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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 16:53


Keny_Arkana-Live_TV-Prix_constantin: Le "Nettoyage au Karchër", défi jeté à la sale trogne de Sarkozy lors des cérémonies du prix Constantin à la télévision:  

 

C'était samedi soir. Un immense moment d'émotion au Roudour de Saint Martin des Champs, qui a connu sans doute peu de concerts aussi "chauds" et chaleureux.

Devant 1100 personnes venus de toute la Bretagne et même pour certains, du sud de la France, la rappeuse contestataire marseillaise d'origine argentine Keny Arkana, née en 1982 et depuis quelques années une égérie des milieux alternatifs, alter-mondialistes et anti-capitalistes, a déployé avec beaucoup de charisme et de générosité toutes les facettes de son immense talent de chanteuse et de parolière au service de la fraternité et de la révolte collective contre le désordre capitaliste mondial, l'irresponsabilité des puissants qui mettent le monde à feu et à sang, détruisent la nature, la dignité humaine et les liens sociaux au profit de leurs intérêts financiers. Son appel à la fraternité humaine, résistance, à la mobilisation collective, au refus de la résignatuion, à la lucidité face à nous autres qui "avons peur de la liberté" alors qu'on réprésente la force et le nombre, ont été entendus... Mais "ce n'est pas que des mots" comme elle dit avec du sourire et de la gravité...  

 

Keny-Arkana.jpg 

 

Des paroles de lutte entraînantes et souvent tellement justes dont je voudrais ici en délivrer un petit florilège issu de l'album "Désobéissance" pour faire découvrir un rap intelligent qui traque le sens plus que l'effet, tourne le dos au cynisme, à la vulgarité, à la consommation ostentatoire et au nihilisme:

 

Réveillez-vous

 

Ca pleut l'injustice, et la tempête est programmée

Tout va de plus en plus vite, oui la guerre est proclammée

Une guerre glaciale, de moins en moins discrète

Qui s'attaque aux plus pauvres et à ceux qui refusent d'intégrer la disquette

On divise la populace, on instaure l'état policier

Sors des rangs, et tu mangeras la matraque de l'officier

Nouvel ordre officieux, le terrorisme officiel

N'est qu'un outil pour instaurer la surveillance et la peur

Eteins ta télé, et leurs émissions d'arriérés

Eteins ta télé, avant de finir complètement aliéné

Propagande de peur pour une soumission offishal

Métro, boulot, dodo, biométrie et fichage...

 

Réveillez-vous, ils nous ont déclaré la guerre

Réveillez-vous, peuples du monde et enfants de la Terre

Réveillez-vous, avant le point de non-retour

On aura besoin de tout le monde, tout le monde, tout le monde, tous

Réveillez-vous, car demain sera pire encore

Réveillez-vous, avant qu'ils nous mettent des puces dans le corps

Réveillez-vous, c'est nos vies qui sont en jeu

Réveillez-vous, réveillez-vous

 

Ordre mondial

 

Je suis là, partout, j'ai resséré les murs

J'ai imposé ma surveillance, caméra partout dans les rues

J'ai approfondi les frontières, un rempart pour le Tiers-Monde

Un champ de tir pour les sans faf, histoire que les affaires montent

Je ne défends pas l'être humain, je défends les capitaux

J'instaure les règles du commerce en faveur des occidentaux

Je suis l'art de piller, en faisant croire qu'on ne vole rien

Au service de la croissance, les droits de l'homme j'en rigole bien

Je me cache derrière des idéologies pour que l'opinion soit d'accord

J'ai imposé la biométrie sur vos passeports

(...)

Je contrôle vos esprits par le biais des médias, vous êtes à ma merci

Les pieds embourbés dans l'inertie

Car vous vous croyez libre, mais formatés depuis l'école

Pour vous apprendre la hiérarchie, à toujours obéir aux ordres

 

Je suis l'ordre mondial

L'ordre créé par les puissants

Confréries, chefs de multinationale

Politiques économiques, je suis la conjoncture

Imposé à la planète, j'ai instauré ma dictature

 

J'ai anéanti le pouvoir national, j'impose ma loi dans les^pays

C'est le jeu de l'illusion que vous appelez "démocratie"

Car l'ordre vient de moi, certainement pas d'un peuple

Je vous façonne à mes choix dès que vous tombez dans la peur

Je suis le produit des tyrans, la structure qui détruit

Au nom des valeurs marchandes, implantées jusqu'à vos esprits

Je pompe le sang du Tiers Monde, j'chope leur politique

Leur ordonne de nous vendre tous leurs services publics

Un peuple qui se lève? moi je lui couperai les vivres

Pour mieux alimenter sa haine et l'emmener en guerre civile

Car y'a pas de meilleur business que la mort

Destruction, reconstruction, investissement, marchés des armes

Pro-guerre, prospère, je fais monter la sauce

Vous monte les uns contre les autres, pour mieux alimenter ma force

Car mon règne prend son ampleur dans toutes vos divisions

Littéralement capitaliste, au service de vos illusions....

 

 

La rue nous appartient

 

Expulsés de nos centre-villes, expropriés de nos droits

Colonisation trop subtile, pour que vraiment le peuple voit

Divisés dans la peur, trop renfermés sur nos merdes

Celles qu'ils sèment et dont les fruits nous arrivent en pleine gueule

C'est le même bourreau qui vient taper sur nos crânes

Et entre nous on se déverse tout le poison de nos drames

Ca dort dans la rue, supporte tous les malheurs

Pendant ques les bâtiments sont vides, dorment pour prendre de la valeur

Ca expulse des familles, des vieux, des enfants

Entre cars de CRS et caméras de surveillance

Quelques années ont suffi pour aseptiser nos ruelles

Apartheid social et culturel

Aujourd'hui, les fachos s'affirment, aiment nous humilier

La ville n'est plus au peuple, mais aux marchands d'immobilier

Fonds spéculatifs, les appétits deviennent tarés

Depuis que la guerre aux pauvres est déclarée

 

Expulsés de nos villes, comme expulsés de nos vies

On ira occuper la rue, comme tous les immeubles vides

On ira affronter l'abus qui sévit et va trop loin

On se laissera pas voler la rue, car la rue nous appartient

Ils veulent dessiner l'apartheid, on dessinera le maquis

On ira se réapproprier tout ce qu'ils ont pris pour acquis

Sans logis, sans papiers, sans rêves et sans droits

Solidarité, on est ensemble, c'est le front des sans voix...

 

Crie leur qu'on est le monde

Que le peuple finira par vaincre

Qu'ils ont le chiffre, qu'on a le nombre

Et que la rue nous appartient...

 

Les chemins du retour

 

Enfermés dans la peur qu'on nous inculque

Laisse-les nous mépriser nous appeler jeunes et incultes

C'est la maladie du siècle, dans le coeur, les surins

Les terriens sont en colère, ont enterré ce qui faisaient d'eux des humains

Ca fait un bail qu'on a tout balancé dans la fosse

Comment a t-on pu zapper que l'Amour était le moteur de notre propre force

On se renferme tous malheureux dans nos petites cases

La Vie se cache dans chaque recoin, même des plus petites phrases

Veille sur ton coeur, il peut vite glacer de froid

Faut garder sa vigilance pour ne pas s'éloigner de soi

Chaque instant est une prière, prends soin de tes pensées

Demeure-les sensées pour ne plus broyer de la pierre

Le système est un mirage, les barrières illusoires

Les angoisses sont des vibes, auxquelles Babylone veut nous faire croire

Le coeur détaché, tout commence dans la tête

La Révolution totale n'est pas qu'un but, c'est un chemin et une quête

 

On doit redevenir humain (X4)

 

Les barrières sont dans nos têtes, les limites sont dans nos coeurs

Le travail est profond pour s'émanciper de l'horreur

Après des siècles d'aliénations, après des siècles d'aberrations

On s'est construit nos propres prisons

Enfermés dans les forteresses de nos egos

La Vie ne passe plus à travers, on se sent mourir, on sort les crocs

On s'entretue et on s'oublie, en accusant autrui

On brûle nos rêves de notre plein gré pour libérer nos cris

Demi-Hommes, on a des clous au bout de nos ailes

La vraie révolution sera le changement de nos êtres

La Force est en nous-même, secret de la Création

Entends les Anges à tes oreilles, te souffler ta mission

Cherche la pureté en ton coeur, vu que l'horreur nous encercle

Trésor enfoui, trésor de nos ancêtres

Mémoire oubliée dans un coin de l'évolution

Enfants de l'Humanité, on porte en nous la Solution

 

On doit redevenir Humain (X4)

 

La machine nous a appris à ne pas sourire dans la rue

A ne pas voir le pauvre qui crève en demandant de l'aide

Elle nous a enseigné que l'Amour était une faiblesse

Tout comme les larmes et que les faiblesses n'ont pas leur place dans leur système

Violente, elle nous a formé à encaisser les coups

Clamant le chacun pour soi et le diable pour tous

Elle nous appris à ne pas regarder son voisin

A part pour comparer et pour jalouser son pain

Elle nous a dénaturé jusqu'à ce qu'on banalise le mal

Qu'on glorifie le diable et qu'on sous-estime le drame

Elle nous a convaincu que pour vivre à Babylone

Il ne fallait plus être humain mais un robot ou un clone

Elle a fait de nous ces enfants, redessinés à son image

Aussi gris que l'ensemble de son rivage

Enfants de Dieu, l'Amour et la Mémoire seront nos armes

Sur les chemins du retour, vers la Vérité de nos âmes

 

On doit redevenir Humain (X4)

 

 Certains y verront une sentimentalité creuse, une bigoterie ou un idéalisme outranciers. Moi, j'y retrouve mon Rousseau, que j'aime tant dans son mélange d'optimisme anthropologique et de pessimisme culturel, de critique radical du social et d'ouverture à une idéalité dans l'immanence : l'homme, animal dénaturé jeté en dehors de lui-même et de sa divine nature originelle par une civilisation fondée sur l'apparence, l'appropriation exclusive, l'inégalité et la fuite en avant technique. L'homme aliéné, abîmé, ennemi de ses semblables et de lui-même, qui peut retrouver la trace de sa pureté originelle et sa générosité de coeur en replongeant en lui-même, en regoûtant le contact à la nature, loin des faux-semblants de l'amour propre et des séductions du monde. L'homme, qui peut devenir vraiment civilisé et rendre justice à la beauté intrinsèque de la Vie, en transformant son attitude individuelle et en s'éduquant contre une société corruptrice, en défaisant ses chaînes sociales pour retrouver la vérité de sa nature.

 

Les chansons de Keny Arkana sont parfois un peu didactiques (on croirait lire un article du Monde Diplomatique dirons certains, l'énergie et la rage en plus) mais leur radicalité mêlée à sa bonne humeur sur scène a quelque chose de rejouissant et la chanteuse n'émeut jamais autant que quand elle retrouve le chemin de l'intimité, pour évoquer comment est née en elle une soif inextinguible de liberté, à travers ses expériences des prisons de l'enfance perdue (les foyers, les psychiatres, la rue)  ou pour s'adresser à Dieu ou à la Terre sous la forme d'une prière qui nous emporte très haut au-dessus de la politique partisane et donne un fondement mystique à son engagement révolutionnaire.   

 

Pour le plaisir, des liens avec quelques autres vidéos de Keny Arkana:

 

 

 

 

 "J'me Barre, tcha, tcha, le foyer, j'm barre... ": http://www.youtube.com/watch?v=CYsDi-Q5k5o

 

"Cinquième soleil": http://www.youtube.com/watch?v=wA9LzNQdgY4

 

"Le missile est lancé": http://www.youtube.com/watch?v=UoQ5NEQhA-0

 

  "Entre ciment et belle étoile":   http://www.youtube.com/watch?v=45pwd3YCMlA

 

 

  I.D

 

 

 

 

 

 

 

 

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