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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 05:41

En 2005, lors des conférences organisées au palais des Sports de Versailles à l'occasion du cinquantième anniversaire du Monde Diplomatique, Raymond Aubrac mettait en garde tous ceux qui se reconnaissaient dans l'héritage progressiste de la Résistance contre les menaces que faisait planer le triomphe du néo-libéralisme et la dictature des marchés qu'il a engendrée contre les acquis de civilisation de la seconde moitié du vingtième siècle:

 

"La résistance préparait l'avenir en organisant la lutte des femmes et des hommes contre le nazisme. 60 ans plus tard, le nazisme est vaincu. Mais cette menace n'a pas totalement disparu. Et notre colère contre l'injustice est toujours intacte... Ecoutez l'appel que nous avons signé avec une poignée de camarades survivants... Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre, appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l'héritage de la résistance, et ses valeurs, toujours actuelles... Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du conseil national de la Résistance, adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944. Sécurité sociale, contrôle des féodalités économiques, droit à la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales, ouvrières et agricoles... Les responsables politiques, économiques, les intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers, qui menace la paix et la démocratie... Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période à laquelle l'Europe était ruinée".

 

Nous retrouvons ces paroles fortes, cet appel vibrant à l'insurrection des consciences contre la destruction de l'héritage de tant de luttes pour le progrès et la justice sociale, dans la bande dessinée politique et pédagogique de Philippe Squarzoni, DOL.

 

Elles ont trouvé un écho retentissant dans le cynisme de Denis Kessler, bras-droit de Ernest Antoine Seillère au MEDEF, ancien maoïste, ancien président de la Fédération Française des Sociétés d'Assurances (FFSA) qui formula sans faux-semblants le programme du MEDEF et de l'UMP sarkozyste au pouvoir dans l'hebdomadaire Challenges le 4 octobre 2007: "La liste des réformes (du programme ambitieux du sarkozysme)? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance!"  

 

Les Français ont voté Hollande pour rompre avec cette logique de casse sociale au profit des milieux financiers et des riches, logique qu'ils ont vu à l'oeuvre à travers des réformes fiscales inégalitaires et la réforme des retraites notamment. Les socialistes ont dénoncé eux-mêmes de manière plus ou moins pondérée pendant 10 ans les réformes ultra-libérales de la droite. Et aujourd'hui, par leurs actes, ils donnent raison rétrospectivement à l'UMP, avec des effets de retour d'ascenseur qui s'annoncent catastrophiques pour eux, et peut-être pour toute la gauche.

 

Ainsi, le coût du travail est devenu trop élevé en France. Ce serait la faute aux "charges patronales" qui pénalisent l'embauche, rendent inévitables les délocalisations, et aumanque d'attractivité de notre économie pour les investisseurs étrangers. Tiens donc, il y aurait aujourd'hui besoin d'un "choc de compétitivité" qui passerait par un transfert massif de la charge du financement de la protection sociale (retraites et sécurité sociale) de la cotisation sociale prélevée sur le salaire et versée par les entreprises à l'impôt directement prélevé sur les citoyens.   

 

Pendant les primaires socialistes, seul Manuel Valls, ce clone de Nicolas Sarkozy aux dents longues et à la langue bien faite pour essuyer le parquet des salons dorés des privilégiés, défendait avec l'UMP le principe de l'instauration d'une TVA sociale pour faire payer le financement de la Sécu davantage par les pauvres et les classes moyennes que par les entreprises.

 

Mais depuis que 11 ministres ont retrouvé les idées claires après avoir prétendu lutter contre la finance en allant discuter de manière amicale autour des petits fours du congrès du MEDEF, les problèmes majeurs de la France ne sont plus la baisse du pouvoir d'achat, le chômage, l'amplification des inégalités, et le sous-investissement dans les services publics et la recherche, mais le poids des déficits publics et le manque de rentabilité du capital investi dans les entreprises.

 

A croire que les prétendus "Pigeons" qui gagnent plus de 10 fois le salaire moyen des Français et qui sont de ce fait soumis à une tranche exceptionnelle d'impôts de 45% ont trouvé des arguments plus convaincants que les "pauvres types" qui gagnent leur vie clopin clopant et dont la sécurité sociale coûte trop chère à ces beaux messieurs.  

 

Il y a quelques semaines, le gouvernement a commandé à Louis Gallois - l'ancien patron de la SNCF et d'EADS, l'organisateur des privatisations préposé aux adaptations musclées des biens et salariés du public à l'exigence de rentabilité capitaliste - un rapport-prétexte comme on en a tant connu sur les moyens de lutter contre le chômage et de restaurer la compétitivité des entreprises en expérimentant d'autres modes de financement pour la sécurité sociale. Les fuites sont depuis deux jours sciemment organisées pour ébruiter les conclusions fort prévisibles de ce rapport et justifier un transfert, à la hauteur de 40 milliards sur 5 ans, du coût de la protection sociale, des charges patronales, vers la TVA ou la CSG.

Le gouvernement réfléchit à la question, il n'a pas tranché encore, tout comme les députés socialistes qui se disaient indécis sur l'adoption du TSCG. On prépare l'opinion... On cherche à lui faire croire que l'on ne se résigne qu'acculés à des sacrifices ou des efforts inévitables...

 

Et ce faisant, on légitime l'idée que c'est le salaire, et plus particulièrement le salaire mutualisé pour financer un système solidaire de sécurité sociale et de retraites, qui explique les difficultés économiques des entreprises, la faible compétitivité de la France, et non la ponction des actionnaires au détriment de l'investissement privé et public dans la recherche, l'innovation, l'éducation, les services publics.

 

Donc, on va à nouveau baisser les salaires, en réduisant le salaire indirect versé par les entreprises, et ce sont les familles qui paieront le manque à gagner pour la sécurité sociale sous la forme d'un impôt.

 

Et encore, sans doute pas longtemps et pas totalement, car on se révolte vite contre un impôt trop perceptible, surtout quand la protection sociale qu'il finance s'amenuise d'années en années, et l'on justifie plus facilement alors la substitution de l'assurance privée facultative à la solidarité sociale obligatoire fonctionnant selon le principe "on reçoit selon ses besoins et on cotise selon ses moyens" . Le vrai objectif de cette mesure annoncée de substitution de la CSG à la cotisation patronale, c'est probablement, outre la majoration des profits des entreprises, la marchandisation de la Sécurité Sociale.

 

Or, cela fait 30 ans que l'on met en place des mesures de baisse des cotisations patronales sans lutter efficacement contre le chômage et les délocalisations, car les coûts de production en Chine, en Europe de l'Est ou au Maghreb, seront durablement moins élevés qu'en France, et qu'on a fait de la libre circulation des capitaux et des marchandises dans un contexte de dumping social et fiscal généralisé une arme de guerre contre les droits et les revendications des travailleurs. Ces objectifs affichés ne sont que des prétextes à des politiques d'augmentation des rendements du capital.  

 

Alors que la solution, pour restaurer l'équilibre des caisses de sécurité sociale et couvrir des besoins actuellement insatisfaits, comme la prise en charge solidaire de l'aide à l'autonomie, serait au contraire de ramener dans le champ des cotisations sociales les stocks options, les participations actionnariales, un certain nombre de contrats de travail défiscalisés, de niches fiscales obtenues par les entreprises, on fait exactement l'inverse en fragilisant le financement de la protection-santé en l'indexant sur le régime général de l'impôt, quand on sait la violence actuelle des cures d'amaigrissement des dépenses publiques et de l'Etat.

 

Le gouvernement socialiste doit reculer sur ce projet de réforme. Il n'a pas le droit de trahir de manière aussi éhontée les salariés, les électeurs des catégories moyennes et populaires qui lui ont permis d'accéder au pouvoir.  

 

Nous ne laisserons pas faire cela sans réaction forte.

 

I.D

    

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