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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 07:13

 

AGRICULTURE

 

   

GROUPE DES ÉLUS COMMUNISTES

 

Le feu en Bretagne? Mais pour quelle politique?

 

Réflexion de Gérard Lahellec sur la situation de l'agroalimentaire en Bretagne

15 octobre 2013

 

Ecotaxe : réadapter le dispositif et clarifier l'affectation de ses ressources

 

En 2009, sous le gouvernement Sarkozy-Fillon, la loi Borloo instaurait l'écotaxe. Il y eut certes quelques agitations, mais des promesses furent faites et on se contenta de peu; on se contenta d'une exonération de la RN164 et d'une baisse de 40% du taux appliqué en infrarégional. En réalité, tel le régulateur à boules de la machine à vapeur qui fut inventé pour éviter l'explosion, le monde économique accepta! Point de toxin, ni de sirènes à incendie à l'époque! Point de banderoles, ni autres autocollants à une époque pas si lointaine pourtant!

Vint le moment de la mise en oeuvre du dispositif «écotaxe» sous le gouvernement de gauche. L'exécutif du Conseil régional se mobilisa, interpella le ministre et les parlementaires bretons et ne ménagea pas ses efforts pour obtenir une prise en compte de la spécificité bretonne. Une des propositions de la Région fut de faire passer le taux de réduction de 40% concédé sous la droite à 50%! Sur cette proposition, l'exécutif régional s'est trouvé seul, peu soutenu par certains acteurs patronaux qui craignaient qu'une telle disposition remette en cause la loi et ses grands équilibres! Contre toute attente, le dispositif fut finalement retenu et nous valut tout de même, il y a peu de temps, l'expression d'une reconnaissance pour le bon travail qui avait été fait. Rappelons aussi, que c'est sur la base d'un travail important de conviction que nous avons arraché l'exonération de l'écotaxe pour la collecte de lait et quelques autres mesures encore.

Mais fondamentalement, c'est vrai, ceci ne modifie pas le sens d'une loi dont le grand défaut est de taxer le secteur de production, que le transport ait été ou non, soumis lui même à l'écotaxe. Autrement dit, tous les chargeurs pourront payer même lorsque le transporteur ne paie pas de taxe à l'État.

C'est insuffisant et insatisfaisant? Sûrement. Le dispositif envisagé est pénalisant et alors de deux choses l'une : soit on le retire, soit on l'aménage. Le Conseil régional n'ayant pas pour vocation de se substituer aux débats parlementaires, il ne lui appartient pas de statuer sur le maintien ou non d'un dispositif adopté par le Parlement. Mais des dispositions immédiates doivent être prises notamment pour exonérer de cette taxe en pré et en post acheminement les camions que l'on met sur les trains ou les navires. Il faut aussi clarifier la manière dont seront affectées les ressources de l'État pour financer les grandes infrastructures régionales (routes, ferroviaires, portuaires). Il faut enfin, à minima, clarifier le dispositif et le rendre totalement transparent.

Mais aujourd'hui, les portiques sont devenus l'exutoire autour duquel se

rassemblent tous les mécontentements de manière totalement indifférenciée. Malheureusement, ce ne sont pas les portiques qui sont responsables de la crise dramatique que traversent nos filières de l'agro-alimentaire.

 

 

Crise dans l'agroalimentaire : nécessité de réorganiser les filières en posant le principe du « juste prix »

Bref, ce qui arrive à GAD illustre le déclin de la filière. Ce dont la filière a besoin, c'est d'une stratégie de long terme avec des prix rémunérateurs pour les producteurs. Certes, depuis 2004, les groupements de producteurs ont opéré des rapprochements ; mais, du côté de l'abattage-découpe, la surcapacité industrielle s'est accrue et désormais le dumping social orchestré par l'Allemagne attire les industriels de l'agroalimentaire français et met en péril la filière porcine française dans son ensemble. Après certains pays du nord de l'Europe qui ont fait le choix de concentrer leur activité industrielle par l'acquisition d'abattoirs allemands, ce sont désormais plusieurs centaines de camions qui quittent chaque jour notre pays pour emmener les porcs se faire découper outre-Rhin.

Dans cet emballement de la concurrence mondialisée, on s'achemine vers une concentration inédite des unités de production agroalimentaires. Sur les 180 abattoirs environ que compte la France, seulement 10 d'entre eux produisent plus d'un million de tonnes par an. L'Allemagne, le Danemark et l'Espagne qui sont les plus grands producteurs d'Europe ont déjà affaibli toute la filière française en raison de leurs abattoirs géants. Il est donc clair que dans un marché de plus en plus ultralibéralisé, symbole d'une mondialisation où la concurrence est terrible, le modèle productif breton paraît bien petit tandis que dans les zones de France, plus montagneuses et à plus faible densité, tel que le Massif Central par exemple, la production a aussi chuté d'un quart en dix ans.

A cette situation s'ajoute le fait qu'en France, les législations ont renforcé les pouvoirs de la grande distribution qui, en développant la compétitivité de ses propres abattoirs, met aussi la pression sur les prix des produits qu'elle achète. Ainsi, il y a eu la LME, loi dite de «modernisation de l'économie», qui a renforcé le plein pouvoir des centrales d'achats. Ce fut également une oeuvre du gouvernement Sarkozy Fillon, mise en application nous disait on, pour réduire les prix et donc pour améliorer la situation des consommateurs. Curieusement, le pouvoir d'achat des consommateurs ne s'est pas amélioré, mais instantanément la situation de l'économie bretonne s'est dégradée, au point d'obliger nos entreprises de production de l'agroalimentaire de la pointe bretonne à livrer 27 fois par semaine les centrales d'achat de la grande distribution, là où elles ne les livraient que 9 fois par semaine auparavant.

Le gâchis économique qui en résulte est supporté par le secteur de la production et, curieusement, on n'en parle plus aujourd'hui. On n'en parle plus aujourd'hui, comme on n'en a pas parlé quand la mesure se mettait en place. Pourtant, cette disposition est néfaste pour notre économie et aberrante du point de vue écologique, puisque contraire à l'optimisation et à la mutualisation des transports. Quand la LME fut mise en place, le feu fut allumé mais la substance ultra libérale de celle-ci allait bien à certains de ceux qui s'agitent aujourd'hui. On observera d'ailleurs que de cela, ils ne parlent plus; c'est tout simplement parce qu'ils l'ont acceptée!

Ce dont nous avons besoin, c'est d'un nouveau modèle socio-économique pour développer une économie de production, rémunératrice du travail, créatrice d'emplois et aménageuse des territoires.

Cela passe par une ambition publique nouvelle pour favoriser une nouvelle organisation des filières de production en posant d'emblée «le juste prix» de la rémunération des producteurs et des salariés, les ambitions de développement pour les territoires et l'exemplarité sociale.

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