs qui se multiplient comme des petits pains, ils sont là pour gérer la pénurie (sauf la leur), imposer leur pouvoir qui satisfait leur ego et oublier le malade qui n’est qu’un gêneur encombrant.[1]
Mme la Ministre, en quarante ans l’hôpital fut détruit ! Que s’est–il passé ?

Comme le reste de la société à partir des années Reagan, Thatcher, et Mitterrand en France, l’argent devint roi, le modèle fut le golden boy et l’hôpital devint entreprise. Comment imaginer il y a quarante ans que les mutuelles assurances seraient cotées en Bourse… que les médecins seraient sommés de tenir compte de la tarification à l’activité pour prescrire des actes supplémentaires invasifs et souvent inutiles, et raccourcir ou allonger la durée d’hospitalisation des patients en fonction des bornes hautes ou basses de la classification sécurité sociale permettant de rapporter plus d’argent à l’hôpital (et de coûter plus cher à la sécurité sociale) … cherchez la logique du système !

Ne croyez pas que j’exagère, tout le monde le sait maintenant ! Alors plutôt que de vous donner mille exemples[2] de cette dégénérescence de notre médecine au milieu de la destruction globale de la société, il me semble plus positif de vous proposer quelques sujets de réflexion voire quelques propositions susceptibles de redorer le blason de votre ministère et d’améliorer le sort des patients.
Madame la Ministre, n’ayant pas le loisir dans une simple lettre ouverte de vous proposer un programme de restauration du système de la santé en France, je me contenterai ici d’aborder trois problèmes cruciaux dont la solution transformerait déjà rapidement le climat, redonnant fierté, estime de soi aux médecins jusque-là stigmatisés, dévalorisés, déprimés, ainsi qu’à leurs incontournables alliés auprès des malades, toutes les catégories de soignants qui subissent les mêmes tracas.

1) S’attaquer sans complaisance aux conflits d’intérêt qui ruinent l’image des politiques, des experts et ruinent le budget de la Sécurité Sociale

Je vous proposerai donc de vous attaquer sans attendre aux conflits d’intérêt entre l’industrie pharmaceutique, la politique et les leaders d’opinion universitaires.
SI la population toujours désinformée par les médias n’en a peut-être pas pris la mesure, vous ne pouvez pas ignorer que l’affaire Cahuzac n’est que la face émergée de l’iceberg et que les rapports incestueux des décideurs sont fort partagés dans le milieu des premiers cercles du pouvoir. Monsieur Cahuzac, loin d’être une exception représente le mode de fonctionnement de nombreux décideurs. Nous vous le démontrerons si nécessaire, mais vous avez sûrement conscience comme moi qu’une grenade dégoupillée vous menace et qu’il serait plus raisonnable d’aborder tout de suite ce dossier brûlant avant qu’il n’explose. À moins que vous ne le puissiez ?
Les économies engendrées par un choix impartial, sans influence de lobbys, des médicaments recommandés et autorisés par les agences (ou mieux le ministère lui-même) permettraient des économies de plusieurs milliards d’euros annuels. Économies du budget de la sécurité sociale soi-disant recherchées mais ces gisements évidents restent oubliés.

2) S’attaquer aux agences sanitaires multiples et variées source de gabegie, de paralysie et d’inefficacité.

Dans un deuxième temps, je vous ferai quelques propositions pour assainir le pouvoir de décision en santé curieusement accordé aux multiples et une agences qui se permettent de faire la pluie et le beau temps en votre nom sur la vie et la mort des hôpitaux ainsi que sur celles des patients en imposant leurs démarches thérapeutiques et en diabolisant les autres voies possibles.
Les économies rapidement obtenues par votre seule volonté politique seront la récompense au courage qu’il ne manquera pas de vous falloir pour affronter tous les bénéficiaires de ces petites combines organisées qui permettent aux hauts fonctionnaires de se recaser après un changement de gouvernement et aux fonctionnaires de bénéficier de salaires non limités dès lors qu’ils sont affectés hors du ministère.

3) Abrogation de la loi « Hôpital patients santé territoire » promulguée par vos adversaires politiques et que vous maintenez en l’état malgré les « promesses de campagne » du président Hollande qui s’appuie pourtant souvent sur celles-ci pour faire passer des lois qui divisent les Français. Pourquoi cette promesse est-elle oubliée ? Pourquoi ?

4) En conclusion, et avec ces quelques propositions que nous pourrions développer à votre demande, peut-être éviterions nous ensemble que notre hôpital public et nos patients ne subissent de fait une euthanasie au moins passive. Quant à la médecine de ville que vous maltraitez tellement pour des raisons qui paraissent obscures, ce sera l’objet d’une autre lettre probablement mieux rédigée par mes collègues qui la vivent tous les jours mais partagent avec moi cette sensation terrible de destruction rapide de notre système de santé malgré son coût faramineux, un des plus élevés du monde. Je vous conseille de suivre régulièrement leur actualité en consultant « les médecins ne sont pas des pigeons ». Cela vous permettra, Madame la Ministre d’éviter d’être coupée du monde réel comme le sont trop souvent les ministres. Je crains, Madame que vous n’y échappiez pas.

Je vous remercie de l’attention que vous ne manquerez pas de prêter à ces propositions raisonnables et rapidement applicables. Je vous adresse mes sentiments respectueux.

Dr Nicole Delépine
Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.

[1]  Le livre des Pr Debré et Even « avertissement aux malades, aux médecins et aux élus 2002 avait déjà mis en exergue cette extraordinaire multiplication des administratifs (détournant de plus des soignants médecins et infirmiers formés pour en faire des « cadres ») dans les hôpitaux bientôt constitué d’une armée de colonels sans soldats au front. La situation n’a fait qu’empirer avec la multiplication des agences sanitaires, la création des pôles, le regroupement des hôpitaux qui reconduisent les hiérarchies en rajoutant une couche supplémentaire. Les économies doublées d’une efficience meilleure sont faciles à trouver en supprimant purement et simplement ces échelons.

[2]  Vous trouverez toutes sortes de témoignages de patients d’associations sur Internet tous plus poignants le sens que les autres démontrant que les accidents et incidents hospitaliers ne sont plus à la marge mais bien le résultat de politiques successives de normalisation et accréditation au service de l’argent roi servi par tous ceux qui ont un temps bénéficié du système mais se voient rapidement rattrapé par l’affaire Cahuzac . Pas assez vite néanmoins.

Lettre ouverte à Mme la Ministre

Dr Nicole Delépine - Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.
à Marisol Touraine - Ministre des Affaires sociales et de la Santé,
Le premier mai 2013,

Madame la Ministre,

Médecin pédiatre depuis plus de 40 ans à l’hôpital public, j’ai fait la nuit dernière ce rêve étrange et pénétrant d’un hôpital qui soigne, accueille, aime, cajole, réconforte, améliore, soulage, répare le patient, du petit au plus âgé, du moins atteint au plus handicapé, du plus faible au plus armé pour la vie, du plus riche au plus pauvre, du plus fou au plus normal, de l’illettré au savant, du bien tonique au mourant.
Cet hôpital avait pour mission de soigner, guérir si on le pouvait et non pas de tuer. On n’avait pas encore imaginé la trouvaille de l’année 2013, formations multiples aux LATA, je vous le donne en mille : « limitations et arrêt de thérapeutiques actives ». Et les hérétiques qui n’accepteront pas ces nouvelles formes de « soins » seront jetés au feu comme tous les dissidents. Ils le sont déjà. Mais ce cri d’alarme contre l’euthanasie sera l’objet d’un autre plaidoyer qu’on ne peut limiter à quelques lignes.

Quand j’arrivai pour la première fois dans une grande salle commune de l’hôpital saint Antoine à Paris en 1965 en tant que stagiaire, je fus frappée par une grande chaleur humaine qui régnait malgré la promiscuité. La propreté aussi sautait aux yeux, le sol brillait ! Cela sentait bon l’eau de javel qui ne coûtait pas cher et surtout l’amour diffusé partout. Chacun à son niveau se savait utile et ne mettait pas son ego à toutes les sauces.
La femme de ménage qu’on n’appelait pas encore technicienne de surface comprenait instinctivement l’importance de son office tant pour le confort que pour le bien des patients et leur guérison. On ne parlait pas de sécurité, mais elle existait et chacun en était garant. Le malade qui appelait trouvait un relais auprès du voisin pour interpeller l’aide-soignante qui ne se disait pas « attendez, je suis en pause » et ne se trouvait pas en salle de repos pour parler du dernier feuilleton télé avec les collègues. Pendant les heures de travail, on travaillait, c’est très bête évidemment et cette remarque me vaudra les gémonies de beaucoup, mais d’autres, à commencer par les patients seront d’accord avec moi pour dire que les infirmières dans le bocal (les locaux sont transparents quand des affiches multiples et variées n’ont pas cachées ce qu’on ne saurait voir..) cela suffit.

Sous prétexte de transmission, de tâches administratives, de préparations etc., le malade doit toujours attendre et attendre. Certes le nom de « patient » ne date pas d’aujourd’hui mais quand on dépense 13 % du PIB pour la santé on pourrait espérer ne pas redescendre au Moyen âge. La multiplication des cases à cocher sur le papier puis sur l’écran, des formulaires à remplir a désinvesti les soignants, médecins inclus, pour lesquels le respect des règles qui seront contrôlées par les multiples audits a remplacé l’obsession du patient par celle de la « réglementation ».

Que s’est-il passé ? comment en est-on arrivé là ? Dans mon rêve, une grande salle commune, d’innombrables lits serrés les uns contre les autres, des mamans serrant dans leurs bras un enfant hospitalisé et des soignants à l’écoute, des patients accueillis même s’il fallait mettre un lit supplémentaire. Bêtement à l’époque, les soigner paraissait plus important que les accueillir en client comme au Hilton et les laisser dehors si l’hôtel était plein. Personne n’eut imaginé refuser les malades graves sous prétexte de normes de qualité, de sécurité, de responsabilité etc. Personne n’eut imaginé que quelques décennies plus tard ce serait le directeur d’hôpital qui aurait l’autorité pour « admettre » les patients et menacerait les docteurs de sanction s’ils voulaient accepter un malade en plus du quota prévu. Et quels moyens pour échapper à ce diktat puisque tout un réseau « sanitaire » a été mis en place pour empêcher les docteurs de soigner ! Les empêcheurs de soigner en rond, flattés de leur pouvoir sur les médecins qui les dominaient depuis des lustres (avant la tragique loi de 1991), ont été créés à tour de bras : surveillantes dénommées cadre de soin, de pôle, directeur de soins de l’hôpital et du groupe, directeur du site et du groupe, chef de pôle, président de la commission d’établissement etc. L’APHP a de plus le privilège d’avoir un « siège » fort qui double encore ces mêmes fonctions.

L’autoritarisme règne en maître avec des incohérences permanentes au sein des établissements. Comment expliquer les si nombreux brancards dans les couloirs des services d’urgence de l’APHP et le refus dans cette même institution d’un lit supplémentaire en oncologie pédiatrique un vendredi soir même si une chambre est libre ? L’autocratie aveugle, subjective et partisane règne partout sans respect de l’intérêt des malades, les grands oubliés des bureaucrates gestionnaires.

Comment résister à cette soviétisation destructrice de l’hôpital ? Le malade vient consulter un médecin, mais entre eux deux qui devraient pouvoir bénéficier d’un « colloque singulier », les interférences sont légion, érigeant un mur de Berlin, entraînant le désespoir voire le renoncement de trop d’entre nous (rappelons que les suicides de médecins et soignants sont beaucoup plus fréquents que dans la population générale et qu’à France Télécom). Les inquisiteurs nommés des Agences régionales de santé (ARS) font régner l’ordre, leur ordre ; et leurs capos, les directeurs d’hôpitaux et leurs subordonnés jouissent de leurs petites prérogatives.

Comment résister, protéger les patients ? Impossible d’où cette lettre ouverte, seule issue visible pour un simple médecin des hôpitaux en dehors de l’abandon, de la fuite, ou du suicide. Un seul exemple : j’ai reçu la semaine dernière par mail un ukase de la cadre de pôle exigeant que les médecins de l’unité annulent à 13 heures les malades prévus dans l’après midi (certains venaient de province). Ces patients devaient être hospitalisés pour recevoir leur traitement de chimiothérapie dont chacun sait (ou devrait savoir) que le retard à l’administration entraîne des pertes de chance de survie. Ce mail m’était adressé en tant que responsable de l’unité et également à neuf cadres impliqués par cette injonction de ne pas soigner.

Parmi eux au moins trois infirmières montées en grade, et qui en d’autres temps, eussent pris, pour quelques heures, le relais auprès des patients, de leurs subordonnés qu’elles sont censées encadrer. Quant au nombre d’administratifs qui se multiplient comme des petits pains, ils sont là pour gérer la pénurie (sauf la leur), imposer leur pouvoir qui satisfait leur ego et oublier le malade qui n’est qu’un gêneur encombrant.[1]
Mme la Ministre, en quarante ans l’hôpital fut détruit ! Que s’est–il passé ?

Comme le reste de la société à partir des années Reagan, Thatcher, et Mitterrand en France, l’argent devint roi, le modèle fut le golden boy et l’hôpital devint entreprise. Comment imaginer il y a quarante ans que les mutuelles assurances seraient cotées en Bourse… que les médecins seraient sommés de tenir compte de la tarification à l’activité pour prescrire des actes supplémentaires invasifs et souvent inutiles, et raccourcir ou allonger la durée d’hospitalisation des patients en fonction des bornes hautes ou basses de la classification sécurité sociale permettant de rapporter plus d’argent à l’hôpital (et de coûter plus cher à la sécurité sociale) … cherchez la logique du système !

Ne croyez pas que j’exagère, tout le monde le sait maintenant ! Alors plutôt que de vous donner mille exemples[2] de cette dégénérescence de notre médecine au milieu de la destruction globale de la société, il me semble plus positif de vous proposer quelques sujets de réflexion voire quelques propositions susceptibles de redorer le blason de votre ministère et d’améliorer le sort des patients.
Madame la Ministre, n’ayant pas le loisir dans une simple lettre ouverte de vous proposer un programme de restauration du système de la santé en France, je me contenterai ici d’aborder trois problèmes cruciaux dont la solution transformerait déjà rapidement le climat, redonnant fierté, estime de soi aux médecins jusque-là stigmatisés, dévalorisés, déprimés, ainsi qu’à leurs incontournables alliés auprès des malades, toutes les catégories de soignants qui subissent les mêmes tracas.

1) S’attaquer sans complaisance aux conflits d’intérêt qui ruinent l’image des politiques, des experts et ruinent le budget de la Sécurité Sociale

Je vous proposerai donc de vous attaquer sans attendre aux conflits d’intérêt entre l’industrie pharmaceutique, la politique et les leaders d’opinion universitaires.
SI la population toujours désinformée par les médias n’en a peut-être pas pris la mesure, vous ne pouvez pas ignorer que l’affaire Cahuzac n’est que la face émergée de l’iceberg et que les rapports incestueux des décideurs sont fort partagés dans le milieu des premiers cercles du pouvoir. Monsieur Cahuzac, loin d’être une exception représente le mode de fonctionnement de nombreux décideurs. Nous vous le démontrerons si nécessaire, mais vous avez sûrement conscience comme moi qu’une grenade dégoupillée vous menace et qu’il serait plus raisonnable d’aborder tout de suite ce dossier brûlant avant qu’il n’explose. À moins que vous ne le puissiez ?
Les économies engendrées par un choix impartial, sans influence de lobbys, des médicaments recommandés et autorisés par les agences (ou mieux le ministère lui-même) permettraient des économies de plusieurs milliards d’euros annuels. Économies du budget de la sécurité sociale soi-disant recherchées mais ces gisements évidents restent oubliés.

2) S’attaquer aux agences sanitaires multiples et variées source de gabegie, de paralysie et d’inefficacité.

Dans un deuxième temps, je vous ferai quelques propositions pour assainir le pouvoir de décision en santé curieusement accordé aux multiples et une agences qui se permettent de faire la pluie et le beau temps en votre nom sur la vie et la mort des hôpitaux ainsi que sur celles des patients en imposant leurs démarches thérapeutiques et en diabolisant les autres voies possibles.
Les économies rapidement obtenues par votre seule volonté politique seront la récompense au courage qu’il ne manquera pas de vous falloir pour affronter tous les bénéficiaires de ces petites combines organisées qui permettent aux hauts fonctionnaires de se recaser après un changement de gouvernement et aux fonctionnaires de bénéficier de salaires non limités dès lors qu’ils sont affectés hors du ministère.

3) Abrogation de la loi « Hôpital patients santé territoire » promulguée par vos adversaires politiques et que vous maintenez en l’état malgré les « promesses de campagne » du président Hollande qui s’appuie pourtant souvent sur celles-ci pour faire passer des lois qui divisent les Français. Pourquoi cette promesse est-elle oubliée ? Pourquoi ?

4) En conclusion, et avec ces quelques propositions que nous pourrions développer à votre demande, peut-être éviterions nous ensemble que notre hôpital public et nos patients ne subissent de fait une euthanasie au moins passive. Quant à la médecine de ville que vous maltraitez tellement pour des raisons qui paraissent obscures, ce sera l’objet d’une autre lettre probablement mieux rédigée par mes collègues qui la vivent tous les jours mais partagent avec moi cette sensation terrible de destruction rapide de notre système de santé malgré son coût faramineux, un des plus élevés du monde. Je vous conseille de suivre régulièrement leur actualité en consultant « les médecins ne sont pas des pigeons ». Cela vous permettra, Madame la Ministre d’éviter d’être coupée du monde réel comme le sont trop souvent les ministres. Je crains, Madame que vous n’y échappiez pas.

Je vous remercie de l’attention que vous ne manquerez pas de prêter à ces propositions raisonnables et rapidement applicables. Je vous adresse mes sentiments respectueux.

Dr Nicole Delépine
Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.

[1]  Le livre des Pr Debré et Even « avertissement aux malades, aux médecins et aux élus 2002 avait déjà mis en exergue cette extraordinaire multiplication des administratifs (détournant de plus des soignants médecins et infirmiers formés pour en faire des « cadres ») dans les hôpitaux bientôt constitué d’une armée de colonels sans soldats au front. La situation n’a fait qu’empirer avec la multiplication des agences sanitaires, la création des pôles, le regroupement des hôpitaux qui reconduisent les hiérarchies en rajoutant une couche supplémentaire. Les économies doublées d’une efficience meilleure sont faciles à trouver en supprimant purement et simplement ces échelons.

[2]  Vous trouverez toutes sortes de témoignages de patients d’associations sur Internet tous plus poignants le sens que les autres démontrant que les accidents et incidents hospitaliers ne sont plus à la marge mais bien le résultat de politiques successives de normalisation et accréditation au service de l’argent roi servi par tous ceux qui ont un temps bénéficié du système mais se voient rapidement rattrapé par l’affaire Cahuzac . Pas assez vite néanmoins.

Lettre ouverte à Mme la Ministre

Dr Nicole Delépine - Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.
à Marisol Touraine - Ministre des Affaires sociales et de la Santé,
Le premier mai 2013,

Madame la Ministre,

Médecin pédiatre depuis plus de 40 ans à l’hôpital public, j’ai fait la nuit dernière ce rêve étrange et pénétrant d’un hôpital qui soigne, accueille, aime, cajole, réconforte, améliore, soulage, répare le patient, du petit au plus âgé, du moins atteint au plus handicapé, du plus faible au plus armé pour la vie, du plus riche au plus pauvre, du plus fou au plus normal, de l’illettré au savant, du bien tonique au mourant.
Cet hôpital avait pour mission de soigner, guérir si on le pouvait et non pas de tuer. On n’avait pas encore imaginé la trouvaille de l’année 2013, formations multiples aux LATA, je vous le donne en mille : « limitations et arrêt de thérapeutiques actives ». Et les hérétiques qui n’accepteront pas ces nouvelles formes de « soins » seront jetés au feu comme tous les dissidents. Ils le sont déjà. Mais ce cri d’alarme contre l’euthanasie sera l’objet d’un autre plaidoyer qu’on ne peut limiter à quelques lignes.

Quand j’arrivai pour la première fois dans une grande salle commune de l’hôpital saint Antoine à Paris en 1965 en tant que stagiaire, je fus frappée par une grande chaleur humaine qui régnait malgré la promiscuité. La propreté aussi sautait aux yeux, le sol brillait ! Cela sentait bon l’eau de javel qui ne coûtait pas cher et surtout l’amour diffusé partout. Chacun à son niveau se savait utile et ne mettait pas son ego à toutes les sauces.
La femme de ménage qu’on n’appelait pas encore technicienne de surface comprenait instinctivement l’importance de son office tant pour le confort que pour le bien des patients et leur guérison. On ne parlait pas de sécurité, mais elle existait et chacun en était garant. Le malade qui appelait trouvait un relais auprès du voisin pour interpeller l’aide-soignante qui ne se disait pas « attendez, je suis en pause » et ne se trouvait pas en salle de repos pour parler du dernier feuilleton télé avec les collègues. Pendant les heures de travail, on travaillait, c’est très bête évidemment et cette remarque me vaudra les gémonies de beaucoup, mais d’autres, à commencer par les patients seront d’accord avec moi pour dire que les infirmières dans le bocal (les locaux sont transparents quand des affiches multiples et variées n’ont pas cachées ce qu’on ne saurait voir..) cela suffit.

Sous prétexte de transmission, de tâches administratives, de préparations etc., le malade doit toujours attendre et attendre. Certes le nom de « patient » ne date pas d’aujourd’hui mais quand on dépense 13 % du PIB pour la santé on pourrait espérer ne pas redescendre au Moyen âge. La multiplication des cases à cocher sur le papier puis sur l’écran, des formulaires à remplir a désinvesti les soignants, médecins inclus, pour lesquels le respect des règles qui seront contrôlées par les multiples audits a remplacé l’obsession du patient par celle de la « réglementation ».

Que s’est-il passé ? comment en est-on arrivé là ? Dans mon rêve, une grande salle commune, d’innombrables lits serrés les uns contre les autres, des mamans serrant dans leurs bras un enfant hospitalisé et des soignants à l’écoute, des patients accueillis même s’il fallait mettre un lit supplémentaire. Bêtement à l’époque, les soigner paraissait plus important que les accueillir en client comme au Hilton et les laisser dehors si l’hôtel était plein. Personne n’eut imaginé refuser les malades graves sous prétexte de normes de qualité, de sécurité, de responsabilité etc. Personne n’eut imaginé que quelques décennies plus tard ce serait le directeur d’hôpital qui aurait l’autorité pour « admettre » les patients et menacerait les docteurs de sanction s’ils voulaient accepter un malade en plus du quota prévu. Et quels moyens pour échapper à ce diktat puisque tout un réseau « sanitaire » a été mis en place pour empêcher les docteurs de soigner ! Les empêcheurs de soigner en rond, flattés de leur pouvoir sur les médecins qui les dominaient depuis des lustres (avant la tragique loi de 1991), ont été créés à tour de bras : surveillantes dénommées cadre de soin, de pôle, directeur de soins de l’hôpital et du groupe, directeur du site et du groupe, chef de pôle, président de la commission d’établissement etc. L’APHP a de plus le privilège d’avoir un « siège » fort qui double encore ces mêmes fonctions.

L’autoritarisme règne en maître avec des incohérences permanentes au sein des établissements. Comment expliquer les si nombreux brancards dans les couloirs des services d’urgence de l’APHP et le refus dans cette même institution d’un lit supplémentaire en oncologie pédiatrique un vendredi soir même si une chambre est libre ? L’autocratie aveugle, subjective et partisane règne partout sans respect de l’intérêt des malades, les grands oubliés des bureaucrates gestionnaires.

Comment résister à cette soviétisation destructrice de l’hôpital ? Le malade vient consulter un médecin, mais entre eux deux qui devraient pouvoir bénéficier d’un « colloque singulier », les interférences sont légion, érigeant un mur de Berlin, entraînant le désespoir voire le renoncement de trop d’entre nous (rappelons que les suicides de médecins et soignants sont beaucoup plus fréquents que dans la population générale et qu’à France Télécom). Les inquisiteurs nommés des Agences régionales de santé (ARS) font régner l’ordre, leur ordre ; et leurs capos, les directeurs d’hôpitaux et leurs subordonnés jouissent de leurs petites prérogatives.

Comment résister, protéger les patients ? Impossible d’où cette lettre ouverte, seule issue visible pour un simple médecin des hôpitaux en dehors de l’abandon, de la fuite, ou du suicide. Un seul exemple : j’ai reçu la semaine dernière par mail un ukase de la cadre de pôle exigeant que les médecins de l’unité annulent à 13 heures les malades prévus dans l’après midi (certains venaient de province). Ces patients devaient être hospitalisés pour recevoir leur traitement de chimiothérapie dont chacun sait (ou devrait savoir) que le retard à l’administration entraîne des pertes de chance de survie. Ce mail m’était adressé en tant que responsable de l’unité et également à neuf cadres impliqués par cette injonction de ne pas soigner.

Parmi eux au moins trois infirmières montées en grade, et qui en d’autres temps, eussent pris, pour quelques heures, le relais auprès des patients, de leurs subordonnés qu’elles sont censées encadrer. Quant au nombre d’administratifs qui se multiplient comme des petits pains, ils sont là pour gérer la pénurie (sauf la leur), imposer leur pouvoir qui satisfait leur ego et oublier le malade qui n’est qu’un gêneur encombrant.[1]
Mme la Ministre, en quarante ans l’hôpital fut détruit ! Que s’est–il passé ?

Comme le reste de la société à partir des années Reagan, Thatcher, et Mitterrand en France, l’argent devint roi, le modèle fut le golden boy et l’hôpital devint entreprise. Comment imaginer il y a quarante ans que les mutuelles assurances seraient cotées en Bourse… que les médecins seraient sommés de tenir compte de la tarification à l’activité pour prescrire des actes supplémentaires invasifs et souvent inutiles, et raccourcir ou allonger la durée d’hospitalisation des patients en fonction des bornes hautes ou basses de la classification sécurité sociale permettant de rapporter plus d’argent à l’hôpital (et de coûter plus cher à la sécurité sociale) … cherchez la logique du système !

Ne croyez pas que j’exagère, tout le monde le sait maintenant ! Alors plutôt que de vous donner mille exemples[2] de cette dégénérescence de notre médecine au milieu de la destruction globale de la société, il me semble plus positif de vous proposer quelques sujets de réflexion voire quelques propositions susceptibles de redorer le blason de votre ministère et d’améliorer le sort des patients.
Madame la Ministre, n’ayant pas le loisir dans une simple lettre ouverte de vous proposer un programme de restauration du système de la santé en France, je me contenterai ici d’aborder trois problèmes cruciaux dont la solution transformerait déjà rapidement le climat, redonnant fierté, estime de soi aux médecins jusque-là stigmatisés, dévalorisés, déprimés, ainsi qu’à leurs incontournables alliés auprès des malades, toutes les catégories de soignants qui subissent les mêmes tracas.

1) S’attaquer sans complaisance aux conflits d’intérêt qui ruinent l’image des politiques, des experts et ruinent le budget de la Sécurité Sociale

Je vous proposerai donc de vous attaquer sans attendre aux conflits d’intérêt entre l’industrie pharmaceutique, la politique et les leaders d’opinion universitaires.
SI la population toujours désinformée par les médias n’en a peut-être pas pris la mesure, vous ne pouvez pas ignorer que l’affaire Cahuzac n’est que la face émergée de l’iceberg et que les rapports incestueux des décideurs sont fort partagés dans le milieu des premiers cercles du pouvoir. Monsieur Cahuzac, loin d’être une exception représente le mode de fonctionnement de nombreux décideurs. Nous vous le démontrerons si nécessaire, mais vous avez sûrement conscience comme moi qu’une grenade dégoupillée vous menace et qu’il serait plus raisonnable d’aborder tout de suite ce dossier brûlant avant qu’il n’explose. À moins que vous ne le puissiez ?
Les économies engendrées par un choix impartial, sans influence de lobbys, des médicaments recommandés et autorisés par les agences (ou mieux le ministère lui-même) permettraient des économies de plusieurs milliards d’euros annuels. Économies du budget de la sécurité sociale soi-disant recherchées mais ces gisements évidents restent oubliés.

2) S’attaquer aux agences sanitaires multiples et variées source de gabegie, de paralysie et d’inefficacité.

Dans un deuxième temps, je vous ferai quelques propositions pour assainir le pouvoir de décision en santé curieusement accordé aux multiples et une agences qui se permettent de faire la pluie et le beau temps en votre nom sur la vie et la mort des hôpitaux ainsi que sur celles des patients en imposant leurs démarches thérapeutiques et en diabolisant les autres voies possibles.
Les économies rapidement obtenues par votre seule volonté politique seront la récompense au courage qu’il ne manquera pas de vous falloir pour affronter tous les bénéficiaires de ces petites combines organisées qui permettent aux hauts fonctionnaires de se recaser après un changement de gouvernement et aux fonctionnaires de bénéficier de salaires non limités dès lors qu’ils sont affectés hors du ministère.

3) Abrogation de la loi « Hôpital patients santé territoire » promulguée par vos adversaires politiques et que vous maintenez en l’état malgré les « promesses de campagne » du président Hollande qui s’appuie pourtant souvent sur celles-ci pour faire passer des lois qui divisent les Français. Pourquoi cette promesse est-elle oubliée ? Pourquoi ?

4) En conclusion, et avec ces quelques propositions que nous pourrions développer à votre demande, peut-être éviterions nous ensemble que notre hôpital public et nos patients ne subissent de fait une euthanasie au moins passive. Quant à la médecine de ville que vous maltraitez tellement pour des raisons qui paraissent obscures, ce sera l’objet d’une autre lettre probablement mieux rédigée par mes collègues qui la vivent tous les jours mais partagent avec moi cette sensation terrible de destruction rapide de notre système de santé malgré son coût faramineux, un des plus élevés du monde. Je vous conseille de suivre régulièrement leur actualité en consultant « les médecins ne sont pas des pigeons ». Cela vous permettra, Madame la Ministre d’éviter d’être coupée du monde réel comme le sont trop souvent les ministres. Je crains, Madame que vous n’y échappiez pas.

Je vous remercie de l’attention que vous ne manquerez pas de prêter à ces propositions raisonnables et rapidement applicables. Je vous adresse mes sentiments respectueux.

Dr Nicole Delépine
Pédiatre Oncologue
Responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'Hôpital Universitaire Raymond Poincaré Garches AP/HP.

[1]  Le livre des Pr Debré et Even « avertissement aux malades, aux médecins et aux élus 2002 avait déjà mis en exergue cette extraordinaire multiplication des administratifs (détournant de plus des soignants médecins et infirmiers formés pour en faire des « cadres ») dans les hôpitaux bientôt constitué d’une armée de colonels sans soldats au front. La situation n’a fait qu’empirer avec la multiplication des agences sanitaires, la création des pôles, le regroupement des hôpitaux qui reconduisent les hiérarchies en rajoutant une couche supplémentaire. Les économies doublées d’une efficience meilleure sont faciles à trouver en supprimant purement et simplement ces échelons.

[2]  Vous trouverez toutes sortes de témoignages de patients d’associations sur Internet tous plus poignants le sens que les autres démontrant que les accidents et incidents hospitaliers ne sont plus à la marge mais bien le résultat de politiques successives de normalisation et accréditation au service de l’argent roi servi par tous ceux qui ont un temps bénéficié du système mais se voient rapidement rattrapé par l’affaire Cahuzac . Pas assez vite néanmoins.

Voici une lettre ouverte accablante et éclairante sur le malaise des médecins et des personnels de lhôpital qui décrit bien comment la condition des patients et des soignants à l'hôpital s'est dégradée rapidement à partir du moment où on a voulu que l'hôpital fonctionne comme une entreprise et où on a tout subordonné à des normes comptables, gardées par des organismes tatillons qui détournent les personnels de leurs missions essentielles.

On l'a doit Nicole Delépine, responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique à l'hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches.

Elle remet en cause le rôle de l'ARS, de la tarification à l'activité, et dénonce la responsabilité des intérêts pharmaceutiques à l'origine du déficit de la sécu en même temps que l'emprise de l'idéologie néo-libérale sur l'hôpital. Ce texte, datant de début mai, nous a été transmis par Yves Jardin, du Front de Gauche Finistère.     

 

http://www.globalmagazine.info/lile-des-cancereux-menacee/2013/08/05/lettre-ouverte-mme-le-ministre-1375688880

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 12:28

La compétitivité affaiblie par un coût du travail trop lourd serait l’explication des maux français.

L’addition présentée aux Français irait donc de soi  : blocage des salaires, baisses des cotisations des entreprises, cadeaux fiscaux au patronat, flexibilisation de l’emploi, retraites différées…

 

Sauf que le diagnostic posé est mensonger. Ce qui plombe notre économie, ce sont les surcoûts du capital, l’énorme ponction opérée pour les dividendes – multipliés par treize en trente ans quand les salaires n’ont que doublé dans la même période –, les taux de marges de 18% obtenus au détriment de l’emploi par les plus grandes entreprises quand les PME végètent… Là où se trouvent les différences avec l’économie allemande, c’est dans l’énorme augmentation des dividendes en France, quand ils sont limités outre-Rhin au profit des investissements dans la recherche-développement.

 

Le capitalisme français s’est conformé au modèle des fonds d’investissement à l’américaine, prédateurs d’entreprises et ravageurs d’industries pour peu que cela rapporte très gros. Les grandes fortunes professionnelles prospèrent dans notre pays – + 25 % en 2012 – en piétinant le tissu économique et social national. Voilà où siège la «morosité» des Français que se plaît à décrire le président de la République. Et, franchement, il n’y a pas de quoi rire.

 

Devant la presse présidentielle, François Hollande a voulu distraire l’attention d’une opinion désenchantée par un conte pour adultes, une version sociale-libérale du «storytelling» cher aux néoconservateurs américains, baptisée, pour ce nouvel avatar, «le récit de la France de demain». Le pays accroissant sa productivité par la baisse du coût du travail deviendrait compétitif, émancipé des marchés financiers dont il est dépendant, «solidaire» sans être cependant trop «redistributif»… Une invitation à prendre de la vitesse pour foncer dans le mur sur lequel se fracassent depuis des années les espérances des jeunes, des salariés et des retraités. «Un four qui toujours chauffe et où rien ne cuit», disait Voltaire.

 

L’Élysée assortit son offensive médiatique d’une dénonciation marquée des périls que fait peser le Front national sur «le modèle républicain» et «le vivre ensemble». Mais où l’extrême droite trouve-t-elle son «carburant», selon la formule d’Arnaud Montebourg, sinon dans les dégâts sociaux semés par les politiques d’austérité et de réduction du coût du travail, dans l’indignation provoquée par les promesses oubliées ? «Mon pari, c’est le temps», a martelé le chef de l’État. Mais le pays en dispose-t-il, de temps ? La majorité gouvernementale peut-elle laisser hypothéquer le capital historique de la gauche – la liberté, l’égalité, la fraternité – au nom de fables sur la compétitivité, rédigées par les marchés financiers ? François Hollande a traité avec un mépris souverain les interrogations qui se font jour au sein du Parti socialiste, lâchant «dans mon camp, il ne se produit rien» puisque le quinquennat, et le calendrier électoral qui l’accompagne, fait que «notre sort est lié».

 

C’est dire pourtant tout le risque d’un naufrage général si les voies d’eau sont ignorées.

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 09:13

Seulement 11 % des français consomment 5 fruits et légumes par jour. 43 % des personnes en mangent insuffisamment et évoquent leurs prix comme premier obstacle.

 

Ainsi, cette recommandation de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) de manger 400 grammes de fruits et légumes par jour implique un budget mensuel de : 73 euros pour un couple sans enfants et de 146 euros pour un couple et deux enfants de plus de 10 ans.

 

Des prix qui flambent, depuis l'été 2012 le prix moyen des fruits à augmenté de 14% et celui des légumes de 17%. Une hausse jamais enregistrée pour les fruits ! Salades (+ 21%), melons (+ 28%), pommes (+ 30%)...

 

Manger Bio ? Le prix moyen des fruits Bio est plus élevé de 70 % que les fruits conventionnels, plus cher de 73 % pour les légumes).

Des importations massives : justifiées par la grande distribution pour palier aux aléas météorologiques de la production française. Des produits importés moins chers que les productions locales, mais des marges GMS plus importantes.

 

Des prix aux producteurs qui ne suivent pas l'augmentation des prix consommateurs. Ainsi un kilo de tomates est payé 80 cts € aux producteurs contre 70 cts € l'an dernier. Des prix producteurs divisés par deux en 20 ans.

 

Sur 100 euros de panier alimentaire seulement 7 euros pour les producteurs

 

Les communistes proposent Une alimentation saine, de qualité, relocalisée  et accessible à tous

 

Des engagements

 

Une agriculture qui garantisse la souveraineté et la sécurité alimentaire. Une alimentation qui réponde au besoins humains et non aux spéculateurs.

Vivre dignement de son travail est légitime. Augmenter les salaires, revaloriser les pensions et porter le SMIC à 1700 euros c'est retrouver du pouvoir d'achat. Une juste rémunération du travail paysan et des salariés agricoles est la condition du développement de l'emploi agricole.

L'agriculture paysanne permettrait de garantir une alimentation de qualité, nutritive et gustative à tous. D'engager la transition écologique de l'agriculture. 

 

Des mesures concrètes

 

Blocage des prix des denrées alimentaires de base (lait, viandes, pain fruits et légumes) sur le ticket de caisse.

Taxer les importations abusives qui pillent les productions locales et détruisent l'environnement.

Soutenir des Politiques Publiques Agricoles. Planifier la production, réguler les marchés (calendrier d'importation), préserver le foncier, soutenir les exploitations et filières les plus fragiles.

 

Des propositions législatives

 

Obligation d'indication d'origine des produits agricoles et de la mer, transformés ou non.

Encadrer les marges de la grande distribution par la mise en place d'un coefficient multiplicateur.

Une conférence annuelle sur les prix agricoles et alimentaires

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 09:03

Le dimanche 25 août la section PCF de Lanmeur organise sa traditionnelle fête de la Terre.

Entrée gratuite

 

Au programme :

12 h 30 : restauration

Menu : Kir, Kir breton ; assiette de crudités ; sauté de porc provençal – riz ; fromage ; tarte ; café

Prix : 14 € (tout compris avec le vin) et 7 € pour un enfant de moins de 12 ans.

14 h 30 : Les trublions (Patrick et Jean-Yvon TOUS interprètes de chansons à texte au contenu clairement poétique) ; Koroll Digoroll (Danses Bretonnes)

16 h 15 : meeting avec Gérard LAHELLEC (Vice président du Conseil régional)

Après le meeting : Les trublions (Patrick et Jean-Yvon TOUS interprètes de chansons à texte au contenu clairement poétique) ; Koroll Digoroll (Danses Bretonnes)

Toute au long de l’après-midi

Nombreux stands – Concours de galoche, palets, boules, jeux, pêche à la ligne, loteries, littératures, exposition, fleurs …

Ferme Bretonne (crêpe – cidre)

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