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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 16:34

 

Frédéric L'aminot, délégué du personnel CGT à Celtys Landivisiau (Queguiner)

 

Le Chiffon Rouge: Est-ce que tu peux nous décrire le profil et la situation de ton entreprise, la conjoncture qu'elle traverse et les conditions de travail de ses salariés actuellement?

 

Fréderic L'aminot: Queguiner, c'est un groupe de 1000 salariés repartis sur toute la Bretagne, avec quatre boîtes indépendantes dans le groupe, de telle sorte que les difficultés des unes n'empiètent pas forcément sur les autres: Leader Mat, Queguiner Transports, Queguiner matériaux, Celtys. Queguiner a aussi tendance à racheter les boîtes qui vont mal pour endiguer la concurrence: Vézo, Bleunven à Plabennec, Jacques à Henvic. C'est à Celtys Landivisiau que je travaille: on fabrique et on vend des produits en béton, béton de résine et composite, béton prêt à l'emploi.

Il y a 230 CDI dans la boîte mais depuis quelques années on préfère embaucher des CDD plutôt que des CDI. On est passé de 50 intérimaires à 20, ce qui est un signe que les commandes ont tendance à se réduire un peu. On paie dans une certaine mesure la crise du bâtiment, la soumission des collectivités aux mesures de rigueur qui génèrent une baisse des travaux publics et de voirie, mais inversement, on a bien bénéficié ces dernières années pour amortir les conséquences de la crise financière des aides européennes aux agriculteurs pour qu'ils adaptent leurs bâtiments d'élevage aux nouvelles normes « bien-être animal ». Qu'est-ce que cela va donner maintenant que ces aides s'interrompent et que la crise s'intensifie? Je ne sais pas.

Il faut aussi prendre en compte la mise en place de l'écotaxe sur le carburant: les entreprises bretonnes, la nôtre en particulier, en raison de la péninsularité de notre région et de son enclavement, risquent de payer assez cher le passage à cette fiscalité écologique. On a évalué les dépenses supplémentaires à 150000€/ an pour la boîte. En même temps, cette prise en compte des enjeux environnementaux est aussi positive, par elle-même et pour l'entreprise. La boîte travaille plus propre, se lance dans l'écologie, la récupération des déchets, leur recyclage (déchets reconcassés, réutilisés). De plus en plus, il y a des clients qui prennent en compte des critères sociaux et écologiques.

On est loin de la situation de crise absolue de 2008, quand on avait viré tous les intérimaires. C'est en 2008 quand est passé de 37h à 35h car il n'y avait pas assez de commandes, donc de travail: on était sur notre dos pour nettoyer l'atelier, entretenir les talus... Car il n'y avait rien d'autre à faire. On s'était mis au 37h suite à un référendum interne quelques années avant à l'issue duquel cette option l'avait emporté. Perso, j'aurais préféré à l'époque qu'on reste aux 35h avec une augmentation de salaire. Depuis le retour au 35h, la productivité a augmenté, mais si entretemps on est repassé aux 37h. On est passé d'une entreprise familiale et paternaliste où chacun se sentait respecté quand le travail était fait à un groupe avec les méthodes de management peu humaines répandues aujourd'hui dans les grosses entreprises: pression constante sur les temps, nécessité d'aller toujours plus vite pour gagner plus d'argent, rendre productif par la pression, la peur, la culpabilisation. Ce sont des petits jeunes sortis de leurs écoles qui donnent des ordres et recadrent des salariés qui ont 15 ou 20 ans de boîte. Si t'a mal fait le ménage, on t'envoie direct une lettre à ton poste. Les jeunes ont tellement peur de tomber dans la dépression suite à la pression de leurs cadres qu'on parvient à en syndiquer beaucoup plus. On vient de loin mais en 3 ans, alors qu'il n'y avait pas de syndiqué CGT à Celtys, on a fait 20 adhésions. On bien devant la CFDT qui compte 5 syndiqués. Et encore, il y a beaucoup de sympathisants qui hésitent encore à prendre leur carte. Quand les cotisations syndicales donneront droit à un crédit d'impôt, l'an prochain, on devrait encore augmenter le nombre de syndiqués. Toutefois, la syndicalisation reste minoritaire: les plus anciens ne sont pas habitués, les gens se taisent, ont peur: ils veulent garder leur travail. Il y a un mal-être des salariés qui grandit: ça se traduit par des arrêts de travail, des arrêts-maladie qui n'en sont pas vraiment, ça râle beaucoup. Pour la manifestation du 5 mars contre l'ANI, l'accord national interprofessionnel MEDEF-CFDT qui précarise les salariés et casse le droit du travail, je croyais avoir convaincu beaucoup de mes collègues de la nocivité du texte, mais très peu ont fait grève et sont allés manifester. Les gens ont peur, s'accrochent à leur emploi, surtout quand on voit ce qui se passe à GAD, où travaillent beaucoup de conjoints de mes collègues.

 

Le Chiffon Rouge: Quel est le niveau des salaires chez vous?

 

Fréderic L'aminot: On est un peu au-dessus de la moyenne conventionnelle des entreprises du secteur régi par la convention « carrière et matériaux ». Dans les années 2000, on a gagné 100€ en passant aux 37h: ils ont été perdus avec le retour aux 35h en 2008. En 2009, on est revenu aux 37h. Avec la baisse de l'activité et des bénéfices de la boîte, la partie variable du salaire à l'intéressement diminue.

 

Le Chiffon Rouge: Quelles seraient selon toi les conséquences les plus significatives de l'ANI, l'accord MEDEF-CDFT de flexibilisation des salariés et du droit du travail, s'il était inscrit dans la loi comme le veut le gouvernement?

 

Fréderic L'aminot: J'ai été syndiqué pendant un moment à la CFDT, je ne regrette vraiment pas d'avoir quitté ce syndicat vu ce qu'ils ont accepté de signer: c'est dans l'ensemble la porte ouverte à des reculs terribles des droits des salariés. Certes, il y a la généralisation des complémentaires santé, mais le financement est indéterminé, indécis, soumis à négociation future, tandis que les reculs, eux, sont immédiats. Les syndicalistes n'auront plus le droit de parler de ce qui se passe en réunion: beaucoup de choses seront confidentielles, on ne pourra plus en parler aux salariés. On va demander aux CE de préparer des plans sociaux par avance, indépendamment des situations d'urgence. Avec un chantage à l'emploi permanent, on pourra imposer aux salariés d'accepter la baisse de leurs salaires, la modification de leurs horaires, des déplacements de postes et de lieux de travail, des augmentations du temps de travail. Les gens ont des maisons sur le dos, ils ont tendance à être fatalistes, ils veulent sauvegarder leur emploi coûte que coûte: il est à craindre qu'ils acceptent ce qu'on ne manquera pas de leur imposer pour augmenter la rentabilité des entreprises et les profits de leurs patrons ou actionnaires. Par exemple, Queguiner a acheté un terrain du côté de Notre-Dame-des-Landes en prévision de la construction de l'aéroport: si celui-ci est bien construit, on peut imaginer qu'il y aura des pressions pour favoriser la mobilité des salariés vers la Loire-Atlantique. Demain, les salariés qui refusent l'application d'un accord collectif régressif et obtenu sous la contrainte prétendument de « maintien dans l'emploi » seront licenciés: c'est inacceptable.

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