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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 13:32

Sur la dernière année, le nombre de chômeurs, nous apprenait le Télégramme le 25 octobre, a augmenté de 15% en Bretagne. Au niveau national, le nombre de démandeurs d'emplois inscrits à Pôle Emploi est désormais de 5 millions (dont 3 millions en Catégorie A, tenus de faire des actes positifs de recherche, et sans emploi, même précaire et à temps partiel). Michel Sapin a beau comparer cette hausse du chômage à un navire lancé à toute vitesse suite à la politique conduite par la droite et qu'on ne pourra mettre fatalement qu'un certain temps à ralentir et arrêter, il ne saurait dédouaner à si bon compte son gouvernement de cette aggravation de la situation sociale.

Car des choix ont été faits pour prolonger les orientations austéritaires et libérales du précédent gouvernement, faute de courage politique pour remettre en cause les privilèges exorbitants de la finance et les dogmes libéraux. Laisser faire les licenciements boursiers, les délocalisations, la désindustrialisation; poursuivre le désinvestissement dans les services publics, faire de la réduction des déficits une priorité, élevée bien au-dessus de l'objectif de relance de l'activité économique, autant de manquements criants à une politique de progrès social qui sont directement imputables au gouvernement. Autant de trahisons des promesses de changement faits aux électeurs en avril et en juin dernier.  

 

Pourtant, au moment où Hollande et son gouvernement imposaient l'adoption du TSCG qui installe une camisole de force d'austérité, de retrait de l'Etat et des solidarités, le FMI revoyait à la baisse les prévisions de croissance dans le monde et annonçait que la France pourrait au mieux réduire son déficit à 3,5% du PIB pour 2013 et non à 3%. Mettant en garde contre "trop de rigueur" qui tire la croissance vers le bas, il invitait les économies où la croissance n'est pas suffisante" à "ne pas prendre des mesures qui aggraveraient la situation". Le FMI qui sermonnerait presque un gouvernement de gauche en se montrant dubitatif sur les effets d'une politique d'austérité qui risque d'épuiser la demande: voilà un retournement des rôles qui illustre tout aussi bien les contradictions actuelles du capitalisme que la dérive libérale de la social-démocratie.

 

En même temps, ne nous y trompons pas. Les instances officielles du patronat et ses groupes de pression, représentant les intérêts des riches, des rentiers et des grands groupes financiers, réclament toujours plus de dérégulation du droit du travail, de baisse des salaires et des cotisations sociales qui financent la protection sociale solidaire.

Sur la baisse exigée des impôts pour les riches, le gouvernement a fait quelques concessions aux lobbies du fric mais a tenu à peu près bon sur ses objectifs au nom "des efforts douloureux à partager équitablement", mais sur le moins d'Etat, de services publics et le "choc de compétitivité" au détriment de la protection des salariés, plusieurs signes montrent qu'il est en train de céder du terrain au MEDEF.

C'est l'autre voie, néo-libérale et non progressiste ou keynésienne (laquelle passe par une augmentation des investissements publics et du pouvoir d'achat du plus grand nombre) qui peut conduire à une baisse du chômage, mais au prix de la précarisation de tous les salariés et citoyens, du renforcément de l'exploitation au travail et des inégalités d'accès aux services et aux droits fondamentaux.

 

Dans le Ouest-France du lundi 29 octobre 2012, on peut lire que Moscovici, tout en refusant l'idée d'un choc de compétitivité et en lui préférant les expressions moins guerrières et plus hypocrites de "trajectoire de compétivité" ou de "pacte de compétitivité", entend bien porter les efforts du gouvernement sur la réduction du coût du travail, par le transfert du poids de la solidarité et de la protection sociale des entreprises (via le salaire indirect et les cotisations sociales) vers les ménages (le mystère subsiste sur les moyens: par une hausse des impôts, de la CSG ou le la TVA, ou de nouvelles réductions du niveau de protection sociale solidaire, ou un peu tout ça à la fois?).

Il prend modèle sur les réformes du marché du travail et du droit du travail conduites par les Allemands, notamment le social-libéral Gérard Schöder qui a montré en même temps que Tony Blair comment un parti social-démocrate pouvait, en se mettant au service du monde financier, défaire des décennies de conquêtes sociales du monde du travail.

 

A lire Ouest-France hier, il y avait de quoi être inquiet: "Selon certaines sources, le gouvernement travaille sur un transfert, d'ici à 2017, de 30 milliards d'euros de cotisations sociales vers d'autres prélèvements, mais il n'y aura pas de hausse de la TVA ou de la CSG en 2013. Alors quelle piste est envisagée? Le flou persiste".

Hier encore, Jean-Marc Ayrault disait qu'il n'excluait pas la possibilité- car, n'est-ce pas, il n'y a plus de tabou- de refaire passer la durée légale du travail de 35h à 39h pour faire retrouver de la compétitivité à notre économie.

 

Après le chantage à la dette qu'il ne faut pas laisser aux générations futures et qui nous met dans les mains des marchés et des agences de notation, la reconquête de la compétitivité est devenue la nouvelle arme de guerre idéologique pour justifier de nouveaux reculs sociaux afin d'étendre les pouvoirs du capital, et il est indigne d'un gouvernement qui se dit de gauche d'alimenter cette propagande visant à imposer la résignation face à la dégradation des conditions de travail et de vie du plus grand nombre.

  

Pour lutter contre le chômage, outre la baisse des charges sociales des entreprises, le gouvernement utilise le moyen classique des emplois précaires à profil particulier largement aidés par l'Etat et exemptés d'une bonne part de cotisations sociales.

Le traitement social du chômage est pratiqué depuis le milieu des années 1980 par la création de nouveaux contrats aidés par l'Etat et très faiblement rémunérés et qualifiants: on peut dire que cela a aidé certainement sur le coup des dizaines de milliers de gens à retrouver un statut et une utilité sociale, à mettre ou à remettre le pied dans le monde du travail, mais en même temps, cela entretient un nivellement vers le bas des salaires et des niveaux de protection du salariat, et cela interroge d'autant plus que c'est l'Etat employeur et les collectivités territoriales qui, plutôt que de créer des vrais emplois de fonctionnaires qualifiés et correctement rémunérés, abusent pour des raisons d'économie de ces emplois précaires à temps partiel et CDD intégrant des dispositifs prétendument sociaux de retour à l'emploi pour des personnes qui sont réputées en être éloignées.

Cela crée toujours plus de travailleurs pauvres, cela conduit à remettre en cause l'utilité de qualifications qui ne sont pas reconnues à leur juste mesure ou au contraire cela délégitime l'idée que des qualifications sont nécessaires pour exercer des métiers d'agents publics, de salariés associatifs, d'AVS...

Ces emplois aidés révèlent et satisfont de vrais besoins sociaux, pour améliorer le fonctionnement des associations, des services publics, mais ils devraient être remplacés par des emplois, aidés ou non par l'Etat, mieux rémunérés, moins précaires, plus qualifiés et qualifiants.

Les emplois d'avenir rentrent dans ce cadre. Après que Mélenchon les ait dénoncé comme un mode connu de généralisation du précariat au mois d'août, comme la Jeunesse Communiste et la Commission économique du PCF, les députés communistes du Front de Gauche ont tout de même voté avec beaucoup de réserves leur mise en place, en ayant essayé préalablement de faire passer plusieurs amendements, avec des succès restreints, pour rendre la formation obligatoire (400h par an) pour les rendre réellement professionnalisants et éviter d'en faire une nouvelle trappe à pauvreté ou précarité dont l'intérêt premier serait de faire diminuer le nombre de chômeurs, et sa charge politiquement et socialement explosive.

Il est évident que le chômage des jeunes est une vraie plaie pour la société française, mais leur précarité au travail lors de leur entrée dans le monde professionnel aussi, et ces emplois d'avenir ne résolvent pas vraiment ce problème. Théoriquement, ils sont destinés à des jeunes peu qualifiés, mais tout porte à croire que les entreprises, les collectivités et les associations, auront plutôt tendance à recruter pour 1 à 3 ans les jeunes les plus qualifiés prétendant à ce poste parce qu'ils ont des difficultés à trouver un travail correspondant à leurs qualifications. Dans l'éducation nationale aussi, on va créer des postes à mi-temps d'enseignants profilés "emplois d'avenir" et réservés aux étudiants boursiers se destinant à l'enseignement.  Des jeunes payés 800 euros qui ne seront pas formés professionnellement avant d'arriver devant les élèves: si on ne leur donne que des tâches d'encadrement de l'aide aux devoirs, de soutien aux professeurs titulaires pendant les heures de classe, d'aide individualisée aux élèves, ce peut-être une piste d'amélioration du service public d'éducation et d'adaptation à la diversité des élèves intéressante, mais si on leur confie directement des classes à partir de BAC +2 ou Bac +3, ce serait à mon avis une nouvelle forme de sous-qualification et de précarité normalisée dans l'éducation nationale, au préjudice des personnels et des élèves.

 

La manière la plus efficace de réduire le chômage à court terme est que l'Etat investisse pour mieux satisfaire - en créant de l'emploi -  les besoins sociaux liés à la transition écologique, à la recherche et l'innovation, aux services publics -  et qu'il redonne du pouvoir d'achat aux citoyens, de manière directe par une augmentation des salaires, pensions et minima sociaux portée par l'autorité de la loi, ou indirectement par une élévation du niveau de qualité de la protection sociale et des services publics, financée  notamment en ponctionnant et réduisant de manière considérable les prélèvements accomplis par le capital sur l'économie réelle et les bénéfices des entreprises, deux fois plus élevés comme l'a rappelé Mélenchon dimanche soir dans Dimanche soir politique sur France Inter, que les prélèvements sociaux.  

 

On fait à peu près tout le contraire depuis 6 mois.

En n'augmentant pas le SMIC, en gelant le point d'indice des fonctionnaires, comme les pensions et les minima sociaux, en laissant s'envoler les prix du carburant, de l'énergie, en augmentant les taxes sur le tabac et d'autres produits, en supprimant des abattements de l'impôt sur le revenu et en maintenant le gel du barème de l'impôt sur le revenu décidé par Fillon, le gouvernement Ayrault est responsable concrètement d'une baisse du pouvoir d'achat de beaucoup de salariés et de citoyens.

C'est le cas aussi pour les salariés des entreprises qui, souvent sans contrepartie réelle en termes de hausse de salaire, car les rapports de force dans l'entreprise ne leur sont pas favorables en ce moment, perdent leurs heures sup défiscalisées tout en continuant à travailler autant sur la base d'une paye qui a stagné depuis le passage aux 35h (cela peut représenter une baisse de 500 € de salaire par an pour un SMICARD à 39h dans les petites entreprises). Il n'est pas question de revenir sur la légitimité des 35h ou la nécessité de la cotisation sociale sur les heures de travail payées par l'entreprise, mais la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, que le Front de Gauche souhaitait aussi, aurait due être contrebalancée par une augmentation significative du SMIC et des négociations salariales coordonnées par l'Etat en faisant pression sur le patronat.   

 

On peut également juger inacceptable que le gouvernement, non content d'avoir maintenu dans ses grandes lignes la réforme Sarkozy-Fillon des retraites (10 000 personnes de moins que l'an passé sont parties en retraite cette année en Bretagne, nous annonçait Ouest France le 13 octobre), s'attaque frontalement au porte-monnaie des retraités, déjà soumis à rude épreuve avec la solidarité imposée avec les enfants et petits-enfants touchés par la crise, les frais de santé en hausse et de perte d'autonomie. Plus de 70% des retraités vont payer le nouveau prélèvement de 0,3% instauré dans le cadre de la Sécurité Sociale pour financer le soutien financier aux personnes âgées dépendantes, alors que cet effort de prise en charge de l'aide à l'autonomie doit être assumé par toute la nation, et particulièrement par les riches et les entreprises dans le cadre du financement de la protection sociale. De même, avec le gel du barème de l'impôt sur le revenu (non revalorisé en fonction de l'inflation) pour le calcul de l'IR au titre des revenus de 2011 et 2012, de nouveaux retraités vont devenir imposables. Ils auront de plus à payer la taxe d'habitation, la taxe foncière, et une CSG en augmentation. Et il est même envisagé de supprimer pour les retraités l'abattement de 10% sur les revenus déclarés.          

 

"En termes de pouvoir d'achat, conclut un tract d'information et d'alerte de la CGT Finances Publiques 29, c'est absolument colossal, surtout que pour nombre de retraités est venu s'ajouter la suppression de l'aide ménagère à domicile depuis le 1er janvier 2008. Et cela concerne des personnes ayant des revenus très modestes".

A juste titre, la CGT manifestait le 11 octobre dernier à Quimper et à Brest pour la défense et l'amélioration du pouvoir d'achat des retraités et notamment pour la suppression des récents disposifs fiscaux qui pénalisent les retraités,  pour la revalorisation des retraites de 300€, pour le retour de l'indexation des pensions sur les salaires.

 

Il ne sera possible d'inverser cette spirale de regression sociale que si la population et les salariés se révoltent et imposent un rapport de force dans la rue et les entreprises, sûrs de leur droits, des richesses qu'ils produisent, et qui sont de moins en moins bien réparties, de la possibilité de faire autrement pour satisfaire les besoins sociaux et réduire les inégalités. Ce gouvernement au tropisme libéral et centriste, on le sait maintenant, ne prendra des mesures de progrès social que si le peuple l'y contraint par sa mobilisation, ses exigences et son impatience.             

 

Ismaël Dupont.  

 

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