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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 18:34

Même un peu trop centré sur la personne de Mélenchon à qui l'on attribue toute la dynamique actuelle du Front de Gauche et peu sympathique pour le PCF qui n'y est pas pour rien, cet article, dans un des organes du social-libéralisme en France, indique une tendance... On l'espère qu'elle continue et  balaie tout sur ton passage pour permettre à une vraie gauche de changer la société.

 

melenchon-et-Pierre-Laurent.jpg

 

Le candidat du Front de Gauche qui appelle dimanche à une "marche pour la VIème République" séduit parmi toutes les sensibilités de la gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon monte en régime

 

Par Lilian Alemagna et Charlotte Rotman.

 

"Lui au moins, on comprend quand il parle". A chaque meeting de Jean-Luc Mélenchon, on entend la même phrase. Vu à la télé ou sur ses affiches rouges, le candidat du Front de Gauche joue à guichets fermés. Dimanche, il devrait réunir 30000 personnes à la Bastille. Une "marche pour la VIème République" de la place de la Nation jusqu'au lieu symbole des soirs de victoire de la gauche. Mélenchon doit y prononcer un discours sur le "changement de régime". Depuis le lancement fin juin de sa campagne, place Stalingrad à Paris, Mélenchon attire. Que ce soit pour ses discours ou pour donner le coup de main militant. Il a passé la barre des 10% dans les sondages et séduit désormais au-delà de l'électorat traditionnel du Front de Gauche (6% à 8% depuis les européennes de 2009). "Nous construisons une force politique. Elle se discipline. Elle acquiert des réflexes, une culture commune, explique le candidat. Notre horizon ne s'applique pas à une ou deux élections". En 2012, Mélenchon ravive les braises d'une gauche qui a dit non en 2005 au traité européen.

 

Des communistes enfin séduits.

Il y a encore un an, la candidature Mélenchon suscitait, dans les sections PCF, méfiance ou résignation. Aujourd'hui, l'"engouement des communistes pour le candidat est sans réserve, jure Pierre Laurent, chef du PCF. Même les plus rétifs au départ sont enthousiasmés et mobilisés". Dans les meetings, les drapeaux rouges du PCF figurent en bonne place. Les Jeunes communistes, pas réputés pour être fans de ce qui a été rose, montent désormais sur scène pour chanter l'Internationale avec Mélenchon. Les retraités reviennent goûter aux joies des campagnes. Les offensives du candidat contre le FN, la défense de la retraite à 60 ans et le SMIC à 1700 euros ont fini d'emballer les communistes. "Dans les études, on voit qu'il est beaucoup mieux accepté par les sympathisants communistes", confirme François Miquet-Marty, de l'institut Viavoice. Fini les soupçons d'OPA sur le PCF par l'ex-socialiste. "La confiance", si rare de ce côté de la gauche, permet d'alimenter la machine.

Des socialistes déçus.

Stephanie, 26 ans, en est un bel exemple. "Je retrouve chez Jean-Luc Mélenchon ce qui me plaisait chez Ségolène Royal: ils incarnent une nouvelle façon de faire de la politique". Ancienne dirigeante de Désirs d'avenir à Paris, elle bosse comme militante à l'Usine, le QG du candidat aux Lilas (Seine Saint Denis). A la Bastille, avec son panier, elle s'occupera de vendre des programmes du Front de Gauche. Comme Stephanie, ils sont nombreux les sympathisants PS à regarder ce qui se fait et écouter ce qu'il se dit du côté de l'ex-camarade parti en 2008. La progression du candidat Front de Gauche chez les cadres de la fonction publique ou les employés- dans une moindre mesure chez les ouvriers- démontre qu'il commence à attaquer le coeur de cible de l'électorat de Hollande. "Une partie des socialistes a déjà basculé vers Mélenchon, remarque en Hautes-Pyrénées la communiste Marie-Pierre Vieu. Le vote utile ne peut pas prendre quand Marine Le Pen est si loin derrière et que le risque du 21 avril s'éloigne". "J'en vois beaucoup qui sont séduits mais se demandent s'ils vont sauter le pas" ajoute Clémentine Autain, du Front de Gauche. Chez les ex-électeurs de Ségolène Royal, croisés en meeting, on brandit "l'autre vote utile". Pour "secouer" Hollande. 

Des écologistes en manque. 

Mélenchon séduit aussi dans les rangs verts. L'accord entre le PS et Europe Ecologie Les Verts (EELV) les ayant déçus, une partie des sympathisants écolos regarde ce qu'il y a derrière la planification écologique du candidat du Front de Gauche. Chez les jeunes qui viennent l'écouter, le discours sur le revenu maximum plaît autant que son référendum sur le nucléaire. "Les écologistes hésitent entre la fidélité et leur attirance pour le vote Mélenchon" dit Martine Billard, ex-verte devenue co-présidente du Parti de Gauche. Mais pour l'instant, les enquêtes montrent surtout un retour des électeurs EELV dans les rangs socialistes. 

Des anticapitalistes tous unis. 

Ils devraient être nombreux les anciens électeurs d'Olivier Besancenot ou de José Bové à voter Jean-Luc Mélenchon. Mais si son costume de républicain bleu blanc rouge et sa Marseillaise en fin de meeting peuvent rebuter, il attire une frange de la mouvance anticapitaliste et altermondialiste. "Il est en train de rajeunir son électorat, fait remarquer Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA. Il touche les précarisés qui constituaient une partie de l'ancien électorat de Besancenot." Et à 10%, il occupe, à lui tout seul, presque tout l'espace électoral de la gauche radicale. 

Des abstentionnistes conquis. 

C'est le "coeur de cible" de Mélenchon. Ceux qui ne sont "plus latéralisés", dit-il. "Dans cette élection, 30% des gens voteront à gauche, 30% à droite, repète t-il à ses troupes. Au milieu: 40% qui ne se définissent plus selon les codes politiques traditionnels". "La bonne nouvelle pour François Hollande, estime Jérôme Sainte-Marie, c'est qu'il est en train de sortir les gens de l'abstention". "Plein de gens vont se décider dans la dernière ligne droite, notamment les plus éloignés de la politique", pointe François Delapierre, directeur de campagne de Mélenchon. On sent qu'on peut percer dans cet électorat là", surtout avec l'égalité du temps de parole. Tirant sur sa cravatte rouge, le candidat prévient: "Vous avez-vu arriver les premières vagues. Il y en a d'autres qui arrivent". 

 

 

L'OPA Bastille du Front de Gauche. 

 

 Espérant réunir 30000 personnes lors d'une marche dimanche, Mélenchon veut frapper un grand coup. 

 

En montant sur la scène, dimanche place de la Bastille, Jean-Luc Mélenchon aura un regard particulier, à sa gauche, vers le faubourg Saint-Antoine. "A 100 mètres à vol d'oiseau se trouvait la brasserie de Santerre, rappelle t-il tout sourire. Je boucle la boucle. "

Quand il était jeune étudiant trotskiste-lambertiste à Besançon dans les années 70, le candidat du Front de Gauche avait choisi comme blaze (pseudonyme) le nom d'Antoine-Joseph Santerre. Le 14 juillet 1789, ce brasseur parisien fut de ceux qui prirent la Bastille. Mélenchon se nourrit de symboles. Sa prise de la Bastille en est un. Faire un discours le jour anniversaire du soulèvement de la Commune à Paris en est un autre. Commandant de la garde nationale, Antoine-Joseph Santerre a oeuvré à la fin de l'Ancien Régime en conduisant Louis XVI à l'échafaud. Mélenchon, lui, se rêve en "dernier président de la Vème République", convoquant une Constituante sur le modèle des "révolutions citoyennes" d'Amérique du Sud, et veut "en finir avec la France de la monarchie quinquennale républicaine". 

Joyeux. Mais ce dimanche, ce n'est pas un peuple en armes qui investira les deux kilomètres de parcours entre les places de la Nation et de la Bastille. Cette "répétition générale" d'une "insurrection dont le rendez-vous opérationnel est le vote à l'élection présidentielle", comme Mélenchon qualifie l'évènement, doit prendre les allures d'un "rassemblement joyeux" insiste t-on au Front de Gauche. Des militants avec leurs drapeaux rouges venus en car de toute la France, ces salariés appelés à marcher "en tenue de travail", des délégations d'entreprise en lutte, des chanteurs juchés sur leur camion... "C'est la première fois que s'organise en pleine campagne électorale une manifestation politique avec un mot d'ordre qui est celui d'un changement de régime", se rejouit Mélenchon. A l'arrivée, son discours dos à l'Opéra doit durer moins d'une heure. Une ode à la "VIème République" en insistant sur les nouveaux droits à conquérir: "de la personne, sociaux, politiques, écologiques". 

Vieux guerrier.   Mélenchon ne pouvait rêver meilleur timing pour sa démonstration de force. Longtemps coincé sous la barre des 10% dans les sondages, il a passé ce qu'il appelle le "seuil de crédibilité". Il pensait y arriver en février, mais ne va pas se plaindre d'être en dynamique et l'objet d'attentions médiatiques lorsqu'il prend la Bastille. "Il n'y a rien de plus fragile qu'une mode, tempère t-il. Notre affaire n'est pas un champignon, elle s'est construite progressivement" . L'ex-sénateur PS, 60 ans l'été dernier, se dit "trop vieux guerrier pour se laisser attraper par les paillettes".

Mais lorsqu'il voit François Hollande dégainer sa proposition de taxer à 75% tous les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an, puis Nicolas Sarkozy reprendre à son compte son choix de "faire payer la différence" aux exilés fiscaux, il ne peut s'empêcher de "jubiler": "Je suis gramscien, celui qui construit l'hégémonie culturelle a gagné". Cette "opération de contamination des autres", il "vit ça comme un triomphe" et veut en profiter pour progresser sur l'échelle de la "crédibilité".

Hollande "le concurrent" et ses 75%? "Il a tout juste oublié que ça faisait une marge de 30 points entre ses deux dernières tranches"!" Sarkozy? "Ceux qui vont être taxés, c'est justement ses copains! Pas les miens!" a t-il lancé devant plus de 8000 personnes réunies, mercredi soir, à Clermont-Ferrand. Quand au vote utile sorti par les socialistes pour contenir l'intérêt que suscite l'ex-camarade, Mélenchon conte le contrer en ressortant l'exemple de 1981: "Le "Vieux"  (Mitterrand) était à 3 points derrière Giscard au premier tour, et ça ne l'a pas empêché de gagner au second!". A l'époque, le PCF était représenté par Georges Marchais: il avait fait 15%.

Mélenchon navigue pour l'instant dans les eaux électorales de la gauche radicale. A la différence- de taille- qu'il est tout seul là où les candidats se distribuaient les voix en 2002 et 2007. "Même s'ils me brisent, avertit le député européen, il restera qu'on aura été à 11%. Que c'est possible". Là où le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) s'est vautré, l'ancien socialiste a réussi, avec un PCF pourtant aux abois, à faire décoller une force politique à gauche du PS qu'il avait sentie dans la campagne du Non au référendum européen de 2005.  "De meeting en meeting, je réalise l'acte de naissance politique et culturel d'une nouvelle force", insiste t-il.

Après la Bastille, Mélenchon compte sur "deux repliques" dans deux villes "à forte concentration ouvrière et révolutionnaire". Toulouse, place du Capitole le 5 avril, et Marseille, au centre-ville le 14 avril. Entre-temps, ses lientenants appeleront à décliner le principe des "marches" à l'échelle locale. Le mot d'ordre "occuper les places"...

 

Lilian Alemagna.   

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