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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 18:27
Aujourd'hui, j'ai eu un nouveau contact avec le responsable du syndicat des VCP indépendants créé en mai 2011 que nous avons déjà rencontré avec une petite délégation du Front de Gauche au printemps dernier et avec qui nous sommes en contact régulier depuis.
Je rappelle brièvement la situation.
 
Les VCP indépendants sont les livreurs des journaux (vendeurs colporteurs de presse) vivant dans la précarité la plus totale. Les éditeurs peuvent se passer d'eux en un délai allant de 48 heures à 15 jours et ils n'ont pas le droit au chômage car ils ne peuvent cotiser aux Assedic.  
Ils sont 32000 en France mais ont du mal à se faire entendre car la plupart des médias, aux intérêts intriqués, ne trouveraient que des inconvénients à les laisser s'exprimer publiquement, et aussi à cause de leur précarité et de leur statut d'indépendants émiettés et parfois en concurrence rendant difficile l'organisation collective pour revendiquer des améliorations de leurs conditions de travail et de rémunération.
Ils font ce boulot par nécessité et il est très mal payé. Ils travaillent 362 jours sur 365 la nuit entre 1h et 8h le matin, utilisent leur voiture personnelle dont ils prennent eux-mêmes à leur charge tous les frais de réparation et d'entretien.
Ils ne touchent pas d'indemnité chômage, on l'a dit, ne peuvent avoir de congés payés, d'arrêts maladie, doivent payer des remplaçants quand ils sont malades en plus de leur perte de revenu.
Ils cotisent peu pour leurs retraites: de fait, les VCP ont un travail effectif de 2h à 5h de livraison. Le calcul des trimestres est basé sur le nombre de journaux vendus. De fait, les VCP n'ont que 1, 2 ou 3 trimestres validés par année pour la retraite. Ils sont donc condamnés la plupart du temps au minimum vieillesse et à travailler parfois jusqu'à un âge avancé. 
Ils réclament de pouvoir déclarer au choix au réel ou au forfait pour leur retraite et de garantir les prestations sociales pour les porteurs exerçant à titre principal en abaissant le seuil d'octroi des prestations de 200 h par trimestre (droit commun) à 100h et garantir le droit à la retraite complémentaire des porteurs à 100% des points cotisés quel que soit l'horaire travaillé. Cette mesure ne coûterait rien à l'Etat.
Ils cumulent souvent leur emploi peu rémunéré de VCP avec la distribution de pubs ou d'autres petits jobs pour augmenter leurs revenus (on gagne moins de 1000 euros net en travaillant tous les jours). 
Ils cumulent les désavantages du statut d'indépendant précaire avec une relation de subordination totale avec les organes de presse éditeurs qui décident de leurs tournées, de leurs horaires, ne leur laissent aucune marge d'initiative commerciale pour s'adapter aux besoins du client, en trouver d'autres par eux-mêmes...etc. 
Cette profession est la cinquième rue de carosse: il n'y a que les VCP du Télégramme qui sont organisés dans un syndicat indépendant, les autres VCP indépendants de la presse régionale peinant à défendre leur intérêt du fait de leur isolement, de la précarité de leur statut et de leur obligation pour se défendre d'adhérer à des syndicats inter-professionnels de la presse où leurs revendications sont mis en balance et parfois en concurrence avec celles des employés de la presse.
 
A force d'obstination, pour avoir frappé sans découragement ni fausse timidité à toutes les portes, le syndicat des VCP indépendants du Télégramme est parvenu à être reçu il y a 15 jours par le cabinet du premier ministre. On leur a promis qu'un représentant du syndicat des VCP indépendants serait partie prenante d'une table ronde avec des représentants du gouvernement, des syndicats interprofessionnels de la presse, et des éditeurs en vue de définir une charte et peut-être une convention collective pour encadrer les rapports avec les éditeurs et leur garantir des droits. Ce serait un net progrès si cela aboutissait à une convention protectrice pour les VCP, mais il faut aussi compter avec le pouvoir d'influence et de pression des patrons de presse, sans commune mesure avec celui des VCP.  
Le gouvernement est sensibilisé à la question de la distribution de la presse car 1600 salariés de la coopérative de distribution Prestalis pourraient être licenciés prochainement. Le gouvernement, dans le cadre de la préparation du budget 2014, pourrait mieux contrôler et réduire les aides au portage, à la presse, et les exonérations fiscales.
 
Mais les VCP du Télégramme ne veulent pas s'arrêter à cette première victoire et attendre une amélioration globale de leur situation sociale. Ils réclament dès maintenant une meilleure rémunération de la part du Télégramme.
Celui-ci a touché depuis 2009 8 millions d'euros de l'Etat au titre des aides au portage dont à peine 1 million a été reversé aux VCP. 
Non seulement il perçoit des subventions de l'Etat pour le portage comme les autres éditeurs mais il confisque une partie des rétributions qui devraient revenir aux VCP en ne reversant qu'une partie (40% je crois) de l'exonération fiscale prévue pour revaloriser l'activité des VCP.
Pire, à partir de 2009, pour toucher des aides de l'Etat à l'embauche en créant de nouveaux emplois précaires, le Télégramme aurait réorganisé les tournées des Vendeurs Colporteurs de Presse, certains se voyant amputé de 50 clients sur 300 et perdant ainsi à peu près 200€ par mois.
La récente augmentation de 5 centimes le numéro du prix du Télégramme n'a bénéficié que de manière très restreinte aux VCP (ceux-ci gagnent environ 48,43€ en plus par mois, quand le Télégramme gagne 276€ pour donner un ordre de grandeur). Si les VCP perdent 11 clients, ils perdent tout le bénéfice de l'augmentation qu'on leur a accordée.
Les revendications des VCP vis à vis du Télégramme se concentrent actuellement sur trois objectifs:
- avoir une indemnité kilométrique de 20 centimes d'euros aux kilomètres plutôt que de 13 centimes d'euros actuellement.
- augmenter de 1% le taux de commission par journal livré et passer ainsi (pour une tournée urbaine), d'un taux de 14,90% à un taux de 15,90%, l'éditeur prenant toujours 85% environ du prix du journal, comme pour la vente en kiosque, maison de la presse ou boulangerie.
- avoir une convention collective et une grille indiciaire sur laquelle se reposer pour faire valoir leurs droits et pour éviter l'opacité et la mise en concurrence dans la définition des taux de commission.
 
La direction du Télégramme, comme les autres éditeurs de presse employant des VCP, doivent écouter ces revendications légitimes.
 
Ismaël Dupont.
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