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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 15:15
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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 15:13
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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 13:02

CE QUE L’ON NE VOUS DIT PAS SUR LA POLITIQUE BUSINESS DE LA SNCF !

Depuis des années, la Direction de la SNCF n’a de cesse d’imposer des gains de productivité. Ainsi, du fait de la suppression de près de 30 000 emplois de cheminots depuis 2003, le chiffre d’affaires généré par agent a augmenté de 30 % (sur la base des résultats 2007). Pourtant et au-delà des conséquences catastrophiques sur la qualité du service public ferroviaire (accidents ferroviaires, suppressions et retards de trains, vieillissement du réseau ferré), l’augmentation du prix des billets se poursuit !

Loin d’enrayer l’endettement du système ferroviaire, la réforme de 2014 qui enjoint en fait à l’autofinancement, est marquée en réalité par un désengagement de l’Etat et du Patronat (qui profite largement du transport public) au détriment des cheminots et des usagers qui devront payer la note ! Pire, cette politique engendre un report massif sur les routes de camions et d’autocars…

Or, la route est quasi uniquement financée par les deniers publics (infrastructures, coût des émissions de CO2 et de la pollution atmosphérique qui reposent sur les collectivités). Tandis que le vocable des dirigeants de la SNCF s’enrichit pour passer des « usagers » aux« clients », symptôme supplémentaire de cette politique business, cette même Direction fait le choix d’investir massivement à l’international ainsi que dans les filiales routières plutôt que dans les trains du quotidien pourtant si chers à Guillaume Pépy.

Ils détruisent le ferroviaire, occultent l’écologie, sacrifient des pans entiers de territoires et tout cela avec notre argent !

Ainsi, l’achat d’OHL (USA) a coûté 717 millions d’euros, celui de l’ATE (Australie) 113 millions d’euros et 29,3 millions de pertes de Kéolis à Boston. Le Partenariat Public Privé (PPP) sur la LGV SEA (Sud Europe Atlantique) coûtera au bas mot 230 millions d’euros par an pour engraisser un consortium privé (LISEA) piloté par Vinci Construction ! La libéralisation des autocars (loi Macron) coûtera 200 millions d’euros minimum chaque année. D’ailleurs, les 110 millions d’euros injectés dans « Ouibus » en deux ans serviront directement à faire concurrence aux trains SNCF et ce malgré des remplissages de bus estimés entre 10 et 20 voyageurs. Exit donc l’égalité de traitement, la péréquation tarifaire, le service public ferroviaire !

D’AUTRES CHOIX EXISTENT !

Ainsi, la Fédération CGT des Cheminots propose de créer une contribution du Patronat pour financer les TER (versement transport), de baisser la TVA, d’augmenter la prise en charge du trajet domicile/travail par les employeurs, de créer un plan d’épargne populaire pour financer les infrastructures de transports… Ce qui permettrait de parvenir aux moyens nécessaires à même d’assurer un service public ferroviaire pour répondre aux besoins exprimés en territoires et d’appliquer une tarification appropriée.

La Fédération CGT des Cheminots, le 26 avril 2016

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 12:59
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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 12:13

Au moment où le gouvernement tente de faire passer en force une réforme du collège qui accentue, par le biais de l'autonomie, les différences entre établissements, classes et élèves et les met en concurrence, la lecture du rapport de l'UNICEF sur le bien-être des enfants dans les pays riches , où la France se classe 35e sur 37 pays dans le domaine de l'égalité scolaire, montre combien il est urgent d'entendre les propositions des communistes pour une école de l'égalité !

NOS PROPOSITIONS POUR UNE ÉCOLE DE L'ÉGALITÉ DE BONNES CONDITIONS D'ÉTUDES ET D'ENSEIGNEMENT

• Des collèges à taille humaine, des classes dont les effectifs doivent être limités à 25 élèves en classe entière, 20 en éducation prioritaire, des locaux entretenus par des personnels qualifiés • Vers une gratuité totale des études au collèges, qu'il s’agisse du matériel, des sorties pédagogiques et voyages, de la restauration.

• Des salaires fortement revalorisés pour les enseignants, mettant fin au salaire à la carte sous forme de primes discrétionnaires DU TEMPS ET DES LIEUX POUR APPRENDRE

• Dans le cadre d’une scolarité obligatoire étendue de 3 à 18 ans, le collège échappe à une logique de sélection pour entrer dans celle d’une appropriation réelle des savoirs par des élèves tous capables.

• Le temps scolaire hebdomadaire au collège doit être repensé et augmenté, pour permettre de réaliser dans le cadre scolaire tous les apprentissages exigés, de l’acquisition à la consolidation et au réinvestissement, en faisant alterner les modes d’organisation de la classe en fonction des exigences didactiques, sous la responsabilité d’enseignants titulaires.

Cela suppose de donner partout les mêmes moyens correspondants en locaux, en postes et en heures d’enseignement. Cela crée de l’égalité entre les élèves, oblige l’école à trouver en elle-même ses propres ressources, délivre les familles du poids de faire l’école à la maison, empêche le marché scolaire du soutien de sévir, évite l’emprise d’officines commerciales ou prosélytes.

UNE SCOLARITÉ UNIFIÉE DANS DES ÉTABLISSEMENTS OFFRANT LES MÊMES FORMATIONS

• Un cadrage national fort du cursus au collège est le garant de l’égalité territoriale dans le cadre d’un service public.

• Une réelle mixité scolaire et sociale passe par l’établissement pour les collèges d’une carte scolaire juste et contraignante.

• La carte des formations doit assurer la même diversité d’offre quel que soit le territoire.

• Aller vers la fin de l’enseignement privé suppose dans un premier temps de le soumettre pour être sous contrat aux respects des règles de sectorisation. UNE PÉDAGOGIE RÉFLÉCHIE DANS UN CADRE COLLECTIF GRÂCE à un plan de formation ambitieux

• Des savoirs toujours plus complexes exigent une mise à jour permanente des connaissances, la possibilité de diversifier les manières d’enseigner.

Un prérecrutement, une entrée progressive dans le métier sont indispensables.

Le temps de travail de l’enseignant doit comporter celui de suivre ces formations, de discuter dans des équipes où chacun travaille sur un pied d’égalité des manières de conduire les apprentissages des élèves.

• L’attention doit être dirigée sur la priorité de la démocratisation quand il s’agit de faire des choix pédagogiques, en privilégiant tout ce qui explicite les attendus de l’école.

Les propositions du PCF pour une école de l'égalité (Réseau écoles du PCF)
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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 07:50
Viviers de la Méloine: fermeture annoncée (Télégramme, 22 avril)

Sophie Prévost, Le Télégramme - 22 avril

Capitaine Houat va se séparer de son site de production du Diben d'ici l'automne.

L'annonce a été faite lors d'un Comité central d'entreprise à Lanester (56), hier matin.

C'est la douche froide dans la commune.

Ce sera donc la fermeture.

Formulées depuis plusieurs jours par des membres du personnel (Le Télégramme d'hier), les craintes pour l'avenir du site de mareyage des Viviers de la Méloine étaient bien fondées.

La direction de Capitaine Houat, basée à Lanester (56) a confirmé, hier matin, qu'elle comptait se séparer du site de production plouganiste d'ici octobre prochain.

37 salariés s'apprêtent donc à perdre leur emploi.

12.000 tonnes des produits transitent annuellement par le Diben, pour alimenter plus de 1.500 magasins en France et 360 à l'étranger.

Surprise et amertume Informée par téléphone, à 9 h, hier matin, le maire Nathalie Bernard cachait mal sa surprise et son amertume : « C'est forcément une très mauvaise nouvelle. Nous allons être très vigilants pour les 37 salariés actuels des Viviers, qu'il va falloir accompagner, en veillant à ce que le Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) leur soit le plus favorable possible. Je ne m'étais vraiment pas figurée un tel scénario.

Capitaine Houat a réalisé de nombreux investissements dans les ateliers, ces dernières années. L'activité avait l'air de se maintenir. Et les Morbihannais nous ont toujours dit qu'ils appréciaient Plougasnou pour la qualité de l'eau, et parce qu'ils manquaient de surface à Lanester... ».

Transfert à Lanester

Présentée lors d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire, cette décision résulte d'un plan de réorganisation global de l'entreprise, par ailleurs filiale d'Intermarché

. Afin, dit-elle, « de renforcer ses parts de marché », Capitaine Houat fait le choix de renforcer ses sites de Lanester et de Boulogne-sur-Mer.

L'activité cuisson de coquillages et de crustacés de Plougasnou sera transférée sur le site morbihannais. Dix postes devraient d'ailleurs y être proposés aux anciens salariés plouganistes, dans le cadre du PSE.

Moins rentable depuis deux ans, l'activité « produits vivants » du Diben sera, elle, complètement stoppée d'ici l'automne.

Capitaine Houat serait à la recherche d'un repreneur sur cette partie. « Nous l'y aiderons du mieux que nous pourrons », mentionne, pour sa part, Jean-Luc Fichet. Propriétaire du foncier et des hangars, Morlaix communauté vit également comme « une douche froide » l'annonce d'hier. Abattement chez les salariés Chez les salariés aussi, qui ne sont pas nombreux à vouloir s'exprimer, c'était l'abattement, hier.

Même si l'information, concernant une possible fermeture des anciens viviers historiques de la commune, circulait, semble-t-il, depuis plusieurs mois. « Ces hangars sont très grands. Ils auront du mal à trouver repreneur », glisse ce Plouganiste, retraité du site depuis six mois. Pour le Diben, c'est en tous cas une sacrée page qui se tourne. Les Viviers de la Méloine (anciens viviers Primel), avec leurs 1.300 m² de bassins, ont été dans les années 1990 le plus grand vivier d'Europe. Intégré au groupement des Mousquetaires en 1997, devenu Capitaine Houat en 2012, ils étaient également l'un des principaux employeurs de la commune.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 07:23

Présidentielle en Autriche : encore une alerte pour l'Europe (PCF)

Avec 35,5 % des voix, le FPÖ arrive en tête du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne.

Les partis de la grande coalition au pouvoir, le SPÖ et l'ÖVP sont balayés : aucun n’accédera au 2e tour.

C'est une nouvelle alerte pour l'Europe, le signal qu'un changement de politique est vital pour éviter le choc des nationalismes.

Une alerte qui doit faire réfléchir en France.

L'extrême droite n'est pas suffisamment combattue en Europe.

Au lieu de stopper l'austérité, massivement rejetée par les peuples, la coalition gouvernementale a continué à précariser le travail et affaiblir les services publics, tout en laissant se développer un discours raciste, stigmatisant les pays du sud et de l'Europe centrale et orientale comme les responsables.

Et son incapacité à s'appuyer sur le formidable élan de solidarité qui existait en Autriche en faveur des réfugiés a semé le chaos, le doute.

Et au lieu de rassurer, ils ont fermé les frontières. L'establishment a cédé devant les pressions xénophobes.

Ce résultat doit faire réfléchir en France, aux conséquences politiques des choix gouvernementaux de François Hollande et Manuel Valls.

La loi travail provoque un rejet massif dans le monde du travail et la jeunesse qui doit être entendu. La gestion honteuse à Calais et le non respect des quotas d'accueil de réfugiés, fait le jeu du FN au lieu d'affirmer la position historique, ouverte et juste, de la France terre d'asile.

Plus que jamais, l'heure est au rassemblement des forces démocrates et progressistes de la gauche en Europe.

Le PCF renouvelle sa solidarité à nos camarades du KPOE, aux forces de la gauche autrichienne, au monde syndical, aux mouvements sociaux et à tous les démocrates qui aujourd'hui, doivent s'unir contre l'austérité, pour le développement solidaire et une politique commune d’accueil des réfugiés en Europe.

Le PCF réaffirme son engagement à trouver un chemin commun à toutes celles et ceux qui peuvent et doivent construire l'alternative à la politique de Hollande, à la droite et à l'extrême droite en France.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 07:06

«LuxLeaks»: les enjeux d’un procès explosif


"Le procès des lanceurs d'alerte et du journaliste à l'origine du scandale « LuxLeaks » s'ouvre mardi au Luxembourg. Les trois Français sont jugés pour vol de documents, divulgation de secrets d’affaires et violation du secret professionnel. Les audiences démarrent alors que le pays tente de changer son image de marque, et que le sort des lanceurs d'alerte est désormais suivi de près par l'opinion publique."

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 06:30

Au Maroc, les journalistes font face à une répression illisible

Au Maroc, les journalistes font face à une répression illisible - 25 avril 2016

Par Ilhem Rachidi - Médiapart

Depuis le début de l'année 2016, les procès à l'encontre des journalistes se multiplient. Le pouvoir tente de réduire au silence toute voix critique, selon des critères de plus en plus flous, dans l’espoir d’éteindre les dernières lueurs du mouvement du 20-Février. .

Ali Anouzla est un habitué des tribunaux. Le 26 avril, le directeur du journal électronique Lakome2 3 est à nouveau convoqué par la justice marocaine. Cette fois-ci, il est accusé d'« atteinte à l'intégrité territoriale », à la suite d’une déclaration au journal allemand Bild, dans laquelle il aurait utilisé l'expression « Sahara occidental occupé ».

Une ligne rouge dans le royaume, où le statut marocain du Sahara ne souffre d'aucun débat. Anouzla affirme qu'il s'agit d'une erreur de traduction, d'ailleurs assumée et corrigée par le quotidien allemand.

Ali Anouzla est aussi poursuivi pour incitation et apologie du terrorisme depuis octobre 2013 pour un article publié dans Lakome (fermé depuis et remplacé par Lakome2) qui contenait un lien vers un blog du journal espagnol El Pais, qui renvoyait à son tour vers une vidéo d'AQMI menaçant le Maroc. Son arrestation et son incarcération – il a passé 39 jours en détention – avaient suscité une forte vague d'indignation dans un Maroc encore agité à l’époque par la contestation, amorcée deux ans et demi plus tôt, par les jeunes du 20-Février.

Sur le net, la censure des versions arabophone et francophone de Lakome, un journal plutôt rare dans le paysage médiatique marocain, avait fait grand bruit. D'après ses soutiens, Anouzla, qui a par ailleurs déjà été condamné par la justice marocaine dans d'autres affaires, était à nouveau poursuivi uniquement parce que ses écrits dérangeaient. Il était alors l'un des rares journalistes à bousculer les fameuses lignes rouges, qui ne sont ni précisément énoncées ni définies – grosso modo, la monarchie, l'islam, la question du Sahara– et qu'un nombre de plus en plus réduit de journalistes tentent encore de bousculer. Selon de nombreux observateurs, ce type de poursuites, parfaitement assumées par les autorités, qui parlent d’un bilan plutôt avantageux en matière de liberté de la presse et d'expression, illustre une répression contre toute voix dissonante, entamée en 2013, une fois que l'essoufflement du mouvement contestataire des jeunes du 20-Février s'est réellement fait sentir.

L'année suivante, le ministre de l'intérieur Mohamed Hassad annonçait au parlement, en les accusant d'entraver la lutte contre le terrorisme, un durcissement à venir contre les ONG, surtout l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), accusées d’entraver la lutte contre le terrorisme. 3 Ces derniers mois, les pressions à l'encontre des journalistes et des activistes se sont encore intensifiées. Le Maroc, partenaire majeur de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme et régulièrement félicité à ce titre, a les coudées franches pour museler les opposants. On fait peu de cas dans la presse étrangère – à laquelle le pouvoir est particulièrement sensible – des dérapages en matière de droits de l’homme et de liberté de la presse. Le Maroc continue de jouir à l’extérieur de son image d'« exception » dans la région, laissant les mains libres aux décideurs pour régler le thermostat de la liberté d'expression selon les nécessités politiques.

Le 23 mars, l'historien et opposant Maâti Monjib était ainsi convoqué devant le tribunal de première instance de Rabat. Il est accusé, ainsi que six journalistes et activistes, de « financements étrangers illégaux » et d'« atteinte à la sécurité de l'État ». Le juge a reporté le procès au 29 juin en l'absence de deux des accusés. Président de l'association de défense de la liberté d'expression Freedom Now, née du Comité de soutien à Anouzla créé il y a deux ans, et qui n'est toujours pas reconnue par les autorités, et de l'AMJI (Association marocaine du journalisme d'investigation), Maâti Monjib répète sur tous les tons subir un harcèlement des autorités. En octobre, il avait d'ailleurs observé une grève de la faim de 24 jours pour protester contre une interdiction de quitter le territoire, levée depuis. Mais les poursuites judiciaires ont été maintenues.

Mardi 19 avril, Abdellah Bakkali, président du syndical national de la presse (SNPM), député du parti de l'Istiqlal et rédacteur en chef du journal Al Alam, comparaissait lui aussi devant la justice, poursuivi pour diffamation. 3 Le ministère de l'intérieur a déposé une plainte pour un article publié en octobre dernier ainsi que contre une déclaration faite au site Alyaoum24 au sujet de la corruption lors des dernières élections, explique Bakkali lors d'un entretien téléphonique avec Mediapart.

« Il y a un recul en matière de droits humains. En témoignent les poursuites à l'encontre des journalistes, des pressions sur l'AMDH, de la répression des manifestations des enseignants stagiaires », affirme-t-il. « Il y a un courant au sein du pouvoir qui est opposé au changement constitutionnel de 2011. »

Ce tour de vis ne cible pas uniquement la presse locale. Début avril, des journalistes du “Petit Journal” de Canal + ont été arrêtés à Beni Mellal, où ils effectuaient un reportage sur une agression homophobe qui y avait eu lieu quelques jours auparavant, puis renvoyés vers la France après un passage de plusieurs heures à la préfecture. Ils ne disposaient pas d'une autorisation de tournage, obligatoire au Maroc pour les chaînes non accréditées. Mais ces autorisations sont distribuées au compte-gouttes, d'après de nombreux journalistes qui se sont frottés au ministère de la communication. Et à son silence. Souvent, ils n'obtiennent aucune réponse et décident donc de se rendre tout de même sur place. Pourquoi cette récente rigueur de l'État marocain ? Les journalistes contactés ont des difficultés à analyser ses véritables motivations. « C'est la zone grise », avance le journaliste du nouveau journal Le Desk 3 Imad Stitou. « Mais avec les poursuites contre les défenseurs de droits de l’homme, on voit qu'ils sont moins tolérants qu'avant. Dans un contexte où l'État déclare qu'il est en guerre contre le terrorisme, ça devient difficile de critiquer les institutions sécuritaires, entre autres. » « On ne comprendra jamais les motivations du cerveau sécuritaire de l'État. Il n'y a aucune explication logique », poursuit-il. « Pourquoi maintenant ? Je me pose la même question. »

« Ce n'est pas nouveau de laisser les gens dans l'ambiguïté », déplore l'ancienne présidente de l'AMDH et secrétaire générale de Freedom Now Khadija Ryadi. « Une chose est interdite un jour et pas le lendemain. Même les textes de loi sont flous. Les lois sont comme des élastiques. Tout dépend des rapports de force, de la situation politique, sauf de la loi. C'est très tendu actuellement, c'est la répression. On ne sait pas ce qu'ils veulent, où ils veulent emmener le pays. Ceux qui décident ont-ils une visibilité ? Sont-ils conscients de la gravité de la situation ? Et puis qui décide ? Chacun dit : “Ce n'est pas moi.” On sait que le gouvernement, ce n'est pas lui qui décide. Il ne fait qu'exécuter les ordres. Et puis en ce moment, chacun est tourné vers les élections. » Ce manque de clarté du pouvoir, qui tolère, puis censure quand bon lui semble, parfois sans signes avant-coureurs, Rik Goverde en a fait les frais. En novembre dernier, ce journaliste néerlandais présent au Maroc depuis deux ans, a été expulsé sans raison apparente et renvoyé vers l'Espagne par bateau en pleine nuit. « J'ai été officiellement expulsé parce que je travaillais sans carte de presse. Ce qui était vrai. Donc le Maroc avait le droit juridique de m'expulser, je pense », raconte Goverde depuis les Pays-Bas, où il n'exerce plus son métier de journaliste. « J'étais dans le pays légalement avec un visa touristique. Néanmoins, j'ai demandé mon accréditation deux fois, dans les temps, début 2014 puis 2015. J'ai fourni toutes les informations au ministère de la communication et demandé à plusieurs reprises si je devais parler à quelqu'un ou répondre à d'autres questions. » « La plupart du temps, j'étais relativement libre de travailler », nuance-t-il. « Mais je n'ai aucun doute sur le fait que j'ai été suivi, surtout à Tanger, Nador, près de la frontière algérienne, et Ouarzazate. J'ai été interrogé plusieurs fois par la police et mes photos ont été quelquefois effacées lors de manifestations ou près d'Imider [où a lieu un sit-in ininterrompu depuis août 2011– ndlr]... J'ai travaillé en Tunisie, Libye, Égypte. Surtout dans ces deux derniers pays, travailler comme correspondant est nettement plus difficile qu'au Maroc. »

Certains journalistes marocains racontent subir une répression d'un tout autre type : sourde, indirecte, mais tout aussi difficile à appréhender. À tel point qu'ils ne peuvent plus travailler ou vivre de leur métier. L'an dernier, Ali Lmrabet, souvent décrit comme le trublion de la presse marocaine, observait une grève de la faim pour dénoncer le refus des autorités de lui délivrer les documents nécessaires au lancement de son journal. Lmrabet avait été condamné à 10 ans d'interdiction d'exercer en 2005. Une condamnation unique. Son projet, monté en collaboration avec le caricaturiste Khalid Gueddar – lui-même condamné l'été dernier à trois mois ferme dans une affaire d'ébriété sur la voie publique remontant en 2012 – et l'humoriste contestataire Ahmed Snoussi alias Bziz, n'a toujours pas pu voir le jour. « Ils m'ont fait remettre mes papiers en Espagne, alors que je n'y réside plus, preuves documentaires, et très nombreuses, à l'appui, comme l'attestation du consul général du Maroc à Barcelone, qui atteste que je ne vis plus en Espagne », explique Lmrabet. « C'est une manœuvre pour m'empêcher de relancer mes journaux », accuse-t-il. « Sans domiciliation au Maroc, je ne peux pas demander un certificat de résidence, et sans ce certificat je ne peux pas demander l'autorisation pour lancer un journal. De plus, ils m'ont fait retirer illégalement, puisque j'ai toute ma documentation en règle, l'autorisation de gérance d'un riad, qui me permettait de faire vivre ma famille. » Ces derniers temps, la diffamation est devenue un outil de répression supplémentaire, notamment à travers des sites nouvellement créés. « Quand tu es un journaliste indépendant, tu n'es pas seulement face au Makhzen [les autorités du régime – ndlr] mais aussi face à des opérations de diffamation. Tu te bats contre des confrères qui balancent des infos sur toi, dans une société conservatrice. Tu es pris entre le marteau et l'enclume », explique le journaliste Soulaiman Raissouni. Raissouni, qui vient de lancer un nouveau site d'information Al Aoual 3, se souvient de ses premiers tracas alors qu'il travaillait encore au quotidien Al Massae en avril 2015. « Ils ont commencé par ne plus faire passer mes articles. Pendant sept mois, j'ai été payé. Rien n’était publié », raconte-t-il. Le journaliste était alors responsable des rubriques culture et investigation : une enquête sur les dessous du festival d'Asilah avait fortement déplu, d'après lui. C'est aussi à ce moment-là que Raissouni entreprend des activités militantes qui posent problème à sa rédaction. Il devient le coordinateur du comité de soutien à Ali Lmrabet, puis de celui de Maâti Monjib. Pas d'organe de presse indépendant Mais il est alors « difficile de le renvoyer » car il est élu délégué des salariés du journal. Les confrères qui le soutiennent et ont voté pour lui subissent des pressions (mutations dans une autre ville, par exemple), raconte Raissouni. Le bras de fer durera plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il décide de prendre la parole dans les médias et de quitter le journal avec un confrère pour créer son propre site d'information.

Pour certains, la pression devient si intenable qu'ils ne voient d’autre option que de quitter le pays. Le rappeur Mouad Belghouate, connu sous le nom de Lhaqed, a demandé l'asile politique en Belgique, où il se trouve depuis maintenant plusieurs mois, pour échapper à ce qu'il perçoit comme un harcèlement des autorités. Alors qu'il était en voyage en Belgique, Lhaqed, déjà plusieurs fois condamné par la justice, a décidé de ne plus retourner au Maroc. « Je suis menacé au Maroc. La police est venue me chercher à la maison alors que j'étais en dehors du pays et j'ai décidé de rester ici », explique Lhaqed depuis Bruxelles. « Ils ont demandé à ma famille où je me trouvais et leur ont délivré une convocation, sans motif ni date, en disant que si je rentrais au Maroc, je serais arrêté à l'aéroport. » Militant du mouvement du 20-Février, connu pour ses raps critiques envers le pouvoir, où il allait jusqu'à s'adresser directement au roi, il a été, selon ses soutiens et de nombreuses ONG, victime d'un acharnement judiciaire. Il a effectué trois peines de prison depuis 2011. Il a notamment été condamné à un an de prison pour « atteinte à un corps constitué » pour le clip – dont il nie être l'auteur – d'une chanson sur la police datant de 2010, « Les chiens de l'État », dans lequel la tête d'un policier est remplacée par celle d'un âne. Après sa troisième incarcération pour « ébriété sur la voie publique » et « violence sur agents » en 2014, il a enregistré un album, toujours aussi irrévérencieux. Il n'a même pas pu le présenter à la presse, la conférence ayant été interdite. Depuis la Belgique, il collabore avec le journal Goud.ma, dans lequel il a raconté sa détention. Pourquoi les autorités mettent-elles un tel acharnement à le faire taire, alors que la contestation est si faible ? « Je n'ai pas changé, je ne suis pas revenu sur mes idées et j'ai continué à les déranger », répond Lhaqed. « C'est comme ça lorsqu'on vit dans un État dictatorial. Il ne faut pas dépasser les lignes rouges. En ce moment, il y a un recul dangereux des droits de l’homme et l'État se venge des gens du mouvement. L'État veut récupérer sa Hiba [sorte d'autorité empreinte de la peur qu'il inspire et de respect – ndlr], disparue avec le mouvement des jeunes du 20-Février. » Mustapha Khalfi, ministre de la communication © DR Mustapha Khalfi, ministre de la communication © DR Pendant ce temps, la sphère politique continue de débattre d’un futur code de la presse sans cesse annoncé, censé mettre fin aux peines privatives de liberté. Mais certains élus craignent un transfert de ces peines du code de la presse vers le code pénal pour des délits comme l'atteinte à la personne du roi ou aux symboles nationaux. Reda Benotmane, chargé de projet à l'AMDH, attend ce nouveau code avec beaucoup de scepticisme. « Je pense que tant que les lois sont ce qu'elles sont, nous serons dans une situation régressive, y compris avec le nouveau code », affirme-t-il. Difficile, selon ce fin observateur des médias, de rencontrer des journalistes réellement indépendants, dans ce contexte : « Dans l'absolu, il doit en exister. Mais je n’en vois pas de trace. Je ne connais pas d'organe de presse indépendant des circuits du pouvoir. » Selon le dernier classement de Reporters sans frontières, le Maroc se situe dans la zone rouge pour la liberté de la presse : au 131e rang mondial, loin derrière la Mauritanie et la Tunisie. Il recule d'une place par rapport à l'année précédente Ce classement ne reflètait déjà pas la réalité 3, selon Mustapha Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement. Pour lui, 2015 a été une année « exceptionnelle » en matière de liberté de la presse.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:48
Bernard Thibault: il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement (interview à Médiapart)

Bernard Thibault: «Il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement» 23 avril 2016 |

Par Rachida El Azzouzi

Réunie en congrès à Marseille, la CGT a élu Philippe Martinez secrétaire général. Sa tâche la plus immense sera de rassembler une famille désunie, marquée par la crise de gouvernance et l'affaire Lepaon.

Entretien avec son ancien leader, Bernard Thibault, qui publie un livre sur l'Organisation internationale du travail (OIT) qu'il a rejointe en 2014 : La troisième guerre mondiale est sociale.

Philippe Martinez a été consacré, vendredi 22 avril, secrétaire général de la CGT, lors du congrès du syndicat à Marseille. Avec un score sans appel : 95,4 % des voix. Propulsé en catastrophe à la tête de la centrale de Montreuil en février 2015 à la suite du “séisme” Thierry Lepaon, contraint à la démission après les révélations sur son train de vie, c’est la première fois que le métallo, qui a fait sa carrière chez Renault, est élu dans le cadre du congrès. Mais ce n’est pas pour autant le signe que la famille CGT marche comme un seul homme derrière lui. Une liste alternative a d’ailleurs été portée contre son équipe. Le défi de son mandat (de trois ans) est immense : ressouder les rangs d’une CGT isolée, qui paie encore cher la succession ratée du « sphinx » Bernard Thibault en 2013, et la crise de gouvernance qui s’en est suivie, aggravée par l’affaire Lepaon. Durant quatre jours, pendant lesquels le gouvernement, Pierre Gattaz, la CFDT, la délégation du Parti socialiste mais aussi Thierry Lepaon qui devrait être recasé par l’exécutif, ont été copieusement sifflés, l’essentiel des débats a tourné autour de la mobilisation contre la loi sur le travail. Après des échanges vifs, les partisans (à l’extrême gauche de l’organisation) d’une grève générale reconductible à partir du 28 avril jusqu'à l'obtention du retrait du texte n’ont pas été suivis par la direction confédérale. Mais Philippe Martinez n’a pas fermé la porte : « La question de la reconduction de la grève, nous la poserons, les salariés la poseront, et ce sera plus évident à condition d’être nombreux, très nombreux pour les arrêts de travail. » « Observateur pas tout à fait neutre » de la CGT, Bernard Thibault, qui a dirigé pendant 14 ans le syndicat, aujourd’hui membre du conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail 3 (OIT), participait au congrès. L’occasion de présenter aux militants son livre La troisième guerre mondiale est sociale, une plongée au sein de l’OIT, cette institution onusienne méconnue aux moyens limités.

Entretien.

Depuis votre succession ratée, la CGT traverse une crise sans précédent. Comment vivez-vous cette période ?

La CGT a traversé une mauvaise passe du fait de problèmes inhérents à sa direction. Mais à Marseille, au congrès, j’ai vu une volonté de se remettre sur les rails. C’est normal, dans un syndicat qui veut fonctionner de manière démocratique, qu’il y ait une pluralité d’expression. Je suis admiratif des syndicats qui prétendent que tout le monde est d’accord sur tous les sujets. Je vois même des comportements très autoritaires pour remettre tout le monde dans la ligne officielle. Ce n’est pas comme ça qu’on fonctionne à la CGT. Le débat, la polémique ont droit de cité. Puis des majorités se dessinent. Forcément, après, on trouvera toujours des membres pas d’accord avec ce qu’a décidé la majorité. Le congrès est une étape utile pour une plus grande cohérence de l’organisation.

Mais vous ne pouvez ignorer les fractures et les querelles internes causées par cette crise de gouvernance que vous avez participé à créer en ne préparant pas votre succession…

Oui, on peut m’attribuer une part de responsabilité et je l’assume, mais on ne va pas refaire l’histoire. J’ai voulu, après quatre mandats de direction, organiser un débat ouvert pour choisir celle ou celui qui prendrait ma suite. Aucune personnalité ne s’est imposée et on s’est lancé dans une compétition entre plusieurs personnes, au point d’arriver à une absence de majorité totale. Vous connaissez la suite des événements…

La CGT pourrait perdre en 2017 sa place de première organisation syndicale de salariés au profit de la CFDT. Cela vous inquiète-t-il ?

Je ne mesure pas l’influence que peut avoir tel ou tel syndicat au regard des voix obtenues aux élections professionnelles, même si c’est important. La capacité de mobilisation, d’interférer sur le débat public, sont d’autres éléments pour mesurer la puissance, le poids d’un syndicat et en termes de mobilisation, il n’y a quand même pas tant d’organisations capables de mobiliser comme la CGT. Certes, nous n’avons pas assez travaillé sur notre implantation syndicale. Mais la tâche syndicale est difficile dans le monde entier. Nous ne sommes pas le seul syndicat en difficulté. Dans certains pays – nous n’en sommes heureusement pas là –, il est même très périlleux de s’engager syndicalement. Il n’y a pas de zone du globe où le mouvement syndical soit en développement.

Thierry Lepaon a essuyé critiques et sifflets lors du congrès, notamment parce qu’il devrait être nommé à la lutte contre l’illettrisme par le gouvernement … Que vous inspire ce parachutage ?

Je n’en sais rien et je n’ai pas de commentaire à faire si cette nomination se confirmait.

Campagne « irresponsable et médiocre », diffamation… En début de semaine, l’affiche de la CGT contre les violences policières a suscité l’indignation des syndicats de police et de la classe politique. Pour le secrétaire général du PS, Jean-Christophe Cambadélis, cette affiche illustre « la gauchisation » de la CGT. Vous êtes d’accord avec lui ?

Les réactions politiques et le buzz médiatique ont été disproportionnés. Quant au procédé, il est surprenant : le ministre de l’intérieur fait la publicité d’une affiche de la CGT qui figure sur un site internet d’un syndicat de la CGT et qui n’aurait jamais eu une telle visibilité ! Si un caricaturiste avait fait le même dessin, il n’y aurait jamais eu une telle agitation. Quel était l’intérêt du ministre, sauf à vouloir mettre en difficulté la CGT à la veille de son congrès ? Et pour répondre au premier secrétaire du Parti socialiste, la CGT ne se gauchise pas. C’est le Parti socialiste qui s’est droitisé.

La CGT a appelé en congrès « à amplifier la riposte », dès le 28 avril, par la grève et des manifestations pour obtenir le retrait de la loi sur le travail. Vous croyez à un CPE bis ?

Le congrès l’a réaffirmé. Il faut progresser dans la mobilisation. Tout peut encore basculer.

Comment avez-vous accueilli ce projet de loi sur le travail ?

J'ai été stupéfait. D’abord par le procédé : refondre brutalement le code du travail sans aucune forme de concertation préalable, au point même de brandir l’arme du 49-3 pour passer en force. Ensuite, par les différentes mesures. Je parle au conditionnel, car on ne sait plus ce que ce projet va contenir et parce que le retrait est encore possible. La redéfinition du licenciement économique est très inquiétante, tout comme la primauté donnée à l’accord d’entreprise au détriment de l’accord de branche ou encore le référendum d’entreprise, proprement scandaleux. J’ai milité en mon temps avec la CGT pour une réforme des règles de la représentativité car pendant très longtemps, les accords collectifs négociés dans les entreprises pouvaient être signés par un ou des syndicats même s’ils représentaient 5 ou 10 % des salariés. C’était antidémocratique. Aujourd’hui, on nous parle de référendum ! Si l’on transposait ce système dans la vie politique, cela voudrait dire que les représentants des partis minoritaires à l’Assemblée nationale, par exemple, auraient la possibilité d’organiser un référendum dans le pays sur une question donnée et que le résultat s’imposerait à la représentation politique majoritaire de l’Assemblée nationale. Les députés l’accepteraient-ils ?

Comment les débats autour du code du travail en France sont-ils perçus au sein de l’OIT ?

Ils ont une résonance internationale forte, car la France a une bonne réputation sociale à l’échelle du monde. Nous avons la sécurité sociale, quand 73 % de la population mondiale n’a pas de système de protection sociale. Nous avons un système de retraite par répartition, quand un travailleur sur deux dans le monde n’a pas de retraite. Nous avons le principe de l’allocation chômage, certes pour un peu moins d’un chômeur sur deux mais à l’échelle mondiale, seuls 12 % des chômeurs ont droit à une indemnisation. Ce qui se joue en France va au-delà de la problématique franco-française. Il y a une symbolique de la manière dont on conçoit l’économie de demain. Aucun pays ne peut faire la démonstration d’une relation de cause à effet entre son code du travail et le niveau de l’emploi. Si, comme le martèlent le patronat et le gouvernement français, le code du travail était facteur de chômage, les pays où il est inexistant – et ils sont nombreux, puisqu’un travailleur sur deux n’a pas de contrat dans le monde – connaîtraient le plein emploi. Non ! Là où les droits sociaux sont les moins élaborés, c'est la précarité et la misère extrême qui dominent.

Que pensez-vous du mouvement Nuit debout et des nouvelles formes de mobilisation, comme la pétition virale #Loitravailnonmerci, qui remettent en cause les modes d’action traditionnels des syndicats ?

Nuit debout est né le 31 mars, un soir de mobilisation syndicale avec des acteurs, des citoyens très différents. Ils le disent eux-mêmes, cette réforme, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’insatisfaction, de l’exaspération, de l’incompréhension à l’égard de la politique économique et sociale et ils se mettent à chercher d’autres réponses. Je trouve cela très positif. Quant à la pétition partie d’Internet, je l’ai signée et je trouve cela bien qu’il y ait d’autres canaux, d’autres méthodes, d’autres façons de s’exprimer en plus des syndicats. 75 % des salariés dans notre pays ne croisent jamais un militant syndical. Tout ce qui peut aider à la prise de conscience, à la sensibilisation, à l’action est bienvenu.

En 2012, vous aviez appelé à voter pour François Hollande… Vous le regrettez ?

Je ne regrette pas d’avoir appelé à en finir avec Nicolas Sarkozy, et peu dans les rangs de la CGT doivent regretter d’avoir été plutôt favorables à un changement de président de la République. Mais comme l’immense majorité de ceux qui ont contribué à cette élection, la déception, la frustration et l’incompréhension m’animent. En même temps, je pense qu’on a atteint les limites des institutions de la Ve République. Il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement, collectivement, rééquilibrer les pouvoirs. Si l’on ne modifie rien, tout le monde sera déçu par le prochain homme ou femme qui régira le pays France. La présidentielle est devenu le moyen de dire tous les cinq ans « on n’est pas contents », mais cela ne résout rien.

Vous publiez La troisième guerre mondiale est sociale, un livre sur l’Organisation internationale du travail que vous avez rejointe en 2014. Institution méconnue, c’est la seule où siègent des travailleurs du monde entier. Pourquoi ce livre maintenant, assorti de ce titre choc ?

Le mot « guerre » a un fort pouvoir d’interpellation et il révèle la situation sociale à l’échelle internationale. Le système économique actuel organise une mise en concurrence des travailleurs, qui provoque une grande dégradation des conditions sociales et des millions de victimes. 2,3 millions de travailleurs décèdent chaque année du travail, soit des accidents du travail, soit des maladies professionnelles. C’est bien supérieur aux victimes des conflits et des guerres à travers le monde. Par ailleurs, toute l’histoire de l’OIT est liée aux guerres. L’institution est née après la Première Guerre mondiale en 1919. L’ambition était de promouvoir la justice sociale pour éviter que les peuples ne résolvent les conflits par les armes. Cela n’a pas suffi. Il y a eu la Seconde Guerre mondiale. Elle a marqué une deuxième étape pour l’OIT avec, en 1944, la déclaration de Philadelphie incitant les États à aller plus loin dans la promotion de la justice sociale pour la paix entre les peuples.

Mais cent ans après sa création, l’OIT sert-elle à quelque chose, quand on voit comme ses normes internationales du travail sont reléguées à l’arrière-plan, bafouées à l’échelle de la planète et aucunement contraignantes ?

Devant la dégradation des conditions de travail à l’échelle mondiale, certains peuvent considérer que l’OIT n’a pas fait son travail. Si nous en sommes là, c’est parce que les États se sont éloignés de la mission première de l’OIT. Ils ont laissé des institutions prendre le pas, le G20, le FMI, l’OMC et bafouer les normes internationales du travail. Il faut des décisions politiques pour que ces normes sociales deviennent incontournables. Il n’est pas normal que des pays de l’Union européenne ne ratifient pas toutes les conventions internationales du travail. L’Espagne et la France en ont signé 130, la Lettonie, 40. Il n’est pas normal non plus que sous couvert de plans dits de redressement, en Roumanie, en Grèce, au Portugal, on ait autorisé la troïka à exiger des États de mettre entre parenthèses tantôt le droit du travail, tantôt les résultats des conventions collectives, le barème des retraites, pourtant négociés dans les pays.

Comment renforcer l’OIT ? Peut-elle vraiment faire progresser les droits sociaux ?

Il faut réhabiliter les normes, les élargir. Le centenaire de l’OIT en 2019 sera un rendez-vous important. Est-ce qu’on considère que l’institution est dépassée ou est-ce qu’on lui redonne de la vigueur, avec des outils correspondant à l’économie d’aujourd’hui ? Il faut être beaucoup plus exigeant dans les accords commerciaux entre les pays sur le respect des normes du travail. La question des multinationales est fondamentale. Elles façonnent toute l’économie mondiale. L’OIT en dénombre 500 000. Elles emploient 200 millions de travailleurs et indirectement, à l’échelle du monde, un travailleur sur cinq. Leur poids économique ne cesse de croître, au point que certaines ont une assise financière supérieure aux budgets de nombreux États. La catastrophe du Rana Plaza a marqué les esprits partout dans le monde. Le Bangladesh s’est engagé à mieux assumer sa mission de contrôle des normes du travail mais, objectivement, cela va prendre des années avant que son administration ne se dote d’un corps d’inspecteurs du code du travail, formés et indépendants. L’un des leviers, c’est de rendre les donneurs d’ordre, donc les multinationales, responsables des conditions sociales dans lesquelles leurs produits sont confectionnés. Si des jouets sont fabriqués par des enfants dans certains pays d’Asie, on doit pouvoir porter plainte contre cette multinationale car c’est contraire à une convention internationale du travail.

Mais pour cela, il faut des moyens de contrôle, de pression ?

C’est le combat que nous devons mener, mais il faut se rendre à l’évidence. Aujourd’hui, si l’OIT n’existait pas, il serait peut-être impossible de la créer et d’avoir une majorité de gouvernements la défendant. Nous vivons un monde où la loi du marché apparaît comme le moteur du progrès social alors qu’elle ne fait qu’accroître la précarité, les tensions, les conflits. Ce n’est pas un hasard si ce sont dans les pays européens que les droits sociaux sont les plus évolués et les plus menacés. C’est là que les combats syndicaux ont été les plus intenses. La norme qui prend le pas, c’est celle du non-droit. On est très loin de la déclaration de Philadelphie, qui consacre la primauté des impératifs sociaux sur les impératifs économiques et financiers. Veut-on réaffirmer cette déclaration ou laisser cette loi du marché accroître les inégalités et les dégâts sociaux ?

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