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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 07:39
Brest - 23 avril 2021 - mobilisation contre la réforme de l'assurance chômage avec les acteurs de la culture - Photo Eug

Brest - 23 avril 2021 - mobilisation contre la réforme de l'assurance chômage avec les acteurs de la culture - Photo Eug

Réforme de l'assurance-chômage : Macron s'acharne, la mobilisation s'intensifie
Vendredi 23 Avril 2021

Alors que l’exécutif reste campé sur son texte malgré les effets délétères relevés au fil des mois, syndicats et associations de privés d’emploi appellent à une nouvelle journée d’actions ce vendredi.

Une mobilisation contre une régression sans nom. Ce vendredi, les associations de privés d’emploi (CGT chômeurs, Mouvement national des chômeurs et précaires - MNCP -, Apeis…) mais aussi les syndicats CGT et Solidaires appellaient à une nouvelle journée d’actions contre la réforme de l’assurance-­chômage. Face au recul inédit des allocations qui se profile en pleine crise économique, le gouvernement a bien du mal à faire passer la pilule.

En ce début de semaine, Élisabeth Borne confirmait la prolongation de l’indemnisation pour les chômeurs en fin de droits jusqu’au 31 mai. Qu’importe si le décret du 31 mars relatif à la réforme a déjà acté l’allongement jusqu’à fin juin, le pouvoir fait tout pour reprendre la main sur ce sujet hautement inflammable. Dernier couac de taille, avec le changement du mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR) à venir au 1er juillet, les privés d’emploi ayant connu un congé maternité, un arrêt maladie ou du chômage partiel seraient lésés.

Baisse mécanique des allocations

Si la ministre du Travail a promis de rectifier le tir, le cœur du décret est maintenu contre vents et marées. Selon la dernière étude de l’Unédic, les modifications portant sur le calcul du fameux SJR, qui inclura désormais les périodes chômées, contre les seules périodes travaillées précédemment, feront baisser mécaniquement de 17 % en moyenne les allocations de 1,15 million de nouveaux inscrits à Pôle emploi sur l’année (soit 41 % des entrants).

Icon QuoteC’est hyper stressant. Si je n’avais pas pris certains de ces petits boulots, j’aurais pu recharger mes droits avant ces nouvelles règles. Virginie Journaliste

Virginie, journaliste, qui a connu quelques périodes d’emploi en deux ans de chômage, a fait ses calculs. Elle estime que sans ces changements, au moment de son rechargement de droits au 15 juillet, elle aurait dû percevoir 1 131 euros d’indemnités. Finalement, elle devrait se contenter de 644 euros. « C’est le prix de mon loyer, déplore-t-elle. J’ai presque eu une année blanche avec le Covid. J’ai fait des piges, des CDD, mais aussi un remplacement d’institutrice en maternelle et du baby-sitting, ce qui prouve bien que je peux prendre d’autres emplois. Si ma simulation est exacte, je ne pourrai pas rester à Paris. Mais à presque 30 ans, je ne me vois pas non plus retourner chez mes parents. C’est hyper stressant. Si je n’avais pas pris certains de ces petits boulots, j’aurais pu recharger mes droits avant ces nouvelles règles. »

Censée inciter les précaires à reprendre au plus vite n’importe quel job, la réforme risque de créer, parfois, l’effet inverse. Camille, 50 ans, guide conférencière, en arrive à la même conclusion : « J’ai dit oui à une visioconférence le 25 mars et un travail en interprétariat au mois de janvier. Toutes les périodes non travaillées vont être comptées pour calculer mon allocation. Je n’aurais pas dû les accepter. » Les personnes alternant périodes de chômage et d’emploi dans la restauration, le secteur de l’événementiel, l’aide à domicile, l’intérim, entre autres, risquent donc de basculer dans l’utraprécarité.

« Une incitation au travail au noir »

Pour Claires Vivès, sociologue au Centre d’études de l’emploi et du travail, cette mesure est un non-sens : « C’est une réforme d’économies qui ne va pas toucher que les personnes qui cumulent des contrats courts, mais bien tous ceux qui passent par la case chômage. Le mythe du chômeur qui voudrait optimiser ses droits est déconnecté de la réalité. C’est hyper compliqué de se livrer à ce genre de calculs. Il faut rappeler que toutes les personnes en petits contrats ne sont pas forcément indemnisées. D’autres ne consomment pas leurs droits. On se focalise sur les contrats courts alors que cela représente très peu de monde. Pendant ce temps-là, on ne parle pas des inscriptions pour rupture conventionnelle, qui représentent 20 % des dépenses de l’Unédic. »

Les employeurs des secteurs pourvoyeurs de petits contrats peuvent, eux, dormir sur leurs deux oreilles. Le système de « bonus-malus », censé sanctionner les entreprises ayant recours à un trop grand nombre de CDD, ne sera appliqué qu’en septembre 2022. Comme le note la sociologue, « il y a une incohérence. On sait que le recours aux contrats courts est structurel par endroits. Avec la réforme, certains précaires vont être encore plus poussés à accepter n’importe quel contrat car tout temps mort va se retourner contre eux ».

Icon QuoteL’assurance-chômage devient de plus en plus le reflet de l’activité. Si la personne a un emploi précaire, son indemnisation le sera. Pierre Garnodier CGT chômeurs

Partout, la colère monte contre cet acharnement à réaliser 2,26 milliards d’euros d’économies par an dès 2023 sur le dos des privés d’emploi. « Cette mobilisation permet de relever la tête, estime Pierre Garnodier, secrétaire général de la CGT chômeurs. Le gouvernement est mal avec sa réforme faite à la va-vite. L’assurance-chômage devient de plus en plus le reflet de l’activité. Si la personne a un emploi précaire, son indemnisation le sera. » Pour Pierre-Édouard Magnan, président du MNCP : « Cela va inciter les chômeurs à travailler au noir. C’est aussi un moyen de tout niveler par le bas en instaurant un RSA bis et en plongeant les gens dans la misère. »

Un recours devant le Conseil d’État

Les syndicats CGT, FO, Solidaires ainsi que la CFDT ont prévu de déposer un recours en référé d’ici à mi-mai devant le Conseil d’État pour suspendre le décret. Deux points de la précédente mouture avaient déjà été annulés par cette instance en novembre dernier. Pour Michel Beaugas, en charge du dossier pour FO, « cette réforme tape trop fort. Nous sommes toujours dans ce rapport d’iniquité entre les chômeurs. Les assistantes maternelles perdront par exemple tout le bénéfice de ce cumul emploi-chômage ». Comme le rappelle Denis Gravouil, en charge des questions d’emploi à la CGT : « Cet été va être très compliqué. Les intérimaires ou les extras qui travaillent sur les festivals risquent de se retrouver sans rien. »

De leur côté, les syndicats CGT, SNU-FSU et SUD de Pôle emploi appellent également à la mobilisation. En interne, les formations des agents à ces nouvelles règles complexes démarreront d’ici à juin, et l’inquiétude domine. « Ça va être une catastrophe pour les chômeurs, tranche Sofyen Ben Mahmoud, élu SNU au CSE central . On estime qu’ils vont perdre 20 à 30 % d’allocations. On va se retrouver devant eux pour leur annoncer ça ! J’ai commencé à dire aux personnes que je suis d’arrêter de prendre des contrats d’un mois ou deux. Mais de privilégier des contrats de douze ou de dix-huit mois. Sauf qu’il n’y en a pas beaucoup… » Face à ce cataclysme à venir, tous se donnent rendez-vous ce vendredi à 14 heures pour manifester place d’Italie, à Paris.

 

Voir aussi: Brest: une incroyable manif pour la réforme de l'assurance chômage!

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