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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:41

Des manifestants désarmés réclamant le respect de leur dignité massacrés par un pouvoir cynique et dépourvu de tout scrupule en début de l'insurrection civique syrienne, une guerre sans pitié conduite contre les villes et les villages contestant l'autorité de Bachar el Assad, 100 000 morts et des millions de réfugiés ayant tout perdu.

Le respect de la souveraineté de l'Etat syrien et la critique de l'intervention militaire étrangère doivent-ils encore être nos seules balises face à un Etat criminel qui ne respecte en aucune façon la souveraineté, les libertés et le droit à la sécurité de sa population?

 

Faut-il au nom de réflexes idéologiques anti-impérialistes et pacifistes dénoncer l'intervention militaire, justifiée au nom de la punition contre des crimes de guerre et de la protection des civils, décidée par Obama, François Hollande, Cameron, une partie de la ligue arabe et la Turquie?

 

Cette intervention est justifiée au nom de la morale et présentée par le président de la République comme un châtiment plus que comme une tentative d'écraser définitivement le régime.  Cela interroge sur son efficacité, ainsi que sur le sens et la possibilité réelle d'en rester à une intervention courte, mesurée, à base de frappes aériennes sur des aéroports militaires, des bases militaires.

 

Faut-il se dire que le maintien au pouvoir d'Assad et le statut quo dans la guerre civile devenant de plus en plus barbare, qui produit chaque jour des centaines de morts, de blessés, de déplacés, est un moindre mal par rapport à la légitimation de l'ingérence au nom du droit, de la morale, de puissances étrangères non autorisées par l'ONU et le consensus de la communauté internationale, mais qui disposent, on l'a vu lors de nombreux précédents (Irak, Afghanistan...), de la force nécessaire pour maquiller leurs intérêts en bon droit et justifier la guerre au nom de la paix, de la lutte contre la terreur, la tyrannie alors même que leurs indignations sont à géométrie variable?

 

Faut-il mettre dos à dos un régime de Bachar el Assad certes policier, dictatorial, brutal - et pas que depuis le début de la contestation civile ouverte en 2010 - mais laïque, garantissant jusqu'ici une relative tolérance vis à vis des minorités religieuses, officiellement anti-impérialiste, anti-sioniste, critique vis à vis des abus de pouvoir des Etats-Unis, originellement fondé sur le socialisme baasiste même si Bachar a fait évolué l'héritage socialiste en crise vers un libéralisme économique dont les profits sont vérouillées par son clan, et les puissances occidentales colonialistes, les forces rebelles réactionnaires, islamo-conservatrices, djihadistes qui ne laissent présager rien de bon pour l'avenir de la Syrie si elles parviennent à conquérir le pouvoir, forces rebelles et armées par des pouvoirs étrangers islamistes et alliés aux Américains (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats, Turquie)?

 

Faut-il penser qu'une intervention militaire menée par les Etats-Unis et leurs alliés européens et arabes a de grandes chances d'avoir des effets contre-productifs du point de vue de la sécurité des civils et de la paix dans la région et de faire exploser la poudrière du Moyen-Orient, ayant des effets en chaîne sur les relations entre les arabes, l'Occident, l'Irak, Israël et l'Iran, sur la résurgence des violences communautaires au Liban...?  

 

Je pense pour ma part que les risques existent mais qu'ils ne sont peut-être pas aussi importants que les conséquences de l'inaction sont immédiatement dramatiques, y compris pour la stabilité des pays voisins de la Syrie. 

 

La notion de guerre juste, en dehors de la légitime défense d'un peuple occupé, colonisé, dont la souveraineté, la liberté et le droit à la sécurité sont bafoués, peut être contestée sur le principe - toute guerre est odieuse - encore que la lutte contre la barbarie et les crimes contre l'humanité dont sont victimes nos frères humains pour justifier à mon avis l'intervention extérieure, de même que l'accord de la communauté des nations pour sanctionner et mettre fin au bafouement de certains principes essentiels.  Et encore, il ne faut pas sanctifier l'aval de l'ONU et le droit international, ceux-ci sont aussi le produit de rapports de force et ne reflètent pas toujours une légitimité intrinsèque: ici, ce sont les intérêts et la politique de puissance de la Russie qui bloquent l'approbation à l'ONU et au Conseil de Sécurité d'un dispositif international permettant d'abattre le régime et de mettre fin plus rapidement aux violences. Cette guerre pourrait bien être justifiée si elle évite plus de souffrances qu'elle n'en génère et accélère la fin de la guerre civile en Syrie par la mise à terre d'un régime objectivement fasciste, ce qui dépendra des formes prises par l'intervention.    

La banalisation de la terreur et de la torture exercée par les sbires et les alliés d'Assad lui enlèvent toute légitimité et empêchent tout retour de la paix et de la sécurité en Syrie, toute reconciliation communautaire, si ce pouvoir se maintient.

Dire que les crimes, la violence et la barbarie sont des deux côtés est peut-être vrai dans une certaine mesure, mais les responsabilités de cette guerre civile ne sont pas également partagées: c'est en massacrant pendant des mois des insurgés désarmés et en éliminant sauvagement tous les soldats refusant d'accomplir ces bases oeuvres que Bachar a forcé une partie des soldats de l'armée régulière à déserter, ceux-ci n'ayant ensuite plus d'autres recours que de prendre les armes contre le régime car ils signaient par leur désobéissance leur arrêt de mort.

C'est l'entêtement de Bachar et de son clan dans le despotisme et la terreur qui a radicalisé une partie de la société syrienne, les haines et les désirs de vengeance venant avec la peur et la perte des siens. Mais la plupart des civils veulent pas en découdre avec d'autres communautés, perçues comme des ennemis naturels, ils veulent pouvoir continuer à vivre tout simplement, en bonne cohabitation avec leurs voisins ayant d'autres caractéristiques culturelles, religieuses. Les civils sont pris en otage par une violence émanant de plusieurs foyers et de plusieurs groupes qu'ils sont nombreux à désapprouver dans ses modalités- mais seul le départ de Bachar et de sa garde rapprochée peuvent mettre fin aux massacres, et il n'est pas sûr qu'il puisse se produire rapidement sans intervention militaire de notre part.     

 

La rebellion n'a pas les moyens militaire semble t-il de vaincre seule rapidement l'armée régulière et d'imposer le départ et le jugement des responsables de ces atrocités.

Or il est moralement et politiquement nécessaire que Bachar et les premiers responsables de cette boucherie perdent leur pouvoir dans les mois à venir: sans cela, la guerre deviendra toujours plus atroce et la nation syrienne sera probablement démantelée au final au terme d'épurations ethniques des deux côtés des adversaires en présence. Face au soutien russe à Assad à l'ONU et aux preuves d'impuissance des démarches diplomatiques entreprises déjà depuis 2 ans et demi, nous qui nous sentons solidaires des Syriens qui connaissent l'enfer au quotidien (je le suis d'autant plus que j'ai voyagé en Syrie et eu l'occasion d'aimer ce peuple si attachant doté d'une vieille civilisation), nous ne devons pas exclure au nom de la restauration de réflexes de guerre froide, de principes ou de postures anti-impérialistes et pacifistes une aide concrète aux Syriens pour les aider à inverser rapidement le rapport de force et à contraintre la mafia au pouvoir à rendre ce pouvoir au peuple.

Je ne pense pas qu'en aidant militairement la résistance, en l'armant, en empêchant les bombardements de l'armée, en ciblant des objectifs militaires, "on rajoute de l'inacceptable à l'inacceptable".

 

A mon avis, il aurait même fallu soutenir plus tôt et plus complètement - autrement que verbalement - la résistance populaire pour empêcher l'escalade de violence du pouvoir, et l'OPA partielle des extrémistes fondamentalistes et djihadistes sunnites sur la revolution populaire syrienne.

La question centrale est: est-ce qu'une intervention militaire étrangère ( des Etats-Unis, des pays arabes alliés, de quelques Etats européens) pourra ou non accélérer le retour à la paix et à la sécurité, le règne de l'arbitraire et de la violence inouïe en Syrie?

 

Je pense que la réponse est plutôt oui. Les rebelles ne vont pas faire taire les armes tant que Bachar est en place. S'ils sont vaincus, ce sera au prix de véritables holocaustes et le pouvoir de Bachar s'exercera sur une population humiliée, violemment purgée de ses opposants - éliminés, contraints à l'exil ou à une odieuse soumission vis à vis d'un pouvoir criminel.

Or Bachar et son clan n'ont donné aucun signe de leur aptitude à quitter le pouvoir et ses privilèges pour faciliter le retour à la paix (ils savent aussi qu'ils sont allés trop loin pour trouver une sortie honorable pour eux) et les désaffections dans l'armée et le régime ne sont pas encore suffisantes pour déséquilibrer le rapport de force en faveur de ses adversaires, bien moins armés que le régime.

C'est vrai que les Etats-Unis qui par ailleurs mènent très souvent une politique de puissance cynique et arrogante ne veulent plus de Bachar, qui ne leur a jamais été soumis, c'est vrai que l'Arabie Saoudite, le Qatar - ennemis de l'Iran - ont leurs propres objectifs stratégiques et financent des groupes qui prônent l'Islam politique, voire la guerre sainte contre les chiites et les alaouites. C'est vrai que des soldats rebelles commettent aussi des crimes de guerre, même si ceux du régime s'exercent à plus grande échelle.

L'avenir du pays est plus qu'incertain mais ce n'est pas en laissant les choses se faire sans intervenir et en attendant un miracle qui ramenerait la raison et la concorde entre les partis, qu'on ne pas placer sur un pied d'égalité du point de vue de la légitimité (d'un côté un pouvoir sanguinaire et tyranique, de l'autre des rebelles qui utilisent la légitime défense et veulent conquérir la liberté pour leur peuple), que l'on se donnera les moyens de protéger les minorités alaouites, kurdes, chiites ou chrétiennes, les libertés civiles et démocratiques, en cas de défaite du régime alaouite (improbable à court terme).

Laisser pourrir la situation, laisser s'éterniser cette guerre menace aussi la stabilité du Liban, on le voit ces jours derniers où le spectre de la guerre civile communautaire refait surface. Des millions de réfugiés dans des pays voisins aux équilibres communautaires déjà fragiles (Liban, Jordanie, Irak, Turquie) sont aussi une menace pour la paix dans la région et la sécurité des intéressés.

Les Américains ne sont certes pas habilités - pas plus que nous d'ailleurs (qui avons exercé un protectorat sur la Syrie de 1918 à 44 après le démantèlement de l'Empire musulman, et qui avons déjà maté des rebellions anti-colonialistes avec beaucoup de brutalité dans la région de Damas et le djebel Druze) en vertu d'un bon droit démocratique manifeste- à se considérer comme les gendarmes du monde, les défenseurs armés du droit - mais ici l'impératif d'intervention militaire est justifié objectivement par autre chose que par le respect de "l'ordre occidental" ou de notre conception de la démocratie: c'est tout un peuple qui crève sous nos yeux!

La situation peut être difficilement pire qu'elle ne l'est aujourd'hui.

C'est pourquoi je pense, sans être un inconditionnel du "droit ou du devoir d'ingérence" et "du discours humanitaire et démocratique en treilli" qu'il est de notre responsabilité d'appuyer les rebelles, de préférence ceux qui veulent d'une société démocratique, sécularisée et multi-culturelle en Syrie (c'est plus simple à dire qu'à réaliser) et de montrer à Bachar qu'il ne peut pas assassiner toute une partie du peuple syrien en toute impunité, en utilisant les armes les plus perverses et cruelles qui soit (viol, torture, massacre de civils pour l'exemple, y compris d'enfants, et maintenant l'utilisation d'armes chimiques aux effets horribles se déclarant sur la durée).

Sur cette question, très complexe, et qui soulève des dilemnes moraux mais surtout politiques car il est vrai que nous ne mesurons pas toutes les conséquences à termes d'une intervention ou d'une non-intervention sur les équilibres et la paix dans la région, je pense que la position exprimée par mon parti, Jean-Luc Mélenchon, le journal l'Humanité s'appuie peut-être trop sur des positions de principe et des postures, et pas assez sur une prise en compte concrète de la réalité des moyens à disposition pour en finir avec toute cette souffrance collective, et je le regrette.

 

Ismaël Dupont

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commentaires

primet 14/09/2013 09:44


Je m,étoone que l,expression personnelle d, Ismael sur la guerre en Syrie et ses conséquences à venir quelq,en soit l,issue ne soulève pas plus d,avis .Elle pose à mon
sens  la question de quel humanisme pour le 21ème siècle et celle d,un communisme renouvelé et mature :nos luttes en France peuvent si elles aboutissent apporter une partie de la
réponse mais nous ne sommes pas seuls au monde...

primet 13/09/2013 12:06


Les interrogations concernant une intervention militaire des occidentaux ou non contre le régime dictatorial d,Assad dans la guerre civile déclenchée par sa volonté pour se
maintenir au pouvoir coûte que coûte seraient légitimes voire justifiées si l,enjeu n,était QUE la possibilité pour le peuple syrien de l,aider à pouvoir accéder à sa libre
auto détermination mais est-ce le cas ? Dès le début des puissantes manifestations démocratiques pourquoi n,ont-elles pas créer les conditions pour faciliter l,organisation de l,opposition
notamment celle des laics ? Leurs préoccupations géo-stratégiques , leurs intérêts politiques et économiques sont à l,évidence ailleurs !Sans conteste elles préfèrent soutenir les
"bons" dictateurs de la région et les préserver tout comme la Russie les siens au demeurant.Alors que faire alors que l,ONU n,est pas encore en mesure de jouer pleinement son rôle
avec un conseil de sécurité qui ne correspond plus à la réalité du monde d,aujourd,hui ? Dans un premier temps au lieu de se poser la question d,une solution militaire illusoire et qui ne ferait
qu,ajouter du malheur(on le voit ailleurs) l,urgence n,est elle pas d,apporter une aide humanitaire massive aux millions de syriens qui souffrent , aux réfugiés ,aux démocrates
et  garantir sa mise en oeuvre en s,appuyant sur l,opinion publique mondiale très majoritairement hostile à la guerre ? Ce serait beaucoup plus efficace contre Assad et les
oligarchies qui soit veulent simplement le punir ou le soutiennent 

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