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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 12:21

C'était hier la grande manifestation nationale (et même internationale) pour interrompre le projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes et condamner la répression policière visant à expulser les habitants de la Zone d'Activité Différée, autrement appelée la ZAD, Zone à défendre.  40 000 manifestants sont venus soutenir les résistants à la construction de l'aéroport et à l'expulsion de cette partie du bocage nantais: ce fut un incontestable succès. L'opposition à ce projet défendu bec et ongle par Ayrault et Hollande grandit, cristallisant les mécontentements et les envies d'en découdre. Cela paraît même un peu irrationnel quoique compréhensible de voir comment le refus de l'aéroport mobilise bien plus efficacement certaines personnes qui partagent nos valeurs et nos préoccupations sociales et de remise en cause du capitalisme que le refus de l'austérité, du TSCG, aux conséquences pourtant bien plus importantes et dramatiques.

C'est sans doute que cela apparaît comme un combat gagnable, qui symbolise pour un certain nombre de gens, de jeunes notamment, mais pas seulement, le refus du système que perpétuent sans état d'âme les socialistes au pouvoir: délégation de pouvoir; puissance des multinationales; productivisme pour aller chercher la croissance à tout prix, sans se soucier de la terre, de l'avenir, et des inégalités; désir de passer à la postérité en betonnant; fascination pour la vitesse; désir de mise en concurrence généralisée des territoires et d'intégration toujours plus avancée dans la mondialisation capitaliste; indifférence à la petite agriculture, aux alternatives locales au système dominant de vie, de production, d'échanges, de consommation.    

En Bretagne, en Loire-Atlantique et en Vendée, la mobilisation populaire contre ce projet d'infrastructure de grande dimension coûteux pour le contribuable, l'environnement et le maintien des terres agricoles, est extrêmement importante, à la hauteur de la révolte suscitée chez beaucoup de simples citoyens par la mise au service d'un appareil répressif impressionnant pour déloger des militants écologistes, altermondialistes, libertaires et anti-capitalistes soutenus par des paysans et une partie de la population locale de toute opinion politique afin de faire échec au défrichage anticipé des terres par la Société Aéroports du Grand Ouest (Vinci).

 

A Morlaix, un car de 65 personnes et de nombreuses voitures particulières sont partis pour réoccuper le temps d'une journée la ZAD de Notre-Dame des Landes et dire non à l'Ayraultport. Parmi ces opposants à l'aéroport de Notre-Dame des Landes, il y a plusieurs sympathisants et militants du Front de Gauche qui, comme Jean-Luc Mélenchon, comme les directions nationales de toutes les organisations qui composent le Front de Gauche, sauf celle du Parti Communiste, considèrent que ce projet, symbole de logique capitalistes et productivistes à combattre, est inutile, nuisible, insensé, gaspilleur, pour reprendre l'argumentaire d'un tract contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes cosigné par la FASE, la Gauche anticapitaliste, le Parti de Gauche, les Alternatifs.

 

Un projet inutile car une modification de l'aéroport actuel de Nantes, très bien noté par l'aviation civile (classé catégorie A, ne demandant pas d'attention particulière) et loin de la saturation en vols (il ne fonctionnerait qu'au tiers de ses possibilités), est possible pour résoudre les problèmes tels que le survol permanent de la ville de Nantes. 

Dans le projet présenté par Vinci, les deux pistes du nouvel aéroport auraient la même longueur (2900 mètres) que celle, unique de l'aéroport actuel, ce qui ne permettrait pas à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes de revendiquer le statut de grand aéroport international.

L'aérogare prévu à Notre-Dame des Landes est conçu pour accueillir environ 4 millions de passagers par an, celui de l'aéroport Nantes-Atlantique peut en accueillir tout autant, et accueille réellement 3,3 millions de personnes en mouvement par an (décolage ou atterrisage), contre 17 millions/an par exemple à San Diego qui dispose d'une piste d'importance égale. 

Les arguments de Jean-Marc Ayrault et des défenseurs du projet (Auxiette, le Drian, les élus PS, UDB, PCF de Nantes) pour soutenir le transfert de l'aéroport sont, outre le soutien à la croissance économique de la région et le développement de l'emploi, la réduction des risques impliqués dans le passage à basse altitude d'avions au-dessus de l'agglomération nantaise et la réduction des nuisances sonores. 

Sur le site du Collectif Morlaix doit dire Non à Notre-Dame des-Landes (nddl.morlaix.overblog.com) on énumère quelques faits qui relativisent la portée de ces arguments.

Selon un groupe de pilotes opposé à Notre-Dame-des-Landes, il existe un système de guidage très perfectionné qui permettrait aux avions de ne pas survoler Nantes avant d'atterrir à Nantes Atlantique. Le coût de cet outillage, connu depuis longtemps et dont on aurait fait la proposition d'équiper l'aéroport de Nantes Atlantique, n'est que de 10 millions d'euros, 40 fois moins que le coût du nouvel aéroport et cependant, pour l'instant, on ne s'est pas donné les moyens d'en doter Nantes-Atlantique. Comment l'expliquer si on est tant attaché à la sécurité et à la réduction des nuisances sonores?

Par ailleurs, ces nuisances sonores sont, je le dis d'expérience, ayant habité deux ans à Nantes, très réduites au centre-ville de Nantes, plus fortes au sud de Nantes probablement, mais la collectivité a investi dans des aides à l'insonorisation des logements, comme le remarquait le week-end dernier une conseillère régionale Front de Gauche opposée à Notre-Dame-des-Landes sur le journal de 13h de France Inter

Alors que l'agglomération nantaise se développe dans toutes les directions, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne se trouve qu'à quelques kilomètres au nord-ouest de Nantes, ce qui veut dire aussi que les problèmes de circulation routière autour et à l'entrée de Nantes, déjà considérables, seront amplifiés de ce côté. L'économie des communes de la périphérie sud de Nantes et celle de la Vendée pourrait également souffrir de ce transfert.

 

Il semble que les vraies motivations du transfert de l'aéroport, sans même évoquer la théorie du complot affirmant que les élus se sont mis au service de la multinationale Vinci (qui a reçu la concession de l'aéroport en juillet 2010), sont d'ordre économique et tendent à la volonté de métropolisation de Nantes pour en faire une capitale économique, débordant éventuellement sur Rennes grâce à l'aéroport et une ligne à grande vitesse Nantes-Rennes, une capitale économique insérée dans la mondialisation et jouant sa partition dans la mise en concurrence des territoires. Les milieux d'affaires de l'Ouest sont semble t-il majoritairement pour la construction de cet aéroport. Pourtant, avec les lignes TGV Paris-Brest, Paris-Quimper via Nantes et Rennes, et le réseau de voies rapides, on ne peut plus dire que la Bretagne est enclavée, et ces lignes TGV ont également été conçues pour relier rapidement aux aéroports parisiens de dimension internationale.

 

Une partie du problème est, me semble t-il, que les élus des Régions Pays de Loire et Bretagne se sont engagés dans des promesses de travaux et de partenariats publics-privés qui, à leur sens, vont apporter du boulot un certain temps, planifications de dépenses, maîtrises d'oeuvre et concessions qui rendent difficiles les reculades, d'autant que

les sociétés ont pu obtenir des contrats en échange d'autre chose (services à la population, etc...).

Il se pourrait aussi que la mairie de Nantes,et les promoteurs projettent de récupérer les terrains de l'aéroport de Nantes Atlantique pour construire de nouveaux logements dans une agglomération qui a déjà connu une croissance extrêmement forte ces 10 dernières années, avec des prix de l'immobilier atteignant des sommets.  

 

Est-il raisonnable de construire cet aéroport, même s'il générait un certain temps des centaines d'emplois nouveaux voire durablement un développement économique et urbain encore plus important de Nantes, avec ce que l'on sait de l'accentuation des déséquilibres entre des grandes villes intégrées dans l'économie capitaliste mondialisée et les campagnes, ce que l'on sait de l'ampleur de la diminution des terres agricoles (l'équivalent d'un département dévoré par la construction et l'urbanisation tous les 7 ans en ce moment), ce que l'on sait de l'érosion de la biodiversité dont les zones humides sont un conservatoire, ce que l'on sait surtout des actuelles et prochaines flambées du pétrole (lors du débat public sur l'aéroport de 2002, le baril de pétrole plafonnait à entre 30 et 40 dollars, il monte aujourd'hui à 125 dollars)  et de la gravité du réchauffement climatique accéléré dû à l'émission de gaz à effet de serre, dont les avions sont d'énormes consommateurs? A mon avis, non, évidemment.  

 

Le Grenelle de l'environnement en 2007 avait d'ailleurs établi l'objectif sage et minimum de ne pas augmenter la capacité aéroportuaire de la France: Notre-Dame-des-Landes serait le 146ème aéroport en France, quand l'Allemagne en dispose du tiers et le Royaume-Uni du quart. Est-ce que le modèle des vacances en voyage organisé à 150 ou 200 euros la semaine en Tunisie, au Maroc et en Turquie, que porte la croyance en une augmentation continue du nombre d'usagers des compagnies aériennes et des aéroports de province, est viable? Je ne le crois, car, indépendemment même du coût des voyages qui risque d'augmenter, même avec les compagnies low-costs sacrifiant la sécurité, le confort, les salaires et les droits sociaux des personnels, c'est un mode de voyage introduisant un rapport factice à l'exotisme qui contribue à saccager l'environnement, les relations sociales, et à introduire trop de dépendance vis à vis du tourisme dans les pays du sud. La civilisation du loisir, un grand progrès, d'ailleurs menacé par l'érosion du pouvoir d'achat due à la crise et la reconquête progressive de leur toute puissance sur les hommes par le patronat et la finance, doit se construire sur d'autres bases que celle de la consommation hédoniste privée de sens humain. 

Pour les communications internes à la France, il m'apparaît de loin préférable de développer le réseau ferroviaire et de le rendre moins onéreux pour qu'il soit vraiment accessible à tous comme devrait l'être un service public utile écologiquement, de réfléchir aussi au développement plus important du transport collectif routier, plutôt que de chercher toujours la plus grande vitesse et le raccourcissement des effets des distances pour les besoins du monde économique, en investissant à chaque fois des millions d'argent public du contribuable pour des bénéfices qui sont souvent récupérés essentiellement par une minorité aisée.  

 

"C'est un projet nuisible, dit pour résumer, le tract cité des organisations du Front de Gauche, et je m'accorde avec son argument, parce ce qu'il va bétonner plus de 2000 hectares de terres préservées et nourricières, à quelques kilomètres de Nantes. Les surfaces agricoles disparaissent à grande vitesse dans notre pays; les zones humides sont de précieuses réserves de biodiversité; le déclin à terme des vols de courte et moyenne distance est une conséquence du pic de production du pétrole et des impératifs de la lutte contre l'effet de serre. Un tel projet est inconcevable en pleine crise écologique".

  

C'est un projet "insensé, poursuit le texte avec des mots excessifs, parce que, au niveau de l'emploi, il ne ferait que déplacer des populations, augmentant le déséquilibre Nord Loire/ Sud Loire, et détruirait tout un réseau d'emplois liés à l'agriculture (au moins 600). Quant aux emplois liés à la construction, si tant est qu'ils puissent être locaux, ils seraient plus avantageusement créés en construisant des logements, des collèges ou autres structures de santé répondant à des besoins réels et urgents de la population."

  

C'est un projet "gaspilleur" disent ces opposants du Front de Gauche, car "en pleine période de restriction budgétaire et de mise en place de l'austérité institutionnelle par le vote inique du TSCG, le PS s'acharne à vouloir construire cet aéroport, qui ne servira qu'à engraisser le groupe Vinci...".  

En réalité, les investissements des collectivités locales (115 millions) et de l'Etat (130 millions), donc du contribuable, ne semblent pas si importants comparés à l'ampleur de l'infrastructure, le groupe Vinci prenant dans le plan de financement les 2/3 des travaux à sa charge, mais c'est aussi ce qui pose problème, car Vinci ne vient pas là pour rien. Il voudrait faire du fric avec cet aéroport et le fera grâce à l'argent investi par le citoyen. On connaît la chanson: socialisation des investissements et des pertes, privatisations des profits. Vinci nous la joue chaque jour sur les autoroutes que la multinationale a en concession. Par ailleurs, si les travaux coûtent plus cher que prévu, ce sera probablement encore la collectivité qui mettra la main à la poche? Et n'y avaient-il pas d'autres priorités pour l'Etat et les collectivités que cet investissement dans cette infrastructure non indispensable? Par exemple, rénover, moderniser, maintenir les hôpitaux, les écoles. Réaménager les prisons pour les rendre plus humaines. Développer le transport en commun de proximité. Construire des logements sociaux. Soutenir un vrai droit à la compensation de la perte d'autonomie et du handicap pour tous.  

 

Nous n'avons pas assez approfondi le débat (seulement amorcé) à la dernière AG du Front de Gauche Morlaix pour prendre une position commune et savoir s'il fallait le faire. C'est donc en mon nom personnel que je m'exprime.

 

Néanmoins, je sais qu'à l'intérieur du PCF, malgré la position des élus communistes de Nantes et de Loire-Atlantique (non unanime au Conseil Régional des pays de Loire apparemment) pour l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, plusieurs camarades sont également dubitatifs, sceptiques, voire franchement opposés à ce projet, sans pour autant dire que les arguments sont univoques, ni soupçonner la bonne foi et le souci de l'intérêt général de ceux qui sont pour. Sans non plus partager la fibre "anti-Etat" et "anti-infrastructure près de chez soi" ni les rapprochements un peu faciles avec le combat du Larzac et de Plogoff, rapprochements qui ne peuvent tenir lieu d'argument, de certains opposants au projet.

 

Il y a 15 jours, le Front de Gauche du Morbihan a pris position contre le projet avec des mots qui me paraissent justes, hormis les doutes sur le caractère démocratique de la décision de construire l'aéroport (je ne parle pas de la concession à Vinci), car les élus ont porté ce projet depuis longtemps dans leur programme, et ont été réélus confortablement (pas pour cette seule raison évidemment), Notre-Dame-des-Landes ne suscitant sans doute pas une opposition majoritaire ou farouche dans la région de Nantes. Voici la déclaration partiellement retranscrite par le Ouest-France le samedi 3 novembre:

 

" Le Front de Gauche du Morbihan "condamne sans réserve la brutalité exercée à l'encontre des opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Rien ne peut justifier cette urgence et cette brutalité, d'autant que des recours  suspensifs sont encore en cours d'instruction. Nous apportons notre soutien aux habitants expulsés et réaffirmons notre exigence d'un nouvel examen de ce projet inutile et imposé qui va contribuer à accentuer encore l'austérité pour la population".   

 

Les PCF du Morbihan, de Vendée et de Maine et Loire ont également pris position contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes tout comme très récemment la section PCF de Quimper-Fouesnant-Briec.

 

Je vous propose à ce titre d'aller voir leurs arguments sur leurs sites:

 

http://pcfvendee.elunet.fr/

 

http://pcf.quimpercornouaille.over-blog.org/article-notre-dame-des-landes-declaration-de-la-section-pcf-briec-fouesnant-quimper-112472025.html

 

 Voici aussi également d'autres accès aux arguments contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes (communiqués par notre camarade du Front de Gauche Franck Simonnet) pour ceux qui veulent s'informer sur le sujet:
- l'argumentaire de l'ACIPA: http://acipa.free.fr/Savoir/savoir.htm
- l'étude réalisée par les élus opposés à l'aéroport: http://aeroportnddl.fr/articles.php?lng=fr&pg=422
- les émissions Là-bas si j'y suis consacrées au sujet: http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2590
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2591

 

Ismaël Dupont.   

 

          

   

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