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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 05:25

 

Après le milliardaire britannique Branson, c’est au tour de l’homme le plus riche du monde, fondateur et ex-PDG d’Amazon, de s’envoler vers l’espace, ce mardi, à bord de sa fusée, avec trois passagers. Un vol aux coûts exorbitants.

Neuf jours après le Britannique Richard Branson, son concurrent milliardaire Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, fondateur et ex-PDG d’Amazon, a décollé à son tour ce mardi, à 15 heures (heure française) dans la fusée de sa société Blue Origin. La date n’a pas été choisie au hasard : le 20 juillet marquait le 52e anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11. Partie d’un désert du Texas en direction de l’espace, la fusée avait à son bord trois autres touristes spatiaux, dont l’un a acheté, aux enchères, un siège à un prix exorbitant. Jeff Bezos était accompagné de son frère Mark et de deux passagers, à la fois le plus jeune et la plus âgée des astronautes.

Oliver Daemen, un Néerlandais de 18 ans, titulaire d’une licence de pilote privé, est le premier et seul passager payant de Blue Origin. Il est le fils du patron de la société d’investissement Somerset Capital Partners, qui a été le deuxième plus gros enchérisseur. Le vainqueur des enchères, qui a demandé à rester anonyme a, lui, payé 28 millions de dollars mais il s’envolera lors d’une prochaine mission. L’astronaute la plus âgée, invitée par Bezos, est l’aviatrice de 82 ans « Wally » Funk. Dans les années 1960, elle avait fait partie d’un groupe de femmes sélectionnées dans le cadre d’un programme de la Nasa. « J’avais fait le travail mieux et plus vite que n’importe lequel des hommes, raconte Wally Funk, mais personne ne voulait me prendre. Je ne pensais pas que j’irais là-haut un jour ! »

Bezos préparait ce vol depuis plus de vingt ans avec sa société Blue Origin, qui gère le voyage. Son entreprise a conçu une fusée réutilisable nommée New Shepard, qui possède à son sommet une capsule, dotée de hublots, capable d’accueillir jusqu’à six personnes dans un volume habitable de 15 m3.

Comme prévu, cette capsule s’est séparée de la fusée New Shepard à 75 kilomètres d’altitude, puis a continué son chemin jusqu’à 106 km, juste au-delà de la limite de l’atmosphère terrestre, afin que les quatre passagers puissent flotter quelques minutes en apesanteur et découvrir la courbure de la Terre. La capsule est alors retournée atterrir dans le désert après avoir été freinée dans sa descente par trois parachutes.

À la différence du vaisseau de Richard Branson, qui emploie une technique de propulsion à carburant solide produisant du CO2 (principal responsable du changement climatique), la fusée New Shepard de Blue Origin utilise de l’hydrogène et de l’oxygène liquide dans son moteur. Mais elle pollue, comme tous les vols suborbitaux. En dix minutes, Bezos et ses trois clients ont tout de même émis chacun l’équivalent de 75 tonnes de CO2… « Sur Terre, il y a un milliard de personnes qui n’atteignent pas ces niveaux d’émissions sur une vie entière ! » a calculé l’économiste, Lucas Chancel, ­spécialiste des inégalités et de l’environnement .

Une concurrence effrénée pour privatiser le tourisme spatial

Avec cette aventure, Jeff Bezos inscrit son nom dans l’histoire spatiale américaine. Comme Richard Branson, il a déclaré, qu’il poursuivait un rêve d’enfance. Dans les faits, il se lance dans une concurrence effrénée avec les autres ­entrepreneurs milliardaires pour privatiser le tourisme spatial, voire l’exploration de l’espace. Ses deux rivaux déclarés : Elon Musk, le patron de Tesla, qui a fondé le groupe SpaceX, et Richard Branson, le patron de Virgin Group fondateur de Virgin Galactic, qui a réalisé le premier vol suborbital habité le 11 juillet dernier. La fusée de SpaceX, trois fois plus haute que New Shepard, a déjà été mise en orbite et la mission Alpha de SpaceX vient de retourner sur la Station spatiale internationale avec Thomas Pesquet à son bord.

« Les milliardaires s’amusent… Mais le monde change ! Les propositions de vol spatial de courte durée coûtent cher. Compte tenu des lois de la physique, ils sont très dispendieux en énergie et il y a peu de pistes pour que cette empreinte écologique diminue », regrette Michel Viso, ancien responsable du programme exobiologie du Centre national d’études spatiales (Cnes). Avertissant au passage que la véritable appropriation de l’espace résultera des accords Artemis, qui concernent la Lune : « Les États-Unis font signer en catimini, en bilatéral, par les États, ces accords. Ils prévoient, en contradiction avec le traité de 1967, et quoi qu’en dise leur promoteur, de pouvoir délimiter sur la Lune une zone d’une étendue indéterminée, réservée à l’usage exclusif d’une entité (État ou ­compagnie privée). »

Si le « rêve » spatial de Jeff Bezos s’est accompli, il fera difficilement oublier ce qui se passe sur Terre chez le géant Amazon, où travaillent tant d’intérimaires : en France, ils occupent jusqu’à 64 % des postes les plus dangereux. Et selon le Strategic Organizing Center, une coalition de syndicats américains, près de 6 % des ouvriers ont été victimes d’un accident de travail en 2020. Des drames notamment dus à un système intitulé « Time Off Task » (« Temps non travaillé »), qui repère et signale ceux qui s’arrêtent un moment de travailler et provoque ainsi beaucoup de stress.

Sous couvert de poursuivre un rêve, le tourisme spatial des ultrariches emmenés par Jeff Bezos ressemble plutôt une opération mondiale de communication pour tenter de faire oublier le cauchemar quotidien des précaires surveillés dans les entrepôts d’Amazon.

 

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 05:10

Maître de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne, Françoise Salvadori a récemment travaillé en partenariat avec l’historien des sciences Laurent-Henri Vignaud sur un fonds d’archives inédites concernant les travaux de Pasteur. En a résulté Antivax. La résistance aux vaccins du xviiie siècle à nos joursi, un livre très riche qui a valu à ses auteurs le prix Villemot de l’Académie des sciences.

Entretien réalisé par Thomas Liechti*

 

Progressistes : Vous avez sorti en 2019, avant qu’on puisse encore envisager la pandémie de covid-19 en France et avant les polémiques actuelles, un livre apportant un regard historique sur les mouvements de résistances aux vaccins et leurs arguments au cours du temps, qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Françoise Salvadori : En 2015, mon collègue et coauteur, l’historien Laurent-Henri Vignaud, et moi-même avions travaillé sur des archives Pasteur non encore explorées, conservées dans sa maison familiale d’Arbois, dans le Jura ; il s’agissait de cahiers de traduction de publications de ses contemporains, souvent en compétition avec lui, et annotés par Pasteur lui-même. Nous avons été assez surpris d’y voir de nombreuses critiques sur sa nouvelle méthode de vaccination, notamment quand il l’a appliquée à la rage humaine… Mme Pasteur découpait aussi dans la presse les articles critiquant son mari, qui était en particulier la cible des ligues antivivisection.

Comme des doutes sur la vaccination commençaient à s’exprimer de plus en plus, en France comme ailleurs, en particulier depuis l’épisode de la grippe H1N1 en 2008-2009, de plus en plus largement relayés par les réseaux sociaux, l’idée nous est venue d’aller à la recherche des origines de ces opinions et d’étudier leur évolution, leurs différentes formes selon les lieux et les époques. Même si des travaux existaient, en particulier sur les oppositions à l’inoculation variolique au xviiie siècle, cette histoire de l’antivaccinisme n’avait pas fait l’objet d’un livre sur un temps long.

Notre étude nous a permis de montrer que quelques grands types d’oppositions actuels se trouvaient déjà dans la période pré-jennérienne. Rappelons l’origine des pratiques vaccinales : le médecin anglais Edward Jenner avait réussi à la fin duxviiie siècle à protéger contre la variole humaine en injectant un extrait de pustule d’une vache atteinte de vaccine, la variole bovine, peu dangereuse pour l’homme. Depuis au moins un siècle avant lui, on pratiquait déjà, en particulier en Asie et au Moyen-Orient, la variolisation : une injection de pus directement prélevé chez un malade de la variole, ce qui induisait une protection mais au prix de nombreuses infections varioliques

Ces oppositions qui ont donc accompagné l’histoire de la vaccination s’appuient parfois sur des arguments religieux (« providentialistes ») s’observant encore dans quelques courants fondamentalistes ou sectaires de toutes les religions, ou bien sur l’idée que « la nature fait bien les choses » et qu’elle est toujours préférable à l’artifice que représenterait le vaccin ; pour les adeptes des médecines « douces » ou parallèles, présentées comme plus naturelles, ce n’est pas tant le microbe qui occasionne la maladie qu’un déséquilibre de l’ordre naturel des « humeurs » ou des flux énergétiques, favorisé par une mauvaise alimentation ou d’autres facteurs constituant un « terrain » dégradé qu’il suffit de restaurer. On entend aussi chez certains opposants des affirmations pseudo-scientifiques ou fondées sur des théories « alternatives » non validées par la communauté scientifique, ou des revendications plus politiques qui dénoncent les bénéfices des industriels du vaccin et/ou la contrainte de l’État dans les régimes d’obligation vaccinale (vécue comme une entrave à la liberté individuelle).

Progressistes : Dans le contexte de l’apparition des vaccins contre la covid-19, on a pu voir une explosion de méfiance sur les réseaux sociaux et l’apparition de sondages montrant une forte défiance de la population face à la vaccination, notamment beaucoup de questionnements et de fantasmes autour des vaccins à ARN messager, ces méfiances sont-elles légitimes ?

Fr. S. : Elles sont légitimes, je dirais plutôt : elles l’étaient… En particulier quand on a annoncé la mise au point aussi rapide de vaccins – moins d’un an après l’apparition de cette nouvelle maladie, alors que les médias affirmaient depuis quelque temps que plusieurs années seraient nécessaires pour mettre au point un nouveau vaccin. Elles l’étaient aussi vis-à-vis des premiers vaccins ayant obtenu l’autorisation, les vaccins à ARN messager (ARNm), car cette technologie semblait nouvelle pour la population, et que l’ARN, assimilé à l’ADN, ouvre à toutes les craintes et fantasmes autour des OGM et d’une éventuelle « prise de contrôle » de nos cellules par ce vaccin… De fait, il faut un peu de pédagogie. D’une part, les vaccins anticovid ont bénéficié d’énormément de subventions et de précommandes de pays riches, qui ont fait eux aussi des calculs de bénéfices/risques et ont préféré financer la recherche-développement en espérant à terme diminuer les pertes de vies humaines et les pertes économiques liées aux confinements ! Ces financements massifs ont accéléré les recherches, et les spécialistes ne partaient pas de rien : la technologie des vaccins ARNm était au point depuis une quinzaine d’années, même si les applications étaient restées assez confidentielles et limitées au domaine de la cancérologie. D’autre part, des réglementations assouplies ont permis le chevauchement des phases d’essais 1, 2 et 3. Et un autre facteur qui a accéléré la récolte des résultats est justement l’intensité de l’épidémie dans certains pays, car en phase 3 on doit dénombrer les cas de covid pour comparer les groupes de volontaires vaccinés avec ceux qui ont reçu le placebo : plus l’incidence de l’infection est élevée, plus vite on aura des résultats comparatifs. C’est ce qui s’est passé, on a vu assez vite que pratiquement tous les cas, et les cas graves, s’observaient dans le groupe placebo !

Le risque zéro n’existe pas en médecine, mais ces vaccins à ARNm semblent très sûrs, on peut le dire de façon assez sereine maintenant que nous avons dans le monde autour de 200 millions de sujets vaccinés, avec un recul de deux mois, et seulement quelques accidents allergiques graves, prévisibles le plus souvent, se déclarant très vite après l’inoculation du vaccin, et que l’on sait prendre en charge. Il n’y a aucun risque que l’ARN modifie l’ADN de nos cellules, car il ne peut pénétrer dans le noyau ni a fortiori s’intégrer à l’ADN ! Quand nous sommes infectés par des virus à ARN (grippe, VIH, virus respiratoires banals…), l’ARN de ces virus ne modifie pas notre patrimoine génétique. C’est la même chose ici ! De plus, cet ARN vaccinal a une durée de vie très courte, il est traduit en protéines de spicule (les petites pointes qui forment la couronne externe du virus, à laquelle il doit son nom) par les ribosomes de la cellule, et ces protéines virales vont stimuler des lymphocytes qui produiront des anticorps contre elles, ainsi que des cellules qui vont constituer la base d’une mémoire immunitaire a priori durable.

Progressistes : Ces méfiances sont-elles nouvelles au regard de l’histoire des mouvements de résistance aux vaccins ou juste réadaptées à ces nouveaux vaccins ?

Fr. S. : Par rapport aux différents types d’arguments plutôt constants dans l’histoire, on va trouver ici une prédominance des opinions défendant la nature face à l’artifice du vaccin : on aimerait croire qu’un régime alimentaire, une hygiène de vie, des médicaments « simples et naturels » sont plus efficaces que les vaccins… La nature serait tellement bien faite qu’elle n’aurait pas pu « créer » ce virus, qui serait donc pour certains une fabrication humaine. Des personnalités très présentes sur Internet prétendent qu’un bon régime alimentaire et quelques vitamines nous sortiraient d’affaire ! Mais on entend aussi beaucoup de discours « alterscientifiques » venant de médecins et scientifiques proposant des molécules « magiques », qui ne donnent pourtant pas de résultats probants dans les différents essais menés selon les normes de la médecine fondée par les preuves (evidence-based medicine) ; certains médecins mettant volontiers en avant la liberté de prescription se sont même organisés en associations, telles la Coordination santé libre ou Laissons les médecins prescrire.

À ce scepticisme s’ajoute la dénonciation des profits des laboratoires pharmaceutiques. (Des soupçons d’enrichissement visaient déjà les médecins inoculateurs dans les salons du xviiie siècle, et se sont renforcés après la création de l’Institut Pasteur, que d’aucuns appelèrent « usine rabique » quand Pasteur lui-même était caricaturé en chimiste-financier.) L’industrie des vaccins très concentrée sur quelques gros laboratoires, les Big Pharma, est actuellement pointée pour avoir bénéficié d’aides massives des États (subventions et précommandes), qui en effet vont aussi profiter aux actionnaires, et pour entretenir une certaine opacité sur les tarifs négociés… Des débats sont ouverts sur une éventuelle levée des brevets sur les vaccins anticovid. Ces contestations plus politiques concernent également la distribution des vaccins : la lenteur du démarrage de la campagne est fortement critiquée par cette moitié des Français très favorables à la vaccination, lenteur qui peut en partie s’expliquer par un choix des autorités de santé qui, justement, ont souhaité rassurer avec un démarrage (excessivement ?) prudent. Les débats vont se renforcer dans un proche avenir au sujet d’un éventuel passeport vaccinal qui donnerait des libertés à ceux qui auraient accepté de se faire vacciner, et qui est parfois jugé discriminant à ce titre.

Progressistes : Pensez-vous que les mouvements antivax soient un symptôme d’une crise plus large de la médecine et/ou de la science en général en France ?

Fr. S. : Des éléments de profil type des sceptiques face aux vaccins contre la covid-19 ont été apportés récemment par les sociologues : jeune, plutôt féminin, avec des opinions politiques éloignées du pouvoir en place, à gauche ou à droite, plutôt populiste (mais sans doute à nuancer). Ce vaccin est vu comme un instrument de mainmise d’un État dont on condamne la politique en général, et la politique sanitaire en particulier.

On note depuis que des études nationales et internationales l’ont mesurée, c’est-à-dire depuis une quinzaine d’années, une forte défiance en France, qui nous a classés plusieurs fois comme les champions du monde de la crainte des vaccins. En France un décrochage assez net s’est observé à la suite de l’épidémie de grippe H1N1, en 2008-2009, mais la confiance avait déjà été érodée lors des cafouillages de communication autour de la vaccination contre l’hépatite B : deux ministres successifs – M. Douste-Blazy en 1994 et M. Kouchner en 1998 – avaient appliqué le principe de précaution dans des directions opposées ! Le premier avait fortement recommandé la vaccination en population générale, et partant des campagnes de vaccination scolaire à grande échelle furent organisées. Les cas de sclérose en plaques semblant en augmentation à cette période, on les relia à ce vaccin, poussant le second ministre à arrêter la vaccination des adolescents à l’école, ce qui bien sûr avait accrédité l’idée qu’il y avait bien un risque… Bien qu’aucune étude épidémiologique n’ait montré de lien causal, cette polémique franco-française n’est pas réellement finie ! Mais l’actuelle défiance se manifeste sur un fond particulier, car les Français n’ont pas oublié qu’on leur a tenu des discours mensongers ou partiels/partials sur le sang contaminé par le VIH, sur l’amiante, sur le Mediator… Et la gestion de l’épidémie de covid, la communication contradictoire sur les masques, les tests… ont montré que cette tendance à ne pas dire la vérité aux citoyens est très lourde dans notre pays.

Cette perte de confiance envers les autorités de santé s’explique donc assez bien ; elle peut renforcer une contestation plus globale des autorités politiques ou du parti au pouvoir, elle peut l’induire aussi. Elle semble actuellement s’étendre aux chercheurs et à la communauté scientifique ; c’est un phénomène plus récent selon les études des sociologues. On peut penser que les arènes médiatiques y ont contribué en donnant trop souvent le même écho à tous les « points de vue » – comme dans l’affaire Raoult –, ce qui pourrait passer pour une quête d’objectivité, en oubliant que le temps de la construction et de la validation des connaissances scientifiques n’est pas celui de l’information en continu.

Progressistes : Est-ce qu’on peut parler d’un affaiblissement, voire d’une rupture, du lien de confiance entre la population française et la science d’un point de vue historique ?

Fr. S. : Comme je l’ai dit, la défiance vis-à-vis des scientifiques a tendance à s’amplifier. La crise sanitaire actuelle n’y est sans doute pas pour rien, mais il faudra encore un peu de recul pour l’affirmer et l’étudier plus rigoureusement. Le fait même que cette épidémie nous atteigne si lourdement, alors que les progrès de la médecine nous ont fait oublier beaucoup de maladies et permis d’en soulager tant d’autres, peut faire douter de ces progrès ! Or on observe cette tendance à la rupture entre les citoyens et la science dans tous les pays développés : quand les gens accèdent à un niveau d’études plus élevé et qu’ils ont accès à des informations à foison, ils se sentent d’autant plus légitimes à affirmer leurs opinions ou leurs croyances sur des sujets scientifiques. Pour eux, les énoncés scientifiques sont des opinions comme les autres : chacun a la sienne et elle vaut celle de son voisin, de son enseignant, de son médecin…

Aux États-Unis des études de psychologues ont montré que plus les citoyens étaient éduqués, plus ils défendaient, par exemple, l’origine naturelle du réchauffement climatique s’ils étaient républicains, et son origine anthropique s’ils étaient démocrates ! L’éducation renforce leur niveau de croyance/confiance dans des influenceurs, le plus souvent recrutés dans leur « bulle », par ces biais de confirmation que les algorithmes d’Internet exploitent à merveille. On voit donc que l’enseignement des sciences est nécessaire, mais pas suffisant à l’ère d’Internet… Je ne pense pas que ce relativisme très contemporain soit typiquement français, mais il semble en progression dans notre pays.

Progressistes : On peut avoir l’impression que la confiance dans la médecine est différente selon les sociétés aujourd’hui. Est-ce que la France est un cas particulier des mouvements antivaccins ?

Fr. S. : La confiance dans les vaccins est différente d’un pays à l’autre, et elle semble faible en France, si toutefois les opinions avancées dans les sondages reflètent les véritables agissements de leurs auteurs… Car dire qu’on ne veut pas du vaccin, c’est aussi dire qu’on est contre Macron, ou pour Raoult, ou contre Sanofi, ou pour les médecines naturelles ! En situation, quand la vaccination sera proposée facilement et gratuitement à chacun, et si la maladie continue de tuer et d’empêcher la vie sociale, il est possible que les actes soient différents des opinions. Les sondages récents, qui plus est dans cette période où la pénurie et la distribution équitable sont au centre de la problématique, semblent le montrer.

Je ne pense pas que les Français soient défiants plus que d’autres vis-à-vis de la médecine, ils sont même parmi les plus gros consommateurs au monde de médicaments antibiotiques ou anxiolytiques ! Les sondages montrent qu’ils gardent une bonne confiance envers leurs médecins, ce qui a d’ailleurs été bien noté par les autorités de santé qui souhaitent s’appuyer sur les médecins généralistes pour accélérer la campagne de vaccination… La défiance isolée en France vis-à-vis de ces médicaments très particuliers que sont les vaccins reflète peut-être aussi une réticence à l’encontre d’une pratique du « pari » (on pense qu’on ne sera pas atteint soi-même, et que le coût de l’assurance est trop cher pour le risque ?), et du pari collectif, car l’efficacité de la vaccination ne peut se mesurer que collectivement. Quand il y a du collectif, il est normal que l’État s’en mêle, et là encore le bât blesse…

*THOMAS LIECHTI est membre du comité de rédaction de Progressistes

i. Éditions Vendémiaire, Paris 2019.

 

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 05:05

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 14:19
Jeanne Civié Borzakian, née en Pologne en 1918, militante communiste, résistante et FTP-MOI est décédée à Paris le samedi 25 juillet 2021.

Jeanne Civié Borzakian, née en Pologne en 1918, militante communiste, résistante et FTP-MOI est décédée à Paris le samedi 25 juillet 2021.

Jeanne Civié Borzakian, ancienne résistante communiste juive de la FTP-MOI vient de s'éteindre à 103 ans
Douce pensée pour Jeanne Civié Borzakian qui vient de nous quitter à 103 ans🖤
Juive polonaise, arrivée en France à 10 ans, engagée toute sa vie pour la liberté mais aussi l’égalité et la justice sociale.
Communiste militante dès 1936, résistante et #FTPMOI.
Ses deux parents ont été assassinés à #Auschwitz parce que juifs
Laurence Patrice et Catherine Vieu-Charier
 
Jeanne Civié Borzakian, ancienne résistante et FTP-MOI est décédée à Paris le samedi 25 juillet 2021.
Jeanne Civié Borzakian, est née en Pologne le 14 décembre 1918 (103 ans). Ses parents, juifs, avaient rejoint la France en 1928 pour fuir la répression et des conditions de vie misérable. Elle adhère comme son père, au parti communiste et participe aux mouvements sociaux de 1936.
Au début de l’Occupation, elle commence à résister avec plusieurs de ses camarades communistes. Grâce à son sang froid et à sa vigilance, elle évite à plusieurs reprises d’être arrêtée. En revanche, ses parents sont déportés en février 1943 vers le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz où ils sont assassinés. Sa soeur cadette, Rosette, résistante elle aussi est déportée à Auschwitz en juin 1944 d’où elle reviendra après la Libération du camp.
Après le démantèlement de son réseau, Jeanne Civié intègre les FTP-MOI et participe à leurs actions. En 1947 elle épouse Puzant Borzakian, dit André, résistant comme elle. Lorsqu’on lui demandait pourquoi elle s’était engagée dans la Résistance, elle répondait : « Je devais bien ça à la France qui m’avait accueillie ».
Elle restera fidèle à ses convictions et militera jusqu'à sa mort.
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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 14:00
Vendredi 6 août - Mobilisation pour le désarmement nucléaire au Menez Hom à l'occasion de la commémoration des bombardements de Hiroshima et  Nagasaki
Vendredi 6 Août - Soirée pacifiste au Menez Hom
Compte tenu du climat délétère des contestations de la volonté de mise au pas de la population par les autorités, il apparaît essentiel que l'opinion se fasse entendre en toute sérénité, sur les domaines qui font société.
La commémoration des désastres des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, est de ce registre.
Comme tous les ans, le mouvement pacifiste va l'honorer.
Il va le faire cette année en adaptant l'action citoyenne qui porte cette mémoire, au contexte de la nouvelle donne que représente l'entrée en vigueur du Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires, ce 21Janvier 2021.
Aussi le CIAN 29 (Collectif finistérien pour l'Interdiction des Armes Nucléaires) appelle la population à l'accompagner pour revendiquer que la France signe ce traité et engage le processus de démantèlement de ses armes nucléaires.
Le 6 Août, c'est en soirée, du point culminant de la presqu'île de Crozon, à quelques lieux du sanctuaire de l'Ile-longue, que raisonneront, dés 18 heures, les messages favorables à un avenir résolument humain, libéré de la menace périlleuse que fait courir à l'Humanité le maintien et la modernisation d'un arsenal atomique.
Vendredi 6 août - Mobilisons-nous pour le désarmement nucléaire dans le Finistère, au Menez Hom
16h ouverture de l'espace militant au sommet du Menez Hom
17h-18h Marche vers le Menez Hom. Départ du parking Sainte-Marie du Menez Hom
18h30-21h30: Pique nique et animations au sommet du Menez Hom
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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 05:51

 

D’emblée, je souhaite vivement contester la précipitation de ce débat. Alors que le Président de la République a annoncé lundi 12 juillet ses décisions, solitaires, le Parlement, mais aussi le pays tout entier sont obligés de se mettre au pas sans même avoir le temps d’examiner sérieusement les dispositions proposées qui ont d’ailleurs évolué au fil des jours.

Le Parlement, une nouvelle fois, est mis devant le fait accompli, M. le Ministre.
Nous sommes pleinement conscients des dangers que fait courir le variant Delta, mais vous devez accepter de débattre d’autres chemins existants que celui proposé par E. Macron. La démocratie, le pluralisme, c’est savoir écouter, prendre en compte et parfois, concéder et reconnaître ses erreurs.

Oui, nous savons que le variant Delta se répand vite, et nous le savons depuis de nombreuses semaines.

Oui, nous savons qu’en France les contaminations repartent vivement à la hausse.
Nous savons aussi que la vaccination est un rempart efficace qui évite les hospitalisations et les réanimations.

La vaccination est un outil formidable pour permettre de venir à bout de l’épidémie. Mais il faut des moyens pour aller au plus près de la population non vaccinée souvent par abandon social ou par manque d’information.

Informer, convaincre, mobiliser tous les acteurs de la société sont la clef d’une vaccination pour tous.

C’était peu ou prou votre position hier.
Pourquoi un tel revirement ?

Comment ne pas être surpris par cette volonté soudaine de culpabiliser notre peuple, de le diviser, de le fracturer ?

M. le Ministre, c’est vous qui avez refusé les vaccinodromes en janvier dernier. C’est vous qui avez fait le choix d’une vaccination progressive de la population, rappelant durant des semaines que les jeunes ne risquaient pas tant et pouvaient attendre.
Qui a fait le choix de commander massivement Astrazeneca qui fut sévèrement critiqué jusqu’à être interdit dans plusieurs pays ? La campagne vaccinale fut même suspendue en France.

En mai et en juin, la vaccination a décollé et la suspicion a reculé. Mais qu’avez-vous fait pour organiser la vaccination de masse durant les congés face à la déferlante du variant Delta ?

Quelle mouche vous a piqué pour dégainer un projet de loi aussi attentatoire aux libertés publiques ?

De plus, pourquoi produire un argumentaire culpabilisateur à outrance, alors que les doses ne sont pas disponibles pour parvenir rapidement à l’immunité collective ?
M. le Ministre, notre analyse que nous développerons au cours des débats est celle-ci.
Ce projet de loi, le discours d’E. Macron est un aveu d’échec manifeste.

Notre peuple n’est pas assez vacciné, non pas parce qu’il est récalcitrant, mais parce que vous n’avez pas mis en œuvre les moyens nécessaires.

Ensuite, et « en même temps » le Président de la République, utilise ce moment pour accentuer la dérive autoritaire de son pouvoir pour placer sous une cloche libérale notre pays.

Le 12 juillet, E. Macron a mêlé sa nouvelle réponse sécuritaire à la crise sanitaire, à la confirmation ou annonce de coup de force antisociaux.

À travers cette intervention, l’autoritarisme apparaît comme le point commun à ces différents aspects de la politique du pouvoir actuel.

La prolongation de l’état d’urgence sanitaire du 30 septembre au 31 décembre 2021 symbolise le maintien d’un état d’exception.

L’instauration du passe sanitaire est un outil de division de notre peuple. Je n’accepterai pas, M. Véran, que vous caricaturiez comme vous l’avez fait à l’Assemblée nationale, ceux qui, contre vents et marées, veillent à préserver le respect du droit, de l’égalité.

La Défenseure des droits, comme d’innombrables juristes, associations, syndicats, s’est vivement inquiétée et a annoncé dix recommandations précises importantes pour préserver les libertés et le droit face à vos propositions. J’aimerais connaître votre réponse détaillée à ces interpellations.

Le passe sanitaire est, selon nous, vicié dès le départ. Qui dit passe sanitaire dit contrôle d’identité. M. le Ministre, soit vous faites contrôler l’identité par des personnes non assermentées et c’est une dérive inacceptable, soit vous permettez d’intensifier des contrôles de police inopinés dans les restaurants, dans les cinémas, dans les salles de sport, dans les transports ou à domicile dans le cadre du contrôle de l’isolement.
Est-ce ce modèle de société que vous portez ? Une société de suspicion, de contrôle permanent !

Vous faites ce choix, ce n’est pas le nôtre je le répète, nous faisons le choix de la confiance et de la santé publique.

Le passe sanitaire pour nos concitoyens sera une obligation pour la vie quotidienne. Pour d’autres, ce sera une obligation au travail.

Nous refusons que la suspension ou le licenciement soit l’aboutissement de cette obligation en milieu professionnel.

Concernant les soignants, nous comprenons le débat sur l’obligation vaccinale des soignants.

Mais pourquoi là aussi la menace de la suspension et du licenciement ?

Comment osez-vous, après les avoir fait applaudir, menacer d’exclure de leur travail des femmes et des hommes qui ont souvent risqué leur vie pour le pays ?

L’obligation d’isolement que j’évoquais pose également de lourds problèmes de droit.
Nous refusons qu’une mesure privative de libertés, car c’est de cela dont il s’agit, puisse résulter d’un seul test positif, sans décision de justice.

Par ailleurs, comme ne pas constater une nouvelle fois la discrimination à l’égard des moins favorisés qui ne peuvent respecter l’isolement du fait des conditions de logement précaire ?

Enfin, M. le Ministre, comment ne pas s’alarmer du changement de donne concernant le système d’information dépistage, le SIDEP qui, réservé au personnel de santé, sera consultable demain par toutes les catégories habilitées à effectuer les contrôles ?
La préservation des données personnelles et le secret médical sont foulés au pied par votre projet.

M. le Ministre, nous voterons contre votre projet, même provisoirement assoupli par le Sénat, car sous le couvert d’un combat pour la vaccination, il accélère un projet de société attentatoire aux libertés et droits des salariés, sans armer notre pays face aux pandémies.

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 05:48

 

Le 12 juillet, le Président de la République a pris la parole devant les Françaises et les Français parce qu’une quatrième vague épidémique s’apprête à déferler sur notre pays et le continent européen. Une nouvelle vague prévisible puisque, dès le 12 mai, le variant Delta avait été classé préoccupant par l’OMS. Deux mois après, pour tenter d’amoindrir sa virulence, le Gouvernement annonce brutalement des mesures engendrant de graves tensions et déconnectées des réalités du terrain, soumises à partir d’aujourd’hui au Parlement, devenu simple chambre d’enregistrement. 
Les solutions préconisées par le chef de l’État tiennent en trois points : la vaccination obligatoire pour toutes les personnes qui travaillent dans le soin, un élargissement considérable du « pass » sanitaire et la fin du remboursement des tests.


 
L’élargissement du « pass » sanitaire, assorti d’un contrôle généralisé, et la fin du remboursement des tests convergent de fait pour rendre la vaccination obligatoire pour tous. Mais cette obligation ne veut pas dire son nom. Et elle est instaurée par le pire des détours : celui de la contrainte individuelle en mettant en avant une vision utilitariste et consumériste du vaccin. Il n’y a pas de doute sur le message envoyé par le Président de la République : vaccinez-vous pour pouvoir consommer, manger, vous distraire et voyager ! La protection des plus fragiles et l’immunité collective suivront. 

Cette inversion, qui place l’intérêt collectif au second rang, n’est en réalité guère surprenante. Depuis quatre ans, le Président de la République et sa majorité appliquent avec méthode des politiques néolibérales qui détricotent, maille après maille, notre contrat social et ses valeurs collectives. Cette idéologie individualiste anime Emmanuel Macron en toutes circonstances. C’est pourquoi il lui est si facile d’évoquer dans la même séquence le « pass » sanitaire, la réforme de l’assurance chômage et celle des retraites. Pour le Chef de l’État, le collectif n’a pas sa place. Seuls comptent les individus soucieux de maximiser leurs propres intérêts.

 Pourtant, la France porte en elle assez de générosité et de ressorts collectifs pour se mobiliser autour d’une stratégie vaccinale altruiste, fraternelle et acceptée par le plus grand nombre. À la double condition évidemment de s’en souvenir et de s’en donner les moyens.
 Il faut d’abord rappeler l’importance des vaccins dans notre histoire. Les grandes campagnes de vaccination que notre pays a connues ont eu des motivations pour l’essentiel altruistes, protégeant autant, sinon davantage, la collectivité que l’individu lui-même. Les vaccins contre la rubéole et la coqueluche en sont les exemples les plus caractéristiques : les enfants sont vaccinés contre la rubéole pour protéger les femmes enceintes, ce qui a permis une baisse spectaculaire des cas de rubéole congénitales tandis que le rappel pour la coqueluche permet de protéger les nourrissons non encore immunisés. La vaccination contre le Covid-19 ne déroge pas à la règle puisqu’elle vise à freiner la circulation du virus et à nous prémunir contre l’apparition éventuelle de nouveaux variants potentiellement plus dangereux.

Il faut ensuite mener une politique de santé publique qui permette à tous de pouvoir se faire vacciner en toute conscience et en toute confiance. La campagne de vaccination menée par le Gouvernement dans le cadre de la vaccination contre la Covid, c’est un fait, laisse sur le bord de la route une partie de nos concitoyens et essentiellement les « non connectés », ceux qui vivent dans l’isolement social, la pauvreté et la précarité.

Nous devons, de plus, regagner la confiance des Françaises et des Français. Le gouvernement a nourri un climat anxiogène aux effets délétères. Les retards, les mensonges et les atermoiements dans la gestion de cette crise en sont les premiers responsables.

Il faut enfin revendiquer une autre vision philosophique de la liberté que celle qui prédomine aujourd’hui, fruit de décennies de politiques libérales qui ont écrasé nos valeurs et divisé notre société. Non, la liberté ne se résume pas à l’absence de contraintes. Si tel était le cas, que devrions-nous penser de l’instruction obligatoire pour les enfants ? Que devrions-nous penser du Code du travail ? Ces mesures ne sont pas coercitives pour le plaisir de l’être. Dans notre État démocratique, elles ont été discutées, parfois âprement, contre la volonté des puissants et pour lever les réticences individuelles, puis votées et appliquées pour permettre à nos concitoyennes et concitoyens d’exercer leur liberté. Dans un pays démocratique, la liberté est le fruit d’un approfondissement constant de la relation entre les citoyens et la communauté nationale. En ce sens, elle est toujours l’objet d’une recherche, d’une tension et d’un travail de conviction pour que les contraintes soient admises comme un progrès et non pas un affaiblissement démocratique. La liberté est toute à la fois équilibre et mouvement.

 C’est pourquoi la vaccination ne peut être un acte liberticide. Elle doit être conçue comme un instrument mis à disposition par la puissance publique pour, à la fois, garantir l’intérêt général et préserver chacun des sévices de la maladie. Elle ne peut avoir comme objectif que de sortir de la crise sanitaire et éviter un nouveau confinement, source de terribles ravages pour nos enfants et les plus fragiles d’entre nous. N’écartons donc pas le principe d’une vaccination qui pourrait devenir obligatoire pour tous, plus respectueuse de nos principes républicains que ne peut l’être un « pass » sanitaire, mesure de police et outil de contrôle social.

Gageons que cette obligation s’appuierait sur une responsabilité retrouvée si elle était mise en place dans un climat de confiance, donc sans occulter d’éventuelles contre-indications médicales et en établissant un plan de gestion des risques pour parer à des évènements indésirables. Il serait alors inutile de recourir à des moyens coercitifs pour que 90 % de la population soit vaccinée et que nous atteignions ensemble l’immunité collective.

 Cette approche altruiste nous oblige également à agir au-delà de nos frontières. La France a un rôle essentiel à jouer au sein de l’UE afin qu’elle plaide pour une levée des brevets sur les vaccins à l’OMC, condition indispensable pour faciliter la diffusion de la vaccination dans les pays qui en sont encore exclus. Tirons les enseignements de l’histoire : l’éradication de la poliomyélite n’a été possible que grâce à la mise en place d’un vaccin non breveté permettant sa large diffusion dans la population. 
 La levée des brevets sur les vaccins Covid reste donc une priorité. Elle n’est, hélas, pas celle d’un Gouvernement pour lequel la vaccination n’est qu’un outil au service du retour à un consumérisme sans frein, pour le grand bonheur des multinationales du médicament.

 

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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 15:17
Yves Giloux adhère au PCF clandestin à Brest à 19 ans en 1941. Il devient chef d'un groupe F.T.P en 1942 et prend part à de nombreuses actions contre l'occupant: attentats, sabotages, attaques à main armée. Ainsi l'attentat contre l'hôtel Moderne siège de la Krieskommandantur à Brest, et contre le cinéma Eden à Brest, reservé aux soldats allemands. Il est arrêté à Nantes après l'attentat contre l'Eden le 1er janvier 1943. Abominablement torturé par des policiers français, livré ensuite aux juges de Pétain et aux Allemands, il est condamné à mort par le tribunal militaire allemand le 28 août 1943 et exécuté en même temps que 18 autres résistants communistes brestois le 17 septembre 1943 au Mont Valérien. Son nom fut donné au principal bataillon de FTP du Nord-Finistère.

Yves Giloux adhère au PCF clandestin à Brest à 19 ans en 1941. Il devient chef d'un groupe F.T.P en 1942 et prend part à de nombreuses actions contre l'occupant: attentats, sabotages, attaques à main armée. Ainsi l'attentat contre l'hôtel Moderne siège de la Krieskommandantur à Brest, et contre le cinéma Eden à Brest, reservé aux soldats allemands. Il est arrêté à Nantes après l'attentat contre l'Eden le 1er janvier 1943. Abominablement torturé par des policiers français, livré ensuite aux juges de Pétain et aux Allemands, il est condamné à mort par le tribunal militaire allemand le 28 août 1943 et exécuté en même temps que 18 autres résistants communistes brestois le 17 septembre 1943 au Mont Valérien. Son nom fut donné au principal bataillon de FTP du Nord-Finistère.

Résistance finistérienne - Histoire du bataillon Yves Giloux - par Albert Yvinec, capitaine Callac
Albert Yvinec, né le 14 juin 1912 à Plounéour-Menez, décédé en 1980 à Brest, capitaine Callac dans la résistance, chef de la place de Morlaix à la Libération et du Bataillon Yves Giloux en 1944, le frère d'Angéline Dollet (photo https://www.resistance-brest.net)

Albert Yvinec, né le 14 juin 1912 à Plounéour-Menez, décédé en 1980 à Brest, capitaine Callac dans la résistance, chef de la place de Morlaix à la Libération et du Bataillon Yves Giloux en 1944, le frère d'Angéline Dollet (photo https://www.resistance-brest.net)

Albert Yvinec (debout à gauche) en famille - photo de la collection privée de Claudie Quillec, sa nièce

Albert Yvinec (debout à gauche) en famille - photo de la collection privée de Claudie Quillec, sa nièce

Photo de la famille d'Angéline Dollet née Yvinec et de Albert Yvinec à Plounéour-Menez devant la maison familiale au bourg (photo de la collection privée de Claudie Quillec, sa nièce, et la fille d'Angéline Dollet)

Photo de la famille d'Angéline Dollet née Yvinec et de Albert Yvinec à Plounéour-Menez devant la maison familiale au bourg (photo de la collection privée de Claudie Quillec, sa nièce, et la fille d'Angéline Dollet)

Né à Ouessant, où ses parents, Charles et Anne-Marie, sont instituteurs à l'école publique, Yves Giloux est un étudiant brestois. Sous l’occupation, il poursuit des études par correspondance à l’école des Travaux Publics de Paris. D’août 1940 à septembre 1941, il effectue son stage d’examen au sein de l’entreprise S.Zeno de Brest. A partir de septembre 1941, il travaille aux Ponts et Chaussées au service de relevé cadastral .Yves Giloux adhère au PCF clandestin à Brest à 19 ans en 1941. Il devient chef d'un groupe F.T.P en 1942 et prend part à de nombreuses actions contre l'occupant: attentats, sabotages, attaques à main armée. Ainsi l'attentat contre l'hôtel Moderne siège de la Krieskommandantur à Brest, et contre le cinéma Eden à Brest, reservé aux soldats allemands. Le 5 janvier 1943, Yves Giloux et Charles Vuillemin effectuent une nouvelle tentative d’attentat, cette fois contre l’immeuble de la Kommandantur avec une nouvelle bombe. Plusieurs actions de cet acabit sont menées en janvier par les F.T.P brestois. Une nouvelle série d’arrestations va encore amenuiser l’effectif de résistants. De son côté, Yves Giloux est promu à l’échelon départemental le 6 janvier par Robert Ballanger à Rennes. Il devient alors Capitaine d’un groupement mobile avec pour tâche d’œuvrer dans le Finistère, le Morbihan et la Loire-Inférieure. Alors qu’il se rend à Nantes avec Jean-Louis Primas, Yves Giloux semble s’arrêter à Lorient pour y commettre un attentat dont les détails ne nous sont pas connus. Il est arrêté le 20 janvier 1943 à Doulon, près de Nantes par le Service de police anti-communiste (S.P.A.C) de Vichy.

Abominablement torturé par des policiers français, livré ensuite aux juges de Pétain et aux Allemands, il est condamné à mort par le tribunal militaire allemand le 28 août 1943 et exécuté en même temps que 18 autres résistants communistes brestois le 17 septembre 1943 au Mont Valérien. Son nom fut donné au principal bataillon de FTP du Nord-Finistère. Lire aussi, pour en savoir plus:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

Nous avons eu en main une présentation par Albert Yvinec (capitaine Callac dans la Résistance, le commandant de la place de Morlaix à la Libération), confié à Jean Nedelec, ancien résistant et militant communiste, par sa sœur Angéline, dit Yvette Dollet, l'histoire du Bataillon Yves Giloux. Le document nous a été remis par la fille d'Angéline Dollet, Claudie Quillec.

Notice établi sur Albert Yvinec par Gildas Priol (https://www.resistance-brest.net/)

Albert Yvinec passe un Certificat d’études primaires avant de débuter dans le monde professionnel comme mécanicien. Il devance son service militaire en s’engageant dans l’armée en 1930. Il sert jusqu’en 1932, au 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale (R.I.C) puis dans un régiment de Tirailleurs algériens jusqu’en 1934. Il termine ses cinq années d’engagement au 2ème R.I.C en 1935 avec le grade de sergent. Il se fait embaucher ensuite par la Direction des armes navales (D.A.N) de Cherbourg comme ouvrier-artificier et adhère à la Confédération générale du travail (C.G.T) et au PCF selon Eugène Kerbaul en 1936. L’année suivante, il épouse Yvonne Salou (1914-1998) à Plouguerneau. En 1938, leur fille voit le jour à Cherbourg puis la famille déménage en raison de la mutation d’Albert Yvinec au même poste à la D.A.N de Brest. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il reste dans le secteur et se voit employer à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas au Relecq-Kerhuon sous le statut d’affecté spécial. Sous l’occupation, Albert Yvinec est employé à la construction de la base sous-marine allemande de Brest dès 1941.

L’entrée en Résistance d’Albert Yvinec est assez mal définie. Il indique avoir réalisé de sa propre initiative, à partir de juillet 1941, des sabotages sur la construction de la base sous-marine. Son entrée dans une structure organisée de la Résistance est néanmoins plus tardive. En décembre 1943, son épouse, retirée à Plouguerneau avec leur premier enfant, donne naissance à leur fils Daniel. Le même mois, par l’intermédiaire de sa sœur Angéline, dite Yvette (Dollet) dans la résistance, Albert Yvinec est recruté par Marcel Boucher dans le Groupe Giloux des F.T.P de Brest. Ce groupe a déjà engagé des actions armées contre l’occupant et entend poursuivre de cette manière la lutte.

Albert Yvinec semble fournir des armes à son groupe car il est soupçonné du vol de mitraillettes à la base sous-marine allemande. Le domicile des Yvinec est perquisitionné à Plouguerneau le 23 décembre 1943. Se sentant plus que menacé, Albert Yvinec quitte son emploi et sa famille le lendemain pour trouver refuge à Callac dans les Côtes-du-Nord. Il y reste une bonne partie du mois de janvier 1944. Après avoir rétabli les contacts avec les rescapés de son groupe, Albert Yvinec revient en Finistère et retrouve ses camarades dans une ferme isolée au Goënidou à Berrien le 25 janvier 1944.

S’y trouvent alors Marcel Boucher, Guy Raoul, André Garrec, Guillaume Alix (L'Eclaireur), Jean Coquiec, Jean-Claude Porhel.

Albert Yvinec relate les conditions de vie des maquisards :

Le groupe était donc logé dans une maison isolée, servant de dépôt de fourrages. [...] La popote était assurée à tour de rôle, par les membres du groupe, le mobilier de cette masure était réduit à son plus humble expression. Une table rustique, deux bancs et c’est tout. La cuisine se faisait dans l’âtre.

 

Le groupe projette néanmoins des actions, notamment contre le barrage de Saint-Herbot. Il est aussi question de l’attaque d’un dépôt d’armes à Plounéour-Ménez. Dans la nuit du 2 au 3 février 1944, une mission de reconnaissance est faite à Plounéour-Ménez. Dans la matinée du 3 février 1944, un officier allemand et son ordonnance débarquent à la ferme où les résistants se cachent. Les allemands font le tour du secteur pour demander à la population d’évacuer temporairement les lieux en raison de séances de tirs de mortiers à Roc’h Trédudon. Curieux, l’allemand insiste pour visiter la ferme, il lui en coûte la vie, abattu par Marcel Boucher. Le soldat allemand qui l’accompagne est lui abattu par Jean Coquiec. Craignant des représailles, le groupe se disperse, pour sa part, Albert Yvinec part avec Jean Coquiec vers Huelgoat. Après y avoir laissé son camarade, Albert Yvinec poursuit vers Plouyé.

La dispersion reste coordonnée dans la mesure où tous doivent attendre une liaison pour se regrouper à nouveau. Celle-ci ne viendra jamais, le chef de groupe Marcel Boucher ayant été abattu le 4 février à la sortie de Landerneau avec Guy Raoul et André Garrec. Malgré l’ordre d’attente, Albert Yvinec s’impatiente et se rend chez sa sœur Yvette Dollet à Brest pour prendre des nouvelles. Après une semaine d’attente, il parvient à renouer des contacts avec le Groupe Lambert de Landerneau. Albert Yvinec apprend également le sort funeste de ses trois camarades. Le 17 février 1944, il participe avec trois landernéens, Alix Guillaume et Jean-Claude Porhel au déboulonnage de rails entre Dirinon et Landerneau sur la voie ferrée reliant Quimper à Landerneau.

Les rescapés du Groupe Giloux partent ensuite s’établir de nouveau à Berrien mais devant l’accroissement des patrouilles et arrestations dans le secteur, ils se ravisent et établissent leur maquis plus au sud, dans les bois de Coat-Bihan à Plonévez-du-Faou. Albert Yvinec est officiellement nommé chef de groupe en mars 1944 par Yves Autret. Les effectifs se renforcent peu à peu, et les actions se poursuivent. Outre les recrutements et l’instruction militaire de ceux-ci, le groupe récupère un peu d’armement, du matériel et une traction. Les maquisards effectuent des opérations de collecte de renseignements, à Brest ou au Relecq-Kerhuon ainsi qu’à des actions, notamment dans les Côtes-du-Nord. Vers la mi-avril 1944, les maquisards décident de scinder l’effectif en deux. André Lagoguet reste sur place, adoptant le nom de maquis de l’Étoile Rouge, embryon du futur Bataillon F.T.P Georges-Le-Gall tandis qu’Albert Yvinec part du côté de Scrignac pour ratisser plus large et trouver des volontaires. C’est pour ainsi dire la naissance théorique du futur Bataillon F.T.P Giloux.

Après un temps à Scrignac, les maquisards passèrent dans la région de Callac pour le mois de mai 1944. Durant toute cette période, les contacts avec la résistance F.T.P locale et départementale furent maintenus. Des actions d’aide à la population locale furent mises en œuvre, notamment la chasse aux pilleurs de fermes afin de revigorer la sympathie de cette population rurale qui avait de plus en plus de mal à ne pas confondre voleurs et maquisards. Le 4 juin 1944, le groupe qui s’est bien renforcé et qui a de bonnes assises dans le secteur, s’installe près de la chapelle de Saint-Maudez à Plourac’h où ils apprennent deux jours plus tard le débarquement en Normandie. La nuit du 7 juin est consacrée à établir des barrages sur les routes principales et secondaires du secteur. Le 8 juin, sur invitation du maire de Bolazec, les maquisards d’Albert Yvinec éliminent deux sentinelles allemandes du dépôt d’armes de la commune. Après récupération d’armes, munitions et équipements, le local est incendié.

Ce coup d’éclat permet d’accroître la notoriété des hommes d’Yvinec et de rallier un bon nombre de patriotes à sa cause. Il est d’ailleurs nommé par les autorités départementales F.T.P aux fonctions de responsable de maquis et adjoint pour le Nord Finistère à Daniel Trellu, Responsable départemental F.T.P. Albert Yvinec poursuit le travail de sape sur les routes et réclament des armes pour grossir son effectif. Début juillet, Yvinec parvient à être mis en relation avec un officier anglais des Jedburgh qui lui promet des armes. Les F.T.P du secteur sont alertés et vont se concentrer au maquis d’Yvinec pendant huit jours en vain, il n’y aura pas de parachutage. De surcroît, le maquis est contraint de décrocher à l’approche de troupes allemandes. Les groupes venus de pour le parachutage repartent les mains vides, l’équipe d’Albert Yvinec s’établit à Scrignac dans un vieux moulin. Enfin, il effectue une mission de liaison jusqu’à Laz (50 kilomètres) le 13 juillet pour obtenir un parachutage grâce à l’équipe Giles de la mission Jedburgh.

Les parachutages du 14 juillet à Plourac’h, 19 juillet à Plounéour-Ménez, 21 juillet à Plourac’h, 25 juillet à Scrignac et 28 juillet à Gueslesquin (ou Plourac’h ?) permirent enfin d’équiper les patriotes qui affluèrent de toute part. Le Bataillon F.T.P Giloux prenant vie, Albert Yvinec fut promu Chef de Bataillon avec le grade de Capitaine. L’équipe Jedburgh Hilary s’immisça dans la formation avec la demande d’attendre avant de déclencher l’insurrection générale. Les F.T.P n’en tiennent pas compte et harcèlent les allemands qui s’aventurent hors de leurs cantonnements.

Avec 4 compagnies de combat à sa disposition, Albert Yvinec ouvre la voie aux troupes américaines dans son secteur. Le bataillon est déployé sur la route entre Guingamp et Morlaix au Ponthou où les 3 et 4 août 1944, elle engage le combat contre les troupes allemandes avant de se replier sur Guelersquin pour y percevoir un nouveau parachutage. Le Bataillon F.T.P Giloux participe aux opérations de Libération dans le secteur Plouigneau et Morlaix. L’unité assure ensuite le nettoyage du secteur pour capturer les derniers ennemis et récupérer du matériel. L’unité est engagée vers le 20 août 1944 devant la poche allemande de Plougastel-Daoulas. Albert Yvinec retourne ensuite à Morlaix avec son unité pour dissolution.

A la Libération, Albert Yvinec est désigné commandant de la place de Morlaix.

Pour sa part, il souscrit un engagement pour la durée de la guerre et participe à la reformation du 118ème R.I.M en tant que capitaine d’une compagnie. Il est déployé sur le front de Lorient. Après guerre, Albert Yvinec s’occupa de ses camarades F.T.P et milita au P.C.F. Il reprit son poste à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas d’où il fut licencié en 1952 pour avoir fait voter une résolution demandant aux ouvriers de l’arsenal de s’opposer au travail pour la guerre d’Indochine, ainsi qu’au chargement de wagons de balles pour le Vietnam.

Pour son engagement dans la clandestinité, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile d’argent et la médaille de la Résistance française en 1946. Dans les années 50, Albert Yvinec fut conseiller municipal PCF et Adjoint au maire de Brest dans la délégation spéciale qui administre la cité en grande partie détruite par les bombardements. .

Albert Yvinec meurt en juillet 1980 à 68 ans.

L’année de son décès, une rue près de Kéranroux à Saint-Pierre-Quilbignon est dénommée en son hommage, à la demande de l’ANACR.

Notice publiée en, par Gildas Priol, mise à jour


 

Récit d'Albert Yvinec, capitaine Callac

sur le Bataillon F.T.P Yves Giloux

Un récit écrit vers 1960. Une vingtaine de pages avec un note de Jean Nédélec, un des passeurs de mémoire de la résistance communiste finistérienne, avec des gens comme Eugène Kerbaul et Pierre Le Rose, en exergue.

"Relater l'activité d'un groupe de résistance tel que le groupe Giloux même sommairement avec objectivité, avec des dates exactes, est chose très malaisée, surtout 25 ans après la Libération. Ne pas oublier dans la mesure du possible aucun des membres de ce groupe sera une chose très difficile. Aussi je m'en excuse à l'avance s'il y a des oubliés. D'autre part, pour décrire dans le détail les actions de ce groupe de résistance, nommé groupe d'élite par l'Etat-Major National, en fin 1943 (le seul de l'Ouest) nécessiterait un livre complet et cela est pour moi impossible dans un délai aussi bref.

Je me contenterai donc aujourd'hui:

1° - de relater les différentes actions accomplies par le groupe en janvier 1944 (date de mon entrée à travers les récits)

2° - d'indiquer l'origine de ce groupe

3° - les membres résistants ayant composé ce groupe.

En juillet 1943, le groupe avait comme responsable Charles C. Les membres étaient Boucher, Guy Raoul, André Garrec, Le Kerhorre (Jean-Claude Porhel, ouvrier à l'arsenal), L'Eclaireur (Guillaume Alix né le 7 septembre 1924 à Brest, étudiant en marine marchande), é à Carantec en voulant rejoindre l'Angleterre, René (AS) - arrêté également et emprisonné à Vitré, libéré par les patriotes lors de l'attaque de la prison en avril 1944.

Bilan année 1943: Trois déraillements réussis dans La Forest-Landerneau (dont un en juillet et deux autres vers novembre), sabotage à l'Arsenal, entre autres du grand tour, trois attentats le 11 novembre 1943, dont un à la Brasserie de la Marine, un rue Pasteur, un au Gas-Haus face à Saint-Martin. Attaque du commissariat de police de Lambézellec le soir de Noël 1943 (plusieurs valises de tickets et cartes d'alimentation). A la suite d'une rafle un membre du groupe ayant été ramassé porteur d'un pistolet récupéré au commissariat de Lambézellec et par mesure de sécurité le groupe dont l'activité principale était dans les environs se réfugiait d'abord au Pont-de-Buis, puis quelques jours après rejoint Trédudon-le-Moine. Le responsable était alors Marcel Boucher". 

 Quand j'ai pris le contact, le groupe se trouvait dans une maison abandonnée au milieu des Monts d'Arrée à environ 2 kilomètres de Trédudon.

31 membres composant le groupe, je crois indiquer les principaux; il n'est pas possible de les citer tous, toutefois les deux femmes de liaison devraient être citées en exemple: Yvette (Angéline Dollet) et Emma.

Les hommes ne pouvaient, à partir de mars 1944, circuler dans la région de Scrignac, les occupants tirant sans sommations. Le Bataillon était composé de 4 compagnies:

1ère compagnie - Compagnie Le Fur, premier responsable, fusillé par les Allemands"

Jean Le Fur - de Scrignac - Second maître dans la Marine il quitte Alger pour venir combattre en France dans la Résistance. Il rejoint Scrignac. Mis en contact avec les F.T.P, il entre dans la Cie de Morlaix du Bat. "Yves Giloux" et prend part à de nombreuses missions contre l'occupant. Ce militant communiste est tué au combat contre un détachement allemand près de Scrignac en 1944. (note de Eugène Kerbaul)

"2ème Compagnie - Compagnie Aunis - en la mémoire de l'instituteur Georges Aunis blessé mortellement lors d'une patrouille."

Georges Aunis (né à Nantes le 13 septembre 1912). Directeur d'école à Scrignac, il adhère au PCF en 1936 ou 1937. Il fait de la propagande pour le PCF clandestin dès 1940 et rentre dans les FTP en 1942. Blessé au combat, il serait décédé à l'hôpital de Carhaix en y arrivant le 27 juillet 1944. Son nom a été donné à un bataillon F.T.P qui lors des combats de la Libération aura son PC à Pleyber-Christ (commandant Kerdoncuff). Sa femme, Germaine Aunis, également institutrice à Scrignac, résistante elle aussi, animait le PCF clandestin dans le secteur de Carhaix. Elle a Libération, elle devient secrétaire de section du PCF à Carhaix, puis vient à Brest (note Eugène Kerbaul)

"3ème Compagnie - Compagnie Pierre Gac, en la mémoire du jeune instituteur tombé au combat le 10 juin 1944.

" 4ème Compagnie - Compagnie François Lever, en la mémoire du jeune postier morlaisien tué par l'ennemi en juillet 1944"

François Lever - Né le 29 mai 1923 à Morlaix - Télégraphiste, il adhère à la Jeunesse communiste clandestine sous l'occupation. Versé aux F.T.P, il prend part à un grand nombre d'actions. Il est tué lors d'un engagement contre les soldats allemands à Chateauneuf du Faou le 26 juin 1944. Son nom fut donné à une compagnie du bataillon Yves Giloux des F.T.P, compagnie qui s'illustra notamment dans les combats qui eurent lieu à Morlaix avec pour enjeu le Viaduc (1944) - Note d'Eugène Kerbaul

Février 1944:

" 3 février, après une mission de nuit, reconnaissance d'un dépôt d'armes au bourg de Plounéour-Menez (20 km environ à pied). Arrivés au matin à 10h30. Groupe composé de Marcel Boucher, Guy Raoul, André Garrec, L'Eclaireur, Le Kerhorre, Petit Jean (Coguiec) et Callac avec un armement d'une mitraillette allemande, d'un Mauser, de deux 7,65, et d'un pistolet de 6,35. Le groupe était logé dans un maison isolée, servant de dépôt de fourrages, au lieu dit "Gonidou". La popotte était assurée à tour de rôle par les membres du groupe. Le mobilier de cette masure était réduit à sa plus simple expression: une table rustique, deux bancs, et c'est tout. La cuisine se faisait dans l'âtre". L'aîné du groupe a 51 ans, le plus jeune 18 ans. Il y a 4 jeunes de l'Arsenal (Marcel Boucher, André Garrec, Petit-Jean Coguiec, Jean-Claude Porhel dit Le Kerhorre), 1 second-maître de la Marine en congé d'armistice (Guy Raoul), 1 étudiant en marine marchande (L'Eclaireur, Guillaume Alix), 1 ouvrier de la Pyro, artificier (Callac, Albert Yvinec, marié, deux enfants). L'objectif du groupe a ce moment là était le sabotage de l'usine de Saint-Herbot par dynamitage de la réserve d'eau de Brennilis. 

 

"Il nous fallait renforcer notre armement en attaquant par exemple le dépôt d'armes allemand de Plounéour Menez, continuer l'action des déraillements de la ligne Morlaix-Brest et celle de Quimper-Brest. L'explosif devait être récupéré au Pont-de-Buis. L'opération devait avoir lieu fin Janvier. Le 2 février 1944, c'était la reconnaissance avec Marcel (Boucher), Guy (Raoul), André (Garrec), l'Eclaireur et Callac (Albert Yvinec), 20 kilomètres à pied dans la nuit. Le 3 février, vers 10h30, Petit Jean, alité à Trédudon avec une forte fièvre, vint toutefois prévenir le groupe de l'arrivée d'une patrouille allemande composée d'un officier et de son ordonnance. Cette patrouille avait pour mission d'aviser la population que des manœuvres de tir aux mortiers auraient lieu le lendemain, qu'il fallait donc évacuer la population et le bétail. Quelques jours après l'arrivée de notre camarade, la patrouille allemande était là. L'officier, sans descendre de cheval, indique aux camarades l'ordre d'évacuer pour le lendemain. La patrouille s'étant engagée dans un chemin sans issue se trouve dans l'obligation de repasser devant la masure où nous étions. Cette fois l'alerte était sérieuse. Ces messieurs descendent de leurs montures et l'officier entre dans la maison où seuls étaient restés pour les recevoir Marcel et Petit-Jean. André Garrec, Guy Raoul, L'Eclaireur et Callac étaient montés dans le grenier, tenant lieu de chambre à coucher, attendant de pied ferme l'arrivée de l'indésirable. 

Dans la maison, l'officier s'aperçoit je pense de l'absence totale de mobilier, il est sans doute intrigué et pose quelques questions aux camarades de la réception.

- Vous n'avez pas de femmes ici?

- Non

- Vous avez papiers

- Oui

- Combien vous ici?

- 2

- Pas de pistole?

- Non

- Je peux voir en haut?

- Oui

Il se dirige donc vers l'échelle utilisée pour accéder au grenier. A peine le pied posé sur le deuxième barreau, il est foudroyé par une balle tirée par Marcel (Boucher) et une autre par la mitraillette de Raoul. L'ordonnance, plus méfiant que son supérieur, n'osait pas s'avancer dans la maison malgré l'invitation on ne peut plus amicale...! de Petit Jean. Après avoir entendu les détonations, il filait sans demander son reste. L'alerte était chaude, si cet homme n'était pas éliminé, la population patriote du secteur aurait très certainement eu à souffrir de l'occupant. Heureusement, Petit Jean* ne rata pas sa cible, on trouva le "Feldgrau" agonisant à environ 300 mètres de la maison. Les deux allemands éliminés, restaient leurs montures. Personne n'était volontaire pour les tuer. Il fallait tirer au sort pour savoir qui devait éliminer les bêtes innocentes, le sort tomba sur André Garrec et Callac".

* "Petit Jean" = Jean Coguiec, né à Brest en 1922, dessinateur à l'arsenal, entré dans la Résistance en février 1943 dans "Défense de la France", puis rejoignant les FTP à Plonévez-du-Faou dans le groupe commandé par Barthélémé, puis le groupe Giloux. Il adhère au PCF à la Libération après avoir participé aux combats de la libération de Brest

Il était impensable hélas de laisser ces bêtes courir la campagne (encore moins de les héberger). C'était courir un risque de représailles en cas de découverte de ces chevaux. Les corps des quatre victimes furent enterrés par la population de Trédudon et, malgré de très nombreuses recherches des occupants, ils ne trouvèrent aucune trace des disparus. A la suite de cette affaire, le programme de travail initial du groupe allait être fortement modifié: 

1°) Il fallait illico faire disparaître toute trace suspecte de notre passage au Gonidou

2°) Revoir le plan de travail

3°) Se disperser et rejoindre nos planques respectives, attendre l'ordre et le lieu de rassemblement qui devaient être donnés par le chef de groupe.

Voir aussi:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 74/ André Garrec (1922-1944)

POUR SE FAIRE:

1°) Le Groupe Marcel Boucher, Guy Raoul, André Garrec firent le nécessaire pour alerter la population et prendre les dispositions pour le camouflage des hommes et des chevaux. Ils devaient se rendre à Pleyber-Christ, prendre le train et rejoindre leur lieu de rempli à Guipavas en vue de préparer et organiser les déraillements. Petit Jean se repliait au Huelgoat avec Callac qui lui se rendait ensuite à Plouyé puis le lendemain dans la planque de Callac. L'Eclaireur allait chez des parents à Morlaix. Nous devions attendre dans nos planques respectives la liaison. Hélas! ... cette liaison ne vint jamais et pour cause.. Le 4 février 1944, les trois camarades Boucher, Raoul et Garrec furent interceptés à la sortie de Landerneau par une patrouille de gendarmes allemands qui leur demandèrent d'ouvrir leur valise. Dans cette valise se trouvaient la mitraillette et les papiers des hommes disparus au Gonidou. Nos camarades se battirent et réussirent à avoir le dessus sur les trois Feldgendarmes quand, hélas!, par malheur, une autre patrouille ennemie arrivait en renfort, et malgré leur bravoure et leur courage, nos trois camarades succombèrent. Malgré de très nombreuses recherches, leurs corps ne furent jamais retrouvés. 

La liaison ne se faisant pas, Callac, malgré les ordres, descend à Brest chez la femme de liaison Yvette, épouse Dollet, soeur de Yvinec (Callac). Il y attend une semaine avant le rétablissement de la liaison et là, il apprend la disparition de ses trois camarades. Il apprend également que l'activité du groupe continue avec les rescapés. Première opération: un déraillement de train de ravitaillement des forces occupantes entre Dirinon et Landerneau. Le 17 février 1944, par une nuit glaciale, cette opération réussit avec le concours de résistants de Landerneau (3 hommes), plus trois du groupe Giloux: Le Kerhorre, L'Eclaireur, et Callac.

André Garrec, tôlier de l'arsenal de Brest, militant communiste, résistant membre du Bataillon Yves Giloux, membre des FTP depuis ses 20 ans en 1942, tué au combat en février 1944 près de la forêt-Landerneau avec Marcel Boucher et Guy Raoul, jeune militant communiste et cégétiste de Saint-Marc, près de Brest, entré aux FTP en 1942

André Garrec, tôlier de l'arsenal de Brest, militant communiste, résistant membre du Bataillon Yves Giloux, membre des FTP depuis ses 20 ans en 1942, tué au combat en février 1944 près de la forêt-Landerneau avec Marcel Boucher et Guy Raoul, jeune militant communiste et cégétiste de Saint-Marc, près de Brest, entré aux FTP en 1942

 Marcel Boucher - Né le 3 novembre 1920 à Lesneven. Tué le 4 février 1944 - Mécanicien. Il habitait à Recouvrance quand il fut tué. Il avait adhéré à la JC et au PCF en mai 1941 à Brest et participé dès lors à la propagande résistante des communistes. Il passe aux F.T.P à leur création dans la région au printemps 1942. Il en est alors un des plus jeunes combattants brestois. Quand son chef, Yves Giloux, est arrêté, il prend sa suite et réorganise le groupement un moment disloqué par la répression et reprend la lutte. (note de Eugène Kerbaul)

Marcel Boucher - Né le 3 novembre 1920 à Lesneven. Tué le 4 février 1944 - Mécanicien. Il habitait à Recouvrance quand il fut tué. Il avait adhéré à la JC et au PCF en mai 1941 à Brest et participé dès lors à la propagande résistante des communistes. Il passe aux F.T.P à leur création dans la région au printemps 1942. Il en est alors un des plus jeunes combattants brestois. Quand son chef, Yves Giloux, est arrêté, il prend sa suite et réorganise le groupement un moment disloqué par la répression et reprend la lutte. (note de Eugène Kerbaul)

"Quand on arrive à écrire quelque chose sur l'histoire de la Résistance, il n'est pas possible d'oublier la population patriote, les obscurs sans lesquels la Résistance n'aurait pas été possible, les maquis n'auraient pu tenir. Pour ma part, je dois un remerciement à tous ceux qui ont aidé et réconforté les Résistants, en particulier ceux qui ont permis à ce petit groupe, petit par le nombre, de devenir une puissante unité de combat contre l'envahisseur.

En premier lieu, bien sûr, la population de Trédudon, avec Plassart, Catherine, Caroff, Guyomarch, tous sans exception ont œuvré sans relâche, sans calcul, pour la réussite de la Résistance. Aux familles de Plonévez-du-Faou: Floch et Tromeur, qui ont hebergé les membres de notre groupe, à la Direction de l'Ecole Technique de Brest repliée à cette époque à Plonévez, puis au meunier du Moulin des Prés, au Maire de Bolazec, à M. Lucas de Plourac'h ainsi qu'aux boulangers, bouchers, qui ont su si bien nous protéger, nous ravitailler et renseigner, aux familles Le Borgne de Callac et Nedellec de Plouyé qui m'ont reçu fraternellement dans les pires moments. 

Aux populations patriotes de Scrignac, Bolazec, Plourach, Guerlesquin, il est difficile de citer des noms car on risque d'en oublier. Pour ceux que j'aurais omis, je leur demande de bien vouloir m'en excuser.

Je ne peux toutefois oublier le dévouement de cette jeune fille de Bolazec qui vint nous prévenir des intentions des occupants qui nous encerclaient et cette grand-mère de Kerhuon qui au lendemain du déraillement du 17 février voulut bien m'héberger et me restaurer, et ces camarades de la Pyro, l'un me donnant des grenades, l'autre m'hébergeant pour la nuit bien que me sachant recherché par la Gestapo. 

A tous ceux et celles qui nous ont aidés.

AU NOM DE LA RÉSISTANCE, AU NOM DES RESCAPÉS DU GROUPE GILOUX.

ENCORE MERCI

Signé: CALLAC "

" Après l'attentat contre la police spéciale la voiture fut prise par les gendarmes de Callac (cette voiture avait été récupérée chez le boulanger de Kénéguen en Scrignac par le boucher de Brennilis, Callac, et un Morlaisien).

Le groupe F.T.P de Callac fut mis au courant par un agent de liaison. Le lendemain de l'agression, le chef de groupe et un camarade vinrent voir Marcel (Boucher), Le Kerhorre, et Callac (Albert Yvinec). Il fut décidé que la voiture lors de sa récupération éventuelle par la police serait mise hors d'état de servir. Le groupe de Callac promis de faire le nécessaire, ainsi que de mettre tout notre matériel restant au garage à l'abri, ce qui fut fait. Ainsi quand deux jours après le coup dur, l'autre voiture fut ramenée au garage de Callac, prise en remorque par une autre voiture de la police que les gendarmes garèrent à côté du garage se trouvant en face de la gare, les copains la poussèrent sur la route et l'incendièrent. Aussi les flics firent une drôle de bobine le lendemain quand ils furent en présence d'un amas de ferraille, restant de la belle traction des terroristes. 

Pendant son inaction forcée le copain Callac fait la connaissance d'un des rescapés du 1er groupe F.T.P de la région, le camarade Auguste Duguay qui, depuis l'arrestation de presque tout son groupe se trouvait sans liaisons depuis le mois de septembre. Il reprit du service au groupe Giloux quelques jours après, c'est à dire quand un copain vint chercher Callac, Auguste Duguay le suivit au maquis qui se trouvait à Plonévez-du-Faou. Quand ils arrivèrent là-bas le groupe s'était encore renforcé de deux Landernéens: Dédé Lazaguet et Michel qui étaient eux aussi des rescapés du groupe d'Auguste Duguay. Pierre Guéguen de Scrignac devait venir comme chef de groupe à la Compagnie de Plonévez-du-Faou, mais par la suite il restait avec le groupe Giloux.

Auguste Duguay, résistant communiste fusillé par les allemands après avoir été atrocement torturé en mai 1944 à Saint-Brieuc - Auguste Duguay , membre costarmaricain du PCF, arrêté à Callac et dirigé vers le camp de Châteaubriant en 1941, relâché le 6 juin 1942 et versé au F.T.P, il combattra dans les rangs de la Cie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux. Tombé aux mains de l'ennemi au cours d'un engagement, les soldats allemands l’emmèneront à Saint-Brieuc et le fusilleront en mai 1944 Pour en savoir plus, l'article du maitron: https://maitron.fr/spip.php?article146872

Auguste Duguay, résistant communiste fusillé par les allemands après avoir été atrocement torturé en mai 1944 à Saint-Brieuc - Auguste Duguay , membre costarmaricain du PCF, arrêté à Callac et dirigé vers le camp de Châteaubriant en 1941, relâché le 6 juin 1942 et versé au F.T.P, il combattra dans les rangs de la Cie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux. Tombé aux mains de l'ennemi au cours d'un engagement, les soldats allemands l’emmèneront à Saint-Brieuc et le fusilleront en mai 1944 Pour en savoir plus, l'article du maitron: https://maitron.fr/spip.php?article146872

" Devant cet afflux de renfort, il fut décidé que le groupe Giloux irait planter sa tente ailleurs et le restant formerait un autre maquis sous le commandement de Dédé. Il devint alors groupe Etoile Rouge, puis Cdt F.T.P Corse pour former ensuite le bataillon G. Le Gall. Et le groupe partit en direction de Scrignac dans une autre voiture récupérée par Le Kerhorre et Pierre Guéguen. A Scrignac, encore, deux jours après la récupération de cette voiture, Le Kerhorre et Pierre Guéguen furent accompagnés sur la ligne Carhaix-Morlaix par deux copains qui restèrent sur les lieux observer les résultats d'un gros travail qui fut magnifique. Le train spécial dont le passage leur avait été signalé par le chef de gare de Scrignac fut littéralement pulvérisé. Ce train transportait des boches (sic) et du matériel boche également. Plus de 60 boches (sic) furent tués dans cet accident (sic) et le trafic fut interrompu huit jours. Le résultat était magnifique mais les copains faillirent y laisser leur vie. Les boches les ayant repérés les prirent pour ce qu'ils étaient, c'est à dire des terroristes. Sur le refus des copains de venir les rejoindre, les boches ouvrirent le feu sur nos deux F.T.P. Grâce à leur connaissance parfaite du terrain, nos copains purent s'en réchapper.

Quelques jours avant le départ du groupe Giloux de Plonévez une perte cruelle: notre camarade Auguste Duguay fut pris dans une rafle monstre qui eut lieu dans la ville de Callac. 300 boches et miliciens cernèrent la ville et notre infortuné camarade fut pris dans cette rafle à la suite de laquelle plus de 50 Callacois furent fusillés ou déportés. Notre copain fut fusillé le 12 mai à Saint-Brieuc. Il était principalement recherché par l'adjudant Prigent de la brigade qui s'était juré de l'avoir à la suite de cette rafle. L'adjudant Prigent et son chef le lieutenant Flambard de Guingamp furent mutés dans un secteur où leurs méfaits étaient moins connus. Ils furent tous deux récompensés par leurs patrons boches en obtenant de l'avancement".

Présisions du Maitron à l'article Pierre Dugay: https://maitron.fr/spip.php?article146872 (Alain Prigent - Serge Tilly):

Callac-de-Bretagne fut une des localités du département des Côtes-du-Nord où la résistance fut la plus précoce. Beaucoup de jeunes choisirent de se cacher dans les fermes du secteur pour échapper au STO, certains rejoignant dès l’été 1943 les premières structures organisées de la Résistance. Le 18 mars 1944 une voiture de la Sûreté avec quatre inspecteurs fut mitraillée par des résistants. Le 22 mars Joseph Guillerm fut libéré alors qu’il était transféré par des gendarmes. Enfin dans la nuit du 25 au 26 mars la gendarmerie de Callac-de-Bretagne fut attaquée. Dans un rapport daté du 1er avril 1944, les autorités indiquèrent que « l’activité terroriste a repris avec un peu plus de vigueur et semble désormais être le fait de bandes parfaitement organisées et puissamment armées et décidées à mettre en coupe réglée le sud-ouest du département. Une opération de grande envergure est donc nécessaire avec au minimum 500 hommes ».
Les autorités d’occupation décidèrent de mettre un terme à cette situation. Une rafle fut organisée le 9 avril 1944 à Callac-de-Bretagne par le capitaine Maschke, chef des services de l’Abwehr à Saint-Brieuc, et par Rudolph Kiekaffer du SD. Ils dirigèrent les 800 soldats qui furent impliqués dans les opérations avec la participation de la gendarmerie française, de la Milice et de groupes autonomistes bretons. La population fut rassemblée aux halles de Callac-de-Bretagne. 120 personnes en situation irrégulière furent transférées à Saint-Brieuc. Une cinquantaine d’entre elles furent maintenues en détention à la maison d’arrêt, par contre une dizaine furent déportées. Ce fut l’opération de répression contre la population et contre la Résistance la plus importante réalisée dans le département par les troupes d’occupation.
Membre du PCF clandestin, Auguste Dugay fut identifié avec trois autres FTP comme ayant une responsabilité dans les attaques du mois de mars. Après avoir été sauvagement torturé, avec onze autres FTP tous originaires de l’ouest du département, le 5 mai 1944 il fut condamné à la peine de mort par la cour martiale du tribunal de la Feldkommandantur 665 à Saint-Brieuc « comme franc-tireur ».
Durant la nuit qui précéda leur exécution, les douze FTP, incarcérés à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, chantèrent « La Marseillaise » et « L’Internationale » et d’autres chants repris par d’autres patriotes également détenus. Durant leur transfert sur le lieu d’exécution des témoins les entendirent chanter à nouveau. Les autorités allemandes exécutèrent Auguste Dugay avec ses onze camarades : Marcel Bitaille, Eugène Cazoulat, Maurice Lagade, Arsène Le Bozec, Charles Le Gallou, Roger Madigou, Pierre Menguy, Jean Pleiber, François Prigent, Roger Quintric, le 6 mai 1944 au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan, par groupes de quatre entre 7 h 10 et 7 h 31. Dans l’après-midi vers 17 heures, sept FTP arrêtés à Plouaret furent fusillés au même endroit. Les dix-neuf corps furent enterrés sur place sans cercueil. Le décès d’Auguste Dugay fut constaté par un médecin allemand à 7 h 31, il avait vingt-deux ans.

Suite du récit de Callac - Albert Yvinec:

"Le groupe Giloux prit la route pour Scrignac: l'Eclaireur, Jo, Callac, et Pierre - Le Kerhorre devant venir nous rejoindre par la suite. Nous arrivâmes sans encombre à Scrignac près de chez Pierre. Je tiens à souligner ici la gentillesse et le dévouement de ses parents qui nous préparaient à manger, nous renseignaient sur tout ce qui se passait dans la région. La tente fut montée dans un taillis et le travail commença. La première des choses fût de nous procurer des vélos pour nos déplacements. A cet effet, nous nous dirigeâmes un jour vers la localité de Plourac'h. Nous devions dans ce pays trouver les vélos de collabos, mais heureusement, nous eûmes un entretien avec l'ancien maire, M. Lucas, destitué par Vichy. Il nous apprit que dans sa commune il n'y avait ni collabos, ni trafiquants de marché noir, et nous le félicitions. Néanmoins, pour ne pas faire un tour inutile, nous saisîmes les tickets d'alimentation du mois de mai. Nous fûmes reçus avec chaleur par cette population patriote entre toutes, c'était la première fois qu'on se promenait en armes et en groupe dans la journée.

Voulant à tout prix des bicyclettes de collabos pour notre travail, le groupe volontaire de Carnoët nous renseigna. Nous récupérâmes 5 vélos, un pistolet 7,65 chez le coiffeur membre F.N.B du secteur. Deux avant ce travail à Carnoët, une promenade nocturne commencée à 22h et terminée à 8h le lendemain avait eu pour but de récupérer des armes, d'avertir plusieurs personnes d'avoir à cesser leurs trafics avec l'occupant, et de récupérer si possible quelques bicyclettes. Ne connaissant pas très bien le coin à parcourir nous demandons l'assistance d'un gars du patelin, de la commune de Poullaouën je crois. Il nous guidait jusqu'à Plounévézel, nous faisant éviter la gare et le bourg où étaient cantonnés environ 300 boches de la division anti-parachutistes et anti-terroristes. Le travail fini on se décidait pour le retour, nous commencions à être fatigués. Il était environ 3h du matin et nous marchions depuis la veille 22 heures. Le guide conseillé pour le chemin nous dit qu'il y avait une grande maison mais il ne savait pas si elle était occupée ou non par les boches. Après nous être concertés nous décidâmes de suivre ce chemin en file indienne. Après avoir marché sur une distance de 50 m et à environ 50 m de la maison, nous entendîmes un "Halte" énergique suivi aussitôt de coups de fusils. Nous étions dans une sale posture: impossible de dévier à droite ou à gauche, les talus faisant au moins 3 mètres de haut. En quittant le milieu de la route pour chercher l'abri des talus on se repliait derrière un talus qui se trouvait être à l'entrée d'un chemin creux. 

L'Eclaireur (Guillaume Alix) qui marchait en tête et tenait la mitraillette, entendant les balles siffler malgré qu'il ne voyait pas la sentinelle ennemie riposta et les quelques rafales que lâchaient la Sten calmèrent le boche et nous permirent de nous replier. Nous nous regroupâmes à environ 100 m du lieu de l'incident et prîmes la route du retour. Fuite du guide qui n'avait pas attendu et connaissant le pays ne risquait pas de se perdre. Mais ces coups de feu avaient alerté tout Plounévezel, ce fut un vacarme d'environ 1 heure, ça tirait dans toutes les directions. Nous nous éloignâmes en silence car on craignait les fusées éclairantes. On croyait marcher dans la bonne direction quand au lever du jour on s'aperçut qu'on allait droit au bourg de Plounévézel, c'est à dire dans la gueule du loup. Néanmoins, avec le jour naissant, on arrivait à s'orienter et à 8h du matin, nous arrivâmes tout fourbus au maquis... 

L'Eclaireur qui était en sabots en perdit un dans la nuit et pour pouvoir continuer lâchait le deuxième en route, ce qui fait qu'il arrivait en chaussons - avec la rosée qu'il y avait il était propre. A notre arrivée au maquis il y avait un copain qui venait en renfort, c'était Loulou, un Landernéen. Réfractaire à la déportation en Allemagne pour les travaux forcés il s'était embauché comme garde-voie, mais là non plus son travail ne fut pas brillant pour les nazis, car tout en gardant les voies il trouvait le moyen les nuits où il n'était pas de surveillance d'aller avec le groupe de Dédé de Landerneau déboulonner la voie avant le passage des trains nazis. A la suite d'arrestations à Landerneau, il filait dans une ferme et c'est le copain Michel qui alla le chercher et nous l'amener.

Nous étions bien ravitaillés et bien renseignés dans le secteur, mais on ne pouvait être tranquilles car presque tous les jours à la tombée de la nuit les boches venaient à la chasse aux sangliers, et un jour ou l'autre nous risquions d'être découverts. Ainsi, le soir, qui était en somme le moment où nous pouvions travailler, on était bloqués dans notre coin, car les chasseurs nazis tenaient les carrefours. Voyant cette situation nous décidâmes de changer de secteur, de pousser un peu vers les Côtes-du-Nord, du côté de Callac. On se mit d'accord avec les gars du secteur et on décidait un jeudi soir de lever l'ancre. Pour 20h tout fut préparé, la tente pliée, les bagages et armes chargés dans l'auto. Tout était prêt, nous attendions la tombée de la nuit. Quand, fatalité, un groupe d'allemands vint encore à la chasse soi-disant aux sangliers. Ce qui nous inquiétait, c'était que leur nombre augmentait chaque fois. Ce soir là, ils étaient six qui étaient à l'affût sur la route qu'on devait suivre et quatre en haut du taillis. Nous attendîmes que ces messieurs finissent leur embuscade et après leur départ à 23h, nous sortîmes la traction avant de son abri, en la poussant pour la faire démarrer, mais la voiture ne voulait pas démarrer. Enfin, après une heure d'efforts, nous réussîmes à la faire partir. Il faisait nuit noire, on ne voulait pas allumer les phares. Le plus dur fut le passage du bois du Fréau, on n'y voyait goutte. Enfin, grâce à la prudence et à la connaissance de la route par Pierre le conducteur, nous réussîmes à sortir du bois. Seulement, on risquait fort de ne trouver personne au rendez-vous qu'on s'était fixé avec un gars de Callac, aux environs de Plourarc'h.

Pour comble de malheur, notre voiture nous laissait en panne à 4 kms environ de la sortie du bois de Fréau, une roue à plat et le moteur refusant tout service. Heureusement qu'on se trouvait dans un lieu très hospitalier, au moulin des Prés, dont le patron, Monsieur Etienne Fer et son fils Edouard nous furent par la suite des auxiliaires très précieux. Nous allâmes donc voir M. Fer qui nous aida à réparer notre roue et essaya avec nous de mettre notre voiture en route, mais nos efforts furent vains et à 5 heures du matin la voiture fut garée dans un champ. Nous prîmes un peu de repos et à 9h un copain partit avertir un mécanicien de nos amis. Pour midi, la voiture était réparée et on se mit en route pour Callac.  

Le mécanicien Sergent fut arrêté à son retour après le dépannage de notre auto. Il fut victime ainsi que le chef de la Cie Tunisie, Coant Armel, son cousin Coant François et un autre F.T.P du nom de Simon de la milice du sinistre Perrot dont le chef d'expédition était le trop célèbre Corre Jean de Hanvec, qu'on s'est empressé de grâcier après sa condamnation à mort. C'est Simon qui tomba dans le piège tendu par Corre en se rendant à Carhaix pour prendre possession d'armes que Corre le milicien lui avait promis, il tomba dans une sourricière. Avec lui fut arrêté le responsable du R.R André de son vrai nom Baptiste Cessou. Ce copain est mort en Allemagne, des quatre autres, seul Sergent put revenir, s'évadant du train lors de son transfert de Rennes vers l'Allemagne.  Les deux Coant et Simon furent fusillés à Rennes le 8 juin 1944. La tenue de Coant Armel, chef de la compagnie Tunisie, fut admirable, montant au peloton d'execution en chantant La Marseillaise."

* Notes d'Eugène Kerbaul: Francis Coant, né en 1916 à Scrignac, et Armel Coant, né le 29 octobre 1920 à Scrignac, sont cousins, tous deux communistes, résistants F.T.P depuis 1942. Dénoncé par le traître d'Hanvec Corre, ils sont fusillés à Rennes avec 28 camarades le 8 juin 1944. Une plaque est installée à Scrignac avec leur nom et ceux de 4 autres patriotes de la localité. Yves Simon était né à Bourbriac dans les Côtes d'Armor et il était également membre de la Cie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux, sympathisant communiste. Il est fusillé également le 8 juin 44 à Rennes.      

 

"En arrivant à Callac, nous nous mîmes en relation avec le chef du détachement qui nous indiqua un endroit pour garer notre voiture et une ferme pour passer la nuit. Le lendemain, samedi, nous retournions à pied à notre ancienne planque pour prendre nos bicyclettes qui étaient restées là-bas. Nous quittâmes les parents de Pierre vers minuit. Le lendemain, les boches étaient à notre recherche. Ils allèrent directement à l'ancien maquis mais, trop tard: nous n'étions plus là. Il était temps. Les parents de notre camarade furent interrogés, son père fut malmené mais rien n'y fit, ils n'obtinrent pas le moindre renseignement sur le lieu où se trouvait notre maquis. Les camarades Coant Armel Coant François, Sergent et Simon étaient avec les boches quand ils sont venus cerner notre maquis. Ils avaient obligé Simon à revêtir une tenue d'officier nazi et l'obligeaient à marcher devant pour leur indiquer la route. 

Le dimanche, nous fîmes notre installation en montant la tente près d'une source. Deux jours après, je partis pour le Centre-Finistère et ceci pour rencontrer le C.E, le C.O et le C.T du département. J'y restais deux jours et là on m'apprit la dislocation du groupe - heureusement qu'il y eut contre-ordre par la suite. Ce n'est que plus tard que Le Kerhorre et Jo nous quittèrent. 

Notre activité dans le maquis fut d'aider à poursuivre et arrêter des bandes organisées de pilleurs de ferme. Les copains des Côtes-du-Nord furent plus heureux que nous et capturèrent deux de ces bandes. Ce fut un travail très intéressant pour nous les maquisards, car la population commençait à nous regarder de travers, elle nous confondait avec ces brigands. Ce n'est que lorsque ces pillards furent mis hors d'état de nuire que les campagnards respirèrent et nous regardèrent avec sympathie. 

Ce qui était délicat, il fallait avertir les cultivateurs qui avaient été réquisitionnés pour le transfert à s'éloigner, sans donner l'alerte aux boches. Ceci fait, les deux groupes se mirent en marche. Le premier groupe conduit par Pierre s'avançant à gauche arriva quelques secondes avant le deuxième, qui progressait vers la droite, conduit par Callac. La mitraillette du Kerhorre se mit en action contre les Allemands qui s'étaient retranchés dans une grange. Les boches s'enfuirent en abandonnant leurs armes. Callac en sautant un talus se trouva devant un gradé, responsable du dépôt. Il avait été surpris: il faisait sa sieste. Callac le mit en joue avec son fusil Mauser (vieux fusil de l'autre guerre). Le coup partit, atteignant le boche à la tête mais il n'était que blessé. Callac voulut ouvrir la culasse de son fusil pour l'achever, mais la culasse restait bloquée et il lui fut impossible de tirer un deuxième coup. Il avait une grenade mais en la lançant il pouvait blesser le groupe de gauche. Voyant cela, Jo, du premier groupe, armé de son pistolet, logea une balle dans la tête du boche blessé... Pierre Gac se trouva devant un autre allemand qui se dérobait, mais malheureusement après avoir tiré une balle son pistolet s'enrayait et le boche put foutre le camp. Néanmoins le résultat de l'attaque fut un succès: 2 boches tués, 5 fusils et une mitraillette de récupérés, avec une quantité énorme de cartouches, grenades, et chacun un équipement complet comprenant: havresac, cartouchières, ceinturons, bottes et souliers.

Après notre départ, le feu fut mis au dépôt. Ce n'était quand même pas la réalisation de nos désirs, ceux-ci étant de faire venir les charrettes des paysans chargées de matériel aux alentours de notre maquis. La fuite des allemands ne nous permit pas de faire cela, car ces allemands échappés allaient donner l'éveil et il n'était pas possible de faire un convoi de charrettes du dépôt à notre maquis, nous aurions sûrement été interceptés en route. L'attaque de ce dépôt en plein jour fut d'un effet moral formidable dans tout le secteur. Cet exploit fut connu à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. La jeunesse patriotique s'enflamma, voulut gagner les maquis et c'est là que s'est fait sentir l’œuvre néfaste du B.C.R.A.  Si au débarquement nous avions eu les armes que nous avons reçu un mois plus tard, certainement peu de boches auraient quitté le Finistère. Nous n'étions pas armés suffisamment pour nous attaquer aux convois allemands. Nous nous contentâmes de retarder la marche des troupes ennemies vers la Normandie en barrant les routes avec des arbres, mais si nous avions eu des armes à ce moment-là où des convois ennemis suivaient nuit et jour les routes montant vers la Normandie, cela aurait fait une belle hécatombe d'autos et de frisés.

Après l'opération, il fallait attendre l'heure autorisée pour la circulation et la rentrée dans la ville de Landerneau. Les six hommes du groupe passèrent une longue nuit sous la neige, chacun devant rejoindre sa planque individuelle et personnelle. Les hommes du groupe Giloux devaient rejoindre Trédudon le lendemain...

L'Eclaireur et Le Kerhorre arrivaient dans la journée du 16 à Trédudon par le car Brest-Huelgoat. Callac ayant pris le train à Kerhuon pour Pleyber-Christ devait essayer de les rejoindre dans la nuit, mais une tempête de neige l'empêcha de traverser la montagne, surtout la nuit. Il passa cette nuit à Plounéour-Menez et à pied dans la neige arriva à Trédudon vers 10 heures, distance parcourue: 15 kilomètres. Arrivé en pleine alerte - on attendait les policiers allemands qui devaient venir fouiller le village suite à l'arrestation de Jean-Marie Plassart qui est mort en déportation

2020 - célébration de la journée de la Résistance par le Parti communiste à Tredudon-le-moine. La fille de Pierre Plassart et la nièce de Jean-Marie Plassart nous montre la photo de Jean-Marie Plassart, résistant communiste de Tredudon, arrêté par la police française, emprisonné à Quimper, mort en déportation à 23 ans à Mathausen (Photo Daniel Laporte)

2020 - célébration de la journée de la Résistance par le Parti communiste à Tredudon-le-moine. La fille de Pierre Plassart et la nièce de Jean-Marie Plassart nous montre la photo de Jean-Marie Plassart, résistant communiste de Tredudon, arrêté par la police française, emprisonné à Quimper, mort en déportation à 23 ans à Mathausen (Photo Daniel Laporte)

Tredudon-le-moine en Berrien a payé un très lourd tribut à la libération de la France et sa résistance, très forte, animée principalement par des communistes, sera lourdement réprimée: 22 résistants fusillés, 16 déportés, 11 résistants tués au combat dans ce village rouge des Monts d'Arrée.
Parmi eux, Jean-Marie Plassart, communiste depuis 1936, résistant, sera arrêté par la police française et mourra dans un camp de concentration de Mathausen . Jean Créoff, cultivateur communiste de Berrien, FTP, sera aussi déporté en camp de concentration en Allemagne, Joseph Créoff aussi, communiste depuis 1936, qui meurt en camp de concentration. Pierre Grall, autre résistant communiste de Berrien, né le 7 mai 1921 et qui adhère au PCF pendant l'occupation, prenant part à des actions armées, sabotages, attaques, etc, sera déporté en Allemagne après son arrestation le 5 juin 1944. Il meurt au camp de Dora en avril 45. Son frère Marcel Grall, agriculteur, puis terrassier, qui adhère au PCF clandestin le 3 juillet 41 après avoir assisté à l'arrestation du communiste Jean Coant avec Jean Créoff, chef des FTP de la région du Faou, puis commandant FTP des Côtes-d'Armor, arrêté le 17 septembre 1943, sera fusillé à Rennes avec 28 de ses camarades le 8 juin 1944. (Source: Eugène Kerbaul, 1918-1945: 1640 militants du Finistère)
Article du Ouest-France - 27 mai 2014
"Trédudon, premier village résistant de France
Il y a, à Berrien, en plein cœur du centre-Bretagne, au pied des crêtes des Monts d'Arrée, un hameau qui a joué un rôle déterminant dans l'organisation de la Résistance sous l'Occupation : c'est Trédudon-le-Moine. Dès les premiers jours de l'occupation allemande, tout le hameau, situé à 6 km de Berrien, sur la route de La Feuillée, entre en Résistance. Ce village, qui comptait à l'époque près de deux cents âmes a maintenu de juin 1940 à août 1944 une parcelle de France libre. Le 16 juin 40, dès le départ des troupes anglaises du camp de Saint-Thégonnec, une organisation clandestine du Parti communiste français, dirigée localement par Pierre Plassart, y stocke des armes britanniques parachutées. Avec non seulement le soutien, mais aussi la complicité de toute la population. Trédudon-le-Moine sera à la fois un dépôt d'armes, un refuge pour les résistants traqués, un lieu de réunion pour les dirigeants nationaux et régionaux des FTP. Le 17 mai 1943, un avion britannique est abattu par la défense allemande au-dessus des Monts d'Arrée et tombe en flammes au nord de Plonévez-du-Faou. Les pilotes trouvent refuge à Trédudon. Hélène Plassard, qui avait 20 ans à l'époque, se souvient : « Il y en a eu du passage ! Les jeunes maquisards arrivaient de Lorient, de Brest... De partout. Il y en avait du monde ici. »
22 résistants fusillés
Après des opérations de sabotage menées notamment contre les lignes ferroviaires, des missions de récupération d'armes, ou encore des attaques des troupes ennemies, les résistants, qui fuyaient à travers la montagne, venaient se cacher dans les greniers et écuries du village : « Ils arrivaient alors vers 5 h du matin. »
Dans la journée, ils étaient occupés aux travaux des champs. Trédudon nourrissait toute cette population de passage. « Nous faisions le tour des fermes pour ramener du beurre, des patates et du lard. Jamais personne n'a refusé de donner. » Le village était devenu un point d'appui pour ceux qui coordonnaient les différentes actions, donc appelés à faire de fréquents déplacements, souvent périlleux.
Le village paiera un lourd tribut lors des représailles de l'occupant. Vingt-deux résistants seront fusillés, onze tués au combat, seize déportés. Dix d'entre eux mourront en déportation. À la Libération, Trédudon-le-Moine se verra décerner le titre de Premier village résistant de France. Une stèle sera érigée à la sortie du hameau et inaugurée en 1947 par Marcel Prenant, chef d'État-major des FTPF.

Voir: Tredudon en Berrien dans les Monts d'Arrée: un émouvant rassemblement organisé par les PCF Carhaix-Huelgoat et de Morlaix dans le premier village résistant de France (27 mai 2020, Journée Nationale de la Résistance)

"Dans l'impossibilité de rester à Trédudon, Callac accompagné de l'agent de liaison Emma se rendit à Plouyé, distante de 10 kilomètres. Après cette alerte, le groupe put se réunir cinq jours après à Plonévez-du-Faou pour y former un nouveau maquis. Le groupe se renforça par l'arrivée de deux morlaisiens dont un, François Lever, avait été emprisonné en Espagne en voulant rejoindre les Forces Françaises Libres. François Lever fut tué par les Feldgendarmes en juillet 1944 à Châteauneuf-du-Faou. Puis ce fut le recrutement d'un jeune quimpérois, Jos, réfractaire du S.T.O, et encore Marcel, réfugié de l'Auvergne, deux autres résistants de Brennilis. Le Boucher et Fi, et enfin l'arrivée du groupe de Landerneau qui forma par la suite le "Bataillon Georges Le Gall" qui se distingua particulièrement au Pont-Triffen en Landeleau contre la colonne Ramke. Nous récupérâmes le camarade Auguste Duguay, seul rescapé du groupe Ernest Le Borgne. L'activité de ce groupe durant son passage à Plonévez-du-Faou - Février et Mars 1944 - fut surtout basée sur le recrutement, l'instruction militaire et quelques opérations de récupération d'armes et de matériel dont une traction. Cette traction nous permit entre autres de récupérer des armes et aussi d'attaquer loin de notre base les troupes occupantes et les policiers de Vichy (entre Callac et Guingamp). De nombreuses missions de renseignements furent également entreprises, soit à la gare de Brest, soit aux environs de la Pyro, suivies par des déraillements et récupération de grenades à Kerhuon. Au cours d'une mission de reconnaissance, le groupe perdit Auguste Duguay, arrêté à Callac lors d'une rafle monstre. Il fut fusillé en mai 1944 à Saint-Brieuc.

Devant l'importance de notre effectif, et pour la sécurité, il fut décidé de former deux groupes: le groupe Giloux, comprenant Callac comme responsable, l'Eclaireur, Jos, et Pierre de Scrignac, et l'autre groupe formé de trois landernéens, de deux de Brennilis et le morlaisien restant dans la région de Plonévez-du-Faou. Pendant notre séjour dans le secteur de Plonévez-du-Faou nous avons été constamment aidés, renseignés par la population. 

Les agents de renseignements étaient lâchés en civil dans les campagnes et rejoignaient leur centre soit en fin de semaine, soit quand les renseignements étaient importants. Fin juin, alors que notre maquis était fort d'une cinquantaine d'hommes venus de Spézet, Landeleau, Le Cloître-Pleyben, sur ordre de la Direction Départementale qui se trouvait également dans notre maquis, tout ce monde était venu prendre contact avec une mission anglaise en vue d'améliorer notre armement. Cette mission anglaise devait être présente à notre maquis le dimanche. Le dimanche matin, le responsable du maquis, en l'occurrence Callac, fut alerté par une sentinelle qui gardait le camp. Cette sentinelle avait repéré sur la route de Bolazec une dizaine de camions allemands arrêtés par les arbres barrant la route. De cette route on ne pouvait pas voir notre maquis, camouflé par un rideau d'arbres. Par contre, si les hommes sortaient aux alentours de la maison, ils pouvaient être repérés de la route. Derrière la maison il n'y avait aucune protection possible: ni talus, ni bosquet, seulement un terrain dénudé.

Il ne fallait donc pas réveiller et alarmer les maquisards mais renforcer le service de surveillance. Après une heure d'attente environ, les camions s'étaient déplacés vers Bolazec. Nous les avions perdus de vue, mais nous avions été alertés sur leurs intentions. Une jeune fille d'un village voisin, bravant le danger, vint nous prévenir que les Allemands essayaient de trouver une route en direction de Callac. C'était donc l'objectif des Allemands, encercler la colline: leurs intentions étaient dévoilées. Il s'agissait de les gagner de vitesse et de sortir de la souricière avant la fermeture. L'alerte donnée dans le plus grand calme, en quatre groupes les maquisards gagnèrent la colline et le large. L'alerte avait été chaude mais heureusement pas de casse. S'ils avaient réussi, quel beau coup de filet pour l'occupant, la tête du mouvement F.T.P.F décapitée dans le Finistère, et tout cela par la légèreté de la conduite du commandant de la mission anglaise. La femme de liaison du commandant anglais vint nous prévenir trois jours plus tard que ce commandant avait oublié son rendez-vous! Après cette alerte, les groupes de Spézet, Landeleau, Le Cloître, retournèrent vers leurs maquis d'origine. Ils étaient venus se ravitailler en armes. Le groupe Giloux, quittant momentanément ce refuge, se replia à Scrignac dans un vieux moulin, renforcé par Marcel Calonnec, Jean-François Maurice et Maurice Dollet.

Maurice Dollet et sa femme Yvette de son nom de résistance, ou Angéline Dollet, la soeur de Callac - Albert Yvinec - résistants du premier jour, ont hebergé des responsables nationaux et départementaux du PCF, des F.T.P, à toute heure du jour et de la nuit. Yvette était en même temps la rrsponsable départementale du Secours Populaire Français.

Maurice Dollet, né à Beuvry dans le Pas-de-Calais, militant communiste depuis 1937, secrétaire de la cellule PCF du 20e arrondissement de Paris jusqu'en 1939, résistant dans le Finistère où il rejoint sa femme en 1940, membre du bataillon FTP Yves Giloux. Il est versé dans le maquis FTP de Plouigneau puis muté au parti à Brest, il devient membre du triangle de direction de l'organisation communiste clandestine (photo de la collection familiale de Claudie Quillec, sa fille et celle d'Angéline Dollet)

Maurice Dollet, né à Beuvry dans le Pas-de-Calais, militant communiste depuis 1937, secrétaire de la cellule PCF du 20e arrondissement de Paris jusqu'en 1939, résistant dans le Finistère où il rejoint sa femme en 1940, membre du bataillon FTP Yves Giloux. Il est versé dans le maquis FTP de Plouigneau puis muté au parti à Brest, il devient membre du triangle de direction de l'organisation communiste clandestine (photo de la collection familiale de Claudie Quillec, sa fille et celle d'Angéline Dollet)

Maurice et Angéline Dollet - Yvette dans la résistance - la soeur d'Albert Yvinec, capitaine Callac dans la Résistance, dans l'après-guerre ((photo de la collection familiale de Claudie Quillec, une des deux filles d'Angéline Dollet et Maurice Dollet, militants et résistants communistes)

Maurice et Angéline Dollet - Yvette dans la résistance - la soeur d'Albert Yvinec, capitaine Callac dans la Résistance, dans l'après-guerre ((photo de la collection familiale de Claudie Quillec, une des deux filles d'Angéline Dollet et Maurice Dollet, militants et résistants communistes)

Maurice Dollet du Bataillon Yves Giloux avec sa fille devant sa barraque à Brest (collection familiale Claudie Quillec)

Maurice Dollet du Bataillon Yves Giloux avec sa fille devant sa barraque à Brest (collection familiale Claudie Quillec)

"Par ses nombreuses actions, le groupe Giloux voyait son effectif gonfler, à tel point qu'il fut décidé de former un deuxième groupe. Cependant les troupes occupantes faisaient preuve de plus d'activité anti-terroriste avec notamment des agents de la milice. Ceux qui parlaient breton étaient lancés dans les campagnes afin d'obtenir, sous couvert de ravitaillement des patriotes, des renseignements sur les maquis. Un de ces agents fut capturé par un groupe voisin. Il leur indiqua qu'il connaissait parfaitement quelques responsables de la Résistance du Finistère. Or, juste à ce moment là, se trouvaient dans notre maquis tous les responsables F.T.P.F de ce département: Marcel, Pierre, Francis. Mis en face de ces responsables, le suspect ne put les reconnaître, et pour cause. Après un interrogatoire serré, il avoua être un agent de l'armée allemande, que son unité stationnée à Callac avait auparavant oeuvré contre les résistants de Haute-Savoie. Il nous déclara aussi quel était le tarif payé par les Allemands: 

1°) pour brûler une ferme de patriote

2°) pour dénonciation

3°) pour arrestation

D'après ses dires il s'était engagé dans l'armée allemande pour avoir un poste reservé à la poudrerie de Pont-de-Buis. Il eut un poste réservé beaucoup plus modeste...

Au cours d'une remise des pillards aux gendarmes, nous tendîmes un piège au lieutenant Flambard de Guingamp. Nous étions en nombre, mais malheureusement ce furent les gendarmes de Callac qui vinrent prendre nos pillards. Le lieutenant Flambard ne s'était pas présenté et ce fut dommage.

Dans ce secteur nous n'étions plus tranquilles. Des agents de renseignements nous signalaient qu'on était repérés. Nous décidâmes de filer vers le Finistère. De retour nous prîmes comme gîte un corps de ferme isolé et inhabité, cela faisait bien l'affaire. Le déménagement eut lieu le dimanche 4 juin.

"Quelques jours avant le débarquement du 6 juin 1944, le groupe, par sécurité, fut amené à se replier vers le Finistère. Il trouva une ferme abandonnée, nichée dans un coin quasi invisible loin de toute habitation, situé sur le bord de l'Aulne, près de la route Bolazec-Carhaix, au pied d'une chapelle en ruine, la chapelle de Saint-Maudez.

Le lendemain de notre arrivée dans ce domaine, le groupe reçut l'adhésion d'un jeune instituteur de Bolazec: Pierre Gac.

Le lundi se passa en amènagements et le mardi grande fut notre joie quand Pierre nous réveilla en nous annonçant le débarquement allié en Normandie. Quelques temps auparavant, nous avions acheté un poste à accus et comme cela nous étions au courant des évènements.

Le soir du débarquement, en liaison avec les groupes de résistants, il fut décidé de barrer toutes les routes principales du secteur, à savoir la route Morlaix-Callac et Morlaix-Carhaix. Notre groupe abattit cette nuit plus de 20 arbres. La journée du 6 juin se passa à établir des plans d'attaque et de destructions. Il fut décidé avec les groupes F.T.P des Côtes-du-Nord avec qui nous étions en contact que le lendemain, 7 juin, à la tombée de la nuit, toutes les routes d'importance principale et secondaire seraient barrées par des arbres. Le signal du départ devait être donné par un coup de fusil, tiré aux environs de Plourac'h. Dans notre secteur, le travail fut effectué par notre groupe, renforcé de Pierre Gac, instituteur réfractaire, et de Marcel, jeune F.T.P de Scrignac. Ce fut une nuit bien remplie, l'équipe ce soir là partit à la tombée de la nuit et ne rentra que le lendemain à 5 heures. Mais nous étions contents, toutes les routes étaient barrées. Quel dommage qu'à ce moment nous n'avions pas les armes parachutées en avril et mai, armes qui avaient été parachutées avec l'ordre formel de ne pas s'en servir. Ces trois parachutages étaient aux mains des boches et n'étaient pas destinés aux F.T.P mais je crois à Libé-Nord.

Le 8 juin 1944, le maire de Bolazec vint nous prévenir que les parachutistes de Ramke avaient quitté leur dépôt près de Bolazec pour essayer de se rendre sur le front de Normandie. Mais le plus gros du matériel étant resté sur place, un détachement allemand avait été chargé de l'évacuer vers le front et de le transporter par charrettes réquisitionnées. Il nous était demandé d'éviter cela, c'est-à-dire d'empêcher les Allemands de déménager.

On discuta un peu: du poste de Londres on nous disait de ne pas encore attaquer (porte-parole interallié) mais il y avait aussi un autre poste qui disait ceci "F.T.P et F.F.I, le moment est venu: pour hâter la libération, pour une cause juste, pour la liberté, pour l'abolition du gouvernement collaborateur de Vichy, pour le retour de nos prisonniers, attaquez par tous les moyens en votre possession, empêchez ou retardez l'arrivée des troupes ennemies sur le front de Normandie". L'appel venait de Fernand Grenier (PCF), ministre de l'Air du Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F). Cela correspondait à nos voeux et à nos idées, nous étions d'accord pour attaquer. Nous partîmes donc pour attaquer le dépôt de Bolazec, distant d'une dizaine de kilomètres.

Monsieur le maire nous fournissait un guide pour nous rendre sur les lieux et prévint les charretiers réquisitionnés de notre venue. 

L'opération, menée par six hommes du groupe Giloux, aidés par des volontaires de Bolazec, fut couronnée de succès. Les trois allemands furent éliminés, le dépôt incendié, des munitions, chaussures, etc, récupérées. Il n'y eut aucune répression de l'armée occupante, celle-ci étant persuadée que cette attaque de jour avait été menée par des parachutistes alliés. A notre connaissance, ce fut la première attaque de jour menée contre l'occupant dans la région.

 

Le 9 juillet 1944, le groupe fut avisé qu'un bal avait lieu dans un hameau. Il fut décidé d'envoyer une délégation auprès des organisateurs afin de leur faire savoir que, bien que n'étant pas contre les divertissements, il y avait mieux à faire. En premier lieu aider par tous nos moyens:

- 1°) les alliés qui se battaient sur le sol de notre patrie pour notre liberté. 

- 2°) venir renforcer les rangs de la résistance qui, nuit et jour, avec les moyens dont ils disposaient, luttaient pour libérer notre sol de la souillure nazie.

Notre camarade Pierre Gac fut très écouté par l'assemblée des jeunes, le bal fut immédiatement arrêté et une quinzaine de volontaires vinrent le 10 juin aider le groupe Giloux à compléter et renforcer les barrages sur la route Morlaix-Callac, cette opération étant faite également de jour. Mais hélas, au cours de cette opération, le groupe perdit Pierre Gac. Etant en protection des scieurs d'arbres, il fut surpris par l'arrivée d'un camion de troupes allemandes qui descendait de Callac, moteur arrêté. Blessé d'abord à la la jambe, il réussit toutefois à s'éloigner de la route d'une centaine de mètres, se cacha dans un champ de blé mais fut découvert par les allemands. Il fut massacré sur place, il avait 20 ans.

Pierre Gac (ou Le Gac), instituteur à Bolazec - Résistant de la Cie Yves Giloux - Photo Maitron - Pierre Gac - Né à Camaret en 1921 ou 1922, Pierre Gac est instituteur à Bolazec. Il rejoint les F.T.P et combat à Bolazec, Scrignac, Ploumarc'h. Réfractaire du STO, il rejoint la Cie Yves Giloux à Ploumarc'h le 6 juin 1944 et participe à de nombreuses actions contre l'occupant. Une fois, il prit la parole dans un bal champêtre clandestin et tous les jeunes hommes présents passèrent au F.T.P (le 9 juin 1944). Rendez-vous fut pris le lendemain mais ce jour-là, Pierre Gac tombe dans un accrochage avec les soldats allemands. Sympathisant du PCF il en diffusait les journaux et tracts clandestins ainsi que ceux du Front National et de la J.C.

Pierre Gac (ou Le Gac), instituteur à Bolazec - Résistant de la Cie Yves Giloux - Photo Maitron - Pierre Gac - Né à Camaret en 1921 ou 1922, Pierre Gac est instituteur à Bolazec. Il rejoint les F.T.P et combat à Bolazec, Scrignac, Ploumarc'h. Réfractaire du STO, il rejoint la Cie Yves Giloux à Ploumarc'h le 6 juin 1944 et participe à de nombreuses actions contre l'occupant. Une fois, il prit la parole dans un bal champêtre clandestin et tous les jeunes hommes présents passèrent au F.T.P (le 9 juin 1944). Rendez-vous fut pris le lendemain mais ce jour-là, Pierre Gac tombe dans un accrochage avec les soldats allemands. Sympathisant du PCF il en diffusait les journaux et tracts clandestins ainsi que ceux du Front National et de la J.C.

Cela se passait aux premiers jours de juillet. Il nous arrivait du renfort des maquis de Spézet, Plonévez, du Cloître, des gars venus s'armer. Plusieurs avaient fait plus de 60 kms en quatre heures. Ils nous arrivèrent épuisés pour la plupart. Il y avait également le C.O, le C.E, et le C.T régionaux; nous devions artendre trois jours au maximum l'arrivée du fameux commandant. Un commandant anglais devait venir dans notre maquis pour nous obtenir un important parachutage d'armes, c'était une information que nous avions obenu dans les Côtes d'Armor avec une équipe de parachutistes rencontrée avec d'autres mouvements de résistance. Aussitôt nous avertîmes les responsables départementaux du Finistère que nous avions eu la promesse formelle que nous aurions des armes. 

Notre situation dans le maquis était sérieuse. Nous nous savions traqués, nous avions mis la main sur un milicien sergent de la Wermarcht. Nous étions tout le temps sur le qui-vive. Un dimanche matin, une sentinelle vint me réveiller m'avertissant qu'un camion boche suivait la route à 500 m de notre maquis. Il y avait en fait 12 camions armés de canons, de mitrailleuses lourdes. Je ne donnais pas l'alerte immédiatement en donnant l'ordre aux sentinelles de reprendre leur poste et d'ouvrir l'oeil. Une demi-heure après environ, un homme de garde venait m'avertir que les boches cherchaient le village qui se trouvait être le plus proche de notre maquis. J'avais compris qu'on avait été vendus. Je réveillais tout le monde. Tout se passa dans le calme. Toutes les armes et les munitions ainsi que tous les documents furent rassemblés. Ayant peur que le milicien n'échappe dans la bagarre qu'on pensait imminente, l'ordre fut donné de l'exécuter, ce qui fut fait immédiatement. 

Ne pouvant, vu notre armement dérisoire - aucune arme automatique - combattre, il fut décidé d'essayer de se dégager de l'encerclement qu'on sentait proche. Deux groupes furent constitués. Jean T. prit la tête du premier, Callac celle du deuxième. Par une chance extraordinaire, le décrochage eut lieu sans incident, les boches n'ayant pas eu l'endroit exact de notre maquis, on leur avait signalé une maison isolée à côté d'une vieille chapelle. C'est là qu'ils se rendirent. Cette maison était habitée par une vieille femme qui fut épouvantée devant ces soudards, miliciens de Perrot pour la plupart. Elle ne dit mot de notre présence: ni les menaces, ni les injures, ne la firent parler. Au village de Coat Trizcar, un fermier eut la corde au cou, battu afin d'indiquer l'endroit exact de notre présence, lui non plus ne parle. Nous étions dans un pays français dont je me plais à rendre hommage. 

Nous nous rendîmes sur une colline à environ 1500 m du maquis en direction de Scrignac. Une heure après notre halte en ce lieu, Marcel, un jeune de Scrignac (qui eut son frère fusillé par les boches) me demande de bien vouloir l'autoriser à aller au maquis pour renseignements. J'accède à son désir en lui faisant plusieurs recommandations importantes - observations des environs de notre maison, mais surtout ne rien toucher avant que j'aille me rendre compte. Nous n'eûmes pas longtemps à attendre le retour de Marcel. D'après ses observations, les boches n'avaient pas été jusqu'au maquis et n'avaient pas découvert le corps du milicien.

"Puis vint la période des parachutages:

Une mission parachutiste alliée parachutée dans le centre du Finistère avait pour objectif l'armement des volontaires. Le 13 juillet, le chef du groupe Giloux se rendit auprès de cette mission parachutiste qui se trouvait sur le plateau de Laz, distant de Scrignac de 80 kms environ. Il fallait passer par Poullauën et Plonévez-du-Faou en vélo quand il était possible de circuler, puis de Plonévez-du-Faou à Laz par Châteauneuf-du-Faou à pied avec guide. Arrivée à Laz à 2 heures, puis contact avec la mission parachutiste pour homologuer trois terrains de parachutage avec messages et lettres en morse correspondantes. Le premier parachutage devait avoir lieu le 14 juillet au soir sur le plateau de Saint-Maudez avec comme indicatif: 3 framboises sur une assiette et la lettre R. 

Départ de Laz à 7 heures pour essayer d'arriver avant le soir sur le lieu de parachutage, ceci en passant par Cloître-Pleyben où le groupe fut arrêté par les maquisards en alerte après l'occupation de leur maquis et l'arrestation d'un résistant. Heureusement que le chef de groupe du maquis de Cloître-Pleyben appelé par ses hommes reconnut le chef du groupe Giloux qui était présent dans ce maquis lors de l'encerclement par les Allemands. Callac put continuer sa route en passant par Loqueffret, Brennilis, La Feuillée, et rencontrer Edouard au village de Quinouac'h en Berrien pour lui remettre le message et les instructions en vue d'organiser et réussir le parachutage prévu dans les deux jours suivants pour le groupe Bir-Hakim.

Callac devait arriver, la mission accomplie, vers 7 heures du soir près de la chapelle de Saint-Maudez. Il eut le temps de prévenir les hommes du groupe que le parachutage aurait lieu le soir même. Harassé, n'ayant rien mangé depuis la veille à midi, il perdit connaissance pendant plus d'une heure.

Le premier parachutage fut presque parfait, seul un des trois avions rata le terrain et ses cinq containers tombèrent dans un champ de blé. Les containers furent récupérés et transportés par charrette à un endroit prévu à l'avance, distant de 5 kilomètres. Au petit jour après l'inventaire, l'armement fut remis aux volontaires présents, une compagnie fut aussi armée entièrement ainsi qu'un groupe de Guerlesquin. Cette compagnie devint la 1ère compagnie du Bataillon Giloux, compagnie Le Fur.

Le 17 juillet 1944, au bourg de Scrignac, un détachement du Bataillon Giloux attaque une voiture allemande: un commandant tué, un ober-lieutenant et un agent de la Gestapo. Les allemands se vengent en pillant le bourg le 19 juillet 1944.

Le 21 juillet eut lieu le deuxième parachutage. Par mesure de précaution le lieu de réception fut légèrement déplacé. Le terrain initial étant situé sur un plateau montagneux, une vallée située au pied de cette colline fut choisie. Ce parachutage devait permettre l'armement d'une deuxième compagnie composée de résistants de la région de Scrignac, Poullaouën, Berrien.

Ce fut dur pour le groupe, un des containers étant resté accroché aux branches d'un arbre. D'autre part, il fallait traverser l'Aulne avec les containers qui n'étaient pas légers et ne contenaient qu'environ 20 fusils, du plastic, des grenades et des munitions, d'où notre déception. Le lendemain du parachutage, nous attendions un groupe de résistants de Plougonven, et un autre de Plouigneau. Le premier groupe amené par Yves de Guerlesquin réussit à rejoindre le maquis mais le deuxième fut intercepté par les Allemands et neutralisé. Le premier groupe passant par Bolazec descendit dans un champ bordant la route du parachutage et récupéra les containers. Il demanda le concours des patriotes qui avec leurs charrettes les amenèrent au Vieux Moulin, lieu de rendez-vous. Ces containers étaient remplis d'armes: fusils, mitrailleuses et mitraillettes, c'était le complément des premiers récupérés dans la nuit. Nous avions eu de la chance de pouvoir les récupérer car les Allemands, après avoir neutralisé le groupe de Plouigneau trouvèrent sur le chef un itinéraire heureusement sommaire qui indiquait le Vieux Moulin comme lieu de rendez-vous. Les Allemands étaient en alerte, un agent de renseignements vint nous avertir qu'ils cherchaient un vieux moulin mais nous avions pris nos dispositions pour éventuellement les accueillir. 

Dernier parachutage:

Le groupe Giloux devenu le groupe du Commandant du futur Bataillon Giloux demeurait au Vieux Moulin. L'éclaireur prit la direction de Guerlesquin en vue d'établir le maquis et de préparer un terrain de parachutage afin d'armer les volontaires de cette région. Le groupe Giloux quittait le Vieux Moulin à la tombée de la nuit. Le lendemain, à l'aube, les forces occupantes y arrivaient, mais elles avaient 24 heures de retard! ...

Le 24 juillet, le groupe arrivait au maquis de Guerlesquin en vue de réceptionner le parachutage prévu pour la nuit du 25 juillet, opération qui se passa sans incidents. Après une nuit blanche ce fut l'inventaire des containers et le camouflage des parachutes. A la suite de ces parachutages, le bataillon Giloux augmentait sérieusement son effectif. Il comprenait plus de 400 hommes, armés et instruits militairement. Une mission parachutée composée du capitaine Marchand, du Lieutenant Philipp, du sous-lieutenant Parizel, va s'installer pour quelques jours afin soi-disant d'armer et d'organiser la résistance. Pour nous, c'était déjà chose faite, mais je pense plutôt qu'ils avaient pour mission de diriger la résistance dans un sens voulu par Londres, attendre avant d'attaquer... nous ne comprenions pas! 

Quand nous étions mal armés, nous étions gêner pour attaquer les occupants et pourtant nous le faisions et maintenant que nous étions à égalité il fallait attendre. Mais ces consignes d'attentes ne furent pas respectées au Bataillon Giloux. Les compagnies de Scrignac attaquaient les patrouilles allemandes qui avaient le malheur de sortir de leur cantonnement. Ils ne pouvaient plus envoyer leurs mouchards à la campagne, ils étaient assiégés. Après quelques jours passés au maquis de Guerlesquin, le groupe Giloux rejoignit son nouveau cantonnement près de la chapelle de Saint-Maudez où un parachutage de médicaments et appareils sanitaires en vue d'installer un hôpital de campagne était prévu. Mais il y eut un imprévu. Nous attendions un ou deux petits avions pour 5 ou 10 containers. Nous avions donc 4 charrettes. Or cette nuit là nous recevions 75 containers d'armes, munitions, médicaments et appareils sanitaires. Point de charrettes pour évacuer ces 75 containers à raison de 3 containers par charrette. Il nous fallait trouver 20 autres charrettes. Cependant ce convoi de nuit de 25 charrettes, bien protégé il est vrai, arrivait à bon port. Il n'y eut pas d'incident majeur. Pour notre groupe, spécialiste en somme en parachutage, il était temps que cela se termine. Nous étions claqués. Nous ne tenions que par les nerfs. Peu de sommeil, beaucoup de déplacements, repas irréguliers, c'était notre lot.

Au matin de ce parachutage, un de nos agents de liaison, Yvette Dollet, en mission du P.C départemental, arrivait avec un message important:

Nous devions nous mettre en rapport avec la colonne américaine en limite des Côtes-du-Nord et du Finistère, ce qui fut fait. Auparavant, ordre avait été donné aux compagnies de Scrignac et Guerlesquin d'avoir à attaquer partout les troupes occupantes. De nuit le chef de groupe accompagne Yves Nicol de Guerlesquin pour se mettre en relation avec le colonel commandant et la colonne alliée. Je ne garde pas un bon souvenir de cette entrevue. Il nous fut demandé de servir de guide à cette colonne, ce qui fut fait jusqu'au Cloître-Saint-Thégonnec.  Là, par le truchement de notre interprète Yves, j'indiquai au colonel américain que j'étais responsable d'un bataillon de plus de 500 hommes armés et que mon devoir était d'être avant tout avec eux. Je devais rejoindre la compagnie de Guerlesquin, compagnie Le Gac, où il fut décidé sur l'heure d'interdire aux allemands le passage sur la route nationale Morlaix-Guingamp, de protéger le viaduc du Ponthou. Des troupes furent donc dispersés sur 4 kilomètres environ, 7 FM mis en batterie. Bilan de l'opération: 3 camions allemands engagés sur cette route détruits. Ces camions transportaient des troupes: il n'y eut aucun rescapé.

Le 30 juillet, l'attaque d'un convoi allemand, neuf camions au lieu-dit Lamezec, se solde par la mort de vingt soldats allemands.

Le lendemain, 4 août, la même opération eut lieu mais le combat fut plus acharné avec de très lourdes pertes. Après plus de deux heures d'engagements les troupes occupantes réussirent à percer en direction de Morlaix. Notre groupe évita de justesse l'encerclement. Nous devions nous replier sur le maquis de Saint-Laurent et rejoindre le maquis de Guerlesquin. Le lendemain, dans la nuit, il y avait un autre parachutage à Guerlesquin. Les jours suivants, ce furent des journées difficiles: alertes constantes, harcèlement et liquidation des éléments ennemis. Le 7 août, le bataillon Giloux avait plis de 250 prisonniers gardés par les anciens combattants de 14-18 à Guerlesquin.

Cette région était enfin libérée par mes résistants. Morlaix fut également libérée le 8 août et je suis appelé par la mission parachutiste alliée pour prendre le commandement de la ville et assurer l'ordre.

Lire aussi:

La résistance FTP à Morlaix: le témoignage d'Eugène Le Luc recueilli par le Télégramme et Jeannine Guichoux (mémoire universitaire)

Vers le 20 août, quatre compagnies se rendaient à Plougastel-Daoulas:

- La Compagnie Le Meur commandée par P. Foll avec 113 hommes - Logonna-Daoulas

- La Compagnie Aunis commandée par Guéguen et Pouliquen avec 100 hommes à Dirinon

- La Compagnie Lever avec pour responsable Jouve, 110 hommes, à Daoulas

- La Compagnie Le Gac, avec pour responsable Fustec, et 79 hommes, à Loperhet

Et au Ponthou, 115 hommes, plus le poste de commandement, qui était à Daoulas.   

Après la libération du secteur de Plougastel-Daoulas, les 4 compagnies du Bataillon Yves Giloux revinrent à Morlaix où commença la période des engagements. Les premiers engagés furent versés au 118ème R.I.M et participèrent dans cette unité aux combats de Lorient. Voilà, très brièvement relatée, l'activité du Bataillon Giloux.

Le nom de Giloux fut donné d'abord au groupe puis au Bataillon à la mémoire du grand résistant que fut Yves Giloux. Résistant de la première heure, il fut fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien en même temps que 18 autres de ses camarades. Lors de son passage devant le tribunal militaire du Gross Paris, aux accusateurs qui lui reprochaient d'avoir participé à plus de 40 attentats contre l'armée allemande, il leur répondit: "Vous êtes bien loin de la vérité. Je ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas pu faire plus".

Libération de Morlaix le 8 août 1944 (photo d'archives publiée par Ouest-France)

Libération de Morlaix le 8 août 1944 (photo d'archives publiée par Ouest-France)

Libération de Morlaix le 8 août 1944 (photo d'archives publiée par Ouest-France)

Libération de Morlaix le 8 août 1944 (photo d'archives publiée par Ouest-France)

Bataillon Giloux:

Morts au combat, fusillés, ou morts en déportation:

La liste est donnée par Jean Nédelec mais elle peut être incomplète:

Georges Aunis - né le 13 septembre 1912, directeur d'école à Scrignac, militant communiste depuis 1936 ou 1937, entré aux F.T.P en 42, mort le 27 juillet 1944 à Carhaix. Son nom a été donné à un bataillon F.T.P qui lors des combats de la Libération aura son P.C à Pleyber-Christ (commandant Kerdoncuff)

Marcel Boucher - né à Lesneven le 3 novembre 1920, militant communiste depuis mai 41, tué par les allemands le 4 février 1944 avec Guy Raoul et André Garec

Robert Calonnec: de Scrignac, né à Versailles le 13 juillet 1927. Communiste, il disparaît au cours d'une opération contre l'occupant en septembre 1944, on suppose qu'il a été abattu par des soldats allemands après avoir été fait prisonnier, puis jeté dénudé dans un charnier.  Son cadavre serait parmi les nombreux corps exhumés qui n'ont pu être identifiés.

Armel Coant: né le 20 octobre 1920 à Scrignac, communiste versé aux F.T.P en 1942, dénoncé par le traître Corre d'Hanvec et fusillé à Rennes avec 28 autres camarades le 8 juin 1944

Francis Coant: son cousin aîné, né le 14 août 1916 à Scrignac, communiste versé aux FTP en 1942, il est également fusillé à Rennes le 8 juin 1944

Jean Coant: né à Scrignac, déporté, disparu

Pierre Caouren: né le 8 mai 1922 à Locmaria-Berrien, militant communiste de Locmaria-Berrien versé aux F.T.P, fusillé le 8 juin 1944 à Rennes après avoir été pris lors d'une opération contre l'occupant.

Jean-Marie Clech, de Kervion (ou Kerrion) en Plougonven. né le 21 avril 1893 à Plourin-les-Morlaix, sympathisant PCF et résistant F.T.P, fusillé le 3 août 1944

Yves-Marie Cloarec: né le 27 août 1917 à Plougonvelin, adhère au PCF pendant l'occupation, résistant F.T.P, fusillé le 3 août 1944

Auguste Dugay: de Penmarc'h, résistant communiste fusillé par les allemands après avoir été atrocement torturé en mai 1944 à Saint-Brieuc - Auguste Duguay , membre costarmaricain du PCF, arrêté à Callac et dirigé vers le camp de Châteaubriant en 1941, relâché le 6 juin 1942 et versé au F.T.P, il combattra dans les rangs de la Cie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux. Tombé aux mains de l'ennemi au cours d'un engagement, les soldats allemands l’emmèneront à Saint-Brieuc et le fusilleront en mai 1944

Pierre Gac: institueur à Bolazec, né à Camaret en 1921 ou 1922, sympathisant du PCF à partir de 1944, il rejoint le bataillon Yves Giloux à Ploumarc'h le 6 juin 1944. Il tombe dans un accrochage avec les soldats allemands. 

André Garrec: né le 30 décembre 1922 à Brest, tôlier de l'arsenal de Brest, adhère au PCF à 20 ans en 1942, puis participe à de nombreuses opérations avec Marcel Boucher et Guy Raoul. Tué au combat le 4 février 1944 à la Forêt-Landerneau aux alentours de Guipavas avec Marcel Boucher et Guy Raoul. Selon Eugène Kerbaul, ils sont tués au combat dans une carrière "où ils s'étaient refugiés et retranchés et où ils combattirent jusqu'à la mort contre un très important détachement de l'école de Landerneau de la Feldgendarmerie prévenue de la présence de groupe par la maîtresse d'un soldat allemand. 

Yves Giloux: né le 15 décembre 1921 à Brest, adhère au PCF clandestin en 1941, versé au FTP en 42, il devient chef de groupe et dirige et prend part à un grand nombre d'actions contre l'occupant (sabotages, attentats). Arrêté à Nantes le 1er février 43, torturé à plusieurs reprises, il est fusillé le 17 septembre 1943 en même que 18 autres camarades communistes finistériens

Jean-Yvon Herry: né le 28 juin 1919 à Plourin-les-Morlaix. Communiste, il combattait dans les rangs de la compagnie de Morlaix du Bataillon FTP Yves Giloux. Arrêté lors d'un projet d'attaque d'un convoi allemand dont avait prévenu l'occupant une collaboratrice "horizontale" de Pleyber-Christ (la délatrice ne sera pas inquiétée). Fusillé au Cloître-Saint-Thégonnec le 28 juillet 1944

René Jacq: né le 24 juin 1922 à Plourin-les-Morlaix, mort des suites de ses blessures

Francis Kervoellen: né le 13 septembre 1921 à Scrignac, communiste, tombé aux mains de l'ennemi, fusillé à Scrignac le 30 juillet 1944. Il appartenait à la Cie de Morlaix du bataillon Yves Giloux.

Marcel Le Coz: né le 1er mai 1925 à Lannéanou, de Botshorel, membre du PCF clandestin, tué au combat au cours d'une mission le 29 juillet 1944

Jean Le Fur: né le 31 août 1918 à Scrignac. Second maître dans la Marine, il quitte Alger pour venir combattre en France dans la résistance. Sympathisant communiste, F.T.P membre du bataillon de Morlaix de la Compagnie Yves Giloux. Tué dans un combat contre un détachement allemand près de Scrignac le 27 juin 44

Georges Le Gall: ouvrier de Brest, il adhère au PCF en 1942 et prend part à de nombreuses opérations du maquis "Etoile rouge" de Plonévez-du-Faou qu'il a rejoint en avril 1943. Il trouve la mort lors d'un engagement contre une unité allemande le 2 juillet 1944.

Jean-Louis Le Gall: né le 8 juin 1925, décédé des suites de ses blessures le 8 juin 1944.

Lorgouillons: né en janvier 1922 à Guerlesquin, arrêté le 8 juin 44, disparu

François Lever: né le 25 mai 1923 à Morlaix, télégraphiste, membre de la JC clandestine, des F.T.P, tué au combat le 26 juin 1944 à Châteauneuf-du-Faou. Son nom dut donné à une compagnie du bataillon Yves Giloux des F.T.P, compagnie qui s'illustra notamment dans la libération de Morlaix

Henri Nédellec: né à Scrignac, militant du PCF clandestin, tué au cours d'une mission le 23 mars 1944 par un groupe composé d'allemand et d'autonomistes bretons collaborateurs.

Albert Perrot: né le 12 juin 1920 à Scrignac, membre de la Cie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux, sympathisant PCF, prend part à de nombreuses actions contre l'occupant, tué au combat le 9 août 1944 à Plouigneau

Jean-Marie Plassart: adhère au PCF à Berrien en 1936. Membre des F.T.P, arrêté par des policiers français, il est emmené à la prison de Quimper, livré aux Allemands, et il meurt en camp de concentration à 23 ans à Mathausen. Il fait partie des 5 déportés de Berrien morts en déportation avec Robert Cadiou, Joseph Créoff (militant communiste arrêté sur dénonciation d'une française maîtresse d'un allemand ayant averti d'un parachutage d'armes), Pierre Grall (militant communiste arrêté le 5 juin 44 pour la même raison, torturé, déporté en Allemagne, il meurt au camp de contration de Dora en avril 1945), François Paul

Jean Priol: né en 1922 à Morlaix, ouvrier agricole, il habitait à Tron-Vilin en Morlaix, sympathisant du PCF, membre du Bataillon de Morlaix de la compagnie Yves Giloux, il est arrêté au cours d'une mission et fusillé à Scrignac en même temps que Jean Le Fur le 27 juin 1944

Guy Raoul: né à Saint Marc près de Brest. Militant communiste, entré au FTP en 1942. Compagnon de Marcel Boucher qui le dirige au sein du groupe Yves Giloux. Il est tué au combat près de la Forêt-Landerneau avec Marcel Boucher et André Garrec. 

Joseph Salaün: breton émigré en région parisienne dans le 6e arrondissement où il rejoint le PCF et la CGT. Revient dans la région de Morlaix sous l'occupation allemande où il milite pour le PCF et s'engage dans la compagnie de Morlaix du Bataillon Yves Giloux. Arrêté au cours d'un combat où il est blessé, il est fusillé à Scrignac le 26 juillet 1944

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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 09:20
Marie Salou, résistante communiste brestoise et déportée a Ravensbrück et Mathausen, rendait hommage aux 19 fusillés communistes brestois du Mont-Valerien du 17 septembre 1943 avec les petits-enfants d'Angéline et Maurice Dollet,  et le maire de Brest, ainsi que François Tournevache, natif de Berrien en 1916, cheminot, militant communiste et cégétiste à Morlaix et à Brest,  résistant envoyé en camp de concentration en France (Châteaubriant, Pithiviers, île de Ré), conseiller municipal PCF de Morlaix à la Libération, secrétaire de la fédération PCF du Finistère en 1949, puis responsable de l'ANACR.  Photo et article de journal de la collection privée de Claudie Quillec, la fille de la résistante Angeline-Yvette Dollet, née Yvinec, agent de liaison du bataillon Yves Giloux

Marie Salou, résistante communiste brestoise et déportée a Ravensbrück et Mathausen, rendait hommage aux 19 fusillés communistes brestois du Mont-Valerien du 17 septembre 1943 avec les petits-enfants d'Angéline et Maurice Dollet, et le maire de Brest, ainsi que François Tournevache, natif de Berrien en 1916, cheminot, militant communiste et cégétiste à Morlaix et à Brest, résistant envoyé en camp de concentration en France (Châteaubriant, Pithiviers, île de Ré), conseiller municipal PCF de Morlaix à la Libération, secrétaire de la fédération PCF du Finistère en 1949, puis responsable de l'ANACR. Photo et article de journal de la collection privée de Claudie Quillec, la fille de la résistante Angeline-Yvette Dollet, née Yvinec, agent de liaison du bataillon Yves Giloux

Résistance finistérienne - l'inauguration du monument aux 19 fusillés - résistants communistes brestois - du Mont Valérien (17 septembre 1943) à Brest au jardin du Guelmeur en présence de François Tournevache, du maire de Brest, et de Marie Salou
Marie Salou, résistante communiste brestoise et déportée a Ravensbrück et Mathausen, rendait hommage aux 19 fusillés communistes brestois du Mont-Valerien du 17 septembre 1943 avec les enfants d'Albert Yvinec et le maire de Brest, ainsi que François Tournevache, natif de Berrien en 1916, cheminot, militant communiste et cégétiste à Morlaix et à Brest,  résistant envoyé en camp de concentration en France (Châteaubriant, Pithiviers, île de Ré), conseiller municipal PCF de Morlaix à la Libération, secrétaire de la fédération PCF du Finistère en 1949, puis responsable de l'ANACR.
 
Photo et article de journal de la collection privée de Claudie Quillec, la fille de la résistante Angeline-Yvette Dollet, née Yvinec, agent de liaison du bataillon Yves Giloux.
 
Marie Salou (née Marie Cam) - 1914-2011
Marie Cam-Salou est née en 1914 à Saint-Marc, aujourd'hui un quartier de Brest, jadis une commune indépendante, d’un père ouvrier à l’Arsenal de Brest (Finistère) et d’une mère travaillant à la Poudrerie de Saint-Nicolas au Le Releq-Kerhuon (Finistère). Marie Cam avait deux sœurs plus âgée qu’elle. Elle se maria le 4 juin 1932 avec Goulven Salou, ajusteur à l’arsenal. Ils eurent deux enfants.
Marie Salou milita au Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme où elle s’occupa notamment de l’aide aux enfants de républicains espagnols.
Elle adhéra au Parti communiste en 1939.
Après la déclaration de guerre et la mobilisation, le couple fut séparé. En 1940, son mari se retrouva à Dakar (Sénégal), puis Casablanca (Maroc), où il entra dans la Résistance. En avril 43 il intégra la 1re DFL et fut envoyé en Tunisie. Il participa à la libération de l’Italie, au débarquement de Provence, et l’avancée sur Marseille, Lyon, et Colmar.
Membre du P.C.F clandestin, elle héberge les résistants recherchés par la police ou les allemands. Début 1942 elle aide plusieurs prisonniers républicains espagnols à fuir la ville. Elle participe à la manifestation du 28 avril 1942. En Août 1942 elle saccage avec une amie la vitrine de la L.V.F rue de Siam. Arrêtée en octobre 1942 par des policiers français, elle est brutalisée. Internée, elle est finalement remise aux allemands qui la juge à Fresnes en 1943. Déportée, elle revient en 1945 très affaiblie. ----- Angèle Kerlirzin-Le Nédelec, née en 1910 à Scrignac. Membre du P.C.F clandestin. A la débâcle elle cache des armes récupérés par son mari. Participe à la diffusion des tracts du P.C.F et F.N. Elle participe à la manifestation du 28 avril 1942 et à la tentative de manifestation patriotique du 14 juillet 1942. Arrêtée en octobre, elle est également internée à Brest, Vitré et Rennes. Libérée en Novembre 1943, elle gagne les Côtes-du-Nord et intègre les F.T.P.
Elle fut libérée le 28 avril 1945 à Mauthausen (Allemagne).
Revenue en France, tout en continuant à militer au Parti communiste, elle adhéra et milita, à l’Union des Femmes Française, à la FNDIRP, à l’ARAC.
On la décora de la Médaille de la déportation, de celle du Combattant volontaire de la Résistance, de la Croix de guerre 39-45, de la Médaille militaire. Elle fut fait Chevalier de la légion d’honneur.
 
Itinéraire d'une Déportée
De Brest a Mauthausen
Marie SALOU
1942-1945
par Jean Nédélec d'après les archives de Marie Salou
 
01.10.1942- arrestation
Fin novembre, prisons: Château de Brest, Centrale de Rennes
11.12.1942 : jugement à Rennes
13.04.1943 : départ de la centrale de Rennes pour la prison Jacques Cartier
Juillet 1943 : départ pour la prison de Fresnes
Aout 1943 : jugement allemand
23.12.1943 : départ de Fresnes pour I'Allemagne. Arrivée à Karlsruhe
8 jours a Francfort sur Ie Main 4 jours a Guenmiz
07.01.1944: arrivée à Walheim
14.02.1944: depart pour Lubeck en passant par Berlin et Hambourg
Mai 1944 : départ pour Cottbus
07.11.1944: départ pour Ravensbruck
07.11.1945: départ de Ravensbruck pour Mathausen
20.03.1945: bombardement d' Amsteten
24.05.1945: libération par la Croix Rouge Internationale 11.06.1945: arrivée à Brest
 
Marie Salou, née Cam, a vu le jour le 30.11.1914 à St Marc. Dès l'âge de 16 ans elle apprend le métier de couturière, trois ans d'apprentissage auprès d'ouvrières très expertes, avant de devenir elle-même ouvrière. Très vite elle va connaître la vie militante, notamment au moment de la guerre civile en Espagne.
En 1936, elle faisait partie de l'Association Nationale du soutien de l'enfance malheureuse avec Jeanne Cariou, Alice de Bortoli, Mmes Bernard, Riou et Duchêne.
Ces femmes avaient pris en charge les réfugiés républicains espagnols qui avaient fui la guerre civile de leur pays. Ils étaient hébergés dans des baraquements à Berthaume qui servaient de lieux de vacances pour la commune de Lambezellec dont le responsable était M. Le Berre et son épouse, instituteurs a l'école de Kerraloche. Le Secours Populaire était aussi partie prenante dans cette action. Marie Salou, en juin 1939, va faire un nouveau pas dans sa vie en adhérant au Parti Communiste Français.
Dès 1940 va commencer sa vie de résistante. Tout d'abord avec des distributions de tracts et des journaux clandestins du Parti Communiste. En aout 1941, elle ajoute à ses activités celles d'hébergement de résistants du P.C et du F.N. en mission (il s'agit bien entendu du Front National de la Résistance) Goulven Salou son mari, prisonnier évadé, avait du partir en zone libre en janvier 1941. En février, restant seule avec sa fille, il lui a fallu travailler cinq mois au Fort de Penfeld où était cantonnée l'organisation Todt qui s'occupait de la construction du Mur de l'Atlantique.
Elle réussissait dans cet endroit à lâcher quelques tracts rédigés en allemand qui lui étaient fournis par Charles Cadiou. En avril 41, elle héberge Venise Gosnat*, responsable national et son épouse, en attendant qu'on leur trouve une planque dont devait se charger Jean Le Nedellec.
* Venise Gosnat, alias Georges, inter-régional responsable de la résistance communiste en Bretagne (décembre 1940- décembre 1942)
En juin 41, Marie a voulu rejoindre Goulven à Dakar. Hélas, elle ne faisait qu'un aller-retour a Paris n'ayant qu'un laisser passer pour la ligne de démarcation. Revenue a Brest, elle se remettait au travail, il fallait bien vivre. Cette fois ce fut au Fort Montbarrey ou étaient détenus prisonniers les républicains espagnols. Avec Jeanne Goasguen qui leur procurait de fausses cartes d'identité, elles réussirent à faire sortir certains qui retournèrent en Espagne combattre Franco. Marie arrête de travailler en février 42, l'argent circulant entre les deux zones. Elle apprend à ce moment que les espagnols ont été envoyés aux lies d'Aurigny-Guernesey ou plusieurs sont morts et la plupart déportes en Allemagne.
Marie Salou va prendre une part active à la préparation et au déroulement de la manifestation des femmes, organisée par le P.C.F. mais signée "Union des femmes patriotiques", devant l'annexe de la mairie, rue Danton, le 28.01.1942.
A l'issue de cette manifestation, elle est interpellée, mais relâchee faute de preuves et d'aveu. Au mois d'aout, avec Raymonde Valaine, protégées par un groupe de F.T.P. elles saccagent la vitrine de la L.V.F. (Ligue des volontaires français contre le bolchevisme, qui recrute pour la Werhrmacht).
Cela se passait rue de Siam, à quelques mètres d'une sentinelle allemande postée a l'entrée de la Préfecture Maritime occupée par la Kriegsmarine. Avant que les allemands du poste de garde avaient été en mesure d'intervenir, les deux patriotes réussissent à se perdre dans la foule sous la sauvegarde des F.T.P. qui eux-mêmes se replient sans anicroche. Marie Salou possède a son actif de résistante bien d'autres actes de bravoure comme cette prise de parole à la porte de l'Arsenal contre le depart des ouvriers pour le S.T.O. (service du travail obligatoire pour I' Allemagne) et sa responsabilité comme agent de liaison avec le Finistère Sud .....
Le 1er octobre 1942, à la veille de la rentrée scolaire, au retour d'une promenade avec sa fille Andrée, elle est arrêtée par la police de Vichy. Andrée sera recueillie, pendant la durée de la déportation de Marie, par la sœur de son mari, Goulven.
 
Arrestation et Déportation
C'est le début pour Marie Salou d'un long calvaire qui va la mener de Brest a Mauthausen, jusqu'à sa libération, le 24 avril 1945, par la Croix Rouge Internationale. Le 1er octobre 1942, des messieurs en chapeaux mous nous attendaient raconte Marie. Après une fouille en règle, ils n'ont rien trouvé, mais ils m'ont quand même embarquée. Le plus gros des arrestations eut lieu ce jour-là. Toute la police était sur les dents, même les agents de ville. Nous avons été répartis dans les différents commissariats de la ville de Brest, les hommes un moment à la prison de Pontaniou où j'ai vu les gendarmes, gantés de blanc, les y enfermer. Je n'y suis pas restée parce qu'on n'y gardait pas les femmes. Par la suite, nous avons été regroupés au Château d'où les hommes sont partis pour Rennes afin d'être interroges par la SPAC (Section de Protection Anticommuniste) lis en sont revenus bien amochés : Albert Abalain, son bridge cassé, Paul Le Guen les pieds écrasés etc. .. Conduites également à la Centrale de Rennes avec trois compagnes : Yvette Richard, Angèle Le Nedellec et Raymonde Vadaine, nous avons été nous aussi jugées par la SPAC et condamnées à cinq ans de prison. Le 18 avril 1943, nous avons été remises aux allemands et emprisonnées a la prison Jacques Cartier de Rennes où se trouvaient déjà des camarades hommes. Le 23 juillet, c'est le départ pour Fresnes avec une de mes compagnes. Là, dans une baraque qui servait de tribunal, nous avons été rejugées le 28 août et condamnées à mort, ainsi que 19 hommes qui seront fusilles le 17 septembre 1943 au Mont Valérien.
Après six mois passes à Fresnes, j'ai quitté mes compagnes de cellule. Le 23 décembre je partais pour l'Allemagne, Raymonde Vadaine m'avait devancée d'un mois. Le lendemain, 24 décembre, j'étais dans la prison de Karlsruhe, après avoir fait le voyage avec Capelle, une autre française, arrêtée pour avoir hébergé un déserteur allemand. II y avait aussi deux allemandes: Anne Roth, arrêtée pour avoir aide son fiancé à déserter (il faisait partie de la DCA de Guilers) II ne voulait pas servir Hitler. II s'est évadé, fut repris et fusillé, Anne condamnée à deux ans de prison. II y avait aussi Alma qui avait volé dans les colis destinés aux soldats partant pour le front russe.
Huit jours avant un convoi de françaises, était parti pour Lubeck. Le voyage avait duré trois mois. Je passais la nuit de Noël a Karlsruhe. Anne et Capelle sont allées à la Messe de Minuit et je suis restée avec Alma qui en a profité pour voler les provisions des autres. lci c'était le régime pois chiches bourrés de charançons. Nous sommes restées quatre jours à Karlsruhe qui était la plaque tournante vers les différentes destinations. Nous avons été transférées à Heildelberg ou je retrouvais plusieurs résistantes françaises qui étaient en Allemagne depuis déjà un bout de temps. On les baladait de prison en prison. II y avait Margot qui en état à sa 24ème prison et qui est morte depuis son retour. II y avait aussi Yvonne Muller, vendeuse aux Halles de Paris et une vieille dame de Bayonne.
Le 1er janvier 1944, j'étais à Francfort-sur-Main. Nous avons atterri dans une énorme pièce qu'ils appelaient Presidium. La vivaient depuis un certain temps quelques femmes russes dont deux étaient malades. Les autres allaient au travail dans la journée et rentraient le soir. Nous avons séjourné huit jours dans cette pièce ou les châlits étaient infectés par les poux, les punaises et les puces. Des que les SS arrivaient, iI fallait se ranger pour que la chambrière dise combien nous étions. Le matin nous avions un ersatz de café dans des gamelles toutes grasses puisque nous les lavions a l'eau froide. L'ersatz de café était accompagné d'une tranche de pain que nous frottions a l'ail.
A la suite de mille ruses nous avions réussi à ramasser une tête d'ail sur Ie quai de la gare d'Heildelberg. A midi nous avions une soupe de choux rouges, bien grasse elle aussi. Pour la nuit de la Saint-Sylvestre nous avons demandé de coucher sur les bancs et les tables, à cause des parasites. On nous avait répondu affirmativement, mais au milieu de la nuit les SS sont arrivés comme des fous, criant "Schnell in bet" (Vite au lit) en nous envoyant des coups de bottes. Avant de quitter ce fameux Présidium, avec quel soulagement, nous avons assisté à une scène affreuse. Une couverture avant disparu, une russe avait été soupçonnée de I'avoir volée pour s'en faire une jupe. Un matin arrivent les SS qui appellent la femme, la frappent tant et plus. Pour en finir lui jettent un seau d'eau en pleine figure et lui ordonnent de laver Ie parquet de la pièce qui faisait bien dix metres de long sur six mètres de large. De là, nous avons passé une nuit à Kassel dans la prison qui avait été bombardée. Ensuite, un train nous a conduites à Magdebourg. lci nous avons été séparées et je suis partie seule de mon bordo J'ai passé une nuit dans une baraque à Leipzig avec des hommes de plusieurs nationalites.
Ce fut ensuite Gueimenitz ou j'ai passé trois jours avec quatre allemandes, dont I'une avait été arrêtée, avec toute sa famille, parce que son frère, qui était sur Ie front russe, avait critique I'état-major du grand Reich dans son courrier Une russe était venue nous rejoindre. Elle venait soi-disant d'un camp de travail. Elle avait un de ces pochons à I'oeil. Elle portait une grosse veste matelassée, mais rien dessous. Comme j'avais des vêtements je lui ai passé des tricots et Ie soir, lorsque j'ai exprimé de coucher près d'elle, les allemandes m'en ont dissuadé en me disant que Ie lendemain cette femme serait tuée. Effectivement, elle est partie seule Ie lendemain. Je suis arrivée à Waldheim Ie 7 janvier 1944. Là, comme mes trois compagnes, j'ai été tondue. J'avais de longs cheveux, et pas de poux. La forteresse gardait les cheveux pour en faire de la bure. Lorsque la première est passée à la toise, nous I'avons entendue. Nous nous demandions ce qu'on lui faisait. Quand nous I'avons vue, Ie crane complètement rasée, les autres se sont mises à pleurer, et moi de les consoler en leur disant que ça ne faisait rien puisque nous serions bientôt Iibres. L'une d'elles avait plus de cinquante ans et n'était condamnée qu'à un an. Elle a tout de même passé à la toise. Je suis passée la dernière. lis me demandaient s'iI fallait Ie faire aussi a la "Frantzose" En me demandant ma peine, j'ai répondu ' A mort'. « Allez, vite aussi » fut la réponse. J'ai été mise en cellule toute seule, il faisait plusieurs degrés en dessous de zéro. Je pensais rester dans cette prison jusqu'à la fin puisque ma condamnation à mort avait été commuée en réclusion. La discipline était très dure. C'était une vieille prison, mais propre. N'empêche qu'il n'y avait pas mal de punaises. Toutes les semaines, je devais laver mon parquet à I'eau de lessive. Le linge aussi était changé chaque semaine. La nourriture était mangeable, mais pas suffisante. Nuit et jour, j'entendais les colonnes qui partaient au travail. De temps en temps, on me donnait des peaux de lapins qu'il fallait découper en tout petits morceaux afin de récupérer les poils ou j'enlevais l’arête des plumes de poulets.
Le 13 février, on est venu me chercher pour aller au bureau, puis au grenier, afin de récupérer mes vêtements. Au retour on me change de cellule. La gardienne me prévient de me tenir prête pour 6 heures Ie lendemain. Je me demande ce qui va se passer. Le lendemain en effet on me conduit au bureau. On me remet un pain et un peu de margarine. Après maintes discussions, un homme d'un certain age est arrive, un policier d'une soixantaine d'années. II m'ordonne de le suivre. Dehors il fait froid, on gelait, les enfants allaient à l'école en luge. Après quelques pas, nous sommes entrés dans un commissariat ou on m'a passé les menottes, et en route pour la gare ou il a fallu attendre Ie train. Avec mon gardien, nous avons voyagé dans les compartiments réservés au personnel des chemins de fer. Je ne comprenais pas grand-chose de ce que me disait mon gardien. II ne parlait qu'allemand, bien qu'il prétendait être natif de Metz. Les employés qui voyageaient avec nous lui ont demandé qui j'étais, ce que je faisais là. J'avais I'air bien, avec mon crane rasé et les menottes. Mon gardien leur disait que j'étais française et précisait pourquoi j'étais dans ce train. C'était de grosses et grandes exclamations "Oh,scheinerie" (cochonne) Les femmes enviaient mes bas, elles demandaient au gardien si j'en avais dans mon balluchon . Elles auraient bien voulu en prendre mais Ie gardien Ie leur refusa. A midi nous étions à Berlin. Pour traverser cette ville, nous avons pris Ie métro, dans Ie compartiment des ballots. Mon gardien s'y est d'ailleurs fait disputer pour y être entre.
Je regardais partout si je ne distinguais pas de visage connu, quelqu'un qui aurait pu m'aider à me lâcher de mon garde du corps. J'entendais parler français, peut-être des ouvriers de I'arsenal ,requis pour Ie S.T.O., mais hélas ! Nous avons repris un train pour Hambourg, ou après un nouveau changement, nous étions Ie soir même, vers 19 h à Lubeck. Nous avons pris un tramway pour se rapprocher du gasthaus (centre d'hébergement) qui était retiré de la ville et c'est la que mon 'cavalier' m'a laissée. Je retrouvais à nouveau une cellule glaciale, seule, avec seulement une couverture. Étant arrivée trop tard Ie soir , je n'ai pas eu de pain, mais Ie lendemain on m'a donné ce qui allait avec Ie pain, Ie "zulag" (repas) qui était un jour une cuillerée de confiture, un morceau de margarine ou un peu de petit sale que j'ai dû manger comme cela. Heureusement qu'il y avait de I'eau dans la cellule, car je crevais de soif. La soupe se composait surtout de rutabagas et pois cassés. Souvent des asticots surnageaient. Le lendemain après-midi, j'ai entendu les françaises qui allaient à la promenade. Au retour quelqu'un a frappé doucement à ma porte en me disant que des camarades que je connaissais étaient là, et que Ie soir, après la seconde cloche, il me faudrait vider I'eau de ma cuvette de water avec un chiffon et qu'a ce moment quelqu'un me parlerait. Ce que je fis et j'entendis des conversations dans tous les sens. J'appris ainsi que les françaises et les belges étaient nombreuses et travaillaient en atelier. Moi, dans ma cellule, je découpais des uniformes verts de gris, tout macule de sang et qui sentaient Ie "macchabée" à plein nez. Malgré cela, la nuit j'avais tellement froid que je m'en servais comme couverture Un jour, a la suite d'une dispute dans une cellule, on me transporta ailleurs afin de mettre à ma place une camarade qui, je crois avait perdu la tête. Je me retrouvais ainsi, avec trois campagnes qui, dans la journée, allaient aux ateliers et je restais seule. Un jour qu'ils nous avaient prêté un livre Assimil, j'ai appris la phrase" Je voudrais aller à I'atelier" Ce qui fut fait et là je confectionnais des sacs à provision, Ie moins possible évidemment. Les gardiennes, en général, n'étaient pas terribles, à part le chef nommée Jansen, qui était pendue au judas.
Le 9 mai, je suis partie en train, pour Cottbus. II faisait un temps splendide. Nous étions au moins 150, dans ce train. Nous avions presque I'impression d'être Iibres. Hélas! Nous avons passe une nuit dans la gare de Stettin qui avait été bombardée. Arrivées a Cottbus, nous avons retrouvé des camarades du convoi qui nous avait precédées lei, la nourriture était mangeable, mais peu copieuse. Dans la prison, nous travaillions en atelier à la confection de chemises d'hommes. Le pensum était de 7 chemises par jour, nous en faisions 7 par semaine. Nos gardiens étaient fous de rage. lis nous ont transférées à I'atelier de tissage ou avec des brins de jonc ou des feuilles de mars nous devions faire des boules. La encore, il nous était demandé une boule par jour. Nous la faisions dans la semaine, ce qui fait que nous étions privées de nourriture. Lors des promenades, nous devions ramasser des glands sous Ie chêne de la cour, ou les épluchures lorsque nous passions devant les cuisines. Pour finir, nous avons été gardées en cellule et nous n'avions plus droit aux promenades que de temps en temps, parce que nous étions au moins 300 françaises et que ça faisait un tel chahut ces sorties!
Nous étions cinq par cellule de trois Iits. Deux avaient Ie droit de coucher par terre, avec une couverture. C'etait des cellules à tinettes, nous avions un unique broc d'eau pour notre toilette. Nous devions nous laver toutes les cinq dans la meme eau et après la toilette c'etait Ie Iinge. Sur les six mois nous n'avons pas eu de Iinge de rechange. En juin 44, j'ai fait une otite carabinée qui a duré plus d'un mois. Un jour j'ai ete conduite au spécialiste, en ville, avec 39° degré de fièvre menottes aux mains. Le docteur avait décidé de me mettre à I'infirmerie, mais comme il n'y avait plus de place je n'y suis pas allée.
Nous avons quitté Cottbus début novembre, avec une gardienne que nous surnommions Villette.
Elle nous donnait souvent des nouvelles et nous souhaita bon courage en nous quittant. Nous allions dans un camp très dur. Des le depart nous en avons eu un aperçu. Nous étions rangées par cinq, sous la garde de la Wermacht. Pour ma part, mal rangée, j'ai reçu une bonne paire de claques. Le long du parcours nous avons chanté tout ce que nous avons pu : la Marseillaise, l'lnternationale, et tous les chants patriotiques de chez nous. Nos gardiens nous disaient: « Chantez, ce soir vous déchanterez. » En effet, dans la nuit, nous avons débarqué en pleine campagne.
RAVENSBRÜCK
Le 9 mars 1944, nous étions à Ravensbruck. C'est là que me fut attribué Ie numéro 85225 de ma déportation. Aussitôt rangées par cinq et en colonnes nous sommes entrées dans ce camp, dont nous apercevions au loin les lumières. A cette heure tardive, des colonnes de prisonnières partaient au travail. Nous avons fait une pause devant les douches, puis nous y avons été enfermées, entassées. Dans la nuit il y a eu des bombardements. Avant Ie jour les "kubels" (récipients) débordaient. Nous étouffions et étions malades avec les odeurs. Aussi, au petit jour, les portes s'étant ouvertes, quel soupir de soulagement. Hélas ! C’était pour voir des choses de plus en plus horribles. Comme ils n'avaient pas Ie temps de s'occuper de nous, ils nous ont plaquées dans une tente immense, d'au moins 400 mètres carrés où se trouvaient plusieurs centaines de hongroises dont plusieurs avaient déjà perdu la tête. Puis nous avons fait des kilomètres à pied et ensuite sur des wagons découverts. Vers 11 heures, ils se sont décidés à nous donner une soupe. Ensuite de fut une nouvelle pose devant les douches, à I'entrée du camp. Nous étions près du cabanon ou étaient enfermées les folies. De là, nous avions vue sur la morgue ou nous voyions arriver des cadavres entravés, sur des charrettes a bras .. Nous sommes restées là, jusqu'à la nuit, sans que personne, s'occupe de nous, puis ramenées à la tente ou deux femmes se promenaient avec un bâton, pour mettre de "I'ordre" si besoin était. Nous étions épuisées et il nous fallait dormir à même Ie sol. II y régnait une odeur infecte. Le lendemain nous avons été reconduites devant les douches, toute la journée, avec seulement une soupe dans Ie ventre. Cette fois, dans la soirée, nous sommes passées à la douche, par groupes. On nous mettait nues afin de nous enlever nos affaires personnelles et on nous donnait de vielles frusques à la place. En plein mois de novembre, je recevais une chemise à fleurs en crêpe de chine artificiel, une jupe de coton bayadère et un manteau avec une croix blanche dans le dos, car c'était une régie pour toutes. Ensuite nous avons été dirigées vers Ie bloc 32 et réparties en colonnes de travail pour Ie lendemain. Le lever avait lieu à quatre heures du matin, souvent par 25° ou 30° degrés au-dessous de zéro, et après avoir bu une espèce de lavasse appelée café, il nous fallait monter sur Ie "lager strass" (Ia grande rue) pour I'appel qui durait jusqu'au petit jour. Nous devions nous ranger, la "blockova" (Ia surveillante) nous comptait et nous devions attendre que les SS viennent contrôler. Pendant ce temps nous essayions de nous réchauffer en tapant du pied. Après cet appel il fallait rejoindre sa colonne en nous cachant Ie visage afin d'apparaitre plus vieilles pour éviter la corvée. Ces fameux wagons arrives, à I'extérieur du camp, nous avions bien 800 mètres de marche a pied pour nous y rendre. Certains allaient au sable, d'autres au 'betrieb' (atelier de couture) Moi je faisais partie des 'wagons'. Le travail consistait à tirer les produits des rapines qui venaient des pays de l'Est. Nous y trouvions les objets les plus hétéroclites: des équipements militaires, capotes, bidons, chaussures, machines à écrire, machines à tricoter, vêtements, literie, porcelaine, cristaux. II y avait un hangar pour ranger chaque catégorie d'objets. Par exemple, pour la literie, il y en avait sur une longueur de 500 mètres au moins. Parfois nous trouvions, enfoui dans un tapis de table noué aux quatre coins, un tricot commencé. C’était du linge que I'on sentait, entassé à la hâte par quelques réfugiés.
Je me rappelle, un jour nous avons trouvé des gamelles militaires, presque toutes neuves. Je m'étais promis d'en prendre une, à la place de ma vieille. J'attendais la soupe, quant tout à coup je sens qu'on me l'arrache des mains et aussitôt je reçois un violent coup sur la tête. L'instant d'après, je me tourne vers une camarade qui portait des lunettes, qui lui étaient indispensables. Je m’inquiète de savoir s'il lui était arrivé le même coup. Or, elle aussi avait change sa gamelle et le SS qu'on appelait "Ie fou" lui avait assené un coup également et cassé ses lunettes. Le soir, tard, nous rentrions au camp ou il fallait passer à la fouille. Souvent nous ne pouvions pas nous défaire tellement nous avions les mains engourdies par le froid. Après la fouille, nous avions quelquefois une tranche de pain et un rond de saucisson, en rentrant au block une soupe et un nouveau morceau de pain. Notre réconfort, c'était quand Marie-Claude ou Danielle venaient nous donner des nouvelles. Avant de se coucher, il fallait faire la grande toilette, à I'eau glacée, car le matin c'était impossible. II ne fallait pas se laisser gagner par la vermine.
Vers février 45, les russes approchant, nos gardiens étaient sur les dents. II y avait de l’énervement dans I'air. Pendant plusieurs jours, ils nous ont fait passer sur le "lager strass" des journées entières, avec notre balluchon, prêtes a partir. Nous étions un peu inquiètes. Le soir on rentrait au block. Un jour, dans I'après-midi, nous en avions marre et nous sommes rentrées au block par les fenêtres. Mal nous en a pris. Aussitôt entrées, la "stoupova" nous en faisait sortir, avec son baton et dehors le SS que l'on appelait 'le marchand de vaches' parce que c'était lui qui préparait les colonnes de transport, nous attendait pour nous taper dessus à coups de planches et nous faisait remonter à la pose. Un après-midi, nous passions devant le block quand nous vîmes un SS s'en prendre à une grand-mère bretonne, la tabasser tant et plus. Notre camarade lui tenait tête en lui disant : « Vous en faites pas, bientôt ce sera votre tour»
 
MATHAUSEN
Début mars, c'est un nouveau départ. Je me réjouissais, bien que nous que nous sachions que ce serait de plus en plus dur. Je disais aux camarades: « Ne vous tracassez pas, c'est un nouveau pas vers la Iiberté.» Malheureusement, combien ne I'ont pas connue cette Iiberté? Après avoir été parquées dans un block pour la nuit, nous avons rejoint la voie ferrée pour monter dans des wagons à bestiaux, 70 par wagon. Nous avons reçu pour le voyage: un pain, un morceau de margarine et du saucisson. Ce voyage dura cinq jours et cinq nuits. Aussi, il y avait longtemps que le pain était dans les talons avant I'arrivée. Ce fut un voyage infernal. Nous devions uriner dans nos gamelles, les dysentériques de même. Nous avons été bombardés de nuit. Pour ma part, j'ai réussi a dormir une seule nuit, pendant ces cinq nuits. J'ai cru devenir folle. Aussi, quand j'ai entendu les beuglements annonçant l'arrivée, quel ouf! Hélas, dans plusieurs wagons, il y avait des morts. Nous apprenions, en arrivant, que nous étions a Mathausen. Le sol était recouvert de neige. Nous avions une bonne marche à faire et Ie tout dans une montée. II a été proposé que les malades montent en camion. Les plus fatiguées se sont armées de courage et ont pris la route. Nous n'avions pas fait 200 mètres que certaines commençaient à tomber. Des que I'une tombait un SS approchait. D'une balle silencieuse, il I'abattait et repartait. Enfin nous avons aperçu sur les collines les lueurs du camp. II était peut-être minuit et nous avons attendu jusqu'à I'après-midi devant les cuisines.
Heureusement, je ne sais par quel subterfuge, les cuisiniers qui étaient espagnols pour la plupart, avaient réussi a nous donner un peu de café chaud. Nous sommes ensuite passées aux douches, entre une haie de SS et de capots qui nous mettaient un grand K dans Ie dos, de celles qui leur paraissaient mal en point, puis badigeonnaient les endroits pileux d'un produit désinfectant. Je ne vous raconte pas la scène, d'autres I'ont fait avant moi. Nous sommes sorties de la, habillées d'un caleçon long et d'une chemise d'homme. Nous avons été placées en quarantaine, sous la garde de tziganes. Pendant la soupe, elles organisaient une certaine pagaille, ce qui amenait une trentaine de françaises à ne pas en avoir. Quand les vêtements arrivaient de I'étuve, elles les resquillaient si bien qu'i1 y avait plusieurs camarades qui sont restées en caleçon un certain temps. Des fois, au milieu de la nuit, on nous appelait encore pour la douche.
Dès notre arrivée, ils ont formé un transport pour malades. Gardées dans un block, parquées comme des betes, elles y sont restées quelque temps et réexpédies à Bergen- Belsen. Sur 300, 3 seulement sont rentrées en France. Dans Ie block où nous étions, les premières ont réussi a avoir un lit, les dernières, couchant à même Ie sol. Pour ma part, j'étais entre deux camarades, têtes bêche. Le 19 mars, nous avons été appelées pour former soi-disant un commando des champs. Bien que plutôt méfiantes, nous envisagions la possibilité de pouvoir manger des légumes. Le lendemain 20 mars, nous avons été réveillées à quatre heures du matin, et au sortir du block installées sur un "lager strass". Quelle ne fut pas notre surprise de nous voir encadrées par des civils, les fusils braqués sur nous. On se demandait si c’était des prisonniers. II y en avait un tous les deux mètres, des vieux et des jeunes, nous avons su que c’était la "volkstum". Nous sommes descendues, cinq par cinq, à pied, jusqu'à la gare de Mauthausen. II y avait aussi une colonne d'hommes. Nous étions environ 200 femmes et 80 hommes. Puis nous avons pris Ie train, debout tout Ie long. Celles qui savaient I'allemand essayaient de deviner ou nous allions, mais motus. Nous avons traversé Ie Danube, et des kilomètres après nous nous disions que I'on ne retournerait sans doute pas au camp. Mais à la gare d' Amsteten, nous sommes descendues et la nous ont remises une pelle et une pioche à chacune d'entre nous. II s'agissait de déblayer les voies de chemin de fer bombardées la veille et recouvertes de glaise. Moins d'une heure apres avoir commencé à déblayer, c'était une alerte. Le bombardement a duré quatre heures. Nous avons du nous réfugier dans un bois. Les bombes tombaient sur la gare et hélas! Les deux dernières étaient pour nous. Le petit bois a été complètement retourné. Nous entendions crier les camarades "Adieu, adieu". Quand nous avons pu relever la tête, c'était un triste spectacle. Certaines étaient en charpie à la cime des arbres, dont une Olga, rescapée d' Auschwitz. Yvonne, de Bordeaux, avait Ie bassin fracture. La petite Rosette (Therese Rigaut) et moi nous nous sommes dépêchées de gratter la terre avec nos mains pour déterrer les compagnes qui étaient ensevelies, dont une petite roumaine, Berthe, ancienne elle aussi d' Auschwitz Elle avait des côtes fracturées et elle s' en est tirée. II y avait aussi deux soeurs belges qui étaient déjà toutes violacées ainsi que Yvonne Kieffer. Nous avons eu 90 tués. L'alerte terminée, les habitants de I'orée du bois sont venus et ils ont fait boire du schnaps à certaines. Ce jour la, nous sommes rentrées tard au camp, après un voyage très pénible. Les mortes ou mourantes étaient arrivées avant nous. Nous avons vu descendre les corps au crématoire. Quelques jours après, il y eut un moment d'affolement. C'était appel sur appel, ils ne savaient pas au juste combien il y avait de manquants. Pendant ce temps, au camp, ils ont voulu une colonne pour nous remplacer Ie lendemain, mais ayant su que nous avions été bombardées, elles ont protesté. Elles ont été menacées d'être enfermées dans la salle de douches et fusillées. Ce fut une grande panique parce qu'elles ont cru qu'on allait les gazer, mais tout s'est passé sans anicroches.
Quand tout a été remis en ordre, une partie des camarades a été gardée au camp, et le plus grand nombre descendu dans une horrible carrière ou nous nous couchions à même le sol, sauf les blessées du bombardement qui avaient droit à une paillasse. Nous logions dans une grande baraque, entourée d'un ruisseau, à I'orée d'un petit bois, ou nous avions des biches comme voisines. Dans I'obscurité, à la moindre alerte, lorsqu'il fallait se lever pour aller faire ses besoins, on marchait sur des blessées. Les dernières nuits, on ne pouvait même pas s'allonger. Le matin, avant de commencer Ie travail, il fallait sortir de cette carrière, marcher et rentrer au camp pour défiler, en rang, devant ces messieurs.
CROIX ROUGE INTERNATIONALE
Nous sommes revenues sur les lieux du travail qui consistait à ramasser des pommes de terre pour les mettre dans des caves. Nous les transportions à deux à I'aide de ' draguers' ( petites caisses a brancard). C'était un travail éreintant, surtout que le soir il fallait monter au camp pour la fouille. Heureusement, sur Ie travail nous pouvions manger des pommes de terre ou du pissenlit. Un jour, nous avons même découvert un silo de betteraves pour vaches, mais elles n'étaient pas faciles a manger.
A la mi-avril Nous avons appris par les groupes résistants clandestins du camp que la croix internationale était sur les Iieux. Nous avons eu un espoir lorsque les norvégiennes et les hollandaises sont parties. Cependant, la vie devenait de plus en plus pénible. La nourriture diminuait toujours et Ie crématoire marchait à plein. Lorsqu'il nous arrivait de sortir la nuit, nous voyions de longues flammes s'élancer dans le noir et cette odeur de viande grillée qui nous remplissait les narines. Le 22 avril, nous étions descendues au sillon, comme d'habitude. Dans I'après-midi, nous avons vu une voiture s'arrêter près de nous, un homme en descendre et annoncer à une camarade qui se trouvait sur la route que le lendemain nous serions rapatriées. Aussitôt, plusieurs laissèrent éclater leur joie, à la grande colère des SS bien entendu. Un d'entre eux assena une bonne paire de claques à celle qui se trouvait la plus près de lui. Les plus sages continrent leur joie, car il fallait toujours se méfier. Au retour du travail, nous avons vu monter les malades au camp. Nos gardiennes SS avaient disparu, elles devaient se cacher. Nous sommes partis à la douche. Pendant que nous attendions notre tour, nous avons vu passer devant nous, un groupe d'hommes nus, plutôt des squelettes qui montaient du petit camp. lis étaient recouverts d'une simple couverture et allaient sûrement à la chambre a gaz.
Plus près de nous quelques prisonniers étaient là Ie visage tourné vers le mur et bien surveillés.
Nous avons réussi à savoir qu'ils y étaient depuis plusieurs jours, sans manger. C’était des Alsaciens et de Lorrains qui avaient refusé de porter I'uniforme allemand. Après la douche, retour à la carrière. Le lendemain matin, nous sommes montées au camp ou nous avons attendu à nouveau dans la salle de douche. Enfin, nous avons été conduites au terrain de sport (qui servait évidemment aux SS) De là nous avons vu arriver toute une colonne de camions de la Croix Rouge Internationale dans lesquels sont montées les plus pressées. Faute de places, plusieurs d'entre nous n'ont pu y grimper. Désespérées, nous sommes retournées à la salle de douche et I'après-midi d'autres camions sont arrivés pour nos prendre. II nous a été distribué du pain à la sciure de bois et du pâté confectionné avec les vieux chevaux malades, couverts de plaques, que nous avions vu revenir du front russe. Nous avons protesté et nous avons obtenu qu'il nous soit distribué du pain des SS et du saucisson mangeable. Nous avons traversé une grande partie de I' Autriche en car, de jour et de nuit. Le 24 avril au matin, les cars sont montés sur Ie bac qui traverse le lac de Constance.
Aussi, c'est avec un Ouf ! de soulagement que nous avons posé nos pieds sur le sol Suisse, car jusque la nous n'étions sures de rien. Dans ce pays d'accueil, nous avons été bien reçues sur Ie quai. II y avait presque une infirmière pour chacune. Nous avons passé une visite médicale.
Celles jugées incapables de continuer le voyage sont restées en Suisse ou plusieurs, hélas, sont mortes.
Voila un résumé de mon parcours à travers I'univers concentrationnaire. J'aurais beaucoup à ajouter. Je voudrais pouvoir oublier, mais c'est impossible quand nous voyons tant de camarades laissées derrière nous. Pour que ceci ne se renouvelle pas, noud devons crier bien fort ce qui s'est passé. Nous n'avons pas lutté contre le nazisme, contre la mort, pour voir ce qui se passe aujourd'hui.
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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 08:19

Un rassemblement de soutien à Aly aura lieu tous les vendredi devant la mairie de Morlaix à 18h30 pour obtenir le retrait de l'OQTF. 

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/portrait-a-21-ans-aly-niakate-se-bat-pour-travailler-dans-le-pays-de-morlaix-77e5603a-ebd9-11eb-92f0-c74dbb2b339d

Lien vers un premier article du telegramme: 

https://www.letelegramme.fr/finistere/plougasnou/a-plougasnou-un-pique-nique-de-soutien-a-aly-niakate-sur-la-plage-de-primel-18-07-2021-12793036.php?fbclid=IwAR3GAdLXQdsb7hGZ4wcztaDqqqPfBv2egiL_-tOheByX3qSYrk2JbmzeE3M

Nous vous invitons à signer la pétition en ligne pour aider notre jeune ami Aly.:

http://chng.it/WV5TgJnhMR

« Si le préfet l’avait rencontré, il aurait compris. Je ne saisis pas pourquoi la décision n’arrive que maintenant, c’est brutal. Aly est très respectueux et on aimerait tous avoir un enfant comme lui. Je ferais tout pour qu’il réalise son rêve » - Photo de Aly Niakité, Ouest-France

« Si le préfet l’avait rencontré, il aurait compris. Je ne saisis pas pourquoi la décision n’arrive que maintenant, c’est brutal. Aly est très respectueux et on aimerait tous avoir un enfant comme lui. Je ferais tout pour qu’il réalise son rêve » - Photo de Aly Niakité, Ouest-France

Ouest-France

PORTRAIT. À 21 ans, Aly Niakaté se bat pour travailler dans le pays de Morlaix

Aly Niakaté, originaire du Mali, est arrivé dans sa famille d’accueil en décembre 2016, à Landivisiau (Finistère). Le jeune homme souhaite aujourd’hui devenir électricien et veut passer un BTS en alternance. Mais la préfecture refuse de lui accorder un titre de séjour et il est menacé d’expulsion. Une mobilisation de soutien a été organisée devant la mairie de Morlaix, ce vendredi 23 juillet 2021.

À 21 ans, Aly Niakaté se bat avec son entourage pour que le préfet lui accorde un titre de séjour. Sans cela, il ne pourra pas passer son BTS en alternance d’électricité et devra quitter la Bretagne. | OUEST-FRANCE

« Dans mon village, il n’y a pas d’électricité. C’est quelque chose qui me parle : j’ai envie de faire ce métier, mais je suis bloqué », raconte Aly Niakaté, les yeux pétillants. Autour de lui, ce vendredi 23 juillet 2021, une trentaine de personnes mobilisées devant la mairie de Morlaix (Finistère), pour que la préfecture lui accorde un titre de séjour.

Sans ce précieux sésame, l’avenir breton du Malien cesse immédiatement. « J’ai été pris dans un BTS en alternance en électricité. Le centre de formation est à Brest et il y a même un patron, à Landivisiau, qui est prêt me faire travailler », poursuit le jeune homme de 21 ans. Sous le coup d’une OQTF (1) en décembre 2020, le tribunal administratif de Rennes a rejeté ensuite son recours, le 17 juin 2021. Il a fait appel, mais la décision rendue par la cour de Nantes peut prendre du temps. En attendant, il ne peut rien faire : pas de papier, pas de travail.

En France depuis cinq ans

Aly Niakaté est arrivé en septembre 2016, à Paris. Mineur, il a été pris en charge par l’aide sociale de Pontoise (Val-d’Oise), et a dû s’installer en foyer. « J’ai fait des tests pour qu’on puisse évaluer mon niveau scolaire. Au bout de trois mois, il n’y avait pas de place pour moi. C’est comme ça que je suis arrivé en famille d’accueil à Landivisiau. »

L’adolescent déboule en milieu d’année scolaire en troisième à Kerzourat. Le wagon est compliqué à raccrocher, essentiellement à cause de la langue. « Il connaissait trois mots de français. Quand on l’aidait pour les devoirs, j’ai compris que c’était ça qui l’empêchait, sinon il avait tout compris. Il s’est accroché », reconnaît Christophe Queguiner, son « père d’accueil ». 

« On aimerait tous avoir un enfant comme lui »

Ce dernier ne dort pas bien depuis qu’Aly Niakaté est menacé d’expulsion. « Si le préfet l’avait rencontré, il aurait compris. Je ne saisis pas pourquoi la décision n’arrive que maintenant, c’est brutal. Aly est très respectueux et on aimerait tous avoir un enfant comme lui. Je ferais tout pour qu’il réalise son rêve », poursuit Christophe Queguiner.

Ce rêve, Aly Niakaté le touche du doigt. Il a décroché, avec mention bien, son bac professionnel. Amplement mérité, selon Katell Grall, sa professeure de lettres et d’histoire à Tristan-Corbière, à Morlaix. « Il est impliqué, a suivi une scolarité exemplaire. Il veut juste pouvoir travailler ici maintenant », souligne l’enseignante, tout en tenant la banderole fait main « Un titre de séjour pour Aly », plantée sur la place des Otages.

Parmi ses soutiens, le jeune homme navigue comme un poisson dans l’eau. « J’ai toute ma vie ici. Mes amis sont devenus des frères. Cinq ans ici, ce n’est pas rien ! » Il veut désormais rendre ce que la France lui a donné, sans être abandonné.

Les personnes rassemblées se donnent rendez-vous tous les vendredis, à 18 h 30, devant l’hôtel de ville de Morlaix. La balle est dans le camp de la préfecture, qui « ne communique pas sur les situations individuelles ».

(1) Obligation de quitter le territoire français

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/portrait-a-21-ans-aly-niakate-se-bat-pour-travailler-dans-le-pays-de-morlaix-77e5603a-ebd9-11eb-92f0-c74dbb2b339d

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