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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 09:25

Fédérer les gauches autour d’une écologie sociale immédiatement applicable, c’est ce que plaident Alain Pagano, maître de conférences en écologie à l’université d’Angers, et Jacques Baudrier, adjoint (PCF) à la mairie de Paris en charge de la transition écologique du bâti, dans leur livre (1). ENTRETIEN.

 

Avec Alain Pagano, vous publiez votre programme unitaire pour le climat à un an et demi de la présidentielle. La question climatique est-elle à même de fédérer les gauches ?

JACQUES BAUDRIER  L’écologie sociale est particulièrement susceptible de le faire. Si l’on n’arrive pas à gagner la bataille face au réchauffement, on peut craindre pour l’avenir de l’humanité. À moins d’une accélération rapide de la baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES), une large partie de la planète risque de devenir invivable. Or, on ne sauvera pas le climat sans traiter dans le même temps la question sociale. La fausse écologie de droite est précisément l’échec de ce quinquennat. Il est incarné par le soulèvement des gilets jaunes. Avec la taxe carbone, le gouvernement a prétendu vouloir réduire les émissions de GES des plus pauvres, tout en laissant aux plus riches le droit de polluer.

 

Vos propositions se structurent autour de l’agriculture, le bâtiment et la mobilité. Pourquoi n’avoir retenu que ces trois secteurs ?

JACQUES BAUDRIER Ils couvrent près de 80 % des émissions de CO 2. Nous aurions pu parler de la production d’énergie. C’est un vrai sujet. Mais elle fait profondément clivage à gauche. Nous pensons que l’urgence est de se retrouver. D’autant que les décisions en matière de production énergétique n’auront d’effet qu’à moyen ou long terme. Plutôt que de se diviser pour savoir comment produire de l’énergie demain, l’urgence est de nous rassembler pour décider comment moins en dépenser aujourd’hui.

 

Icon QuoteL’objectif n’est pas de substituer, mais de moins consommer.

 

Cela dit, il va bien falloir savoir par quoi remplacer les énergies fossiles…

JACQUES BAUDRIER À vrai dire, on doit réussir à ne les remplacer par rien. L’objectif n’est pas de substituer, mais de moins consommer. Par exemple, sur les transports de marchandises, on parle souvent de substituer la route par le rail. Or, cela ne suffira pas. Le volume de produit transporté augmente de 3 % par an : ce n’est pas tenable. L’enjeu est d’abord de transporter moins.

 

Cela implique de revoir certaines règles de commerce international…

JACQUES BAUDRIER Oui. On doit, par exemple, revoir les clauses d’achats locaux. La règle de la concurrence libre et non faussée européenne interdit de mettre des clauses de proximité dans les appels d’offres publics. Il faut faire sauter ce règlement, voire refuser de le respecter, quitte à se mettre en infraction. Nous n’avons plus le temps d’attendre quinze ans que le rapport de force ait évolué. Il faut tout de suite imposer des critères de bilan carbone dans les appels d’offres publics, adossés à des niveaux d’exigence très élevés.

 

Vous proposez la gratuité des transports en commun. C’est aussi une mesure climatique ?

JACQUES BAUDRIER Oui. Nous l’avons expérimenté en Île-de-France pour les bénéficiaires du RSA, pour tous les moins de 12 ans, ainsi qu’avec le prix unique sur le passe Navigo… Tout cela rend attractif le fait d’habiter près des réseaux de transports en commun. C’est le meilleur encouragement à se mettre en situation de pouvoir les utiliser. Les politiques d’urbanisme commercial peuvent aussi réguler l’implantation d’hypermarchés en zones périurbaines, quand ces derniers poussent à l’utilisation de la voiture. Les élus communistes ont déjà obtenu, en Île-de-France, la mise en place d’une taxe sur les parkings de supermarchés. Il faut la généraliser

 

 

Vous développez des solutions très pragmatiques et entrez peu dans une vision macroéconomique. Est-ce pour donner des perspectives immédiates ?

JACQUES BAUDRIER Il y a déjà plein de bouquins offrant de grandes visions globales idéologiques. Mais, souvent, les propositions concrètes et immédiatement efficaces manquent. Un quinquennat, c’est court. Il faut construire un programme qui puisse être mis en œuvre tout de suite. Nos propositions peuvent toutes être déclinées en amendements budgétaires. Certains sont déjà rédigés puisque des élus communistes les ont proposés. Il ne faut pas chercher à tout réinventer, mais réutiliser des outils – y compris fiscaux – existants : la taxe parking des supermarchés, comme la taxe poids lourd. Ces mesures sont applicables immédiatement. Nous n’avons pas dix ans pour mettre en œuvre la transition écologique

(1) Un programme unitaire pour le climat ! Comment on peut sauver le climat si on s’y met aujourd’hui, de Jacques Baudrier et Alain Pagano. Éditions du Croquant, novembre 2020.

 

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