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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 07:39
Proche-Orient. 54 ans d’occupation et 11 jours qui ébranlèrent la Palestine (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 mai 2021)
Proche-Orient. 54 ans d’occupation et 11 jours qui ébranlèrent la Palestine
Mardi 25 Mai 2021 - L'Humanité

Preuve d’une tension persistante, de nouveaux affrontements ont éclaté, lundi entre Palestiniens et policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est occupé. Le cessez-le-feu appliqué depuis vendredi est loin d’avoir tout réglé. Décryptage sur le combat d’une nouvelle génération.

 

Quelle est l’origine des bombardements sur Gaza ?

La trêve entrée en vigueur vendredi entre Israël et le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, et revendiquée comme une « victoire » par les deux parties a mis un terme à onze jours d’un conflit sanglant, le quatrième depuis 2008. Cette dernière séquence a démarré fin avril dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, secteur palestinien de la ville sainte occupé depuis 1967, lorsque des milliers de Palestiniens ont manifesté pour soutenir des familles menacées d’expulsion au profit de colons israéliens. Des heurts ont éclaté notamment sur l’emblématique esplanade des Mosquées entre des Palestiniens et les forces israéliennes, ainsi qu’en Cisjordanie occupée, faisant des centaines de blessés. Ce n’est que le 10 mai que le Hamas tire par « solidarité » avec ce soulèvement des centaines de roquettes sur Israël, y compris vers Tel-Aviv et Jérusalem. Les centaines de bombardements israéliens ont fait au moins 248 morts palestiniens, dont 66 enfants. Les quelque 4 300 roquettes tirées en onze jours depuis Gaza ont fait 12 morts, y compris un enfant, côté israélien.

L’occupation continue et la colonisation sont à l’origine de ce mouvement enclenché par la génération de Palestiniens nés après les accords d’Oslo. Des jeunes qui, justement, avaient montré leur volonté d’intervenir dans la définition de leur avenir. Ils s’étaient inscrits massivement pour participer aux élections législatives et à la présidentielle que Mahmoud Abbas a annulées sous prétexte d’un refus israélien de les organiser à Jérusalem-Est. Une décision qui a accentué le fossé entre l’Autorité palestinienne et ces jeunes. Le Hamas l’a bien compris. Bien que hors jeu comme tous les partis lors des manifestations à Jérusalem, sa confrontation directe avec le premier ministre Benyamin Netanyahou a redoré le blason de l’organisation islamiste, qui entend maintenant capitaliser face au Fatah, en mauvaise posture.

De quoi ces événements sont-ils le nom ?

Les événements qui viennent de se produire ne sont pas un énième mouvement de colère. Il s’agit de l’expression d’une nouvelle génération de Palestiniens qui ne veut plus se faire rouler dans la farine et est à bout de patience, vingt-huit ans après les accords d’Oslo, qui, loin d’amener la création d’un État de Palestine, ont dépossédé toujours plus les Palestiniens de leur terre et de toute souveraineté.

C’est de cette impasse politique que les jeunes veulent maintenant sortir et qui s’est traduite par une chose impensable il y a encore quelques mois : les Palestiniens dans leur ensemble, à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et en Israël, ont retrouvé leur dignité et leur unité. Ils se sont levés comme un seul peuple, retrouvant ainsi leur mémoire collective, celle dont l’occupation voudrait les déposséder. Ce qui n’a pas échappé au ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui estime, en parlant d’Israël : « Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. Même le statu quo produit cela. »

Et maintenant, que peut-il se passer ?

L’attitude des puissances régionales et internationales sera évidemment déterminante. Notamment celle des États-Unis. Joe Biden, après avoir empêché toute expression du Conseil de sécurité de l’ONU, a fait pression sur Benyamin Netanyahou pour la mise en place d’un cessez-le-feu alors que la question du soutien inconditionnel à Israël commence à faire débat dans ses propres rangs. Il parle maintenant de « reconstruire » Gaza, promet des espèces sonnantes et trébuchantes.

Tout le monde semble prêt à mettre la main à la poche pour réparer les destructions israéliennes. Le président égyptien, Abdel Fattah Al Sissi, a ainsi annoncé une enveloppe de 500 millions de dollars (environ 409 millions d’euros). Mais personne n’évoque la levée de l’embargo qui asphyxie les habitants de Gaza depuis quatorze ans. Le territoire palestinien n’est plus seulement une prison à ciel ouvert mais un mouroir.

Biden a affirmé au lendemain du cessez-le-feu que la solution à deux États était « la seule réponse » possible au mal nommé conflit israélo-palestinien. Comparées à la politique menée par son prédécesseur Donald Trump, ces déclarations sont sans doute de bon augure si elles sont suivies d’effet. Or, parmi les sujets que le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, parti en tournée dans la région, doit aborder, cette question n’est même pas mentionnée. À travers elle, c’est pourtant bien la fin de l’occupation et l’arrêt de la colonisation qui seraient posés.

L’occupation et la colonisation peuvent-elles être combattues ?

Leurs partisans sont sur la défensive et particulièrement en France, où le ministère de l’Intérieur tente d’empêcher toute manifestation de solidarité avec le peuple palestinien. Parallèlement, une campagne est en cours visant à accuser d’antisémitisme quiconque se permettrait la moindre critique d’Israël.

De quoi annihiler tout débat réel sur les solutions à apporter dans le cadre du respect du droit international et toute pression sur Tel-Aviv, notamment avec des menaces de sanction. La France pourrait également reconnaître l’État de Palestine. Enfin, l’Union européenne pourrait suspendre ses accords de coopération avec Israël tant qu’il ne respecte pas les droits humains des Palestiniens.

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