Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 06:22
Gabriel Péri, bâtisseur des lendemains qui chantent - Emilio Meslet, L'Humanité, 18 décembre 2020

Gabriel Péri, bâtisseur des « lendemains qui chantent »

Vendredi 18 Décembre 2020

Le résistant et journaliste communiste n’a jamais cessé de vouloir influencer le cours de l’histoire, attaquant sans relâche les fascismes comme les compromissions européennes du traité de Munich. Des combats qui lui ont coûté la vie.

 

Il ne lui reste plus qu’une poignée d’heures à vivre. Gabriel Péri sait qu’il va mourir quand, au soir du 14 décembre 1941, il saisit sa plume pour rédiger une ultime missive adressée à son avocate, Odette Moreau. Il se penche alors sur ce qu’aura été sa vie ; regrette de n’avoir pas été un mari idéal : « C’est vous qui annoncerez à Mathilde que je suis mort la tête haute. Dites-lui que j’ai eu un repentir : celui de ne lui avoir pas toujours fait la vie sérieuse qu’elle méritait. Mais dites-lui de porter fièrement le voile de veuve », écrit-il.

Le résistant communiste n’a, en revanche, rien à se reprocher sur le plan moral et politique. Il a fait son « examen de conscience » et « il est très positif » : « J’irais dans la même voie si j’avais à recommencer ma vie. (…) Je vais préparer tout à l’heure des lendemains qui chantent. (…) Je me sens fort pour affronter la mort. Adieu et que vive la France ! » Dans la forteresse du Mont- Valérien, tout comme 94 autres otages ce jour-là dans le pays, Gabriel Péri est fusillé « la tête haute » par les nazis, en représailles aux attentats commis par les communistes contre l’occupant. Il n’a alors que 39 ans, et malgré tout, de longues années de combat contre les fascismes à son actif dans les colonnes de l’Humanité ou au Palais-Bourbon.

Dès ses 15 ans, il entre aux Jeunesses socialistes

À sa naissance en 1902 à Toulon, rien ne prédestine Gabriel Péri à devenir l’une des figures du communisme français. Contrairement à son camarade Lucien Sampaix, ouvrier devenu journaliste à l’Humanité et exécuté le même jour que lui, il grandit dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père, comptable à la chambre de commerce de Marseille, l’envoie passer sa scolarité dans les écoles des beaux quartiers phocéens, qu’il quitte avant d’avoir le bac. Passionné par la Russie, Gabriel Péri veut s’engager en politique. Ce qu’il fait dès ses 15 ans en entrant aux Jeunesses socialistes, où il se prononce en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale. Remarqué pour ses dons d’orateur, il devient ensuite secrétaire national des Jeunesses communistes.

À peine âgé de 22 ans, il entre à l’Humanité pour prendre la tête de la prestigieuse rubrique internationale, en octobre 1924. En plus d’avoir le verbe acéré, le journaliste est prolifique : entre 1925 et 1938, 250 articles sont, en moyenne, signés de sa main chaque année. Soit autant de textes où le reporter décrypte avec acuité les mécanismes des relations internationales héritées de la Première Guerre mondiale, notamment les conséquences du traité de Versailles. C’est surtout depuis ce poste de vigie, et grâce à ses nombreux reportages à travers l’Europe, qu’il observe la montée des périls. Ceux-là mêmes qui vont lui coûter la vie. Un combat qu’il mènera aussi sur les bancs de l’Assemblée nationale en tant que député d’Argenteuil-Bezons, le temps de deux mandats entre 1932 et 1940.

Changer le cours de l'histoire

En 1936, de retour d’Espagne où il a vu ses camarades tomber, il attaque la politique étrangère du gouvernement dirigé par le socialiste Léon Blum. Il ne comprend pas la non-intervention française face au nazisme, au fascisme italien, au franquisme ou au salazarisme. Après l’annexion de la Tchécoslovaquie par Hitler, lui, le pourfendeur acharné du traité de Munich, s’alarme en vain de l’attentisme : « Ne baptisez pas cela du nom de la paix. La paix n’a rien à voir avec ce triomphe de l’égoïsme de classe. La paix, cela veut dire faire oublier la page sombre que vous venez d’écrire, arrêter le glissement, desserrer l’étreinte sur l’Europe centrale et sur les Pyrénées, rendre aux peuples qui l’ont perdue la confiance dans la signature de la France. C’est à cet effort, quant à nous, que nous allo ns nous consacrer. »

En 1939, le Parti communiste est déclaré illégal. Dans la clandestinité, hostile au pacte germano-soviétique, Gabriel Péri ne renonce pas à changer le cours de l’histoire. Il s’oppose notamment aux tentatives de pourparlers avec les autorités d’occupation pour faire reparaître l’Humanité, journal vendu sous le manteau qu’il continue d’abreuver de ses analyses. Sa dernière ? Un texte intitulé « Non, le nazisme, ce n’est pas le socialisme ! », publié après sa mort.

Comme le plus beau des symboles, son épouse, elle aussi résistante, devient l’une des 32 femmes élues députées en 1945. Une fois le nazisme vaincu, Mathilde Gabriel-Péri reprend le flambeau de l’antifascisme pour qu’enfin des « lendemains qui chantent » puissent voir le jour.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011