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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 05:46
le philosophe Jacques Rancière à propos de Nuits debout: "la transformation d'une jeunesse en deuil en une jeunesse en lutte" (Médiapart)

Jacques Rancière: «La transformation d’une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte»


"Place de la République, 28 avril 2016 © JC Le philosophe Jacques Rancière, penseur de l’égalité, réfléchit à ce que dessinent le mouvement « Nuit Debout » et la mobilisation contre la loi sur le travail, à ce qui les porte, mais aussi à ce qui peut les limiter. Entretien."

A lire aussi, cet article du Monde:

Un mois après, Nuit debout est toujours dans la place
http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/04/30/un-mois-apres-nuit-debout-est-toujours-dans-la-place_4911314_3224.html

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 05:00

Carlos Ghosn, ou le cynisme de l'oligarchie

"« Ce n’est pas aux actionnaires de décider la rémunération du président. » Le conseil d’administration de Renault résume la réalité des dirigeants des multinationales : comptables de rien, ni à l’égard de personne. Où est donc la gouvernance d'entreprise si chère au libéralisme?"

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 05:00
Conseil municipal de Clermont- Ferrand: la répression n'est pas la démocratie (PCF)

Conseil municipal de Clermont-Ferrand : La répression n’est pas la démocratie !

Le Conseil municipal de la Ville de Clermont-Ferrand du vendredi 29 avril 2016 s’est tenu dans une ambiance électrique pour se terminer par une violente intervention des forces de l’ordre venues procéder à l’évacuation « manu militari » des militant-e-s du mouvement « Nuit Debout » présents dans le public.

Devant les violences utilisées par la police nationale, dans l’enceinte même du Conseil municipal, nous, élu-e-s du groupe Communiste et républicain – Front de gauche, avons quitté la séance pour ne pas cautionner ces actes après avoir prévenu à plusieurs reprises le Maire que le recours à la force publique était une mauvaise solution. Le procédé a été brutal. Les matraques et les tasers ont été utilisés pour accélérer l’expulsion des militant-e-s. Les scènes auxquelles nous avons assistées ne sont pas dignes de la République et démontrent à quel point l’Etat d’urgence, décrétée par le Président de la République, est une impasse.

Rien ne peut justifier l’utilisation de la violence. Dans une période sociale marquée par une forte contestation de la loi Travail du gouvernement, il aurait été plus judicieux de rester dans un dialogue serein et apaisé pouvant même déboucher sur le report du Conseil municipal. Avant l’arrivée des forces de l’ordre, nous nous sommes adressés aux militant-e-s, présent-e-s dans la salle, pour leur exprimer les convergences de vues que nous avons contre la loi Travail. Nous avons manifesté ensemble les 09 et 31 mars et les 9 et 28 avril pour réclamer le retrait du projet de loi « El-Khomri ». Dans la situation actuelle nous sommes convaincus qu’il y a plus que jamais besoin de construire des débouchés politiques aux revendications portées par le mouvement social.

Nous avons aussi expliqué que l’occupation de la Place de Jaude pouvait et devait se faire dans le respect du bien public et des clermontois. Nuit Debout a toute sa légitimité à Clermont-Ferrand comme ailleurs. Même si le mouvement est aujourd’hui traversé par des contradictions, il n’est peut-être qu’aux balbutiements d’un changement pouvant ouvrir les portes d’une vraie transformation sociale. Mais Nuit Debout ne pourra vivre et gagner en crédibilité dans l’ensemble de la population qu’en agissant dans le respect des instances démocratiques.

Enfin, Madame la Préfète du Puy-de-Dôme doit s’expliquer sur les violences policières observées dans les murs de la mairie de Clermont-Ferrand. L’Etat est le premier responsable ici comme à Nantes, Rennes ou Paris des débordements et des échauffourées filmés dans les manifestations ou les rassemblements tenus dans un esprit pacifique. Nous appelons donc Madame la Préfète, et par conséquent l’Etat, à agir dans le respect des valeurs de la République.

Parti Communiste Français, Fédération du Puy-de-Dôme

(Photo La montagne)

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 07:30
Annonce de la 52e fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, Le Télégramme
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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 07:15
Mercredi 27 avril - Présentation à la presse du programme de la fête du Viaduc organisée place Allende par le PCF dimanche 1er mai: Jean-Luc Le Calvez, Ismaël Dupont, Daniel Ravasio, Rolland Labrousse, Mariette Labrousse, Benoît Dormegnie, Alain David

Mercredi 27 avril - Présentation à la presse du programme de la fête du Viaduc organisée place Allende par le PCF dimanche 1er mai: Jean-Luc Le Calvez, Ismaël Dupont, Daniel Ravasio, Rolland Labrousse, Mariette Labrousse, Benoît Dormegnie, Alain David

Lancement de la 52 ème fête du Viaduc à Morlaix
Lancement de la 52 ème fête du Viaduc à Morlaix
Lancement de la 52 ème fête du Viaduc à Morlaix
Lancement de la 52 ème fête du Viaduc à Morlaix
Ouest-France, 28 avril 2016: annonce de la 52e fête du Viaduc

Ouest-France, 28 avril 2016: annonce de la 52e fête du Viaduc

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 07:12

Ligne Morlaix-Roscoff, exigeons son maintien et son développement

Lors du conseil communautaire du 18 avril dernier, Ismaël Dupont, conseiller PCF-Front de Gauche, s’est inquiété du sort de la ligne TER Morlaix-Roscoff dont la réhabilitation n'était pas prévue dans le plan de financement Etat-Région, et qui risquait d'être sacrifiée au profit des cars Macron ou autres au nom de la sacro-sainte économie budgétaire. Or plus de 30000 personnes environ, scolaires, salariés, pourraient être intéressés potentiellement dans leurs trajets quotidiens par un usage de cette ligne avec une autre fréquence des trains et des arrêts nombreux si l'on partait sur un train-TRAM.

De son côté le syndicat CGT des cheminots de Morlaix fait circuler la pétition suivante, conjointement avec “ l’association de promotion de la ligne Morlaix-Roscoff” affiliée à la FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers des transports).

La CGT cheminots demande également, depuis longtemps, l’organisation d’une table ronde sur ce sujet, qui réunirait, outre les organisations syndicales et les élus, l’association “A fer et à flots” et les professionnels du secteur du tourisme. Pour l’instant aucune suite positive n’a été réservée à cette demande pressante.

Exigeons l’instauration d’un débat public sur cette question importante pour les usagers du pays de Morlaix.

Signez et faites signer la pétition.

Ligne Morlaix-Roscoff, exigeons son maintien et son développement
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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 07:05
Le Télégramme, Morlaix, 29 avril 2016

Le Télégramme, Morlaix, 29 avril 2016

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 06:22
Conférence internationale sur la question israélo-palestinienne à Paris: initiative sérieuse ou poudre aux yeux? (AFPS)

Initiative sérieuse ou poudre aux yeux ?

http://www.france-palestine.org/Initiative-serieuse-ou-poudre-aux-yeux

En annonçant son initiative pour une conférence internationale sur la question israélo-palestinienne, la France a pris acte de l’échec du processus initié à Oslo en 1993 et des diverses tentatives pour le ranimer. Chacun constate en effet que la seule chose qui s’est ancrée sur le terrain c’est l’occupation et la colonisation poussée toujours plus avant. Cela en violation du droit international et des Conventions de Genève, avec pour conséquence l’absence de tout horizon politique pour les Palestiniens, le désespoir qu’il engendre et le chaos pour perspective.

C’est à cette situation que la France dit vouloir répondre et l’annonce de son initiative a été saluée par diverses personnalités, anciens ministres ou diplomates dignes de respect constatant que « les principes qui ont guidé les tentatives de négociations entre Israël et les Palestiniens au cours de toutes ces années - le face à face des deux parties sous le regard de Washington - ont fait la preuve de leur faillite ».

Rappeler les principes comme veut le faire la France est nécessaire. Encore faut-il ne pas se payer de mots avec des discours ambigus ou contradictoires. C’est bien malheureusement la configuration dans laquelle nous sommes ces derniers mois. En témoignent les propos du Premier ministre appelant à la répression de l’appel au boycott et confondant délibérément antisionisme et antisémitisme, l’abstention peu glorieuse de la France au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur l’établissement d’une liste noire des entreprises participant à la colonisation ou encore les propos de Jean-Marc Ayrault en retrait par rapport à son prédécesseur quant à la reconnaissance de l’État de Palestine.

La crédibilité de l’initiative française sera jugée à ses résultats. Elle ne peut souffrir de la moindre complaisance face à ceux qui ont fait de la violation du droit le principe de leur action politique. Au contraire, seule une politique de sanctions et de pression continue sur Israël peut amener cet État à respecter le droit international.

Le Conseil de sécurité vient de rappeler « sa vive préoccupation devant les tentatives répétées d’Israël de défier la volonté de la communauté internationale et de faire perdurer l’occupation et l’annexion du Golan syrien » et que, comme l’a établi la résolution 497, « la décision israélienne d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration au Golan syrien occupé est nulle et non avenue et sans effet en droit international ».

La France, comme membre permanent, doit soutenir pleinement la résolution condamnant la colonisation qui est entre les mains du Conseil et marquer ainsi que le respect du droit est la condition même de la paix.

Le Bureau national

Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Conférence internationale sur la question israélo-palestinienne à Paris: initiative sérieuse ou poudre aux yeux? (AFPS)

Lire aussi :

Piotr Smolar, Le Monde - 22 avril: Israël Palestine: la France organisera une conférence internationale le 30 mai!

Une date est enfin fixée. La première conférence internationale, proposée par la France pour relancer un processus politique entre Israéliens et Palestiniens, se tiendra à Paris lundi 30 mai. Elle rassemblera les ministres des affaires étrangères d’une vingtaine de pays, dont les membres du Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne (UE), Organisation des Nations unies (ONU)), les principales nations de l’UE et les pays clés de la Ligue arabe. Cette conférence doit servir avant tout à s’accorder sur un calendrier et des objectifs généraux, avant la tenue d’une nouvelle réunion, décisive, entre chefs d’Etat et de gouvernement, d’ici à la fin de l’année. C’est seulement alors que Palestiniens et Israéliens seraient conviés à la table des discussions. L’initiative française vise à sortir du patronage traditionnel et infructueux des Etats-Unis dans les négociations bilatérales. Depuis le printemps 2014 et l’échec du secrétaire d’Etat, John Kerry, aucun processus politique n’a été relancé. Paris aimerait surmonter le pessimisme général et réunir toutes les bonnes volontés autour de ce conflit, même s’il est passé au second rang des priorités. D’ici au 30 mai, le Quartet devrait rendre un rapport dressant un constat sévère de la détérioration sur le terrain et dessiner des pistes pour la préservation d’une solution à deux Etats.

Obama attendu sur le dossier

L’annonce de la date du 30 mai a été faite par Haaretz, jeudi 21 avril. Le quotidien israélien a compromis la communication du Quai d’Orsay. Plusieurs quotidiens, français et étrangers, doivent publier vendredi un entretien avec Jean-Marc Ayrault, dans lequel le ministre des affaires étrangères annonce la première concrétisation de l’initiative française, en termes de calendrier. La conférence du 30 mai devrait être précédée d’un ou plusieurs jours par une réunion technique entre diplomates, pour s’accorder sur les termes du communiqué final. Auparavant, M. Ayrault pourrait effectuer une visite éclair en Israël et dans les territoires occupés. La date du 13 mai est examinée.

Pour l’heure, les Israéliens font preuve d’une grande réserve publique par rapport à l’initiative française. Ils estiment que son sort dépend des intentions de l’administration Obama, qui demeurent illisibles. Le président américain tentera-t-il, dans les derniers mois de son mandat, de s’activer une dernière fois sur ce dossier maudit ? La période avant le scrutin présidentiel de novembre est très défavorable. Mais les deux mois suivants, avant l’entrée en fonction de son successeur, peuvent lui offrir une liberté inédite.

Et Pierre Haski dans le Nouvel Obs: "Israël-Palestine, faux semblants au Proche Orient"

On reparle enfin de la question israélo-palestinienne. Depuis que les "printemps arabes" ont abouti à plusieurs guerres (Syrie, Irak, Libye, Yémen…), le dossier palestinien a été relégué au second plan, comme si la nécessité de résoudre un conflit ne se mesurait qu’en nombre de victimes. L’absence de règlement de ce conflit vieux de plusieurs décennies fait pourtant peser des menaces permanentes sur la région, et bien au-delà, jusqu’au cœur de la société française.

La question israélo-palestinienne revient à l’ordre du jour, notamment à la faveur d’une initiative diplomatique française ; mais, pour autant, est-on plus près d’une solution ? Malheureusement il faut répondre par la négative, tant le rapport de forces est, à l’heure actuelle, très défavorable à une paix réelle et équitable. Un rapide aperçu des acteurs en présence laisse peu de place à une solution négociée, près de vingt-cinq ans après la conférence de Madrid, qui avait mis face à face pour la première fois Israéliens et Palestiniens, et vingt-trois ans après les accords d’Oslo, qui avaient permis la reconnaissance mutuelle.

Du côté israélien, la puissance dominante sans laquelle rien n’est possible, l’heure n’est pas au compromis, au contraire. La colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit inexorablement, créant sur le terrain une situation de fait qui, chaque jour, affaiblit l’option des deux Etats. Et les Israéliens, l’opinion comme le gouvernement de droite et d’extrême droite, n’ont jamais été, depuis plus de deux décennies, aussi peu favorables à une entente avec leurs voisins palestiniens.

L’"intifada des couteaux", qui a fait quelque deux cents morts, en grande majorité palestiniens, depuis son déclenchement il y a six mois, a durci une opinion déjà largement acquise au camp des "faucons", alors que celui des "colombes" est réduit à la portion congrue. Le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, répète à l’envi qu’il est prêt à négocier sans conditions, mais les Israéliens eux-mêmes savent qu’il n’en pense pas un traître mot…

L’espoir fait vivre, dit-on

Côté palestinien, ce n’est guère mieux. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est à bout de souffle et condamné à la gesticulation internationale ; sa succession s’annonce complexe, tandis que les islamistes du Hamas contrôlent la bande de Gaza, ghetto explosif soumis à un blocus israélien générateur de toujours plus de frustrations et de rancœurs. Le désespoir de la génération post-Oslo a conduit aux attentats au couteau – suicidaires –, des actes de violence individuelle insensée échappant à toute stratégie d’appareil.

A ceux qui espèrent en ce qu’on n’ose plus appeler la communauté internationale pour imposer un règlement, il faut recommander un peu de lucidité. L’initiative française est sympathique et louable, mais, lancée par Laurent Fabius alors qu’il se savait sans doute déjà sur le départ, elle est menée avec la quasi-certitude de ne pas aboutir. La seule "menace" qui lui donnait un peu de crédibilité, l’annonce qu’en cas d’impasse la France reconnaîtrait "automatiquement" la Palestine, a été abandonnée car trop isolée, y compris en Europe, comme d’habitude aux abonnés absents sur ce sujet sensible.

Les Etats-Unis, en pleine période électorale, ne peuvent ni ne veulent se "mouiller" au sujet de la Palestine avant l’élection de novembre, surtout après huit années d’impuissance de Barack Obama sur ce dossier. Alors que reste-t-il ? L’espoir qu’en en reparlant on fera bouger les lignes au Proche-Orient ? L’espoir fait vivre, dit-on ; de nouveau déçu, il peut aussi faire mourir.

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 06:09
Chronique littéraire des bretons: hommage à Louis Guilloux par François Labbé (Centre d'histoire de la Bretagne)
Une très belle chronique de François Labbé transmis par le "Centre d'histoire de la Bretagne": en peu de mot, c'est un magnifique portrait littéraire et moral de Louis Guilloux, un écrivain que j'adore et dont les livres, entre beauté, noirceur humaine et sociale, espoir et mélancolie, m'ont beaucoup marqué, notamment "Le sang noir". Guilloux n'a sans doute pas la gloire littéraire nationale qu'il mérite. 

Son écriture tout en étant très accessible, est forte et personnelle. Assez peu d'écrivains de sa génération ont montré ainsi une sensibilité aussi forte à la question sociale, aux classes populaires.  

Je me suis permis de faire partager cette chronique de François Labbé que j'ai reçu par mail aux lecteurs du Chiffon Rouge. Car Louis Guilloux était un écrivain engagé dont les combats se rapprochent fortement des nôtres aujourd'hui. 

Ismaël

Chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé (Centre d'histoire de la Bretagne): Louis Guilloux

http://www.centre-histoire-bretagne.com/

chroniques de l'histoire littéraire des Bretons par François ...

Saint-Brieuc est d’abord pour moi la ville de Louis Guilloux. Je l’ai découvert vers 1975 grâce à Yannick Pelletier qui écrivait sa thèse sur lui et avait eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises.

Je revois cette émouvante photo parue dans Ouest-France vers 1978 : Louis Guilloux âgé, la pipe à la main, assis avec Yannick Pelletier sous le marronnier de la Place Saint-Pierre, cette place qui fut le lieu de jeu de sa jeunesse (dans ses romans Place Saint-Paul ou Place Saint-Jacques) et où son père avait son échoppe de cordonnier. La municipalité voulait alors transformer la place, la moderniser, l’urbaniser : Louis Guilloux aurait souhaité qu’on en conserve le côté intime... Sa volonté n’a pas été respectée, mais le marronnier (planté à la révolution de 1848) a été heureusement préservé.

Aragon plaçait Le sang Noir à côté de Don Quichotte et Camus comparait Guilloux à Tolstoï ! En Allemagne (longtemps, il fut seulement publié à l’Est !), un important critique, Walter Heist, le comparait à Dickens et Balzac tandis que Peter Hamm en faisait le plus allemand des grands romanciers français du XXe siècle. Il est un fait que Le Sang Noir n’est pas sans rappeler Professor Unrat de Heinrich Mann, et Cripure, son personnage principal, possède la même complexité, la même profondeur que Peter Kien dans Blendung d’Élias Canetti ! Cependant, si j’ai personnellement beaucoup apprécié le chef-d’œuvre de Louis Guilloux, s’il est indiscutable qu’il fait partie des grands textes contemporains, je ne souscris pas entièrement à l’opinion de Gaëton Picon qui le voyait au niveau de Voyage au bout de la nuit et de La nausée ! En ce qui concerne le roman de Sartre, c’est sans doute vrai, mais le chef-d’œuvre de Céline me paraît être incomparable, ce qui n’enlève évidemment rien au génie de Louis Guilloux.

Lire Guilloux a été pour moi, citadin, habitant des quartiers HLM de Maurepas à Rennes, « galvaudeux » selon mes professeurs, une extraordinaire révélation. Cet auteur parlait d’une Bretagne tout à fait différente de la Bretagne alors littérairement traditionnelle des bardes, des aristocrates, des prêtres, des paysans pauvres, des pêcheurs traqués par la mort, des mendiants errant dans les campagnes, de la dévotion, des superstitions, de la misère sans fond et sans espoir, de la nature granitique, de la mer infinie. La majorité des œuvres se rapportant à la Bretagne traitent en effet du peuple des campagnes ou du peuple de la mer, celui des villes étant un peu laissé pour compte. Paysan et pêcheur, voilà le Breton ; pas de place pour l’artisan, l’ouvrier, l’habitant des villes. Or, un auteur mettait enfin en scène ce petit peuple des artisans et des ouvriers, des petits-bourgeois et des révoltés, le prolétariat et la lutte des classes. Il n’abolissait pas la présence tutélaire de la province et de ses spécificités, mais il la plaçait dans une autre lumière, plus moderne, plus directement axée sur les combats qui alors sévissaient dans le monde, en France et en Bretagne. Louis Guilloux me donnait une voix !

Dans Le Sang noir, l’auteur briochin s’attache certes à une tragédie individuelle : l’histoire d’une journée de 1917, à Saint-Brieuc, loin du front, avec un personnage central, inspiré par cet important (et méconnu) philosophe ayant vécu à Saint-Brieuc, Georges Palante (1862-1925), surnommé par ses élèves « Cripure » (Critique de la raison pure), mais, il transcende le cas d’espèce. À travers le calvaire de ce professeur de philosophie, qui lui ressemble aussi beaucoup, Guilloux brosse le tableau d’un microcosme social fait de pharisiens, d’insupportables personnages figés dans leurs préjugés, mais aussi d’êtres bons et de victimes. Cripure (le professeur Merlin) est à la fois ridicule et sublime, petit et grandiose, détestable et admirable. Conscient de sa personnalité bornée, de son être petit-bourgeois, il hait les autres car il décèle chez eux les mêmes traits de caractère. Il ne parvient plus à dépasser cette condition déplorable que dans l’ivresse, autrement ses paroles ne sont que verbiage, banalité. Conscient de sa déréliction et de ses faiblesses, cela renforce sa haine de soi et sa vie s’enferme dans une spirale qui ne peut mener qu’à la mort. Le coup de génie de Guilloux, est peut-être d’avoir fait de ce roman une véritable tragédie classique – il conserve l’unité de lieu et de temps et Cripure n’échappera pas à son destin. Il n’est d’ailleurs pas une victime propitiatoire, un Messie permettant une régénération, mais une victime générique, symbolique, entourée de tous ces petits-bourgeois qui font la société de la guerre, ces personnages réifiés dont Prévert donnera l’horrible tableau dans son célèbre poème :

La mère fait du tricot

Le fils fait la guerre

Elle trouve ça tout naturel la mère

Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?

Il fait des affaires

Sa femme fait du tricot

Son fils la guerre

Lui des affaires

Il trouve ça tout naturel le père[…]

Guilloux livre un tableau très détaillé d’une ville de province pendant le premier conflit mondial : alors que les fils de la cité versent leur sang sur le front, leurs pères se grisent d’un patriotisme casanier et bavard, vide de substance, égoïste auquel l’auteur fait contraster la révolte de soldats désillusionnés contre la brutalité de leurs officiers. Cette révolte (avec en arrière-fond les exécutions pour l’exemple sur le front), symétrique de la veulerie des pères, est extraordinairement rapportée par l’auteur qui souligne ainsi la perversité des embusqués et des officiers et laisse entrevoir la seule échappatoire possible. Cripure est plus qu’une caricature, il est le représentant de l’Homme (d’avant 14 ?), de l’Homme d’une civilisation désormais caduque et sans vraies ressources, pitoyable. Le Sang noir est avant tout un roman certes plus métaphysique que politique mais qui remet en cause les structures de la société bourgeoise bien-pensante. C’est là le chef-d’œuvre d’un écrivain anarcho communiste, préfigurant parfois La Nausée, ce qui est nouveau en Bretagne et parlera particulièrement aux générations ayant vécu 1968 et ses espoirs, mais un roman toujours « actuel ». D’ailleurs, selon Louis Guilloux lui-même, ce roman ne met pas seulement en cause la bourgeoisie, mais « remet toute la vie en question ».

Dans Dossier confidentiel, il donnera encore une peinture sans compromis du climat qui règne « à l’arrière » pendant cette situation exceptionnelle et révélatrice qu’est la guerre : censure, hypocrisie, poses, méchancetés mises à jour…

Fils d’un petit cordonnier militant socialiste, né en 1899, Louis Guilloux devient vite un écrivain « de gauche » mais qui sait rester indépendant. Une bourse lui a permis de fréquenter le lycée de Saint-Brieuc où ses lectures lui révèlent Romain Rolland et Jules Vallès. Dès la fin de la guerre, il se rend à Paris. Il entre à l’Intransigeant en 1921 comme lecteur d’anglais, participe à de nombreuses revues. Grâce à André Chamson qui est devenu un ami, il peut confier à Daniel Halévy, lecteur chez Grasset, le manuscrit de La Maison du peuple, ce magnifique roman, à mon sens, qui fait découvrir le vieux Saint-Brieuc et les luttes ouvrières du début du siècle. Cet ouvrage sera défendu avec ardeur par Jean Guéhenno et sera à la base de la carrière d’écrivain de Louis Guilloux. En 1926, il se rend à Toulouse d’où est originaire sa femme, Renée Tricoire, épousée en 1924. En 1930, il revient à Saint-Brieuc, fait construire sa maison rue Lavoisier et est responsable du Secours Rouge.

Les années trente seront particulièrement fructueuses : Dossier confidentiel (1930), Hyménée (1932), Le lecteur écrit (1932), Angelina (1934), Le Sang Noir (1935)…

Il s’engage de plus en plus dans la lutte contre les fascismes, conscient que le danger immédiat réside dans ce totalitarisme qui s’empare de l’Europe et que, face à ce cancer, il faut faire taire les querelles de chapelle à gauche (il est secrétaire du premier Congrès des écrivains antifascistes). En 1936, il accompagne André Gide en URSS, mais déçu par ce qu’il découvre, il ne poursuit pas ce voyage jusqu’à son terme. Il ouvrira sa porte aux réfugiés espagnols en sa qualité de responsable du Secours Populaire Français. En 1937, il est critique littéraire de Ce Soir mais son refus, malgré les pressions de Aragon et Bloch de dénoncer, comme le voudrait aussi la ligne du journal, les Retouches à mon Retour d’URSS de Gide, il se voit obligé de démissionner. Pendant la guerre, il demeure à Saint-Brieuc où il termine son Pain des rêves (livre exceptionnel sur le petit peuple de Saint-Brieuc, sur les espoirs du prolétariat que Charles Le Quintrec considérait au même titre que Le Sang noir, comme un chef-d’œuvre et qui sera récompensé par le Prix Populiste (1942). Sa maison est ouverte aux Résistants, et, en 1943, au cours d’une perquisition, on arrête chez lui une militante communiste qu’il abrite, Hélène Le Chevalier, de Kergrist. En 1944, il fuit la Gestapo et se cache à Toulouse. Après la Libération de Saint-Brieuc, il sert comme interprète auprès des tribunaux militaires américains, une expérience relatée dans O.K., Joe ! Il est très lié à Albert Camus (reçu chez lui en 1947) et à Jean Grenier (rencontré en 1917 à la bibliothèque de Saint-Brieuc !). Le Sang Noir faillit obtenir le prix Goncourt en 1935 ; il obtient le prix Renaudot en 1949 avec Le Jeu de patience qui aborde le thème du chômage et de la déshumanisation qu’il implique.

En 1962, il adapte Le sang noir pour la scène (Cripure) et poursuit son œuvre (Les batailles perdues, La confrontation, Salido… Notons son intérêt pour la Bretagne avec des livres comme La Bretagne que j’aime ou l’album photographique Souvenirs de Bretagne.

Toute sa vie, il restera comme en marge du « marché » littéraire même si le prix de l’Académie française lui sera remis.

Son œuvre est immense et la parution de ses carnets a été un événement pour tous ceux qui aiment son œuvre, la Bretagne ou qui s’intéressent à l’histoire littéraire entre les deux guerres.

Camus a dit de lui : « Guilloux songe presque toujours à la douleur chez les autres, et c’est pourquoi il est, avant tout, le romancier de la douleur ».

Parfois, quand, dans mon exil du Pays de Bade, je veux revoir la Bretagne, ce sont les photos sépias de Charles Lhermitte que je regarde publiées par les éditions Chêne en 1988, ces Souvenirs de Bretagne pour lesquelles Louis Guilloux rédigea une préface, une émouvante « divagation bretonne », comme il l’écrit.

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 05:32
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