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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 06:27

 

La course à l’Élysée se jouera aussi sur la question climatique. Mais le président sortant ne pourra capitaliser sur son bilan en la matière. Celui qui se rêvait en leader mondial du climat est allé de renoncement en renoncement. Et, à la fin, les plus pauvres paient la facture.

 

Dans un rapport publié ce mercredi, le Réseau Action Climat rappelle : « À l’issue de ce quinquennat, la plupart des indicateurs sont dans le rouge. »

Souvenons-nous de 2017. À peine un pied posé à l’Élysée, Emmanuel Macron répondait « Make Our Planet Great Again » à Donald Trump, qui entendait sortir son pays de l’accord de Paris. Un quinquennat plus tard, passé à faire gober des couleuvres à ses ministres de l’Écologie, la douche est forcément glaciale. Pour le climat, pour la biodiversité, pour les plus précaires. Voilà donc l’heure du bilan, à l’approche d’une présidentielle où l’environnement est devenu l’une des priorités des Français. Sans surprise, il n’est pas glorieux. Dans un rapport publié ce mercredi, le Réseau Action Climat (RAC) pointe des « résultats insuffisants et une méthode à revoir ». Avant lui, Attac dressait le même constat dans un livre publié la semaine dernière. Bref, rien ne va ou presque. « À l’issue de ce quinquennat, la plupart des indicateurs sont dans le rouge », rappelle le RAC. Retour sur la mandature du renoncement climatique.

 

Justice climatique : un quinquennat de perdu

On le sait : les plus riches sont aussi ceux qui polluent le plus. Une politique équitable demanderait donc aux principaux responsables du réchauffement climatique de contribuer davantage à l’effort. « Mais c’est en dehors du logiciel macroniste de taxer les plus riches », assure Quentin Parrinello, responsable plaidoyer chez Oxfam, organisation membre du RAC. Conséquence : l’exécutif augmente, fin 2018, la taxe carbone et fait grimper le prix des carburants, obligeant les plus pauvres à payer la facture de la transition énergétique. Naît alors le mouvement des gilets jaunes sur les ronds-points et dans les rues et la taxe finit par être abandonnée. « La fiscalité écologique est une façon de faire changer les comportements des consommateurs, explique Quentin Parrinello. Mais puisqu’ils n’avaient aucune alternative, les précaires ne pouvaient changer leur comportement. Ils ont donc subi. »

Pour la justice sociale et climatique, on repassera donc. Puisque, plutôt qu’une taxe sur le kérosène censée pénaliser les plus riches et les multinationales, l’actuelle majorité a préféré augmenter l’« éco-contribution » sur les billets d’avion d’un montant qui varie « entre 1,5 et 18 euros », note le RAC. Une goutte d’eau. Autre renoncement : le malus « au poids » dans l’automobile qui devait viser les véhicules lourds polluants en augmentant le prix d’achat de 10 euros par kilo au-dessus de 1,8 tonne. Une mesure qui concerne 2 % du marché alors que la Convention citoyenne sur le climat préconisait de fixer le seuil à 1,4 tonne pour cibler 26 % du marché. « Macron ne veut pas toucher à la croissance de certaines industries polluantes. Mais plus on le fait tard, plus ça sera difficile », conclut Quentin Parrinello.

 

Les alternatives remisées au placard

Pour permettre à un pays de se défaire de ses émissions de CO2, il ne suffit pas de le contraindre, il faut aussi lui offrir des alternatives. Dans tous les secteurs économiques, des politiques de décarbonation sont possibles sans que cela pèse sur les citoyens. Et plus, même : bien ficelées, elles peuvent contribuer à renforcer l’équité. « Tout le monde se déplace, se nourrit et se chauffe », résume Anne Bringault, coordinatrice des programmes du RAC. Un atout, quand l’enjeu est justement « d’embarquer tout le monde dans la transition ». Or, sur ce point, le quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas donné l’orientation attendue.

Premier secteur émetteur de gaz à effet de serre (31 % en 2019), celui des transports cumule les lacunes, pour ce qui est, par exemple, de renverser la dépendance à la voiture individuelle. Les politiques cyclables ont certes bénéficié d’un plan dédié, mais il reste minimal. « Le niveau d’investissement de l’État atteint à peine 0,75 euro par habitant et par an », avance le RAC dans son rapport. Le transport ferroviaire, pour sa part, a continué de vieillir. L’âge moyen des lignes est de vingt-neuf ans, « contre dix-sept ans en Allemagne et quinze ans en Suisse », et pire encore : de plus de trente-six ans (36,7) pour les plus petites lignes, qui, depuis 2017, ont perdu une centaine de gares et haltes ferroviaires. Dans le même temps, les politiques structurelles sont loin d’avoir contribué à réduire les distances à parcourir au quotidien. « En milieu urbain, souligne Attac, le foncier devient rare et cher, aggravant les problèmes de logement, mais aussi de transport pour celles et ceux qui travaillent en ville sans avoir les moyens d’y habiter. » Extension des déserts médicaux ou recul des services publics dans les communes rurales et les zones périurbaines sont allées dans le même contresens écologique.

Les politiques alimentaires (24 % de notre empreinte carbone) n’ont pas mieux soutenu la transition. La promesse électorale d’Emmanuel Macron d’intégrer 50 % de produits bio ou issus de circuits courts dans les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises en 2022 est loin d’avoir été tenue : la part du bio dans la restauration collective n’était que de 5,6 % en 2020.

 

Les emplois de demain compromis

Foin de transition écologique juste sans transition sociale équivalente : depuis 2018, organisations environnementales et syndicats de travailleurs se sont tous mis d’accord sur ce point. « La question de la justice sociale ne se limite pas à la question écologique, mais cette dernière ne se résoudra pas sans justice sociale », résume Vincent Gay, d’Attac. Anticiper les transitions industrielles de façon à ne pas les faire subir aux travailleurs s’avère en ce sens indispensable. L’industrie lourde (75 % des émissions de l’industrie) est singulièrement concernée, sans se voir pour autant contrainte d’anticiper sa conversion. Le plan de relance de l’économie française au sortir de la crise aurait pu être l’opportunité de le faire : il s’en est abstenu. « En revanche, Emmanuel Macron a mis en œuvre sa réforme de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour en faire une entreprise financière gérée selon les standards du marché », relève Attac. Un processus de privatisation rampant, poursuit l’organisation, qui pourrait peser lourd sur les emplois liés à la transition. « La CDC finance plus de 70 % de la construction et de la réhabilitation des logements sociaux, ainsi que la plupart des infrastructures et des équipements d’intérêt général. » Au total, note encore Attac, elle « est le principal investisseur dans le doma ine de la transition écologique et sociale ». Selon l’Ademe, la transition énergétique dans le seul secteur de la construction pourrait générer 196 000 nouveaux emplois d’ici à 2050.

 

 

 

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