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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 20:03

Un article de Sébastien Crepel dans l'Humanité du lundi 2 avril.

 

Ce n'est pas l'Humanité qui ose le parallèle mais le représentant spécial de François Hollande, Arnaud Montebourg, hier dans le Journal du dimanche. L'ancien candidat à la primaire socialiste estime qu'à la lumière des sondages, "nous nous retrouvons dans la configuration de la victoire de 1981. Georges Marchais avait fait environ 15% (15,35% exactement- NDLR) et François Mitterrand 26%" (25,85% précisément). S'il se peut que les faits donnent raison à Arnaud Montebourg, alors la comparaison mérite qu'on s'y arrête. Car ce serait la première fois, après trente ans d'affaiblissement électoral du Parti communiste, que le triomphe de l'idéologie du tout-marché et la période de résignation à gauche qui a suivi seraient sérieusement battus en brèche dans une élection, non pour se fourvoyer en vaine protestation, mais pour contribuer à une victoire solide et durable de la gauche. 

Puisque Arnaud Montebourg fait le premier pas, poussons la comparaison: 1981 a été la seule fois où un président de droite sortant a été battu par son adversaire de gauche. 1988 excepté- mais dans la situation particulière où François Mitterrand était lui-même le sortant -, la gauche a perdu toutes les élections présidentielles depuis: 1995, 2002, 2007. A chaque fois, l'affaiblissement du candidat communiste n'a pas conduit à renforcer le candidat socialiste mais à priver la gauche d'une victoire au second tour, faute d'un total de voix suffisant au premier tour. 

En 1995, en dépit de son arrivée en tête du premier tour avec 23,30% des voix, Lionel Jospin a échoué au second avec 47,36% face à Jacques Chirac. Bien qu'enregistrant une remontée significative par rapport au scrutin précédent, la candidature de Robert Hue avait alors obtenu un score près de deux fois inférieur à celui du PCF de 1981 (8,65%). En 2002, le score de Lionel Jospin ne lui a pas permis de se qualifier au second tour (16,18%). Celui de Robert Hue ne dépassait pas alors les 3,37%. A la présidentielle de 2007, le PS a renoué très exactement avec son niveau de 1981: 25,87%. Mais la faiblesse des autres candidats de gauche (dont le PCF qui n'a obtenu que 1,93% des voix) a définitivement hypothéqué les chances de l'emporter de Ségolène Royal. 

En 1981, François Mitterrand n'était pourtant arrivé que deuxième au premier tour de l'élection présidentielle, derrière le président sortant Valery Giscard d'Estaing (28,32% le 26 avril 1981), ce qui n'avait pas valu à ce dernier d'éviter la défaite. Comme le révèle d'ailleurs Arnaud Montebourg dans le JDD, être en tête au premier tour "n'est pas nécessaire. Une élection, ce n'est pas qu'un tour". Bien plus que l'ordre d'arrivée des candidats, c'est la dynamique en faveur de la gauche qui avait fait le scrutin, dynamique que l'on retrouve aujourd'hui clairement du côté du Front de Gauche. 

Pourquoi, alors, de tels cris d'orfraie devant la poussée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages? Si la réponse n'est donc pas dans le risque illusoire de "faire perdre la gauche", il faut se rendre à l'évidence: elle est dans celui, bien réel celui-là, que cette poussée fait courir à la poursuite des politiques d'austérité, même tempérée par des amènagements sociaux. Les milieux dirigeants le savent, un Front de Gauche à un niveau élevé est le plus sûr moyen de donner de la force à l'exigence de changement. Là aussi, la comparaison avec 1981 est de mise. Il n'y a pas eu d'autre exemple, après "le tournant de la rigueur" de 1983 qui y a mis brutalement fin, d'une telle succession de réformes de progrès mises en place à la suite d'une victoire électorale de la gauche: retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, semaine de travail de 39h, abolition de la peine de mort, nationalisations... Les possédants s'en souviennent encore, et c'est le scénario qu'ils veulent à tout prix éviter.   

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