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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 10:32

A Gad Lampaul Guimiliau, la bataille pour la sauvegarde des 900 emplois s'opère sur trois plans complémentaires, juridique, politique et social.

Sur le terrain juridique, les salariés et leurs représentants syndicaux veulent gagner du temps et empêcher la CECAB de mettre en oeuvre rapidement le plan de continuation prévoyant la fermeture du site de Lampaul et le licenciement sans indemnités significatives de ses 900 salariés, plan signé par le représentant CFDT du site de Josselin dans l'espérance d'un maintien de ce dernier abattoir en cas de validation du plan de continuation. Le plan de continuation de la CECAB qui prévoit la possibilité de redresser l'activité viande du groupe en ne gardant que l'abattoir de Josselin est basé "sur un tissu de mensonges" pour les syndicalistes FO de Gad Lampaul Guimiliau qui l'ont examiné avec soin.

Celui-ci est loin d'être acquis car la CECAB a 40 millions d'Euros de dettes sociales et fiscales sur ses abattoirs de Lampaul et de Josselin, et il est  peu probable que l'Etat soit prêt à les annuler. C'est d'ailleurs tout à fait normal car il n'y a pas de raison de faire des fleurs à un groupe qui se goinfre d'argents public et entend prospèrer au jeu des ouvertures-fermetures de sites sans prendre la responsabilité de poursuivre ses activités viande et légumes en dehors du Morbihan, alors que des profits importants ont été engrangés au profit des actionnaires au détriment de la production et que les process, la marque, les certificats ont été captés par la Cecab).

Cela se traduit par le dépôt déjà effectué de quatre plaintes pour délits d'entrave (rétention de documents pour dissimuler la situation économique de la boite, les intentions de la direction; pas de convocation réglementaire; dénonciation du périmètre de licenciement). Via le CHSTT, il y a encore sans doute d'autres possibilités juridiques de gagner du temps. Normalement, le site de Lampaul Guimiliau ne devrait donc pas fermer le 21 août, comme la CECAB le voulait. 

Ce serait déjà une première victoire qui permettrait de se donner plus de chances, soit de trouver un repreneur, soit de ficeler un dossier de reprise d'activité en coopérative ouvrière.

 

Cela a été l'annonce choc de la semaine passé: Maître Philippe Brun, l'associé de Dominique Le Guilloux Rodriguez, l'avocat qui a sauvé Sea France, transformée en SCOP sur un projet du syndicat CFDT, a annoncé qu'il préparait un dossier SCOP à Gad, qui devrait s'adosser forcément pour être viable à un soutien des producteurs, voire d'investisseurs locaux, et surtout à un soutien du gouvernement pour que l'éventuelle future coopérative ouvrière bénéficie soit du soutien de banques régionales, soit, ce qui serait encore mieux, du soutien de la banque publique d'investissement créée par Montebourg. 

Idéologiquement, bien sûr, on ne peut qu'être séduit par ce projet de reprise en main de leur outil de travail par les salariés qui ont donné tant d'années à la boîte, qui ont fait gagner des millions à la famille Gad et qui payent aujourd'hui trois ans de gestion calamiteuse de la Cecab, dont on ne peut exclure qu'elle ait décidé dès le départ de se débarasser du site rapidement.

Il y a chez les ouvriers la discipline, le sens du travail et du collectif, les compétences nécessaires pour gérer un abattoir qui représente un atout économique indispensable pour la région, justifiant un soutien public permettant de passer les premières difficultés de l'investissement initial à réaliser et de 3 ou 4 ans d'années difficiles à prévoir encore.

En SCOP, l'abattoir pourrait se tourner davantage vers la qualité, comme c'est prévu à Saint Nazaire où  les syndicalistes espèrent une reprise en main du petit abattoir que la CECAB veut fermer par la Biocop pour faire du moyen et du haut de gamme.

Surtout, les profits n'iraient pas dans les poches d'un investisseur privé - et dieu sait s'il y a des patrons "voleurs" qui ne pensent qu'à s'enrichir dans le milieu de la viande - mais pourraient être réinvestis dans l'outil de production, les salaires, les formations, l'amélioration des conditions de travail.

Il y a dans le pays un certain nombre de SCOP qui se portent très bien: ici, ce qui ferait difficulté, ce serait surtout la conjoncture de la crise porcine (sous-alimentation des abattoirs liée à la concurrence allemande, à la faible rentabilité des exploitations pour les éleveurs à cause de la pression sur les marges de la grande distribution, de la hausse du coût de l'aliment et des nouvelles normes sanitaires et écologiques - nécessaires, et sur lesquelles il est à craindre que l'on revienne- qui se traduisent par des contraintes d'investissement auxquels tous ne sont pas prêts ou capables de faire face).

La difficulté dans le cas présent pourrait venir davantage des responsables politiques, des banques et de la grande distribution qui ne voudraient pas de ce projet de coopérative ou n'y croieraient pas, et de l'environnement très concurrentiel en Bretagne et en Europe, dans un contexte où certains producteurs peuvent jouer les uns contre les autres et envoyer leurs bêtes au plus offrant. Nénmoins, les syndicalistes FO de Gad sont confiants par rapport au soutien des éleveurs sur le court terme: ceux-ci n'ont pas intérêt à ce qu'il n'y ait plus d'abattoir de proximité sur le Finistère, car c'est ensuite l'élevage qui va s'exporter, toujours pour des raisons de compétitivité et de coût du travail, maîtres mots de ce capitalisme sauvage et inhumain.

 

Les salariés ont bien accueilli cette idée de créer une coopérative ouvrière. Pourquoi? Parce ce que cela leur montre, et c'est vrai, qu'ils ont les toujours les cartes en main, qu'ils ont une alternative en cas d'absence de repreneurs, qu'ils peuvent tout à fait faire sans les capitalistes si on ne prévoit pas de soutenir la prolongation de cette activité vitale pour eux (leur gagne-pain), la région et nécessaire à l'agriculture française.

 

Néanmoins, les syndicalistes ne mettent pas tous les oeufs dans le même panier et continuent à attendre des choses de leur appel à des investisseurs qui pourraient reprendre le site et lui permettre de subsister. Ils mènent des démarches de leur côté et des ministres et des députés PS de la région leur ont dit qu'ils faisaient aussi le tour des acteurs du capitalisme breton et de la filière viande pour les convaincre de suppléer à la défaillance de la CECAB et d'investir dans un secteur qui, si certaines actions amorcées (révision du rapport de force entre agriculteurs et grande distribution via des négociations imposées, assouplissement de certaines normes dans l'élevage, dénonciation au niveau européen du dumping social des abattoirs allemands) portent leurs effets, pourrait aller mieux dans quelques années.

C'est le volet politique de la lutte des syndicalistes de GAD qui passe par l'interpellation de tous les décideurs et responsables de la région, et ils ont le soutien sans défaillance de maires locaux très investis comme celui de Lampaul-Guimiliau, qui, tout étant de droite, a des discours enflammés contre le système qui produit cette faillite et ceux qui sacrifieraient volontiers cet outil de travail.

 

Ce qui peut motiver les politiques, c'est aussi la résolution et la capacité d'action des salariés de GAD, qui ont fait corps à plusieurs reprises avec les producteurs, les Jeunes Agriculteurs et qui sont décidés, non à vendre très chèrement leur peau, mais bien à garder le site et leurs emplois.

Ils sont intervenus lors de l'étape du Tour de France à Saint Malo, ont montré leur colère aux réunions de la Cecab à Vannes, à Rennes, ont défilé jusqu'au siège de Prestor, sont prêts à d'autres actions pour montrer combien ces emplois doivent absolument être sauvés et combien ils sont déterminés à tout faire pour qu'ils le soient. Ce ne sont pas des flambées de violence sans lendemain, ce sont des actions collectives disciplinées, déterminées, qui n'excluent pas le fait que les salariés continuent à travailler sans baisse de rythme, malgré l'inquiétude et le dégoût vis à vis de l'employeur, car ils ne veulent pas lui donner de prétexte pour hâter la fermeture du site en sabotant le travail ou en faisant grève. La semaine passée, quand le maire de Lampaul est venu à l'usine, 650 personnes sur 850 ont débraillé pendant une heure, mais ils ont tous ensemble repris le travail ensuite, sans aucun retard, et les tâcherons les ont aidé à terminer le boulot en temps et en heure.

 

Selon des acteurs, il n'avait jamais eu autant de solidarité, de cohésion, de sens du collectif et d'attention aux enjeux économiques et sociaux dans l'entreprise. Chaque journée de lutte apporte son lot de bonnes surprises, de joies, de déceptions et d'inquiétudes nouvelles. Dans la menace de perte d'un emploi auquel ils ont beaucoup sacrifié, ces hommes sont plus que jamais acteurs de leur destin, décidés à ne rien faire pour faciliter la tâche de ceux qui veulent les mettre sur la paille, condamner une région au sinistre social et tant de couples et de familles au chômage et à l'avenir bouché.

 

Gad doit vivre...

Le Parti Communiste et le Front de Gauche sont pleinement au côté des salariés de GAD dont l'avenir se joue cet été. Ils doivent recevoir le soutien qu'ils méritent du côté des politiques aux responsabilités et des acteurs économiques de la région. Hors de question de se résigner à un énième plan de licenciement massif aux conséquences humaines désastreuses.       

 

Le journal l'Humanité, avec Libération il ya 15 jours, est d'ailleurs un des rares titres de la presse nationale à alerter sur la nécessité de sauver cet abattoir et l'agro-alimentaire breton, et surtout à porter la voix des salariés.  

 

manifestation-le-16-mars-2013-a-landivisiau-de-salaries-de- 

 

          

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commentaires

D

Je suis assez en accord avec le contenu de ce billet mais ayant oeuvré pendant près d'une décennie dans la mouvance de la CGSCOP, je connais les difficultés et les limites d'une reprise en SCOP.


Voici toutefois ma contribution au débat, mais pour ne pas alourdir ce commentaire je n'y mets que le lien vers le blog que j'anime de temps en temps


http://guizien.blogs.letelegramme.com/archive/2013/07/11/gad-en-scop-faut-voir-468344.html


En espérant ainsi être utile à la réflexion collective.

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