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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 05:49

Le 19 avril dernier, Fabien Roussel révélait que Pfizer envisageait une augmentation des prix des vaccins. Aujourd'hui nous apprenons que c'est effectivement le cas. Le prix du Pfizer va passer à 19,5 euros la dose pour 15 euros actuellement, alors que ce laboratoire prévoit un profit de l'ordre de 30 milliards de dollars!! Tout ça avec l'assentiment de la commission européenne qui se cache derrière le secret des négociations.

Nous réaffirmons le besoin absolu que la transparence soit faite sur les négociations entre l'UE et les bigpharmas et qu'une levée des brevets soit décrétée pour produire les doses suffisantes et mettre fin à la rapacité des laboratoires pharmaceutiques.

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 08:16

 

 

 

Quelques 13 millions de retraité-es perçoivent une pension de l'AGIRC-ARRCO. Ce régime complémentaire enregistre une baisse de ses recettes liée à la forte diminution de ses cotisations due au chômage partiel et aux délais de paiement accordés aux entreprises impactées par la crise sanitaire. Face à cette perte de ressources, son conseil d'administration a décidé, contre l'avis de plusieurs syndicats, de revoir à la baisse la revalorisation des pensions indexées sur l'inflation.

Avec cette décision, chaque mois, les retraités affiliés à l'AGIRC-ARRCO perdront donc en moyenne 2 à 3 euros, et bien plus pour certains pensionnés. Mais pour des millions de pensionnés, cette perte constitue un nouveau recul insupportable du pouvoir d’achat, déjà très maigre.

Car, dans le même temps, les factures d'électricité, de gaz, les mutuelles, les assurances, les carburants continuent de flamber !

Ce n'est pourtant pas à nos aînés de payer les effets d’une crise sanitaire qu’ils subissent déjà violemment et pour laquelle l’Etat a beaucoup plus accompagné les entreprises que les familles et les salariés. Par ailleurs, les caisses de l'AGIRC-ARRCO ne sont pas vides, puisqu’elles assurent encore l’équivalent de 9 mois de réserve.

  • Avec Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, nous proposons une toute autre logique que cette nouvelle mise en cause du pouvoir d’achat des retraités avec :
  • L’augmentation sensible des pensions de base pour qu’aucune d’entre elles ne soient inférieures au SMIC ;
  • Une modulation des cotisations patronales qui pénalisent notamment les grandes entreprises qui s’en prennent à l’emploi et aux salaires et assèchent ainsi les ressources des caisses de retraites;
  • Une cotisation exceptionnelle sur les revenus financiers des entreprises pour qu’elles participent aussi à l’effort d’équilibre financier des caisses de retraites complémentaires, les retraités ayant déjà vus leur pension de retraite gelée l’année dernière.

 

Le PCF appelle à faire des échéances de 2022 un temps fort de débat et d’exigences pour consolider le droit à la retraite dès 60 ans, garantissant des pensions dignes pour toutes et tous et mobilisant de nouvelles ressources. Il faut pour cela cesser de s’attaquer aux salaires et aux pensions et s’attaquer aux immenses privilèges de la finance, qui profite allègrement de la crise sanitaire.

 

Parti communiste français,

Paris, le 29 juillet 2021.

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:51

 

Le gouvernement britannique a commencé la privatisation des établissements pour personnes âgées dans les années 1980. Aujourd’hui, les sociétés privées tiennent 76 % du secteur. En particulier les fonds d’investissement, prêts à tout pour de généreux rendements.

 

«Je pense qu’il est mort car il a baissé les bras. Les soins qu’il recevait étaient tellement médiocres, c’était épouvantable. » Toujours en colère, Philip* raconte le chemin de croix de son oncle, qui a passé les neuf dernières années de sa vie dans quatre maisons de retraite, avant de décéder du Covid, en février 2021.

Philip « n’aurait même pas hébergé un chien » dans la première structure où son oncle a été accueilli en 2012. Quand il s’en est aperçu, le neveu a plié les bagages de son parent, direction une nouvelle maison qui lui avait promis une meilleure prise en charge. Nouvelle déception, nouveau déménagement, et ainsi de suite pendant près d’une décennie, jusqu’à sa mort.

Philip aurait voulu que les dernières années de son oncle soient plus paisibles. Mais dans chaque établissement, le même cauchemar se répétait. Désespéré, le neveu assistait partout à la même course contre la montre d’un personnel toujours dépassé, sous-payé et démotivé. Philip a eu beau signaler les dysfonctionnements graves qui se déroulaient dans ces Ehpad privés aux autorités, et même une fois à la police, ses multiples plaintes n’ont jamais été suivies d’effet.

Dans le dernier, celui où son oncle a vraisemblablement été contaminé par le Covid, la pénurie de personnel était si grave qu’il a dû lui-même lui porter assistance. Lors d’une visite, Philip s’était ainsi aperçu que son parent se trouvait « en état de déshydratation sévère ». Comme il n’y avait pas de soignant disponible, il avait dû s’installer auprès de lui pour s’assurer qu’il reçoive bien le liquide de réhydratation nécessaire… Trois jours durant.

Au Royaume-Uni, où plus de 42 000 résidents des Ehpad sont décédés pendant la pandémie, l’histoire de Philip est loin d’être isolée. La presse anglaise s’est largement fait l’écho de ces tragédies familiales, mais peu d’articles se sont penchés sur le processus de privatisation généralisée des maisons de retraite qui les a souvent permises.

Et pourtant, comme nous le dit Eileen Chubb, dirigeante de l’association caritative Compassion in Care, « c’était horrible mais ce n’était pas une surprise ». Cette ancienne aide-soignante sait de quoi elle parle, elle qui défend depuis plusieurs années les droits des résidents des Ehpad, « traités dans ce pays comme des citoyens de seconde zone ».

Outre-Manche, le marché des Ehpad est très fragmenté, « atomisé », dit-on, ce qui est rarement bon signe. C’est une jungle d’entreprises détenant chacune une petite part du marché et se livrant une concurrence acharnée. Au total, cette multitude de sociétés privées détient 76 % des Ehpad, les autres étant gérés par des collectivités locales et des associations.

Cette privatisation généralisée n’est pas unique en Europe mais elle est pourtant bien singulière, selon Bob Hudson, professeur à l’université du Kent et expert en politiques publiques. L’externalisation britannique s’est développée de manière particulièrement agressive et « sans aucun garde-fou », écrit-il pour la revue de la London School of Economics. Les conséquences de cette libéralisation sans limites sont désastreuses : la situation des Ehpad ne « répond plus aux normes ordinaires, que ce soit en matière de choix ou de contrôle des établissements ».

 

Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout.

Peter Folkman (Manchester Business School)

L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’après un autre professeur anglais, Peter Folkman, de la Manchester Business School. Pour lui, cette privatisation commencée il y a une quarantaine d’années, comme dans tout le secteur de « l’aide sociale », n’avait pas que des mauvais côtés. « Les économies d’échelle et les bonnes techniques managériales » apportées par le privé ont permis aux entreprises de faire « plutôt du bon travail » dans un secteur qui était en décrépitude, nous dit-il. Seulement, même ce libéral en convient, la machine s’est emballée : « Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout. »

La véritable « dégringolade » a commencé avec l’arrivée sur le marché britannique des fonds d’investissement, en particulier des fonds de pension, il y a quelques années, se rappelle John Spellar, ancien ministre et député du parti travailliste. De véritables machines de guerre de la réduction des coûts, qui garantissent à leurs investisseurs des retours importants sur leurs placements. Ces organismes de placement collectifs ont la part belle outre-Manche : un cinquième du secteur repose entre les mains des cinq plus grosses multinationales et trois d’entre elles sont financées par des fonds d’investissement.

Le débarquement des fonds a fait baisser « les standards de qualité des établissements », explique John Spellar. « Désormais, ces derniers ne se sentent plus tenus pour responsables de leur gestion et ruinent les conditions de travail des salariés. » Il en découle, d’après lui, « une crise de recrutement dans les Ehpad et un défaut de soins pour les résidents ».

Pourtant, le député ne regrette pas la privatisation et voit même les avantages d’une « véritable union avec le secteur privé qui propose un système qui fonctionne ». Mais il est désormais convaincu que les « spéculateurs » n’ont pas leur place dans les Ehpad. Tout simplement parce que le secteur, par essence, n’est pas adapté au fonctionnement de ces machines à cash.

Petits risques, gros retours

« La population est vieillissante et les subventions publiques sont garanties. Pour un investisseur, les risques sont faibles », analyse Vivek Kotecha, chercheur et auteur du livre Plugging the Leaks in the UK Home Care Industry (« Colmater les fuites dans le secteur du soin au Royaume-Uni », 2019). Seulement, dit-il, « les retours sur investissement y sont tout aussi faibles ».

Faibles, vraiment ? HC-One, leader du marché britannique, a versé la somme faramineuse de 48,5 millions de livres de dividendes à ses actionnaires ces deux dernières années.

Ces fonds d’investissement ont leur secret pour transformer le plomb en or : « La dette, dévoile Peter Folkman, le professeur de Manchester. Beaucoup de dette. » La seule manière d’obtenir de tels retours sur investissement dans le secteur des Ehpad, c’est de « rajouter une haute dose de risque financier à la transaction et donc de maximiser la dette ».

Tant que les prix du foncier restent élevés, que la population vieillit et que les subventions de l’État demeurent régulières, cette stratégie fonctionne. Mais il suffit qu’un caillou s’immisce dans les rouages pour que tout le système déraille. Car dans ce type de montage financier, la marge de manœuvre pour se retourner en cas d’imprévu est quasi nulle.

 

À quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?

John Spellar, ancien ministre travailliste

Ce fut le cas pendant la crise financière en 2008, poursuit Peter Folkman. Au Royaume-Uni, la politique d’austérité qui a suivi le marasme économique a poussé les collectivités locales à réduire l’enveloppe allouée aux maisons de retraite. Privés d’une partie importante de leurs ressources, des groupes comme Southern Cross ne pouvaient plus rembourser leurs dettes et ont fait faillite.

Avec ce système fondé sur la spéculation, comment garantir que demain, à l’occasion d’une réduction budgétaire plus importante, des dizaines de milliers de résidents d’Ehpad ne se retrouvent pas dehors, sans toit sur la tête ? Davantage d’argent public ? Mais « à quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?, interroge le travailliste John Spellar. Tout ce que ça fait, c’est de fournir encore plus de matière à spéculer à ceux-là même qui ont contribué à démembrer le secteur ».

Pour Matt Egan, du syndicat Unison, c’est tout le système qui est à repenser. « Ne citer que quelques mauvaises pratiques à la marge est une erreur, c’est tout le système qui a été monté de façon à encourager les mauvaises conditions de travail et une mauvaise qualité de soin pour les résidents. »

Aujourd’hui, la pagaille est telle que même certains représentants de fonds d’investissement du secteur appellent à davantage de régulation publique. À l’instar de John Moulton, fondateur de Better Capital, qui réclame la mise en place d’une « réglementation appropriée ». Celle-ci, dit-il, « vous garantit de meilleures chances de succès, car elle renforce le pouvoir du régulateur financier. Si les entreprises ne sont pas performantes, alors ce dernier peut intervenir, prendre le contrôle et mettre en place un redressement judiciaire ».

Mais en dépit de cette volonté partagée par plusieurs acteurs importants, les gouvernements qui se sont succédé ont fait le choix de ne pas s’attaquer à ce chantier titanesque. Y compris cette année, en dépit des 42 000 morts du Covid dans les Ehpad et malgré les promesses préélectorales de rigueur en cette période, le gouvernement n’a rien annoncé de concret. Même la reine n’a évoqué qu’une possible réforme, dans son dernier discours. On peut supposer que la question du financement retient tout ce beau monde de passer à l’action.

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:50

 

Emmanuel Macron remet sur le tapis la question du financement des retraites. Depuis la grande bataille de l’hiver 2019-2020, des évolutions ont eu lieu :

  • la Bourse s’est envolée ;
  • l’espérance de vie a reculé, ôtant aux partisans d’un recul de l’âge de départ un de leurs arguments les plus cyniques (ce qui amène le président du MEDEF à des contorsions dans son interview aux Echos du 9 juin).

Précisément, le pré-rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) relativise fortement l’ampleur des déficits dans l’immédiat, et table sur les évolutions démographiques pour alléger le coût des retraites dans le long terme :

  • le nombre de retraités baisserait dès 2022,
  • ceux qui restent toucheraient moins longtemps une retraite,
  • en effet, le COR anticipe un recul de trois ans de l’espérance de vie d’ici à 2070.

Extrait du pré-rapport du COR (page 9 du document de synthèse) :
« les réserves resteraient positives à l’horizon de la période de projection et contribueraient sur toute la période à l’équilibre du système de retraite. Dit autrement, les déficits temporaires du système de retraite ne nécessiteraient pas de recourir à l’endettement dans ces scénarios. Dans le scénario 1,0 %, un léger endettement temporaire serait nécessaire (au maximum de 2,2 % du PIB) mais cette dette serait résorbée en fin de période de projection ».

Mais cela laisse entier le problème du financement d’un système de retraites permettant le départ à 60 ans pour toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, avec un revenu de remplacement net au moins égal au SMIC et égal à 75 % du salaire des meilleures années d’activité, avec la prise en compte de la pénibilité des emplois occupés…

Un système de retraites digne du XXIe siècle est un projet de civilisation [1]

Il faut consacrer plus de richesses aux pensions versées à un nombre croissant de retraités, destinés à vivre plus longtemps. Mais il faut aussi plus de dépenses pour préserver la santé et l’autonomie des personnes âgées, plus de dépenses pour l’éducation, la formation, la recherche, la sécurité, la justice, l’écologie, bref pour tous les services publics. En résumé, il faut une plus grande « part du gâteau » pour les retraites, mais à l’intérieur d’un « gâteau » plus gros et produit autrement, c’est-à-dire une autre logique économique que celle du capital. Ces dépenses de service publics et des retraités pourraient ainsi stimuler cette autre logique économique et une production accrue de richesses. À ce titre, nos propositions pour le financement des retraites sont cohérentes avec celles que nous faisons pour sortir de la « crise siamoise », sanitaire et économique[2].

Le principal obstacle, c’est le comportement des entreprises et des banques. Toutes leurs décisions sont dominées par la logique du capital (profit et accumulation) :

  • ses prélèvements sur les richesses créées
  • toutes ses décisions d’investissement matériel ou de délocalisations contre l’emploi et contre la création de richesses.

Nous devons entrer dans un bras de fer avec le capital et sa logique pour inverser radicalement la tendance. C’est possible.

Pour produire plus de richesses, il faut davantage d’emplois, plus qualifiés. On peut estimer qu’en créant 2 millions d’emplois supplémentaires en cinq ans, l’économie française, à l’issue de cette période, pourrait dégager 300 milliards de PIB supplémentaires chaque année. Si, au cours de la même période, la part des richesses consacrées aux salaires et au financement de la Sécurité sociale revenait à son niveau d’avant la libéralisation financière des années 1980, les ressources supplémentaires dégagées pour le financement de la Sécurité sociale approcheraient 140 milliards d’euros.

Cela exprimerait le passage progressif à un nouveau fonctionnement de l’économie, plus efficace parce qu’émancipé de la domination du capital et fondé sur le développement des capacités des travailleurs. Cela suppose

  • la conquête de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises sur les décisions d’embauche, d’investissement, de recherche, de financement ;
  • et des leviers de politique économique incitant les entreprises à viser une production efficace de richesses utiles à l’ensemble de la population, et non les profits financiers et la baisse du coût du travail pour augmenter la rentabilité du capital ;

Deux mesures sont centrales dans notre projet de financement des retraites :

  • un prélèvement sur les revenus financiers des entreprises pour les dissuader de placer leurs profits en titres financiers et les pousser à les utiliser, plutôt, pour des investissements porteurs d’emplois et d’efficacité économique. Les revenus financiers des entreprises ont atteint 261,4 milliards d’euros en 2020, dont 81,8 milliards d’intérêts et 162 milliards de dividendes (voir tableau ci-dessous). Si ces revenus étaient soumis à un prélèvement au même taux que celui des cotisations patronales vieillesse sur les salaires, cela rapporterait à la Sécurité sociale 27,3 milliards d’euros la première année.

Toutefois, l’effet attendu de cette mesure est une réduction des placements financiers des entreprises, et donc des revenus qu’elles en tirent. Le produit de ce prélèvement est donc appelé à fondre avec le temps. Il serait progressivement remplacé par les ressources nouvelles dégagées d’une création de richesses accrues et des salaires distribués à partir de ces richesses.

  • moduler les cotisations patronales pour agir sur les entreprises et changer leur relation à l’emploi. À partir d’un taux normal (qui pourrait être plus élevé qu’aujourd’hui), le taux de cotisation sociale employeur serait augmenté pour les entreprises dont la part du total (salaires + dépenses de formation) dans la valeur ajoutée diminue, ou augmente moins, que la moyenne de leur branche. Les autres entreprises bénéficieraient du taux normal. L’incitation à accroître les salaires tendrait à augmenter la base des cotisations en valeur ajoutée produite et leur assiette salaire et, donc, la masse des cotisations.

Deux autres leviers d’action sur les gestions d’entreprises concourraient au même résultat :

  • une modulation du taux de l’impôt sur les sociétés en fonction du respect par les entreprises de critères précis en matière économique (création de valeur ajoutée en économisant le capital matériel et financier), sociale (emploi, formation, salaires) et écologique (économies d’énergie et de matières premières).
  • Une réorientation du crédit bancaire et de la politique monétaire pour faire baisser l’influence des marchés financiers et le coût du capital et pour favoriser les investissements porteurs d’emploi de qualité.

Au total, si les dépenses de retraites étaient augmentées de 100 milliards d’euros au bout de cinq ans, elles passeraient de 14 % du PIB de 2020 à 16 % du PIB de 2025. La « part du gâteau » consacrée aux retraites serait plus grande mais ce ne serait pas au détriment des autres parts puisque le gâteau grossirait lui aussi.

Revenus financiers des entreprises (milliards d’euros)

Sociétés non financières

Sociétés financières

Ensemble

Intérêts *

47,1

34,7

81,8

Dividendes

126,2

35,9

162,0

Prélèvements sur les revenus des quasi-sociétés

1,8

 

1,8

Bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers

-1,5

1,3

-0,2

Autres revenus d’investissements

1,1

15,0

16,1

Total des revenus financiers à soumettre à prélèvement

174,6

86,8

261,4

Montant du prélèvement au taux des cotisations sociales patronales (maladie, vieillesse, famille, chômage : 30,955%)

54,0

26,9

80,9

Dont cotisations retraites (10,45%)

18,2

9,1

27,3

* pour les sociétés financières : intérêts perçus nets des intérêts versés.

 

 

 

Source : INSEE, comptes nationaux 2020.

 

 

 


Un peu d’histoire

D’après les comptes de la Nation, les organismes d’administration de Sécurité sociale (ODASS) ont été déficitaires de 1949 à 1954, le poids de ce déficit oscillant entre 1,3% et 0,4% du PIB.
Rapporté au PIB d’aujourd’hui, cela ferait entre 9 et 31 milliards ! En clair, notre système de Sécurité sociale a été développé « à crédit », c’est à dire par un déficit financé, et l’activité dynamique qui a caractérisé la période, avec un essor de l’emploi et de la productivité, a résorbé ce déficit, au point qu’on oublie souvent, aujourd’hui, le rôle qu’il a joué dans le développement de notre système social.

[1] Frédéric Boccara, Denis Durand, Catherine Mills (coord.), Les retraites, un bras de fer avec le capital, Delga, 2020.

[2] Frédéric Boccara, « Financer l’action d’urgence contre la crise. Les propositions du PCF », Économie&Politique, juillet-août 2020, n° 792-793.

 

 

 

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2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 05:38

 

L’obligation vaccinale des soignants et plus encore l’extension du « passe sanitaire » décidées par Emmanuel Macron divisent les Français. Gestion autoritaire de la crise, inégalités entre les citoyens, atteinte au droit du travail et aux libertés... Alors que de nouvelles manifestations contre le « passe sanitaire » se tiennent ce samedi 31 juillet dans plusieurs villes de France, les raisons de la colère sont nombreuses.

Emmanuel Macron a tranché. Face à la quatrième vague née du variant Delta, le président de la République a souhaité donner un grand coup d’accélérateur à la vaccination. Pas en déployant une meilleure stratégie, mais en rendant la vaccination obligatoire pour les personnels soignants et en étendant le « passe sanitaire », tandis que les tests ne seront plus remboursés à l’automne. Des décisions qui ont provoqué la colère de milliers de personnes descendues dans la rue pour des raisons diverses. Ces manifestations ont choqué du fait de comparaisons scandaleuses faites par certains entre la Shoah et les mesures sanitaires du gouvernement. Reste certaines critiques légitimes, dont des parlementaires se sont fait l’écho lors de l’examen du texte.

 

1. La démocratie toujours mise de côté

Une dictature sanitaire ? C’est l’un des mots d’ordre des rassemblements contre les nouvelles mesures du gouvernement. Si la dénomination ne correspond pas à la réalité du régime, elle naît cependant d’une gestion solitaire et autoritaire de la crise par Emmanuel Macron. Le 12 juillet, c’est seul que le chef de l’État a annoncé les futures restrictions, avant de convoquer le Parlement à la hâte pour les faire valider. Malgré les tensions suscitées par ce projet de loi, ce texte n’a été examiné qu’en cinq jours, par l’Assemblée nationale et le Sénat et validé à l’issue d’une commission mixte paritaire lors de laquelle les marcheurs ont imposé la vision présidentielle, malgré quelques modifications. Ce projet de loi contient également une énième prorogation du régime d’exception permettant au gouvernement de légiférer par décrets dans de nombreux domaines, jusqu’au 15 novembre.

 

2. Une stratégie vaccinale source de rupture d’égalité

Les nouvelles restrictions de liberté ont créé de fortes crispations, d’autant qu’elles ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens. Cette rupture d’égalité est d’autant plus mal perçue que, faute de doses, tous les Français risqueraient de ne pas être vaccinés à l’automne, lorsque les tests ne seront plus remboursés. La gauche déplore que ces mesures aient été rendues nécessaires par un manque d’anticipation du gouvernement, incapable par ailleurs de porter une véritable stratégie vaccinale auprès des précaires et des personnes à risques, les moins vaccinés d’Europe de l’Ouest. Pour certains, l’injonction à la vaccination constituerait également une atteinte aux libertés individuelles. « La liberté est le fruit d’un approfondissement constant de la relation entre les citoyens et la communauté nationale pour que les contraintes soient admises comme un progrès et non pas un affaiblissement démocratique. C’est pourquoi la vaccination ne peut être un acte liberticide », estime le député André Chassaigne (PCF).

 

3. Un contrôle des citoyens par les citoyens

« Bienvenue dans la société du contrôle permanent. Celle où vous triez les bons et les mauvais citoyens ! » a interpellé la députée insoumise Mathilde Panot. Comme de nombreux restaurateurs et responsables de lieux de loisirs et culture concernés, les parlementaires de gauche ont déploré le choix du gouvernement de faire peser sur eux le contrôle des passes sanitaires. « Dans toute démocratie, ces contrôles incombent à l’État », jugent les élus socialistes, qui proposent la mise en place d’une vaccination obligatoire pour tous les adultes. Pour André Chassaigne, le système mis en place par le gouvernement est une obligation vaccinale qui « ne veut pas dire son nom. Et elle est instaurée par le pire des détours : celui de la contrainte individuelle en mettant en avant une vision utilitariste et consumériste du vaccin ».

 

4. Des sanctions inacceptables pour les travailleurs

Autre point de crispation : les sanctions prévues pour certains travailleurs. Les personnes qui travaillent dans des lieux accueillant du public devront présenter un « passe sanitaire » à partir du 15 septembre, au risque de voir leur contrat et leur rémunération suspendus. Si la situation perdure plus de trois jours, la personne sera convoquée pour un entretien afin d’examiner « les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d’affectation ». Alors que le gouvernement souhaitait introduire un nouveau motif de licenciement après deux mois de suspension, cette possibilité a été écartée pour les salariés en CDI, sous la pression des syndicats et de la gauche. En revanche, « un contrat à durée déterminée pourra être rompu avant l’échéance du terme ».  Les soignants qui ne seraient pas vaccinés au 15 octobre seront aussi suspendus et ne pourront plus exercer, tant que l’obligation vaccinale reste ­imposée par la loi.

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:39

 

Infirmière à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, et militante CGT, Aurélie Jochaud décrit un quotidien mis à rude épreuve par dix-huit mois de crise sanitaire.

Elle n’est pas du genre à raconter ses coups de blues. Si elle en a eu, on n’en saura rien. Car ce qui anime Aurélie Jochaud, 43 ans, c’est la colère. À l’heure où ses collègues démissionnent en cascade, l’infirmière au service hématologie de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, garde vaille que vaille le goût du travail en équipe et l’envie tenace de s’occuper des autres. Mais elle n’oublie pas, à chaque fois qu’elle le peut, de pester contre les manques de l’hôpital. Contre cette politique du gouvernement qui « ne veut pas lâcher de moyens ». À Saint-Antoine, tout le monde connaît la militante CGT.

Quand l’inéluctable tsunami arrive

Depuis vingt et un ans qu’elle exerce, elle s’est toujours bagarrée. À l’hôpital de l’Hôtel-Dieu d’abord. Où elle a lutté contre la fermeture de l’établissement. En vain. « On a perdu la bataille, mais pas la guerre », sourit-elle. La pandémie n’aura fait que renforcer ses convictions. Février 2020. Avec ses collègues, elle regarde avec attention ce qui est en train de se passer à Mulhouse, l’un des principaux foyers de l’épidémie de Covid. En dix jours, l’hôpital était saturé. « On savait que le tsunami allait arriver ici. On craignait de ne pas réussir à être à la hauteur », se souvient-elle. Toutes les équipes feront front. « On s’est démultiplié pour que l’hôpital tienne. Sans protection, avec des masques qui faisaient défaut. J’avais la sensation de ne pas être protégée et de ne pas protéger mes patients, déjà très fragiles. » Une dizaine de ses collègues sont transférés du service hématologie pour s’occuper des malades du Covid. « La première vague a été très importante. On a accepté beaucoup de choses : de travailler plus, de ne pas prendre de repos ni de vacances. » Aurélie garde la rage. Comment, en 2021, l’hôpital n’est-il pas en capacité de faire face ? Dans son service, il manque encore aujourd’hui 25 infirmiers. « Mes collègues pensaient que le gouvernement, qui mettait tant en avant le dévouement du personnel soignant, allait prendre conscience que l’hôpital allait mal, bien avant le Covid. Moi, je savais que non. L’hôpital, c’est pas son problème. » Elle en est convaincue : les choses bougeront de l’intérieur. « Il ne faut compter que sur nous-mêmes. Si nous n’avions pas été là, les hospitaliers, ça aurait été une catastrophe. » Alors qu’une quatrième vague se profile, l’infirmière voit ses collègues quitter le navire, de guerre lasse et épuisés. Les postes vacants s’accumulent. « On ne nous facilite pas la tâche, souffle Aurélie. Une nouvelle vague arrive et les conditions ont empiré… » Pourtant, assure-t-elle, la jeune garde ne demande qu’à prendre du service. « Sur Parcoursup, 80 000 étudiants ont demandé la formation d’infirmier, pour très peu d’élus par manque de places. Un comble ! » Elle le sait : si le gouvernement avait débloqué des moyens, les soignants n’auraient pas vécu la pandémie de la même manière. Dernier exemple en date : la vaccination obligatoire. « On était des héros, on est maintenant des zéros si on ne se fait pas vacciner », tempête l’infirmière. Vaccinée, elle ne supporte pas cette injonction et surtout cette culpabilisation. « Les collègues sont fatigués. Avec l’impression de toujours donner sans jamais rien avoir en retour. » Alors beaucoup prennent la douloureuse décision de partir car « ils n’ont pas envie d’y laisser leur peau ». Aurélie, elle, ne lâchera rien. « C’est la colère qui me porte. » Encore et toujours.

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:36

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.

La focalisation ces dernières semaines du débat autour des mesures concernant la vaccination obligatoire et le passe sanitaire permet au gouvernement d’avancer sur d’autres sujets, en passant sous la ligne d’horizon et en évitant ainsi d’éventuelles réactions. C’est ce qui est en train de se passer autour de projets de réforme, actuellement travaillés par le gouvernement, concernant les assurances maladie complémentaires, encore appelées à tort « mutuelles ». En effet, le constat partagé est que notre système à plusieurs étages – Sécurité sociale, complémentaire, surcomplémentaire – est devenu de plus en plus complexe et coûteux.

Ce dernier aspect a alerté la Cour des comptes qui pointe le fait que les coûts de gestion du système sont disproportionnés et qu’il faut le simplifier. Comme toujours, lorsque les fameux « sages » de cette institution font des préconisations, il faut être particulièrement attentif, car leur objectif unique et obsessionnel est de « faire des économies » et de « réduire les dépenses publiques ». Si nous pouvons adhérer au constat, les préconisations avancées par la Cour des comptes ne peuvent que nous inquiéter.

En effet, il est proposé de réduire la prise en charge par l’assurance-maladie à un socle, dit « panier de soins », minimal, c’est-à-dire en réalité à un filet de sécurité pour les plus pauvres, notamment pour les soins hospitaliers les plus coûteux. Pour le reste, il faudra faire appel à une assurance privée pour couvrir les autres dépenses. Pour aller vite, il s’agit de glisser rapidement vers un système à l’américaine, en ouvrant encore plus au marché le secteur de la santé, tant au niveau de l’assurance que de l’offre de soins.

Il est urgent que les citoyens s’intéressent à cette question pour bloquer cette évolution et réclamer une Sécurité sociale intégrale, prenant en charge l’ensemble des dépenses de santé, de la naissance à la mort. Un système avec un seul opérateur est performant et peu coûteux du fait de l’unicité du gestionnaire. À l’inverse, le système de marché est coûteux, car il multiplie les intervenants afin de multiplier les sources de profit.

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 05:14

OUEST - FRANCE

Morlaix. La CGT Genêts d’or dénonce des conditions de travail de plus en plus dégradées

 

​L’obligation vaccinale des employés travaillant avec des personnes fragiles, décrétée par le Gouvernement pour le mercredi 15 septembre 2021, vient rajouter de la pression à un milieu mal en point, selon les membres de la délégation syndicale CGT Genêts d’or de Morlaix (Finistère).

« On fait face à un grand ras-le-bol général ». Les mots de Fabien Huguet, éducateur spécialisé à la maison d’accueil spécialisée privée Les Genêts d’or de Ploujean, à Morlaix (Finistère), sont graves lorsqu’il décrit la situation que vivent les équipes des maisons de santé. « Notre secteur d’activité est au bord du burn-out », insiste le délégué syndical CGT, remarquant une lassitude qui ne date pas d’hier.

Un sentiment de stigmatisation

Tout d’abord, vis-à-vis des décisions prises au niveau gouvernemental. « Suite au Ségur de l a Santé , on a annoncé des r evalorisations de salaires pour l’ensemble des personnels de santé. Mais nos métiers s’en trouvent exclus car nous ne sommes pas considérés comme soignants ». L’obligation vaccinale est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Là, on est considérés comme soignants alors que pour le Ségur on ne l’a pas été ! » ironise Christelle Karboriou, aide médico-psychologique de la maison d’accueil.

 

 

Des effectifs au rabais

Ces interrogations interviennent alors que les établissements peinent à recruter. Pour le syndicaliste, la situation n’est pas tenable. « Nous n’avons actuellement pas un effectif suffisant pour nous occuper de nos résidents. On se demande comment on va pouvoir recruter par la suite si on a ces obligations supplémentaires, un salaire peu attractif (25 % de moins en moyenne que dans le secteur public) et des conditions de travail dégradées » se résigne l’éducateur spécialisé. « La direction nous parle souvent de faire preuve de bienveillance envers nos usagers, on aimerait que celle-ci fasse également preuve de bienveillance vis-à-vis de ses salariés. »

 

 

 

 

 

LE TELEGRAMME

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:42

Les révélations de Forbidden Stories mettent les démocraties au défi de construire un cadre législatif pour prémunir les citoyens des logiciels espions, ces armes non conventionnelles. Le vide laissé par les États permet aux entreprises de prospérer en toute impunité.

Mata Hari ne porte plus de déshabillé en mousseline. Elle a désormais la froideur des outils numériques, s’infiltre dans les smartphones, aspire l’ensemble des données et prend le contrôle de leurs micros et de leurs caméras à l’insu de leurs propriétaires. L’affaire d’espionnage mondial Pegasus, un logiciel espion développé par la société israélienne NSO, a révélé comment les autocrates du monde entier surveillaient les chefs d’État, dont le président de la République Emmanuel Macron, les élus locaux, les journalistes, les avocats et les opposants.

En violation de la Convention européenne des droits de l’homme

La prolifération de ces armes non conventionnelles pose la question de la préservation du cadre démocratique et des libertés publiques déjà écornés depuis le 11 septembre 2001. Avant ceux de Madrid, Jakarta, Mumbai ou Paris, ces attentats avaient débouché sur une surveillance de masse des citoyens, pérennisée dans le temps au prétexte de lutte antiterroriste. Cette surveillance tient du projet de société : elle est rendue possible par le vide législatif qui, en violation de la Convention européenne des droits de l’homme, permet à ces technologies de prospérer. Toujours avec une longueur d’avance. Le seul contrôle des exportations paraît en effet dépassé face à l’industrie des logiciels malveillants.

Lire aussi : Pegasus. Le juteux business de l’écoute et des failles de sécurité

C’est ce qui a permis à Mark Zuckerberg de se poser un temps en garant de la démocratie face aux accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Qu’importe que le patron de Facebook ait lui-même tenté d’utiliser une fonction de Pegasus plus performante que ses propres technologies pour siphonner les données des utilisateurs du système d’exploitation iOS d’Apple. Un outil redoutable au moment où les Gafam, s’ils ne constituaient qu’une seule et même entité, jouiraient d’une puissance économique supérieure à celle du Japon.

« Il faut interdire ce commerce, supprimer la motivation du profit pour ceux qui y participent. » EDWARD SNOWDEN, LANCEUR D'ALERTE

«  Il devrait y avoir, selon moi, une responsabilité pénale pour toute implication dans ce marché. Il faut un moratoire global sur l’utilisation commerciale de ces outils. Il faut interdire ce commerce, supprimer la motivation du profit pour les gens qui participent à ça. Parce que le groupe NSO fermerait ses portes dès demain si ça ne lui rapportait plus rien, comme les autres compagnies de ce domaine », plaide Edward Snowden, accusé de haute trahison et contraint à l’exil après ses révélations sur le programme massif de surveillance de l’Agence nationale de la sécurité états-unienne (NSA) en 2013.

Lire aussi : Edward Snowden - « Ils ont hacké les libertés fondamentales »

Ce dernier, qui compare ces technologies intrusives à des armes non conventionnelles, s’indigne de l’inaction des gouvernements. Pour protéger la démocratie et les libertés individuelles, certains parlementaires de gauche avancent, dans le même esprit, l’idée d’un traité international de non-prolifération de l’espionnage de masse. Dans le sillage de l’affaire Snowden, l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté la résolution 68/167, sur le droit à la vie privée à l’ère du numérique, qui condamne « la surveillance ou l’interception de communication, y compris en dehors du territoire national, ainsi que la collecte des données personnelles, notamment à grande échelle ».

Un mécanisme d’évaluation classé secret d’État

Le recours à des virus espions soulève en outre un débat de souveraineté. En 2018, afin que les États reprennent la main, la France lançait un « appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace  », qui, sans prévoir la moindre sanction, était pourtant loin de faire consensus. Des acteurs majeurs tels que les États-Unis, Israël, la Russie ou la Chine ne l’ont d’ailleurs pas ratifié.

En réalité, l’Organisation des Nations unies avait mis en place, dès 2004, un groupe d’experts gouvernementaux sur la cybersécurité, réuni seulement à cinq reprises. Et pour cause : après avoir conclu, en 2013, que le droit international était applicable au cyberespace, les négociations s’enlisaient quatre ans plus tard. De fait, personne ne plaide pour la transparence. En atteste la vente du logiciel Pegasus à des pays tiers grâce à l’aval d’une commission dirigée par le ministère israélien de la Défense et les services de renseignements extérieurs, le Mossad. Un mécanisme d’évaluation classé secret d’État.

Microsoft, qui a vu à maintes reprises ses failles de sécurité exploitées par les développeurs de logiciels malveillants, appelait, quant à lui, en février 2017, « à la signature d’une convention de Genève du numérique » et accusait les États d’être « responsables de la course au cyberarmement », rappelle Charles Thibout, chercheur à l’Iris. Une manière pour ces entreprises, historiquement liées à l’appareil d’État, au renseignement et à l’armée, de s’affranchir de toute légalité tout en consolidant leur puissance. Toujours selon Charles Thibout, cette absence de régulation « conduit les acteurs non étatiques à remplir le vide laissé par les États ». Jamais tranchée par le droit international, la question de la légalité de l’espionnage en temps de paix demeure un phénomène « extralégal » sur lequel prospèrent les Mata Hari 4.0.

« Des armes de guerre propres », selon Israël. Plusieurs salariés de NSO sont des vétérans de l’unité 8200, branche du service de renseignements militaire ­israélien. L’unité a créé sa première arme numérique en 2010 avec Stuxnet, virus d’une grande ingéniosité qui a permis de ralentir pendant des mois le programme nucléaire iranien en volant des plans, bloquant les centrifugeuses, reprogrammant les robots industriels… En 2007, déjà, Israël avait lancé un raid aérien sur un réacteur nucléaire syrien après avoir piraté les radars du pays. Dans sa doctrine publiée sur le site de son armée, Israël considère les attaques informatiques comme des armes de guerre propres.

 

 

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:33

En France, la sélection génétique a fait de la charolaise, la limousine et quelques autres les plus belles races bovines dans l’Union européenne et au-delà. Mais les prix des bovins de boucherie sont bas et il devient de plus en plus difficile de vivre de son travail quand on prend soin chaque jour d’un troupeau de vaches allaitantes. Ratifier l’accord de libre-échange signé voilà deux ans entre la Commission européenne et les pays du Mercosur aggraverait encore la situation.

Par Gérard Le Puill

Dans son numéro de juin 2021, le « magazine de la génétique et de la reproduction des ruminants » connu sous le sigle « BTIA » consacre un article à l’élevage des bovins à viande en France et un autre à ce même élevage en Argentine. L’Argentine fait partie des pays du Mercosur avec lesquels la Commission européenne a signé un accord de libre-échange en juin 2019. Cet accord prévoit d’augmenter sensiblement les exportations de viande bovine de quatre pays d’Amérique du sud en Europe. Deux ans après sa signature, on ne sait toujours pas s’il sera ratifié, ou non, par les pays membres de l’Union européenne.

En attendant, l’article publié dans « BTIA » sous le titre « Où va l’élevage allaitant ? », précise que le territoire français « perd en moyenne 740 ateliers allaitants chaque année. Cette rupture démographique, accompagnée d’une décapitalisation marquée n’est pas homogène selon les territoires et les types d’atelier. Elle touche surtout les éleveurs exclusivement allaitants, dans une moindre mesure ceux qui exercent de façon mixte (troupeau allaitant plus troupeau laitier, ndlr) . Ni ceux qui s’installent, ni ceux qui se maintiennent, ni ceux qui se développent ne compensent cette tendance lourde que les études cherchent aujourd’hui à caractériser le plus finement possible au fur et à mesure que les données de la base nationale d’identification animale ou de la Mutualité sociale agricole s’enrichissent ».

Une rémunération inférieure de 50 % au revenu moyen des paysans

La principale raison de ce recul est facile à comprendre. L’article avance l’explication suivante : « Le décrochage du revenu des exploitations spécialisées viande, - en moyenne inférieur de 50 % au revenu agricole moyen n’est pas nouveau. Mais la trésorerie des exploitations s’est davantage ainsi fragilisée d’année en année depuis 2016 ». Pourquoi 2016 ? L’article ne le dit pas. Mais nous savons qu’entre 2013 et 2015 inclus, le cheptel des vaches laitières a beaucoup augmenté dans plusieurs pays membres de l’Union européenne. Ces pays voulaient vendre plus de lait à partir d’avril 2015, date de la sortie des quotas laitiers qui régulait, en la limitant depuis 1984, la production laitière des pays membres de l’Union. En 2016, le pic de surproduction laitière a fait chuter sensiblement le prix du lait et beaucoup d’éleveurs ont vendu des vaches laitières de réforme en plus grand nombre. Mais il y avait aussi sur le marché plus de jeunes bovins mâles de deux ans que ces vaches avaient fait naître entre-temps. Cette augmentation durable de l’offre en viande bovine dans l’Europe des 27 continue de peser sur les cours des jeunes bovins issus des races à viande comme sur ceux des vaches de réforme.

Du coup, comme 21 % des éleveurs à la tête d’un troupeau de bovins allaitants ont plus de 62 ans actuellement contre 10 % il y 20 ans ; comme 55 % de ces mêmes éleveurs ont entre 50 et 60 ans, les cessations d’activité débouchent de moins en moins sur l’installation d’un jeune éleveur, faute de pouvoir dégager un revenu quand il faut rembourser les emprunts liés à l’installation. L’article note aussi fort justement que « sécheresse et concept de l’autonomie alimentaire aidant, les éleveurs français ont mis au centre de leur préoccupation le fait de devoir adapter leur cheptel au potentiel fourrager ou herbager des surfaces dont ils disposent. Celles-ci s’accroissent des deux hectares par an en moyenne, sécurisant davantage le fait de pouvoir gérer ses prairies et cultiver de l’herbe, afin de parer aux besoins mais sans nécessairement accueillir de nouveaux animaux. La tendance est donc à l’extensification ».

Ne pas favoriser la déforestation en Amérique du sud

Et voilà qui nous amène à l’autre article de la revue « BTIA » consacrée à l’Argentine. L’Europe achète déjà 40 % des viandes bovines exportées par l’Argentine sous la forme de « pièces nobles réfrigérées sous vide » et ces quotas d’importations résultent d’un accord commercial antérieur à celui signé le 29 juin 2019 entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Si ce dernier accord était ratifié, l’Europe importerait chaque année 99.000 tonnes supplémentaires de pièces nobles de viandes bovines désossées avec seulement 7,5 % de droits de douane. En France, cela ne pourrait que faire baisser le prix des animaux des élevages spécialisés en races à viande comme la charolaise, la limousine, la blonde d’Aquitaine, la salers et quelques autres.

La revue « BTIA », cite Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage. Alors que la forêt primaire ne cesse de reculer en Amérique du sud, cet observateur résume le développement de l’élevage bovin en Argentine et au Brésil de la manière suivante : « On abat les arbres, on met en culture deux ans, puis on met en pâture ». Ce qui nous vaut ce commentaire suivant dans le même article : « Par conséquent, importer de la viande bovine argentine et au-delà des autres pays du Mercosur (Uruguay, Paraguay, Brésil) équivaut à, en quelque sorte, importer du gaz à effet de serre et altérer les ambitions et les résultats de la filière bovine française plus vertueuse de ce point de vue ».

Le silence du président Macron sur l’accord UE-Mercosur

C’est la triste réalité, surtout quand le même article précise que « l’élevage argentin, dont certaines exploitations frisent les 40.000 têtes est étroitement associé à la viande ». Du coup, « conquérir les marchés d’exportation est une commande politique de la part du gouvernement argentin ». Préserver notre souveraineté alimentaire et freiner le réchauffement climatique en cours sont des arguments que la France et les autres pays européens devraient utiliser pour ne pas ratifier cet accord signé entre la Commission européenne et les pays du Mercosur. Dans un premier temps, Emmanuel Macron avait déclaré que cet accord était « bon en l’état », avant de déclarer plus tard que la France « ne le signera pas en l’état ». Cette prise de position temporaire du chef de l‘État intervenait suite à la multiplication des incendies criminels en forêt amazonienne dans le but d’accélérer les mises en cultures, puis l’élevage du bétail pour gagner des parts de marché en Europe.

Mais depuis bientôt deux ans le président Macron ne dit plus un seul mot sur le sujet et on devine facilement ce que cache ce silence prolongé.

 

 

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