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14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 08:00
Budget. Les « 3 % de déficit », sortis du chapeau
Comment une croyance écrite par un haut fonctionnaire sur un coin de table est devenue la boussole politique de tout un continent.
 
 
 

Dans le jargon du budget, on appelle ça une « règle d’or ». L’équivalent, en économie orthodoxe, d’un commandement sacré. Le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, l’a remise sur la table le 7 août et escompte bien y revenir à l’horizon 2027. Pourtant, la règle des 3 % de déficit public (rapporté au PIB) qu’il ne faudrait pas dépasser ne jouit pas plus de l’onction divine que de celle d’une théorie économique valable.

La règle a son inventeur : Guy Abeille. Il travaille à la direction du Budget lorsqu’un soir de mai 1981, son chef convoque plusieurs hauts fonctionnaires. « Il nous a dit : Mitterrand veut qu’on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilent dans son bureau pour lui réclamer de l’argent », se souvient-il auprès du Parisien en 2012. En somme, un argument d’autorité bricolé de toutes pièces. Guy Abeille réfléchit et s’exécute : les 3 % naissent « en moins d’une heure, écrits sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique ». Pourquoi 3 % ? La réponse est tombée du ciel, à en croire le fonctionnaire : « 1 % ? On a éliminé ce chiffre, impossible à atteindre. 2 % ? Cela nous mettait trop sous pression. 3 % ? C’est un bon chiffre, un chiffre qui a traversé les époques, cela faisait penser à la Trinité. » Amen. Quant au choix de rapporter ce pourcentage au PIB, il est guidé par le fait que le produit intérieur brut constitue une référence connue et admise de tous en économie.

Une règle sanctifiée par  Maastricht

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Problème : à force d’être utilisée au sommet de l’État, le gouvernement se met à y croire et à l’employer publiquement, lui donnant une réalité politique et médiatique. Pendant quarante ans, la règle des 3 % est brandie par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, pour justifier les réductions de dépenses publiques sous toutes leurs formes. Elle est même gravée dans le marbre européen en 1992, avec le traité de Maastricht : pour pouvoir intégrer la zone euro, un État doit maîtriser son déficit à hauteur des 3 %. En 2012, le pacte budgétaire européen serre un peu plus les cordons de la bourse en limitant le déficit structurel autorisé d’un État à 0,5 %. du PIB.

Fin 2021, Emmanuel Macron qualifiait pourtant, au niveau européen, la règle des 3 % de « vieux fétiche », compte tenu des besoins en investissements des États membres de l’UE. Ce qui n’empêche pas, six mois plus tard, un de ses ministres de s’y référer en France pour enterrer le « quoi qu’il en coûte ». 

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