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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:25
Martha Desrumaux: la lutte chevillée au corps - Marie Toulgoat, L'Humanité - 23 décembre 2020

Martha Desrumaux, la lutte chevillée au corps

Mercredi 23 Décembre 2020 - L'Humanité

L’ouvrière et syndicaliste du Nord aura été de tous les combats : contre le fascisme, contre le capitalisme, contre le patriarcat. Une obstination dans l’engagement de tous les instants qui lui aura valu l’expérience sinistre de l’enfer concentrationnaire.

 

En 1943, dans l’atelier du camp de concentration de Ravensbrück, Martha Desrumaux est affectée à la couture. Neuf heures par jour, elle et ses camarades de souffrance doivent confectionner des habits aux soldats allemands. Secrètement, elle s’applique à bâtir les coutures les moins solides possible et y glisse des poux. Son acte de rébellion, percé à jour par ses tortionnaires nazis, lui vaudra une blessure au doigt, lui laissant sa paume à jamais insensible. Tout au long de son existence, et même plongée dans les heures les plus obscures de l’Histoire, la communiste n’aura rien cédé de son combat. Et aura toujours conjugué la résistance dans toutes ses déclinaisons possibles.

Même au plus profond de l’horreur des camps, sa solidarité n’a pas failli

Résistance d’abord au patronat, premier combat de la militante. Née en 1897 à Comines dans le Nord, la jeune Martha Desrumaux est précipitée dans le monde du travail au décès brutal de son père alors qu’elle n’a que 9 ans. Aussitôt, l’enfant est dépêchée comme bonne dans une riche famille de la banlieue bourgeoise de Lille. Rapidement, celle-ci se tourne vers le vacarme incessant de l’usine textile Cousins Frères de sa ville natale. Le travail y est si pénible, les conditions si déplorables que la jeune ouvrière se syndique à la CGT à ses 13 ans. Un signe imparable d’émancipation, alors même que les femmes, surtout à un si jeune âge, n’étaient guère nombreuses dans les rangs du syndicat.

Femme, pauvre, analphabète jusqu’à l’âge adulte… Face à sa ténacité et sa détermination, aucun obstacle ne résiste sur le chemin de la travailleuse. Alors qu’elle n’a que 20 ans, la « pasionaria du Nord » mène à la victoire sa toute première grève dans les usines Hasbroucq à Lyon. Encore incapable d’écrire, elle s’entraîne toute la nuit pour ne pas se priver de la satisfaction d’apposer sa signature à côté de celle du patron. Dix ans plus tard, elle devient la première femme élue au comité central du Parti communiste, balayant d’un revers de main les contestations. « Ça gênait beaucoup qu’une femme puisse prendre des responsabilités dans le Parti. Elle a dû subir des remarques machistes et malgré tout, elle est restée fidèle à ses valeurs », relève Pierre Outteryck, professeur agrégé d’histoire et biographe de Martha Desrumaux. En 1936, seule femme parmi la délégation du Front populaire, elle arrache les accords de Matignon, agitant sous le nez du patronat les fiches de paie des ouvrières du textile.

Alors que la France entre en guerre, la résistance prend dans la vie de la communiste un sens tout nouveau : celui de la lutte contre le fascisme. À peine l’occupation allemande installée, Martha Desrumaux s’érige comme la figure de proue d’un réseau de sabotage et prend à bras-le-corps la réorganisation du PCF depuis la ­Belgique. Une nuit, elle détruit le réservoir d’essence d’un champ d’aviation ennemi, clouant au sol la flotte nazie. Elle est arrêtée alors qu’elle rend visite à Louis, son tout jeune fils, confié à un couple d’amis militants. La suite de la guerre, elle la passera à Ravensbrück. Mais, même au plus profond de l’horreur, sa solidarité n’a pas failli une seule seconde. « Je me souviens qu’à Noël 1943, quand nous sommes arrivés, Martha s’était débrouillée pour nous procurer quelques biscuits, et c’était déjà énorme pour nous », se remémore Lili Leignel, déportée avec ses deux frères alors qu’elle n’avait que 11 ans. Quelques années plus tard, alors qu’elle foule le sol français pour la première fois depuis quatre ans, la militante prononce, comme un pied de nez à l’inhumain : « Je suis Martha Desrumaux, les nazis ne m’ont pas eue. » Peu de mots formeront meilleur témoignage de son obstination.

À son retour d’Allemagne, souffrante du typhus et alors que le droit de vote des femmes est tout récent, la militante se fait élire conseillère municipale à Lille et devient en 1944 l’une des douze premières femmes à siéger à ­l’Assemblée nationale. Affaiblie par la maladie, elle ne tire pas pour autant un trait sur son combat syndical, et renoue aussitôt avec la lutte ouvrière. Un engagement de toute une vie qui lui vaudra ces quelques mots de la bouche de l’ancienne députée européenne communiste Danielle de March : « Martha, on dit que c’était une grande, mais le mot est petit. C’était une géante. » Une géante qui aurait toute sa place au Panthéon.

 

Lire aussi:

Martha Desrumeaux: syndicaliste et communiste résistante et déportée. Pour que la classe ouvrière rentre au Panthéon!

Martha Desrumaux - la solidarité populaire au cœur - Conférences de l'historien Pierre Outteryck à Brest le lundi 4 février et à Morlaix le mardi 5 février, 18h

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