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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:43

Les villes anti-TAFTA d’Europe haussent le ton

23 avril 2016 | Par Ludovic Lamant - Médiapart

Une quarantaine de villes de toute l’Europe, dont Grenoble, se sont donné rendez-vous à Barcelone, pour durcir leur stratégie contre les négociations commerciales avec Washington. « Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités », explique à Mediapart le numéro deux de la mairie « indignée » de Barcelone.

À peine élue, Ada Colau, la maire « indignée » de Barcelone, avait fait voter en octobre 2015 3 une résolution faisant de sa ville une zone anti-TAFTA, anti-CETA et anti-TISA. C’était, d’entrée de jeu, une prise de position contre trois des gros chantiers commerciaux en cours à Bruxelles, qui inquiètent nombre d’Européens : le traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (TAFTA, ou TTIP dans le jargon bruxellois), celui déjà conclu entre l’UE et le Canada (CETA, pas encore voté), et enfin les discussions en cours sur la libéralisation des services financiers (TISA). En vue de poursuivre sur la lancée de ce vote symbolique, la mairie catalane s’est transformée, jeudi 21 et vendredi 22 avril, en caisse de résonance des mouvements sociaux. C’était une première dans la bataille anti-TAFTA sur le continent : une rencontre entre des représentants d’une quarantaine de villes, de Vienne à Birmingham, de Grenoble à l’île grecque de Corfou, de Madrid à Cologne, qui se sont déclarées « zones hors-TAFTA » – ou sont sur le point de le faire. Dans leur « déclaration de Barcelone » (pdf, 1.2 MB) conclue vendredi soir, les participants exigent la suspension des négociations du TTIP et de TISA, mais aussi « la renégociation d’un nouveau mandat qui prenne en compte les demandes de celles et ceux qui n’ont pas été consultés ». « Nous voulons tisser des liens entre les villes, pour que notre voix soit davantage entendue. Les municipalités sont en train de hausser le ton », a expliqué Gerardo Pisarello, le numéro deux de la maire de Barcelone, en ouverture des débats organisés entre les murs de l’hôpital Sant Pau, un fleuron de l’Art nouveau catalan. Pisarello, un Argentin spécialiste des questions internationales, remplaçait au pied levé Ada Colau qui a bizarrement fait l’impasse sur la réunion, officiellement pour des raisons d’agenda. L’absence de celle qui ne cesse de gagner en popularité, sur la scène politique espagnole, a sans conteste affaibli la portée de l’événement, même si quelques figures de premier plan de la classe politique espagnole dont Pablo Bastinduy, député Podemos et très proche de Pablo Iglesias, y ont participé. Depuis le lancement des négociations avec Washington au printemps 2013, plus de 1 600 villes, départements et régions se sont déclarés « hors TAFTA » à travers le continent, dont pas moins de 650 en France si l’on en croit ce décompte de la campagne Stop-TAFTA 3 (avec, parmi les derniers en date, la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 3). Ces résolutions ne permettront pas, si le traité finit par aboutir, d’empêcher l’entrée en vigueur du texte dans les territoires en question. L’idée est plutôt, à travers ces votes, d’exercer une pression politique sur les gouvernements qui suivent les négociations, mais aussi sur les députés et eurodéputés qui auront leur mot à dire, une fois le texte finalisé. À Barcelone, la majorité des élus oscillaient entre l’aile gauche de la social-démocratie (Vienne, Séville) et une gauche plus critique, passant par des partis écologistes. Alors que Barack Obama est en visite en Europe et devrait parler du TTIP avec la chancelière Angela Merkel dimanche en Allemagne, les discussions catalanes ont dressé un inventaire très concret des inquiétudes des élus de terrain, qui tranchent avec les discours officiels de la commission de Bruxelles et de certains exécutifs nationaux. « Les contextes nationaux sont très différents, et les tailles des villes présentes sont très variables aussi, mais j’ai entendu dans les échanges une vraie convergence concernant les inquiétudes que suscitent le TTIP », juge Alan Confesson, conseiller municipal (PG) de Grenoble, qui avait fait le déplacement à Barcelone. La ville française, qui a adopté dès 2014 un « vœu » anti-TTIP, s’est portée candidate pour accueillir la prochaine réunion européenne, peut-être d’ici la fin de l’année. « On se pose tous les mêmes questions, on a tous peur pour nos services publics », constate l’élu grenoblois. Le refrain est en effet revenu en boucle au fil des débats, en particulier du côté des mairies espagnoles gouvernées par des exécutifs de la gauche alternative depuis l’été 2015, comme Barcelone, Madrid ou encore des villes de Galice comme La Corogne. Pour ces exécutifs locaux, l’un des axes de leur mandat consiste à “remunicipaliser” des services de base, comme la gestion de l’eau ou le ramassage des déchets. Ce qui n’est pas une mince affaire, parce qu’ils doivent souvent s’attaquer à des contrats liant l’exécutif qui les précédait avec des multinationales… Si le TTIP passe, ils sont persuadés qu’ils n’auront plus aucune chance d’y arriver.

« La mairie de Barcelone s’est fortement engagée pour remunicipaliser la gestion de l’eau [aujourd’hui prise en charge par une filiale de Suez – ndlr]. Cela nous permettrait notamment de faire baisser les tarifs pour les habitants. Mais l’on redoute qu’avec le TTIP, ces objectifs ne deviennent encore plus difficiles à réaliser », a expliqué Pisarello. En Catalogne, pas moins de 80 % de la gestion de l’eau est privatisée. Du côté de la mairie socialiste de Vienne en Autriche, où plus de 60 % des habitants vivent dans des logements sociaux, « il est impensable pour nous de remettre en cause ce système de subventions en faveur du logement, mais le TTIP pourrait bien l’attaquer », a regretté Omar al-Rawi, un élu viennois de la majorité, qui veut « tout faire pour bloquer le TTIP ». Beaucoup d’élus présents se sont aussi inquiétés d’une perte de leur souveraineté. « En Belgique comme ailleurs, la classe politique est très déconsidérée. Notre popularité est presque nulle, parce que la population a l’impression que l’on n’a de l’influence sur rien », a résumé d’entrée de jeu Olivier Deleuze, ex-coprésident du parti belge Écolo, aujourd’hui bourgmestre (maire) de l’une des 19 communes qui forment la région de Bruxelles. « Mais le niveau local reste le niveau de pouvoir le moins touché. J’ai certes peu d’influence sur le TTIP, mais je peux réparer un trottoir, construire un arrêt de bus. Si l’on empêche les municipalités de faire au moins ces choses-là, de décider si l’on peut par exemple servir des aliments avec ou sans pesticides à la cantine, ce sera catastrophique pour la démocratie. Les élus locaux vont rejoindre la grande confrérie des politiciens bagarreurs et impuissants. »

« La bataille du TTIP est gagnable » Stéphanie Charret, elle, a fait le déplacement depuis sa ville de Nangis (Seine-et-Marne, 8 300 habitants) qui a adopté, en décembre 2015, une motion à l’unanimité : anti-CETA, anti-TTIP et anti-TISA. « Mettre en relation les élus locaux, partager nos expériences, nos informations et nos inquiétudes, c’est une étape primordiale pour préparer la suite de la bataille », juge cette maire adjointe issue de la société civile, et rattachée au Front de gauche. Elle redoute en particulier, alors que sa commune est située sur un territoire où pourraient être exploités des gaz de schiste, les conséquences du traité sur l’énergie : « Jusqu’à présent, les municipalités peuvent s’opposer au travail d’exploration. Mais si le TTIP passe, on ne sait pas ce qu’il pourrait se passer. »

Dans ce contexte, le durcissement de la position française, avec un secrétaire d’État chargé du dossier qui menace de bloquer les négociations du TAFTA, n’est bien sûr pas passé inaperçu. « Les mobilisations de la société civile obligent les gouvernements à prendre des positions plus tranchées. Le discours de Paris n’est pas dénué d’ambiguïtés, mais cela permet au moins d’en finir avec ce mythe selon lequel “tout va bien, madame la marquise”, et d’encourager les mouvements à poursuivre », réagit Pablo Sanchez Centellas, l’organisateur des rencontres pour la mairie de Barcelone. À ses yeux, « cette bataille du TTIP est gagnable » même si, sur le front des mobilisations d’élus locaux, « il y a encore du pain sur la planche ». De son côté, Pablo Muñoz, adjoint à l’urbanisme de la ville de Saragosse (670 000 habitants), à mi-chemin entre Madrid et Barcelone et elle aussi remportée l’an dernier par une plateforme citoyenne « indignée », insiste sur « l’imaginaire politique » en train de naître. « Je ne crois pas que le plus important, ce soit ce qu’il se dit. Nous représentons tous ensemble des millions de citoyens d’Europe, et ce n’est pas si fréquent que des villes aux profils si différents décident de se rencontrer sur des sujets pareils », estime Muñoz dont la municipalité, elle, n’a pas encore trouvé de majorité pour faire voter une résolution anti-TTIP, en l’absence de soutien des socialistes locaux.

Nous devons être capables de dire non au TTIP, bien sûr, mais aussi de dépasser cette attitude d’opposition, et de dire oui aux stratégies de coopération entre villes. Nous devons mettre en avant une autre idée de l’Europe », poursuit l’élu espagnol. Ce fut l’un des fils rouges des deux jours de débat, en forme de numéro d’équilibriste dans lequel les Espagnols sont souvent très à l’aise : conjuguer le rejet des traités commerciaux en cours de négociation avec un parti pris favorable à l’Union. Pisarello, le numéro deux de la mairie de Barcelone, avait aussi assisté au lancement du DiEM à Berlin, le mouvement imaginé par Yanis Varoufakis, censé enclencher l’écriture d’une nouvelle constitution pour l’Europe à horizon dix ans, et renforcer sa légitimité démocratique. L’adjoint au maire vient de publier en Espagne un livre d’entretiens 3 sur le sujet avec l’ex-ministre des finances grec, qui mise en particulier sur tout un réseau d’élus locaux à travers l’Europe.

« Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. C’est évident dans la crise des réfugiés, mais aussi dans les négociations commerciales. Nous avons l’obligation de montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités, explique à Mediapart Gerardo Pisarello. Les villes sont en première ligne dans la gestion du quotidien des gens. Et dans tous ces secteurs, du logement à la gestion de l’eau, nous devons prouver que des politiques alternatives à l’austérité imposée par les États membres et Bruxelles existent. » « Si l’Union ne réagit pas à temps face aux crises qu’elle traverse, elle finira par s’effondrer et tomber aux mains de forces xénophobes et d’extrême droite. Notre défense du souverainisme municipal s’inscrit dans une démarche européenne et internationaliste », poursuit l’ancien professeur de droit. Sur le front des réfugiés, Barcelone était déjà monté au créneau début avril avec un déplacement très médiatisé d’Ada Colau à Bruxelles pour exhorter la commission et les États membres, y compris le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à accueillir davantage de réfugiés. Mais cette mise en scène n’a, jusqu’à présent, pas fondamentalement changé la donne au niveau espagnol. Tandis que l’horizon européen semble bouché, les villes ont-elles les réponses aux « polycrises », pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker, qui secouent le continent et menacent d’emporter l’UE ? À Barcelone en cette fin de semaine, les élus voulaient y croire. En attendant, cette première réunion d’élus anti-TTIP s’inscrit dans une démarche plus large et hétéroclite d’initiatives nouvelles, celle des sommets du « plan B » comme du DiEM de Varoufakis, qui cherchent à faire sortir de ses rails idéologiques la machine bruxelloise. La question, désormais, est de savoir si elles parviendront à gagner en puissance dans les mois à venir.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:31
Plougonven: le collectif citoyen a bloqué l'accès à la déchèterie (Ouest-France)

Le collectif citoyen contre la fermeture de la déchetterie de Toulivinen à Plougonven reste en alerte.Samedi matin, une trentaine de personnes ont bloqué l’accès. Le collectif citoyen contre la fermeture de la déchetterie de Toulivinen reste en alerte.

Samedi matin, une trentaine de personnes étaient postées devant la déchetterie pour bloquer l’accès durant toute la matinée.« Cette fermeture semble quasi certaine. Il ne reste que deux scénarios, poursuite ou fermeture, et c’est ce dernier scénario qui tiendrait la corde », explique Philippe Rivoalen, du collectif.« Nous avions demandé au président de Morlaix communauté, Jean-Luc Fichet, d’organiser une réunion publique, mais cela nous a été refusé. On nous a répondu que les élus communiqueront après décision. Cette façon de faire n’a rien de démocratique », s’insurge encore Philippe Rivoalen. « À l’encontre de la Cop 21 »

La déchetterie est sur la sellette pour cause de mise aux normes. Un chantier de régularisation coûterait trop cher pour un équipement, inauguré il y a neuf ans, et dont le coût était de 370 000 €.

Un gâchis financier souligné par Martine Carn, qui pointe un autre coût, celui « de la déconstruction qui s’élève à 125 000 € ».

Pour Philippe Rivoalen, « cette fermeture va complètement à l’encontre de la Cop 21 qui stipule que le trajet en voiture vers une déchetterie ne doit pas dépasser dix minutes. Ce ne sera pas le cas ici, si la fermeture se confirme ».

Toutes les communes concernées ont d’ailleurs voté contre la fermeture. Le blocage de la déchetterie n’est pas la première action menée par le collectif. « Et ce ne sera pas la dernière », promet-il.

Pétition avec près de 1 500 signatures récoltées, présence sur le marché de Morlaix et réunion d’information mobilisent le collectif depuis quelques semaines. À noter que les déchetteries de Plourin-lès-Morlaix, Pleyber-Christ et Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec sont également sur la sellette. Dans cette dernière commune, un collectif de citoyens a d’ailleurs vu le jour comme à Plougonven.Pendant une matinée, samedi, ils ont bloqué l’accès à la déchetterie de Toulivinen, route de Lannéanou.

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 13:00

La Nuit debout réfléchit à son avenir incertain


"A la Bourse du travail © FZ Les initiateurs de la Nuit debout, regroupés au sein de l'équipe du journal Fakir, se sont interrogés mercredi 20 avril au cours d'un débat parfois houleux sur les suites à donner au mouvement. Ils défendent l'idée d'une convergence avec les syndicats opposés à la loi sur le travail. "

La Nuit debout réfléchit à son avenir incertain (Médiapart)
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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 12:25
Mireille Cachereul, Patrick Quelaudren, Gaston Balliot, membres du collectif contre TAFTA

Mireille Cachereul, Patrick Quelaudren, Gaston Balliot, membres du collectif contre TAFTA

20 avril 2016/ Stéphane Guihéneuf - Le Télégramme

En Pays bigouden, l'opposition aux traités de libre-échange transatlantiques (Tafta et Ceta) est forte. Douze communes se sont prononcées. Le collectif citoyen anti-Tafta, qui organise ce jeudi à Pont-l'Abbé une réunion publique sur le sujet, entend poursuivre son action auprès des élus.

En octobre dernier, la commune de Saint-Jean-Trolimon se déclarait « zone hors Tafta » (Trans-Atlantic Free Trade Agreement entre l'Europe et les États-Unis). Depuis, le mouvement initié par la maire Katia Gravot et les siens s'est amplifié. Aujourd'hui, sur l'ensemble des communes bigoudènes, douze ont pris une délibération. Ce n'est pas rien. « Les communes bigoudènes représentent près de la moitié des communes finistériennes à avoir délibéré », avance Gaston Balliot, l'un des membres du collectif citoyen anti-Tafta qui organise, demain soir, à Pont-l'Abbé, une réunion publique sur la question des traités de libre-échange transatlantiques. Le mouvement citoyen a été lancé en novembre dernier à l'issue d'un débat organisé à Loctudy. Il compte aujourd'hui quelque 120 membres.

Dynamique

« Les élus de Saint-Jean-Trolimon ont eu le courage de prendre la décision de se mettre hors Tafta », reconnaît Mireille Cachereul, membre du collectif. Depuis, elle constate qu'il y a eu « un vrai élan, une vraie dynamique en Pays bigouden ». Outre Saint-Jean-Trolimon, les communes de Peumerit, Plovan, Le Guilvinec, Tréogat, Plomeur, Treffiagat, Tréguennec, Pouldreuzic se sont déclarées « hors Tafta ». Penmarc'h, Plozévet et Pont-l'Abbé se sont dits en « vigilance ». Un élan que le collectif entend accompagner en informant le public sur les conséquences d'un tel traité. « Nos craintes, c'est que cela se traduise par la suppression de tous les obstacles », précise Gaston Balliot. C'est la crainte de dérives avec la mise en place de tribunaux supranationaux qui agiront pour le bien des firmes multinationales. Selon le collectif, il y a urgence alors que le « Comprehensive economic and trade agreement », le fameux CETA qui doit sceller les rapports commerciaux entre l'Europe et le Canada, pourrait être mis en oeuvre dès 2017. « Le CETA avance à grand pas, le Tafta va suivre derrière », assure Mireille Cachereul.

Un choix de société

Services publics, agriculture, santé, mise en concurrence, droits sociaux, les craintes sur cette libéralisation à outrance souhaitée « par les firmes multinationales » sont nombreuses. « Quelles seront les conséquences sur les circuits courts ? », interroge Patrick Quélaudren, membre lui aussi du collectif. L'opacité des négociations n'arrange rien. « Cette affaire est fondamentalement antidémocratique. Ce ne peut être la finance qui dirige le monde », avance Gaston Balliot. C'est clairement un choix de société qui se dessine. Demain, le collectif, après la projection de « Transatlantique arnaque, la casse du siècle » et l'intervention de Thierry Mavic qui expliquera les motivations qui ont conduit la commune de Pont-l'Abbé à se prononcer, le collectif fera le point sur « les enjeux et les risques de ces traités dans notre quotidien ». Henri Guilloux, responsable départemental du collectif, sera également présent.

Interpeller les communautés de communes

Le collectif espère à travers ces échanges une prise de conscience de la part du public et des élus. Auprès desquels il entend d'ailleurs poursuivre son action. « L'objectif immédiat c'est de demander à la Communauté de communes du Pays bigouden sud de prendre position », explique Gaston Balliot. La même démarche sera faite auprès du Haut Pays bigouden. Les parlementaires ne sont pas oubliés (lire ci-dessous). Le sénateur Michel Canévet doit être contacté. La députée Annick Le Loch a déjà été interpellée. « Elle s'interroge ».

Pratique
Réunion publique, demain, à 20 h 30, au Patronage laïque à Pont-l'Abbé.

En complément

Ce qu'en disent les parlementaires

Annick Le Loch, députée. « Les négociations entre les deux continents pour créer un grand marché de libre-échange n'ont pas été au départ très transparentes. Pour ne pas dire occultes. Alors, forcément, c'est très compliqué de comprendre ce qui se passe, cela m'inquiète beaucoup. À ce stade des négociations, cela m'incite surtout à être très prudente d'autant plus qu'il y a un volet agricole très important qui risque d'affecter les produits par l'affaiblissement des barrières tarifaires douanières. Dans le rapport sur l'élevage qui a été remis il y a quelques semaines, on demande d'ailleurs l'exclusion de certaines productions agricoles notamment la viande. Nous, on est attaché à tous ces signes de qualité, on est attaché à nos terroirs et à nos territoires, alors qu'eux, ils défendent le droit des marques. Je ne suis pas encline à acter cette libéralisation ». Michel Canévet, sénateur. « Je déplore l'opacité dans laquelle se déroulent les discussions qui font qu'on abaisse les barrières douanières. Je souhaite qu'il y ait un débat au parlement pour clarifier le contenu de ce projet. Je plaide notamment pour l'exception agricole car je ne tiens pas à l'envahissement des produits nord-américains ». Quant à savoir si la commune de Plonéour-Lanvern, dont Michel Canévet est le maire, va prendre une position sur la question, l'élu dit ne pas en voir l'intérêt. « Nous n'avons pas prévu de nous positionner car le débat n'est pas d'ordre local. Les communes n'ont pas la capacité d'agir ».

La CGT contre « la bombe Tafta »

Dans un communiqué, l'Union locale CGT du Pays bigouden dit son opposition à « la bombe Tafta » qu'elle considère comme « l'aboutissement du processus de dérégulation sociale ». Elle rappelle que, le 27 février, elle a délibéré et pris position contre le Tafta. Expliquant qu'il « est un aboutissement ultralibéral dans la droite ligne des politiques européennes et françaises dit de libéralisation dont les salariés subissent les effets avec les lois Macron, Rebsamen, Khomri, Notre, Touraine ». Elle dénonce « les négociations secrètes donc antidémocratiques, s'oppose à leurs objectifs ultralibéraux, facteurs d'asservissement des états, donc des peuples et d'appauvrissement grandissant des travailleurs, facteurs d'accaparement des services publics (santé, éducation, recherche, énergie, communication, etc.), facteurs d'élévation de risques alimentaires et écologiques au seul profit des trusts financiers multinationaux (et) s'oppose à la domination et souveraineté des multinationales sur les états et collectivités territoriales ». Enfin, l'Union locale CGT du Pays bigouden « appuie toutes les initiatives collectives ou individuelles ».


© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/pont-labbe/tafta-une-forte-opposition-en-pays-bigouden-20-04-2016-11037410.php#closePopUp

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 14:17
Naufrage en Méditerranée, 500 somaliens noyés: colère et indignation devant la politique européenne (PCF)

Naufrage en Méditerranée : "Colère et indignation devant la politique européenne" (PCF)

Communiqué du PCF Vendredi, 22 Avril, 2016

Tout semble confirmer une nouvelle tragédie en Méditerranée qui pourrait être la pire de ces douze derniers mois. Selon les témoignages recueillis par le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (ONU HCR), près de 500 personnes auraient perdu la vie dans le naufrage d'un grand navire qui a coulé entre la Libye et l'Italie.

41 rescapés ont été secourus et débarqués en Grèce. Ils ont témoigné de leur calvaire. Depuis le début de l'année, il y a eu 1250 morts et disparus parmi celles et ceux qui viennent chercher en Europe protection, sécurité et vie décente.

Ce nouveau drame ne peut que provoquer colère et indignation devant le refus persistant et criminel des autorités européennes d'organiser de véritables voies régulières pour l'admission des réfugiés et demandeurs d'asile en Europe, notamment par la mise en place de programmes de réinstallation et d'admission humanitaires et de regroupement familial.

À cet égard, la couverture du magazine Valeurs actuelles titrant cette semaine "40 ans de regroupement familial : le suicide français" est proprement abjecte et constitue un mensonge délibéré sur le nombre de migrants ces dernières années dans le cadre d'un droit reconnu au plan international et européen en France, et les "conséquences" de leur participation à la vie de notre pays.

L'UE et ses États membres, dont la France, ont ratifié récemment un accord ignoble avec la Turquie, qui organise le refoulement des réfugiés et entérine la fermeture de la route des Balkans. Cette Europe "bunker" pousse les réfugiés à multiplier les risques et à faire appel aux passeurs, d'où ces tragédies insupportables auxquelles il faut mettre un terme par la mise en place des voies de passages sécurisées. Le Quai d'Orsay a exprimé la "profonde tristesse" de la France mais au-delà, il est de la responsabilité de François Hollande et du gouvernement français de prendre toutes les mesures pour engager d'autres choix européens et pour accélérer, dans notre pays, l'accueil de réfugiés qui ne sont aujourd'hui que quelques centaines sur les 30 000 prévus.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 06:06

Voici la teneur de l'intervention que j'ai faite au dernier Conseil National du PCF consacré à la préparation du Congrès, et à la définition de la feuille de route pour 2017, avec l'option prise par la majorité du CN de travailler à une primaire citoyenne de la gauche pour se donner quelques chances de gagner en 2017 et imposer un autre choix que celui de Hollande, Valls, ou des promoteurs de la même politique:

" Il nous faut faire l'analyse en profondeur des causes de la faillite sociale, politique, économique du pouvoir. Cela ne sert à rien de personnaliser les choses et de parler de renoncements ou de trahison ponctuelle de Hollande et du clan gouvernemental. En réalité, c'est une trajectoire de longue durée caractérisée par l'absorption de la social-démocratie européenne dans les cadres du libéralisme et du capitalisme financier, réalisée depuis 30 ans sous l'égide de l'Europe et sous la contrainte de la mondialisation capitaliste et des dérégulations qui l'ont créée.

La social-démocratie n'a plus d'existence véritable, de projet politique original et de marges de manœuvre: il n'y a plus de milieu entre les politiques pro-capitalistes et le choix de la rupture avec les choix capitalistes, entre l'accommodement complet ou le choix de l'affrontement avec les logiques du système. Il ne s'agit pas simplement de combattre l'austérité qui n'est qu'un outil et un symptôme ponctuel de l'entreprise de domination et d'exploitation capitaliste. C'est cet étau de l'Europe libérale et de la compétition capitaliste débridée par la dérégulation qui jette un soupçon grave sur l'utilité du politique pour nos vies, qui donne cette impression d'l'impuissance de la politique, réduite à la communication et à la bataille pour le pouvoir.

On ne peut pas faire l'impasse sur les présidentielles pour porter nos idées car c'est l'élection qui sensibilise le plus nos concitoyens aux débats et aux enjeux idéologiques. Il faut mettre la bataille pour une autre Europe et pour inventer un autre modèle que ce capitalisme financier et mondialisé qui vampirise toutes les solidarités et conquêtes sociales et civilisationnelles au cœur de notre projet présidentiel. Peut-on le faire en s'engageant à défendre un candidat probablement social-démocrate à l'issue d'une primaire de toute la gauche où le candidat soutenu par le PCF a peu de chance d'être majoritaire car l'enjeu sera de maximiser les chances que la gauche soit représenté au second tour? Je ne le crois pas.

La co-organisation possible d'une primaire avec le PS, d'un choix entre des opposants et des partisans de la politique du gouvernement, avec condition de se ranger derrière le vainqueur, me pose problème dans la mesure où nous ne partageons pas du tout le même projet politique. Si c'était des primaires de la gauche alternative, ou de la gauche de transformation sociale, cela serait autre chose.

Je ne suis pas d'accord avec les formules de la délibération proposée qui mettent dos-à-dos et critiquent ceux qui à gauche (Mélenchon) ou à droite (Valls) disent qu'il existe" deux gauches irréconciliables". Pour moi, c'est bien la vérité, il y a bien deux gauches, si l'on se réfère néanmoins au périmètre institutionnel de la gauche, qui n'ont plus rien à voir entre elles, celle qui reste fidèle aux valeurs, à l'héritage, et à la volonté d'émancipation et de combat global contre le capitalisme et ses logiques de domination du mouvement ouvrier construit depuis le milieu du 19e siècle, et celle qui sous prétexte de modernité, de réalisme, a abandonné toute volonté de transformation du système, qui au contraire en approfondit les logiques d'exploitation. Ce n'est pas une fracture nette dans l'électorat de gauche qui reste plutôt fidèle à des idées fondatrices de la gauche, se structure en fonction d'idées du possible, mais la distanciation est indéniable au niveau des organisations politiques et des dirigeants politiques. Partout en Europe, en Israël, même s'il y a peut-être des évolutions possibles comme on le voit en Grande-Bretagne avec Corbyn, les socio-démocrates, travaillistes ou socio-libéraux ont promu depuis 30 ans la même politique: l'adaptation à la mondialisation capitaliste et sa construction prolongée par la flexibilité, la privatisation, et la gestion des inégalités par le discours et la pratique de dérivation sur la sécurité, les "valeurs" d'autorité...

Il y a un mouvement de résistance qui monte depuis 15 ans en Europe contre cette dérive pro-capitaliste de la gauche institutionnelle de gouvernement qu'il faut continuer à soutenir en France comme on a tenté de le faire depuis 2009, avec des réussites et des échecs, dont les raisons doivent être analysées, avec le Front de Gauche. Faire gagner de la force à la gauche anti-libérale, anti-capitaliste, renforcer son unité et son audience est toujours à l'ordre du jour.

De mon point de vue, c'est seulement en portant un discours de classe et de critique sociale, politique et économique radicale, et non pas à se rabattant sur le plus petit dénominateur commun du moindre mal pour faire l'union de toute la gauche, que l'on pourra désamorcer le piège d'un FN qui de plus en plus incarne le rejet populaire de cette Europe du capital, des délocalisations, de la post-démocratie, des élites politiques et économiques coupées du peuple. C'est seulement en portant le fer sur le terrain économique et de classe que l'on pourra désamorcer le piège d'un placement du débat des présidentielles sur le terrain strictement identitaire d'une vision restrictive, intolérante, moralisante et culpabilisante, suspicieuse vis à vis des musulmans et des étrangers, de la République, telle celle qui affleure dans les discours de Valls, et envahit les discours de la droite et de l'extrême-droite.

Je ne crois pas qu'il y ait dans le peuple actuellement un grand désir de gauche, surtout si elle est incarnée au premier tour par une personnalité du Parti Socialiste, ni un grand désir de primaire de la gauche, ni que les chances de battre la droite et l'extrême-droite en 2017 soient très élevés en raison du fiasco total des 5 ans de présidence Hollande, de l'aggravation du chômage, des inégalités, et de la droitisation de la société. Dès lors, l'enjeu sera surtout de mon point de vue de pouvoir tenter de recomposer la gauche après le nouvel échec cinglant de l'expérience socialiste de pouvoir en retrouvant un fort courant social pour la transformation et le combat contre le modèle capitaliste libéral et un courant social de résistance suffisamment cohérent et uni.

Parler de victoire, de crise ou d'unité de la "gauche", des "progressistes", sans déconstruire ces termes prête à toutes les ambiguïtés. Dans le contexte actuel, le PCF qui par son héritage porte l'ambition de construire une autre société que celle du capitalisme et de la loi de l'argent et de la compétition, n'a aucun intérêt, au moins où des conquêtes sociales majeures, l'idée même de République et de République sociale sont remises en cause par le pouvoir socialiste, sous prétexte d'efficacité pour la gauche, à ne pas apparaître avec ses idées de rupture, si possible sur la base d'une plateforme unitaire de la gauche de la gauche, dans l'élection reine.

Ismaël Dupont

Intervention d'Ismaël Dupont au Conseil National du PCF du vendredi 15 avril 2016
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 05:46

Maison du Peuple

1, impasse de Tréguier

29600 Morlaix

Tél. 02.98.88.01.31.

maisondupeuple-morlaix@orange.fr

Du 28 avril au 8 mai au local de la CGT vous pourrez voir l’exposition

« Un voyage en RDA, dernières nouvelles d’un pays disparu »

Cette exposition sera inaugurée le mercredi 27 avril 2016, à la Maison du Peuple de Morlaix, salle Jaurès, à 17 h 30,

en présence de Saskia Hellmund et de Daniel Juif.

Maison du Peuple

1, impasse de Tréguier

29600 Morlaix

Tél. 02.98.88.01.31.

maisondupeuple-morlaix@orange.fr

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 05:00
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:49
Rony Brauman: "le BDS, une arme pacifique et efficace pour amener les Israéliens à prendre leurs responsabilités" (Interview avec l'AFPS)

Rony Brauman : « le BDS, une arme pacifique et efficace pour amener les Israéliens à prendre leurs responsabilités »

Né à Jérusalem, Rony Brauman est un médecin français, ancien président de Médecins Sans Frontières et professeur à l’université de Manchester. Son engagement pour les droits du peuple palestinien n’est plus à présenter. Il a récemment reçu le prix Palestine-Hamchari pour son manifeste Pour les Palestiniens, et a signé différentes tribunes affirmant le droit de boycotter Israël.

Thomas, membre du Conseil National de l’AFPS, lundi 18 avril 2016

Comment percevez-vous le climat actuel post-attentat, entre criminalisation de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions et les dernières déclarations du Premier ministre assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme ?

C’est inquiétant. D’un côté, il y a une obsession de l’islam liée aux guerres du Proche-Orient et à l’exportation du terrorisme, donnant à cette religion, en première approximation, un visage angoissant, menaçant. Cet aspect mérite une analyse en profondeur pour distinguer terrorisme islamiste et musulmans, de même que nous n’incriminons pas les Protestants pour le Ku Klux Klan, les orthodoxes pour le stalinisme ou les Catholiques pour la pédophilie. On voit se développer un discours accusatoire et globalisant de l’islam et des musulmans, tenu par différents intellectuels qui ont des accès médiatiques considérables. De prime abord, nous pensons à Finkielkraut ou Zemmour, rejoints récemment par Elisabeth Badinter dont les propos incendiaires, caricaturaux, instrumentalisent la laïcité et le féminisme au service d’un combat global contre tout ce qui peut être rattaché à l’islam.

De l’autre côté, et à la rencontre de cette obsession, il y a la défense obstinée de la politique israélienne. François Hollande et Manuel Valls se situent dans la tradition de la SFIO de Guy Mollet, marquée par le colonialisme et l’orientalisme. Valls, sans doute le premier ministre le plus pro-israélien de notre histoire, est allé jusqu’à dire publiquement qu’il était « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». Discours doublement fautif, puisqu’il invoque une « communauté juive » - qui n’existe pas plus que la « communauté musulmane » - et qu’il l’associe comme allant de soi à Israël. Et cela, de plus, au moment où on a à faire au gouvernement le plus raciste et violent de l’histoire d’Israël.

Ces deux mouvements sont distincts mais, progressivement, ils ont convergé. La campagne BDS est qualifiée logiquement d’antisémite, puisqu’à partir du moment où nos gouvernants sont, d’une part des défenseurs d’Israël, et d’autre part confondent explicitement Juif et Israël, toute dénonciation de la politique israélienne peut être ramenée à un acte anti-juif. Evidemment, ce n’est pas un hasard si la criminalisation s’accentue parallèlement à la montée de l’inquiétude, parmi les dirigeants israéliens, de la progression du BDS.

Faites-vous un lien entre la lutte contre l’islamophobie et la défense des droits du peuple palestinien ?

A partir du moment où la religion majoritaire de la population palestinienne est l’islam, il y a de facto un lien que nous ne pouvons pas ignorer. Cependant, ce serait une erreur de surestimer la portée de ce lien. Chez une partie des gens qui ont une vision combattive de la laïcité, et qui s’en servent contre le religieux, et particulièrement l’islam, la lutte des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits déclenche spontanément de la sympathie politique. Je crois que même parmi les Français qui disent avoir un problème avec l’islam, il y a de la sympathie pour la cause palestinienne. Le Hamas, en tant que branche palestinienne des Frères musulmans, ébranle sans doute cette sympathie, mais il ne l’annule pas.

Vous venez de signer une tribune à l’initiative de l’Union Juive Française pour la Paix intitulée « Appel juif pour le BDS ». Pourquoi est-ce important de signifier que vous soutenez le BDS en tant que Juif ?

Je tiens d’abord à signaler mon ambivalence par rapport à cette démarche. Je n’apprécie pas de mettre en avant mon affiliation juive pour des motifs politiques. Je connais plusieurs personnes, militants pour la Palestine d’origine juive, qui ont refusé de signer la tribune estimant qu’elle véhicule une vision ethniciste ou culturaliste, qu’ils récusent. Je les comprends très bien, et j’ai moi-même hésité pour ces raisons. Si j’ai signé, c’est parce que je souhaite multiplier les occasions de dénoncer la criminalisation du BDS, réaffirmer que cette campagne de diabolisation est odieuse et contraire aux principes démocratiques. On cherche à disqualifier un mouvement citoyen qui utilise la consommation comme levier politique.

Vous avez été, au début de cette année, au cœur d’une polémique suite à votre passage sur Europe 1 et la mauvaise interprétation qui a été faite de vos propos sur une prétendue affiliation politique du port de la kippa en France. Vous avez dû vous en expliquer, notamment sur le site de Mediapart, afin de rappeler que votre argumentation visait le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et son soutien à la politique israélienne. Vous n’êtes pas le premier à montrer du doigt un repli communautaire en France, et notamment parmi les Juifs. Comment percevez-vous cette dérive ?

C’est une tendance générale, qui ne concerne pas seulement les juifs. Parmi ceux-ci, il y a en effet une tendance préoccupante récente. Depuis le début des années 2000, une part minoritaire –mais croissante - d’entre eux se replie dans le cocon de l’espace communautaire. Je précise que la recherche de la tranquillité et de la fraternité dans l’entre-soi est tout simplement humaine et n’a rien de condamnable à mes yeux. Le problème surgit lorsque, par exemple, on manifeste bruyamment son soutien politique à un Etat étranger en train de commettre un massacre.

J’ai en tête la manifestation de l’été 2014 en soutien à l’attaque de Gaza, organisée devant l’ambassade d’Israël, qui m’a particulièrement choqué. Notons que l’Union des Etudiants Juifs de France, syndicat étudiant qui se situe en principe à gauche, y avait appelé, signalant par là son légitimisme pro-israélien à toute épreuve. Cette manifestation est à mes yeux l’un des évènements les plus honteux que les institutions juives aient organisé. Voir ces gens, en plein Paris, crier leur soutien à la ratonnade de Gaza est particulièrement choquant. Ils m’ont fait penser à ces Israéliens qui s’installaient sur les hauteurs à la frontière de Gaza pour observer le carnage fait par leur armée. Moralement, je juge cela presque plus abject que de participer activement aux bombardements. Du moins, ce voyeurisme, cette pornographie politique revendiquée, n’est pas moins grave.

Valls, tout comme le CRIF, affirme, à juste titre d’ailleurs, que la place des Juifs français n’est pas en Israël mais en France. Or, ils soutiennent dans le même temps, explicitement ou implicitement, un gouvernement israélien qui prône l’inverse. Cette contradiction a été particulièrement claire lors du 11 janvier 2015 et du discours de Netanyahu dans une synagogue parisienne. Pourront-ils tenir cette ambiguïté sur du long terme ?

Je partage votre désarroi, mais je note que cette contradiction est plus large encore puisqu’elle peut s’appliquer à ceux qui s’affirment sionistes. Toute proportion gardée, le sionisme, dans son discours englobant, me fait penser au communisme. Mais il y a une différence majeure. Lorsque nous étions communistes à l’époque de l’URSS ou de la Chine communistes, nous avions tout à faire à Paris, rien à Moscou. Il y avait une révolution, un combat politique, à réaliser dans notre pays. Quand on est sioniste, je ne vois pas ce qu’on fiche en dehors d’Israël. De plus, comment peut-on s’affirmer républicain et en même temps soutenir le sionisme ? Il y a ici une contradiction majeure.

Plus l’Etat d’Israël s’enracine dans la terre et dans l’histoire, et plus son caractère ethnocratique s’affirme. Rappelons qu’avant les années 1980 et la première Intifada, on circulait librement de la frontière égyptienne à la frontière libanaise, du Jourdain à la Méditerranée, que l’on s’appelle Mohamed ou David. A cette époque, Naplouse était à vingt minutes de Tel-Aviv, à présent ces villes ne se connaissent plus et sont situées dans des entités différentes.

Face à cette évolution, des personnalités comme Bernard-Henri Lévy proclament leur amour des principes de la République, et pour cet Etat qui les piétine au quotidien. Cherchez l’erreur !

Vous l’avez dit, ces personnalités ou organisations ont un accès aisé aux médias, et certains, comme le CRIF, n’hésitent pas à prétendre parler au nom des Juifs de France et dans le même temps défendre la politique israélienne. Vous êtes également un interlocuteur ponctuel pour le champ médiatique. Pourquoi les journalistes n’invitent-ils pas davantage de voix juives critiques d’Israël ? Pour paraphraser le dernier numéro de Manière de Voir, comment pouvons-nous faire sauter le verrou médiatique sur cette question ?

C’est aux journalistes qu’il faut poser la question, et à votre place je la radicaliserais. Pourquoi un propagandiste comme BHL est-il autant présent dans les médias ? Pour moi, la première réponse c’est qu’il fait le spectacle, à l’instar d’autres démagogues. Ensuite, il détient un capital social qui semble lui donner un accès privilégié par rapport à d’autres aux médias, et le protège des critiques.

Pour faire sauter le verrou, il faut d’abord avoir davantage d’individus qui s’expriment sur cette question. Davantage de protestation citoyenne, de pétitions, tant contre la politique d’Israël que contre la présence envahissante de ces personnalités dans les médias. Cependant, il faut savoir rester sur le fil du rasoir et ne pas verser dans une dérive antisémite.

Notre pays a un problème avec ses Juifs et ses Arabes, comme séquelle de Vichy et de la colonisation. A l’image du décret Crémieux de 1870, les politiques pensent trouver une solution dans une gestion partiale de ces deux populations. L’une se voit dotée de toutes sortes d’attributs, il est le signal de notre bonne, ou mauvaise, santé nationale. En bref, si les Juifs de France ne vont pas bien, c’est la nation entière qui va mal. L’autre, au contraire, est continuellement dévalorisé, soit parce qu’il est trop arabe, soit parce qu’il est trop musulman, voire les deux.

Pour être plus clair, le décret Crémieux est perpétuellement présenté comme un symbole démocratique au sein d’un tableau colonial jugé trop sombre. C’est oublier qu’il ne fut qu’un raffinement de l’apartheid colonial. Philosophiquement, que vous soyez dévalués ou surévalués, cela revient au même puisque vous n’êtes pas au même rang que les autres. Et les médias ne sont pas étrangers à ce prisme postcolonial.

Pour terminer, si nous constatons une progression du BDS, il reste une accusation qui a la peau dure, à savoir que le boycott radicaliserait encore davantage la société juive israélienne. Pourquoi considérez-vous qu’aujourd’hui le BDS soit une arme efficace ?

Un pays qui se prétend démocratique et qui se rend coupable de la plus longue occupation des temps modernes pose un problème particulier. Le BDS est une arme pour placer Israël dans le rang des nations ordinaires. D’ailleurs, le sionisme originel aspirait à créer un Etat juif qui soit une nation parmi les nations. Je n’ai pas été enthousiasmé par cette campagne lorsqu’elle a commencé en 2006. Sans adhérer formellement à tous les points du BDS, je trouvais cependant intolérable qu’il puisse être interdit. Vous pouvez demain appeler au boycott du Mexique, de la Chine, de la Russie, sans problème. Vous pouvez également appeler à boycotter des marques de vêtements qui font travailler des enfants, ou comme Badinter celles qui proposent une « mode islamique ». Vous pouvez aussi appeler à la guerre en Syrie, en Libye, au Soudan, en Somalie… Mais appeler au boycott des produits des colonies d’Israël relève du tribunal depuis 2010, à l’initiative de Michèle Alliot-Marie alors Garde des sceaux. De plus, Omar Barghouti, co-fondateur et principal animateur de la campagne BDS, est une personnalité impressionnante. Sa détermination et sa fermeté politique, y compris dans son propre camp, m’ont marqué et ont levé mes réticences sur la question du boycott.

Je constate également que la progression du BDS, notamment dans les campus anglo-saxons, permet d’une part d’amener un débat sur la politique israélienne, et surtout d’engager un travail que nos politiques semblent incapables de réaliser, à savoir la pénalisation des institutions israéliennes engagées dans la colonisation et l’occupation de la Palestine en violation de toutes les résolutions internationales. Rappelons que pour le boycott de l’Afrique du Sud, ça n’est pas tellement les campagnes contre des produits qui ont renversé la donne, mais celles contre les équipes de sport sud-africaines. Manifester contre la présence dans un événement sportif d’une équipe sud-africaine y avait provoqué des blessures symboliques profondes. Il est probable qu’à terme, des actions comparables s’organisent contre des équipes de sport israéliennes, qui ne pourront plus voyager à l’étranger sans provoquer de mobilisations.

Enfin, j’entends ceux qui ne voient dans le boycott qu’un moyen de radicaliser davantage la société israélienne. Précisons d’emblée qu’Israël n’a pas eu besoin du boycott pour rendre toute candidature pacifiste aux élections inefficace politiquement, ou pour amener au pouvoir un gouvernement d’extrême droite. Mais surtout, ça n’est pas mon/notre problème, et il est temps que cette société, y compris la jeunesse branchée de Tel-Aviv, qui vit coupée de la réalité politique, comprenne que ce clivage politique n’est plus tenable. Je précise toutefois qu’il faut se garder de mépriser les Israéliens, qu’il faut être capable d’entendre leurs inquiétudes, d’autant plus dans un Proche-Orient à feu et à sang, mais pour justement être en mesure de leur rappeler leur part de responsabilité, et qu’il est plus que temps qu’ils les assument. Pour cela, j’estime que le BDS est une arme pacifique et efficace pour mobiliser les citoyens et influer sur le cours politique des choses.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:38
Des communes françaises pour la libération des prisonniers palestiniens (Politis)

Des communes françaises pour la libération des prisonniers palestiniens

À l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, la mairie de Gennevilliers réitère son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne.

Margaux Mazellier, Politis, mercredi 20 avril 2016

« La bataille pour la libération de Marwan Barghouti est une bataille pour tous les prisonniers palestiniens », a lancé lundi soir Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, lors d’une réunion qui se tenait en mairie à l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens. Le maire communiste participe activement à la campagne internationale de libération de ce député palestinien, détenu par Israël depuis quatorze ans. Une campagne qui compte aujourd’hui plus de 7.400 signataires.

La ville de Gennevilliers fait parti du « Réseau Barghouti » regroupant vingt-deux communes qui ont fait le choix d’élever le prisonnier au rang de citoyen d’honneur. Une délégation est d’ailleurs prévue au mois de juin pour permettre à chaque maire participant, accompagné du député européen Patrick Le Hyaric, d’aller rendre visite à Marwan Barghouti dans sa prison israélienne.

Le « Mandela palestinien »

Emprisonné depuis le 15 avril 2002, Marwan Barghouti est devenu un symbole de l’occupation. Ce militant du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, est accusé du meurtre de cinq civils israéliens et d’avoir été impliqué dans quatre attaques terroristes. Son fils, Qassam s’est rendu hier à Gennevilliers, dans le cadre de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, pour continuer à faire vivre la parole de son père au-delà des portes de sa cellule :

Marwan Barghouti appelle à la libération de la Palestine et à la création de l’État palestinien selon les frontières d’avant 1967, reconnues par la communauté internationale. Ce n’est pas son but, c’est celui de tous les Palestiniens !

Un discours dans lequel se reconnaît une majorité des Palestiniens qui voient en lui un vrai leader politique. Un discours qui vise aussi à réunifier un peuple pris en étau entre diverses factions armées et politiques. « Il est membre du Fatah mais essaye de coordonner les positions des différentes factions comme celles du Hamas ou encore du jihad islamique, précise Qassam, ce qui signifie que nous avons une base pour mettre tout le monde plus ou moins d’accord et unifier la parole politique du peuple palestinien. »

Pour les coordinateurs de la campagne internationale de libération de Marwan Barghouti, ce discours unificateur et ce combat contre l’apartheid rappellent celui de Nelson Mandela. Cette campagne provoque la rage de la Ligue de Défense Juive qui accuse la mairie de Gennevilliers de faire l’apologie du terrorisme et de pratiquer des politiques « communistes antijuives ». Une dénonciation accompagnée de menaces contre les Gennevillois.

440 enfants dans les prisons israéliennes

Qassam lui aussi a connu la prison. Étudiant dans une université américaine, c’est lors d’un séjour en Palestine qu’il a été arrêté à la frontière par les forces israéliennes. « J’avais 17 ans. J’ai du passer quatre ans en prison, juste parce que j’étais le fils de Marwan Barghouti. Ils essayaient de trouver d’autres accusations : membre du Fatah, étudiant activiste... Mais c’est ce que font tous les Palestiniens ! »

Selon un rapport de Human Rights Watch, le nombre de mineurs détenus en Israël aurait plus que doublé depuis octobre 2015. Parmi les 7.000 prisonniers palestiniens estimés, 440 seraient âgés de 12 à 17 ans. Des prisonniers, enfants comme adultes, retenus en toute illégalité au regard du droit international puisque la Convention de Genève interdit le déplacement d’un prisonnier d’une zone occupée vers le pays occupant.

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