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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:41

Le député européen à qui l'on doit la fondation d'Europe Ecologie les Verts utilise le temps de parole qu'on lui offre dans son interview en page 4 du Monde ce mardi 10 avril 2012, non pour défendre le programme écologiste ou soutenir la candidature de Eva Joly, voire de François Hollande qu'il lui préfère par pragmatisme très Vème République, mais pour envoyer des flèches fièleuses sur le Front de Gauche et Mélenchon sur une demi-page.

 

Qui nous déclare ainsi son engagement préférentiel contre toutes les remises en cause du règne de la libre-concurrence et du capitalisme sur nos vies ? Dany le rouge repenti, illustrant à merveille le parcours pathétique de beaucoup de bourgeois d'extrême-gauche des années 1968-1970 devenus des partisans de l'ordre établi et du néo-libéralisme voire du néo-conservatisme. Un rebelle très complaisant pour les puissances d'argent qui a soutenu en Allemagne le gouvernement rose-vert Schröder quand il démantelait le code du travail et la protection sociale et qui fut et est toujours un solide et ardent défenseur desTraités européens (Lisbonne, pacte de gouvernance et de responsabilité pour l'euro, pacte de stabilité) qui assurent la police austéritaire et libérale au service des banques et des marchés.

 

Ce qui affleure des attaques que nous envoie Cohn-Bendit, mais avant lui également Eva Joly (Mélenchon est un "productiviste" inconvertible a t-elle osé prétendre contre toute évidence en début de semaine dernière dans le Ouest-France), Cécile Duflot, et Jean-Vincent Plasset, c'est une crainte de l'insurrection des citoyens qui veulent une véritable alternative sociale et démocratique au règne de l'oligarchie pro-capitaliste et pro-Europe fédérale et un anti-communisme radical qui s'associe avec une incompréhension et un rejet de la tradition révolutionnaire de la France. 

 

Dans le début de l'entretien, Cohn-Bendit concède que Mélenchon a pu devenir un écologiste convaincu et non simplement opportuniste, mais il concentre ses attaques sur l'arrière plan de centralisation étatique qu'il perçoit dans l'idée de planification écologique, critique qu'il mélange de manière grossière avec les poncifs sur les supposées complaisances sulfureuses de Mélenchon vis à vis de l'anti-américanisme, de la Chine et de Cuba. En creux, on peut lire les partis-pris atlantistes de Cohn-Bendit en même temps que son instrumentalisation de la sensibilité humanitaire, anti-étatique, anti-centralisatrice d'une partie de la gauche de critique du système (celle notamment qui peut voter d'habitude pour les Verts et qui est tentée par le vote de rupture et d'espoir pour le Front de Gauche) traversée par des aspirations libertaires, individualistes, régionalistes.  

  

"Le discours écologique (de Mélenchon) mérite d'être décodé. Car de quoi nous parle-t-il sur le fond? Il nous raconte une histoire, celle de la gauche républicano-socialiste, avec ses grandes références républicaines, Jaurès, la Révolution, et il développe la pierre angulaire de sa pensée, qui est la place centrale qui doit être accordée à l'Etat. C'est d'ailleurs au nom de cette place centrale accordée à l'Etat qu'il prône dans ses écrits une relation privilégiée avec la Chine. Il y a chez Jean-Luc Mélenchon une haine à peine voilée de l'Amérique, avec une fascination pour Fidel Castro et Hugo Chavez"... " Quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon fustiger l'impérialisme américain, n'entendez-vous pas en creux les discours du PC contre l'OTAN dans les années 50? Non seulement il nous ressuscite une rhétorique très "guerre froide" mais il escamote dans son discours tout ce qui le gêne..."

 

Oubliant à dessein notre valorisation de l'économie sociale et solidaire, des AMAP, des SCOP, des coopératives de manière générale, notre désir d'une gestion citoyenne locale des services publics, notre soutien à l'enseignement public des langues régionales avec de vrais moyens pour contrer leur affaiblissement, Cohn-Bendit nous fait passer pour des adeptes du dieu Etat contre la société civile et les identités régionales:

 

"Quand vous avez ces références-là, quand toute évolution de la société doit passer par l'Etat, les initiatives locales sont systématiquement étouffées... Le Front de Gauche vient de signer un texte contre la décentralisation. Pour moi, un tel retour en arrière est incompréhensible...Il est contre la décentralisation, contre les langues régionales, et il ne cesse de citer Jaurès, sans jamais dire qu'il commençait ses discours en occitan!". 

 

Vers la fin de l'entretien intégralement consacré à tirer le Mélenchon et le Front de Gauche à boulets rouges (Cohn-Bendit a t-il demandé le ministère de l'Intérieur à Hollande et veut-il lui prouver qu'il sait remettre au pas les sauvageons qui contestent l'autorité du Père la victoire bienveillant et sage?), le responsable EELV ne contient plus l'expression de sa haine pour ce que Mélenchon représente, la persistance des idéaux révolutionnaires et de la croyance en l'efficacité du volontarisme politique et en la légitimité de l'égalitarisme.

 

"Il parle de la Révolution sans jamais en montrer les aspects dérangeants. Moi aussi, je peux refaire l'histoire à ma sauce, ça n'est pas bien compliqué, mais c'est tellement simplificateur. La vie, ce n'est pas aussi simple qu'un discours de Mélenchon. L'émergence de cette gauche jacobine, centralisatrice et caricaturale est pain béni pour Nicolas Sarkozy. Cela lui permet de désigner à l'opinion cette gauche littéralement gangrenée par la question nationale, bloquée idéologiquement sur la question européenne, et fondamentalement anti-Occident. La montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon fait bien l'affaire du président sortant".

 

S'il y a quelque chose que l'on ne peut pas retirer à Cohn-Bendit, c'est souvent sa lucidité et son flair d'analyste politique: dès lors, l'accusation qu'il fait au Front de Gauche de renforcer Nicolas Sarkozy tout en reprenant exactement la même critique violente vis à vis de nous que Sarkozy et le Medef (simplisme, anti-mondialisation, passéisme, nostagie d'un monde révolu, fascination ...), relève tout simplement de la malhonnêteté pure.

 

Un sondage paru aujourd'hui commandité par Radio France montre encore que 55% des Français s'apprêteraient à voter Hollande au deuxième tour en cas de duel Sarkozy-Hollande, victoire qui serait garantie grâce au report de 85% environ des 14,5% des personnes interrogées qui la semaine dernière disaient vouloir voter Jean-Luc Mélenchon. Les commentateurs disent maintenant que c'est le rapport de force entre Mélenchon et Le Pen, actuellement au coude à coude, qui décidera des choses au second tour pour le report de voix vers Sarkozy ou Hollande. Plus Mélenchon sera haut, plus la droite aura de chance d'être battue.  Ce ne seront pas les 1,5% d'Eva Joly et d'EELV qui seront très utiles pour battre la droite et c'est bien ce qui dérange Cohn-Bendit et ses pairs car il ne faut surtout pas, pour ces nouveaux chiens de garde du capital, que les propositions du Front de Gauche sur la consultation par référendum sur les Traités Européens, l'augmentation des salaires, la retraite à 60 ans, la reprise de contrôle sur la finance et l'extension des services publics et de la protection sociale, soient entendues. Car bien sûr il s'agit de solutions passéistes, irréalistes, démagogiques, populistes, à la crise que les libéraux comme Cohn-Bendit ont contribué à créer et exaspérer par leurs politiques...

 

Ismaël Dupont.

       


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