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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 07:00
« L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches »

PCF À l’occasion d’une journée à la mer organisée par les communistes du Nord, le secrétaire national de la formation, Fabien Roussel, a défendu « un fonds pour le climat et le pouvoir d’achat ».

« L’insouciance à dénoncer, c’est celle des riches »

Dunkerque (Nord), envoyée spéciale

L’ « insouciance » est loin de refléter le quotidien des familles qui ont pu profiter jeudi, le temps d’une « journée à la mer solidaire », de la plage de Malo-les-Bains, à Dunkerque (Nord). Débarqués par milliers des cars affrétés dans tout le département du Nord par le PCF, ils sont nombreux à avoir dû se serrer la ceinture depuis des mois pour faire face à l’inflation. « C’est la deuxième année qu’on ne peut pas partir en vacances, c’est de plus en plus difficile, ne serait-ce que pour acheter à manger », raconte Amélie, qui a pris le bus tôt le matin depuis Saint-Amand-les-Eaux avec ses trois enfants. Pour la petite famille équipée d’un pique-nique, la journée est un bol d’air bien mérité.

C’est aussi l’occasion pour le secrétaire national du PCF de faire sa rentrée. Et cette année, le thème, déjà terrain de bataille à l’Assemblée avant la trêve estivale, est tout trouvé : le pouvoir d’achat. « Le président de la République ose nous dire que c’est “la fin de l’abondance et de l’insouciance” et qu’il faut “faire des efforts”. Mais dans quel pays vit-il, lui qui est de retour de son château de Brégançon avec jet-ski et piscine privée ? » lance Fabien Roussel depuis le palais des congrès Kursaal, où les vacanciers d’un jour sont accueillis par un petit pot.

Parmi eux, le discours d’Emmanuel Macron lors du Conseil des ministres, mercredi, ne passe pas mieux. « Des efforts ! ? On en fait déjà beaucoup. On travaille tous les deux avec mon mari, et on est obligés de faire de plus en plus de sacrifices, on veut nous priver du moindre petit plaisir », s’étrangle Anne-Sophie. Si pour cette maman de deux petites filles, une semaine de vacances en été était envisageable jusque-là, cette année elle a dû y renoncer.

Quant aux mesures votées par le Parlement en août avec le paquet sur le pouvoir d’achat, elles ne lèvent pas les inquiétudes. « On a une prime en septembre, c’est très bien. Mais après, comment on va faire ? » interroge Virginie, prête à rejoindre la mer avec ses jumeaux de 12 ans. Même eux ne connaissent pas vraiment la légèreté d’esprit à laquelle le chef de l’État appelle à renoncer : « C’est l’un de mes fils qui s’en est inquiété le premier quand il a vu que les 10 steaks hachés congelés sont passés de 5 à 9 euros… »

« L’insouciance que je veux dénoncer ce n’est pas celle des Français mais des super-riches qui continuent de vivre comme avant, voire mieux, alors que nous sommes en pleine crise », reprend Fabien Roussel. Il est venu avec le dernier classement Challenges sous le bras : « Après cinq années de présidence Macron, les 500 plus grandes fortunes ont augmenté de 75 % et dépassé les 1 000 milliards d’euros. » De quoi laisser songeur dans la salle, où Chantal explique qu’avec 1 200 euros de pension de retraite, entre ses charges et le soutien à son fils, elle a dû renoncer à la viande. « Avant, quand on faisait un plein de courses, c’était 50 à 80 euros, et maintenant c’est 120, 130, 150… » calcule, appuyée sur sa canne, son amie Thérèse.

Des mesures de « roussellement » contre la vie chère

Le risque, selon la responsable du PCF du Nord, Karine Trottein, c’est que « l’acceptation, la résignation gagnent du terrain ». « On en entend déjà, poursuit la communiste, qui se demandent si on va leur couper l’électricité cet hiver. » Alors, derrière son micro, Fabien Roussel fait feu de tout bois : « taxe sur les superprofits des grands groupes », « taxe antispéculation », « impôt de solidarité exceptionnel sur les grandes fortunes »… Autant de mesures de « roussellement » – soit l’inverse du ruissellement de Macron – que les parlementaires communistes défendront lors de l’examen du budget 2023 afin d’alimenter « un fonds pour le climat et le pouvoir d’achat ». « Nous proposons d’arracher au capital 50 milliards d’euros par an et que l’État et la Banque centrale européenne en mettent autant : ça fait 150 milliards. Voilà comment nous nous donnerons les moyens de répondre à nos besoins », martèle le député. Et alors que les prix du carburant continuent d’entamer le pouvoir d’achat, le député du Nord propose, pour allier justice sociale et climatique, « une carte de transport donnant accès gratuitement aux réseaux TER, de métro, de bus propres en France ainsi qu’à dix trajets gratuits en TGV ».

Augmentation du Smic, des salaires et des pensions figure aussi en bonne place des revendications affirmées ce jeudi. « Nous, Parti communiste, avec les autres forces de gauche et écologiste et les organisations syndicales, nous appellerons à la mobilisation jusqu’à ce que le gouvernement entende notre soif de justice, de progrès et de Jours heureux », assure Fabien Roussel, qui lancera à nouveau le message à l’université d’été du PCF ce week-end à Strasbourg. En perspective, les journées d’action syndicale des 22 et 29 septembre, mais aussi la « marche contre la vie chère » prévue début octobre et que du côté du PCF on espère « la plus large possible ». Il faudra bien ça pour ramener Emmanuel Macron à la réalité.

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27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 05:24

Les cahiers de santé publique et de protection sociale : Refonder le système de soins et de santé une incantation, tant que l’essentiel reste occulté ! (Omar BRIXI – Fondation Gabriel PERI)

 

L’auteur procède à une analyse du système de soins qu’il distingue du système de santé. Il plaide pour un changement d’approche qui ne soit pas basé uniquement sur la question des moyens financiers. Il propose 5 directions ou chantiers : renverser la pyramide des services de soins, contrôler la spirale des surconsommations, tous les médicaments ne sont pas utiles, l’équipe médicosociale de proximité comme meilleur spécialiste, et l’implication des concernés : une condition et exigence démocratique.

Réformer, refonder, renforcer « nos hôpitaux, voire nos systèmes de santé »… Confondant allégrement soins et santé, de telles déclarations et engagements reviennent régulièrement dans les agendas politiques, ici et ailleurs. Surtout pendant ou après chaque situation de « crises ». Sous la pression évidemment des événements et de leurs poids dans l’opinion et les médias. Nos vécus lors de cette pandémie liée au Covid 19 ont encore aiguisé ces incontournables exigences. On se rappelle les engagements d’un président français, solennel, nous promettant d’en faire un bien commun malgré ses vétos par la suite sur la levée du monopole sur les brevets et technologies autour des vaccins, pour en faire un bien partagé[1].

Les flots médiatiques ne peuvent nous faire oublier les cris de « faillite du système de soins » en Tunisie ou la course des citoyens affolés en Algérie pour secourir leurs proches, lors de la vague meurtrière de l’été dernier suite à l’accélération brutale de la circulation du variant Delta du Sars Covid-2[2]. Les scènes de panique et de solidarité au Sénégal n’ont pas échappé aux yeux curieux du reste du reste du monde. Plus récemment, les scènes et les alertes sur le débordement des services d’urgence hospitaliers publics en France ont de nouveau envahi nos écrans. Des promesses de changements ne sont pas seulement proclamées en  France, pays aux ressources appréciables, mais aussi dans la plupart des pays aux marges plus étroites, particulièrement ceux de la sphère francophone.

Réactions salutaires en ces circonstances ou vaines incantations quand on sait les déceptions en France après le Ségur de la santé[3], ou plus récemment la teneur du programme sommaire affiché par le président réélu. Réactions exemplaires en Tunisie où les plus convaincus du nécessaire redressement, au sein des institutions comme au sein de la société, avaient déjà lancé une vaste consultation, le dialogue sociétal sur la santé, recueillant les avis et propositions des citoyens[4], et élaboré un document porteur d’une vision et de stratégies de santé au profit de tous[5]. Réactions redondantes en Algérie où, à coup d’assises nationales et d’un énième plan, le pays est engagé in fine dans la réalisation d’un grand ensemble hospitalier dans la capitale[6]. Les résultats ou leurs projections débouchent toujours sur les mêmes logiques : un peu plus de moyens aux hôpitaux, bâtir, équiper, numériser et courir après des effectifs pillés aux autres[7] ou pousser à la privatisation.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les raisons sont anciennes. Je les ai décrites dans Blouses Blanches colère noire. Les cliniques privées et les médecins libéraux participaient à leur prise en charge. Beaucoup ont fermé, les contraintes liées à une tarification insuffisante les en ont détournés. Cinq millions de Français n’ont plus de médecin traitant et affluent aux urgences pour le moindre bobo. La quasi-gratuité fait le reste. La complémentarité public/privé a été détruite depuis 1996. Les cliniques regroupées dans des chaines ne sont plus intéressées par les urgences à cause d’une tarification en moyenne quatre fois inférieure pour les actes non-programmés par rapport à l’hôpital. Elles s’orientent vers les soins les plus rentables pour ne pas disparaitre. En conséquence, les urgences affluaient de plus en plus à l’hôpital, leur nombre avait doublé en 10 ans. Il a dépassé en 2019 le chiffre effarant de plus de 25 000 000 passages. Les cliniques de taille humaine qui les assurent ont disparu, étouffées par les normes et les agences de santé. Compte tenu d’un numerus clausus trop serré, les médecins ne sont plus assez nombreux en ville pour assurer les urgences. Le rôle des médecins de ville est pourtant fondamental. L’avalanche de normes et la sous rémunération des actes les en ont détournés. Le défaut de formation participe à cette crise car les médecins généralistes ne sont plus formés à la petite chirurgie, comme les sutures, et ne veulent plus garder ouvert des cabinets le soir pour accueillir les urgences pour des consultations non-programmées et mal rémunérées. La réorganisation des services hospitaliers et leur modernisation n’ont pas été entreprises. Il n’y a eu aucune réorganisation des services d’urgences et trop peu d’adaptations des locaux. Les directeurs étaient trop heureux de la manne financière qu’elles rapportaient, soit plus de 5 milliards d’euros par an. En effet, une urgence aussi bénigne soit-elle rapporte plus de 200 euros à chaque passage. Elles ont quasiment disparu avec la pandémie, ce qui démontre les abus. Pourtant des solutions existent. Un premier pas sera fait avec le PLFS de 2021 en exigeant un reste à charge d’un peu moins de 20 euros pour toute urgence non suivie d’hospitalisation et en révisant la tarification en ville des soins non programmés. Ce n’est pas à l’hôpital, avec la création des bed managers (ou gestionnaire de lits) que viendra le salut[8].

Comme on le constate, même quand il y a une volonté, des ressources disponibles, ou la formulation d’une vision et de stratégies, les rapports de forces et d’intérêts, les contextes socioéconomiques, les imaginaires formatés, n’autorisent ni de réelles avancées ni des débats sur le fond. Nous nous heurtons à des résistances et à des difficultés multiples et répétées, comme face à des murs invisibles, de fait infranchissable.

Pourquoi et sur quoi buttons-nous ?

Ces limites sont-elles conjoncturelles ou structurelles, spécifiques à chaque pays ou communes ? Sont-elles surmontables ? Nécessités de plus de ressources ? Ou faut-il changer d’approche ?

Rappelons brièvement, pour la clarté des concepts, quelques savoirs acquis

On est de plus en plus d’accord sur le fait que le système de soins ne se confond pas avec le système de santé, même si des interrelations les relient fortement.

  • Le système de soins englobe l’offre et l’organisation des soins dont les pratiques, les techniques et techologies, les compétences et ressources, les filières et parcours de soins. Sans occulter les représentations sociales de la maladie et de la mort dans la tête des gens, institutionnels et autres. Et, bien sûr, la question centrale de l’accessibilité assurée ou non à toutes et tous et la solvabilité garantie par l’existence ou non d’un système de couverture médicale solidaire, durable et universelle.
  • Le système de santé est un ensemble plus vaste. Outre le système de soins, d’autres déterminants le façonnent : la disponibilité et l’accès à une eau saine et suffisante, à une alimentation en quantité et qualité, un revenu décent, un toit, la sécurité et la paix, un système de protection sociale et un environnement protecteur.

Ces notions, de base, sont connues depuis la déclaration d’Alma Atta en 1978 et la stratégie des soins de santé primaires[9] définie et prônée par une OMS multilatérale. Ressasser ces composantes peut apparaitre comme une litanie. Cela nous permet d’apprécier à la fois, les progrès accomplis, peu ou prou, dans nos pays. Mais aussi les reculs et les retournements enregistrés depuis maintenant plus de 4 décennies autour de ces conditions fondamentales ! C’est dire sur le fond, la persistance voire l’aggravation des inégalités de santé pour ne cibler que celles du fait du système de soins et de santé.

Rappeler ces distinctions et ces « bréviaires » de la santé publique nous obligent à reconnaitre les aspects politiques d’une approche pertinente de toute politique de soins : qui veut-on soigner et protéger, comment et à quelle hauteur ? Mais aussi d’une approche de santé publique, forcément multidimensionnelle et multisectorielle, si on en a une vision conséquente et globale. Où, dans nos pays, a-t-on vu une conception et une planification de santé comme on parle aujourd’hui en France et à juste titre, d’une planification écologique.

La charte d’Ottawa avait pourtant engagé les pays dit riches dès les années 1986, comme la déclaration d’Alma Ata avait engagé les pays du Sud, dés 1978. Les travaux et publications au Québec ont pourtant grandement vulgarisé dès les années fin1980, les contenus et démarches de la planification sanitaire[10]. La politique de soin engage tout au moins un secteur et quelques institutions dédiées. Une politique de promotion de la santé engage tous les secteurs c’est-à-dire le pays au plus haut niveau. On voit bien les différences de périmètres et d’ambitions et toute persistance dans la confusion soins/santé aboutit de fait à un manque de clarté et de vision politique. On doit et on peut réformer un système de soins, de façon plus ou moins pertinente. La dimension de « création de milieux favorables à la santé »,  pilier d’une approche de promotion de la santé, telle que prônée par la Charte d’Ottawa[11], suppose une approche globale. Forcément éminemment politique. Les approches écologiques nous ouvrent, aujourd’hui, un nouvel horizon.

Dans cet écrit, nous aborderons essentiellement les conditions d’une refonte d’un système de soins dans les pays partageant la même culture de santé. Même si les questions des déterminants en santé intéressent et mobilisent de plus en plus en faveur d’une approche touchant à nos conditions environnementales, de vie et de travail.

De quoi souffrent nos systèmes de soins ?

La doxa dominante tourne autour de la question des ressources (humaines, matérielles et technologiques. Ce n’est pas faux quand on sait les niveaux inégaux de dépenses consacrées aux soins. Surtout en ces temps où la gestion de la pandémie a ouvert des vannes de financements insoupçonnées, et plus gravement les milliards consacrés, de nouveau, à la course aux armements, ici et là. Mais, un argument bien connu : l’accessibilité et l’efficacité des systèmes de soins ne sont pas corrélées aux pourcentages des dépenses de santé par rapport aux richesses d’un pays. Les USA, avec plus de 17% de son PIB, consacré aux dépenses de santé en 20018 et aux inégalités connues en matière d’accès aux soins, en savent quelque chose[12].

Un autre argument tout aussi familier : il faut plus de moyens, vu les politiques de réductions, en France et les faibles ressources, comme en Tunisie ou au Sénégal, par exemple. Là aussi, ceci est bien vérifiable. Encore faut il regarder de plus près leurs répartitions, leurs usages et surtout leurs principaux bénéficiaires[13]. En fait la logique des moyens mobilisés ou à accroitre traverse depuis l’après-guerre nos raisonnements et choix. A juste titre, tout au moins en partie quand on regarde les systèmes bien dotés comparativement à ceux des pays aux ressources amputées ou limitées. Les progrès en matière d’espérance de vie, de santé maternelle et infantile, de soins en fin de vie dans nos différents pays en témoignent[14]. Comme on réalise encore mieux les conséquences des abondons et des réorientations de nos systèmes.  On en sait aussi un peu plus ce que le complexe médico industriel a réussi à en faire, dans le meilleur et dans le pire. Même là où les ressources dédiées aux soins et les investissements croissants, leurs impacts restent relativement limités. L’efficience n’est pas toujours aux rendez-vous de nos efforts. Et les inégalités de santé sont toujours là sans compter les inégalités sociales dans leurs rapports dialectiques.

C’est pour cela, que nous pensons, au vu de tous les travaux documentés, que la logique des moyens ne suffit pas, à elle seule, à assurer la pertinence de nos  systèmes de soins. Que la pertinence n’est pas corrélée aux seules sommes injectées. Ce constat est bien connu par les économistes en tous domaines.

Changer d’approche : des directions, décisives à nos yeux

Dans les pays dits développés, comme en France, la logique des moyens a connu un essor remarquable avec les accords historiques noués durant la Résistance et après-guerre. La rente coloniale, une partie des retombées de l’industrialisation et la solvabilisation d’une protection sociale arrachée de haute lutte, ont soutenu la poursuite de cette logique. Dans les pays du Nord et d’autres contrées, sous d’autres influences, un autre modèle a prévalu. De l’Angleterre, avec son NHS aux pays scandinaves et anglo-saxons aux orientations sociales- démocrates, d’autres logiques ont été choisies et mises en œuvre. Avec des résultats plus probants ou identiques. L’OMS, dans ses fondements et moments les plus engagés, a mis au point depuis les années 1970, des concepts et des stratégies que les pays du Sud ont éprouvés avant les retournements des fameux programmes d’ajustements prônés par le FMI et la BM. Ils sont toujours d’actualité et mon ami et collègue Tunisien, le Dr Abdelwahed Abassi, pionnier de cette approche, ne cesse de les revendiquer à travers l’exigence du « revenir à nos fondamentaux ». Nostalgique ou lucide ?

D’où nos 5 directions ou chantiers :

* renverser la pyramide des services de soins,

* contrôler la spirale des surconsommations,

* tous les médicaments ne sont pas utiles,

* l’équipe médicosociale de proximité : le meilleur spécialiste,

* l’implication des concernés : une condition et exigence démocratique.

On se contentera de les citer, pour ne pas charger cet écrit et d’en renvoyer les argumentaires et références dans les travaux cités ci-dessous.

 

  1. Renverser la pyramide des services de soins sur sa base

Cette proposition imagée nous a été longuement répétée par notre maitre et regretté, le Pr Pierre Chaulet. A coup de schémas et de flèches, il n’arrêtait pas de nous démontrer ce que d’autres travaux ont repris[15]. La pyramide des services est à l’envers, il faut la renverser, disait-il. Si plus de 80 % des pathologies, des recours et des demandes  relèvent des services ambulatoires, il est urgent d’organiser  prioritairement ces services utiles à la majorité des patients et citoyens. D’où la base de la pyramide. Les 20 % de soins complexes pour une faible partie des patients et malades, nécessitant une hospitalisation, relèveraient des établissements dédiés, en moins grand nombre. D’où la pointe de la pyramide.  Des services de base ( postes de santé, centres de santé, polycliniques, maternités ici, des maisons médicales, de santé et cabinets de groupes là-bas), pour accueillir en tous temps et tous lieux tout le monde.

L’Algérie, la Tunisie et le Maroc, tout particulièrement, disposent aujourd’hui encore de ce réseau public maillant tout le territoire. Ils ont été, des années 1960 à 1990, les principaux contributeurs décisifs à la prise en charge des citoyens enfin reconnus après les indépendances, et aux reculs significatifs de la mortalité et de la morbidité. Délaissées en grande partie, depuis la mise en œuvre des « réformes à la FMI et à la BM », ces structures de proximité sont devenues aujourd’hui des« centres dépourvus pour les démunis… Les plus débrouillards ou introduits s’ingéniant et s’épuisant à les contourner pour engorger les services d‘urgences et hospitaliers »[16]Étonnement, nous entendons les mêmes constats du directeur général de l’assistance publique des hôpitaux de Paris ou l’urgentiste débordé de l’hôpital de Cherbourg. En France et aujourd’hui ! Evidemment dans des proportions relatives aux contextes de ces pays. Mais n’y a-t-il pas en commun un modèle, fondé sur des politiques qui ont misé sur le tout hôpital, poussé à la privatisation au niveau des services ambulatoires au nom de prises en charges de pointe comme en France ou « modernes » dans les pays moins dotés. Mais soumis aux mêmes enseignants, experts et autres préconisations de bailleurs dits désintéressés ?

Les crises notamment de l’hôpital public, itératives et résistantes à toute réforme, ne sont-elles pas la résultante d’un engorgement du 3ème palier par défaut des premières lignes ? Jusqu’à quand l’hôpital, notamment public restera-t-il le lieu de tous les recours, des 1ers soins aux soins ultimes ? D’où la nécessaire réhabilitation des soins essentiels de 1ère ligne.

L’hôpital public ne peut être à l’aise dans ses fonctions que soulagé de la pression des soins et des urgences de premier recours. En aval de cette 1ère ligne, le renforcement du réseau hospitalier est effectivement plus qu’urgent. Non pas seulement avec plus de moyens mais avec une nouvelle logique de statut et de fonctionnement. Cela impose de rompre avec la T2A et les concepts et vocables du ‘‘Lean management’’ et du tout virtuel. Avec en appui des établissements privés repositionnés sur la base d’un conventionnement de missions de service public.

  1. Contrôler la spirale des surconsommations

L’offre de soins n’a pas besoin de plus de soins et d’examens, mais au contraire de soins appropriés et de maîtrise des logiques de surdiagnostics et de surprescriptions. Les surmédicalisation/sous médicalisation sont dommageables et ruineux pour nos systèmes de protection sociale solidaires. Confère pour développement sur cette thématique nos travaux, colloques et publications du collectif http://surmedicalisation.fr/

  1. Tous les médicaments ne sont pas utiles

L’ouverture d’un véritable chantier non pas seulement sur les contours d’un pôle public du médicament mais dans sa principale mission : promouvoir et négocier une liste prioritaire (ou nomenclature) des médicaments jugés essentielscomme en Suède et les pays qui ont suivi les préconisations de l’OMS.

  1. L’équipe médicosociale de proximité : le meilleur spécialiste

La valorisation prioritaire et significative des professions paramédicales dont principalement les infirmier(e)s et aide-soignant(e)s et des médecins généralistes au sein d’équipes pluri-professionnelle  de proximité. Les centres de santé et maisons médicales deviendraient ainsi les portes d’entrée et de régulation des autres niveaux de soins. Intégrés au sein d’un réseau revalorisé, un nouvel élan peut être donné  à la  de PMI, à la santé scolaire, à la médecine du travail et aux Maisons des adolescents. La promotion du salariat et d’autres formes d’exercice en équipe. La main mise moyenâgeuse de l’ambulatoire par « la médecine libérale à tarif libre» et l’exercice en solo depuis les années 1927/1947, ne peut être une fatalité.

  1. L’implication des concernés : une condition et une exigence démocratique

L’implication des citoyens, des patients et des malades peut s’entendre à différents niveaux et sous diverses formes. Regardons tout au moins : l’écoute, la prise en compte et les droits. L’écoute passe par la disponibilité,  intellectuelle et pratique, des soignants à savoir prendre le temps pour entendre, décrypter et composer avec les patients quant à leurs vécus, savoirs, ressources et marges de choix. Or c’est ce temps, cette formation et cette posture qui leur manquent le plus. La prise en compte de leurs conditions de vie et de travail et avant tout de leurs représentations, émotions, préjugés et croyances, est centrale dans les conditions de l’acceptabilité et la faisabilité de toute offre de soins et de prévention.

Leurs droits sont multiples et fondamentaux. Ils s’imposent de plus en plus dans les sociétés où les citoyens les ont arrachés. Ils restent à conquérir dans les sociétés où ces droits sont étouffés. Outre le respect de toute personne, le droit à intervenir auprès des soignants et au sein des services de santé et peser sur les politiques et les choix de soins et de santé reste à parachever ou à conquérir. La crise liée à la dernière pandémie a montré à quel point les droits des malades, la voix des associations, les cadres de concertations (commission, comité, conférences de santé et autres), ont été ignorés ou tout au moins peu pris en compte. En France, il a suffi de quelques mois pour balayer des années d’efforts et de petits pas en matière de démocratie sanitaire ou en santé. La loi sur les droits des malades a été occultée. Dans les pays du Maghreb, l’état de crise et d’urgence ont encore plus écrasé le long chemin vers la conquête des droits fondamentaux.

En conclusion

Comme on le note, refondre ou même reformer nos systèmes de soins et de santé, passe par plusieurs conditions. La première est conditionnée par le poids des opinions, des urnes, et des groupes de pression pour que le décideurs soient « sous pression » d’une commande sociale. Cet axe est au prix du temps d’expériences cumulées et de longs efforts. La deuxième dépend des capacités des lanceurs d’alertes et personnes indépendantes, d’institutions d’intérêt public, un tant soit peu vigilantes et de textes à force de lois, pour traquer et dénouer la nature des liens d’intérêts entre décideurs, experts et prescripteurs avec les profits et les profiteurs.

La troisième suppose un effort intellectuel et politique pour apprendre la nature et la force des modèles, ou des paradigmes et des processus de reproductions. Une approche hospitalo- centrée, emportée par la logique des soins à tout prix, et infiltrée par des liens d’intérêts dictés par le marché et les lois du profit est un modèle. Il a été façonné pour ce qui concerne la France après-guerre. Le CHU en aura été in fine la chapelle ardente et la matrice reproductive. La période coloniale a vu naturellement son extension dans les « anciennes colonies françaises », pour un peu de meilleur et beaucoup de pire. Une partie de nos élites, la densité des liens humains et marchands, ainsi que les démarcheurs et intermédiaires de toute sortes l’on installe et entretenu. La courte période des années post indépendance -1960/1990- leur ayant échappé, ont permis les trois décennies d’adoption d’un autre modèle, celui prôné par l’OMS, à côté de la persistance du modèle hérité. Depuis nos errements et égarements n’ont pas cessé.

Plus grave ici, comme là-bas, on ne se permet ni de penser ce modèle, ni encore moins de le repenser. L’autonomie, les indépendances, surtout de pensée, se débattent et se conquièrent. Comme d’ailleurs les défis autour du climat et de l’avenir de nos enfants.

 

[1] cf nos écrits dut ce sujet sur le site des www.descolibrisensanté.fr

[2] – Omar Brixi, Les pays du Maghreb face à la pandémie : épargnés ou encore plus éprouvés ?  Les Possibles, Revue du conseil scientifique d’Attac, 11 juin 202

– Omar Brixi, Les trois pays du Maghreb central face à la pandémie: rattrapés après avoir été épargnés ? Les Cahiers de santé Publique et de Protection sociale, 23 septembre 2021.

L’auteur avec ses contributeurs remet ici en cause les premières appréciations émises lors de la première vague, qui voulaient que les pays du Sud étaient protégés de l’épidémie de Covid 19. Aujourd’hui ces pays se retrouvent face au virus, seuls et avec des faibles ressources. Il n’y a pas d’autres choix que de se battre sur tous les fronts.

[3] François Béguin, « Ségur de la santé : sept semaines pour « refonder » le système de soins français », le 25 mai 2020, Le Monde.

[4] Pour une meilleure santé en Tunisie – Le dialogue sociétal ; http://www.hiwarsaha.tn ›09/ 2014

[5] La sécurité sanitaire à l’horizon 2025: vision et manœuvre : https://www.kas.de › 28/ 02/ 2022

[6] L’Algérie réalisera un hôpital moderne en partenariat avec l’Allemagne et le Qatar  28 févr. 2022

[7] Hôpitaux français : 1200 médecins algériens autorisés à exercer ; https://www.visa-algerie.com › hopitaux-francais-1200-…5 févr. 2022. Plus de 7% des médecins exerçant en France sont Tunisiens ; https://www. espacemanager.com › plus-de-7-des-medec…17 juin 2021.

[8] Bernard Kron, La crise des urgences s’étend dans les hôpitaux français, Contrepoints Santé 20 05  2022

[9] Conférence internationale sur les soins de santé primaires, AlmaAta (URSS), 6–12 septembre 1978. Publications – Déclaration d’Alma-Ata, 1978 – OMS/Europe ; https://www.euro.who.int › declaration-of-alma-ata,-1978

[10] Par l’aboutissement final du processus de planification sanitaire, les auteurs entendent surtout l’atteinte d’objectifs de santé. Raynald Pineault et Carole Daveluy, La planification de la santé. Montréal 03 09 2008 …https://www.pimido.com › … ›

[11] Promotion de la santé, Charte d’OTTAWA. La première Conférence internationale pour la promotion de la santé, réunie à Ottawa, a adopté le 21 novembre 1986 la présente “Charte” en vue de contribuer à la réalisation de l’objectif de la Santé pour tous d’ici à l’an 2000 et au-delà.

[12] En 2018, avec une DCSi représentant 17,8 % du produit intérieur brut (PIB), les États-Unis sont de loin en tête des pays de l’OCDE (graphique 1). Près de six points derrière, la Suisse dépense 11,9 % de son PIB pour la santé, devant l’Allemagne (11,5 %), et la France (11,3 %).

[13] 9 Comparaisons internationales de la dépense courante de …https://drees.solidarites-sante.gouv.fr › sites › files Les dépenses de santé en 2019 > édition 2020 > DREESComparaisons internationales de la dépense courante de santé et du reste à charge

[14] Omar Brixi, La Promotion de la santé sous les cieux du Maghreb. Document de travail à partir d’une publication dans le cadre d’un ouvrage collectif dirigé par l’EHESP Rennes. 03 02 2017.

[15] Redéfinir la première ligne de soins pour mieux la former ; https://www.maisonmedicale.org › … ›

La première ligne de soins a un problème d’identité. Très concrètement, elle voit ses prérogatives grignotées par les secondes lignes tandis que ses …

[16] Itinéraires Thérapeutiques en Tunisie, Enquête nationale qualitative, 2017-2018, O Brixi § S Kallel.   Vécus et pratiques en soins de santé de base ; Sous et Surmédicalisation relèvent des mêmes logiques, http://surmedicalisation.fr › uploads › 2020/03.

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:39

 

 

 

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:07
Rentrée gouvernementale : grandes phrases, petites idées

Majorité En conviant les caméras au Conseil des ministres, Emmanuel Macron s’est offert une séquence de communication, que le chef de l’État affectionne tant, sur le thème de la prise de conscience des périls de l’époque. Mais les annonces, elles, font petit bras.

D’habitude, les journalistes ne sont conviés au Conseil des ministres qu’après sa tenue, lors d’une traditionnelle conférence de presse. Pour sa rentrée gouvernementale, ce mercredi 24 août, Emmanuel Macron a invité les caméras de télévision à filmer et diffuser son propos liminaire. Un plan de communication qui n’a même pas la politesse de cacher ses grosses ficelles. L’heure est grave, le ton est solennel, Emmanuel Macron s’adresse à la nation à travers ses ministres : « Au fond, nous vivons la fin de l’abondance, la fin des évidences et la fin – pour ceux qui en ont encore – d’une forme d’insouciance. (…) C’est la fin des produits qui nous paraissaient perpétuellement disponibles, (…) la rareté réapparaît, comme avec l’eau. » Reconnaissons au chef de l’État l’art de la rime, mais la déclaration sonnerait plus juste si elle ne donnait pas l’impression qu’il découvrait là la Lune, et si cela ne faisait pas quarante ans que les scientifiques alertent sur l’impossibilité d’une consommation infinie dans un monde aux ressources limitées. Sans compter que « pour de nombreux Français, les temps sont durs, les sacrifices sont déjà là », a rappelé le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

« l’été de la prise de conscience totale »

Elle aurait l’air moins fausse, aussi, si elle avait été suivie d’effet. Mais Olivier Véran fait vite déchanter. Évoquant les catastrophes estivales (incendies, sécheresse), le porte-­parole du gouvernement a appelé à « l’unité de la nation » après ce qu’il nomme « l’été d’après le changement climatique, de la prise de conscience totale » (là encore, comme si l’on découvrait l’écologie en 2022). Mais encore, du concret ? L’exécutif annonce deux plans : un pour replanter les forêts qui ont brûlé, un pour « sécuriser les approvisionnements en énergie ». Et un projet de loi, attendu en septembre, pour ­accélérer la production d’énergie et réduire la demande de la France, entre autres, de gaz russe. « Nous ne pourrons pas indéfiniment geler les prix », a ajouté Olivier Véran au sujet du bouclier tarifaire que le gouvernement entend toutefois maintenir jusqu’au début de 2023. Quant à des mesures plus strictes face aux gros pollueurs, aucun espoir : si le ministre Clément Beaune a proposé, la ­semaine dernière,  « d’encadrer l’usage de jets privés » (en réponse à l’écologiste Julien Bayou qui souhaite leur interdiction), il a été « recadré » par le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. Selon Olivier Véran, la question n’a même pas été abordée lors du Conseil : « Chacun doit faire attention à sa consommation d’énergie », s’est-il contenté de répondre.

L’heure n’est donc pas tant à l’action qu’à la « consultation », nouvelle marotte de la Macronie en cette rentrée. Accusée lors du précédent quinquennat de gouvernance verticale et autoritaire, la majorité, désormais relative et avec une marge de manœuvre réduite, assure avoir ­changé. Le Conseil national de la refondation, réunissant partis, syndicats et élus locaux, commencera le 8 septembre. Mais les vieux réflexes ne sont pas totalement oubliés. Un recours au 49-3 est envisagé pour le vote de la loi de finances 2022-2023, si les débats autour du budget s’enlisent au Parlement. Car, en Macronie, le problème, c’est surtout la fin de l’abondance de députés.

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 09:34

 

 

 

 

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 08:06

 

Nasser Mansouri-Guilani

Entre juin 2021 et juin 2022, les prix ont augmenté de 8,6 % dans l’Union européenne et de 5,8 % en France. Ces « taux moyens » masquent le réel fardeau pour les travailleurs salariés, retraités, privés d’emploi. Ainsi, en France, le coût de l’énergie, qui représente environ 10 % des dépenses des ménages, a augmenté de 28 % sur cette même période.

Alimentée par la pandémie de Coronavirus, puis la guerre en Ukraine, la hausse des prix s’explique fondamentalement par les mécanismes de fonctionnement de l’économie capitaliste, caractérisée à présent par une financiarisation à outrance.

La hausse des prix réduit le pouvoir d’achat et durcit les conditions de vie, particulièrement celles des travailleurs. En effet, la baisse du pouvoir d’achat constitue le premier sujet de préoccupation des travailleurs en France. Mais la hausse des prix affecte aussi l’activité économique et l’emploi.

Le problème n’est pas propre à la France et devient universel. En particulier, les régions les plus pauvres du monde souffrent de plus en plus à la fois d’une hausse des prix et d’une pénurie de denrées alimentaires. À tel point que la plupart d’entre eux est confrontée au problème de l’insécurité alimentaire. Comme le constate la Banque mondiale : « Avant même la survenue de la pandémie de COVID-19, qui a fait chuter les revenus et désorganisé les chaînes d’approvisionnement, la sous-alimentation chronique et aiguë était en augmentation… L’impact de la guerre en Ukraine ajoute des risques qui menacent la sécurité alimentaire… ce qui pourrait plonger des millions de personnes supplémentaires dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë » (Banque mondiale, Le point sur la sécurité alimentaire, mai 2022).

Patronat et libéraux veulent faire supporter le coût de la hausse des prix par les travailleurs

Le discours libéral dominant présente la hausse des prix comme un « phénomène exogène », quelque chose qui serait venu de l’extérieur du système. Ils attribuent ainsi la hausse des prix à la pandémie, puis à la guerre en Ukraine.

Certes, ces événements sont lourds de conséquences, et ceci non uniquement en termes de prix. Mais de tels propos visent à camoufler le fait que les difficultés viennent du mode de développement capitaliste, de la soif insatiable du profit et des politiques libérales et leurs effets néfastes sur l’emploi, les salaires, les conditions de travail et de vie des travailleurs et sur l’environnement.

On nous dit qu’après trois décennies de prix bas, nous entrons dans une phase de la hausse des prix. Ainsi, le ministre de l’Economie affirme qu’il va falloir désormais s’y habituer, ne serait-ce que du fait de la transition écologique (France Inter, 1er juin 2022). Parallèlement, pour habituer les citoyens à la hausse des prix, certains responsables et observateurs politiques font le lien avec la guerre en Ukraine, prévoyant que celle-ci sera de longue durée.

Une telle présentation vise en fait à enjoliver les politiques libérales appliquées en France depuis un demi-siècle, à l’instar des autres pays capitalistes. Elle est critiquable car ces prix bas avaient, ont, comme contreparties une « déflation salariale » et, parallèlement, une « inflation financière ».

Expression de la solution capitaliste à la crise structurelle du capitalisme, le couple « déflation salariale / inflation financière » constitue aussi une caractéristique essentielle de la financiarisation de l’économie.

Sans entrer dans les détails, nous passerons ici en revue les conséquences de cette combinaison « déflation salariale / inflation financière » au travers des mouvements conjoncturels de l’économie française du demi-siècle passé.

Au cours des années 1970, on assiste à une coïncidence de faiblesse de l’activité économique (stagnation) et de hausse régulière des prix (inflation). La notion de « stagflation » rend compte de cette configuration.

Le remède, de ceux qu’il est à présent convenu d’appeler « les libéraux », à cette crise fut de dévaloriser le travail. C’est la fameuse « désinflation compétitive » qui constitue, depuis, l’alpha et l’omega des politiques économiques et de gestion des entreprises. Cette logique libérale a également présidé les choix politiques au niveau de la construction européenne.

Cette politique a certes permis de réduire l’inflation, mais à quel prix ?

  1. Faiblesse structurelle des salaires, de l’emploi et de la formation, hausse du chômage massif et de longue durée, développement de la précarité… (« déflation salariale ») ;
  2. Hausse des prix des actifs financiers et de l’immobilier (« inflation financière »), avec son corollaire, hausse du « coût du capital ». 

En effet, l’une des conséquences les plus importantes et les plus structurantes de cette combinaison « déflation salariale / inflation financière » est un partage des fruits du travail aux dépens des travailleurs — qui créent les richesses par leur labeur — et au profit des détenteurs de capitaux. Cette déformation se réalise par deux mécanismes simultanés :

  1. baisse de la part des salaires (et des cotisations sociales des salariés et des employeurs) dans la valeur ajoutée ;

2. inversement, hausse des prélèvements opérés par le capital sur cette même valeur ajoutée.

Ces prélèvements prennent plusieurs formes : dividendes et bénéfices versés aux actionnaires et propriétaires, intérêts versés aux créanciers, rachat d’actions, rente foncière… La notion de « coût du capital » fait référence à cet ensemble. On peut donc dire que l’une des conséquences de la combinaison déflation salariale / inflation financière est bien la hausse du coût du capital.

En effet, l’accumulation du capital en général et particulièrement celle du capital financier nécessité de mobilier une part de plus en plus importante de la valeur ajoutée pour « rémunérer » ce capital. Ce qui veut dire qu’il en restera moins pour les travailleurs en termes absolu (salaire net) et relatif (affaiblissement de la protection sociale du fait de l’insuffisance relative des recettes de la Sécurité sociale et de l’État au regard des besoins à satisfaire).

En termes de comptabilité nationale, le concept de « taux de marge » (excédent brut d’exploitation) est une expression de ces prélèvements réalisés au profit du capital.

Le graphique 2 retrace l’évolution du taux de marge des entreprises sur la longue durée. On constate une hausse vertigineuse au cours des années 1980 qui coïncide avec les débuts de la mise en place de la politique de désinflation compétitive, puis une hausse depuis une petite dizaine d’années en lien avec la multiplication des « cadeaux » accordés aux entreprises notamment dans le cadre de la politique dite d’« économie de l’offre », promue particulièrement par Emmanuel Macron, conseiller du président Hollande devenu plus tard ministre de l’Économie puis président de la République.

Dans la vie quotidienne, ces prélèvements se traduisent dans le prix des biens et services. On mesure et la pression qu’ont subie les travailleurs, autrement dit le degré d’exploitation et l’ampleur de la déflation salariale tout au long de ces années, car en même temps que ces prélèvements — qui, rappelons-le, constituent une partie du prix des biens et services — augmentaient, ces prix, eux-mêmes, n’augmentaient guère.

Ce constat est important pour le débat actuel autour de la hausse des prix et les moyens d’y faire face. Il confirme que contrairement à ce que prétendent les libéraux et le patronat, la hausse des prix ne s’explique pas par celle des salaires. Elle s’explique, de façon structurelle, par le coût exorbitant, et croissant, du capital. Même si, comme cela a été évoqué plus haut, elle s’explique aussi, de façon conjoncturelle, par la pandémie et surtout par la guerre en Ukraine.

La conclusion logique qu’on peut tirer de ce constat est que pour faire face à la hausse des prix, il faut remettre en cause le sacro-saint principe libéral qui consiste à tout faire pour veiller à la rentabilité du capital ; principe connu aussi sous le vocable de « théorie de ruissellement », revêtu également par M. Macron sous la formule des « premiers de cordée ».

La combinaison déflation salariale / inflation financière a également d’autres conséquences de portée économique, sociale et environnementale :

  • des économies sur la recherche-développement, délocalisation des activités, désindustrialisation, affaiblissement du potentiel productif du pays, déficit chronique du budget de l’État, des comptes de la Sécurité sociale et du commerce extérieur… ;
  • atteintes contre l’environnement, par exemple à travers la multiplication des transports de marchandises dans le cadre des délocalisations et de segmentation des processus productifs ;
  • hausse des inégalités sociales à cause de trois phénomènes majeurs : un partage de la valeur ajoutée au détriment des travailleurs ; une hausse importante des hauts et très hauts salaires alors que les autres échelons de salaires restaient très peu dynamiques ; un affaiblissement des services publics et de la protection sociale…[1]

Cette configuration produit aussi des fragilités économiques et financières se manifestant (outre la faiblesse chronique de l’activité économique, le chômage massif et de longue durée et le développement de la précarité) par une répétition des crises foncières d’ampleur plus ou moins importante, qui s’avèrent lourdes de conséquences pour les travailleurs.

Le piège du débat technicien sur la stagflation

Depuis quelques mois, on assiste à une combinaison de la hausse des prix et du ralentissement de l’activité économique. Comme cela a été évoqué plus haut, les responsables politiques et le patronat attribuent ces évolutions à la pandémie puis à la guerre en Ukraine qui ont engendré des difficultés d’approvisionnement de matières premières, d’énergie et de certains produits. D’où la résurgence du débat sur la stagflation.

Il importe de souligner qu’avant même ces événements, une nouvelle crise économique et financière se profilait à l’horizon, précisément à cause de la déflation salariale et de son corollaire, la financiarisation de l’économie.

Ces responsables politiques et le patronat évoquent la stagflation pour justifier la déflation salariale et revendre leurs vieilles recettes : empêcher la hausse des salaires, soi-disant pour éviter la spirale « hausse des salaires-hausse des prix » ; améliorer la rentabilité du capital et le taux de marge des entreprises ; restreindre les services publics et la protection sociale ; et pour certains, augmenter les taux d’intérêt et réduire l’offre de monnaie.

À vrai dire, le débat technicien sur la stagflation interdit de débattre du vrai sujet qui est la combinaison « déflation salariale/inflation financière » et des thèmes fondamentaux comme la part des profits dans les prix et celle de la spéculation dans la hausse récente de ceux-ci, l’usage des centaines de milliards d’euros d’aides accordées par l’État ou injectés par la Banque centrale européenne (BCE), les effets néfastes de la financiarisation, la mainmise des actionnaires et des financiers sur les entreprises.

Pour les travailleurs, l’enjeu n’est pas de savoir si on entre en stagflation et qu’elles en seront l’ampleur et la durée. L’enjeu est bien de sortir de la déflation salariale.

Spéculateurs et actionnaires des grands groupes sont les gagnants de la hausse actuelle des prix

Sur un fond de phénomènes structurels (par exemple, le réchauffement climatique) qui affectent la disponibilité des ressources et des produits, et sur la base des « coûts de production » (qui, rappelons-le encore, incluent aussi les profits des entreprises), à un moment donné le prix dépend de la rencontre entre l’offre et la demande. Les moments de tension, comme c’est le cas actuellement, perturbent cette rencontre et sont propices à la spéculation (acheter aujourd’hui pour revendre plus cher demain).

La Russie et l’Ukraine sont parmi les plus gros fournisseurs de denrées alimentaires et d’engrais. Leur production n’a pas diminué du jour au lendemain, suite au déclenchement de la guerre. Pourtant les prix de ces produits ont grimpé. La raison en est que, profitant de la guerre, les « fonds spéculatifs » — qui ne sont parfois que les filiales des banques, des compagnies d’assurances et d’autres institutions financières — ont acheté pour revendre plus cher.

Ainsi, entre avril 2021 et 2022, au niveau mondial le prix des produits alimentaires a augmenté de 30 %, celui des céréales de 34 %, de l’huile végétale de 46 %, des produits laitiers de 23,5 %, du sucre de 22 % et de la viande de 17 % (source : FAO). En mai 2022, le prix des produits agricoles a grimpé de 42 % par rapport à janvier 2021, celui du maïs et du blé de 55 % et 91 % respectivement (source : Banque mondiale).

C’est la même chose en ce qui concerne le pétrole. D’après l’Opep, la guerre en Ukraine a « suscité des inquiétudes quant à une perturbation de l’approvisionnement à court terme … Les fonds spéculatifs et autres gestionnaires de fonds ont augmenté leurs positions en prévision d’une hausse des prix du pétrole. »

Les graphiques 3 et 4 illustrent bien le caractère spéculatif de la hausse des prix.

Ces évolutions expliquent aussi, partiellement, la hausse des bénéfices des grands groupes. Ainsi, grâce à la hausse des prix de l’énergie, TotalEnergies a engrangé au premier trimestre 2022 un bénéfice net de 4,9 milliards de dollars, et cela malgré les dépréciations liées à la Russie (source : Le Figaro, 28 avril 2022).

Pour la paix, la stabilité et le progrès social

Le prolongement de la guerre en Ukraine affectera les conditions de production et par conséquent l’offre de certaines matières premières, de denrées alimentaires et plus généralement de produits.

Or, comme le souligne une note réalisée par les ONG Attac et Oxfam : « Avant même cette guerre, l’insécurité alimentaire dans le monde était en effet en hausse pour la sixième année consécutive : en 2020, 2,4 milliards de personnes en souffraient, que ce soit en Europe (10 % de la population touchée) ou ailleurs. »

Selon le Fonds monétaire international (FMI), « la situation des pays fragiles ou touchés par un conflit est particulièrement préoccupante, car leurs réserves stratégiques couvrent moins de 2,5 mois de consommation intérieure nette. Globalement, les hausses des prix alimentaires et les risques de pénuries de blé pénalisent davantage les pauvres, qui consacrent une part supérieure de leurs dépenses à l’alimentation. Ce contexte accentuera la pauvreté et les inégalités mais aussi les risques de troubles sociaux. »

Trois mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine, force est de reconnaître que chaque jour de conflit engendre des souffrances pour le peuple ukrainien, première victime de cette guerre abominable, et aussi pour les autres peuples. Dans l’intérêt de tous les peuples, il est donc indispensable d’explorer toutes les voies diplomatiques pour y mettre fin le plus vite possible, car la fuite en avant dans la guerre aggrave la situation et ne profite qu’aux spéculateurs et aux fabricants et marchands d’armes.

L’enjeu est d’autant plus grand que cette guerre sert d’alibi pour une dérive dans la militarisation à travers le monde. L’Union européenne n’y échappe pas. Ainsi, l’Allemagne budgétise des dizaines de milliards d’euros à cette fin, particulièrement pour l’achat des avions de combat américains. Et en France, le président de la République nouvellement réélu ordonne une nouvelle loi de programmation militaire.

Au-delà de la guerre en Ukraine et ses effets dévastateurs, la situation actuelle pose un ensemble de questions qui, en dernière analyse, ont trait au droit de tous les peuples au progrès social et au mode de développement ; elle met aussi en exergue la nocivité des politiques libérales appliquées en France, en Europe et dans le reste du monde.

Le fait que les « pays les moins avancés » dépendent largement des importations de denrées alimentaires témoigne du caractère néfaste des « programmes d’ajustement structurel » imposés par le FMI et la Banque mondiale avec le soutien des grandes puissances, parmi lesquelles l’Union européenne. Il témoigne aussi de l’absolue nécessité de transformer la politique d’aide au développement pour en faire un levier de véritables coopérations permettant, entre autres, de développer des services publics de qualité et de promouvoir une agriculture diversifiée et autonome assurant la sécurité et la souveraineté alimentaires.

De la même manière, le fait que les fonds spéculatifs et les grands groupes profitent de cette situation pour enrichir leurs actionnaires prouve la nécessité d’un contrôle public et social de leurs activités. Il s’agit notamment des droits d’intervention des salariés et leurs représentants sur les choix stratégiques de ces entreprises. L’enjeu est d’appliquer les critères sociaux et environnementaux et de repousser l’exigence de rentabilité financière, ce qui permettrait d’alléger la pression sur les travailleurs et, entre autres, réduire les coûts et par conséquent les prix à la consommation.

Dans la mesure où les institutions financières et les groupes énergétiques se rangent parmi les grands gagnants de cette situation, la question d’une ré-appropriation publique et sociale de ces institutions se pose également, car leur privatisation a contribué à cette situation et n’a profité qu’aux actionnaires.

Enfin, et non la moindre des choses, face à la hausse des prix, le soutien du pouvoir d’achat des travailleurs est fondamental. Il est erroné de croire qu’on pourra y arriver par des mesures ponctuelles comme les primes et les chèques. Des mesures telles que l’encadrement des prix des produits et services de première nécessité ou encore la taxation des bénéfices des groupes obtenus grâce à la spéculation sont nécessaires. Plus fondamental encore, il est indispensable d’augmenter les salaires pour sortir de la déflation salariale et de la trappe à bas salaires car, comme cela a été souligné plus haut, contrairement à ce que disent les libéraux et les patrons, ce qui handicape notre économie, ce n’est pas le prétendu coût élevé du travail, mais bien le coût exorbitant et croissant du capital.

Graphique 1

Indices des prix à la consommation

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 08:27
6 juillet 1947 - Maurice Thorez à Brest
Document original - Maurice Thorez à Brest/ Carte postale du PCF. Le 6 juillet 1947, le secrétaire général du Parti communiste français rassemble 40 000 personnes a Brest sur le cours d'Ajot. Le PCF compte alors entre 7000 et 10 000 adhérents dans le Finistère, les JC puis l'UJRF 10 000 adhérents aussi de leur côté. En novembre 1946, 3 des 10 députés finisteriens sont communistes (dont une femme, Marie Lambert, résistante de Landerneau, et le jeune Gabriel Paul, ancien résistant lui aussi, et Alain Signor, lui même ancien dirigeant de la résistance dans le sud, d'où il a été exfiltre depuis la bigoudenie) et 105 800 voix dont rassemblées par le parti communiste dans le Finistère. Archives de Jean-Claude Cariou, ayant appartenu à son père, instituteur à Goulien, né à Plogonnec, bretonnant, résistant et permanent du PCF dans le Finistère à la Libération, membre du comité fédéral du PCF, ami avec Charles Tillon et Daniel Trellu. CF. 1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)
Dans une lettre datée du 16 octobre 1985, Pierre Le Rose, ancien secrétaire départemental du PCF, donne à Pierre Crépel, un camarade de l'IRM (Institut de Recherche Marxiste) basé à Lanester, des renseignements complémentaires sur le Parti Communiste à la Libération, période qu'il a connue en tant que dirigeant et acteur. On trouve dans cette lettre des informations tout à fait importantes d'un point de vue historique qui justifient qu'on la publie, avec l'accord de la fille de Pierre Le Rose:
"L'audience du Parti était très grande dans le Finistère à la Libération. On évaluait les adhérents à 10 000 ou 12 000. Les cartes étaient placées aux réunions publiques au lendemain de la libération. L'organisation ne suivait pas. Mais dans les localités importantes (Brest, Morlaix, Quimper, Douarnenez, Concarneau), les cellules avaient des Bureaux et des activités réelles. Le premier pointage réel que j'ai pu faire en Avril 47 (je venais d'avoir la responsabilité de l'organisation fédérale) faisait apparaître plus de 7000 adhérents. Nous avons vu jusqu'à 12 000 personnes à nos fêtes fédérales (fête de la Bretagne, notre journal, avec Marcel Cachin; 40 000 personnes à Brest sur le cours d'Ajot avec Maurice Thorez le 6 juillet 1947). Parallèlement, les JC (44-45) puis l'UJRF (à partir d'avril 45) comptaient entre 9 et 10 000 adhérents (jeunes venus des FTP, jeunes filles très nombreuses). Les jeunes prenaient leurs responsabilités pour organiser les activités ( 400 Jeunes Communistes à Quimper, 200 à Concarneau, mêmes chiffre à Douarnenez; organisations existant dans les localités rurales du Centre Finistère, Riec sur Belon, etc...). Les meetings des JC rassemblaient autant et parfois plus d'auditeurs que le Parti. Ce sont les JC (garçons et filles) qui ont vite fourni les cadres du Parti (peut-être au détriment de l'organisation des jeunes).
L'audience du Parti est venue du combat clandestin, puis de l'activité des militants, des élus et des ministres communistes, activité qui continuait le combat national, le confirmait.
Dans des élections législatives à la proportionnelle, le Parti Communiste recueillait 70 000 voix en novembre 1945 (2 députés), 80 000 voix en mars 1946 (2 députés), 105 800 voix en novembre 1946 (3 députés sur 10 députés finistériens).
La part de la jeunesse et des femmes fut considérable dans cette période. Nous avions la première femme maire (Kernevel), des adjointes. Notre Parti faisait le plus confiance aux jeunes (Gabriel Paul, député et secrétaire fédéral à 26 ans), Marie Lambert, députée et secrétaire fédérale à 33 ans (idem dans les Côtes d'Armor avec Hélène Le Jeune). On retrouve des jeunes de nos fédérations bretonnes également à Ouest-Matin (sur Rennes comme correspondants).
La composition du Parti: bien sûr des ouvriers et des ouvrières d'usines dans le sud, mais aussi des paysans, des marins et des classes moyennes. A noter la présence d'enseignants, souvent secrétaires de cellules et sections. A noter, l'apport au Parti d'anciens SFIO (souvent les plus sectaires à l'égard des socialistes) et d'anciens soutiens des radicaux baillistes (région du Cap-Sizun). Cet apport a eu des effets positifs et négatifs sur le fonctionnement des cellules.
Après l'exclusion des communistes du gouvernement: le Parti, tel qu'il était composé, pouvait réagir vite et avec beaucoup d'allant aux mesures de Ramadier puis de Robert Schumann (c'était l'époque du Rapport Jdanov). D'où l'ampleur des grèves de 47, puis en 48, en 50 (Arsenal), en 52 (bâtiment), en 53 (fonctionnaires). Grèves aussi dans la conserve, les pêcheurs de Concarneau (1949), première guerre de marins ayant un caractère de classe (les grèves dans la pêche artisanale étaient jusque là plutôt dirigées contre les usiniers, les mareyeurs - cette fois-ci contre les armateurs industriels apparus à Concarneau pendant la guerre). On peut dire que l'audience du Parti, la participation de ses militants aux luttes, y compris aux luttes revendicatives dans la CGT, expliquent l'ampleur des luttes de cette période. Mais en même temps, le caractère de classe de ces actions écarte les classes moyennes. En 1951, nous perdons plus que d'autres départements aux élections (2 députés), probablement les couches gagnées entre 45 et 46 et nous stabilisons le 2 janvier 1956 (2 députés). Intéressant: la vague poujadiste à ces mêmes élections, Demarquet élu député.
Les luttes revendicatives se sont déroulées dans cette période sur un fond de combats politiques (guerre d'Indochine, Henri Martin, luttes pour la paix). On ne peut séparer la dureté de la répression à Brest en 50 (assassinat d'Edouard Mazé le 17 avril 1950 et plus de 20 blessés hospitalisés) de la politique de guerre froide donc pro-américaine du gouvernement. La question du débarquement d'armes à Brest était posée. A cette manifestation, Alain Signor et Marie Lambert, députés, furent arrêtés et jugés. Le procès d'Henri Martin à Brest en 1951 avait lieu pendant les grèves du bâtiment.
Les paysans étaient nombreux dans le parti avec la naissance d'une solidarité à l'égard des grévistes (envoi de pommes de terre, keufs, etc.). Dans le Centre Finistère, ils faisaient la liaison avec leurs propres luttes, constitutions de comités de défense paysannes, manifestations aux perceptions avec des charrettes de pommes de terres".

lire aussi:

L'audience du Parti Communiste à la libération dans le Finistère

 

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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 08:15
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
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22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
80 ans après, au moment où les héritiers du fascisme et de la collaboration sont extrêmement forts en Italie et en France, le devoir de mémoire -
 
22 août 2022- cimetière de Kerfautras à Brest, en présence de plusieurs camarades du PCF et notamment de la section de Brest, de son secrétaire de section Jean-Paul Cam, secrétaire départemental du PCF, tout près de la tombe d'Édouard Mazé ("Un homme est mort" ... L'ouvrier cégétiste tué lors de la répression de la manifestation du 17 avril 1950 par les gardes mobiles et les gendarmes qui avait fait en outre une vingtaine de blessés), très émouvant hommage à Carlo de Bortoli, résistant communiste brestois fusillé à 33 ans le 22 août 1942 par les Allemands au stand de tir de Balard dans le 15e arrondissement de Paris, après avoir été arrêté et torturé par la police française à Brest, "chargé" par elle en tant que militant communiste pris avec des tracts, emprisonné à la prison de Pontaniou de Brest et à Quimper, où sont venus le voir son épouse et ses enfants, puis à Fresnes, et un hommage aussi à sa femme, Aline de Bortoli, militante communiste elle aussi, qui résistait avec lui, et a continué à le faire après sa mort a Brest et dans les Côtes d'Armor, poursuivant ses engagements après guerre, notamment à la CGT, au PCF et à l'ANACR.
L'historien et chercheur Gildas Priol qui avait été a l'initiative de la cérémonie et de son organisation a introduit l'hommage en présentant le rôle des FTP et de l'OS du PCF au sein du tableau global de la résistance brestoise, qui avait de nombreux réseaux et composantes, suivi des enfants de Carlo et Aline de Bortoli, Sonia et Edgar, présents au côté des petits-enfants et arrière petits-enfants, et de Anne Friant Mendres, présidente de l'ANACR 29 et fille du résistant Jacob Mendres, ami et camarade de Carlo de Bortoli.
Eric Guellec, adjoint PCF de Brest, aux anciens combattants et cérémonies patriotiques, et Anne Friant, ont ensuite remis une gerbe de fleurs devant la tombe d'Edgar et d'Aline, décédée dans le pays bigouden, ainsi que Edgar et Sonia les enfants, devant le porte-drapeau de l'ANACR, Roger Berthelot.
Sonia, la fille de Carlo et Aline de Bortoli, a rappelé l'importance de se mobiliser aujourd'hui comme hier et demain pour la Paix.
 
Photos et commentaire Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF Finistère, présent à la cérémonie pour rendre hommage à l'engagement dans la résistance de nos camarades Carlo et Aline de Bortoli.
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
Pour en savoir plus sur Carlo de Bortoli, la notice de Gildas Priol: https://www.resistance-brest.net/article1108.html
Carlo (Charles) Antonio De Bortoli, émigré italien en 1925, est mosaïste à Paris. Il y rencontre une bretonne, Aline Morin qu’il épouse en 1931. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Saint-Brieuc où naît leur fille Sonia en 1934. Toujours plus à l’ouest, on retrouve les De Bortoli à Brest en 1935. Ils s’installent à Lambézellec au 48 rue Jean Jaurès. Impliqué dans le militantisme, Carlo est l’un des responsables de l’Union Populaire Italienne (U.P.I) de Bretagne, qui regroupe les antifascistes transalpins. Il y rencontre Luigi Pezziga et tous deux adhèrent au Parti Communiste Français en 1936. L’année suivante, Carlo se spécialise dans les devantures et monuments funéraires. En 1938, il se rend au commissariat de Police de Lambézellec pour faire une demande de naturalisation et son second enfant, Edgard, voit le jour. Peu après la famille s’installe définitivement au 47 rue François Rivière. En 1939, il fait voter par les Italiens de l’U.L.P une motion où ils s’engagent à défendre la France contre toute attaque fasciste, y compris de l’Italie mussolinienne. A la déclaration de guerre, il souhaite incorporer l’armée française mais trop suspect, cela le lui est refusé.
Au lendemain de l’entrée des allemands à Brest, le 20 juin 1940, plusieurs réunions du P.C.F sont organisées à Brest. Carlo et Aline De Bortoli assistent à celle de chez les Goasguen, en présence de Raymonde et André Vadaine ainsi que Jules Lesven. Tous sont partants pour continuer le militantisme clandestin pour le parti. Au début 1941, il devient l’un des responsables du Triangle de direction du P.C.F pour le secteur du Bâtiment. Comme tous les français occupés, qui plus est dans le bâtiment, il est contraint de travailler pour l’occupant. Il participe cependant à la formation et à l’organisation de la résistance communiste parmi les ouvriers, avec Pierre Corre. Il intègre à sa création, l’Organisation Spéciale (O.S) au début 1941 et effectue des sabotages, notamment à l’École Navale où il est employé en février 1941. Carlo diffuse la presse clandestine du mouvement ainsi que les tracts. En mars 1941, il aurait participé avec Jules Lesven à l’immersion dans la rade de trois ou cinq corps de soldats allemands, abattus par l’O.S dans une embuscade au port de commerce.
Alors qu’il se rend chez Henri Moreau avec Yves Prigent, Charles Cadiou et Mathurin Le Gof, Carlo est arrêté le 28 avril 1942 par deux policiers brestois. Carlo subit un interrogatoire musclé par la police française qui tente de lui arracher des informations. Après quoi, il est livré à l’armée allemande avec ses camarades. Interné dans un premier temps à Pontaniou, il est traduit devant le Conseil de Guerre allemand de Brest. La déposition du policier français responsable de son arrestation accable Carlo qui était porteur d’une valise avec du papier destiné à l’imprimerie clandestine des communistes. De Bortoli, lucide sur son sort, endosse la responsabilité des divers actes de la résistance locale pour clore les enquêtes ou lever des soupçons. Il est alors condamné à mort le 14 mai 1942.
Il est ensuite interné à Quimper et Rennes, du 25 juin au 24 juillet, et enfin à Fresnes du 27 juin au 22 août 1942. Carlo De Bortoli est fusillé à Paris le 22 août 1942 au stand de tir de Balard dans le 15e arrondissement de Paris. Sa dépouille est jetée dans une fosse commune du cimetière parisien d’Ivry le jour même
. En 1948, son épouse fait rapatrier sa dépouille à Brest. Une cérémonie civile et militaire se déroule dans la chapelle ardente du cimetière de Saint-Martin avant qu’il soit inhumé, le 7 févier au cimetière de Kerfautras.
À titre posthume, pour son engagement dans la clandestinité, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile d’argent le 24 avril 1947 puis la médaille de la Résistance le 24 septembre 2014. En sa mémoire, une rue de Brest porte son nom depuis le 22 mars 1997.
La sépulture de Carlo De Bortoli se trouve dans le cimetière de Kerfautras à Brest [Carré 44, Rang 12, Tombe 28]
Publiée le mercredi 4 mars 2020, par Edgard De Bortoli, Gildas Priol, mise à jour vendredi 22 juillet 2022
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Aline de Bortoli:
Née le 15 juillet 1908 à Bréhand (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), morte le 21 avril 2004 à Lesconil (Finistère) ; aide-soignante ; militante communiste, résistante FTPF, vice-présidence de l’ANACR du Finistère ; femme de fusillé.
Aline Morin naquit à Bréhand (Côtes-du-Nord), petit village situé entre Moncontour et Lamballe, de parents agriculteurs, Pierre Morin et Marie Glâtre. Le couple avait six enfants dont deux moururent en bas âge. Ses parents louaient leurs bras, lui tantôt pour tenir une petite ferme, tantôt comme cantonnier, ouvrier agricole ou docker au déchargement du charbon au port du Légué à Saint-Brieuc Sa mère se rendait souvent à Paris comme employée de maison.
En 1925, à dix-sept ans, pour aider ses parents à construire leur petite maison, Aline Morin monta à Paris rejoindre sa sœur Marie. Elles travaillaient toutes les deux dans les hôtels, les restaurants, les cliniques. En deux ans, la maison fut payée intégralement. Quatre ans après son arrivée dans la capitale, elle fit la connaissance de Carlo de Bortoli fils de paysans pauvres ayant cinq frères et sœurs. Il était venu à Paris à quinze ans avec son père Angelo, militant socialiste antifasciste italien, conseiller municipal "bousculé" et menacé par ses collègues car il ne saluait pas le portrait de Mussolini à la fin du Conseil municipal, emprisonné sous Mussolini pour ses idées, fuyant le régime fasciste et la misère pour faire vivre la famille restée au pays. Ils se marièrent le 23 mai 1931 à Paris VIIIe arr. et eurent deux enfants : Sonia le 8 décembre 1934 à Saint-Brieuc, et Edgard le 7 juillet 1938 à Brest. Le couple s’était installé en Bretagne, en septembre 1935 à Brest où Carlo travaillait comme artisan mosaïste-carreleur,
Ils militèrent dans de nombreuses organisations : l’Union Populaire Italienne, la Ligue des Droits de l’Homme, le Parti Communiste Français, le Secours Populaire Français, la CGT, la Ligue Antifasciste, le Comité Mondial pour la Paix, le Soutien de l’Enfance.
Elle entre au PCF en octobre 1939 alors qu'il vient d'être interdit par le gouvernement Daladier après avoir commencé à militer dans la solidarité avec l'Espagne Républicaine de 1936 à 1939.
Le 6 septembre 1939, Carlo tenta de s’engager dans l’Armée Française mais il fut refusé car il avait conservé sa nationalité italienne. Il liquida alors sa petite entreprise, redevint ouvrier pour être plus libre de ses mouvements.
Après la guerre éclair de mai-juin 1940, Aline et son mari entrèrent dans la Résistance. Leurs premières actions furent d’ empêcher les militants de rejoindre l’Angleterre, puis, plus tard, de convaincre les hommes de ne pas partir travailler en Allemagne.
Aline commença sa propagande de résistance par une distribution de tracts du PCF en juillet 1940, tract dénonçant la trahison du gouvernement Pétain à Vichy et la collusion du vieux maréchal avec l'occupant allemand et ses chefs nazis.
Aline De Bortoli se fit embaucher à l’Arsenal de Brest et Carlo à l’École navale, pour faire des sabotages. Aline animait des groupes de femmes, organisait des manifestations devant la mairie pour réclamer du pain, du beurre, de la viande pour les enfants, distribuait des tracts, parfois avec sa fille, à la sortie des cinéma, tracts dénonçant la collaboration. Elle hébergeait des responsables de la Résistance, dont Robert Ballanger, inter-régional du PCF pour la Bretagne, et Alain Le Lay, responsable régional quelques mois pour le Finistère, mort en déportation à Auschwitz, et assurait d’importantes liaisons entre les groupes FTP. Les réunions de femmes étaient de plus en plus réprimées
Carlo De Bortoli fut arrêté dans la rue le soir du 28 avril 1942, avec trois camarades alors qu’il portait une valise pleine de papier blanc pour imprimer les tracts du 1er mai. Carlo fut condamné à mort par un tribunal allemand sur les témoignages de policiers français, pour faits de Résistance et pour propagande communiste. Aline essaya de le faire évader, en vain. Le 22 août 1942, il a été fusillé au stand de tir place Balard, puis enterré au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine, dans le Carré des Fusillés.
Aline De Bortoli resta trois ans sans nouvelles de son mari, elle n’apprit son exécution qu’à la Libération.
Dans un premier temps, après l'arrestation de Carlo de Bortoli, Aline dût chercher du travail et en trouva à l'arsenal, près de la prison allemande de Pontaniou où était détenu son mari. Elle effectua là des sabotages de camions allemands par des coupures de pneus notamment. Elle tenta de faire évader son époux, et, selon Eugène Kerbaul, manquera de peu d'y réussir. Charles restera emprisonné à Pontaniou du 15 mai au 1er juillet 1942... (1918-1945, 1640 militants du Finistère, Dictionnaire biographique de militants ouvriers du Finistère élargi à des combattants de mouvements populaires de Résistance - Eugène Kerbaul)
Elle continua la lutte sous le pseudonyme de "Térésa" prénom de sa belle-mère et devint responsable du "Comité des Femmes Patriotes" de Brest, alors composé exclusivement de femmes communistes qui en avaient pris l'initiative. Elle continue sur ces périodes, jusqu'au 9 février 1943, d'importantes liaisons PCF-FTP, mais, devant la menace d’être arrêtée, elle se réfugia chez sa marraine, dans son village natal de Bréhand, en février 1943. La police allemande la recherchait à Saint-Brieuc, où vivait sa mère.
Elle y resta jusqu’en octobre 1945, travaillant dans les fermes pour vivre, poursuivant son activité comme agent de liaison entre les maquis FTP (Bréhal et Montoncour), leur fournissant des renseignements sur l’ennemi, du ravitaillement, des vêtements, diffusant tracts et journaux du PCF, du Front National de Libéation, et des FTP à la population. Son rôle était aussi d’aller chercher à pied et de raccompagner des résistants à la gare de Lamballe, à sept kilomètres et de nuit, et d’organiser des réunions clandestines de la Résistance.
A la Libération, Aline de Bortoli a le grade de adjudant F.T.P.
De retour à Brest, elle retrouva son appartement, intact malgré les ravages dus aux bombardements alliés sur la ville. Aline vécut de petits emplois jusqu’à ce qu’elle entre à l’hôpital Ponchelet de Brest comme employée d’abord puis ensuite comme aide-soignante. Elle fit le choix de ne pas se remarier pour se consacrer à ses enfants et ses activités militantes. En 1946, elle fit la connaissance de ses beaux-parents.
Elle devint responsable de l’Association Nationale des Familles de Fusillés et Massacrés de la Résistance pour le Finistère, à l’Union des Femmes Françaises, milita activement au syndicat CGT des Hospitaliers et à l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance – ANACR – dont elle était encore Vice-présidente jusqu’à son décès. Elle était « combattant volontaire de la Résistance ».
En 1950, elle s’installa à Lesconil où elle fit construire une petite maison, pour sa retraite et sa famille.
Son dernier combat, elle le mena pour le maintien du nom de Jean Moulin au fronton du Lycée Professionnel de Plouhinec.
Inhumée au cimetière de Lesconil le 24 avril 2004, Louis Le Pape lui rendit hommage en retraçant le parcours de sa vie militante.
Sources:
Maitron - Article de Annie Pennetier Pour citer cet article :https://maitron.fr/spip.php?article206871, notice DE BORTOLI Aline, née MORIN par Annie Pennetier, version mise en ligne le 8 octobre 2018, dernière modification le 10 octobre 2018. SOURCES : Louis le Pape : ancien maire de Plobannalec-Lesconil, Président du Comité Bigouden le l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance, ANACR, texte d’hommage auquel cette notice doit beaucoup . — Témoignage de son fils Edgard De Bortoli, 2018.
Eugène Kerbaul 1918-1945, 1640 militants du Finistère, Dictionnaire biographique de militants ouvriers du Finistère élargi à des combattants de mouvements populaires de Résistance.
 
Voir aussi:
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
22 août 2022 - 80 ans après son exécution au stand de tir de Balard à Paris par les Allemands, poignant hommage à notre camarade résistant communiste brestois Carlo de Bortoli au cimetière de Kerfautras à Brest
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