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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 06:19

LUDO SIMBILLE, l'humanité dimanche

Vendredi, 25 Juillet, 2014

Photo : Damien Meyer/AFP

En bloquant la route Rennes-Brest (ici, le 15 juillet), salariés et éleveurs veulent interpeller le gouvernement

 

Après Doux, c’est Tilly-Sabco qui est aujourd’hui menacé de fermeture. La faute à l’arrêt des subventions européennes ? L’explication patronale est un peu courte ! Pour la CGT, il existe une chance de sauver la filière : choisir la qualité.

«On ne sait pas où on va. On ne travaille pas cette semaine, on est au chômage partiel », s’inquiète Nadine Le Guen, déléguée CGT chez Tilly-Sabco. À Guerlesquin (Finistère), l’abattoir de poulet hallal d’entrée de gamme, exporté à 90 % vers le Moyen-Orient, bat de l’aile. Malgré un chiffre de 163 millions d’euros en 2013, la liquidation judiciaire semble imminente. Plus qu’un jour d’activité fin juillet.

DAMIEN MEYER/AFP

Mais manifestation, occupation de sous-préfecture, blocage de la RN 12 à l’appui (photo ci-dessus), éleveurs et salariés ne se démobilisent pas depuis que Nutréa, principal fournisseur, a refusé de fournir les poussins, faute de garantie de paiement de l’entreprise. Tilly-Sabco aujourd’hui, Doux en 2012, c’est toute la filière avicole bretonne qui perd ses plumes. Avec son lot de casse sociale. La reconversion des salariés ? « Du pipeau », résume Joseph d’Angelo, de la fédération CGT agroalimentaire. Chez Doux, moins de 200 personnes sur 1 000 licenciés ont retrouvé du travail. Et 1,4 million d’euros n’ont pas été alloués.

CHANTAGE À L’EMPLOI

D’où viennent les difficultés des plus gros poulaillers français ? De l’arrêt en 2013 des 55 millions d’euros de « restitutions », ces aides européennes versées aux industriels pour compenser le dumping social. C’est du moins l’avis du patron finistérien Daniel Sauvaget. L’ex-leader du mouvement controversé des « bonnets rouges » mène la fronde contre les pouvoirs publics, emmenant rangée derrière lui une partie des 334 salariés, dont Corinne Nicol, CGT aussi. S’ils luttent ensemble, certains dénoncent un chantage à l’emploi. « On sait depuis 10 ans qu’ils vont s’arrêter les aides, rappelle Nadine Le Guen. Le patron aurait pu anticiper sur la valeur ajoutée des ateliers modernisés. » Chez Tilly, les restitutions avoisinent 120 % de la masse salariale et 80 % chez Doux, rectifie Joseph d’Angelo. « Ce n’est donc pas la faute au “coût du travail” ». Et de tacler la position patronale ambiguë : « On ne peut pas proclamer une Europe à la concurrence libre et non faussée et remettre en cause la fin des restitutions. » Alors que la CGT prônait la mise sous tutelle ou la nationalisation des boîtes qui piquent du bec, l’État semble bien démuni. Seules propositions du préfet le 16 juillet : l’option repreneur ou la création d’un « opébonnet rateur associé », en rapprochant Tilly-Sabco de Doux. Avec en soutien les gros investisseurs agricoles (Sofiprotéol, Terrena, Coop de France, Triskalia, Nutréa, LDC). Les 800 000 euros demandés pour relancer 2 jours par semaine l’activité ont été refusés le 16 juillet par le préfet. Au motif que ces aides sont « une atteinte au droit de la concurrence, ce n’est pas compatible avec les réglementations que nous devons respecter », a-t-il justifié.

SCÉNARIOS POUR LA FILIÈRE

Cela n’a pourtant pas empêché en début d’année l’État, la région et la chambre de commerce de distribuer une avance remboursable de 4 millions d’euros à Tilly pour qu’elle trouve un repreneur (1). Ni au gouvernement Ayrault de céder fin 2013 15 millions dans le plan d’avenir pour la Bretagne. Objectif : renforcer la compétitivité bretonne.

Abreuver de subventions sans exiger de contreparties une filière qui traînera toujours la patte derrière des concurrents belges, allemands ou brésiliens... Quitte à harmoniser socialement vers le bas ? « Du gaspillage d’argent public », tonne même le droitier syndicat Coordination rurale, qui croit encore à la conquête d’autres marchés. Absurdité de la mondialisation, pendant que les Bretons envoient à la chaîne du gallinacé pour l’étranger, les Français importent près de la moitié de la volaille qu’ils consomment.

DEPUIS 10 ANS, LA FILIÈRE SAVAIT QUE LES AIDES EUROPÉENNES ALLAIENT S’ARRÊTER. LES PATRONS N’ONT RIEN ANTICIPÉ.

Sauf qu’à l’horizon 2025, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) prévoit 4 scénarios pour le secteur avicole, dont aucun n’envisage une réelle reprise de la production avicole, sinon grâce à une compétitivité hors prix. En clair : la qualité. La CGT serait favorable à une réorientation vers du poulet haut de gamme et le marché intérieur. Au lieu de continuer à courir comme ces poulets à qui on vient de couper la tête, n’est-ce pas l’occasion de mettre fin à cet élevage intensif et productiviste développé à la fin de la Seconde Guerre mondiale ? À ces abattoirs en batterie « camps de la mort à volaille », pour aller vers une agriculture plus raisonnée ? Et privilégier une production plus respectueuse du bien-être animal, des normes sanitaires, des salariés et du consommateur. Reste que le passage à un modèle alternatif ne se fera sûrement pas en ne laissant aux 15 000 salariés bretons que leurs oeufs pour pleurer.

(1) Par le biais d’une agence de gestion à qui Tilly a cédé sa propriété de biens, sorte de subterfuge juridique pour ne pas fâcher Bruxelles.

LA PAROLE A... NADINE LE GUEN, 34 ANS CHEZ TILLY-SABCO.

« Ce qu’on veut, c’est notre salaire avec du travail à la semaine ! » Le poulet arrive nu, tombe dans les bacs et se positionne sur le tapis. Passage sur la machine Moba. Plasticage, emballage, convoyage. Bac à rangement. Carton. Direction tunnel de congélation. Trente-quatre ans que Nadine conditionne avec ses collègues jusqu’à 210 000 cocottes par jour. Au SMIC. Plus les primes d’ancienneté. À 53 ans, elle s’apprête à perdre ce qui la fait vivre. « Quand j’ai commencé, à 19 ans, on faisait 14 heures - 6 heures du matin. Je ne voyais ma fille que le matin. Les conditions se sont améliorées. Maintenant, on bosse en 3 x 7 heures. » Modernisation, robotisation. À partir de septembre 2013 et suppression de CDD et d’intérimaires, « c’est allé de pire en pire. On a suspendu le travail 10 jours. En janvier on bossait plus que 4 jours ». Jusqu’à la situation actuelle. Comme elle, beaucoup de ses collègues ont arrêté l’école à 16 ans et gardent l’attachement au métier. « Ce qu’on veut, c’est notre salaire avec du travail la semaine. » Elle imagine se reconvertir par une formation dans la nature. « Même s’il n’y a pas trop de débouchés. » Ou dans l’aide à la personne peut-être. Pas du genre à se laisser abattre, Nadine.

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