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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 17:28

Le collectif 29 pour la souveraineté alimentaire (constitué d'Attac 29, du CCFD-Terre Solidaire, des groupes Peuples Solidaires, de la Confédération Paysanne, de la Maison de l'Agriculture Biologique, de Ti Ar Bed...) qui milite pour une réforme de la PAC et de l'OMC organise le lundi 14 mai à 20h30 une soirée publique (avec projection du film "Qui va nourrir le monde?") à la salle municipale de Saint Thonan (entre Landerneau et Guipavas) pour réfléchir au lien entre la faim dans le monde, les règles du commerce international, la domination des logiques financières, et les modes de production agricole.   

 

Nous saluons cette démarche qui cherche à mettre dans le débat public ce qui est sans doute le problème le plus crucial de l'humanité aujourd'hui, et, pour information, je publie la réponse que j'ai envoyé, en tant que candidat du Front de Gauche aux législatives à Morlaix, au "collectif 29 pour la souveraineté alimentaire".

 

 

 

Morlaix, le 11 mai 2012.

 

Messieurs, mesdames les adhérents et responsables du Collectif 29 pour la Souveraineté Alimentaire,

 

Bonjour,

 

J'ai bien reçu l'interpellation que vous avez adressée aux candidats aux législatives et mouvements politiques lors de la réunion que le Front de Gauche Morlaix organisait à Saint Pol de Léon le 9 mars dernier. Il y a  convergence entre nos propositions et analyses et celles du collectif qui milite pour qu'on se donne des moyens efficaces de lutter contre la faim dans le monde, l'iniquité des relations commerciales internationales et la financiarisation du secteur de l'agriculture.

 

Nous partageons votre inquiétude et votre révolte concernant l'accaparement des terres agricoles par les gros investisseurs, l'effacement progressif de l'agriculture paysanne  et vivrière qui nourrit au profit de l'agro-business, les logiques spéculatives au niveau des marchés des premières premières agricoles, renforcées par la commercialisation en développement des agro-carburants et le fait que les matières premières agricoles et l'achat de terre sont devenus des valeurs refuges pour les gros investisseurs après la crise des subprimes. Nous sommes conscients aussi de la nécessité de relocaliser en partie l'agriculture afin de ne pas spécialiser à outrance les pays pauvres dans des agricultures d'exportation qui menacent l'auto-suffisance alimentaire locale, de ne pas leur faire une concurrence déloyale avec nos productions portées par des aides publiques et des accords de libre-échange ravageurs. Pour nous aussi, la souveraineté alimentaire doit être un principe de base pour envisager la réglementation des rapports commerciaux internationaux, les politiques de co-développement et de production alimentaire.

 

En tant que candidat aux législatives dans la circonscription de Morlaix, je m'engage si j'étais élu (et, à défaut, avant et après aussi l'élection, sur le plan de la bataille idéologique) à me battre pour faire prévaloir les objectifs que vous mettez en avant avec raison:

  1. Placer le concept de souveraineté alimentaire au centre des décisions des États et des instances supra-nationales.

  2. Affirmer dans les règles du commerce international le droit à la protection des marchés agricoles.

  3. Soutenir, en France comme ailleurs, une agriculture paysanne écologiquement responsable, diversifiée, créatrice d'emplois, et non une agriculture industrielle, visant prioritairement la compétitivité, et faisant des ravages sur l'environnement, la santé publique, et l'emploi agricole.

  4. Empêcher que l'acquisition de terres dans des logiques financières ou spéculatives fragilisent l'emploi et la qualité de vie des paysans, qui sont les principales victimes de la faim, et des pauvres qui doivent pouvoir s'approvisionner en productions locales.

  5. Mettre fin au soutien public à la production et à la consommation d'agro-carburants.

  6. Lutter contre la volatilité des prix agricoles.

 

Je ne suis pas moi-même un spécialiste des questions agricoles, bien que je m'y intéresse, et c'est pourquoi je vous renvoie aux propositions et analyses défendues par notre orateur de la réunion de Saint Pol de Léon, Xavier Compain, responsable de la commission pêche-agriculture au sein du PCF et co-rédacteur du projet du Front de Gauche sur ces questions. Je vous les rappelle ici dans les grandes lignes de son intervention très riche.

 

Le programme agricole du Front de Gauche est un des plus poussés, des plus travaillés. Il implique par exemple:

 

1) De sortir l'agriculture et l'alimentation de l'OMC. Il ne s'agit pas que d'une déclaration mais d'une bataille politique à mener réellement. Ce qui concerne les estomacs des êtres humains ne doit pas être l'apanage de l'OMC. Après, il y a tout un débat sur la PAC que l'on mène au sein du Parti de la Gauche Européenne au Parlement Européen pour faire face aux défis alimentaires et démographiques qui nous forcent à multiplier par deux la production alimentaire. Il faut définir une politique de sécurité et d'auto-suffisance alimentaire au niveau des grandes régions: cela passe par une régulation et une protection des producteurs locaux. La FAO doit être le grand arbitre international et faire en sorte réellement qu'il y ait des échanges mutuellement avantageux sur les produits alimentaires. Nous ne sommes pas pour autant des inconditionnels du protectionnisme, contrairement aux caricatures: on ne s'interdit pas de commercer du cacao et du café, mais on commerce sans dumping social, environnemental. Il faut à l'échelle nationale ou au moins continentale une planification agricole et alimentaire: le marché ne doit pas tout contrôler.

 2) Il faut réorienter les fonds de coopération au développement: plutôt que d'envoyer du riz FAO dans les situations d'urgence simplement, il faut investir dans des outils de production et de conservation des biens alimentaires (frigos, silos...) qui permettront aux pays en voie de développement d'être davantage auto-suffisants.

3) Nous ne tolérerons pas que les accords bilatéraux de libre-échange laminent nos emplois agricoles. Actuellement, l'Europe importe 450000 tonnes de viande bovine par an: c'est de la viande à moins de 1€ le kilo comme celle qui vient d'Argentine. Les accords du Mercosur nous en imposeraient 500000 tonnes de plus. Dès lors, la messe est dite sur la production bovine française. La même chose s'est produite il y a 30 ans au niveau du mouton. Résultat: aujourd'hui, 7 agneaux sur 10 sont importés.

4) Il y a nécessité à constituer au niveau mondial et régional des stocks alimentaires.C'est la pauvreté de ces stocks alimentaires qui rend les peuples plus vulnérables aux aléas climatiques, aux aléas du marché et à la spéculation. Martine, la voisine de Xavier Compain, a un théorème infaillible pour dénoncer cette situation: si ceux qui sont aux mannettes des politiques agricoles s'occupaient d'un troupeau de vaches, cela ferait bien longtemps qu'ils l'auraient fait crever par imprévoyance et étourderie.

5) Il faut assurer la transition écologique de l'agriculture, c'est resemer et produire nos protéines végétales sur le territoire européen. Actuellement, 75% de l'aliment d'élevage est importé (soja, manioc) et si la Bretagne a de beaux porcs, c'est d'abord parce qu'elle a de beaux ports pour faciliter ces importations. Il faut un accompagnement financier pour produire à nouveau sur notre sol des protéines végétales pour nos élevages: ces aides pourraient être associées à une taxation des importations sur des critères environnementaux (coût en émission de gaz carbonique, normes de production) et sociaux, alimentant un fonds destiné à la transition écologique de l'agriculture.

C'est dans l'air du temps de soutenir verbalement les filières labellisées, les circuits courts, le bio: pour nous, c'est un objectif essentiel. Actuellement, rappelons-le et c'est inadmissible, les paysans qui font du bio sont les derniers payés de la PAC et les plus contrôlés.

Le troisième grand axe de notre transition écologique concerne l'accès au foncier. Nous pensons à l'accaparement des terres cultivables chez nous par les habitations et les promoteurs ou les plus gros exploitants, au Sud par des spéculateurs qui font du business sur la famine. Ainsi, par exemple, la Somalie produit de l'oignon blanc bio à la pelle mais importe du riz FAO. Dans le même ordre d'idée, on peut parler de la honteuse vente forcée de leurs quotas de pêche par les pays pauvres ou du pillage des eaux territoriales du Sud de l'Afrique par des navires russes ou japonais. Et au Kenya, croyez-vous qu'il y a beaucoup de gens qui mangent des fleurs? L'objectif inconditionnel que l'on se donne, c'est que la terre aille à l'agriculture et à l'alimentation. En France, dès maintenant, il faut agir pour changer la gouvernance des SAFER. De la même manière qu'il existe actuellement une SMI, surface minimale d'exploitation, il faut aller vers une surface maximale d'exploitation, pour s'opposer au devenir industriel de l'agriculture et à son hyper-concentration destructrice d'emplois. Il faudrait respecter effectivement la règle existant actuellement suivant laquelle quand une terre se libère, on consulte d'abord les petits, puis les moyens exploitants pour son rachat. Mais le meilleur rempart contre la course au productivisme et à l'agrandissement, c'est la rémunération du travail. Les paysans ont perdus 50% sur le litre de lait ces dernières années. Aujourd'hui, la contractualisation les oblige à des contrats hypothétiques. Ce que nous disons nous, et nous sommes entendus des exploitants, c'est qu'en dessous de 320 € les 1000 litres, on ne rémunère pas le litre de lait. Un bon niveau de rémunération se situerait à 400 € les 1000 litres. Actuellement, seulement 7% du prix d'un pot de yaourt revient au producteur de lait. De la même manière, les producteurs de fruits et légumes crèvent la bouche ouverte depuis 15 ans à cause du dumping social et environnemental des importations.

 

Voici en outre les constats et les idées que j'ai moi-même mis en avant en tant que candidat aux législatives lors de cette assemblée citoyenne sur l'agriculture:

 

« Il est nécessaire de critiquer radicalement les principes du système ou du modèle agricole mondial et européen actuel. 1,3 milliards de personnes, 43% des actifs dans le monde sont des agriculteurs- dans les pays en voie de développement, cela représente 60 à 70% des actifs. Nous sommes donc loin d'être passés à un monde d'économie tertiaire post-agricole. Mais 70% de ceux qui vivent dans l'indigence et qui souffrent de la faim sont des paysans.  

Pourquoi? En particulier parce que dans les années 1970-1980-1990, le FMI a profité du moyen de chantage que constituait la dette publique pour forcer les pays du Sud à ouvrir leurs marchés aux importations de produits agricoles occidentaux plus compétitifs (car subventionnés en amont et protégés par des prix garantis surtout à l'époque) et pour les encourager à se spécialiser dans des monocultures d'exportation dont les travailleurs sont des salariés et des demi-esclaves plutôt que de poursuivre une l'agriculture vivrière indépendante leur assurant de manger à leur faim.

Aujourd'hui, en Afrique, dans les pays arabes, cela coûte moins cher d'acheter du poulet breton que du poulet local... Ces pays en voie de développement ont été rendus trop dépendants des importations et les recettes que leur apporte leur culture d'exportation, comme les cours mondiaux sont contrôlés par les économies les plus puissantes et soumis à toutes les spéculations et variations de la production, sont insuffisantes pour compenser le déficit de la balance commerciale.

Il faut donc permettre à ces pays du Sud d'organiser leur sécurité alimentaire par grandes régions sinon par pays et de protéger leurs marchés intérieurs et leurs producteurs. Il faut les aider à se développer techniquement pour avoir une agriculture plus efficace plutôt que de leur vendre des armes, des autoroutes ou des aéroports pour les dictateurs. L'autre volet de ce contre-modèle agricole qui marche sur la tête, c'est l'agriculture industrielle, productiviste, hyperconcentrée et polluante, qui remunère de moins en moins la moyenne des agriculteurs, dans nos pays occidentaux. Est-il normal que la Bretagne produise chaque année 14 millions de porcs, (60% des porcs français), 40% des volailles en France? A côté de cela, nous ne sommes que la vingt-et-unième région française sur vingt-deux pour le montant du revenu paysan. Ce modèle de développement agricole basé sur la dérégulation des prix compensée par des subventions qui donnent toujours une prime à l'agrandissement, l'investissement dans le matériel, basé sur l'endettement privé, l'emprise de la grande distribution et de l'agro-alimentaire, des fabricants d'aliment pour élevage et de pesticides, sur l'hyper-spécialisation et l'élevage hors sol, c'est un contre-modèle qu'il faut repenser, remettre à plat, car il est responsable, sinon d'une surproduction, du moins de prix des denrées ne suffisant pas à faire vivre les producteurs (le prix du porc tombe souvent à 1,10€ le kilo ces derniers mois, alors qu'il faudrait qu'il soit à 1,60€ le kilo pour faire vivre les éleveurs en dehors des subventions compensatoires).

Un des moyens de préserver et d'augmenter l'emploi agricole, c'est de revenir à une agriculture paysanne d'intérêt général soucieuse de l'environnement et de la santé publique, pouvant se développer grâce à une protection des prix, un soutien public dans l'accès à la terre, une relation plus directe au consommateur... Rendons-nous compte que le nombre d'agriculteurs a été divisé par 10 en 100 ans: jusqu'où se perpétuera l'hémorragie si on continue à valoriser la production industrielle, l'hyper-spécialisation? L'argent serait mieux employé à défendre une agriculture paysanne qu'à soutenir les grands intérêts agro-alimentaires: en 2009, Doux touchait 200 à 300 euros de l'Union Européenne pour la tonne de poulets abattus. Il faut revoir le mode d'attributions des subventions de la PAC, non pour laisser faire les mécanisme de lutte pour l'existence et la compétitivité maximale du marché non faussé, mais au contraire pour soutenir davantage les petites exploitations, l'agriculture bio et écologiquement responsable. »

 

J'espère avoir bien répondu aux attentes de votre association touchant ce questionnaire. Je vais tâcher de me rendre à la réunion publique de Saint Thonan intitulée « Qui va nourrir le monde? » le lundi 14 mai dans 3 jours.

 

Je représente un parti et une sensibilité politique dont l'engagement internationaliste, la préoccupation pour le sort des populations du Sud et la dénonciation des dérives liées au pouvoir de la finance, sont anciennes, et je me retrouve tout à fait dans votre combat.

 

Je me mets à disposition de toute demande de rendez-vous ou d'action en commun, avant ou après les élections. Bien Cordialement.

 

Ismaël Dupont,

candidat du Front de Gauche aux législatives dans la IVème circonscription du 29 avec Marie Huon.

 

 

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