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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 09:32

 

L’année 2020 s’est terminée par des prix agricoles en baisse. Elles ont été très importantes ces derniers mois pour la viande porcine et les œufs. En dépit de cette situation qui fait perdre de l’argent aux éleveurs, la grande distribution met une pression terrible sur les PME de l’agroalimentaire dans la négociation annuelle afin d’arracher des baisses de prix à ses fournisseurs pour l’année 2021. Ainsi, la promesse faite par Emmanuel Macron, à Rungis le 11 octobre 2017, de fixer les prix agricoles prix en tenant compte des coûts de production n’est toujours pas tenue.

Dans la liste des prénoms de 14 hommes et 4 femmes cités par le président Macron pour leur engagement et leur courage lors de ses vœux du 31 décembre, il n’y avait pas de paysan ni de paysanne. Ces hommes et ces femmes ont pourtant travaillé dur et perdu du revenu en 2020 pour assurer notre souveraineté alimentaire. Nous analysons, dans cet article, la situation des éleveurs de porcs, avant d’aborder les jours suivants d’autres filières de l’élevage où le revenu est également en baisse sensible depuis douze mois. En décembre 2020, le prix du kilo de carcasse de porc sur le marché au cadran de Plérin, dans les Côtes d’Armor est tombé 1,20 € contre 1,67 € un an plus tôt. Ces prix bas interviennent dans un contexte de hausse sensible des coûts de production. Le prix la tonne de tourteaux de soja est passé de 322 € en juillet 2020 à 422 € en décembre de la même année et celui des céréales fourragères est en hausse de plus de 10 % sur douze mois. Voilà qui justifierait une hausse du prix du porc au départ des exploitations. Dans le discours qu’il prononça à Rungis le 11 octobre 2017, le président Macron déclarait à l’adresse des paysans :

« Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production ». Mais, sitôt cette phrase prononcée, il douchait froidement la profession agricole en ajoutant dans la foulée : « Mais cette nouvelle approche ne saurait suffire parce qu’elle ne sera efficace que ce sont les agriculteurs se regroupent en organisations de producteurs pour peser dans la négociation en tirant profit des possibilités du droit de la concurrence ». Du coup, la Loi EGALIM votée un an plus tard par les parlementaires de la majorité présidentielle n’a pas permis d’améliorer le revenu des paysans.

Les organisations de producteurs existent depuis longtemps dans différentes filières. Mais elles ne peuvent pas tout, surtout quand les producteurs vendent des animaux de boucherie qu’il faut continuer de nourrir, si on refuse de les céder faute d’obtenir un prix décent alors qu’ils sont prêts à partir. Ajoutons que les acheteurs importent aussi de la viande porcine dans le seul but de faire chuter les cours au départ de la ferme en France.

 

Quand les distributeurs étranglent aussi les transformateurs

Car les transformateurs de l’industrie agroalimentaire sont également soumis à la pression des distributeurs. C’est ce que révélait un communiqué de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) daté du 18 décembre 2020 dont voici un extrait :

« Plus de 2 ans après la promulgation de la Loi EGALIM et deux mois après le début officiel des négociations commerciales avec la grande distribution, les demandes de baisse des prix sont encore systématiques à coups de menaces et de déréférencements, de demandes d’avantages financiers sans contrepartie sur la base des tarifs de l’année précédente alors que la santé financière des TPE PME s’est profondément détériorée et que les coûts de transformation se sont particulièrement redressés en 2020 pour les entreprises alimentaires (98 % de TPE PME). Dans ce contexte, le secteur a perdu 7 points de marge depuis 2017 et l’investissement a lourdement chuté (-67 %) », lisait-on dans ce communiqué.

Président de l’ANIA, Richard Girardot ajoutait ce commentaire personnel : « Comment contribuer à la souveraineté alimentaire, à la montée en gamme de l’alimentation et surtout à l’emploi quand les entreprises sont de nouveau étranglées par la guerre des prix ? Tant que nous ne parviendrons pas à imposer nos tarifs pour ces négociations commerciales 2020-2021, nous ne serons pas capables de recréer de la valeur et de mieux rémunérer les agriculteurs. J’en appelle à la responsabilité des distributeurs. Il y va de la survie des entreprises, des emplois en région et donc de la survie de notre agriculture et de notre élevage… ».

 

Les leçons d’un président hors-sol à l’adresse des éleveurs

La loi EGALIM a été votée durant l’automne 2018, un an après le discours de Rungis. Elle n’a donné que des résultats marginaux sur quelques produits de qualité. Depuis le vote de cette loi, le président Macron a surtout fait la leçon aux paysans, faisant parfois étalage de son incompétence sur des dossiers qu’il ne maîtrise pas. Dans « L’Express » du 26 novembre dernier, Laureline Dupontéric-Mandonnet revenait sur les propos tenus par chef de l’État devant ces éleveurs de porcs lors d’un repas pris en commun sur le Salon de l’Agriculture en février 2019. À l’époque, la viande porcine française perdait des débouchés, face notamment à la viande allemande dont la compétitivité provenait du bas coût de la main-d’œuvre dans les abattoirs grâce aux « travailleurs détachés » d’Europe centrale. Occultant cette réalité, le chef de l’État se contentait de dire à ses interlocuteurs d’un jour : « vous vendez plus cher alors que la qualité de vos bêtes n’est pas supérieure, vous n’allez pas vous en sortir, prenez-vous en main ».

Le hasard faisant bien les choses, le bulletin d’information de « Culture Viande » publié l’Interprofession des viandes le 30 novembre 2020 confirmait, a posteriori, qu’Emmanuel Macron était à côté de son sujet en février 2019. Sous le titre « dumping social : vers la fin de la sous-traitance dans les abattoirs allemands », on pouvait lire ceci concernant la compétitivité de l’élevage allemand : « À la suite de la multiplication des cas de Covid-19 dans les plus grands abattoirs allemands (Tönnies) au cours des derniers mois, l’emploi massif des travailleurs détachés et les conditions de vie de ces salariés avaient suscité une vive émotion de l’opinion publique et des politiques allemands. Rappelons que le Collectif français contre le dumping social en Europe, dont Culture Viande est un acteur et initiateur, dénonçait depuis de nombreuses années les distorsions de concurrence induites par l’emploi massif et continu dans les abattoirs allemands des sous-traitants venus des pays de l’Est, employés dans des conditions de travail et d’hébergement innommables… ».

La voilà, la vraie raison d’un prix de revient plus bas des viandes porcines allemandes qui concurrencent celles de la France sur notre marché intérieur comme à l’international.

 

Ce qu’écrivait Macron dans le rapport de la Commission Attali

Pour comprendre comment raisonne Emmanuel Macron en fonction des intérêts qu’il choisit de défendre, il faut remonter aux années 2007-2008. Jacques Attali, ancien conseiller personnel de François Mitterrand, le chargea de rédiger un rapport afin d’élaborer la Loi de Modernisation économique (LME) que les parlementaires de droite voteront en 2008. Michel Édouard Leclerc avait demandé une telle loi au président Sarkozy dès son élection en 2007. D’où la mission confiée par Sarkozy à Jacques Attali pour présider une commission que ce dernier composa de grands patrons et d’économistes libéraux. Dans un rapport de 230 pages destiné à piller les paysans en faisant baisser les prix au départ de la ferme, Emmanuel Macron osa écrire :

« La « revente à perte » (mise entre guillemets, ndlr) n’est en général qu’un prix de connivence entre certains producteurs et certaines grandes surfaces (…) Il convient d’instaurer la liberté des négociations entre distributeurs et fournisseurs (…) La liberté contractuelle permettra aux fournisseurs de vendre à des prix différents à chaque distributeur ».

On retrouve le cynisme d’Emmanuel Macron dans toutes les pages de ce rapport, que trop peu de gens ont lu, à commencer par les journalistes. Mais cette mission lui fit prendre la lumière et lui permit ensuite de se faire embaucher par la banque Rothschild pour s’occuper des fusions-acquisitions. En 2011 et début 2012, il y percevra entre 100 et 142 fois le SMIC mensuel entre son salaire et ses primes, au point de payer l’Impôt de solidarité sur la Fortune (ISF) qu’il fera supprimer une fois devenu président de la République en 2017.

En dépit du vote de la loi EGALIM en octobre 2018, c’est toujours le contenu de la LME votée en 2008 par les parlementaires de la droite qui sert de fil conducteur pour les négociations annuelles qui fixent les prix et les volumes des produits alimentaires référencés pour douze mois dans les linéaires des grandes surfaces. Car il est un domaine où le président Macron garde toujours le cap : défendre les intérêts d’une minorité de privilégiés contre ceux du plus grand nombre, quitte à tenir quelques propos ridicules de temps à autre pour tenter de justifier l’injustifiable.

 

 

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