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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 07:32

J'étais le vendredi 2 mars à la réunion publique organisée à la maison des capucins de Landivisiau par le collectif Gaspare et l'association "Landivisiau doit dire non à la centrale". Nous avons pris position collectivement au Front de Gauche Morlaix pour un moratoire, une consultation et un débat public avant d'envisager l'installation ou non de la centrale tout en précisant que les arguments de la région visant à faire croire qu'il n'y avait pas d'alternative nous apparaissaient très discutables et que a priori le recours à une énergie fossile pour produire de l'électricité nous paraissait une solution qui n'allait pas de soi.

C'était donc mon rôle de candidat aux législatives de prendre connaissance des arguments des opposants à une centrale qui va s'implanter à 25km de Morlaix et tout au plus près de communes de la 4ème circonscription.  Il y avait 300 à 400 personnes environ, dont une centaine au moins qui ne purent pas accéder à l'intérieur de la salle, archi-comble. 

Les gens de Landivisiau et des alentours qui étaient là (cela ne veut pas dire qu'ils représentent la majorité de la population: il faut être prudent) étaient remontés, révoltés, décidés à ne pas se laisser faire: ils ressentaient cette décision de l'Etat, de la région et des élus de Landivisiau comme une agression et une offense, un déni de démocratie et comme quelque chose qui affecterait durablement leur avenir si elle devait se confirmer.

 

Malgré cette ambiance électrique, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, j'ai assisté à une réunion de très bonne tenue, basée sur une information certes engagée et unilatérale, mais qui m'a paru étayée par des arguments solides et présentée par des gens sérieux.

 

Yvon Pouliquen, porte-parole de "Landivisiau doit dire non à la centrale", a commencé par parler d'"un projet d'un autre temps, qui nous rend dépendant de la Russie, du Qatar, de l'Algérie". Il n'"a pas du tout apprécié la façon dont la collectivité a géré cette question" et il a revendiqué: "Oui, nous sommes des "anti-tout" quand il s'agit de la santé des citoyens, de la sécurité des gens, des enfants de nos écoles et de nos familles". Il a rappelé que entre 150 et 200 millions d'euros au bas mot seraient à la charge du contribuable du fait de la construction de cette centrale: avec tous les raccordements nécessaires, on peut estimer même qu'on ira bien au-delà.

 

Un représentant du collectif Gaspare a rappelé que son association travaillait depuis un an et demi avec des centaines de personnes, spécialistes ou citoyens se formant sur le tas et ayant envie d'être moins démunis sur les questions techniques, pour préparer un dossier de 240 pages afin de montrer les inconvénients de cette centrale et les alternatives possibles et pour demander un débat public avant prise de décision. Leur opposition ne concernait qu'un des 3 piliers du triskel du Pacte électrique breton - celui du contenu de la sécurisation énergétique. Sur les deux autres piliers: réaliser des économies de consommation d'énergie (même si les objectifs sont insuffisants selon eux) et produire 3600 MW en énergies renouvelables à l'horizon 2020 de manière à être autonome à 30% pour la production d'énergie consommée par la Bretagne, ces militants de Gaspare sont en accord avec la planification énergétique de la région. Le pacte électrique Bretons a été refusé sur cette base par les seuls élus UDB et Europe Ecologie les Verts, là où les communistes et les écologistes de Bretagne Ecologie qui étaient sur la liste de Le Drian au 1er tour des régionales ont voté pour le texte.   Malgré le soutien de beaucoup d'élus du Finistère, la Région et l'Etat n'ont pas examiné sérieusement les arguments des opposants à la centrale selon eux et sont restés sourds à cette demande de débat public contradictoire. Selon cet intervenant, Jean-Yves Le Drian a signé le pacte energie Bretagne qui prévoyait l'installation de cette centrale combiné gaz dans le Finistère le 14 décembre 2010 sans avoir pris l'avis préalablement de ses conseillers régionaux ni du Conseil économique et social de Bretagne. Ceux-ci ont été réunis 3 semaines après et ont approuvé le projet, mais ce léger différé par rapport à la prise de décision indiquerait, selon le porte-parole de Gaspare, la haute conception de la démocratie que se fait notre président de Région. La centrale est appelée à fonctionner 20 ans, et on pourra choisir de la faire fonctionner 20 ans supplémentaires. Cela nous engage pour l'avenir: avec quelles conséquences sur le coût de l'électricité sachant que le prix du gaz ne va cesser d'augmenter? Avec quelles conséquences sur l'environnement? Ce gaz que nous n'avons pas, on va le brûler pour faire chauffer de l'eau avec un  rendement de 54%, sant compter les pertes sur le réseau qui le ramène à 45%. Dans le chauffage direct au gaz, le rendement est de 95%.  

 

Jean Corbert, ingénieur EDF dans la production thermique pendant toute sa carrière, nous a ensuite expliqué avec un très bon talent de pédagogue et beaucoup d'humour comment fonctionnait une centrale combiné gaz, histoire d'expliquer un peu, pour ceux qui partent d'aussi loin que le maire de Landivisiau dans la compréhension de la production d'énergie (et c'est mon cas...!), quelle était la différence avec une cuisinière à gaz...

La combustion du gaz est certes moins polluante que celle du charbon ou du fioul: dans cette possible future centrale, le gaz servira à chauffer de l'eau pour faire tourner une turbine qui fera fonctionner un alternateur, puis un transfomateur d'un côté, afin de produire 300 MW à la sortie, et dans une autre partie de la centrale, les vapeurs récupérées et la fumée du gaz chaud serviront, si j'ai bien compris, à faire fonctionner un autre alternateur produisant 150 MW d'électricité. Une tour de refroidissement de 50 mètres permettra de refroidir la vapeur d'eau et les résidus de gaz de combustion à 100 degrés environ: mais la faible hauteur de la tour (celle de Cordomais est haute de 250 mètres) fera que, les jours de brouillard, les gaz de combustion et les particules chimiques cancérigènes s'épandront tout autour non loin de la centrale sur Landivisiau et sur les villages aux alentours, plutôt que de se disperser sur plusieurs kilomètres.

L'intervenant a ensuite cherché à critiquer les arguments politiques en faveur de cette centrale à gaz.

Le risque de black-out pour la Bretagne souvent invoqué ne s'appuie sur aucun précédent historique. Le territoire national, et plus largement européen, est parsemé de réseaux électriques comme une araignée: tout communique avec tout. En réalité, les lignes électriques ne connaissent pas de frontières: toutes les régions et tous les pays sont inter-connectés. Il y a 7 grandes régions électriques en France, celle de l'ouest regroupe 19 départements, et le centre de contrôle qui pilote la distribution est basé à La Chapelle sur Erdre en Loire-Atlantique: c'est à ce niveau là que cela peut-être un sens de parler d'une nécessaire autonomie. En cas d'approvisionnement insuffisant d'électricité dans un contexte de rupture de production quelque part ou de pic de consommation, il y a toujours possibilité de couper partiellement et très temporairement la distribution à un endroit précis pour éviter le black-out général. Cela se pratique couramment.

L'argument des emplois que va créer la centrale à gaz est lui aussi à relativiser même s'il est vrai que la communauté de commune aura des rentrées fiscales avec la centrale à gaz. Les défenseurs du projet parlent d'entre 400 à 800 emplois: mais il faut préciser au minimum qu'il ne s'agira pas d'emplois majoritairement dévolus aux gens du coin. La centrale va nécessiter 3 ans de travaux: il y aura peut-être entre 150 et 200 personnes sur le chantier et peut-être uniquement 50 personnes qui seront recrutés sur le plan local pour faire le terrassement, le beton, dérouler les cables, faire des soudures, travaillant en intérim pour des entreprises sous-traitantes des géants du BTP.

Pour le reste, il s'agit d'emplois qualifiés hautement spécialisés pour lesquels nous n'aurons pas les salariés formés sur place et qui seront pourvus par des personnels formés des grandes entreprises spécialisées qui travailleront sur le site. Alors, certes, on peut dire que tous ces salariés, même s'ils ne s'implantent pas durablement à Landivisiau, consommeront un moment sur place, ce qui fera tourner le commerce. En même temps, il est à prévoir que de moins en moins de gens voudront s'installer ou acheter des maisons individuelles à Landivisiau du fait des pollutions et des nuisances sonores possibles de la centrale (ventilateurs): dès lors, c'est tout le secteur de l'immobilier qui pourrait s'effondrer, la valeur des biens se déprécier, et les entreprises de bâtiment, l'artisanat et les commerces locaux être mis en difficulté.

D'ailleurs, comme un périmètre important devrait être classé Seveso (secteur à haut risque) autour de Landivisiau ou à quelques kilomètres, là où on stockera le gaz (pour pallier aux ruptures d'approvisionnement ou aux brusques flambées des prix de cette énergie fossile soumise à tous les spéculations et incidents diplomatiques), les conséquences sur l'immobilier, l'aménagement des terrains, des maisons individuelles, des villes, se feront sentir au-delà de Landivisiau. De plus, les tranchées à réaliser pour enfouir la ligne à très haute tension qui distribuera l'électricité condamneront sur une trentaine de kilomètres au moins une bande de 100 mètres de terre cultivable si j'ai bien compris: comme les lignes à très haute tension émettent des ondes magnétiques dangeureuses, cette bande de terre sera définitivement perdue. Cela représente  des centaines d'hectares...  

 

L'argument de la qualité technique du projet de centrale de Direct-Energie à Landivisiau, invoqué par Eric Besson, ne tient pas davantage. Direct-Energie est une société financière qui s'est montée pour récupérer le marché de la libéralisation et de la privatisation de la production et de la distribution d'énergie, dans le silage de la loi Nome, avec notamment Robert Louis Dreyfus comme actionnaire. Cette société a déjà racheté des centrales hydrauliques mais n'a jamais construit de centrale à gaz. Les deux projets de centrale qu'elle devait réaliser ont été suspendus par des tribunaux administratifs en Moselle et dans l'Oise, suite à la mobilisation de la population et des élus locaux (dans l'Oise, plusieurs élus communistes ont été en tête de la mobilisation contre la centrale à gaz Direct-Energie, construite à quelques centaines de mètres d'un terrain ou EDF avait acquis de la réserve foncière près de la rivière, dans la circonscription d'Eric Woerth, un ennemi implacable des lobbies de la finance comme chacun sait), et surtout à cause des défauts intrinsèques des dossiers (mauvais chiffrage des travaux, éléments non pris en compte, vices de procédure...?). Il y a donc encore de l'espoir.

 

Un autre intervenant du collectif Gaspare, Christian Roberts, a rappelé que cette centrale qui devrait fonctionner 8000 heures par an (beaucoup plus par conséquent que les centrales plus polluantes en soi mais 10 fois moins mises en activité de Dirinon et de Brennilis qui ne se mettaient en marche que lors des pics de consommation hivernaux) pour être profitable à la société qui la gère polluera certes mois qu'une centrale à gaz classique ou qu'une centrale à charbon mais qu'elle n'en dégagera pas moins 3000 tonnes par jour de C02 par jour dans l'atmosphère, et que sa pollution quand elle fonctionnera sera équivalente à celle des 700.000 voitures qui circulent chaque jour dans l'agglomération de Marseille... Il s'agit selon lui d'une centrale commerciale faite pour faire de l'argent sur notre dos.

 

Un autre représentant du collectif Gaspare, très remonté contre "les politiques" a rappelé que le député de Landivisiau, Jo Le Guen, avait témoigné le plus grand mépris à la délégation d'opposants à la centrale qu'il avait reçu brièvement dans son bureau en se coupant les ongles pendant qu'ils parlaient et en ne se donnant pas la peine de répondre à leurs arguments. Quant à Marylise Lebranchu, son accueil a été paraît-il à la limite de l'impolitesse et elle a rappelé simplement les principes de base du pacte électrique breton en refusant le débat public préalable à la prise de décision. Le maire communiste de Brennilis a accepté de recevoir Gaspare et a écouté ses militants avec considération mais a refusé ensuite d'organiser un débat contradictoire dans la commune, comme les élus de Briec et de Landivisiau. Le député PS Urvoas a botté en touche lui aussi quand les opposants à la centrale lui ont demandé d'appuyer la tenue d'un débat public contradictoire en remettant la décision d'installation de la centrale. Le secrétaire départemental du PS Marc Coatanéa s'est félicité publiquement en bon tacticien que la droite ait choisi le site de Landivisiau et Direct Energie en invoquant que le site de Brennilis se situait dans le Parc d'Armorique: cela lui permet de refiler la patate chaude de la contestation populaire contre un projet de centrale voulu par les socialistes régionaux à un député et à un maire de droite. " Le PS avait intérêt à faire porter le chapeau à la droite". Gaspare demande un véritable débat contradictoire entre les porteurs du projet, les élus, les associations: qu'on débatte avant pour que la population puisse se faire un avis et qu'on décide après...

Dans les Côtes d'Armor, le projet de centrale à gaz de Ploufragran porté par l'Etat a été rejeté par les élus (de gauche principalement) sous la pression de leurs électeurs à la suite d'un débat contradictoire non public. Borloo a ensuite abandonné le bébé de la centrale à gaz bretonne, et c'est ensuite Le Drian, sans l'inscrire au projet de sa liste lors de la campagne des régionales de 2010, qui l'a repris à son compte. 

Maintenant, ce qui nous attend, ce sont des mois de constitution d'un projet définitif (l'Etat s'est prononcé sur un avant-projet) suivi d'une enquête publique de 12 à 18 mois qui verra une consultation de la population.

 

En même temps, remarque un intervenant écologiste d'"Eaux et rivières de Bretagne" dans la salle, il ne faut pas attendre l'enquête publique pour se mobiliser car alors, les citoyens auront des difficultés à faire ressortir les failles d'un dossier comptant des milliers de pages. "C'est maintenant qu'il faut faire chauffer la colle".

 

Un universitaire italien intervient alors pour dire que même s'il n'est pas un intégriste de l'environnement et pourrait à la rigueur accepter un projet industriel polluant "s'il donnait vraiment à bouffer aux gens", perçoit justement qu'il n'y a aucun bénéfice économique et social réel à attendre de cette centrale. Par aillers, il rappelle qu'en Italie il existe des centaines de centrales à gaz et que cela n'empêche pas des coupures massives de courant.

 

Un membre du collectif Gaspare, sympathisant du Front de Gauche, est lui intervenu pour dire que c'était la question de la concertation des élus et de la population et la question de la démocratie qui étaient posées dans cette affaire. Le projet de centrale est arrivé en juillet 2010, après les élections au Conseil Régional: la population ne l'a donc pas approuvé en votant pour la majorité régionale actuelle. Le travail pour trouver des alternatives et pour voir les défauts du projet de centrale à gaz montre que l'expertise citoyenne peut se situer au même niveau que celle des élus et que les élus auraient intérêt à ne pas décider seuls dans leur coin en prenant pour argent comptant que que dit le maire, l'Etat, la majorité municipale, ou le powerpoint commercial des communiquants de l'entreprise...

 

Le lendemain, samedi 3 mars, j'étais aussi à Landivisiau à 10h pour manifester avec Noelle Peoc'h candidate Front de Gauche à Carhaix qui s'était prononcé contre la centrale de Brennilis (de même que Bertrand Seys, candidat Front de Gauche à Brest Rural, militait contre la centrale de Guipavas et que André Bernard avait demandé un moratoire sur le projet de centrale de Briec) avec au moins une dizaine de militants et sympathisants finistériens du Front de Gauche connus de moi.

 

Le choix de participer à la manifestation, je l'ai fait en tant que citoyen car je suis désormais personnellement convaincu que la centrale à gaz est une mauvaise solution. 

En tant que candidat du Front de Gauche aux législatives dans la circonscription de Morlaix, je pense aussi que la mobilisation pour la suspension de la décision de construction de la centrale à gaz est un préalable pour pouvoir imposer à un Etat et un Conseil Régional qui ont tout fait pour écarter la population de la prise de décision un réel débat public et une véritable consultation de la population, position sur laquelle nous nous sommes entendus collectivement et qui correspond aux grandes orientations du programme partagé du Front de Gauche - l'humain d'abord! - pour les présidentielles et les législatives de 2012 qui fait du remplacement des énergies fossiles et du développement des énergies renouvelables une priorité, qui prévoit un grand débat public et une consultation de la population sur les enjeux énergétiques (le problème d'une sortie ou non du nucléaire mais pas seulement), et qui veut en finir avec les institutions de la Vème République basées sur la délégation (et la confiscation) du pouvoir.   

Après, je sais que tout le monde au PCF et au Front de Gauche ne partage pas mon opposition à la centrale à gaz, certains, et cela peut s'entendre, étant sensibles aux arguments de la majorité régionale mettant en avant un esprit de responsabilité et de pragmatisme pour aller vers plus d'autonomie énergétique et sécuriser l'approvisionnement en électricité du Finistère et de la Bretagne en général.

 

Néanmoins, après cette manifestation colorée et résolue de deux heures qui a réuni 1000 personnes de toute sensibilité (citoyens de Landi. et de la région constituant le gros du cortège, écologistes, militants d'association, UDB, NPA, anarchistes, Front de Gauche...) qui ont fait le trajet jusqu'au site de la centrale prévu au nord du centre-ville de l'autre côté de la voie express, j'ai été un peu chagriné de voir dans les pages départementales du Ouest France Eric Le Bour, notre secrétaire fédéral du PCF 29, exposer une prise de position pour la centrale à gaz (tout en réaffirmant sa préférence pour la maîtrise publique) en reprenant les arguments de la majorité régionale de Le Drian sans que cette prise de position - qui se respecte sur le fond car je crois que tous chez nous ont le souci de l'intérêt général - ait fait l'objet d'un réel débat entre nous et d'un choix collectif. Ceci est d'autant plus regrettable que la plupart des candidats du Front de Gauche aux législatives dans le Finistère paraissent opposés à cette centrale  à gaz, ou du moins favorable à un débat public et à une consultation de la population qui n'a pas eu lieu, tout comme le parti de Gauche, la Fase, la Gauche Unitaire, les autres composantes du Front de Gauche sur le plan départemental.

   

Ismaël Dupont.

    

 

 

 

       

                     

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Jean-Victor Gruat 06/03/2012 18:20


 


TOURNER SEPT FOIS SA LANGUE DANS SA BOUCHE






Je n'ai jamais, d'aussi loin que je me souvienne, accepté comme valide l'axiome selon lequel chacun(e) serait libre de penser ce qu'il (ou elle) veut. Aucune pensée
n'est éthérée et non sociale. Mais au moins faut-il dans un domaine que l'on ne maîtrise pas entendre plus d'un son de cloche avant de se risquer à avoir une opinion - surtout lorsque cette
opinion risque de vous mettre en contradiction avec celles et ceux dont, autrement, vous partagez les vues et le destin.


En tant que maire de Brennilis, j'ai reçu il y a quelques mois – c'était en août - le collectif GASPARE, puis je me suis renseigné directement auprès des autres
communes françaises ayant installé des centrales à gaz sur leur territoire. J'ai également posé à EDF - porteur du projet sur notre commune - au nom de la population les questions les plus
brûlantes et les plus fréquentes, pour ensuite partager avec tous les réponses et renseignements obtenus. Tout cela est accessible à partir de la page http://www;brennilis.com/CCCG/ .


En d'autres termes, je me suis renseigné, et suis arrivé de manière raisonnée, pas instinctive, à la position de n'avoir pas d'a priori défavorable envers la
possible réalisation d'une centrale type CCG sur la commune - position partagée très largement par le Conseil municipal, le Conseil communautaire et la population locale, facile à sonder et
consulter dans une commune de 500 habitants.


Quant à l'opportunité de réaliser un tel équipement, il ne m'est jamais venu à l'esprit fût-ce au nom d'une omni-compétence auto-décrétée de remettre en cause
la décision prise par une majorité du Conseil régional dans laquelle je me reconnais, après un large débat associant tous ceux qui le voulaient dans le cadre de la Conférence bretonne de
l'énergie. Il y  a eu, lors des élections régionales, des élus se présetnant ensemble pour former une majorité. S'associer maintenant à qui n'hésite pas à traiter de vendus et
d'affairistes les tenants de l'indépendance énergétique bretonne ne me semble ni sain, ni raisonnable, ni porteur pour la crédibilité du Parti communiste.


Dans ma conception de la politique, lorsque l'on a des doutes envers les décisions prises par des membres de son propre parti – en l'espèce les conseillers
régionaux communistes – c'est d'abord à eux que l'on s'adresse avant d'étaler ses crititiques sur la place publique.


Ceci étant, le choix de Landivisiau et de Direct Énergie pour réaliser le projet suscite beaucoup d'interrogations – la localisation dans une zone urbaine déjà
saturée, la technique et notamment les tours aréoréfrigérantes, l'absence de liaison au réseau électrique, la présence d'un opérateur sans aucune référence en la matière sont autant de points
faibles d'une offre dont on s'étonne qu'elle ait pu être retenue.


Je ne jette donc pas la pierre, loin de là, à celles et ceux qui expriment leur opposition à l'opération telle qu'elle se profile – à supposer que cette fois,
contrairement à ses deux autres tentatives en France, Direct Énergie aille plus loin dans l'exécution que les plans et les maquettes.


Contester un projet ne veut pas dire cependant refuser l'idée sous-jacente – et il serait très utile en la matière de faire preuve d'un peu de réflexion originale
avant de répéter des poncifs serinés sans aucune preuve à l'appui par GASPARE et consorts.


La filière gaz est une de celle ayant les meilleurs rendements pour la production d'électricité en semi-base (une centrale comme celle « offerte » à
Landivisiau représente tout de même une demi tranche nucléaire, ou l'équivalent pour un foncitonnement à mi-temps de 2000 éoliennes, qui occuperaient autant d'hectares, 4 fois le lac de
Brennilis) avec près de 60% contre 40% pour le nucléaire. Il s'agit d'une technique très peu polluante, et le fait que les installations fonctionnent plus ou moins longtemps n'y change rien, la
dispersion dans l'atmosphère des quelques poussières non filtrées garantissant des retombées de proximité quasi nulles (c'est l'expérience des milliers de sites existant qui le montre, GASPARE ne
fournit aucune mesure crédible qui démentirait cela). La consommation en eau est très raisonnable – pour EDF il se serait agit à Brennilis de 40.000 m3/an soit l'équivalent d'une usine de
salaison de moyenne dimension rpésente sur la commune -, il n'y a pas de risque de brouillard ou de bronchite si l'on applique la technique EDF (ceci n'est malheureusement pas avéré pour la
technique Direct Énergie et la critique portant sur les tours aéro-réfrigérantes est fondée). Puis, je m'étonne d'ailleurs que personne ne traite de cette question parmi les défenseurs ou les
opposants au projet, il faudra bien trouver un moyen efficace d'assurer rapidement une transition industrielle si l'on veut commencer à sortir du nucléaire durant le quinquennat à venir, et les
centrales à gaz sont très bonnes pour cela.


C'est l'ensemble de ces éléments qu'il aurait été sain de garder présents à l'esprit avant de s'emballer en faveur d'une contestation attrape-tout dont, à mon
humble avis, le Parti communiste ou le Front de Gauche n'ont rien à espérer électoralement – le grand pourfendeur Troadec n'hésitant même pas à afficher d'ores et déjà son soutien décidé et
précoce à François Hollande.


Jean-Victor Gruat, 6 mars 2012.

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