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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 06:24

réunion publique agro guerlesquin 1

Halles de Guerlesquin, 17h30-20h le vendredi 7 juin 2013, 50 personnes dont plusieurs salariés de l'agro-alimentaire et syndicalistes.

 

Ismaël Dupont (membre du secrétariat de section PCF, candidat aux législatives du Front de gauche en 2012 dans la circonscription de Morlaix):

 

La section PCF de Morlaix est très heureuse de pouvoir organiser cette réunion de débat, de réflexion et de mobilisation sur l'avenir de l'agro-alimentaire breton, une réunion qui intervient dans un contexte très particulier et inquiétant.

1er élément du contexte: un pouvoir social libéral et bien plus libéral que social.

Une politique du gouvernement qui tourne le dos aux attentes qu'une majorité de français avait formulées en faveur d'une politique de justice sociale réduisant les inégalités et rompant avec l'ultra-libéralisme des années précédentes. Cela se traduit, en bref et dans le désordre:

- par le refus d'opposer l'arme de la nationalisation, de l'interdiction des licenciements boursiers ou du moratoire sur les licenciements. Dès lors, difficile de contrecarrer des plans sociaux massifs, de sauver des activités d'intérêt général, de dissuader les capitalistes de brader l'outil de travail et de le délocaliser.

- on subit toujours une politique compatible avec les instructions les plus réactionnaires de Bruxelles et de Merkel, instructions qui favorisent les intérêts du patronat et du capital en remettant en cause les droits acquis des salariés. Ce gouvernement ne soutient pas le pouvoir d'achat des salariés et citoyens (refus d'augmenter le SMIC et les minima sociaux, de réduire par la loi l'usage au temps partiels imposés ou aux CDD) et n'engage pas réellement la lutte contre le chômage, laquelle ne peut que passer par la renonciation à l'austérité.

- on peut citer la signature du pacte budgétaire européen, le fameux pacte Merkozy qui fait de la réduction des déficits l'alpha et l'omega de nos obligations et prévoit que les Parlements ne pourront plus décider souverainement du budget national. La hausse de la TVA et les cadeaux fiscaux de 20 milliards d'€ en crédit d'impôt faits aux entreprises. L'ANI, signé par le MEDEF et des syndicats minoritaires, qui se revèlera très vite être une véritable machine inefernale susceptible de faire exploser le code du travail. C'est une loi que les socialistes ont voté majoritairement avec la droite malgré l'opposition farouche du monde syndical, de nombreux salariés et du Front de Gauche.

- Et maintenant, on nous vante une nouvelle contre-réforme des retraites , qui entend une nouvelle fois revenir sur des acquis sociaux fondamentaux, reculer l'âge de départ en retraite et diminuer les pensions, alors même que c'est le chômage de masse, les bas salaires, le non paiement des cotisations patronales qui expliquent le déficit des caisses de retraite et de protection sociale.

Face à cette politique de régression sociale qui laisse planer le risque d'un discrédit durable frappant toute la gauche, d'un retour en force de la droite radicalisée et de l'extrême-droite, le PCF et le Front de Gauche incarnent et construisent une alternative progressiste, dont le succès passe par la construction d'un nouveau Front du Peuple, d'un nouveau Front populaire, bien au-delà des limites actuelles du Front de Gauche, pour sortir de l'impasse actuelle.

Quelle est la nature de cette impasse?

- 5ème République très peu démocratique qui donne un pouvoir incroyable au Président de la république et à ses conseillers, installe une culture de l'oligarchie et de la délégation de pouvoir.

- domination sans partage des milieux financiers avec la complicité de dirigeants politiques qui ont perdu le sens de la réalité et ne raisonnent plus qu'en termes comptables, et non plus en prenant en compte la dimension humaine des choses.

Pour sortir de cette impasse, nous devons unir et rassembler tous ceux qui souhaitent en finir avec l'austérité et la domination de la finance, en tendant la main aux syndicalistes, aux militants de gauche, aux citoyens et militants qui ne sont pas ou pas encore dans le Front de Gauche. En Amérique Latine, c'est toujours de larges coalitions où était présent le monde syndical qui ont permis de reprendre le pouvoir à la droite réactionnaire et bourgeoise. C'est le rôle d'une réunion comme celle-ci ou encore des Assises Nationales du Front de Gauche du 16 juin de faire un premier pas en ce sens.  

2ème élément du contexte: une casse sociale accélérée dans l'agriculture et l'agro-alimentaire breton.  

Depuis plusieurs mois, le thermomètre s'affole dans notre région: 1000 emplois supprimés à Doux dans le sud-Finistère et le Morbihan, 150 emplois en passe d'être supprimés à Boutet-Nicolas à Rosporden (CECAB), 400 emplois supprimés à Marine Harvest à Poullaouen, et autour de 900 emplois sur la sellette à Lampaul Guimiliau. Mais on peut parler aussi de plusieurs centaines de suppression d'emplois dans l'agro dans la Manche, l'Ile et Vilaine, les Côtes d'Armor. Parallèlement, 5 exploitations agricoles disparaissent chaque jour en Bretagne et les suicides se multiplient chez les agriculteurs comme l'a montré une récente étude de la Mutualité agricole. La situation sociale de l'agro-alimentaire breton, en dehors de ces menaces sur les emplois ou de ces destructions d'emplois, c'est aussi des conditions de travail souvent dures et dégradées en raison des contraintes de productivité.

Le rôle de cette réunion sera:

a) identifier les causes de ces difficultés économiques, de ces désastres sociaux:

- responsabilité des directions d'entreprises

- spéculation sur les matières premières agricoles, coût de l'aliment

- pression des marges scandaleuses de la grande distribution

- mise en concurrence des travailleurs à l'échelle européenne

- absence de préparation et d'anticipation par rapport à l'évolution nécessaire du modèle productiviste.

b) voir comment, filière par filière (dans la filière porcine et avicole principalement), on peut envisager des portes de sortie, travailler à améliorer les choses.

c) voir comment on peut coordonner l'action politique, syndicale, paysanne et citoyenne pour mener une lutte efficace afin de sauver les emplois dans l'agro-alimentaire breton, car nous ne pouvons tolérer leur destruction, le saccage de territoires ruraux, de vies humaines et familiales guettées par le chômage, la pauvreté et le désespoir.

d) il nous faut aussi tracer des pistes pour construire un nouveau modèle agricole et agro-alimentaire breton en se plaçant dans une perspective de long terme. 

Au meeting du Front de Gauche à Rennes mercredi dernier (le 5 juin), Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon ont tous les deux exprimé une volonté de réorienter l'agriculture et l'agro-alimentaire pour atteindre plusieurs objectifs: proposer une alimentation de qualité pour tous. Rompre avec la domination sans partage du modèle productiviste. Mieux rémunérer le travail des agriculteurs et des ouvriers de l'agro-alimentaire. Encadrer et limiter les marges de la grande distribution. Relocaliser tout ce qui peut l'être pour réduire lm'empreinte écologique et créer de l'emploi dans les territoires. Rompre avec le dumping social, la course au moins-disant en terme de coût du travail, si besoin en, rétablissant des protections douanières, justifiés notamment par le coût écologique et énergétique des délocalisations d'activités.   

 

Corinne Nicole (représentante CGT à Tilly-Sapco Guerlesquin) 

  

Dépôt de bilan et fermeture de sîtes chez Doux, fragilisation de la filière avicole avec la décision de la Commission européenne de supprimer les restitutions pour l'exportation de poulet congelé au Moyen-Orient, des aides qui représentaient 20% du produit des exportations et permettaient de réduire le prix de vente pour être concurrentiels face aux industries agro-alimentaires brésiliennes, américaines, thaïlandaises, vietnamiennes, moins sourcilleuses sur les règles environnementales et le bien-être animal et faisant travailler des salariés moins bien payés: va t-on vers une catastrophe économique et sociale de grande ampleur touchant tout le secteur agro-alimentaire breton, comparable peut-être en termes de conséquences humaines dramatiques à la desindustrialisation du nord-est de la France dans les années 1980?     

Dans ce contexte très tendu, il peut apparaître irresponsable de la part de la Commission Européenne de supprimer brutalement les restitutions qui permettent à Tilly-Sapco et Sauvaget, engagés depuis longue date dans l'export de volaille congelée, de réduire le différentiel de compétitivité avec leurs concurrents non-européens. En octobre 2012, on est passé de 32,5€ de restitutions pour 100 kg exportés à 21,70€ et en janvier de 21,70€ à 10,85€/ 100kg, avec une suppression annoncée de ces aides à l'exportation dans quelques mois.  

La pression mise sur les abattoirs peut se répercuter, en particulier pour les pourvoyeurs de Doux, par une baisse drastique des contrats passés avec les éleveurs, qui craignent de vendre des poulets à un prix inférieur au prix de revient.  

Certains peuvent se féliciter de cette suppression des aides à l'exportation.

Les libéraux puisqu'elle a fait l'objet d'un accord au nom de la "concurrence libre et non faussée" dans un sommet de l'OMC en 2005 entre l'UE, les Etats-Unis, le Japon, qu'elle va dans le sens de la refonte de la PAC et des économies budgétaires (70 millions à 80 millions d'euros par an y étaient consacrés).

Quand on est préoccupé d'écologie et de progression d'une agriculture paysanne et biologique relocalisé, on peut se dire que ça affaiblit et oblige à réorienter un "modèle" agricole breton productiviste, hyper-concentré, tourné vers le quantitatif, le bas de gamme, les marchés extérieurs, coûteux pour l'environnement, l'agriculture vivrière des pays du sud, voire la santé publique.

Petit bémol toutefois: les poulets entiers congelés Tilly ou Doux font l'objet d'une traçabilité et de contrôles dont ne peuvent se prévaloir les morceaux de poulet destinés à la restauration collective et aux plats préparés que commercialisent à moindre coût les Allemands, les Belges et les Néerlandais. Le Moyen-Orient ne bénéficie pas de conditions écologiques et climatiques pour produire lui-même ses poulets: et quasiment toute la production à l'export de Doux et Tilly y est destinée. Ce sont les concurrents américains ou asiatiques de Tilly et Doux qui prendront le marché si les entreprises bretonnes n'ont plus les moyens d'offrir des prix attractifs... Et ces industries concurrentes ne sont pas plus vertueuses écologiquement et socialement.   

Sur un plan politique, on peut condamner les restitutions en disant que c'est une manière de rémunérer des capitalistes sans contrepartie exigée sur le plan social et écologique et, en effet, pendant des dizaine d'années, la fortune de Charles Doux ou de Tilly s'est nourrie de ces aides publiques européennes. Pourtant, dans le contexte actuel, la fin des restitutions risque de fragiliser dangereusement, voir de condamner les abattoirs de volaille bretons, les éleveurs, les transporteurs et tous les emplois corrélés à cette filière. Avec combien de salariés et de travailleurs sur le carreau? Et quelles solutions de rechange pour eux?     

Le problème est complexe. Mais il y a une urgence humaine qu'il faut prendre en compte.   

Ces restitutions ne sont pas des subventions pour maintenir des emplois mais des aides versées aux industriels qui exportent de la volaille congelée pour qu'ils soient compétitifs et puissent maintenir des prix attractifs par rapport à la concurrence brésilienne, américaine, vietnamienne, chinoise, en particulier sur les marchés arabes.

En Europe, seuls deux industriels, finistériens tous deux, Doux et Tilly, exportent du poulet congelé, ouvrant droit jusqu'ici à restitution. A l'origine, ces restitutions étaient des moyens pour compenser le prix élevé des céréales payés pour nourrir les animaux en Europe. Aujourd'hui, seule l'exportation de volaille congelée vendue entière en bénéficie, à l'exclusion de la volaille congelée de nos concurrents européens intégrée dans des produits transformés, qui gagne sans cesse des parts de marché en Europe, à tel point que la France, qui n'importait que 10% de ses poulets consommés il y a quelques années, en importe aujourd'hui 40%.

Actuellement, ces restitutions sont vitales pour que leurs activités ne soient pas déficitaires. En 2010, Tilly présentait des comptes à l'équilibre (sans bénéfice) avec des restitutions à 320€ la tonne. Depuis le 18 janvier dernier, elles ont été réduites à 108€ la tonne et elles seront nulles dans quelques mois.

Pourtant, ces deux industriels du poulet congelé destiné à l'exportation qui touchaient 80 millions d'€ d'aides publiques européennes via les restitutions génèrent 5000 emplois directs dans la région tandis que les céréaliers français, qui représentent 36000 emplois, touchent 6 milliards d'euros d'aides européennes. Au prorata montant des aides/ emplois maintenus: il faudrait que les céréaliers génèrent 600 000 emplois en France pour avoir le même rendement en termes d'emplois associés que les aides à l'exportation à destination de la filière avicole.

Si une entreprise comme Doux s'écroule complètement, c'est 3400 emplois salariés qui sont directement menacés, et 15 000 emplois induits en Bretagne (transporteurs, éleveurs, manutentionnaires) qui sont touchés... Les exportations de Doux représentent 30% du trafic du port de Brest.   

A Tilly, il y a actuellement 350 emplois en CDI, 30 intérimaires et depuis 2006, après le dépôt de bilan d'UNICOPA assorti de 250 suppressions de postes, le repreneur Daniel Sauvaget a fait un vrai effort pour employer les restitutions et les bénéfices à mieux payer les salariés, à mieux les former, à maintenir des emplois. 12 millions d'euros ont été consacrés à cela. Et l'entreprise a prévu d'engager encore 20 millions d'euros dans les années à venir pour accroître la compétitivité et la rentabilité. La conditionnalité obtenue par les représentants du personnel du Conseil Régional des abandons de créances contractées du temps d'Unicopa a permis ce résultat que les bénéfices servent depuis 2006 à l'investissement, au plan de formation, au relèvement du pouvoir d'achat des salariés, à la sécurisation de l'emploi. Les conditions de travail en abattoir ne sont toujours pas faciles mais elles se sont améliorées depuis 2006, semble t-il.  

Qu'est-ce qui a joué contre le maintien des restitutions?

Les Allemands qui produisent de la volaille fraîche très compétitive en aidant indirectement l'exportation par des abaissements de TVA et en employant de la main d'œuvre sous-payée se félicitent de fragiliser ainsi par la baisse des aides publiques européennes la filière avicole française, alors que la France importe actuellement 40% de sa volaille.

Peut-être qu'avec moins de libre-échange, plus de protectionnisme, il y aurait une demande intérieure pour faire tourner nos élevages et nos abattoirs bretons. Actuellement, ils sont naturellement en difficulté face à la concurrence mondiale quand on sait que le salarié brésilien est payé 4 fois moins cher que le salarié français et que leurs industries agro-alimentaires exportatrices sont aidées par l'État qui dispose en outre d'une réserve de terres quasi infinie pour la production des aliments d'élevage.

En France, des hommes politiques de gauche et des écologistes condamnent avec raison le gâchis et l'immoralité des aides publiques absorbés par les profits financiers des industriels et des actionnaires sans contrepartie au niveau de l'investissement, de l'emploi, des salaires. Doux est dans ce cas, qui ferme des activités au moment même où il continue à goinfrer ses actionnaires (la banque Barclays entre autre) d'aides publiques européennes en se vantant de produire pour produire et toucher davantage d'aides à l'exportation. La mauvaise politique du groupe Doux, son irresponsabilité, aura sans doute été ce qui a précipité la remise en cause sans délai du système des restitutions, qui existe depuis une trentaine d'années dans le cadre de la PAC.

Seulement, dans le contexte actuel, sans restitutions, ces abattoirs, les éleveurs qui les alimentent, les transporteurs, les emplois induits s'écroulent. A Tilly, on passe de 20 millions d'euros d'aides environ à 400 000 euros de crédit d'impôt compensatoire à la fin des restitutions de l'État. Des clopinettes....

L'avenir de l'emploi sur place est donc menacé, quand on sait qu'aux 380 emplois directs sont aussi associés à des emplois induits (deux à trois fois plus). Or, la situation économique de la région est loin d'être rose. Les salariés de Tilly, qui ont 47 ans en moyenne, n'ont pas beaucoup de qualifications, même si la formation professionnelle s'est améliorée, sont usés physiquement par la dureté des conditions de travail dans l'agro-alimentaire, vont-ils facilement retrouver un job dans le Finistère où les Côtes d'Armor dans le contexte actuel, avec 15% de chômeurs? Et on pourrait en dire autant des salariés de GAD, très inquiets sur leur avenir, et bien sûr de ceux de Doux.

Ce système des restitutions était insatisfaisant puisqu'il ne s'accompagnait pas d'exigences en retour par rapport aux salaires, à l'emploi, à la formation, à l'investissement, ni de droit de contrôle des salariés, qu'il ne concernait que les industriels et non tous les acteurs de la filière. 

Pour exemple, à Doux, les salaires sont gelés depuis 5 ans et on continue à distribuer de l'argent aux actionnaires alors que tout va mal.  

Il perpétuait les inconvénients de l'agriculture productiviste et surtout de son hyper-concentration en Bretagne.

Mais en même temps, la Bretagne s'est construite et développée avec l'élevage hors-sol souvent par défaut, faute d'autre développement agricole ou industriel possible dans les années 60-70, et grâce à l'atout de ses ports, et aujourd'hui, on a pas de solutions alternatives immédiates à proposer aux salariés menacés de perdre leur emploi.

Au-delà de la construction souhaitable d'un nouveau modèle économique et agricole plus vertueux socialement et écologiquement,  il y a  la réalité de milliers de personnes travaillant dans la filière aux emplois menacés à prendre en compte de manière prioritaire.

Préparer l'avenir certes, par une planification écologique, une relocalisation progressive, une diversification agricole et le développement d'une agriculture de meilleure qualité. Par une refonte des filières, une meilleure protection contre le dumping social et la concurrence internationale.

Mais aussi penser aux ouvriers, éleveurs et salariés d'aujourd'hui que la crise de l'agro-alimentaire breton plonge dans le désarroi et l'incertitude du lendemain, qui vont être des milliers à perdre leur gagne-pain.

 

Olivier Le Bras     (salarié de GAD, délégué syndical central FO, le syndicat majoritaire à Lampaul-Guimiliau, représentant des salariés de GAD pendant le redressement judiciaire).

Extraits de l'intervention: " Gad a été créé à Lampaul en 1956, au départ avec un petit noyau de salariés. L'entreprise a pris très vite le pli du développement de l'agro-alimentaire et du productivisme hors norme. On y a gagné beaucoup d'argent. Pour l'actionnariat, ce qui comptait, c'étaient les dividendes. On a laissé l'outil partir progressivement. Nous sommes aussi victimes de la financiarisation de l'économie. La grande distribution et ses plateformes d'achat compriment un maximum de nos marges. De l'autre côté du Rhin, on fait à peu près le même boulot pour 6€ de l'heure. L'esclavage est installé au coeur de l'Europe. Avec des salariés que l'on fait dormir dans des baraquements. 850 emplois sont directement menacés sur l'outil de Lampaul. Actuellement, du côté des décideurs, on manque clairement de courage politique. On a affaire à des gens déconnectés de la réalité: je l'ai dit quand j'ai rencontré le ministre Garreau et son secrétaire" .

 

Xavier Compain (agriculteur, syndicaliste agricole dans le 22, membre du Conseil National du PCF en charge de l'agriculture et de la pêche)

Extraits de l'intervention: La Bretagne est la première région agricole de France mais l'avant-dernière en terme de revenu paysan. 5 fermes disparaissent chaque jour en Bretagne. La PAC ne fait rien pour enrayer ce processus: on est dans la même configuration que pour la politique commune de la pêche. On a préféré financer la destruction des bateaux plutôt que de maintenir la pêche artisanale. Jusqu'à présent, ce qui a fait l'attractivité de la Bretagne pour l'agro, c'est une main d'oeuvre à pas cher, la proximité des ports. Aujourd'hui, c'est difficile de tenir dans un contexte d'hyper-concurrence et de dérégulation: pour les paysans, les salariés, ce qui prévaut, c'est le prix mondial.

Pourtant, dans l'agriculture et l'agro-alimentaire, on peut recréer de l'emploi pourvu que l'on cherche à développer une alimentation de qualité pour tous. 

Il faut construire une autre politique agricole commune. Or, ce qu'on nous propose, c'est le libéralisme, toujours plus de libéralisme. Depuis 1992, les Tony Blair, les Aznar, les Sarkozy ont construit une politique agricole libérale en démantelant des outils de régulation (restitutions, droits de douane, soutiens publics). La question posée, c'est celle de la souveraineté alimentaire au niveau international. Avec les aides publiques, on dispose d'un pouvoir d'orientation. La question, c'est: ces aides publiques, on fait quoi avec?  

Ce qu'il faut dire aussi c'est qu'hors aides ou subventions compensatrices, le salaire des paysans a été divisé par deux depuis 1992. La répartition des aides est à revoir: certains, les plus gros céréaliers par exemple, sont gavés et regavés.

L'objectif essentiel, c'est l'alimentation saine et accessible: le choix de société, c'est que tout à chacun puisse se nourrir bien avec les signes de qualité qu'on s'est choisi.

Un obstacle: le faible niveau du revenu paysan dû aux marges de la grande distribution, lequel encourage à faire au plus productif et au moins qualitatif. Tous les gouvernements successifs de droite et de gauche (plurielle) ont calé devant la grande distribution. Cela suffit. Il faut encadrer les marges de la grande distribution. Cela existait jusqu'en 1986: cela a été supprimé quand on a placé l'agriculture dans le GATT. La loi des coefficients multiplicateurs a été supprimée avec la libéralisation des prix agricoles et agro-alimentaires. Nous voulons la rétablir. La majorité de gauche au sénat a presque voté pour avant la victoire de Hollande, pour en tout cas la création d'un observatoire des prix et des marges et des négociations annuelles imposées à la grande distribution et incluant une large palette de syndicats, associations d'usagers... Nous attendons que ces bonnes intentions soient suivies d'effet. Pour les grandes surfaces, le taux de rémunération pour les fruits et légumes est de l'ordre de 400%: c'est inacceptable. La première chose, c'est d'avancer avec courage pour réduire l'accaparement de valeur auquel se livre la grande distribution. Sur 100€ d'achat agro-alimentaire, seulement 7% va dans la poche du producteur. Il n'y a pas de négociation agricole mais des rapports de prix fixes imposés par la grande distribution.

Nous intégrons aussi la question agricole dans le cadre d'un amènagement équilibré du territoire: celui repose sur 2 piliers. Assurer la rémunération des salariés et des paysans dans le monde rural, maintenir des services publics de proximité.

 

Un intervenant (ancien contrôleur sanitaire dans les abattoirs): Pour que tout ça se fasse, il faudrait une politique européenne qui soit la même pour tout le monde. Ce n'est pas le cas. Par exemple, il y a des pesticides interdits en France qui peuvent être autorisés en Espagne. Les normes sanitaires et sociales sont différentes d'un pays à l'autre. Les primes PAC, les petits agriculteurs en profitent très peu, ce sont les céréaliers qui en profitent. Actuellement, on observe des phénomènes de spéculation sur les prix du blé, des céréales, et les petits éleveurs sont étranglés. En Europe, il semble que ce ne sont plus les politiques qui décident, mais des technocrates. Par rapport aux normes, c'est bien de se préoccuper du bien-être animal, mais qui songe au bien-être des salariés de l'agro?  

 

réunion publique agro 2

 

Jean-Victor Gruat (maire de Brennilis, ancien membre de l'Organisation Internationale du Travail): ne serait-il pas possible de saisir des instances juridiques internationales, l'OIT, sur les conditions de travail en Allemagne? Est-ce qu'on a joué le jeu avec la confédération européenne des syndicats?

 

réunion publique agro guerlesquin 3

 

Olivier Le Bras Il y a déjà des ministres belges qui se sont plaint pour distorsion de concurrence, FO l'a fait aussi par rapport aux pratiques des abattoirs allemands. C'est en cours de traitement. C'est scandaleux qu'au niveau de l'UE en établisse des normes sur le "bien-être animal" et qu'au niveau de la défense du "bien-être humain", on ait rien. L'esclavage qui se pratique en Allemagne, cela ne gêne personne.  

 

Un intervenant (salarié d'un abattoir de porcs à Briec, syndicaliste): dans les abattoirs allemands, 91% des salariés viennent de l'étranger. Là-bas, ils appliquent la loi Bolkenstein. Sur un potentiel de 6000 cochons dans le grand ouest, un tiers part en Allemagne. C'est aussi 3000 bovins élevés en France qui partent se faire abattre en Turquie. On marche sur la tête.

 

réunion publique agro alimentaire 5

 

une intervenante: est-ce qu'on va les laisser longtemps tranquille ces gens de la grande distribution qui font la pluie et le beau temps, casse les prix des producteurs, rançonnent les consommateurs, exploitent les salariés? Comment les gens font pour vivre quand ils sont au chômage, en situation de précarité, avec cette vie chère entretenenue? Quand est-ce qu'on ira affirmer les droits de la vie en allant se servir dans les grands magasins? A un moment, la nécessité fait loi: il faut prendre conscience que nous ne sommes pas obligés de crever la dalle devant quelques-uns qui vivent dans l'abondance.  

 

Xavier Compain:

Il faut se rassembler bien au-delà de nos corporations et de nos métiers. Trouver des alternatives à l'austérité qu'ils nous vendent tous. Le dimanche 16 juin, il y a les Assises de la refondation sociale organisées par le Front de gauche: le CCFD y sera, la confédération paysanne... En Bretagne, le PCF souhaite être à l'origine d'une conférence ou d'un forum sur l'emploi agricole et agro-alimentaire où on inviterait tous les acteurs (syndicats, entreprises, salariés, banques, associations d'usagers, paysans...): sur 15 propositions mises en débat, si on se met d'accord sur cinq d'entre elles, ce sera déjà un progrès.  

L'alimentation de qualité à la portée de tous est la bonne porte d'entrée. Un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. La demande alimentaire dans 30 ans sera encore plus forte. Le continent africain va devoir multiplier par cinq sa production. Un grand pays comme la Chine doit trouver des solutions, avec ses 1,3 milliards d'habitants et ses 10% de terres cultivables. Aujourd'hui, il est inacceptable que l'agro-business puisse faire du fric en spéculant sur la famine, via les matières premières agricoles ou les terres cultivables. Nous pouvons très bien nous joindre à des campagnes contre la spéculation sur la ressource alimentaire telles que celle conduite par OXFAM. Des banques françaises comme le Crédit Agricole, BNP Paribas versent dans la spéculation alimentaire. Une action intelligente ciblant les vrais responsables consisterait à demander des comptes dans l'agence du coin. Bien sûr on ne propose pas ces produits spéculatifs au désargenté mais uniquement aux gros et bien nourris dont l'argent va fructifier en spéculant sur l'orge, le blé, l'avoine. Des banques allemandes comme Deutschbank, Allianz pratiquent aussi allégrement cette spéculation. Si on avait le manche, on prendrait des mesures pour la non-spéculation financière sur les biens alimentaires. On leur dirait: votre capitalisme, il ne nous convient pas, mais avant même de pouvoir y mettre fin, on vous propose une auto-limitation: une convention internationale sur la non-spéculation sur les biens alimentaires. Il y a aussi la nécessité de prendre en compte le besoin de restaurer nos stocks alimentaires: la FAO disait qu'il fallait au moins 60 jours de stock. En France, on en est plutôt à 15 jours de stock. Les stocks de sécurité alimentaire en France et en Europe sont insuffisants. Ces propositions sont euro-compatibles.

 

Patrick Le Goas  (salarié de GAD, représentant syndical FO): Il faut que l'on repense ce modèle qui dévaste la nature et les hommes en mettant en concurrence les agricultures. A Almeiria, les sols sont pollués de manière irrémédiable. En Espagne, la xénophobie vis à vis des étrangers se développe.

N'attendons pas que tout nous vienne de la politique d'en haut. Prenons nos destin en main ici et maintenant. Il y a actuellement un accord de principe entre éleveurs et salariés de l'agro-alimentaire pour se battrent ensemble pour éviter cette casse sociale effroyable dans l'agro... Or, allons-y. Il y a des opportunités révolutionnaires quand les gens perdent tout. Pourquoi est-ce que nous nous censurerions? Ce qui s'est passé en Guadeloupe, avec un large front révolutionnaire pour affirmer le droit à vivre convenablement et faire baisser les prix de la grande distribution tenue par des anciens colons en situation de monopole, pourrait nous servir d'exemple? Comment obtenir la redistribution des richesses quand le pouvoir est confisqué par des élites égoïstes et sourdes aux besoins de la population sinon en montrant notre force collective et en cessant d'être dociles? Les terres de la Guadeloupe, de la Martinique, sont irrémédiablement pollués par les produits chimiques pour traiter les bananes, et les cueilleurs ont attrapé toute sorte de maladies: la violence, elle est là, dans cette indifférence à l'humain des capitalistes.

 

Ismaël Dupont: C'est vrai qu'il est inacceptable que l'UE se soit penché sur la question du bien-être animal dans l'élevage et les abattoirs sans dénoncer les conditions de travail pour les salariés et exiger des améliorations. Mais je ne pense pas qu'il faille opposer ces deux considérations: les bêtes sont des êtres sensibles et pas que des machines à produire de la viande. On les mange soit, mais assurons-leur une vie un tant soit peu digne du vivant et de l'animal. C'est aussi un devoir de civilisation. Cela ne signifie pas que l'on doive négliger le bien-être des travailleurs. J'aimerais aussi que Xavier compain nous dise comment on peut développer le bio et l'agriculture paysanne pour réorienter le modèle dominant en agriculture, et si les pouvoirs publics (UE, gouvernement, région) se donnent vraiment les moyens actuellement de poursuivre cet objectif.

 

Xavier Compain  Il faut préserver la terre agricole, privilégier le foncier agricole sur les parkings de supermarché. Lors des municipales, on pourra affirmer haut et fort la proposition de relocaliser notre alimentation. Les cantines du coin (école, maison de retraite) doivent acheter local, et si possible agriculture bio ou raisonnée. Il faut remplacer la surface minimum d'installation par une surface maximale afin de privilégier l'installation des petits et des moyens et l'emploi, de lutter contre l'hyper-concentration dans l'agriculture.  Il faut dire halte aux pesticides, un scandale sans doute plus meurtrier que celui de l'amiante. Pour changer les pratiques paysannes, la clef, c'est la rémunération du travail. Pour sortir du pesticide, il faut proposer des voies de reconversion aux usines chimiques: c'est parfaitement possible.

 

Olivier Le Bras:  Il faut transformer notre colère en luttes pour enfin changer les choses.

 

Corinne Nicole:  S'il y a une urgence, c'est de sortir de la culture de la délégation de pouvoir. C'est nous le nombre, la force: prenons notre destin en main.

 

Compte-rendu partiel terminé le 18 juin.

Par Ismaël Dupont.

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