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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 06:33

 

Assemblée citoyenne de Saint Pol de Léon sur l'agriculture: vendredi 9 mars 2012

 

Cela a été un grand moment de réflexion politique partagée et d'éducation populaire sur un thème si important pour la région et le Léon. 30 personnes étaient venues assister à cette huitième Assemblée Citoyenne du Front de Gauche organisée dans le cadre de la campagne législative et présidentielle depuis le mois d'octobre: elles ne l'ont certainement pas regretté tant l'intervention de Xavier Compain et le débat auquel elle a donné lieu ont été instructifs et stimulants.

 

J'ai ouvert la réunion par une courte intervention pour rappeler la logique des Assemblées Citoyennes, me féciliter de la dynamique de la campagne militante du Front de Gauche qui porte ses fruits aujourd'hui dans notre rapport à la population et dans les intentions de vote, et j'ai aussi mis en avant le caractère central de la question de l'agriculture dans les problèmes politiques de la région en rappelant qu'on était confronté aux effets pervers de l'agriculture productiviste et hyper-concentrée tels que les algues vertes ou la pollution du Guillec et de la baie de Mogueriec aux pesticides en octobre 2010.

 

Jean-Jacques Labous, syndicaliste à Saint Pol de Léon, a ensuite exposé les particularités de la Bretagne au niveau agricole, puisqu'il s'agit de la première région agricole de France, et, à l'intérieur de la Bretagne, de la région léonarde, le marché de légumes le plus important au niveau de la quantité et de la diversité.

 

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Xavier Compain, responsable national du PCF en charge des secteurs de l'agriculture et de la pêche, ancien responsable du MODEF, et éleveur de vaches laitières dans les Côtes d'Armor, a ensuite exposé pendant 40 mn les orientations du Front de Gauche et les actions du PCF dans les assemblées en matière d'alimentation et d'agriculture.

 

Voici les grandes idées qui se dégagent de son intervention:

 

L'agriculture n'est pas une affaire de paysans seulement, et le Front de Gauche le montre très bien depuis 2 ans à travers la multiplicité des réunions publiques qu'il consacre à ce thème. Il s'agit d'un enjeu citoyen sur lequel il ne faut pas hésiter à bousculer le professionnel.

 

Le Front de Gauche met dans le débat public quatre grands engagements en matière d'agriculture:

1) Recréer 300.000 emplois dans l'agriculture alors que tous ceux qui se succèdent depuis 20 ans ont accéléré le démantèlement du milieu agricole. Ce chiffre est crédible: il consiste à recréer les emplois qui ont été liquidés depuis le dernier recensement agricole. La condition pour y parvenir, c'est d'arriver à une meilleure rémunération du travail.

 

2) Tout le monde doit avoir accès une alimentation saine, de qualité.

 

3) Il faut initier la transition écologique de l'agriculture. C'est là sans doute une formulation d'objectif qui doit beaucoup à nos partenaires du Front de Gauche. On est capable de ne pas être d'accord sur tout mais de cheminer ensemble. L'apport des communistes, c'est de dire que c'est le cochon à 2 euros qui fait de la réduction des tailles d'exploitation. Ceci dit la première victime des pesticides, par exemple, ce sont les paysans. Il s'agit d'un scandale plus important que l'amiante: la mutualité agricole n'indemnise pas ou très mal les victimes des pesticides.

 

4) Un développement équilibré du territoire. Le pilier fondamental de la ruralité, ce sont des activités primaires telles que l'agriculture, la pêche, la pisciculture, activités où il faut préserver et étendre l'emploi. Après il y a toute une bataille à mener sur le maintien des services publics au niveau rural.

 

 Le programme agricole du Front de Gauche est un des plus poussés, des plus travaillés. Il implique par exemple:

 

1) De sortir l'agriculture et l'alimentation de l'OMC. Il ne s'agit pas que d'une déclaration mais d'une bataille politique à mener réellement et c'est que nous demanderons, s'ils reviennent au pouvoir, aux socialistes, et au très libéral Stephane Le Foll, déjà annoncé ministre de l'agriculture. Ce qui concerne les estomacs des êtres humains ne doit pas être l'apanage de l'OMC. Après, il y a tout un débat sur la PAC que l'on mène au sein du Parti de la Gauche Européenne au Parlement Européen pour faire face aux défis alimentaires et démographiques qui nous forcent à multiplier par deux la production alimentaire. Il faut définir une politique de sécurité et d'auto-suffisance alimentaire au niveau des grandes régions: cela passe par une régulation et une protection des producteurs locaux. La FAO doit être le grand arbitre international et faire en sorte réellement qu'il y ait des échanges mutuellement avantageux sur les produits alimentaires. Nous ne sommes pas pour autant des inconditionnels du protectionnisme, contrairement aux caricatures: on ne s'interdit pas de commercer du cacao et du café, mais on commerce sans dumping social, environnemental. Il faut à l'échelle nationale ou au moins continentale une planification agricole et alimentaire: le marché ne doit pas tout contrôler.

2) Il faut réorienter les fonds de coopération au développement: plutôt que d'envoyer du riz FAO dans les situations d'urgence simplement, il faut investir dans des outils de prouction et de conservation des biens alimentaires (frigos, silos...) qui permettront aux pays en voie de développement d'être davantage auto-suffisants.

3) Nous ne tolérerons pas que les accords bilatéraux de libre-échange laminent nos emplois agricoles. Actuellement, l'Europe importe 450000 tonnes de viande bovine par an: c'est de la viande à moins de 1€ le kilo comme celle qui vient d'Argentine. Les accords du Mercosur nous en imposeraient 500000 tonnes de plus. Dès lors, la messe est dite sur la production bovine française. La même chose s'est produite il y a 30 ans au niveau du mouton. Résultat: aujourd'hui, 7 agneaux sur 10 sont importés.

4) Il faut en finir avec le discours lénifiant sur les « montagnes de beurre, les fleuves de lait ». Bruno Lemerre, le paysan de Neuilly, nous dit qu'il ne reste que 15 jours de stocks de céréales en France. Au niveau international, c'est 60 jours. La FAO recommande au moins 75 jours de stocks pour assurer la sécurité alimentaire. C'est la pauvreté de ces stocks alimentaires qui rend les peuples plus vulnérables aux aléas climatiques, aux aléas du marché et à la spéculation. Martine, la voisine de Xavier Compain, a un théorème infaillible pour dénoncer cette situation: si ceux qui sont aux mannettes des politiques agricoles s'occupaient d'un troupeau de vaches, cela ferait bien longtemps qu'ils l'auraient fait crever par imprévoyance et étourderie.

5) Assurer la transition écologique de l'agriculture, c'est resemer et produire nos protéines végétales sur le territoire européen. Actuellement, 75% de l'aliment d'élevage est importé (soja, manioc) et si la Bretagne a de beaux porcs, c'est d'abord parce qu'elle a de beaux ports pour faciliter ces importations. Il faut un accompagnement financier pour produire à nouveau sur notre sol des protéines végétales pour nos élevages: ces aides pourraient être associées à une taxation des importations sur des critères environnementaux (coût en émission de gaz carbonique, normes de production) et sociaux, alimentant un fonds destiné à la transition écologique de l'agriculture.

C'est dans l'air du temps de soutenir verbalement les filières labélisées, les circuits courts, le bio: pour nous, c'est un objectif essentiel, et c'est pour cela que des électeurs Verts rejoignent la gauche de transformation sociale et écologiste que nous représentons. Mais le bio exclusif, il faut en avoir conscience, cela ne représente que 3% de la consommation au niveau national. Pour ce qui est des circuits-courts actuellement, on bute sur l'organisation du capitalisme, il faut le dire! Pour développer ces modes de production et de consommation, ce qui est indispensable afin qu'ils ne bénéficient pas qu'à une minorité de la population, il faut faire sauter les verrous du code des marchés publics. Actuellement, rappelons-le et c'est inadmissible, les paysans qui font du bio sont les derniers payés de la PAC et les plus contrôlés. De plus, il y a bio et bio: il suffit d'aller dans un rayon bio d'un supermarché et de voir que tous les fruits et légumes bio sont d'importation, sauf les betteraves. Un producteur qui fait du bio et qui commence à mettre la main dans la grande distribution se fait vite bouffer le bras. La grande distribution n'est pas notre alliée mais l'adversaire des solutions progressistes en matière de consommation et de rémunération des producteurs, n'ayons pas peur de le dire.

Le troisième grand axe de notre transition écologique concerne l'accès au foncier. Je pense à l'accaparement des terres cultivables chez nous par les habitations et les promoteurs ou les plus gros exploitants, au Sud par des spéculateurs qui font du business sur la famine. Ainsi, par exemple, la Somalie produit de l'oignon blanc bio à la pelle mais importe du riz FAO. Dans le même ordre d'idée, on peut parler de la honteuse vente forcée de leurs quotas de pêche par les pays pauvres ou du pillage des eaux territoriales du Sud de l'Afrique par des navires russes ou japonais. Et au Kenya, croyez-vous qu'il y a beaucoup de gens qui mangent des fleurs? L'objectif inconditionnel que l'on se donne, c'est que la terre aille à l'agriculture et à l'alimentation. En France, dès maintenant, il faut agir pour changer la gouvernance des SAFER: tout ça grenouille actuellement dans les mains non désintéressées des copains du syndicalisme majoritaire. Il faut y mettre de « l'ingrédient public », nos élus dans leur diversité. Il faut aller vers l'élargissement syndical dans les Safer et SBAFER et intégrer même des citoyens à leur gestion selon nos principes d'une 6ème République impliquant les citoyens dans les décisions. De la même manière qu'il existe actuellement une SMI, surface minimale d'exploitation, il faut aller vers une surface maximale d'exploitation, pour s'opposer au devenir industriel de l'agriculture et à son hyper-concentration destructrice d'emplois. Il faudrait respecter effectivement la règle existant actuellement suivant laquelle quand une terre se libère, on consulte d'abord les petits, puis les moyens exploitants pour son rachat. Mais le meilleur rempart contre la course au productivisme et à l'agrandissement, c'est la rémunération du travail. Les paysans ont perdus 50% sur le litre de lait ces dernières années. Aujourd'hui, la contractualisation les oblige à des contrats hypothétiques. Ce que nous disons nous, et nous sommes entendus des exploitants, c'est qu'en dessous de 320 € les 1000 litres, on ne rémunère pas le litre de lait. Un bon niveau de rémunération se situerait à 400 € les 1000 litres. Actuellement, seulement 7% du prix d'un pot de yaourt revient au producteur de lait. De la même manière, les producteurs de fruits et légumes crèvent la bouche ouverte depuis 15 ans à cause du dumping social et environnemental des importations.

 

André Chassaigne a élaboré un projet de loi pour le revenu paysan qui a été approuvé par l'ensemble des représentants de la profession consultés (FNSEA, Confédération Paysanne, Jeunes Agriculteurs...) et par les associations de consommateurs (CLCV, familles de France, CGT) et les associations humanitaires (secours catholique, restos du coeur). Celui-ci prévoit d'abord d'encadrer les marges de la grande distribution par des coefficients multiplicateurs. En 1986, les taux de marges oscillaient entre 25 et 30%: ils peuvent maintenant atteindre 400%, comme sur la pêche-nectarine l'été dernier! Parce que Leclerc est le grand financeur du PS, tous ne s'en émeuvent pas à gauche. Nous, nous sommes sur un positionnement de classe: évidemment, nous n'aurons jamais d'amis dans la grande distribution.

La deuxième idée, ce sont les prix indicatifs.

Le troisième outil, une conférence annuelle sur les rémunérations dans l'agriculture: nous vivons sur un mythe, il n'y a jamais eu de négociation dans le monde agricole. Depuis la réforme de la PAC de 1992, les agriculteurs se prennent surtout des coûts de trique par les technocrates qui les ont mis à merci de la concurrence mondiale et de la grande distribution. Nous plaidons aussi pour qu'il y ait des restrictions à l'importation quand nos primeurs arrivent à maturité et suffisent à satisfaire la demande nationale. Quand on est à l'initiative dans les institutions, il y a toujours des choses qui bougent: le PS a voté pour ce projet, revu et amendé, à l'Assemblée et au Sénat. Comment nos amis socialistes diront non dans ce printemps fleuri après avoir dit oui dans cet hiver bien triste?

Pour les élections professionnelles, nous réclamons la proportionnelle.

Le dernier engagement du projet de loi PCF concocté par Chassaigne et la commission agriculture concerne les retraites agricoles. La gauche plurielle les a fait passé de 350 € à 500€ pour les conjoints, à 700€ pour les chefs d'exploitations. Mais la moyenne des retraites agricoles se situe encore autour de 400€. La proposition que nous faisons, et qui reprend les revendications syndicales, c'est d'instaurer une retraite à 1000€. C'est qu'il faut prendre en compte le problème de la dépendance en milieu rural, le coût des maisons de retraite.Pour lutter contre la spéculation et assurer notre sécurité alimentaire contre les variations climatiques, l'engagement communiste, c'est de créer des stocks de sécurité alimentaire au niveau européen.

 

 Le débat

- Jean-Jacques Labous souligne l'inquiétude des salariés des dépôts de légume menacés de fermeture avec la création du grand entrepôt robotisé de la SICA. La Sica nous parle de requalification, de formation professionnelle. Mais il y a une difficulté évidente de réadaptation pour des salariés qui ont 50 ans, qui ont travaillé 30 ans comme manutentionnaires ou embaleurs... De plus, il y a le problème des saisonniers qui vont se trouver sans emploi. Nous craignons que la direction de la Sica fasse traîner les choses et ne revèle qu'au dernier moment les conséquences sociales de son projet pour que les salariés ne se mobilisent pas. Ces milliers d'emplois induits par la construction des nouveaux dépôts pharaoniques dont nous parle Le Guen, le député de Landivisiau, on ne sait pas où il va les trouver. Auparavant il y avait 600 embaleurs dans la zone légumière, aujourd'hui il n'y en a quasiment plus. 

 

- Un intervenant qui travaille lui-même comme saisonnier dans l'agriculture et comme Johny's, Olivier, met en avant les conditions d'exploitation des travailleurs dans les serres de tomates, les champs d'échalottes. Les salaires dans l'agro-alimentaire sont souvent dérisoires pour ceux qui n'ont pas d'exploitation. Avant, on avait le SMIC, maintenant, le salaire, c'est une aumône. Les jeunes iraient bien bosser s'ils étaient payés correctement. Dans le Haut-Léon, entre Saint Pol et Lesneven, c'est l'apocalypse. Dans la région de Brest, grâce à des coopératives du type SAVEOC qui écoutent les revendications des employeurs et des salariés, c'est un peu mieux. Dans le Sud-Finistère c'est encore mieux. Mais chez nous, les agriculteurs sont vraiment prêts de leurs sous et payent leurs saisonniers au lance-pierre. Cela se traduit par une SICA qui a des fonds exhorbitants pour s'acheter des danseuses, dont cette compagnie de fret ferroviaire rivale de la filiale de la SNCF, Novatrans, concurrente du service public, Combiwest, dont le président est le vice-président de la SICA. Qu'est-ce que vont faire les agriculteurs dans cette galère? A chacun son métier. Comment se féliciter que la SICA s'engouffre dans la dérégulation et la privatisation du rail? Elle va maintenant profiter d'un dépôt- d'une plateforme rail-route construite à Saint Martin des Champs avec des deniers publics, mais que la SNCF n'a jamais pu exploiter faute de volonté politique. Là encore, on socialise les pertes et on privatise les profits. 

 

- Joël Helary (CGT) rappelle que parmi les salariés de l'agriculture, il y a 4 coefficients sur 8 en-dessous du SMIC: le coefficient le plus bas représente 9,22€/jour - 1€ de l'heure! Quand on négocie avec la FNSEA, il nous tienne le même discours que le MEDEF: "on vous comprend, on voudrait bien vous donner plus, mais on ne peut pas! On ne pas faire autrement"...

 

- Pour Gaby Le Gall, conseiller municipal communiste à Roscoff, il y a des gens qui assurément s'en mettent "plein les fouilles": Auchan, Leclerc. La plateforme de fret à Saint Martin des Champs a été construite avec nos impôts. Maintenant, la Sica récupère cet outil. C'est inacceptable qu'elle s'engage ainsi dans la dérégulation du fret. Pour laisser passer Combiwest et d'autres compagnies privées, on met en danger des transports de voyageurs et il y a failli avoir de graves accidents à plusieurs reprises suite à une saturation des voies. Par ailleurs, un des moyens de défendre le revenu paysan, c'est la coopérative que le Front de Gauche doit promouvoir et encourager. Dans le Languedoc-Roussillon des producteurs de lait se sont associés en coopérative: il y a quelques années, Lactalis leur donnait 27 centimes pour le litre de lait, maintenant, ils obtiennent 90 centimes du litre de lait. C'est ça les mérites de l'organisation coopérative: créer un rapport de force pour négocier des prix rémunérateurs auprès des intermédiaires et de la grande distribution. La Sica au départ avait ce type de mérites, mais elle devient une organisation capitaliste. Beaucoup d'agriculteurs d'ailleurs sortent de la Sica aujourd'hui. Oui il y a des bastilles à reprendre: je pense à ces banques qui créent des filiales d'assurances pour spéculer sur la misère des gens. 

 

- Pour Xavier Compain, il y a des possibles à réouvrir. Les coopératives doivent vendre elles-mêmes leurs productions. Or, actuellement, 80% de celles-ci passent par la grande distribution. Il faut une volonté politique pour promouvoir la vente par les coopératives elles-mêmes. 

 

- Alain David met en avant le fait que la nourriture n'est pas une marchandise comme une autre, que c'est vital pour les individus, pour les pays. Il faut donc raisonner en termes de filières: de la production jusqu'à la consommation, on doit sortir de la domination de la finance. 

 

- Ismaël Dupont affirme que pour lui, il ne faut pas hésiter à affirmer son idéalisme et critiquer radicalement les principes du système ou du modèle agricole mondial et européen actuel. 1,3 milliards de personnes, 43% des actifs dans le monde sont des agriculteurs- dans les pays en voie de développement, cela représente 60 à 70% des actifs. Nous sommes donc loin d'être passés à un monde d'économie tertiaire post-agricole. Mais 70% de ceux qui vivent dans l'indigence et qui souffrent de la faim sont des paysans. Pourquoi? En particulier parce que dans les années 1970-1980-1990, le FMI a profité du moyen de chantage que constituait la dette publique pour forcer les pays du Sud à ouvrir leurs marchés aux importations de produits agricoles occidentaux plus compétitifs (car subventionnés en amont et protégés par des prix garantis surtout à l'époque) et pour les encourager à se spécialiser dans des monocultures d'exporation dont les travailleurs sont des salariés et des demi-esclaves plutôt que de poursuivre une l'agriculture vivrière indépendante leur assurant de manger à leur faim. Aujourd'hui, en Afrique, dans les pays arabes, cela coûte moins cher d'acheter du poulet breton que du poulet local... Ces pays en voie de développement ont été rendus trop dépendants des importations et les recettes que leur apporte leur culture d'exportation, comme les cours mondiaux sont contrôlés par les économies les plus puissantes et soumis à toutes les spéculations et variations de la production, sont insuffisantes pour compenser le déficit de la balance commerciale. Il faut donc permettre à ces pays du Sud d'organiser leur sécurité alimentaire par grandes régions sinon par pays et de protéger leurs marchés intérieurs et leurs producteurs. Il faut les aider à se développer techniquement pour avoir une agriculture plus efficace plutôt que de leur vendre des armes, des autoroutes ou des aéroports pour les dictateurs. L'autre volet de ce contre-modèle agricole qui marche sur la tête, c'est l'agriculture industrielle, productiviste, hyperconcentrée et polluante, qui remunère de moins en moins la moyenne des agriculteurs, dans nos pays occidentaux. Est-il normal que la Bretagne produise chaque année 14 millions de porcs, (60% des porcs français), 40% des volailles en France? A côté de cela, nous ne sommes que la vingt-et-unième région française sur vingt-deux pour le montant du revenu paysan. Ce modèle de développement agricole basé sur la dérégulation des prix compensée par des subventions qui donnent toujours une prime à l'agrandissement, l'investissement dans le matériel, basé sur l'endettement privé, l'emprise de la grande distribution et de l'agro-alimentaire, des fabricants d'aliment pour élevage et de pesticides, sur l'hyper-spécialisation et l'élevage hors sol, c'est un contre-modèle qu'il faut repenser, remettre à plat, car il est responsable, sinon d'une surproduction, du moins de prix des denrées ne suffisant pas à faire vivre les producteurs (le prix du porc tombe souvent à 1,10€ le kilo ces derniers mois, alors qu'il faudrait qu'il soit à 1,60€ le kilo pour faire vivre les éleveurs en dehors des subventions compensatoires). Un des moyens de préserver et d'augmenter l'emploi agricole, c'est de revenir à une agriculture paysanne d'intérêt général soucieuse de l'environnement et de la santé publique, pouvant se développer grâce à une protection des prix, un soutien public dans l'accès à la terre, une relation plus directe au consommateur... Rendons-nous compte que le nombre d'agriculteurs a été divisé par 10 en 100 ans: jusqu'où se perpétuera l'hémorragie si on continue à valoriser la production industrielle, l'hyper-spécialisation? L'argent serait mieux employé à défendre une agriculture paysanne qu'à soutenir les grands intérêts agro-alimentaires: en 2009, Doux touchait 200 à 300 euros de l'Union Européenne pour la tonne de poulets abattus. Il faut revoir le mode d'attributions des subventions de la PAC, non pour laisser faire les mécanisme de lutte pour l'existence et la compétitivité maximale du marché non faussé, mais au contraire pour soutenir davantage les petites exploitations, l'agriculture bio et écologiquement responsable. 

 

- Un intervenant: pour aller dans ton sens: il y avait 400 exploitants il y a 30 ans dans la région de Saint Pol de Léon, il y n'en a aujourd'hui plus que 100. 

 

- Yvon Dissez, de l'association "Peuples Solidaires" annonce la création d'un collectif finistérien "pour la Souveraineté alimentaire dans les pays du Sud et en Europe" et dit que ce qu'il a entendu ce soir se rapproche des vues de ce collectif ouvert aux citoyens, aux associations, aux syndicats mais pas aux partis politiques, collectif qui compte pour l'instant plusieurs organisations signataires: CCFD-Terre Solidaire, Peuples Solidaires de Brest, Landerneau, Lesneven, St-Pol -Morlaix, Confédération Paysanne, Chrétiens dans le Monde Rural, Maison de l'agriculture bio, Ti ar Bed. 

Quelles sont les revendications de ce collectif, sur lesquelles il veut inviter les candidats à s'engager:

- Placer le concept de souveraineté alimentaire au coeur des décisions et des mécanismes et décisions au niveau des Etats et des instances supranationales.

- Inscrire le droit à la protection des marchés agricoles, par pays ou groupe de pays, dans les règles du commerce international.

- Soutenir au nord comme au sud une agriculture paysanne et familiale, soucieuse de la place des femmes, maintenant la mixité des cultures et de l'élevage préservant les écosystèmes et l'accès aux semences paysannes. L'UE doit aussi viser  l'autonomie en protéines et encourager des systèmes de production alternatifs, comme l'agriculture biologique.

- Prononcer un moratoire sur les concessions et acquisitions de terres à grande échelle tant que des cadres juridiques contraignants n'ont pas été adoptés aux plans national et international.

- Mettre fin au soutien public à la production et à la consommation d'agrocarburants.

- Lutter contre la volatilité des prix des matières agricoles et énergétiques.

 

(Contact pour se rapporcher du collectif: yvon.dissez@free.fr)

 

- Tout en regrettant que le collectif ne soit pas ouvert aux organisations politiques en tant que telles, constituées parfois comme chez nous au Front de Gauche  de citoyens tout autant révoltés de la marche du monde et décidés à agir pour le changer que les militants associatifs qui composent ce collectif alter-mondialiste, plusieurs intervenants, dont Xavier Compain et Ismaël Dupont, ont remarqué que la plateforme de revendications exposées par ce "Collectif 29 pour la Souveraineté Alimentaire" rejoignait complètement notre projet et notre programme visant à subordonner le problème de l'agriculture à la question de l'alimentation et de l'auto-suffisance alimentaire et qu'il devait y avoir en cette matière une convergence des luttes car les adversaires, du côté du capital et des thurifaires du libéralisme, sont redoutables et bien organisés. 

 

- Alain David a rappelé que l'agriculture devait continuer à être une histoire d'hommes et ne pas se transformer en pure activité financière, comme il advient quand, comme dans la Somme, on crée une unité de production à la danoise ou à l'Allemande de 2000 vaches laitières (à titre de comparaison, dans la petite exploitantation familiale de Marie Huon, de ses parents et grands-parents, il y a 60 vaches laitières).

 

- Xavier Compain a déclaré qu'il fallait en finir avec le "paysannisme" si hypocritement partagé dans le monde politique et qui s'exprime dans des louanges démagogiques à la ruralité, aux paysans: nous, on ne veut pas des paysans pour les paysans eux-mêmes. Notre première ambition, c'est de nourrir les hommes sainement et suffisamment, et c'est pour cela qu'on a besoin des paysans. La FNSEA se contenterait bien d'une agriculture hyper-concentrée à 10000 acteurs. C'est inacceptable. Nous demandons le maintien des exploitations familiales- leur vertu, c'est d'amortir les baisses de coût- et des prix rémunérateurs pour les éleveurs. Où en est la gauche paysanne? Si notre programme n'est pas si mal, c'est qu'elle est riche de ses diversités (Confédération Paysanne, Modef...) et le PCF et le Front de Gauche discutent avec tout le monde. Mais attention, il y a un bougé inquiétant dans le monde agricole: la coordination rurale pourrait arriver en tête dans les chambres d'agriculture. Il y a aujourd'hui un vote désespéré dans les campagnes: des sondages indiqueraient que 20% des paysans songent à donner leurs voix à Le Pen (contre 4 à 6% pour le Front de Gauche, notre étiage traditionnel).

 

- Patrick Le Nan pose une question à Xavier Compain sur les moyens de lutter contre la spéculation sur les matières premières agricoles. Xavier indique qu'il y a deux types de spéculation: l'accaparement des terres (il faut inclure au niveau de l'ONU une clause de sauvegarde, un outil qui existe dans la PAC) et la spéculation financière. Actuellement, la BNP et le Crédit agricole proposent des produits spéculatifs sur l'agriculture pour les titulaires de comptes bien garnis. Un document interne de la BNP "BNP agroplus 2013" se prononce sur la réforme de la PAC et envisage les opportunités de profit qu'elle génère: les banquiers font de la politique. On vous propose des bouquets financiers 2 tiers/ 1 tiers: 1er tiers pour spéculer sur le blé, le maïs, l'avoine, l'autre partie pour des placements plus sûrs dans Coca-Cola, Nestlé... Autre exemple touchant la distribution en amont: Buffalo Grill, une grande chaîne des restauration qui n'importe que du boeuf argentin à prix cassé- a dans son capital Colony Capital, l'ancien propriétaire du PSG: faut-il croire que les joueurs mangeaient trop de viande nourrie aux hormones pour être de subtils techniciens? Il faut  aller vers la proposition d'une convention internationale sur la non-spéculation sur les biens alimentaires.   

              

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