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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 07:03

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Hier soir, 350 personnes au moins se sont pressés dans la maison des syndicats pour écouter Mélenchon  venu participer à cette réunion citoyenne, annoncé à peine 10 jours avant, avant de rejoindre Lorient et la fête de l'Huma Bretagne.

 

A ses côtés, sur l'estrade, il y avait Jacqueline Héré (PCF, adjointe au maire de Brest, candidate FDG aux législatives à Brest-centre), Noelle Peoch candidate ( présentée par le PG ) dans la 6ème circonscription ( de Carhaix à Ouessant), Bertand Seys (responsable départemental PG, candidat à Brest Rural) et Isabelle Mazelin (élue au Relecq Kerhuon, candidate à Landerneau), ainsi que des jeunes militants du FDG. Bertand Seys et Jacqueline Héré ont introduit la réunion publique et donné la parole à l'assistance. 

André Gac, ancien maire et conseiller général de Plougastel Daoulas, est intervenu pour interpeller Mélenchon sur la question des langues régionales et l'absence d'incompatibilité entre des combats d'émancipation sociale universalistes et la défense des cultures maternelles et locales, dont la figure de Per Jakez Hélias est le témoin. Un syndicaliste a fait part des logiques de délocalisation et de suppression de l'emploi depuis des années dans sa boîte brestoise, filiale d'Alcatel. Un autre syndicaliste de la CGT a interpellé sur l'espèce de résignation qu'il fallait savoir combattre chez les salariés et le risque de généralisation du prétendu vote utile.

 

Ensuite, pendant une heure, Mélenchon a tenu en haleine son auditoire en faisant d'abord une conférence gesticulée sur l'origine de la crise financière et de la crise de la dette, mêlant le sens de la dramaturgie, de l'image qui simplifie, et la volonté d'explication qui cherche à reveiller les intelligences endormies par le matraquage médiatique et les discours présentant la crise comme une fatalité naturelle. Il ressort de ses propos que tout part de la capacité d'endettement et d'achat aisé que les Etats-Unis ont acquis grâce à leur puissance militaire et politique, et au fait que le dollar soit la monnaie refuge au niveau mondial, garantie d'un développement sans proportion avec leur force réelle qui était en train d'être contestée, l'euro devenant de plus en plus une valeur refuge. Dès lors, on peut penser que ce sont les banques américaines, Goldman Sachs qui aidait la Grèce à maquiller ses comptes pour entrer plus rapidement dans l'euro au premier chef, et les agences de notation de ce pays qui intentionnellement mettent en péril l'euro en spéculant sur les dettes européennes. Si, comme le Front de Gauche le demandait, l'Europe avait utilisé la BCE pour prêter à des taux d'intérêt bas à la Grèce au moment où elle était attaquée sur les marchés, si la Grèce n'avait pas cédé à la pression des marchés pour comprimer ses dépenses sociales et privatiser toujours plus, alors cet Etat ne serait pas entré dans une recession terrible augmentant sa dette et alimentant la défiance des investisseurs vis à vis des dettes des autres Etats européens. Le Front de Gauche a eu raison en 2008, mais c'est le choix de la lâcheté, du virage néo-libéral, qu'a fait la sociale-démocratie européenne: Socrates, Zapatero, Papendréou.

Ceci dit, même aujourd'hui, le danger de la dette est largement surévalué: 1600 milliards d'euros de dette à rembourser en 7 ans en moyenne pour 1900 milliards euros de PIB, de richesses produites (2 fois plus qu'en 1982): il cela fait 80% de la richesse produite nous disent-ils, mais en réalité les remboursements ne nous coûtent que 14% de la richesse produite, et il suffit d'augmenter les recettes, la fiscalité, pour que cette part diminue.  

 

Suite du récit emprunté au blog de JL Mélenchon...

 

Jean-Luc Mélenchon a fustigé ceux qui, à l'instar de Barroso, Van Rompuy, Sarkozy, Merkel, Zapatero, Rajoy, pensent qu'un retour à la normalité du monde d'avant crise est possible. "C'est radicalement impossible" a-t-il asséné. Puis il a expliqué que si Papandréou n'avait pas cédé en 24h face à de telles officines, elles n'auraient pas le pouvoir qu'elles ont aujourd'hui. Il a aussi rappelé les pouvoir accrus donnés aux agences de notation par l'UE depuis juin dernier avant d'indiquer que ces mêmes agences sont responsables des fermetures chez Arcelor-Mittal ou PSA, victimes d'une mauvaise note des agences de notation. Eh oui ! Ces agences notent aussi et surtout des entreprises. Puis il est revenu sur l'exemple portugais et le cercle vicieux des plans d'austérité et des notes des agences de notations en baisse qui les suivent inévitablement, l'activité et les rentrées fiscales baissant. Un "terrible engrenage" dans lequel "Fillon a mis le doigt". Il est vrai qu'on en est déjà au second plan d'austérité…

Il a ensuite dénoncé le coup d'Etat des financiers, du G2 de "Merkozy" qui convoque les premiers ministres et installe "des suppôts de la Goldmann & Sachs et de la BCE" à la tête des Etats. Il a fustigé les nouvelles règles de la gouvernance économique européenne, son semestre européen, négation du pouvoir parlementaire, ses sanctions économiques en cas d'écart de conduite vis-à-vis des règles économiques que concluent les sommets de la zone euro. "C'est la dictature" crie quelqu'un au premier rang.

Jean-Luc est bien sûr revenu sur la question de la réparation navale. Il a expliqué que si le chantier de Brest disparaissait il n'y aurait plus aucun point de réparation des navires sur le littoral français, que les méthodes écologiquement responsables mises en oeuvre par les employés de la Sobrena ne devaient pas être perdues. Approbation générale.

Revenant à la campagne en cours, il a dénoncé le "vote utile", cette "atrophie de la pensée politique": "ceux qui abandonnent leurs convictions à la porte du bureau de vote ne doivent pas s'étonner de ne pas les retrouver à la sortie". Et de rappeler le programme d'austérité d'Hollande, ses 50 milliards d'économies supplémentaires, sa volonté d'arriver au sacro-saint équilibre budgétaire en 2017 en passant par un déficit à 3% du PIB en 2013.

Il a encore appelé à réaliser des assemblées citoyennes où l'on s'éduque les un-e-s les autres, dans le respect de chacune et de chacun, avec application et sérieux.

Pour finir, répondant à la question sur les langues régionales, Jean-Luc a rappelé qu'il n'avait rien contre les langues régionales, qu'au contraire il souhaitait qu'elles soient enseignées dans l'éducation publique. Il a expliqué combien il souffre au Parlement européen de l'uniformisation du tout anglais. Il a, par contre, expliqué qu'il n'était pas d'accord avec l'enseignement des langues par immersion en général, que ce soit pour l'anglais, le breton ou l'espagnol ou pour toute autre langue.

J

La réunion s'est terminée sur une internationale chantée poing levé.

  

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 07:45

annonces-venue-d-Yves-Dimicoli-dans-la-presse.jpgAprès les 80 participants à la réunion publique de Marie-George Buffet le 29 octobre, les 35 auditeurs de Charles Silvestre qui nous a entretenu de manière passionnante de Jean-Jaurès le 7 novembre, ce sont 50 personnes qui ont assisté à la très stimulante et éclairante conférence d'Yves Dimicoli sur la crise financière le 21 novembre. Merci à tous d'avoir été présents à ces rendez-vous qui ont su placer haut l'idéal et l''exigence d'intelligence de notre temps: je crois que les personnes qui se sont déplacé à chaque fois n'auront pas été déçus par ces réunions publiques de qualités remarquables, dans les interventions des invités comme dans le débat.

 

Les références de l'orateur du soir, invité du Front de Gauche de la circonscription de Morlaix, Yves Dimicoli: créateur de la revue Economie et politique, membre du Conseil National du PCF et responsable de la section économie de notre parti, à l'origine parmi quelques autres des propositions du volet économique du Programme partagé du Front de Gauche. Membre du collectif d'économistes critiques vis à vis du libéralisme auteur du Manifeste des économistes attérés. Invité fréquent des sections locales d'ATTAC.

 

Principales idées de l'introduction d'Yves Dimicoli (50 mn)

 

On est passé par un grand jeu de manipulation de la crise du capitalisme depuis le grand tournant de 2008-2009 à la crise des dettes publiques en Europe. Il y a aujourd'hui un énorme besoin de rassemblement pour jeter les bases d'une nouvelle société. Il se déroule en ce moment des choses très contradictoires.

Les capitalistes sont sur la défensive comme ils ne l'ont jamais été: ils sont engagés dans une fuite en avant comme ils ne l'ont jamais fait jusqu'alors, même dans l'entre-deux guerres. Cela correspond à une crise de légitimité du système capitaliste qui est ressentie très largement, y compris par ses bénéficiaires.  En témoignent les propos récents de Jean-Pierre Jouyet, président de l'autorité financière en France, ancien ami de Hollande passé au sarkozysme, sur la dictature des marchés qui est en train de s'instaurer en Europe.

L'Europe est au bord du gouffre et les plans d'austérité draconiens aggravent la récession. Cette logique tue l'emploi et la croissance européenne elle-même. 0,5%: c'est la croissance prévue cette année pour la zone euro. Ces politiques de rigueur exacerbée ne permettent pas, loin s'en faut, de réduire la dette: en France, la dette rapportée au PIB était de 88% en 2011: elle sera de 90% en 2012. La Grèce est un pays sacrifié actuellement: le taux de suicide y est en pleine augmentation. La Grèce a perdu 10% de son PIB. Les politiques menées au nom de la réduction des dettes augmentent le poids des dettes.

Dès lors, il est hallucinant d'entendre Fillon marteler: on tiendra sur le retour à 3% de la dette par rapport aux richesses produites et on ira à 0% en 2016. La commission européenne dit aussi: cela ne suffira pas comme plans d'austérité. Il faut aller plus loin, plus fort... contre les services publics, le pouvoir d'achat des classes populaires, les protections sociales. Quant à Hollande, comment ne pas être dérouté quand il dit, pas plus tard que vendredi dernier, qu'il faudra une contraction budgétaire de 50 milliards en France d'ici 2013-2014. Une contraction certes, par des recettes fiscales nouvelles et des économies budgétaires en forme de purges, mais qui va accoucher de quoi?

Partout, le cercle vicieux est lancé: au nom de la lutte contre la dette publique, on fait des politiques d'austérité, mais ces politiques entraînent de la récession, donc moins de recettes fiscales. De la même manière, pour défendre le fameux triple A, on fait des politiques qui enveniment les difficultés. Comme la spéculation monte et fragilise les banques en même temps que les Etats endettés, les banques qui détiennent de la dette publique vont rationner le crédit.     

Il est vraiment étonnant que les socialistes et Hollande aient en France la même obsession, la même hantise néo-libérale et ultra-réactionnaire, contre la dette, les déficits et en somme, contre la possibilité même du développement social. La question que l'on peut poser aux socialistes, c'est: comment pouvez-vous à la fois prétendre développer le modèle social et prôner des mesures d'austérité. Ce qui surgit en Europe, ce sont des "coups d'Etat permanents", pour reprendre une expression de François Mitterrand: on fait sauter des gopuvernements qui ne gouvernent pas correctement selon les critères des marchés financiers. Les marchés cherchent à placer directement leurs hommes aux commandes, qu'ils soient issus de Goldman Sachs ou de la BCE, ou font confiance à des technocrates qui ont fait les preuve de leur sympathie pour le néo-libéralisme.

Il y a pourtant dans tout cela la possibilité de remettre en question profondément la légitimité de leurs choix et d'entrer en résistance.

 

Comment en est-on arrivé là?

En 2008-2009, nous avons connu la crise financière la plus grave depuis la guerre, laquelle a provoqué une récession mondiale, la première depuis l'après-guerre. C'est le résultat de trente années d'endettement aux services des logiques capitalistes et à l'encontre des besoins sociaux, ou de la préservation de notre niche écologique, la terre.

Dans les années 1970, l'essor des technologies informationnelles a permis de réaliser des économies considérables en terme de temps de travail nécessaire à la production. Il serait parfaitement possible aujourd'hui de travailler 20h ou 25h payés 39, du fait du déeveloppement de la productivité du travail. Et ainsi, de passer de plus en plus de temps en formation, dans des activités de promotion de soi-même. Mais, ces technologies, les capitalistes les utilisent contre l'emploi. La baisse de 10 points depuis les années 1980 de la part des salaires dans les richesses produites s'explique par cela. Depuis les années 80, d'un côté, on développe des capacités de plus en plus productives, de l'autre, on crée du chômage de masse et on fait pression sur les salaires.

A ces technologies qui nous font gagner beaucoup en temps de travail mais qui sont retournées contre l'emploi s'ajoute un appel à l'endettement. A partir de 1973, l'Etat n'a plus le droit de faire marcher la planche à billets par l'intermédiaire de sa banque centrale. Sur les marchés où l'Etat emprunte, l'Etat est surveillé, contrôlé par des agences privées. D'où une envolée des taux d'intérêt, de la dette, et de la dépendance des politiques publiques vis à vis des banques.

En 1978, la proportion de la dette publique en France par rapport au PIB était de 22%: aujourd'hui, cette proportion est passée à 82%. Nous avons désormais en France 1700 milliards de dette à peu près mais nous avons déjà donné 1300 milliards depuis 1980 à nos créanciers au titre des taux d'intérêt... Giscard justifiait son choix d'obliger les Etats à s'endetter auprès des banques plutôt qu'à faire émettre de la monnaie par leurs banques centrales par la volonté de créer à travers cette décision un grand marché mobilier. C'est désormais chose faite et le mouvement s'est encore accru depuis le passage à l'euro pour les marchés financiers... Les Etats-Unis attirent l'argent du monde entier vers eux comme un gigantesque trou noir... La BCE a été créée indépendante de l'autorité politique et des peuples: cela n'existe nul part ailleurs. Il faut se représenter les intentions de ceux qui ont créé une BCE qui n'intervient jamais au service des Etats, qui lutte contre l'inflation et toute forme de politique de relance pour maintenir le niveau de profitabilité du capital.

En 2007-2008, le système a explosé comme une immense poche de pus. On a organisé alors le sauvetage des banques sans changer les critères du crédit et leurs règles de fonctionnement: on a continué à soutenir ce système qui fout en l'air les sociétés. Le surendettement public a pris le relais de l'endettement privé. Pourquoi ça a commencé par la Grèce? Parce c'était le pays le plus vulnérable: là où il y avait eu le moins d'effort de développement, de productivité. On a créé le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) pour offrir aux Etats une garantie à la hauteur de 400 milliards d'abord (1000 ensuite...) pour emprunter sur les marchés financiers: les Etats européens s'engagent à venir en aide aux Etats les plus en difficulté pour les aider à rembourser leurs intérêts aux banques, à condition d'engager toujours plus de mesures de purge sociale. Alors que la Banque Centrale Européenne avait été sanctuarisée, mise hors de portée de tout contrôle et de toute discussion, par le traité de Maastricht, celle-ci est aujourd'hui remise en cause dans ses tabous fondateurs. Elle a été obligée de racheter des titres de dette publique d'Etats mis en difficulté. On a annulé 50% des créances de la dette grecque. Les dogmes intégrés aux traités européens ont été battus en brèche.

En même temps, en ce moment, la remise au pas s'organise. L'Allemagne essaie de découpler la France des pays d'Europe du Sud. A strasbourg, Sarkozy a dit devant les étudiants: nous voulons suivre le modèle allemand, c'est la seule façon pour nous de rompre avec cette image de pays d'Europe du Sud. Cette façon de lâcher et de mépriser les pays d'Europe du Sud, dont nous faisons également parti, est extrêmement inquiétante.

En ce moment, la zone euro et l'Europe elle-même sont au bord de l'implosion. La Grèce, c'était 370 milliards d'euros de dette publique, l'Italie, c'est 1900 milliards d'euros de dette: la ruée spéculative contre elle n'aura pas le même impact. Les gouvernements sont en train de perdre la maîtrise et, en même temps, il y a une mise en cause profonde en Europe de la démocratie, de la souveraineté populaire. A mon avis, le fédéralisme en Europe ne peut être qu'autoritaire, consister à imposer le point de vue du plus fort au plus faible. En ce moment et pour l'avenir, le gouvernement allemand veut imposer une tutelle directe sur les gouvernements et les parlements dans la définition des budgets publics.

 

L'enjeu maintenant, c'est de commencer à rompre avec ces cercles vicieux pour aller enclencher un cercle vertueux. Il y a essentiellement deux grands piliers du modèle social à défendre:

- l'emploi, la formation.

- les services publics.

 

En ce moment, on observe plutôt des recherches d'union sacrée dans notre pays, comme pour défendre la guerre à outrance en 14-18, pour imposer leur modèle néo-libéral. Cela passe par trois diabolisations.

 

1°) Celle qui concerne les prélèvements publics et sociaux, sur les entreprises et les grandes fortunes. "Trop de charges, trop d'impôts: cela étouffe la compétitivité des entreprises, l'attractivité du territoire". Les services publics sont des charges pour les entreprises.

 

2°) celle qui concerne l'inflation, qui permettrait justement par un effet directe (déprécier sa valeur) et indirect (contrepartie d'une relance de l'activité et de l'investissement) de faire baisse le poids de la dette.

 

3°) celle qui renvoie à la dette publique elle-même. Or, pourquoi est-elle dangeureuse, et parfois insupportable? Parce qu'on ne peut pas financer la dette autrement que par le marché financier...

 

Face à ces trois diabolisations, il faut opposer trois alternatives possibles dans la bagarre idéologique:

 

1°) Arrêter de dire que le travail, c'est un coût: le travail et la créativité des travailleurs, c'est la source de toute richesse.

On ne parle pas de ces autres coûts que sont les prélèvements financiers, parfaitement stériles et parasitaires le plus souvent. Aujourd'hui, en France, on paie 110 milliards d'euros de charges sociales sur le travail mais certains empochent 340 milliards d"euros de dividendes et d'intérêts: ces charges financièrent foutent en l'air l'économie... l'économie réelle, productive.

2°) La création monétaire et le crédit ne sont pas inflationistes par essence. Il y a nécessité de créer de la croissance réelle péréenne.

3°) Il y a une alternative au financement de la dette par le marché financier.

 

Cette union sacrée recherchée contre les luttes sociales contre l'austérité prend parfois la forme curieuse d'un encouragement aux euro-obligations, autrefois proposées par les socialistes et aujhourd'hui promues par l'Europe. Pourquoi, parce que cela permet de ne pas changer les statuts de la BCE et des banques centrales.

 

Il faut aujourd'hui un audit de la dette car une partie des dettes publiques est le fait de logiques spéculatives. Mais il faut faire attention au simplisme et mesurer les risques d'une annulation pure et simple des dettes publiques et les conséquences que ça aurait en terme de restriction du crédit.

 

Comme la crise de la dette est fondamentalement une crise de l'intervention publique au service des marchés, il faut s'attaquer aux facteurs qui ont conduit à l'accumulation de la dette. Aujourd'hui, 70% de notre dette publique est détenue par des agents extérieurs. Ce système capitaliste est en crise et il est mondialisé: il faut donc intervenir à tous les niveaux pour le changement: au niveau mondial, au niveau européen, au niveau national et local.

 

Au niveau mondial:  il faut cesser d'agiter la peur des pays émergents, de la Chine, et croire qu'il sera plus commode de se réfugier dans le protectionnisme et la guerre commerciale. Le chômage est également important en Chine: les multinationales ne créent pas assez d'emplois. Il y a des luttes qu'il faut prolonger par des efforts de coopération et non de mise à l'écart des peuples. Actuellement le monde est sous l'hégémonie du dollar mais cette domination des Etats-Unis qui s'endettent sur le dos des autres est contestée. L'objectif d'une monnaie commune mondiale peut être partagé par les Chinois, les Brésiliens, les Sud-Américains. Il faut créer une monnaie qui sera celle de toute l'humanité et non pas celle des financiers américains.

 

Au niveau européen: nous ne sommes pas pour la sortie de l'euro. La première raison, c'est qu'un retour au franc entraînerait un dévaluation du franc. C'est ce que propose Le Pen- la dévaluation compétitive pour la relance des exportations assortie d"un protectionnisme. Cela a une certaine cohérence mais cela enclenche une logique de guerre économique, le risque de la mlontée des rivalités entre européens. La deuxième raison est que cette force de création monétaire commune en Europe nous dote d'une capacité considérable.   En réalité, la sortie de la France de la zone euro entraînerait une explosion de l'euro dont profiteraient les américains.

 

Il faut donc utiliser autrement la force de l'euro en créant d'abord un fonds social et solidaire de développement européen démocratique qui pourrait être saisi par les peuples et leurs représentations. Les pays pourraient émettre des titres de dettes publiques pour le développement des services publics: ils seraient présentés à la BCE qui les racheterait, faisant marcher la planche à billet. Le fonds permettrait la coopération. Il se placerait dans le cadre d'une option confédérale et non pas fédérale. Actuellement, la BCE refinance les crédits des banques ordinaires. On peut bien financer des crédits pour la spéculation, pourquoi ne pourrait-on pas le faire pour l'économie réelle?

 

Au niveau national, il faut promouvoir un pôle financier public, idée qui est dans le débat politique depuis les années 1990, portée par des organisations syndicales.  Celui-ci serait constitué de la Caisse des Dépôts, de la Banque Postale, de Banques nationalisées (en fonction du rapport de force que l'on pourra établir) et de mutuelles, dans le respect de leurs statuts: cet ensemble permettra de financer un nouveau type de crédit. En 1982, on a nationalisé les banques mais on n'a pas changé dans le même temps les règles du crédit. Ce pôle financier public ferait des prêts à taux d'intérêt nul ou même négatif: on subventionne actuellement des banques. Pourquoi pas des taux d'intérêt abaissés pour l'emploi, l'écologie, les solidarités...

                    

Daniel Crassin 

C'est rafraîchissant de voir qu'il y autre chose que ce que l'on entend à la télévision et à la radio. Le problème, c'est que pas un social-démocrate ne tient ce discours qui ouvre des perspectives sur un changement possible. A quoi cela rime de virer Sarkozy si l'on a un Zapatero à la française à la place. Le PS ou des syndicats comme la CFDT sont aujourd'hui des forces d'accompagnement du capitalisme et le problème, c'est que devant ce black-out médiatique en matière de propositions alternatives, la population semble résigner à accepter de nouvelles purges.

 

Christian Corre

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Quand on discute avec les gens, ils savent que Hollande, c'est un nouveau Zapatero, et même au PS, on pense: si Hollande passe et fait comme Zapatero, les carottes sont cuites. Je suis moins pessimiste que toi là-dessus: les gens ne sont pas bêtes, ils se rendent bien compte que la Grèce est moribonde à la suite de ses plans d'austérité. La vraie question que se pose les gens, c'est: est-ce que l'on sera assez fort pour imposer un vrai changement ou est-ce qu'il ne faut pas se contenter du moins pire. Les gens ne gobent pas la nécessité de l'austérité. En même temps, même avec Hollande, la pression populaire pourrait déboucher sur une politique de gauche: souvenons-nous que le gouvernement de Léon Blum n'avait pas anticipé avant juin 36 toutes les avancées sociales qu'il a accompli.

 

Nicole Labelle

Je pense aussi que les gens sont de moins en moins dupes. Les banques et le système de crédit leur paraissent bien responsables de la crise dans laquelle ils sont plongés. Une fois que l'on a dit cela, se pose en effet la question: oui, mais qu'est ce que l'on peut faire? "C'est vrai, mais on ne peut rien y faire": c'est ce que pensent beaucoup. Il faut virer Sarkozy de toute façon et Hollande est un peu moins mal. Nous devons reprendre à notre compte le slogan d'Obama "Yes we can" et il faut résolument remettre en cause le système.

 

Michel Le Saint

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis membre d'EELV/ les Verts. Je suis en accord avec beaucoup de choses qui ont été dites mais je vais insister sur des points de désaccord importants. Il ne faut pas diaboliser la dette publique, certes, mais il faut tout de même la réduire. Des dettes élevées produisent des transferts d'argent des catégories populaires vers les catégories aisées qui possèdent essentiellement les titres de la dette d'Etat et prélèvent des intérêts dessus. La charge de la dette, c'est actuellement 17% du budget de l'Etat qui est gaspillé chaque année: argent qui pourrait être mis dans les services publics... Je suis aussi partisan des euro-obligations comme Hollande et les socialistes.  Pour moi, il existe un triangle de cohérence entre le maintien de l'euro, la monétisation de la dette et l'Europe fédérale. On ne peut pas à la fois être pour l'harmonisation par le haut des normes sociales en Europe et plaider contre l'Europe fédérale, pour une Europe confédérale. De plus, je suis certain que notre orateur, Yves Dimicoli, a fait une erreur en établissant la proportion entre d'un côté la part des intérêts et des dividendes, soit des prélèvements financiers, dans les richesses publiques et d'un autre côté la part des cotisations sociales. Cette dernière n'est pas deux fois moins élevé que la première. Par ailleurs, il faut se méfier de la tentation de croire qu'il est simple et souhaitable d'annuler purement et simplement des dettes publiques jugées illégitimes ou dangeureuses pour l'économie: il y a aussi de l'épargne des classes moyennes dans ces dettes, des assurances-vie.

 

Alain David

Il y a certes actuellement beaucoup de débats sur la possibilité réelle de changer. La volonté de changer est largement majoritaire et notre croyance en notre capacité de le faire progresse. C'est que de l'argent, il y en a: on l'a bien vu quand il s'est agi de recapitaliser les banques. Ce n'est pas la possibilité qui fait défaut mais la volonté. Le problème, c'est que ce n'est pas simplement avec nos petits bras de militants que l'on parviendra à faire changer les choses. On n'y arrivera pas si on n'a pas la capacité à expliquer, rassembler, à faire prendre conscience. Il faut aussi sortir de la culture de la délégation de pouvoir.

 

Un intervenant 

Je me pose une question que je vais formuler naïvement à propos de la dette: si on ne la paye pas, qu'est-ce qui se passe? Un Etat ne fait pas faillite, a fortiori si la dette est detenue par des capitaux étrangers. C'est notre cas, à la différence des Japonais qui détiennent leur propre dette à 90%.

 

Yves Dimicoli

Moi, je crois au triangle de cohérence entre les objectifs sociaux, l'argent pour les financer, et les luttes pour utiliser l'argent à les financer, et non à financer autre chose. Le couple euro-obligations/fédéralisme actuellement promu par l'Allemagne et par la Commission Européenne est là pour formater l'Europe aux exigences des marchés financiers. Inversement, on ne peut pas non plus se laisser tenter par des mesures simplistes du type protectionnisme/ sortie de l'euro. Cela introduirait un climat de guerre économique. Le Pen associe ainsi très fortement dévaluation compétitive et protectionnisme. Par rapport au rapprochement entre le modèle français et le modèle allemand que la droite cherche à imposer, il faut rappeler qu'il y a là deux façons très différentes de faire du profit. Le capitalisme allemand se base sur la production réelle, l'industrie. Le capitalisme français est essentiellement financier, s'est très bien accomodé de l'hémorragie de l'emploi industrie. Depuis les années 80, nous avons perdu 2 millions d'emplois industriels.

Il faut bien peser les éléments de bataille sur lesquels on veut rassembler.  A ce titre, je suis contre la revendication protectionniste. Il ne faut pas être naïf: au protectionnisme va répondre d'autres protectionnismes. Par contre, il faut des protections sélectives:

- taxer les réimportations des produits délocalisés.

- donner plus de pouvoir aux salariés dans les entreprises, notamment pour empêcher les délocalisations d'activité ou faciliter la réappropriation collective d'une entreprise lâchée par ses actionnaires.

- Développer un crédit sélectif, à des taux d'intérêt élevé pour les entreprises qui privilégient les prélèvements financiers, à des taux d'intérêt bas pour celles qui privilégient l'emploi, l'investissement productif, les salaires, les objectifs écologiques.  

- Harmoniser par le haut les garanties sociales européennes (SMIC, fiscalité, protection sociale), préalable à tout relèvement sélectif des taxes douanières aux frontières de l'Europe. Il faut travailler à faire naître des normes communes de progrès social et écologique: mettre en place des coopérations pour aider les pays à accéder à ces normes communes. Cela, ça nous différencie profondément du souverainisme ou du nationalisme de droite, de gauche, ou d'extrême-droite: ces projets de coopération ou de co-développement, Le Pen y est complètement étranger.

Actuellement, nous subissons des interdépendances non-solidaires: il y a nécessité de passer à des interdépendances solidaires.

 

La conséquence de l'austérité actuelle en Europe pourrait être un éclatement de la zone euro qui aurait des conséquences catastrophiques sur l'exaspération des rivalités commerciales: c'est de cela que nous ne voulons pas, c'est pour cela que nous luttons pour le retour de l'investissement social en Europe. Ceci dit, au risque de me repéter, je dirai que nous voulons une Europe confédérale et non pas fédérale. Il ne faut pas déposséder les peuples de leur pouvoir d'initiative et de création. Il faut respecter les souverainetés populaires.

Un grand essor des services publics: cela fait partie des solutions de sortie de crise. L'augmentation des gains de productivité réalisés grâce aux progrès techniques doit permettre d'augmenter la demande pour ne pas faire de chômage. Il faut mettre le paquet sur un certain type de dépenses pour consolider l'offre et soutenir la demande. Par exemple, les dépenses de santé consolident les gains de productivité. Il faut être fou pour penser comme les américains que les salariés seront plus compétitifs en étant en mauvaise santé. Pour que notre modèle écomique soit tiré par l'essor des services publics, il faut aussi une industrie qui tienne le coup. La parade au chômage de masse et aux inégalités, c'est l'investissement pour la protection de l'emploi, le maintien et l'augmentation des salaires, et le développement de revenus mutualisés, non marchands, pour créer une sécurité sociale professionnelle et une possibilité de formation tout au long de la vie.

Après, il faut faire attention aux solutions miracles telles que l'annulation de la dette. L'Argentine a répudié sa dette dans une phase où se préparait un regain de croissance. En France, une telle annulation plomberait les assurances et les banques qui détiennent les titres de la dette publique française, à 66% des institutions non bancaires et bancaires européennes, et notamment des banques allemandes. Cela aurait des effets en chaîne sur l'économie européenne.    

 

 

Denise Serandour

Je m'interroge par rapport à notre note triple A: il y a débat entre les économistes à ce sujet. Cette note qui permet à la France d'emprunter à des taux d'intérêt raisonnables est-elle déjà perdue comme l'explique Jacques Attali, ou est-ce encore une épée de Damoclès qui nous pousse à surveiller avec attention les exigences des marchés? Quelle attitude devons-nous adopter par rapport aux agences de notation?

 

 

Yves Dimicoli

Les économistes se sont beaucoup trompés, beaucoup beaucoup trompés, et même des économistes sérieux et reconnus. Il faut mettre en cause une certaine orthodoxie économique, développer une capacité d'analyse citoyenne sur l'économie au service des luttes et de l'expérimentation d'autres types de solution. Le but: retirer aux économistes et aux patrons le monopole sur l'économie grâce à l'éducation populaire. Marx disait en son temps que le mouvement ouvrier anglais avait clairement une supériorité sur ses pairs dans la connaissance économique, le mouvement ouvrier français dans l'expérimentation politique. Il faut réunir ces deux niveaux. La coupure entre l'économie et le politique est une rupture bourgeoise...

Le capitalisme est une formation sociale historiquement finissante et ils ont peur: ils sont sur la défensive.

Il faut dire ce que l'on peut faire, qui doit faire la jonction avec ce que l'on doit faire. Notre cible principale pour nous donner les moyens de faire une autre politique, ce doit être la banque et le crédit. Au 31 août 2011, il y avait 21 milliards d'euros déposés dans les banques du Finistère. Et cet argent qui vient pour l'essentiel du versement des salaires, des pensions, des retraites, il est utilisé pour faire quoi? Il y a dans votre département également une forme de sous-investissement dans l'activité économique. Voilà une bataille qui peut être menée sur le terrain, par la remise en cause des gestions bancaires. Il faut en nombre aller se placer devant les banques et interpeller: "à quoi sert notre argent dans les banques?". Ce discours peut porter d'autant que la suppression de l'emploi, c'est aussi maintenant dans les services, dans les banques.

Il faut remettre sur la table la séparation entre banques d'affaire et banques de dépôt: il faut faire cette séparation mais cela ne suffira pas. C'est à la loi bancaire Delors de 1983/1984 que l'on doit cette bombe à retardement:  les banques de dépôt font tous les métiers. Les banques françaises sont en Europe parmi les plus extraverties: leur investissement dans l'économie nationale est d'ailleurs une des raisons a contrario de l'efficacité des banques allemandes. Pour vous expliquer par un exemple saisissant l'ampleur de l'aberration des politiques de crédit des banques: en 2007, elles ont trouvé 13 milliards d'euros de lignes de crédit en quelques jours, et à 2% d'intérêt, pour permettre à Pernot Ricard de réaliser une OPA sur une compagnie de Vodka. Pendant ce temps, il y avait peu de crédit pour l'économie réelle, les petites entreprises, et bien plus cher. La force du capitalisme, c'est son pouvoir sur la monnaie et le crédit.

La croissance et l'inflation, c'est ce qui permettra de réduire la dette publique. Il faut de la croissance durable: respectueuse de la niche écologique des humains et péréenne. Je réaffirme la nécessité d'un audit des dettes publiques et d'une dénonciation vigoureuse du dogme selon lequel la dette devrait être financée sur les marchés publics.  

 

Ismaël Dupont

Je voulais revenir sur les propos de Michel Le Saint. Même si son plaidoyer en faveur du fédéralisme européen s'accompagne sans doute de la volonté de démocratiser les institutions européennes, de renforcer sans doute le pouvoir du Parlement par rapport à la BCE et la Commission, il me semble servir objectivement dans le contexte actuel de crise financière et de crise de la dette l'agenda de ceux qui veulent, à travers les dures négociations pour accorder des emprunts aux Etats comme à travers des mécanismes institutionnels tels que le pacte de stabilité pour l'euro et la règle d'or, installer une dictature de la finance en Europe, avec possibilité d'instaurer un contrôle tatillon sur les politiques économiques et sociales des gouvernements et des Parlements, de censurer les budgets nationaux, de renverser des représentants élus quand ils ne rassurent pas les marchés... La souveraineté des peuples, la possibilité de l'alternative politique venue du mécontentement populaire, se réduit de plus en plus à néant au moment où les partis de gouvernement, conservateurs ou sociaux-démocrates (ou sociaux-libéraux) prônent la même politique inefficace d'austérité et de purge sociale pour ne surtout rien changer au système, et se succèdent au pouvoir avec les mêmes orientations et les mêmes résultats. 

Cela dit, pour retrouver des marges de manoeuvres afin de mener des politiques sociales ambitieuses en Europe, je n'écarterais pas comme la porte d'entrée de la guerre commerciale, du repli nationaliste, l'outil du protectionnisme. Aujourd'hui, pour aller vers une amélioration des conditions de vie, une relance de l'activité économique, il faudrait partager l'emploi en poursuivant la réduction du temps de travail, augmenter les salaires et la protection sociale, construire des logements bon marchés, investir dans la santé et l'éducation. Mais pour que toutes ces politiques soient applicables, il faut sortir du chantage permanent à la délocalisation, à la fuite des capitaux vers des pays où la fiscalité, les droits des travailleurs et leur combativité, les contraintes écologiques sont bien moins importants. Je crois qu'on peut être protectionniste, en plaidant de manière ciblée pour des taxes supérieures pour certaines importations ou réimportations, une protection des normes salariales et de la qualité de la production locale, et pour la coopération des peuples. N'est-ce pas le libre-échange imposé de force par les accords de l'OMC, le FMI, qui affame aujourd'hui les paysans des pays pauvres en accaparant leurs terres qui leur permettaient au moins de survivre au profit de monocultures d'exportation et en leur imposant la concurrence de produits importés? Ne peut-on pas penser que si l'Europe protège son industrie et son activité productive en général pour des raisons sociales (lutte contre le chômage, pour la conservation de bons emplois) et écologiques (éviter l'émission excessive de gaz carbonique en sortant de l'extrême spécialisation des pays dans la division internationale du travail et en s'épargant des transports de marchandises incessants), des pays comme la Chine, l'Inde, ou d'autres états d'Asie du Sud Est seront amenés à se recentrer sur leurs marchés intérieurs et à augmenter chez eux les salaires afin de se créer une classe moyenne capable d'absorber une partie de la production locale. Pour ce qui est de l'Europe, je suis également pour la solidarité européenne, et en théorie donc pour un protectionnisme à l'échelle européenne qui supposerait une harmonisation préalable des normes sociales, fiscales et écologiques par le haut. Cependant, l'Europe politique réelle et sociale s'est construite, grâce aux socialistes français et à Delors notamment, sur des bases totalement opposées: la sanctuarisation du libre-échange, de la concurrence, de la lutte contre les protections et les règlements, les monopoles publics, les politiques de relance par l'inflation. Le traité de Maastricht, disait Madelin, était "une assurance-vie contre le socialisme". Le traité de Lisbonne, dont le contenu avait été rejeté par les peuples, n'a fait que renforcer cette tendance.  Résultat, c'est en Europe que s'organise le dumping fiscal, social, et écologique, que les entreprises françaises délocalisent ou externalisent, que l'on va chercher une main d'oeuvre bon marché, pour le plus grand profit des financiers. L'élargissement au pays d'Europe de l'est a constitué en ce sens une accélaration du délitement de toute ambition de bâtir une Europe sociale et une Europe de coopération: on a investi là-bas, leur a apporté des emplois supprimés en Europe de l'ouest, mais on ne leur a apporté quasiment plus aucune aide directe pour qu'ils puissent relever leurs standards sociaux rapidement afin qu'il n'y ait pas de concurrence déloyale et faussée dans ce grand marché. La Grèce a payé aussi ce virage vers la suppression des aides directes et des politiques publiques de coopération décidés par les Etats les plus riches d'Europe.  

Résultat: depuis des décennies, c'est un chantage permanent à la fuite des emplois que l'on exerce pour baisser les cotisations patronales, la fiscalité sur les hauts revenus, le patrimoine, les entreprises, au nom de la compétitivité et de l'attractivité, de l'adaptation à la mondialisation et à l'Europe ouverte. La dette, ce ne sont pas des politiques de redistribution trop généreuses qui l'ont produite, mais le consentement au chômage de masse comme moyen de lutter contre l'inflation, de maintenir les taux de profit et de contenir les salaires, mais la baisse de la fiscalité au nom du maintien de l'emploi, mais cette crise financière de 2007-2008 que l'excessive financiarisation de l'économie a produite. Il est paradoxal que cette dette produite par le néo-libéralisme serve aujourd'hui à plaider pour un renforcement de celui-ci.

Après, je m'interroge: si le front de Gauche arrive au pouvoir en 2012, il aura du mal à convaincre les partenaires de la France au niveau européen, des Etats gouvernés à 90% par des partis conservateurs ultra-libéraux et réactionnaires, du fait de la faillite historique de la sociale-démocratie qui n'a pas de projet alternatif à proposer à la domination sans partage du capitalisme financier, d'adopter des mesures communes d'harmonisation fiscale, salariale, et de protectionnisme. On se sera bien obligé de mettre en oeuvre des mesures unilatérales, ayant vocation à servir de modèles et à montrer aux populations européennes exaspérées par l'austérité, la dureté du néo-libéralisme de plus en plus autoritaire, qu'une autre voie est possible. Et il pourrait y avoir des effets de contagion... Cependant, on risque de se retrouver d'emblée confronté au mur de l'argent, à la fuite des capitaux, des investissements, des emplois... Comment faire pour desserer l'étau que la mondialisation libérale et son cortège de dérèglementations a créé pour réduire l'éventail des politiques possibles?        

 

 

Yves Dimicoli 

Il y a une tentative chez Hollande d'enfermer le débat économique dans la seule question de la fiscalité, ce qui lui permet de ne pas aborder la question du contrôle du point névralgique du capitalisme: les banques et le crédit. Le débat fiscal est pour lui un hameçon qui le crédibilise socialement dans les limites de l'acceptation du statut quo libéral en termes de rapport entre le politique et le secteur financier. Ceci dit, il est vrai qu'il faut, mais cela Hollande ne le propose pas, revenir sur la suppression de la taxe professionnelle, la déresponsabilisation fiscale et sociale des entreprises: les réductions de cotisations patronales sur les heures sup, les bas salaires, ... que la droite a entrepris depuis qu'elle est au pouvoir (2002), ce sont 172 milliards d'euros de pertes pour le budget de l'Etat. Pour la droite, le désarmement fiscal a été une priorité: il fallait défiscaliser le capital et ses revenus: parce qu'il y avait la mondialisation, la concurrence. Il ne faut pas céder à l'hameçon de la fiscalité, mais au contraire rentrer dans le dur de l'alternative: la banque, le crédit. Il y a une proposition fiscale des socialistes qui est très dangereuse: c'est la fusion entre CSG et impôt sur le revenu: on fiscalise ainsi la protection sociale, aujourd'hui indexée sur le prélèvement de la richesse produite par le travail. C'est très grave sur le principe car on revient sur un acquis de la résistance et dans les faits car on risque de sacrifier les services publics à la protection sociale, ou l'inverse.

 

 

Compte-rendu réalisé d'après ses notes par Ismaël Dupont.

  

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:59

Extrait du blog de Jean-Luc Mélenchon- 23 novembre 2011 

 

"Je viens à présent sur l’accord entre le PS et les Verts.

 

Je suis de parti pris, je le reconnais. Je veux dire que je suis en phase avec ce que dit Cohn-Bendit. Attention, je ne parle pas de ce qui ferait de moi un agent de la droite et de l’extrême-droite si je le répétais à propos de l’autorité et de la ségolénisation du « prochain-président ». Il s’agit du référendum sur le nucléaire. C’était le cœur de ma proposition aux candidats de gauche dans un courrier récent. Aucune réponse socialiste. Et maintenant que Cohn-Bendit le demande ? Un petit garde-à-vous socialiste serait normal ! Je vais les aider à passer la pastille ! Avec un souvenir utile. Dans la mesure où, en toute modestie cela s’entend, le « prochain président », comme il s’est nommé à la une de « Libération », se compare à François Mitterrand, il serait peut-être utile de rappeler la proposition numéro 38 des 110 propositions du programme de 1981. Ce serait l’occasion de tenir parole 30 ans après. Lisez : "L'approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum. Les crédits en faveur des énergies nouvelles ou des technologies nouvelles d'exploitation des énergies traditionnelles (charbon) seront très considérablement augmentés". Et pendant qu’on y est, on y ajoutera la proposition numéro 40 : "Une loi cadre garantira le contrôle des citoyens et des élus sur toutes les décisions, notamment les questions de sécurité touchant au nucléaire".

 

J’en viens à l'accord conclu entre Europe-Ecologie et le PS. Je note qu’il oblige Europe-Ecologie-Les-Verts à renoncer à plusieurs des "conditions incontournables" fixées lors de son congrès de juin dernier. Vous aviez dit « incontournables » ? Je m'abstiendrai ici de toute interprétation sur les intentions des protagonistes, pour m'en tenir à la comparaison des textes et des contenus. La résolution de ce congrès d'EELV fixait des conditions précises pour l'élaboration d'un "pacte d'alternative" avec leurs "partenaires de gauche". Cela concerne donc aussi le Front de Gauche. On a beaucoup entendu parler du nucléaire et je vais moi-même y revenir. Mais les conditions fixées par les Verts allaient bien au-delà. Ils appelaient notamment, parmi les "conditions incontournables", à l’avènement  d'une "6ème République parlementaire, incluant la généralisation des modes de scrutin proportionnels". Comment comprendre alors que le texte signé avec le PS s'en tienne à la proposition de François Hollande d'une "République nouvelle" et ne mentionne pas la 6ème République ? Hollande y est hostile, « Une réforme des institutions, oui. Un changement de République, non. » a-t-il déclaré dans « Direct Matin » en septembre dernier. Clair et net. Mais sur l’introduction de la proportionnelle dans cette réforme des institutions, c’est le grand flou. Certes, il en est question. On évoque une dose de proportionnelle, ce qui, on en conviendra, n’est pas la même chose. Mais, est-ce un effet de la gomme qui a déjà servi pour le chapitre MOX, le texte oublie malencontreusement de mentionner le pourcentage de députés qui seraient élus à la proportionnelle ! Ici les promesses ne peuvent même pas engager ceux qui y croient car on ne sait à quoi il faut croire…

 

Une autre "condition incontournable" fixée par les Verts était "l'abrogation de la réforme des retraites et la garantie d'un droit à la retraite à 60 ans avec un revenu décent". Or, conformément là aussi avec la position du PS, l'accord signé ne propose pas d'abroger la réforme des retraites mais de la "remettre à plat". Et l'accord limite le rétablissement du droit à la retraite à 60 ans "pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles". De fait, il n'y a donc plus de droit à la retraite à 60 ans pour tous dans cet accord. Je souligne au passage que sur ces deux sujets, retraites et institutions, c'est le Front de Gauche, et pas le PS, qui remplit dans son programme « L'Humain d'abord » les conditions « incontournables » fixées par les Verts pour signer un « accord de partenariat ». Nous sommes pour la "6ème République parlementaire". Nous proposons le "rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections". Nous sommes pour l'abrogation de la réforme des retraites. Nous sommes pour le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous.

 

Vient la question du nucléaire. Voici, très précisément, ce que les Verts avaient fixé comme condition incontournable à ce sujet : "Une loi de sortie du nucléaire en 25 ans, incluant la fermeture de tous les réacteurs de plus de 30 ans ou en zone « dangereuse », en commençant par Fessenheim ; l'arrêt de l'EPR, l'abandon du projet ITER et l’arrêt de la filière plutonium à La Hague". De sortie du nucléaire, il n'en est plus question, comme on le sait. Le texte reprend la position de Hollande : "Nous réduirons la part du nucléaire dans la production électrique de 75% aujourd’hui à 50% en 2025 ». J'ai bien noté comme tout le monde que l'accord signé prévoit "la fermeture progressive de 24 réacteurs". C'est un utile rappel de ce qui est déjà prévisible aujourd'hui compte tenu de l'ancienneté des réacteurs installés. Les 24 réacteurs les plus anciens auront en effet entre 43 et 48 ans en 2025, alors qu'ils ont été conçus pour durer 30 ans. La fermeture progressive ? EDF travaille à augmenter leur durée de vie jusqu'à 40 ans mais provisionne aussi pour la suite leur démantèlement. C'est d'ailleurs parce que ces vieux réacteurs arrivent en fin de vie qu'EDF travaille sur des réacteurs de nouvelles générations. Voilà donc une promesse d’autant plus facile à tenir qu’elle est déjà au programme d’EDF.

 

L'accord EELV-PS me pose d'autres problèmes. Je veux parler de sa manière d'aborder l'état d'urgence économique et sociale et de la façon d’y répondre. C’est la grande question de la période. Sur la dette, n'est-il pas étonnant que le texte reprenne à son compte la proposition de François Hollande "d’un retour à l’équilibre en 2017" ? Les Verts ont-ils mesuré l'ampleur de la purge que cela représenterait en l’absence d’une taxation massive du capital que l’accord ne prévoit pas ?

Autre point crucial : J'ai bien noté dans ce texte l'absence de remise en cause de l'Europe du Traité de Lisbonne. Pourtant cela n’empêche pas le document de multiplier les propositions qui sont très contradictoires avec le dit Traité ! Les socialistes sont-ils d’accord pour la désobéissance aux injonctions européennes comme nous ? Comme "repenser le rôle et les missions de la Banque Centrale Européenne" qui sont fixées par le Traité ? A ce sujet, l'accord PS-EELV propose que la BCE puisse "racheter" des emprunts d'Etat. Racheter ou acheter ? Ce n’est pas du tout pareil. Car s’il s’agit de racheter, j’en déduis que l’option du prêt direct de la Banque Centrale Européenne aux Etats est donc écartée par ce texte ! Autre bizarrerie : L’audace d’un projet de taxation des transactions financières ! Cela sonne clair comme une bonne revendication de la gauche. A regarder de près. Mauvaise surprise. N'est-il pas étonnant aussi que le texte propose de fixer à "0,05 %" une "taxe sur les transactions financières" ? Les négociateurs de l'accord ne savent-ils pas que le président de la Commission européenne Barroso a déjà proposé une taxe de 0,1% ? Ainsi l'accord PS-Verts propose de taxer deux fois moins les flux de capitaux que Barroso. Sans commentaire.

 

Il y a un autre sujet sur lequel l'accord fait moins que ce qui se fait déjà aujourd'hui. C'est l'école. L'accord signé par le PS et Europe-Ecologie dit que "L’acquisition d’un socle commun de savoirs et de compétences (lire, écrire, compter, cliquer) doit redevenir la vocation première de l’Education Nationale." Or l'article 9 de la loi Fillon de 2005, actuellement en vigueur, ne va-t-il pas déjà plus loin ? Le voici : "La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences. Ce socle comprend : – la maîtrise de la langue française ; – la maîtrise des principaux éléments de mathématiques ; – une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté ;- la pratique d’au moins une langue vivante étrangère;- la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication." Mais bien sûr, « lire, écrire, compter » et surtout « cliquer », c’est tellement plus… simple à comprendre quand on n’a appris qu’à «  lire, écrire, compter » et surtout « cliquer ».

 

Quant aux autres services publics, pourtant décisifs pour la réorientation écologique des transports et de l'énergie, l'accord ne prend pas position pour ou contre leur libéralisation et leur mise en concurrence. Il propose une "évaluation objective de l’ouverture à la concurrence".

A notre avis cette évaluation est déjà faite par les luttes qui se déroulent partout. Je rappelle que pour notre part au Front de Gauche, nous proposons de "protéger les services publics de la libéralisation et de la mise en concurrence". Et de "stopper toutes les libéralisations entreprises notamment dans les secteurs du rail, du courrier et de l'énergie."

 

L’accord PS–Verts n’est guère avancé sur un point pourtant lourd de conséquences. C'est l’indécision discrète qui prédomine en ce qui concerne l'OTAN. Ce n’est pas un petit sujet, non ? L'accord propose d'"évaluer les effets concrets de la réintégration de la France dans l'Otan". Ah ! Vous n’êtes pas au courant déjà ? Vous n’avez pas de parlementaires aux commissions de défense des deux assemblées ? Et quand bien même ! Vous n’avez pas d’avis politique sur la question ? Non. Ils vont « évaluer ». Ce qui montre que le lobby atlantiste est plus discret mais plus efficace que celui du nucléaire pour aider à écrire les textes… Le Front de Gauche qui ne subit pas cette influence propose tout simplement que la France se retire de l’Otan.

 

Pour ne pas rester sur une note déprimante, je viens sur une dimension de projet lié au thème. La transition énergétique est une idée radicale. Est-elle concrète ? Je veux ici relancer le débat général sur ce point. D’après moi, il n’est pas bon de se limiter à la question du nombre d’emplois en jeu selon les scénarios pro ou anti-nucléaire. Bien sûr que cela compte. Bien sûr que c’est décisif pour convaincre dans les deux cas. Mais ce n’est pas intellectuellement satisfaisant. Ce n’est pas le nombre d’emplois qui rend supportable un risque aussi majeur ou bien une décision aussi radicale. Sait-on faire autrement est une vraie question. Incontournable. Nous ne partons pas de rien dans ce domaine, faut-il le rappeler. L’association Négawatt met a notre disposition un formidable matériel de travail. Elle a présenté son nouveau scénario fin septembre de cette année. Cette association a été créée en 2001 comme un groupe d'expertises et de propositions sur la politique énergétique de la France. Ses travaux sont reconnus pour leur sérieux. Ils nourrissent nos réflexions de citoyens sans chercher à nous embrigader. Ses travaux comblent opportunément les faiblesses de la recherche privée mais aussi publique sur les économies d'énergie et les renouvelables

 

Négawatt reprend le triptyque "sobriété, efficacité énergétique, énergies renouvelables". Selon l'association, il est possible de sortir du nucléaire en 2033 et de couvrir 91% des besoins par les énergies renouvelables en 2050 sans remettre en cause l'essentiel du confort de nos sociétés modernes. Car le scénario 2011 a été construit à partir des usages et des besoins et non des ressources. C'est une grande différence avec les précédents scénarios. Cette différence permet de faire tomber la caricature facile de ceux qui accusent les partisans de la sortie du nucléaire de vouloir revenir à la bougie. Surtout, cela permet de situer les discussions et les critiques sur un terrain rationnel avec une exigence d’argumentation dans un domaine ou le péremptoire est trop souvent roi.

 

Le scénario présenté par Négawatt propose de donner à la France une contribution à la lutte contre le changement climatique à la hauteur de son impact dans la production de gaz à effets de serre. Le scénario de Négawatt reviendrait à diviser les émissions françaises de CO2 par deux en 2030 et par 16 en 2050, par rapport à 2010. Dès lors, les émissions de CO2 cumulées sur la période 2011-­2050 seraient cohérentes avec les objectifs pour limiter la hausse moyenne de température de 2°C en 2100. L'association propose d'accorder une priorité absolue aux économies d'énergie. Car dans cette optique, l'énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu'on ne consomme pas. Cette idée peut paraître banale. On peut penser qu’il s’agit d’un simple a côté de la bataille centrale pour de nouvelles sources d’énergie. Il n’en est rien. C’est un défi global qui inclut une révision en profondeur de l’existant.

 

Le scénario 2011 estime qu'on peut réduire les besoins en énergie primaire des deux tiers d'ici à 2050 par rapport à aujourd'hui. Pour cela, il faut une politique très volontariste de sobriété et d'efficacité énergétique. Là est un gisement de responsabilité pour l’implication citoyenne. Rien que dans le bâtiment, Négawatt identifie une économie possible de 600 térawatt/heure, soit une fois et demie la production nucléaire actuelle. L'association parle d'une hausse progressive du nombre de logements mis en chantier de sobriété énergétique chaque année pour atteindre un million par an à partir de 2022. Mais pour isoler des logements de manière aussi massive, il faut des artisans et des salariés formés. Il faut donc des formateurs. Et il faut aussi des matériaux. Il faut les produire, les acheminer et ainsi de suite. Tout cela doit donc s'organiser dans le temps et dans l'espace. C'est un bon exemple concret de ce que devra être la planification écologique.

 

Ce qui me plait aussi dans ce document, c’est le grand angle de son approche. L'association prend en compte l'impact sur l'usage des sols et l'agriculture d'une relocalisation des productions et d'un recours importants à la biomasse. Il prévoit aussi une "anticipation de la fin des "fossiles faciles" à l’approche des pics de production". Il s'agit de limiter le choc que constituera l'épuisement des ressources de pétrole notamment et de l'explosion du prix qui la précédera. C'est aussi une question d'indépendance nationale. Pour cela, le scénario propose une utilisation de ces "fossiles faciles" progressivement limitées à certains secteurs, comme la pétrochimie ou la fabrication de matières premières industrielles, ou à quelques usages spécifiques comme l'aviation.

A partir du moment où, comme le prévoit ce scénario, on a réduit nos besoins en énergie des deux tiers, une bonne partie du chemin est fait. Le scénario Négawatt estime qu'avec un recours prioritaire aux énergies renouvelables, celles-ci pourraient représenter 91% de l'énergie utilisée en 2050. C’est essentiel ! Car le programme du Front de Gauche fait de la sortie des énergies carbonées l’objectif commun fondamental de la politique de transition énergétique. Négawatt démontre que c'est possible en expliquant qu'il est possible d'obtenir "un système énergétique français presque totalement décarboné malgré un arrêt maîtrisé et cohérent de toute production d’électricité nucléaire en 2033. Plus de nucléaire en 22 ans, presque plus de CO2 en 40 ans. Il y a de quoi s’enthousiasmer. A chacun de se construire un avis motivé sur la faisabilité d’un projet qui permet de discuter sur un terrain concret.

 

Bien sûr, tout n'est pas parfait dans ce travail, je m’en doute. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout ne m’a pas convaincu, vous le devinez. Ce document doit être discuté. Par exemple, Négawatt estimait auparavant à 684 000 créations nettes d'emplois à l'horizon 2020 les conséquences de son précédent scénario. Cette estimation est pour l'heure absente des travaux du nouveau scénario. Il en va donc de même pour la question, décisive, de la formation et de la qualification des métiers nécessaires. Voila un beau sujet de discussion qui devra évidemment associer les syndicats et les salariés. Et puis, les organisations politiques et leurs élus doivent aussi assumer leur rôle dans l'élaboration des politiques publiques.

Par contre, on peut aussi s'inquiéter du "bonus-malus" sur les équipements et de la contribution sur l'énergie proposée par l'association : qui paye ? comment font ceux qui n'ont pas les moyens de remplacer leurs appareils électroménagers par d'autres plus performants ? Et puis, sur certains sujets, il faudrait sûrement être plus volontariste que ne l'est l'association. C'est le cas du ferroutage où Négawatt ne parle que d'incitation au transfert modal alors qu'il faudra certainement en passer par la loi. Et bien sûr, il faudra aussi revenir au wagon isolé et subventionner le fret ferroviaire. Donc désobéir aux directives européennes. De cela, l'association ne parle pas.

Et la maîtrise publique de la production d'énergie et notamment d'énergie nucléaire dans la période de transition ? A mon avis, le scénario ne l'évoque pas assez clairement. C'est pourtant un élément absolument nécessaire que l’on veuille engager la sortie du nucléaire ou assurer dès maintenant au maximum la sécurité des centrales existantes. Un dernier point. Négawatt propose de grands parcs éoliens et photovoltaïques alors que nous plaidons plutôt pour une relocalisation de la production d'électricité au plus près des lieux de consommation.

Pour autant, à la lecture du document, l'impression qui ressort est claire. Puisque c'est techniquement faisable, tout est affaire de volonté politique. Et donc de mobilisation citoyenne pour imposer cet intérêt général. Pour que les citoyens se mobilisent, il faut qu'ils soient informés, qu'ils puissent débattre et décider. Le scénario Négawatt a aussi un mérite essentiel à mes yeux. Il insiste sur l'importance de l'anticipation et de l'organisation de cette transition. L'association propose "une grande loi d'orientation" conçue entre l'Etat, le Parlement, les syndicats et le patronat, les collectivités locales et des associations. Au Front de Gauche, nous retenons une méthode proche, et nous lui donnons un nom : la "planification écologique". Avantage de notre méthode, elle est ne limite pas l’action à un seul épisode. La révolution culturelle et industrielle qui est a la clef devient une révolution permanente où la planification a un contenu démocratique et participatif constant.

 

 

Jean-Luc Mélenchon

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:43

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Danielle Mitterrand : « Le souvenir d'une intelligence et d'une sensibilité rares et précieuses »

Je veux saluer au moment de sa disparition la mémoire de Danielle Mitterrand, une femme d'engagement, humble, fidèle à ses origines, à ses convictions et d'une droiture exemplaire qui a partagé nombre de combats avec les communistes.

Elle fut de cette génération de résistants qui, toute leur vie, ont su se lever contre les atteintes à la dignité humaine, su défendre les valeurs républicaines et combattu pour une société plus juste, plus fraternelle, plus libre.

Sa personnalité et son action à la tête de France-Libertés ont, tout particulièrement ces dernières années, redonné à notre pays la respectabilité que certains de ses dirigeants actuels lui ont fait perdre.

Je garderai d'elle le souvenir d'une intelligence et d'une sensibilité rares et précieuses.

 

Pierre Laurent.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 13:20

Voici un communiqué (réalisé à partir de l'article d'Alain David et approuvé par le secrétariat) envoyé à la presse le lundi 21 novembre mais non publié à ce jour par Le Télégramme et le Ouest France:

 

STATIONNEMENT : UN NOUVEAU MAUVAIS COUP !

 

 

La mise en place du PEM (pôle d’échange multi modal) de la gare pouvait être l’occasion d’une réflexion globale sur le stationnement, la circulation et le transport à Morlaix (parkings de dissuasion, navettes gratuites, transports en commun, liaison mécanique avec la gare, stationnement, …). La municipalité a choisi de s’en tenir à une réflexion étriquée sur la privatisation du stationnement. Ce choix a été uniquement guidé par des considérations financières de courte vue. Certes le budget municipal sera alimenté de 358 000 euros supplémentaires. Mais ce sont les usagers qui paieront ces recettes qui sont une sorte d'impôt déguisé par la suppression de 193 places gratuites et de la gratuité du lundi alors qu'il n'y a aucun problème de stationnement ce jour là. Nous aurions préféré que l'on organise la rotation des voitures sur les espaces de stationnement par des zones bleues mais il fallait que la multinationale Vinci réalise son retour sur investissement... Comme elle prend en charge le salaire des agents de surveillance de la voie publique on peut penser qu’il leur sera demandé de faire preuve d’une extrême rigueur. Suivant une pratique maintenant bien établie à la ville de Morlaix, la population n’a pas été consultée. Comme la durée du contrat est de 8 ans, cette décision inacceptable engage non seulement cette municipalité mais aussi la suivante qui, dans ce domaine, sera pieds et poings liés pendant la quasi-totalité de son mandat.

 

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 17:43

A propos de marchandage politicien sur la candidature aux législatives dans la 6ème circonscription du Finistère le torchon brûle entre le parti socialiste et le maire de Carhaix.

le PS ayant refusé de lui céder la place Christian TROADEC s’est fendu d’un tract largement diffusé. On sait que , dans son expression publique , il ne se caractérise pas toujours par la retenue . Du coup « l’impétrant » socialiste, mis en cause, a demandé et obtenu le soutien de son parti.

 

C’est ainsi que Marc COATANEA, premier fédéral du PS dans le Finistère, été amené à s’exprimer dans la presse. Sous sa plume on pouvait lire « Il ne suffit pas de se dire de gauche pour que cela soit vrai. Etre de gauche c’est avoir des valeurs comme la tolérance, l’ouverture, le respect ».

 

Entièrement d’accord avec le n° 1 du PS dans le département. Le respect de ces valeurs passe donc aussi pour le PS par l’acceptation des opinions des autres forces politiques … même si on n’en apprécie pas la forme et si elles égratignent l’égo de quelques « éléphants » locaux. L’amalgame qu’il a pratiqué avec « des méthodes du front National » ne semble cependant pas relever du respect scrupuleux des valeurs dont il se réclame .

 

Mais il faut aller sur le fond.

 

Etre de gauche ce n’est pas seulement respecter les valeurs citées par Marc COATANEA qui relèvent d’ailleurs davantage d’un comportement républicain qui ne devrait pas être réservé à la gauche.

 

Etre de gauche c’est davantage.

 

  • C’est s’opposer à la dictature sans partage des marchés financiers sur tous les aspects de la vie sur la planète

  • C’est refuser l’austérité imposée aux peuples et non pas chercher à « donner un sens à la rigueur »

  • C’est mettre fin au pillage des richesses de notre pays par le capital

  • C’est répondre aux attentes, aux besoins, aux exigences de notre peuple et non concourir avec Sarkozy dans la recherche « des efforts incontournables » qu’il faudra bien accepter. Dans notre intérêt bien sûr… à moins que cela soit dans celui des banques et de la finance.

 

Bref être de gauche c’est ne pas reculer, une fois de plus, devant le mur de l’argent.

 

L’exemple espagnol montre sans ambiguïté ce qu’il advient à la gauche quand elle veut rivaliser avec la droite sur le terrain de l’austérité… Mais est-ce encore la Gauche ?

 

Alain DAVID

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 18:19

 

STATIONNEMENT : UN NOUVEAU MAUVAIS COUP !

 

stationnement-payant-Morlaix.jpg 

 

Une occasion manquée

 

La mise en place du PEM (pôle d’échange multi-modal) de la gare pouvait être l’occasion d’une réflexion globale sur le stationnement, la circulation et le transport à Morlaix (parkings de dissuasion, navettes gratuites, transports en commun, liaison mécanique avec la gare, stationnement, …)

 

La municipalité a choisi de s’en tenir à une réflexion étriquée sur la privatisation du stationnement.

Un choix uniquement guidé par des considérations financières

 

Au bénéfice de l’exploitant privé

 

  • La rotation du stationnement au centre-ville est une nécessité. Personne ne le conteste. Mais pourquoi ne pas avoir étudié, comme le font de nombreuses villes, la possibilité d’une zone bleue avec un contrôle sérieux ?

  • Pourquoi avoir rejeté la possibilité d’une gestion municipale ? Une mise sous barrière n’implique pas le recours au privé .

  • Avec la suppression de 193 places gratuites

  • Avec la suppression de la gratuité des places latérales de Charles de Gaulle au Viaduc. Pour ne pas faire concurrence à l’exploitant sans doute !

  • Avec la suppression de la gratuité du lundi alors qu’il n’y a ce jour-là aucun problème de stationnement… donc aucune justification à le rendre payant.

 

On voit bien que la clef de compréhension est la ressource qu’il faut assurer à l’exploitant

 

Au bénéfice de la ville ? des usagers ?

 

Certes le budget municipal sera alimenté de 358 000 euros supplémentaires.

 

Mais ce sont les usagers qui paieront

 

Par la suppression des places gratuites

Par la suppression de la gratuité du lundi.

Sans compter que Vinci prenant en charge le salaire des agents de surveillance de la voie publique on peut penser qu’il leur sera demandé de faire preuve d’une extrême rigueur… mais il est vrai que le mot est à la mode.

 

De toute façon la société Vinci n’étant pas devenue une philanthrope il est évident que cette « gestion » lui dégagera des profits qu’elle espère juteux. Sans compter les pressions pour se voir aussi attribuer la gare !

 

En bafouant la démocratie

 

Suivant une pratique maintenant bien établie à la ville de Morlaix, la population n’a bien entendu, pas été consultée… des fois qu’elle ne serait pas d’accord !

 

Mais, cerise sur le gâteau, la durée du contrat est de 8 ans. Ce qui veut dire que cette mauvaise décision engage non seulement cette municipalité mais aussi la suivante qui, dans ce domaine, sera pieds et poings liés pendant la quasi-totalité de son mandat.

 

Pour des raisons idéologiques et financières, c’est un nouveau mauvais coup de l’équipe d’Agnès Le Brun… que la population devra payer.

 

 

Alain DAVID

Ancien maire-adjoint à l’urbanisme

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 17:00

Cet après-midi, un documentaire accablant dénonçant l'insertion de l'agriculture dans la mondialisation financière et les logiques d'appropriation capitaliste des ressources naturelles a été projeté à La Salamandre avec un accès gratuit à l'occasion de la Semaine de la Solidarité Internationale et à l'initiative de l'association "Peuples Solidaires".

 

planete-a-vendre.jpg

 

 

Une soixantaine de personnes ont pu découvrir ce documentaire pédagogique et poignant d'Alexis Marant (diffusé préalablement sur Arte en avril 2010, 90 mn) qui nous a fait voyagé de la bourse de Chicago et du congrès de l'agro-business dans un hôtel de luxe à New-York aux campagnes éthiopiennes, uruguayennes, argentines, en voie de bouleversement profond, en passant par les salons ministériels d'Adis Adeba, d'Arabie Saoudite, et les bureaux parisiens de gestionnaires de fortune sans scrupules.  

 

On y voit comment après la crise des subprimes et les secousses financières de 2007-2008, les matières premières agricoles ont fait l'objet de toutes les convoitises des spéculateurs, ce qui a amené de gros entrepreneurs  à se positionner pour acheter des centaines de milliers d'hectares de terres cultivables dans les pays en voie de développement afin d'y déployer une agriculture intensive polluante visant l'exportation, en négociant des contrats hyper avantageux avec des Etats faibles, corrompus, et dirigés par des élites acquises au néo-libéralisme, quitte au passage à exproprier les paysans ou à bafouer le droit coutumier qui accordait la jouissance de terre pour leurs élevages, leur culture, leur vie ou leurs cultes, aux populations locales.

 

Le capitalisme a fait son entrée remarquée sur la scène historique en Angleterre au XVIème siècle avec le phénomène des enclosures dénoncé par Thomas More dans son Utopia, ce mouvement d'expropriation des paysans par les bourgeois ou nobles devenus gros propriétaires terriens en brisant la proprité collective traditionnelle. Par la suite, le capitalisme a toujours renforcé sa domination sur l'ensemble des pans de la vie humaine en absorbant ses marges, les zones de l'économie rustique ou de propriétés traditionnelles qui l'ignoraient. Ce mouvement historique atteint aujourd'hui un stade tragique pour les hommes et l'environnement avec la destruction programmée de l'agriculture paysanne vivrière auto-centrée par la décentralisation du néo-colonialisme, jusqu'ici l'apanage des occidentaux. La concurrence mondiale des économies et les objectifs d'augmentation de la production alimentaire justifient ces acquisitions agressives des entrepreneurs internationaux du foncier des pays pauvres.  

 

Comme ceux du Nord, les investisseurs des pays du sud parient actuellement sur le renchérissement des denrées alimentaires et de la terre liés aux coûts croissants des énergies, au développement des agro-carburants, à l'épuisement des capacités des sols et à l'augmentation de la population mondiale, en annexant des parties entières de pays qui comptent encore 60 à 80% de paysans, souvent déjà mal nourris, qui n'ont plus d'autres ressources que de travailler à la tâche pour des salaires de misère afin d'augmenter les profits d'investisseurs lointains ou de s'exiler en ville où ils auront le plus grand mal à acheter les denrées alimentaires importées ou vendues au prix du marché mondial.

 

On voit ainsi dans ce documentaire un gros capitaliste indien sans état d'âme qui produit dans de grandes serres en Ethiopie des centaines de milliers de roses pour le marché européen et se positionne également en louant des régions entières pour produire de l'huile de palme ou de riz basmati qui seront exportés jusqu'à des ports soudanais et stockés en attendant qu'ils aient acquis des prix intéressants sur les marchés mondiaux. Ces concessions sont accordées de manière gratuite les premières années par un gouvernement qui réprime les contestations des paysans-éleveurs et villageois et entend jouer à fond la carte de l'ouverture au libre-échange et aux investisseurs étrangers pour posséder (dit-il, mais on peut aussi penser à des dessous de table qui fluidifient les relations avec les investisseurs...) le capital et l'innovation technique nécessaires à l'industrialisation du pays.

 

L'Ethiopie, comme le Rwanda ou d'autres pays d'Afrique de l'est,  va jusqu'à répondre aux convocations sur son territoire des princes et hommes d'affaire saoudiens qui entendent s'approprier ses terres pour faire face à l'épuisement des nappes phréatiques en Arabie Saoudite du fait d'une agriculture utilisant des techniques d'irrigation intensives. Des gestionnaires de portefeuilles financiers en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique, au Japon, en Australie, en Chine, et dans bien d'autres pays riches encore, achètent des propriétés immenses en Amérique du Sud pour y produire, avec des plantes transgéniques et une utilisation des sols qui les épuisent à court terme, quand elle ne conduit pas à de la déforestation massive, des aliments d'élevage (soja, maïs), mouvement d'acquisition foncière qui fait monter les loyers de la terre pour les agriculteurs locaux et les met au chômage du fait du court massif à la mécanisation.  

 

Ce business est logique, froid, rationnel, comme les hommes qui s'en servent pour s'enrichir: il conduit à l'exode rural, à la desespérance et à l'appauvrissement des ruraux des pays pauvres, comme à une insertion toujours plus grande des circuits alimentaires occidentaux dans les échanges mondiaux qui se fait au détriment des agriculteurs tout en dégradant de manière irréversible les écosystèmes. La souveraineté et la sécurité alimentaires des peuples sont bafouées dès lors que la moindre variation du marché mondial des matières premières les met à la merci des famines. L'augmentation des capacités de production n'est en aucun cas orienté vers les besoins des hommes les plus nécessiteux de cette planète.   

Les moyens de cette politique conduite quasiment mondialement qui condamne à la malnutrition un sixième des hommes sont l'impérialisme des Etats les plus puissants internationalement qui défendent à l'OMC ou dans des négociations bilatérales leurs investisseurs par les moyens d'une sacralisation du libre-échange et d'une condamnation sans appel de la protection des marchés intérieurs et de la défense de l'agriculture paysanne.  

 

On peut en retirer de ce film et de l'intéressant débat qui lui a succédé, animé par des bénévoles de peuples Solidaires, quelques réflexions:  

 

-dans le contexte actuel de domination des logiques capitalistes dans les Etats occidentaux ou les économies émergentes du sud (Chine, Inde, Brésil...), il semble illusoire d'attendre d'accords mondiaux, de conventions internationales, une protection de l'agriculture vivrière des pays pauvres et des intérêts des populations les plus déshéritées de la planète au nom de la lutte contre la faim. Ainsi, au sommet de Rome en 2009, organisé par la FAO et financé par l'Arabie Saoudite, le seul chef d'Etat du G20 présent était celui du pays hôte, et c'est à Khadafi qu'il est revenu de dénoncer le nouvel âge, agricole, de l'impérialisme... Bien nourrir la population mondiale ne nécessiterait pourtant en soutien à la recherche et aide publique qu'à peine 10% (si je me souvient bien de la proportion indiquée dans le film, mais c'est peut-être moins encore) des dépenses d'armement mondiales actuelles. 

 

L'aide humanitaire, la sensibilisation du consommateur et la promotion du commerce équitable, s'ils ne s'accompagnent pas de mesures contraignantes pour le développement des circuits courts, d'une agriculture écologique et relocalisée, et d'une régulation moins inéquitable du commerce des denrées agricoles, ne seront pas non plus d'une efficacité globale garantie. En particulier, les consommateurs ont tendance, surtout avec la crise, à aller toujours vers les produits à bas coût. Dès lors, seuls à mon sens les combats de lutte des classes (mais les paysans ont souvent du mal à s'organiser contre les élites urbaines pour faire valoir efficacement leurs intérêts ) et la défense politique des intérêts du grand nombre dans chaque pays, avec pour mot d'ordre le droit au partage de la terre et à la sécurité alimentaire, peuvent permettre de résister à cette annexion des biens publics pour le profit des investisseurs et des entrepreneurs de l'agro-business mondialisé. Dans des pays d'Amérique latine comme la Bolivie, le peuple a pu mettre dehors des gouvernements au service de l'oligarchie nationale et mondiale: c'est donc possible, et cela provoque des effets de contagion. Autre exemple: à Madagascar, en pleine période d'émeutes de la faim, le précédent président est tombé parce qu'il avait vendu pour une bouchée de pain (mais de grosses sommes d'argent virées sur son compte en banque par derrière) presque un tiers des surfaces cultivables du pays au groupe coréen Dawoo...   

 

L'enjeu de la terre et de l'alimentation peut donc amener les populations à se révolter contre des gouvernements n'ayant que peu ou pas du tout de sens de l'intérêt général.  

 

Remercions en tous cas la Salamandre et les bénévoles de l'association  Peuples Solidaires de Morlaix-Saint Pol de Léon pour avoir oeuvré à la prise de conscience de ce phénomène  d'accaparement des terres au niveau mondial, par le jeu d'un vaste monopoly financier qui ne fait que commencer, phénomène qui rappelle l'exigence de la lutte - et sa portée mondiale- contre ce système inhumain qui fait passer l'argent avant les besoins humains et les solidarités indispensables.

 

 

planete-a-vendre-2.jpg  

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 12:50

 

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 12:26

Communiqué du collectif Eau publique Morlaix-Saint Martin des Champs (dont le PCF Morlaix est membre).  

 

Face au mouvement de plus en plus large vers des collectivités vers la régie publique et à la sensibilisation accrue des citoyens à des décennies de pratiques opaques d'accaparement des entreprises à qui l'on avait délégué la gestion de l'assainissement et de la distribution d'eau, les " marchands d'eau " annoncent ces derniers temps des rabais extrêmement importants par rapport aux contrats précédents.
Avec la baisse du tarif de l'eau pour l'usager de 20% environ à Morlaix, de 25% à Saint Pol de Léon, les majorités municipales des villes concernées se félicitent de l'impact d'une concurrence inédite entre multinationales sur la baisse des tarifs de l'eau. Pourtant, parce qu'elles excluaient d'emblée une réappropriation sociale de la gestion de l'eau qui aurait permis d'affecter toutes les recettes de ces activités à l'amélioration du service, à la baisse de la facture pour l'usager et à un meilleur entretien des réseaux, elles n'ont vu aucune objection à faire confiance à nouveau à des entreprises - Véolia et La Lyonnaise des Eaux - qui pendant plusieurs décennies ont vraisemblablement gonflé leurs frais de fonctionnement pour justifier des tarifs très élevés pour l'usager.
Or l'importance de ces " rabais " justifiait une suspicion légitime sur la sincérité des comptes précédents. Les collectivités seraient donc fondées à leur demander des comptes ... et des réparations. Comme ces groupes ne sont pas devenus entre temps des philantropes on peut penser que leurs nouvelles offres, même si elles limitent les marges à condition d'être maintenues sur la durée, leur permettront encore de dégager des profits pour leurs actionnaires au détriment de la qualité de l'emploi et du service proposé aux usagers.

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