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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 19:37

Il y a quatre mois, j'ai publié dans ce blog une présentation des revendications et des conditions de travail des 700 VCP Indépendants du Télégramme telle que l'avait décrite suite à une longue entrevue avec quelques-uns de leurs représentants Françoise Pencalet-Kerivel, candidate du Front de Gauche à Douarnenez.  

  

Ce mercredi 30 mai 2012, nous avons reçu au local du PCF de Morlaix, au titre de notre candidature du Front de Gauche aux législatives, Daniel Ravasio, Jean-Luc Le Calvez, Hervé Salczer et moi-même une délégation de 4 vendeurs indépendants du Télégramme conduite par Fabrice Clémenceau, secrétaire général du syndicat des VCP Indépendants.

Ceux-ci venaient de négocier pendant deux heures sans succès avec des responsables du Télégramme une augmentation de leurs indemnités kilométriques et sont décidés à continuer leur lutte pour accéder à des conditions de rémunération et de sécurité dans le travail (indemnisation des journées-maladie, ...) plus acceptables.

En m'aidant du mémorendum réalisé par Fabrice Clémenceau pour être présenté au Ministère de la Culture et au Ministère du Travail où son obstination à alerter auprès des autorités et de Nicolas Sarkozy lui a valu d'être reçu, du compte-rendu de rencontre de Françoise Pencalet-Kérivel, et de notre propre entrevue qui a duré une heure et demi et a été très chaleureuse et instructive pour nous, je vais tâcher de résumer leur situation et de faire part des propositions pour que cette situation intolérable ne dure pas.

 

Les travailleurs indépendants dits " vendeurs colporteurs de presse" exercent sous plusieurs statuts différents, sans vrai contrat de travail, dans la précarité la plus totale. Ils sont 32000 en France et 700 à travailler pour le Télégramme (12 rien que sur Morlaix), dont ils réalisent 80% des ventes (le reste étant assuré par la grande distribution, les maisons de la presse).

 

"Ils sont obligés à une assiduité sans faille, ils travaillent 364 jours par an, la nuit entre 1h et 8h, par tous les temps... Ils n'ont aucun repos légal, aucunes vacances, ni dimanche, ni jour férié" expose Fabrice Clemenceau dans son rapport.

Les 4 VCP qui nous ont parlé travaillent environ 3 à 4 heures de livraison par nuit mais ils doivent aussi compter quelques heures gratuites en plus le jour pour téléphoner aux clients, organiser les tournées, encaisser les factures, interrompre provisoirement des abonnements, tous ces frais de gestion étant à leurs charges, comme l'avancement des impayés des clients.

Ils sont payés environ 8,50€ de l'heure, sans compter l'amortissement de la voiture, soumise à rude épreuve, et ne peuvent  donc toucher ni indemnité maladie, ni congé payé, ni chômage. Quand ils ont besoin d'un remplaçant pour assurer leur tournée en cas d'absence contrainte ou volontaire, ils doivent débourser 30€ pour lui par jour, avec une indemnité maladie de 2/3€. Sur les 25€ par mois que fournit un client au Télégramme pour son abonnement, le VCP ne touchera que 3,50€.

 

Beaucoup de ces VCP ont par nécessité un deuxième boulot la journée (ou le métier de VCP est lui-même un appoint à un premier travail pas assez rémunérateur), car ils ne parviennent évidemment pas à vivre sur les seules commissions, indemnités kilométriques (13 centimes d'€ le kilomètre) et pourcentages (dépendant du nombre de journaux à distribuer et du nombre de kilomètres à réaliser: entre 15 et 21%) liés à la distribution des journaux: certains travaillent à 35h pour la distribution de la publicité où ils sont tout aussi mal payés par les grosses entreprises qui ont aussi des liens avec les journaux (Adrexo avec Ouest-France, Mediapost avec le Télegramme), d'autres travaillent dans des entreprises de nettoyage, soit dans des emplois tout aussi précaires.

Ils peuvent avoir une prime de prospection de 30 euros pour un nouveau client trouvé, mais ils ne courent pas les rues, et la plupart du temps, c'est l'éditeur qui leur assigne leurs tournées.

 

Le calcul des trimestres de cotisation pour les retraites est basé sur le nombre de journaux vendus. De fait, les VCP n'ont que 1, 2 ou 3 trimestres validés par année. Ils n'ont actuellement que des droits à la retraite ouverts à 67 ans et sont bien souvent condamnés au minimum vieillesse. Pour améliorer leurs pensions de retraite, les VCP réclament de pouvoir cotiser au réel et non sur une base forfaitaire. Dans le premier cas, après 17 ans de travail de nuit, un VCP touche 168€, dans le second cas, 605€. Les VCP demandent à l'Etat "de garantir des prestations sociales pour les porteurs exerçant à titre principal en abaissant le seuil d'octroi des prestations de 200 heures par trimestre (droit commun) à 100 heures et garantir le droit à la retraite complémentaire des porteurs à 100% des points cotisés quel que soit l'horaire travaillé. Cette mesure ne coûterait rien à l'Etat" (document de travail de Fabrice Clémenceau). En reconnaissant le métier de VCP à part entière, et non comme un travail d'appoint, il devrait être reconnu comme un métier pénible du fait du travail de nuit. Les VCP cotisent en moyenne actuellement avec les règles en vigueur (sur la base de l'assiette forfaitaire) un ou deux trimestres par an, d'où des retraites de misère.

De l'Etat, les VCP attendent aussi une prise en charge de leurs absences pour raisons de maladie par des indemnités journalières dignes de ce nom leur permettant de payer le remplaçant.

Ils demandent aussi une réprésentation légale des VCP indépendants lors des négociations nationales concernant la presse écrite, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Pour les dimanches et les jours fériés, ils réclament une prime identique pour les VCP à la hauteur de 8€.

Comme d'autres travailleurs indépendants, ils veulent un droit à bénéficier d'une récupération de la TVA payée:

- sur le carburant, en prenant en compte le nombre de kilomètres parcourus dans l'année pour la livraison et le prix moyen annuel du carburant multiplié par 19,6%.

- sur l'achat du véhicule, car il est anormal qu'ils payent une taxe sur leur seul outil de travail.

Les VCP attendent aussi une meilleure protection contre le licenciement: actuellement, les éditeurs peuvent se passer d'eux entre 48h et 15 jours, ce qui est un formidable moyen de pression. Les VCP doivent aussi pouvoir cotiser aux Assedic pour bénéficier d'une indemnité chômage, ce qui n'est pas le cas actuellement.

  

Plus immédiatement, les VCP du Télégramme réclament à leur mandant, l'entreprise Le Télégramme, un relèvement des indemnités kilomètriques de 13 à 20 centimes d'€ le kilomètres, sachant qu'ils travaillent avec leurs voitures, bonnes à changer au bout de 4-5 ans, dont les frais d'entretien augmentent, les disques et les roues d'usent, sachant aussi que l'indemnité kilométrique au Ouest France est de 20 centimes d'€ le kilomètre, à Médiapost de 39 centimes du km, et que c'est encore inférieur au forfait fiscal standard pour remboursement des frais de transport aux salariés.

Depuis 2009, une aide directe au portage a été donnée par l'Etat aux groupes de presse - et ainsi le Télégramme a récupéré 8 millions d'euros d'aide d'Etat en 3 ans, mais cette aide n'a aucunement été redistribuée au VCP. Certains éditeurs de presse ont embauché, mais en réduisant les tournées des VCP déjà installés, ce qui a créé une nouvelle perte de pouvoir d'achat pour eux.

Augmenter les revenus des VCP du Télégramme n'a sans doute pas été la priorité de l'entreprise qui a préféré investir dans Tébéo ou dans des nouveaux locaux à Brest. Cela pourrait impliquer, outre une hausse des indemnités kilométriques, une hausse du prix du journal lui-même, un des plus bas de la presse quotidienne en France, mais la concurrence avec le Ouest France rend cette hypothèse difficile à mettre en oeuvre sauf coordination des hausses des journaux régionaux bretons.

 

La solution optimale et la plus protectrice pour les VCP du Télégramme serait probablement d'obtenir pour ceux qui le souhaitent un statut de salariés, comme la moitié des livreurs du Ouest-France. Le Télégramme y avait pensé à un moment mais s'était ravisé car des études avaient montré que cela lui coûterait plus cher. Les salariés y trouveraient toutefois une toute autre sécurité professionnelle avec un droit à bénéficier de conventions collectives, de contrats de travail, de protections contre le licenciement, le chômage, pour la retraite et les congés-maladie. Ils pourraient peut-être même à terme exiger qu'on leur fournisse des véhicules.

Les nouvelles règles nationales de 1991 censées améliorer les conditions de rémunération et de protection des VCP ont été décevantes dans leurs applications puisque si le Télégramme a récupéré la charge du paiement des cotisations patronales autrefois payées directement par les VCP, celles-ci ont été bien réduites tandis que les commissions des VCP ont diminué dans le même temps.

 

Si le Télégramme doit assumer sa responsabilité sociale face à ces "petites mains" indispensables à la diffusion du journal et ne pas laisser s'installer un fossé honteux entre des salariés relativement protégés et des VCP indépendants soumis à la plus grande précarité, l'Etat doit aussi prendre les siennes et ne pas reculer à une hypothétique négociation entre partenaires sociaux la négociation d'un vrai statut du vendeur colporteur de presse, car les gros diffuseurs de presse, qui ont aussi les oreilles des politiques du fait de leur pouvoir d'influence, risquent à nouveau de manger tout cru les vendeurs-livreurs en mettant en avant la crise de la presse et leurs risques de faillite, du fait de l'augmentation des frais de diffusion.

 

Au Front de Gauche, nous pensons que le droit à une information indépendante et pluraliste relève du service public et qu'il faut donc un financement public de la presse qui garantisse son indépendance relative par rapport aux pouvoirs financiers et à la publicité, la pérénnité de journaux d'opinion ou d'information de qualité, et ce financement public de la presse, qu'il ne faudrait pas bien sûr associer à une nationalisation ou à un contrôle politique, mais bien au contraire à une mise à disposition des moyens de l'indépendance et de la diversité des médias, nécessaires dans une démocratie à l'éducation du jugement des citoyens, serait assorti de conditions pour mieux valoriser et sécuriser la situation professionnelle des vendeurs et porteurs de presse, en privilégiant le statut de salarié, moins précaire que celui de travailleur indépendant vivant dans une relation de subordination de fait.    

 

Dans l'immédiat, nous soutenons comme l'écrivait Françoise Pencalet-Kérivel, candidate du Front de Gauche à Douarnenez, "le nouveau syndicat des VCP dans sa démarche pour obtenir une reconnaissance de leur travail qui passe par un contrat de travail digne leur permettant d'acquérir une protection sociale à la hauteur de celle des salariés. Dans le Nord Finistère, les VCP demandent à ce que l'éditeur accepte de les laisser valider par une sur-cotisation les trimestres entamés et en partie cotisés (ex: 2,9 trimestres cotisés + 0,10 trimestes sur-cotisés avec l'accord de l'éditeur= 3 trimestres validés): la différence est très importante pour la retraite!".

 

Ils ont réussi à s'unir et à avancer sur une plateforme de revendications communes qu'ils cherchent à faire connaître aux citoyens et aux politiques pour faire pression sur l'entreprise Le Télégramme. C'est une bonne chose, surtout dans une profession qui a tout longtemps souffert de la dispersion de salariés repliés sur eux-mêmes du fait de leurs conditions de travail et de leur statut d'indépendants et n'osant pas revendiquer face à l'employeur. Ils doivent maintenant être entendus et satisfaits!   

 

Ismaël Dupont.  

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