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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 08:32

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Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis 29 ans, a obtenu le 21 novembre dernier un avis favorable de la justice française à sa demande de libération, assorti d'un arrêté d'expulsion du territoire français signé par le Ministre de l'intérieur. Cet arrêté n'a pas été signé par Manuel Valls et le Tribunal d'application des peines a reporté sa décision au 28 janvier, puis au 28 février dans l'attente d'une décision.

Les autorités libanaises ont demandé des explications à l'ambassadeur de France. Le Premier ministre libanais a qualifié ce report « d'injustifiable ». Cette situation suscite de l'incompréhension, une vive émotion au Liban car Georges Ibrahim Abdallah, libérable depuis des années, fait manifestement l'objet d'un traitement d'exception. Et ce serait sous pression de l'administration américaine que Manuel Valls n'aurait pas signé l'arrêté d'expulsion.

Qui est ce Georges Ibrahim Abdallah, quelle est son histoire, pourquoi est-il toujours enfermé dans la prison de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées?

 

Biographie

Georges Ibrahim Abdallah est né le 2 avril 1951 à Al Qoubaiyat au Liban.

Son engagement politique débute dans les rangs du Parti social nationaliste syrien (PNSS) pour rejoindre ensuite le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP). Il est blessé lors de l'invasion israélienne du Sud Liban en 1978. Il est un proche de Georges Habache, le leader du FPLP, et prend la tête des Fractions armées révolutionnaires libanaises.

 

L'Arrestation

Il a été arrêté par les autorités Françaises le 24 octobre 1984 (après qu’un groupe du Mossad et des agents libanais l’eurent suivi à Lyon), pour détention d’un vrai-faux passeport algérien au nom d’Abdelkader Saâdi et condamné, en 1986, à quatre ans de prison.

Le 23 avril 1985, les FARL enlèvent Gilles Sidney Peyrolles, attaché culturel de la France à Tripoli, et réclament la libération de leur chef. Yves Bonnet le patron de la DST, de l'époque, négocie avec les services secrets algériens (directement avec le colonel Lakehal Namat, directeur central de la Sécurité militaire et le commandant Smaïn Lamari, directeur de la sécurité intérieure algérienne): l'échange est sur le point d’aboutir.

Le jeune conseiller culturel est finalement libéré début avril contre la promesse d'une expulsion d'Abdallah vers l'Algérie. "L’otage a été libéré, mais Abdallah est resté en prison. On s’est conduit comme des voyous, la France n’a pas tenu parole, dit l’ex-directeur de la DST, j’étais pour ma part, personnellement disposé à tenir nos engagements", conclut-il.

Les autorités françaises étaient alors soumises à une pression directe des États-Unis. Le président américain Reagan lui-même aborda le sujet du procès de Georges Ibrahim Abdallah lors d’une rencontre avec le président français Mitterrand. De nombreuses immixtions américaines s’étaient exercées pour pousser les autorités françaises à ne pas relâcher Georges Ibrahim Abdallah. Les États-Unis s’étaient constitués partie civile dans le procès.

 

En 1986, le cas de Georges Ibrahim Abdallah se complique quand un mystérieux Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes (CSPPA) exige sa libération et commet des attentats faisant 13 morts, dont celui de la rue de Rennes, devant le magasin Tati, en septembre. Les médias se déchaînent et pointe les FARL. La tête des quatre frères de Georges Ibrahim Abdallah, de Jacqueline Esber et de sa sœur Caroline, des sœurs Fayouz et Ferial Daher et de Selim El Khoury, tous membres des FARL, sont mises à prix. Des militants du Parti communiste libanais (PCL) sont expulsés vers le Liban. En fait, ces attentats ont été commis par un groupe islamiste qui sera démantelé en mars et juin 1987, dirigé par le Libanais Anis Naccache, lié aux services iraniens où est impliqué un diplomate de l’ambassade d’Iran à Paris, Wahid Gordji.

 

Du coup, la donne change. «Les frères Abdallah ne sont pour rien dans l’attentat de la rue de Rennes», rapportait Libération du 16 septembre 1986, citant des sources policières. Ces faits nouveaux auraient dû conduire à une révision de son procès. Il n’en a rien été. Car, comme l’écrivait l’Humanité du 13 mars 1987, «tout a été fait pour associer dans l’esprit des Français le nom d’Abdallah au terrorisme (…) et notamment à la vague d’attentats de septembre 1986».

En fait, le sort du militant libanais avait été scellé lors de la rencontre entre les présidents Mitterrand et Reagan à Washington, en juillet 1986.

 

Il fallait un exemple et, surtout, il ne fallait pas le «laisser filer au mépris de la loi», écrivait alors le Nouvel Observateur qui, à l’instar de nombreux médias, s’opposait à la libération d’un «terroriste» que l’Express qualifiait de «successeur de Carlos»!

 

C'est dans ce contexte, alors que Georges Abdallah est incarcéré, que la Direction de la surveillance du territoire (DST) annonce la « découverte » d'une arme dans un appartement loué en son nom, prétendant que celle-ci avait été utilisée dans l'attentat contre le colonel Charles Ray, attaché militaire américain à Paris le 18 janvier 1982 et l'agent du Mossad Yakov Barsimantov, "diplomate" israélien le 3 avril 1982..

 

Le premier mars 1987, les autorités françaises jugèrent une deuxième fois Georges Ibrahim Abdallah sur base de cette "découverte" tardive et miraculeuse.

Un verdict de condamnation à perpétuité pour complicité d'assassinat fut prononcé bien que le procureur général n'ait requis qu'une peine de dix ans d'emprisonnement.

Pour ce procès, les autorités françaises avait constitué un tribunal spécial antiterroriste pouvant prononcer ses verdicts sur la base des données fournies par les services secrets, sans avoir recours aux preuves juridiques ou aux témoins, contrairement aux codes de procédure. Absolument personne ne s’était présenté en témoignage de l’implication de Georges Abdallah dans tout ce qu’on lui attribuait comme charges.

 

 

La Justice?

 

Depuis 1999 (ou il a purgé la totalité de sa peine de sureté), la libération de Georges Ibrahim Abdallah ne requiert pas de recours en grâce particulier, elle est possible juste par un simple arrêté administratif du Ministère de la Justice, conformément au code pénal français qui rend cette libération possible après quinze années d’incarcération.

À la fin des années 1990, Yves Bonnet s’est personnellement rendu au Syndicat de la magistrature pour plaider la cause d’un homme qui doit le "maudire" du fond de sa cellule. "J’ai été reçu par quatre magistrats qui m’ont prêté une oreille attentive avant de m’éconduire poliment, regrette-t-il. Ils m’ont expliqué qu’une prétendue conversion à l’islam de Georges Ibrahim Abdallah avait fait de ce chrétien un dangereux propagandiste islamiste, ce qui rendait sa libération impossible".

En mars 2002, sa demande de libération est rejetée.

En août 2002, en solidarité avec les prisonnières palestiniennes détenues à Neve Tirza, en grève de la faim pour dénoncer les humiliations quotidiennes dont elles font l'objet dans les geôles sionistes, Georges Ibrahim Abdallah et plusieurs dizaines de prisonniers détenus à Moulins refusent le repas de l'administration pénitentiaire. Cette initiative lui a valu d'être, avec deux autres détenus, prétendus "meneurs" placé plusieurs mois à l'isolement, à la prison de Fresnes en septembre 2002.

En novembre 2003, la juridiction de la libération conditionnelle de Pau a ordonné sa remise en liberté à condition qu'il quitte définitivement le territoire pour le 15 décembre. C’était compter sans les pressions extérieures. Notamment celle des États-Unis, partie civile dans ce dossier puisqu’un de ses «diplomates» avait été abattu. Sur ordre de Dominique Perben, alors ministre de la justice, le Procureur général de Pau fait appel de cette décision, saisissant de facto la juridiction nationale. La juridiction nationale de libération conditionnelle a rendu son verdict le 15 janvier 2004, en décidant le maintien en prison de Georges Ibrahim Abdallah, décision conforme aux conclusions de l’avocat général et au souhait du ministre…

Il présente une nouvelle demande de libération conditionnelle, en février 2005. Le Tribunal de Grande Instance de Tarbes, présidé par le même juge qui avait statué positivement à la première demande de libération en 2003, rejette cette nouvelle demande en septembre 2005.

L'appel de cette décision, introduit par Georges en septembre 2005, est rejeté en février 2006.

 

Le 6 février 2007, Georges Ibrahim Abdallah dépose une nouvelle demande de libération conditionnelle. Rappelons que maintenant en France la justice d’exception s’effectue par Vidéoconférence. L’accusé est seul, ou avec son avocat, face à des caméras dans son lieu de détention, entouré de gardiens. Les juges, avocats des parties civiles, procureur quant à eux siègent à Paris dans les locaux du Palais de Justice. Le 6 février, personne ne savait faire fonctionner les caméras ! L’examen de la demande a donc été repoussé après les vacances judiciaires, au 4 septembre. Après un nouveau report, la demande sera rejetée le 10 octobre 2007.

 

Georges Abdallah fait appel.

En décembre 2007 a lieu l'examen en appel de la demande. La décision annoncée une première fois pour janvier 2008 est reportée en avril 2008. Entre-temps la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté entre en application. En avril 2008, la justice décide d'appliquer rétroactivement la nouvelle loi et envoie, en août 2008, Georges Abdallah au Centre national d'observation de Fresnes pour une période de six semaines à l'issue de laquelle une commission pluridisciplinaire devra donner son avis. En décembre 2008, il est notifié à Georges Abdallah que son dossier sera étudié le 22 janvier 2009. Le 8 janvier 2009 l'audience est de nouveau reportée au 26 mars 2009.

Peu de temps avant l'audience, la commission pluridisciplinaire rend son avis, défavorable, au motif que Georges Abdallah "a des convictions politiques intactes et très solides". Le 26 mars, la chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Paris a finalement réexaminé la demande de Georges Abdallah et a mis en délibéré sa décision au 5 mai 2009.

Le 23 avril 2009, le ministre libanais de la justice, Ibrahim Najjar remet à son homologue française, Rachida Dati, en visite officielle au Liban, un dossier sur Georges Abdallah.

 

Dans une entrevue à La Dépêche du 7 janvier 2012, Yves Bonnet, directeur de la DST au moment de l'arrestation, parle d'anormalité et de scandaleux le fait de maintenir encore emprisonné Georges Ibrahim Abdallah. Il considère par ailleurs qu'« il avait le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance. Après, on ne peut pas être d'accord, c'est un autre débat. Mais il faut se souvenir du contexte, aussi, des massacres de Sabra et Chatila dont les coupables n'ont jamais été punis. Et aujourd'hui, la France garde cet homme derrière les barreaux alors qu'elle a libéré Maurice Papon ? »[

Yves Bonnet estime d'ailleurs que Washington et Tel-Aviv militent encore pour que l’ex-dirigeant des FARL ne recouvre pas la liberté. "La France a subi tout au long de cette affaire d’énormes pressions diplomatiques pour que celui qui a assassiné non pas des diplomates mais en réalité un agent de la CIA et un membre du Mossad (services secrets israéliens) reste en prison", précise-t-il.

 

Il pense ainsi à une vengeance d'état, « c'est absolument lamentable » conclut-il.

 

Le 21 novembre 2012, le tribunal d’application des peines a, une nouvelle fois, accordé la libération de Georges Abdallah, assortie d’un arrêté d’expulsion du territoire français. Ce dernier doit être signé par le Ministère de l’Intérieur.

 

Mais en vain car encore une fois le Parquet a fait immédiatement appel de cette décision. En attendant le jugement du 10 Janvier 2013, Georges Abdallah reste incarcéré une fois de plus à la prison de Lannemezan.

Le 10 janvier 2013, la chambre d'application des peines de Paris qui examinait l'affaire en appel, accède à sa huitième demande de libération, en la conditionnant à un arrêté d'expulsion du territoire français que le ministère de l'Intérieur doit impérativement prendre d'ici le 14 janvier.

L'ambassadeur des Etats-Unis en France a dit "regretter" la décision du tribunal et espère qu'elle sera annulée.

"Je regrette la décision prise aujourd'hui par le tribunal d'application des peines d'accorder la liberté conditionnelle au terroriste reconnu coupable, Georges Ibrahim Abdallah", écrit Charles Rivkin dans un communiqué.

 

Lundi, 14 janvier 2013

Maître Vergès est convoqué au ministère de l’intérieur pour se voir notifié officiellement la décision d’expulsion du territoire de Georges Abdallah vers le Liban le jour même.

Mais, le Ministre français de l’intérieur ayant refusé de signer la remise en liberté de Georges Abdallah, les juges lui auraient accordé un délai supplémentaire jusqu’au 28 janvier 2013 pour appliquer la décision du tribunal.

 

Vendredi 18 janvier 2013

Christiane Taubira, ministre française de la justice, vient de saisir la Cour de cassation pour statuer sur la décision de la Cour d’appel de remise en liberté conditionnelle de Georges Abdallah. Ce qui révèle une nouvelle fois la soumission du gouvernement français aux pressions des Etats-unis d’empêcher la libération de Georges Abdallah.

 

Georges Ibrahim Abdallah 2

Toujours le vendredi 18 janvier 2013,  le Président de la République s'adresse aux Magistrats de la Cour de cassation:

"Vous êtes les gardiens de la loi", "Il n’y a pas de justice sans indépendance des juges, c’est ma responsabilité de président de la République d’y veiller", a-t-il également insisté, soulignant que la Constitution lui "en confère la charge" et qu’il "entend l’assumer pleinement".

 

Michel Sleimane, président de la République libanaise :
"
Nous regrettons le refus de remise en liberté de Georges Abdallah.
J’ai reçu le représentant de la France au Liban et je lui ai confié les courriers qui conviennent à l’intention des Autorités françaises
"

 

Lundi 28 janvier 2013

L’audience prévue ce lundi 28 janvier 2013 pour statuer sur sa libération conditionnelle a de nouveau été reportée au 28 février 2013 en raison d’un nouvel appel du parquet.

 

Vous avez dit justice?

 

Ibrahim Abdallah est un résistant arabe qui a été condamné dans des conditions inacceptables, au terme d'un procès d'exception inéquitable. Il est retenu arbitrairement en France alors qu'il est libérable pour des raisons purement politiques: à savoir pour complaire aux Etats-Unis et à Israël.  Il est temps que cette lâcheté et cet acharnement de l'Etat français cessent: il faut libérer immédiatement Georges Ibrahim Abdallah et interpeller nos ministres, députés, et président socialistes pour qu'ils prennent leurs responsabilités vis à vis du droit !

 

Yves Abramovicz

 

 

 

 

 

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