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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 12:05

Jusqu'à Noël, patronats et syndicats se réunissent, à l'invitation de François Hollande et du gouvernement, pour trouver de nouveaux  moyens de lutter contre le chômage en renforçant la compétitivité, quitte à augmenter la flexibilité et la précarité des contrats de travail. Ce sont les fameux accords compétitivité-emploi.

Le gouvernement a déjà dit qu'en cas d'absence d'accord entre syndicats et patronat, il imposerait son "pacte", comme du reste il a imposé son "pacte de compétitivité et de croissance" prévoyant une hausse de la TVA et 20 milliards annuels de cadeaux aux entreprises sans consultation aucune des syndicats.

Ses précédents arbitrages reprenant les recettes qui ont accompagné la financiarisation de l'économie laissent présager que le Medef sera écouté et ce serait un nouveau bras d'honneur adressé aux salariés. Le coût du travail, voilà l'ennemi du gouvernement: le Medef l'a bien entendu et sait bien sur ces bases-là se muer en force de proposition.

 

Or, comme l'a fait remarquer Jean-Luc Mélenchon, "en 2012, les exonérations de cotisations sociales patronales ont atteint 28 milliards d'euros. En 2002, les exonérations ne représentaient "que" 19 milliards d'euros. La hausse est de 50% en 10 ans. Au total, en dix ans, les exonérations de charges patronales ont représenté 215 milliards d'euros cumulés! Pour quel résultat en matière d'emploi? Aucun, le chômage ne cesse de grimper".

 

Que veut le Medef, dans un contexte où il y a 8 millions de pauvres, 5 millions de chômeurs en France, et des inégalités qui ne cessent de s'étendre?

Evidemment, fragiliser un peu plus les garanties dont disposent encore les salariés, détruire le code du travail et le refonder pour substituer à des normes sociales contraignantes et sécurisantes pour les salariés les assouplissements nécessaires à la maximisation des profits.

 

Le Medef voudrait ainsi imposer des regressions sociales inacceptables: 

 

- la destruction du CDI et la facilitation du licenciement par la transformation du contrat à durée indéterminée en "contrat de projet à durée indéterminée". Une fois le "projet" jugé réalisé par le seul employeur, le licenciement du itulaire du contrat serait automatique. La durée du CDD serait étendue par accord au sein de la branche professionnelle.    

 

- le prêt de main d'oeuvre. Un employé pourrait être forcé de changer de poste ou de lieu de travail au sein de la même entreprise, dans un rayon de 50 km, pour faire face à des périodes de creux dans les commandes. Soit une forme de mobilité forcée. "Le refus par le salarié de changer de poste ou de lieu de travail" entraînerait "un licenciement pour motif personnel". Le salarié pourrait aussi être prêté à une autre entreprise dans la proposition du patronat.

 

- des accords compétitivité-emploi signés au sein des entreprises avec les syndicats majoritaires pourraient prévoir, pour faire face à des difficultés économiques, la baisse du salaire, l'augmentation de la durée du travail et la modulation de son organisation pour une période de 2 ans. Les travailleurs qui refuseraient une baisse de salaire seraient licenciés. La recette Brittany Ferries étendue à toutes les entreprises.

 

- le dimanche deviendrait un jour ouvrable.

 

- indemniser encore moins les chômeurs. Sous couvert d'indemniser les chômeurs issus de la fin d'un CDD, le patronat revendique une baisse de l'indemnisation générale: "Les droits du demandeur d'emploi seraient calculés en tenant compte de l'ensemble des périodes travaillées, et non plus seulement de sa période la plus favorable financièrement, comme c'est le cas actuellement".

 

- éviter au maximum le recours aux tribunaux, celui des Prud'hommes notamment, en cas de licenciements.

 

- faciliter les licenciements économiques en évitant le recours au plan de sauvegarde de l'emploi.

 

- le patronat propose aussi de modifier les textes sur les licenciements: un patron ne serait plus tenu d'évoquer avec précision le motif dans sa lettre de licenciement. Si la formule est floue, libre à lui de détailler ses motivations par la suite lors d'un éventuel procès. En cas de condamnation, les indemnités accordées au salarié licencié seraient revues à la baisse. Un salarié licencié ne pourrait plus se retourner contre l'employeur passé un délai de 12 mois, contre  ans actuellement.

 

Voilà ce qui se passe quand on cultive le mythe social-démocrate du contrat mutuellement avantageux entre des acteurs économiques ou des classes sociales aux intérêts antagonistes, quand on se refuse à faire pression sur le patronat pour améliorer les conditions de protection des salariés et de l'emploi: le patronat, plus arrogant et jusqu'au-boutiste que jamais, étend ses exigences de manière à saper les derniers fondements progressistes de notre système social.

 

Aucun syndicat ne doit accepter le chantage du Medef. Ce serait une trahision vis à vis des salariés.  

 

A Florange, le refus de la nationalisation temporaire du site sidérurgique pour pérénniser l'activité en dit long également sur les dogmes libéraux et les séductions patronales qui aveuglent les Sapin, Moscovici, Ayrault ou Hollande. Pour justifier le renoncement à la seule mesure de conservation de l'emploi et des intérêts industriels de la France qui s'imposait, le gouvernement n'a pas hésité à mentir en mettant en doute la crédibilité des candidats à la reprise.

Il y avait pourtant dans la région un large accord des élus de droite et de gauche pour demander la nationalisation temporaire de Florange, seule manière d'empêcher Mittal de rendre le site progressivement inutilisable par cessation d'activité dans la filière chaude par la fermeture des hauts fourneaux, ce qui implique la destruction à court terme de centaines d'emplois dans une région déjà sinistrée.   

Mittal n'a promis d'engager que 180 millions d'euros sur les 5 prochaines années à Florange alors qu'il faudrait 450 à 600 millions sur 5 ans pour viabiliser le site. Or, lors de la fermeture de Gandrange en 2008 (571 ouvriers privés de travail en Moselle), Mittal avait déjà promis 320 millions pour Florange: ils n'en ont jamais vu la couleur.   

 

Comme l'a dit André Chassaigne à l'Humanité, dans cette affaire, "ce qui est déterminant, c'est d'avoir une forme de maîtrise publique sur ce qui constitue le fondement de toute politique de développement industriel dans notre pays: la sidérurgie. Surtout quand on mesure ce que pèse la sidérurgie dans de multiples domaines comme l'automobile, le naval, le ferroviaire, toutes les industries métallurgiques... Nous avions là un cas d'école. Une maîtrise publique permettait de réorienter les choix pour un renouveau industriel. Or, on soumet l'économie de notre pays à un financier qui fait des promesses sans aucune garantie des choix qu'il fera demain. Cet abandon en rase campagne est grave pour notre devenir industriel".   

 

Rappelons que la France consomne chaque année 20 millions de tonnes d'acier et en produit 16. Les aciéries françaises ont donc un marché. Sauvegarder Florange, placer le site sous contrôle des représentants des salariés, des élus locaux, de l'Etat aurait été de l'intérêt de toute la région et des clients de l'industrie sidérurgique.  

 

Seule une remise en cause audacieuse des règles du jeu de la mondialisation capitaliste (libre-échange, circulation libre des capitaux, facilité à licencier et à délocaliser, pression sur les salaires par la mise en concurrence des travailleurs et des systèmes sociaux, suppression de l'intervention de l'Etat dans l'économie, toute-puissance des banques et des actionnaires, réduction des dépenses sociales et des impôts pour les entreprises et les riches) pourra conduire à une authentique politique de gauche et surtout à une politique efficace pour contrer l'augmentation du chômage et de la pauvreté en Europe.

Au lieu de cela, les gouvernements européens, conservateurs et sociaux-libéraux, profitent de la crise pour justifier une nouvelle fuite en avant dans la casse des solidarités, des services publics et des droits sociaux, plongeant ainsi tout le continent dans une spirale d'atonie économique et de régression sociale dont risquent de sortir, en même temps que beaucoup de souffrances, des phénomènes politiques dangereux et incontrôlables.

 

 

 

      

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